Chroniques cambodgiennes 1990-1994

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296309067
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CHRONIQUES CAMBODGIENNES
1990-1994
Rapports au Forum International des ONG au
Cambodge Collection « Recherches Asiatiques »
dirigée par Alain FOREST (derniers titres)
Hervé BENHAMOU et Gérard SIARY (textes réunis par), Médecine
et société au Japon, 1994.
Jean DELVERT, Le paysan cambodgien, 1994.
Frédéric DURAND, Les forêts en Asie du Sud-Est, 1994.
LIN Hua, Chiang Kai-Shek, De Gaulle contre Hô Chi Minh (Viêtnam,
1945-1946), 1994.
Marcel BONNEFF (présenté par), L'Indonésie contemporaine vue par
ses intellectuels. Un choix d'articles de la revue Prisma (1971-
1991) , 1994.
Elisabeth BOPEARACHCHI, L'éducation bouddhique dans la société
traditionnelle au Sri Lanka, 1994.
Jean-Pierre GOMANE, L'exploration du Mékong. La mission Ernest
Doudart de Lagrée - Francis Garnier (1866-1868), 1994.
Jeannine KOUBI et Josiane MASSARD-VINCENT (textes réunis
par), Enfants et sociétés d'Asie du Sud-Est, 1995.
NGUYEN Van Ky, La société vietnamienne face à la modernité. Le
Tonkin de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale,
1995
NGUYEN Thê Anh et Alain FOREST (eds), Notes sur la culture et la
religion en Péninsule indochinoise, 1995.
Bernard GAY, La nouvelle frontière lao-vietnamienne, 1995.
Jean de MIRIBEL, Administration provinciale et fonctionnaires civils
en Chine au temps des Ming (1368-1644), 1995.
Laurence HUSSON, La migration maduraise vers l'est de Java, 1995.
Gérard MOUSSAY, Dictionnaire Minangkabau-Indonésien-Français,
1995.
KHING Hoc Dy, Un épisode du Râmâyana cambodgien : Râma
endormi par les maléfices de Vaiy Râbn, 1995.
Marek SLIWINSKI, Le génocide khmer rouge. Une analyse démo-
graphique, 1995.
Jean DEUVE, Guerre secrète au Laos, 1995.
Raoul M. JENNAR, Chroniques cambodgiennes, 1990-1994, 1995. Raoul M. JENNAR
CHRONIQUES CAMBODGIENNES
1990-1994
Rapports au Forum International des ONG au Cambodge
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 PARIS © L'Harmattan, 1995
ISBN : 2-7384-3659-5 A Jean Lacouture, cet interprète
exigeant et libre du temps qui va.
Je me suis très souvent demandé :
Est-ce ainsi qu'il aurait traité le sujet ? AVANT-PROPOS
Lors de ma première visite au Cambodge, en 1989, je suis arrivé à Phnom Penh, le
12 avril. Autant arriver chez nous un trente et un décembre. On préparait le Nouvel
An khmer. Il flottait sur la ville comme un air d'espérance. Le prince Sihanouk
avait déjà rencontré, à trois reprises, le premier ministre Hun Sen. Le premier
restait le symbole vivant du Cambodge. Le second dirigeait, avec pragmatisme, le
gouvernement du régime en place depuis 1979, suite à l'intervention vietnamienne
qui avait mis fin à la barbarie khmère rouge. On parlait beaucoup d'une prochaine
conférence internationale qui allait mettre un terme à la guerre.
Les circonstances du moment me donnèrent l'occasion de participer à une
réception où j'eus l'occasion, en une seule soirée, d'être présenté à presque tous les
dirigeants du régime en place. Je mis cette aubaine à profit.
A mon retour en Belgique, trois semaines plus tard, je rédigeai un long rapport
pour la Commission des Affaires Étrangères du Sénat. Ce rapport, largement
diffusé, fut apprécié par les autorités de Phnom Penh qui le trouvèrent objectif, en
dépit des critiques sévères qu'il contenait. C'est sans doute pour cette raison que je
fus invité comme observateur international pour assister au retrait des troupes
vietnamiennes, fin septembre de la même année. Je signai par la suite quelques
articles à propos de l'échec de la première session de la conférence de Paris sur le
Cambodge pendant l'été 89 et de la signification que je donnais au départ de l'armée
vietnamienne.
Tous ces écrits avaient retenu l'attention. En particulier dans le milieu des
organisations non gouvernementales travaillant au Cambodge. J'avais, avant mon
premier voyage au pays des Khmers, rencontré Madame Lucile De Brabandere,
responsable des projets indochinois d'Oxfam-Belgique, une ONG présente au
Cambodge dès la chute de Pol Pot. Nous reprîmes contact et je fus invité à assister
à une réunion qui se tenait à Bruxelles. C'est ainsi que je fis la connaissance du
Forum International des ONG au Cambodge.
Ce consortium international, où les ONG anglo-saxonnes sont prépondérantes,
avait été créé à Bruxelles le 30 juin 1987. Il entendait, en priorité à l'intention des
ONG au Cambodge, fournir un travail indépendant d'observation et d'analyse de
l'évolution diplomatique, politique et militaire du dossier cambodgien. Le Forum
voulait également assurer la diffusion de ces travaux. L'accent était mis sur la
nécessité de montrer les conséquences catastrophiques de l'embargo international
pour la population cambodgienne. Il s'agissait aussi d'éviter que le conflit
cambodgien devienne une guerre oubliée.
Quelques mois plus tard, à l'initiative de Mme De Brabandere, je devenais le
« diplomatic consultant » du Forum, prenant le relais d'un ancien diplomate
britannique, M. John Pedler. Engagé, au départ, pour trois mois, j'ai poursuivi cette
mission pendant quatre ans.
Jne des particularités de mon travail consistait à rédiger, régulièrement, des
rapports auxquels était donnée la plus large diffusion possible. Ils ont été envoyés
pendant quatre ans, à près de mille exemplaires, dans le monde entier, en français et
5 en anglais, à des élus, à des membres de gouvernements, à des diplomates, à des hauts
fonctionnaires, à des universitaires, à des journalistes.
Ces rapports ont été écrits et diffusés sous ma seule responsabilité. Ils
n'engageaient pas celle du Forum. De même, je n'étais pas engagé par l'usage que le
Forum pouvait en faire et par les positions qu'il adoptait. Cette autonomie
réciproque devait fournir un gage supplémentaire de l'indépendance de ma
démarche.
Fruits d'un minutieux effort d'investigation et de très nombreux contacts au
Cambodge, mais aussi dans plusieurs capitales sensibles, ces rapports ont été les
premiers à annoncer, en 1990, la fin de l'aide du bloc soviétique au régime de Phnom
Penh, le conflit, la même année, entre les deux principales tendances du parti
communiste au pouvoir et la fin de l'ouverture politique, la colonisation
économique du Cambodge par des hommes d'affaires thaïlandais sans scrupules, la
poursuite, après la signature des Accords de Paris en 1991, de la collaboration entre
des éléments du complexe militaro-industriel thaïlandais et les Khmers rouges.
Ces rapports ont été aussi les premiers à dénoncer les silences, les contradictions et
les faiblesses des accords en cours de négociation, les lenteurs et les maladresses du
déploiement de la mission de l'ONU, les erreurs de sa conduite. Ils ont été les
premiers à souligner les dérapages du gouvernement issu des élections de 1993.
Ces rapports ont été très souvent recopiés — sans indication de l'origine des
informations — par les correspondants de presse basés à Bangkok ou, dès qu'il y en a
eu, à Phnom Penh. Ils ont par contré été régulièrement cités par des éditorialistes à
Londres, Paris, Washington ainsi que dans des revues scientifiques.
Ces rapports couvrent une période charnière dans l'histoire du pays, une période
marquée par d'intenses négociations, par les Accords de Paris, par l'opération ONU,
les élections, l'adoption d'une Constitution et les premiers mois d'un
gouvernement qui, pour la première fois depuis 1970, est reconnu par l'entièreté de
la communauté internationale.
Ces rapports fournissent avant tout un regard indépendant, exempt de tout
préjugé politique ou religieux. Je me suis placé dans la seule perspective qui compte
à mes yeux : celle des habitants du Cambodge, de leur dignité, de leurs droits. Si j'ai
manifesté un certain parti pris, ce fut au bénéficice des Cambodgiennes et des
Cambodgiens et singulièrement de ceux qui n'ont rien ou très peu. Comme un
avocat qui s'identifie à son client. Comme si j'étais un des leurs. Mon rôle s'est
résumé à essayer de leur donner ma voix et les connaissances que j'ai de la chose
publique.
Pas plus que je ne cherche à faire triompher une cause, je ne veux pas davantage
me substituer aux Cambodgiennes et aux Cambodgiens. Je me contente, sans
prétention aucune, de mettre à leur disposition, des observations, des analyses et des
propositions dont ils font l'usage qui leur semble le meilleur. Ils savent que mon
propos est dépourvu de toute complaisance. Ils savent aussi que ma démarche est
celle de l'ami.
Je remercie la maison d'édition l'Harmattan, et en particulier M. Alain Forest,
d'avoir pris l'initiative de réunir ces 29 rapports en un seul volume. Les textes qui
suivent sont la reproduction exacte des documents publiés entre 1990 et 1994. Les
seules modifications apportées aux textes originaux concernent l'orthographe et la
présentation.
Je tiens à exprimer toute ma gratitude au Forum International des ONG au
Cambodge qui m'a fournit l'occasion de réaliser ce travail et en particulier à Lucile
De Brabandere, Agnès van 't Bosch, Onesta Carpene, Eva L. Mysliwiec, Craig
6 Etcheson, Tony Jackson, William Janzen et Jean-François Vidal. Je remercie
également celles et ceux qui, travaillant au sein d'ONG ne faisant pas partie du
Forum m'ont néanmoins apporté leur aide, leurs informations, leur amitié. Je pense
notamment aux équipes de MSF, de France Liberté, d'Enfants du Cambodge, à Liz
Bernstein, à Isabelle Fournier, à Brigitte Sonnois. Ma gratitude va également aux
équipes du Cooperation Committee for Cambodia (CCC) qui ont assuré la diffusion
de ces rapports à Phnom Penh.
Je remercie très chaleureusement les personnalités cambodgiennes de tous bords
qui ont accepté, parfois très longuement, souvent à plusieurs reprises, de me
rencontrer lors de mes différents séjours au Cambodge ou dans d'autres pays.
Certaines rencontres et certaines visites dans le Cambodge profond restent
inoubliables. Je suis infiniment reconnaissant aux dizaines de Khmers qui ont,
presque toujours avec une infinie gentillesse, essayé de me faire connaître et de me
faire comprendre leur pays, son histoire, ses passions, ses mystères.
J'ai eu la chance et le bonheur d'être gratifié de la sympathie et de la confiance de
Messieurs les Ambassadeurs de France Philippe Coste, puis Gildas Le Lidec, de
Monsieur Youri Miakotnykh que je rencontrai d'abord comme Ambassadeur de
l'Union Soviétique, puis comme Ambassadeur de la Fédération de Russie et qui m'a
toujours stupéfait par sa maîtrise de l'histoire de l'Asie du Sud-Est et de la péninsule
indochinoise en particulier, de Monsieur Lajos Tamas, Ambassadeur de Hongrie
avant comme après 1989 et fin analyste des arcanes du PRPK/PPC, du Colonel
Torrès, attaché de défense très sensible aux réalités socio-culturelles du monde
khmer, et de Pascal Charlat, un jeune diplomate français plein de talent,
d'intelligence et de finesse. Bien que nos opinions aient été souvent différentes, je
suis reconnaissant à M. Charles H. Twining, que j'avais rencontré au Département
d'État à Washington en 1989 et que je retrouverai comme Ambassadeur des États-
Unis à Phnom Penh de l'accueil qu'il m'a toujours réservé.
Dès leur arrivée au Cambodge, les principaux responsables de l'ONUC ont
entamé avec moi un dialogue qui s'est poursuivi pendant toute la durée de
l'opération. Je remercie tout particulièrement de cette confiance MM. Yasushi
Akashi, Behrooz Sadry, Réginald Austin, Gérard Porcell, Dennis MacNamara,
Sergio Vieira de Mello, Udo Janz, Jamel Ben Yahmed, Jacques Godfrin et Eric Falt
ainsi que les Généraux Loridon, Rideau, Pormenté et les Colonels Groult, Pinatel et
Stuart.
Les Ambassadeurs de Belgique à Bangkok, successivement MM. Nothomb, De
Meulenaere et Noirfalisse m'ont toujours accueilli avec la plus grande gentillesse et
ont manifesté un intérêt pour mes travaux auxquels je demeure très sensible. Dans la
capitale thaïlandaise, j'ai eu aussi la chance de faire la connaissance de trois
journalistes de très grand talent : Charles-Antoine de Nerciat (AFP), Tiziano Terzani
(Der Spiegel) et Jean-Claude Pomonti (Le Monde). Les dîners dans la verdoyante
Turtle House de Tiziano restent dans les mémoires de chacun. Susan B. Walker,
d'Handicap International, fut d'une aide très précieuse lors de mes passages à
Bangkok et mes visites aux camps de réfugiés.
Je tiens aussi à remercier tout particulièrement Anne Bruzelius de l'UNICEF,
Edouard A. Wattez du PNUD, les représentants successifs du CICR à Phnom Penh,
Bertrand Kern, Jean-Jacques Fresard et son épouse Claire, Marco Altherr, Urs Boegli
et les journalistes Sue Downie, Jean-Claude Chapon, Tom Fawthrop et Marc
Victor. Enfin, j'exprime toute ma gratitude à Ellen Lacourt et Eylah Kadjar-
Hamouda à Genève, Anne Butterfield Weills à San Francisco-Oakland, à Danielle
7 Valiquette et Eric Gagnon à Montréal qui ont tout mis en oeuvre pour que mes
séjours dans leur ville soit le plus complètement mis à profit.
Je n'oublie pas toutes celles et tous ceux que je n'ai pas cités.
Je remercie les miens pour leur infinie patience.
On me permettra de terminer en paraphrasant François Chalais parlant du
Cambodge. Ce pays où rien ne m'appartient est pourtant le mien. Il est à moi,
puisque je suis à lui.
Raoul M. JENNAR
8 GLOSSAIRE
ANGKAR : Mot khmer signifiant « organisation » par lequel les Khmers rouges
(KR) désignaient le parti communiste et, d'une manière générale, l'autorité.
ANKD : Armée Nationale du Kampuchea Démocratique, armée khmère rouge.
ANS : Armée Nationale Sihanoukiste rebaptisée Armée Nationale du Kampucheci
Indépendant (ANKI).
APRONUC : Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge (15. III. 1992
-24. IX. 1993).
CEREO : Centre Européen de Recherches sur l'Extrême-Orient où ont été publiés
les rapports au Forum des ONG au Cambodge, numérotés CEREO 1 et suivants à
partir du 13 septembre 1991.
CIC : Commission Internationale de Contrôle instituée par les Accords de Genève
en 1954.
CICR : Comité International de la Croix Rouge.
CIRC : Comité International pour la Reconstruction du Cambodge, créé à Tokyo en
juin 1992, présidé par le Japon et se réunissant chaque année alternativement à Paris
et Tokyo.
CNS : Conseil National Suprême (septembre 1990-septembre 1993).
EdC : État du Cambodge, nom donné au régime en place entre le 18 mars 1970 et la
proclamation de la République le 9 octobre 1970. En 1989, la République Populaire
du Kampuchea s'est transformée en État du Cambodge, nom du pays qui est resté en
vigueur jusqu'en 1993.
FARK : Forces Armées Royales Khmères.
ESCAP : Economical and Social Council for Asia and Pacific.
FNLPK : Front National de Libération du Peuple Khmer, créé et présidé par M.
Son Sann.
FUNCINPEC : Front d'Union Nationale pour un Cambodge Indépendant, Neutre et
Coopératif, parti créé par Sihanouk et aujourd'hui présidé par Norodom Ranariddh.
FUNSK : Front Uni National pour le Sauvetage du Kampuchea : créé en décembre
1978, avec le soutien du Vietnam, principalement par des communistes en rupture
avec Pol Pot, mais aussi par des communistes cambodgiens restés à Hanoï après
1954.
FUEDK : Front d'Union pour l'Édification et la Défense du Kampuchea : succède
au FUNSK à partir de 1981.
GCKD : Gouvernement de Coalition du Kampuchea Démocratique créé en 1982 et
rassemblant les Khmers rouges, les Sihanoukistes et le FNLPK.
GTMM : Groupe de Travail Militaire Mixte créé par l'APRONUC.
GNPC : Gouvernement National Provisoire du Cambodge (juin-octobre 1993).
GNC : Gouvernement National du Cambodge, nouveau nom du GCKD à partir de
1989.
GPSNSNK : Gouvernement Provisoire pour la Solidarité Nationale et le Salut
National du Kampuchea, créé le 10 juillet 1994 par les Khmers rouges et présidé par
Khieu Samphan.
9 GRC : Gouvernement Royal du Cambodge : gouvernement formé en vertu de la
Constitution de 1993.
IMC : Informai Meeting on Cambolia ; deux réunions de ce type ont eu lieu à
Djakarta, en 1990.
JIM : Jakarta Informai Meeting ; premières réunions, tenues à Djakarta, mettant
autour de la table les protagonistes cambodgiens et les pays de la région.
KD : Kampouchea Démocratique : nom donné au Cambodge par les Khmers rouges.
KWG : Kampuchea Working Group, structure créée par les États-Unis et leurs
alliés pour approvisionner le CGKD/GNC en armes, munitions et autres
équipements.
MIPRENUC : Mission Préparatoire des Nations Unies au Cambodge (XI. 1991-
15. III. 1992)
MOLINAKA : Mouvement de Libération Nationale du Kampuchea, créé en 1979.
Absorbé en tant que groupement militaire au sein des forces sihanoukistes, ce
mouvement s'est inscrit comme parti politique aux élections de 1993. Il a eu un élu.
RPK : République Populaire du Kampuchea, nom donné au Cambodge par le régime
mis en place à partir de 1979.
PKD : un des noms du parti Khmer rouge.
PLDB : Parti Libéral Démocratique Bouddhiste issu du FNLPK et créé en 1992.
PPC : Parti du Peuple Cambodgien : nouveau nom donné au PRPK en octobre 1991.
PRPK : Parti Révolutionnaire du Peuple du Kampuchea, parti communiste
cambodgien qui a dirigé le pays de 1979 à 1991 avant de se transformer en PPC. Ce
parti se rattache historiquement au parti (PRPC) créé en 1951.
PUNC : Parti de l'Unité Nationale du Cambodge dont la création a été annoncée
par les Khmers rouges le 30.XI.1992.
UNBRO : United Nations Border Relief Operation : structure créée par l'ONU
pour la prise en charge humanitaire des camps rassemblant en Thaïlande des
Cambodgiens auxquels le statut de réfugié était refusé.
UNHCR : Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.
USAID : US Agency for International Development, agence officielle américaine
d'aide au développement.
10 PREMIÈRE PARTIE
VERS LES NÉGOCIATIONS CHRONOLOGIE'
1989
12 mars : création à Pékin d'un Conseil supérieur de la défense nationale du
GCKD. Il s'agit de renforcer la solidarité, la coopération et l'entraide entre les
trois années de la coalition anti-Phnom Penh. Les forces de Sihanouk et de Son Sann,
alimentées en armes et en munitions par l'Occident sont intégrées dans un
commandement commun où les Khmers rouges dominent.
7 janvier : à l'occasion des cérémonies du 10e anniversaire de la RPK, le
secrétaire général du PC vietnamien Nguyen Van Linh promet le retrait complet de
toutes les troupes vietnamiennes pour la fin septembre.
18 janvier : accord à Pékin entre la Chine et le Vietnam à propos du retrait des
troupes vietnamiennes sous contrôle international avant la fin septembre.
23 janvier : première visite à Phnom Penh d'une délégation de parlementaires
thaïlandais.
25-27 janvier : concrétisation d'un changement radical de la politique
thaïlandaise, Hun Sen se rend, en « visite privée » à Bangkok. Il rencontre le premier
ministre Chatichai Chhonhavan, le ministre des affaires étrangères Siddhi Savetsila
et le chef d'État Major des armées, le général Chavalit Yongchaiyuth. Cette visite,
qui provoque un grand retentissement, est analysée comme un succès diplomatique
de Hun Sen.
26 janvier : à Pékin, Sihanouk déplore l'accueil fait à Hun Sen à Bangkok et
décide de ne plus participer à aucune négociation jusqu'au mois de septembre, parce
que son plan de paix n'est pas accepté par toutes les parties.
9 février : réunion à Pékin des trois factions du GCKD qui s'accordent sur un
plan de paix : un mécanisme international de contrôle veillant au retrait total des
troupes vietnamiennes, une force de maintien de la paix des Nations Unies
garantissant le cessez-le feu et l'organisation des élections, la formation d'un
gouvernement provisoire de coalition qui remplace les institutions existantes.
12 février : Sihanouk reprend ses fonctions de président du GCKD.
la RPK crée une commission de coopération économique khméro-14 février :
thaïlandaise.
17-18 février : réunion du groupe de travail quadripartite à Djakarta.
19-21 février : JIM II, en l'absence de Sihanouk représenté par Ranariddh.
Aucun communiqué conjoint n'ayant pu être adopté, c'est une déclaration du
président de la conférence, M. Alatas, qui tente de résumer des discussions assez
confuses. Le blocage reste total sur le statut et la composition d'une structure
quadripartite intérimaire.
I. Les chronologies publiées dans ce livre sont extraites d'une chronologie générale du
Cambodge 1835-1994, publiée dans JENNAR, Les Clés du Cambodge, Paris,
Maisonneuve et Larose, 1995.
13 14 mars : appel d'Amnesty International à propos du sort de plus de 400
prisonniers politiques détenus en RPK sans jugement et dont 35 sont morts de
mauvais traitements. L'organisation reste muette sur les violations des droits de
l'homme dans les camps FNLPK et KD.
23 mars : la RPK crée une commission de révision de la Constitution.
D'anciennes personnalités sihanoukistes et républicaines récemment revenues au
Cambodge en font partie. Le même jour, Hun Sen reçoit pour la première fois les
responsables de toutes les ONG travaillant.au Cambodge.
26 mars : à Pékin, Sihanouk reçoit d'un diplomate français un message de Hun
Sen sollicitant une entrevue afin de présenter deux concessions majeures.
29 mars : visite de Stephen Solarz à Phnom Penh où il rencontre Hun Sen.
Session extraordinaire du comité central du PRPK. Après sa visite, Solarz
recommande au Congrès américain d'intensifier l'aide aux factions non-
communistes du GCKD.
2 avril : à Pékin, Sihanouk propose de rencontrer Hun Sen le 2 mai à Djakarta.
5 avril : le Vietnam annonce que toutes ses troupes auront quitté le Cambodge
à la fin du mois de septembre. Il s'agit de la première concession annoncée par Hun
Sen.
6 avril : Sihanouk demande à la France d'organiser une conférence
internationale.
7 avril : la France se réjouit de la décision du Vietnam de retirer ses troupes, de
la rencontre prévue entre Sihanouk et Hun Sen le 2 mai et d'une nouvelle réunion de
toutes les parties cambodgiennes. Elle se déclare prête à convoquer une conférence
internationale à l'issue de cette réunion.
21 avril : visite d'une délégation de 25 parlementaires thaïlandais.
24 avril : plus de 700 civils habitant des bases militaires khmères rouges
attaquées par les forces vietnamiennes et celles de la RPK fuient vers le camp
FNLPK de Sok Sann.
28 avril : à Bangkok, symposium international sur le thème par lequel le
premier ministre thaïlandais définit sa politique : « Indochine : d'une zone de
guerre à une zone de commerce ». Des personnalités des trois pays indochinois y
participent.
29-30 avril : séance extraordinaire de l'Assemblée nationale de la RPK pour
la révision de la Constitution. La RPK cesse d'exister et devient l'État du
Cambodge (EdC). Nouveau drapeau, nouvel hymne. La peine de mort est abolie. Le
bouddhisme est déclaré religion d'État. La propriété privée et l'économie de marché
sont instaurées. Toute référence au socialisme est gommée de la Constitution qui
proclame le neutralité et le non-alignement du pays. Il s'agit de la seconde
concession annoncée par Hun Sen dans son message à Sihanouk fin mars. Un grand
vent de libéralisme souffle sur le Cambodge. C'est le « printemps de Phnom
Penh ».
2-3 mai : quatrième rencontre Sihanouk-Hun Sen à Djakarta. Accord sur la
nécessité d'un mécanisme international pour contrôler le retrait vietnamien, sur la
tenue d'une conférence internationale, sur une nouvelle rencontre à Paris le 24
juillet et sur une nouvelle réunion des quatre factions le 25 juillet. La rencontre est
suivie d'un entretien Hun Sen-Son Sann.
et commente positivement 4 mai : Sihanouk fait état de progrès considérables
les changements intervenus dans la Constitution.
14 6 mai : entretiens Hun Sen-Chatichai à Bangkok. Accord pour considérer qu'un
cessez-le-feu devrait intervenir avant le retrait complet des Vietnamiens. A Pnom
Penh, le couvre-feu en vigueur (22 H-5 H) depuis janvier 1979 est levé.
7 mai : les Khmers rouges font sauter deux ponts sur la route entre Phnom
Penh et Battambang.
17 mai : Sihanouk demande qu'on lui fournisse les nom et adresse des
Cambodgiens de la diaspora qui se rendent à Phnom Penh.
18 mai : à l'issue du sommet sino-soviétique de Pékin, les deux parties
estiment qu'en vue du retrait complet des troupes vietnamiennes en septembre,
l'aide étrangère aux factions devrait être progressivement réduite. Elles
conviennent qu'il faut éviter une guerre civile après ce retrait et favoriser la
réconciliation nationale.
1 juin : les ministres des Affaires Étrangères de France (R. Dumas) et
d'Indonésie (A. Alatas) se rencontrent à Paris. Un conférence internationale sera
organisée à Paris début août si des progrès importants sont enregistrés dans le
dialogue inter-cambodgien.
16 juin : la Thaïlande répare la ligne de chemin de fer qui relie Aranyaprathet à
la frontière cambodgienne.
20-23 juin : retrouvailles franco-vietnamiennes. Visite du ministre
vietnamien des Affaires Étrangères Nguyen Co Tach à Paris. Il rencontre le
président F. Mitterrand, le premier ministre M. Rocard, et une dizaine de ministres.
25 juin : à Pyong Yang, Sihanouk, qui supporte de plus en plus mal de ne plus
être l'unique interlocuteur cambodgien des grandes puissances, menace de ne pas
participer à la conférence internationale si certains pays continuent à favoriser le
régime de Phnom Penh.
27 juin : affirmant que les réfugiés appartiennent à leurs leaders politiques,
l'armée thaïlandaise veut ramener de force dans un camp Khmer rouge plus de 700
personnes qui avaient fui en avril des bases militaires PKD.
5 juin : à Pékin, Sihanouk reprend à son compte la position des Khmers rouges.
Il exige que ce soit l'ONU qui contrôle le retrait des troupes vietnamiennes, que
l'administration de Phnom Penh soit complètement démantelée, que se mette en
place un gouvernement, une administration et une armée quadripartites comprenant
les Khmers rouges. Il rejette la nouvelle Constitution adoptée à Phnom Penh et
déclare qu'il y a au Cambodge 30.000 soldats vietnamiens dans les rangs de l'armée
de Phnom Penh, 100.000 miliciens vietnamiens en uniforme de l'EdC et un million
d'immigrants vietnamiens illégaux. Il exige qu'à la conférence de Paris toutes les
décisions soient prises à l'unanimité.
18-23 juillet : à Phnom Penh, séminaire international sur le génocide.
20 juillet : à Washington, le Congrès autorise la livraison d'armes aux
factions non-communistes du GCKD. Dans les camps contrôlés par des Khmers
rouges, des officiers américains et britanniques fournissent une formation
militaire.
21 juillet : à Paris, Sihanouk propose la réduction de chaque armée
cambodgienne à 10.000 hommes, le contrôle du retrait vietnamien par l'ONU et
l'organisation d'élections générales par un gouvernement et une administration où
égales en droits et en pouvoirs. Faire des Khmers rouges les quatre parties seront
des hors-la-loi est mortel pour le Cambodge. Il n'y aurait jamais la paix, souligne-
t-il.
24 juillet : à l'issue de la 5e rencontre Sihanouk-Hun Sen, les deux
protagonistes ne s'accordent que sur un constat de blocage total. Sihanouk accuse
15 Hun Sen de refuser le multipartisme et Hun Sen accuse Sihanouk de faire un pas en
avant, puis deux pas en arrière. Hun Sen fustige la partialité de l'ONU depuis 1979.
25-27 juillet : réunion des quatre factions cambodgiennes à La Celle- Saint-
Cloud : après plusieurs rebondissements, accord sur la composition de la délégation
unique et quadripartite du Cambodge à la conférence internationale.
27 juillet : entretiens Rocard-Hun Sen. Pour la première fois, Hun Sen est
reçu par un premier ministre d'un pays occidental.
30-31 juillet — 1 août : ouverture de la conférence de Paris sur le
Cambodge coprésidée par la France et l'Indonésie. Dix sept pays, le secrétaire
général de l'ONU et le représentant du Mouvement des Non-Alignés entourent la
délégation cambodgienne. La conférence commence par une session ministérielle de
deux journées consacrées aux interventions des chefs de délégation et des
représentants des factions cambodgiennes. Un accord intervient sur un processus de
règlement. Trois commissions et un comité ad hoc réunissant avec les co-présidents
les quatre parties cambodgiennes sont créés et disposent de quatre semaines pour
élaborer les termes d'un traité. Une mission d'exploration et d'information, sous
la responsabilité du secrétaire général de l'ONU, est envoyée au Cambodge.
4 août : présentation du film « The Killing Fields » (La déchirure) à Phnom
Penh devant 600 personnes en présence du réalisateur Roland Joffe, du journaliste
américain Sydney Schanberg, du journaliste cambodgien Dith Pran et de l'acteur
cambodgien qui incarne ce dernier, le Dr. Haing Ngor.
7-15 août : mission d'exploration et d'information envoyée par le Secrétaire
général de l'ONU en vue de fournir des indications techniques à la conférence de
Paris dans l'hypothèse d'une opération de l'ONU au Cambodge. Peu de temps est
consacré aux observations sur le terrain.
27 août : Sihanouk démissionne de la présidence du FUNCINPEC pour
protester contre les dissensions internes de son parti.
28 août : reprise de la session plénière de la conférence de Paris.
30 août : la conférence de Paris suspend ses travaux. Une dizaine de points
d'accord ont été enregistrés, mais il a été impossible de trouver un accord sur
l'organisation du pouvoir pendant la période de transition. Au centre des
divergences : le statut des Khmers rouges. Pendant les travaux, Sihanouk a demandé
qu'il ne soit plus fait usage du mot « génocide » à propos des Khmers rouges.
9 septembre : de nombreux Vietnamiens quittent le Cambodge dans la
crainte de représailles après le départ des troupes vietnamiennes.
20 septembre : le journaliste Sydney Schanberg, témoin, au marché central de
Phnom Penh, d'une rafle de jeunes enrôlés de force dans l'armée, révèle, après
enquête, que des milliers de jeunes gens tentent d'échapper depuis deux mois à
l'enrôlement de force décidé par les autorités de l'EdC pour compenser le départ
des troupes vietnamiennes.
21 septembre : plus de 250 journalistes et observateurs étrangers arrivent à
Phnom Penh pour assister au retrait des troupes vietnamiennes. Ils découvrent
l'état du pays après la guerre 70-75, le régime des Khmers rouges et dix ans
d'isolement complet. De nombreux reportages font état d'une augmentation
considérable de la corruption consécutive à la libéralisation de l'économie et à la
reconnaissance de la propriété privée.
21-26 septembre : retrait officiel des 26.000 soldats vietnamiens encore au
Cambodge. La Thaïlande considère que 50.000 colons vietnamiens restés au
Cambodge sont en fait des soldats camouflés. Le GCKD partage ce point de vue.
16 28 septembre : Hun Sen demande au secrétaire général de l'ONU d'envoyer
une mission pour vérifier le retrait total de toutes les forces vietnamiennes.
30 septembre : attaques par l'ANS de la localité de Phnom Srok (province de
Banteay Meanchey), par l'ANS et le FNLPK de la région de Thmar Puok/Svay Chek
et par les Khmers rouges en direction de Pailin. Ce sont les combats les plus
importants depuis 1979. Les forces du GCKD s'emparent de Thmar Puok dès le 30.
6 octobre : le Pentagone considère que d'un point de vue stratégique, on peut
sans risque affirmer que l'armée vietnamienne s'est retirée du Cambodge.
10 octobre : visite à Phnom Penh de l'ancien secrétaire d'État US Edmund
Muskie. Entretiens avec Hun Sen.
12 octobre : décès de Sim Var à Paris.
22 octobre : les Khmers rouges s'emparent de la ville de Pailin, le plus
important centre minier de pierres précieuses du pays et avancent en direction de
Battambang. L'ANS s'est emparée de Phnom Srok.
23 octobre : visite de l'ancien sénateur US Dick Clark. Entretiens avec Hun
Sen.
26 octobre : le prince Ranariddh se réjouit de la victoire des Khmers rouges à
Pailin qui va, selon lui, permettre d'exiger de nouvelles négociations.
30 octobre : le couvre-feu (21 H-5 H) est rétabli à Phnom Penh.
3 novembre : les Khmers rouges s'emparent de Treng, à mi-chemin entre
Pailin et Battambang.
8 novembre : premier pays occidental, la Grande-Bretagne reconnaît la réalité
du retrait vietnamien.
16 novembre : par 124 pour, 17 contre et 12 abstentions, l'Assemblée
générale des Nations Unies vote sa motion annuelle sur le Cambodge en confirmant
l'embargo, en niant toute valeur au retrait vietnamien et en insistant sur la
nécessité d'un accord global, expression qui signifie la participation des Khmers
rouges.
20 novembre : pour prévenir une contre-offensive des forces
gouvernementales, les forces du GCKD lancent conjointement une offensive sur un
front de 160 kms depuis la route nationale 5 jusque Samrong dans le nord du pays.
Plusieurs milliers de maquisards sont engagés dans cette offensive.
22 novembre : les Khmers rouges forcent environ 2.000 personnes vivant dans
un des camps de réfugiés sous leur contrôle (Khao Leum) à s'installer dans une zone
autour de Phnom Chada conquise deux jours plus tôt. Le FNLPK s'empare de Svay
Chhek.
22 novembre : accord de coopération médicale entre la Croix Rouge suédoise
et la Croix Rouge de. l'EdC.
23 novembre : pour la première fois depuis le début des années 70, le PNUD
présente un rapport sur la situation au Cambodge. Il montre l'état lamentable dans
lequel l'isolement du pays maintient les populations.
24 novembre : le Ministre australien des Affaires Étrangères, M. Gareth
Evans, présente au Sénat les grandes lignes d'un nouveau plan de paix qui tente de
rencontrer la principale difficulté ; celle du gouvernement transitoire, de sa
composition et de son rôle. Il propose la nrésence d'une administration transitoire
placée sous l'autorité directe des Nations .. ies.
27 novembre : Sihanouk déclare qu'il accepte certains éléments du plan
australien.
17 3 décembre : création à Paris de l'Union des Khmers Libres, née du
regroupement de sept associations. L'UKL est très nettement républicaine et
hostile au gouvernement de Phnom Penh.
7 décembre . condamnée par les États-Unis, d'un diplomate britannique
à Phnom Penh. Cette visite se limite à vérifier l'usage de l'aide humanitaire
financée par la Grande-Bretagne.
10 décembre : Hun Sen indique qu'il est prêt à discuter le plan australien.
14 décembre : le FNLPK propose aux journalistes, contre rétribution, la
visite de zones de combat.
15 décembre : M. Evans formule officiellement la proposition australienne. Ce
que certains appellent une « solution namibienne » reçoit généralement un bon
accueil.
30 décembre : M. Alatas annonce une conférence en février 1990 pour discuter
la proposition australienne.
1990
3 janvier : M. Costello, Vice-Ministre australien des Affaires Étrangères, en
visite à Bangkok, présente le plan australien au GCKD.
7-8 janvier : rencontres Costello-Hun Sen. Violente attaque des Khmers
rouges sur Battambang.
11 janvier : à Paris, Mitterrand déclare qu'aucun compromis n'est acceptable
avec les Khmers rouges. A Phnom Penh, Hun Sen ordonne le recrutement de soldats
supplémentaires « à tout prix ».
15-17 janvier : réunion, à Paris, des cinq membres permanents du Conseil de
Sécurité (P5) qui débattent du plan australien. Un document en seize points énonce
des principes et s'efforce d'esquisser le contenu de futures négociations basées sur
un rôle particulier de l'ONU dans le règlement de paix.
17 janvier : à Pékin, Sihanouk annonce qu'il ne participera plus jamais à une
réunion inter-cambodgienne. Le lendemain, il déclare que le CNS est une idée de
Hun Sen et des Vietnamiens, qu'il ne le présidera pas et qu'il n'en sera pas membre.
21 janvier : 30.000 personnes vivant dans des camps contrôlés par les Khmers
rouges sont conduites de force à l'intérieur du pays.
Sihanouk, se plaignant de l'hostilité générale dont il est victime, 24 janvier :
démissionne irrévocablement de la présidence du GCKD.
26 janvier : Khieu Kanarith, membre de l'Assemblée Nationale de l'EdC et
journaliste réputé pour son indépendance d'esprit tente, en vain, d'obtenir la
suppression des articles 3 et 4 de la Constitution relatifs au rôle dirigeant du
PRPK.
3 février : Sihanouk annonce qu'il a obtenu des Khmers rouges que le GCKD
devienne le GNC, Gouvernement National du Cambodge, que lui même porte
désormais le titre de « Président du Cambodge », que le drapeau et l'hymne du GNC
soient ceux du Cambodge avant 1970, que le futur régime politique du Cambodge
soit celui d'une démocratie présidentielle du type de la Ve République Française.
Depuis 1975 jusqu'à cette date, à l'ONU et dans toutes les agences du système
onusien, les symboles représentant le Cambodge étaient ceux du Cambodge de Pol
Pot.
6 février : mutinerie, à Koh Kong, de 250 soldats de l'EdC.
18
9 février : une force d'intervention rapide vietnamienne, créée à la suite d'un
appel à l'aide de Hun Sen et basée au Vietnam, opère ponctuellement au Cambodge.
Elle est engagée dans la défense de Battambang où les combats n'ont pas cessé
depuis le début janvier.
12 février : décision de créer une « task force » de l'ONU pour préparer une
éventuelle opération au Cambodge.
13-14 février : réunion à New York du P5 : un accord est intervenu sur 4
points : les modalités de vérification du départ des troupes vietnamiennes, la
nécessité d'établir un cessez-le-feu, la nécessité de mettre fin à toute assistance
militaire aux factions combattantes, le regroupement et le cantonnement des
différentes armées.
18 février : lors d'une rencontre CEE-ASEAN à Kuching (Malaisie), les pays
de la Communauté Européenne font savoir qu'ils ne soutiendront plus le GNC
pour l'octroi du siège du Cambodge à l'ONU.
21 février : 6e rencontre Sihanouk-Hun Sen à Bangkok. Concernant la période
intérimaire, un communiqué conjoint fait état d'un accord pour une présence de
l'ONU « à un niveau approprié » et la création d'une « instance nationale suprême »,
comme symbole de la souveraineté nationale et de l'unité du pays.
23 février : Sihanouk annonce qu'il s'installe définitivement au Cambodge
dans une zone contrôlée par l'ANS (village de Phum Sereipheap). Les troupes
gouvernementales reprennent Svay Chek.
26- 28 février : réunion à Djakarta d'un International Meeting on Cambodia
(IMC) placé sous l'égide de la conférence de Paris auquel participe le GNC, l'EdC,
les six pays de l'ASEAN, le Laos, le Vietnam, l'Australie, la France et le
secrétariat général de l'ONU. A l'ordre du jour, la proposition australienne
fortement élaborée depuis sa première formulation et rassemblée dans un document
de 150 pages intitulé « Red Book ». Les parties cambodgiennes restent sur leurs
positions.
1 mars : le Vietnam reconnaît qu'il aide l'EdC de la manière la plus
appropriée.
6 mars : le premier ministre thaïlandais Chatichai Choonhavan propose la
création d'un camp neutre pour les réfugiés cambodgiens afin de les libérer de toute
contrainte politique.
12-13 mars : réunion à Paris des P5. Accord sur un processus électoral.
30 mars : deuxième mission technique de l'ONU pour étudier les aspects
administratifs d'une éventuelle opération des Nations Unies.
8-25 avril : les combats sont très violents pendant toute cette période.
10 avril : un décret de l'EdC légalise les cultes chrétiens dont les célébrations
restent néanmoins surveillées.
11 avril : visite du sénateur US Robert Kerrey à Phnom Penh. Entretiens avec
Hun Sen.
12 avril : des bombardements par l'armée de l'EdC obligent Sihanouk à
quitter Phum Seripheap.
26 avril : sur la chaîne de télévision américaine ABC, le journaliste Peter
Jennings après avoir enquêté en Thaïlande et dans les zones contrôlées par les
factions non-communistes du GNC affirme que les États-Unis contribuent au
retour des Khmers rouges au pouvoir en soutenant ces factions. Cette accusation
rejoint celle déjà formulée par William Colby ancien directeur de la CIA, et par le
député Atkins.
19 20-25 avril : visite d'une délégation du Parlement Européen conduite par
l'ancien Ministre français des Relations Extérieures, Claude Cheysson.
3 mai : le département d'État US annonce que la Chine a fourni de grandes
quantités d'armes aux Khmers rouges.
7 mai : Sihanouk annonce qu'il se met en congé de la présidence du GNC.
17 mai : violents incidents entre étudiants Khmers et Vietnamiens dans les
Universités de Hanoi et d'Ho Chi Minh Ville. Ces incidents durent deux semaines.
580 étudiants rentrent à Phnom Penh. Les seules explications de ces incidents
résident dans la traditionnelle antipathie entre les deux peuples.
24 mai : le président Bush annonce une révision complète de la politique des
États-Unis à propos du Cambodge. A Site 2, en Thaïlande, scission du FNLPK. Le
général Sak Sutsakhan crée le Parti Libéral Démocratique.
21 mai : fin du « printemps de Phnom Penh ». Les staliniens du régime ont mis
Hun Sen en minorité au bureau politique du PRPK. Six personnalités, accusées de
vouloir former un nouveau parti, sont arrêtées. D'autres sont mises à la retraite.
D'autres sont mutées. Toutes sont proches de Hun Sen et connues pour leur
libéralisme. L'homme fort est désormais Chea Sim, le président de l'Assemblée
Nationale. Dans les jours qui suivent d'autres arrestations interviennent et on
assiste à une véritable purge de l'appareil dirigeant de l'EdC.
25 mai : réunion P5 à New York. Rafeeudin Ahmed, adjoint du Secrétaire
général de l'ONU, précise les conditions minimales d'une participation de l'ONU :
contrôle du cessez-le-feu par l'ONU, arrêt de toute aide militaire étrangère aux
différentes factions, élections libres et régulières sous les auspices de l'ONU, un
système politique qui respecte les droits de l'homme et les libertés fondamentales,
garanties internationales de l'indépendance, l'intégrité territoriale, la neutralité et
l'unité du Cambodge.
29 mai : Sihanouk reprend la présidence du GNC.
4-5 Juin : à Tokyo, 7e rencontre Sihanouk-Hun Sen. L'accord de Bangkok du 21
février est confirmé. La composition du CNS sera paritaire (6 représentants du
GNC, 6 représentants de l'EdC). Parmi les représentants du GNC, il y aura 2
Khmers rouges. Pour la première fois, il est sérieusement question d'un cessez-le-
feu. Contrairement au FNLPK, les Khmers rouges refusent de s'associer au
communiqué conjoint.
8 juin : le Washington Post, citant un rapport au Forum International des
ONG au Cambodge, annonce la fin des aides octroyées à l'EdC par les pays du bloc
soviétique.
19 juin : opération conjointe ANS-Khmers rouges autour de Kompong Thom.
Combats également dans les provinces de Kompong Chhnang, de Kampot et de
Kompong Speu d'où fuient 20.000 personnes qui constituent désormais une
nouvelle catégorie de réfugiés : les personnes déplacées de l'intérieur du pays. Fin
août, il y en aura 150.000 dans tout le pays.
1 juillet : les Khmers rouges attaquent un train sur la ligne Kompong Som
(Sihanoukville)-Phnom Penh : 26 tués, 52 blessés, 10 disparus. Les actions des
Khmers rouges ensanglantent tout le pays. La peur de leur retour devient générale
dans le pays, mais aussi dans de nombreuses capitales occidentales.
5 juillet : le gouvernement de Singapour décide de retirer le passeport à tout
ressortissant qui investirait au Cambodge.
15 juillet : les Khmers rouges attaquent un train de la ligne Battambang-
Phnom. Penh dans le district de Tuk Phos (province de Kompong Chhnang) : 53
tués, une centaine de blessés dont un grand nombre mourront à l'hôpital. C'est la
20 plus sanglante opération menée contre des civils par les Khmers rouges depuis
1979.
16 juillet : John Gunther Dean, l'ambassadeur des États-Unis qui avait quitté
Phnom Penh, le drapeau US sous le bras, le 12 avril 1975, revient au Cambodge en
mission pour l'Asian Institute of Technology (Bangkok).
16-17 juillet : à Paris, réunion du P5. Progrès sur le concept de « Conseil
National Suprême » et sur les questions militaires.
18 juillet : à Paris, déclaration de James Baker, secrétaire d'État US. Les
États-Unis décident de ne plus soutenir le GNC pour le siège du Cambodge à
l'ONU, d'élargir l'assistance humanitaire au Cambodge et d'entamer un dialogue
avec Hanoi à propos du Cambodge.
20 juillet : important « hearing » au Sénat US. On y apprend que l'aide de la
Chine aux Khmers rouges s'élève à 100 millions de US$ par an, tandis que celle des
États-Unis aux factions non-communistes du GNC se monte à 24 millions.
Plusieurs sénateurs demandent la fin de cette assistance qui profite aux Khmers
rouges. La force de ces derniers est évaluée à 30-40.000 hommes. Le sénateur John
Kerry déclare que, malgré la déclaration Baker, les Khmers rouges demeurent les
premiers bénéficiaires de la politique américaine.
24 juillet : les ministres des affaires étrangères de l'ASEAN appellent à une
réunion des quatre factions cambodgiennes pour établir un Conseil national
suprême. Ils déplorent la position adoptée par les Etats-Unis le 18 juillet. La Chine
également.
27 juillet : 30 cadres Khmers rouges parmi une centaine qui avaient demandé
la liberté de mouvement, le droit d'avoir des contacts avec des étrangers, le droit de
pratiquer le bouddhisme sont exécutés dans la zone 1003 placée sous le
commandement de Ta Mok.
5 août : James Baker annonce des pourparlers US-EdC à Vientiane.
22 août : les trois dirigeants du GNC se déclarent prêts à une réunion avec
l'EdC pour constituer un Conseil National Suprême (CNS), « unique institution
légitime et source de l'autorité au Cambodge pendant la période transitoire ».
27-28 août : réunion P5 à New York. Accord sur un « document-cadre de
règlement politique global ». Le GNC apporte son soutien au plan tandis que l'EdC
questionne l'impartialité de l'ONU et la réalité d'un désarmement des Khmers
rouges.
29 août : à Genève, prétextant de l'accord intervenu la veille, le sous-comité
des experts de la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU refuse d'examiner
un projet de résolution qui fait référence « aux atrocités atteignant le niveau du
génocide commises en particulier pendant le gouvernement des Khmers rouges ».
21 1
Cambodge, nouvelle analyse
1 avril 1990
Il y a un peu plus de vingt ans, le 18 mars 1970, le
destin du Cambodge basculait. Dans quelques jours, le 17
avril, il y aura quinze ans que Pol Pot entrait dans Phnom
Penh.
Le Cambodge ne connaît toujours pas la paix. Les
Cambodgiens souffrent et meurent.
Depuis la dernière réunion du Forum, fin février, qui fut l'occasion d'une analyse
complète fournie par John Pedler, que s'est-il passé ?
a. sur le plan diplomatique
- la rencontre de Djakarta
- la troisième réunion des Cinq Grands, les 12-13 mars à Paris.
b. sur le plan inter-cambodgien
- la rencontre de Djakarta avait été précédée d'une rencontre Hun Sen-Sihanouk
(le 21/2/1990)
- des contacts ont eu lieu entre Phnom Penh et le FNLPK
- une nouvelle réunion des quatre factions serait en préparation à Bangkok.
c. sur le plan militaire
La période est surtout marquée par une très nette reconquête du terrain perdu l'an
passé par l'armée de Phnom Penh, principalement dans les zones occupées par le
FNLPK et le FUNCINPEC-ANS. Selon certaines informations, non vérifiées, les
troupes du FNLPK auraient même été repoussées au-delà de la frontière.
23 Comment interpréter ces différents événements ?
L'échec spectaculaire de la réunion de Djakarta confirme les analyses
précédentes : aucun accord n'est possible dans une négociation où les Khmers rouges
sont considérés comme des interlocuteurs à part entière.
Les partisans de Pol Pot, relativement discrets sur le terrain militaire — les
infiltrations très dangereuses et en progrès constant n'ont pas le caractère
spectaculaire d'une bataille frontale — manifestent avec éclat leur intransigeance
dans les enceintes diplomatiques.
Pourquoi ?
a) parce qu'ils peuvent compter sur le soutien et sur la complicité des États-
Unis plus que jamais attachés à la qualité de leurs relations avec Pékin et
toujours aussi affectés par le syndrome vietnamien ;
b) parce qu'ils ont pu compter jusqu'ici sur l'inexistence d'une politique
européenne originale, les Douze se contentant de suivre le couple US-Chine ;
c) parce qu'ils bénéficient de l'affaiblissement de l'URSS sur la scène
internationale ;
d) parce qu'ils ont acquis la conviction que le temps joue pour eux. En effet,
1° les efforts énormes consentis par leurs alliés au sein de la coalition
ont terriblement affaibli ceux-ci (leurs récents revers le confirment) ; les
KR sont plus que jamais l'élément dominant de la coalition opposée à
Phnom Penh, après 6 mois de combats ;
2° l'infiltration des campagnes par de multiples petits commandos est
une opération de longue haleine, mais particulièrement efficace. En jouant
« de la carotte et du bâton », en achetant ici le riz à un prix très élevé, en
pratiquant là un terrorisme particulièrement aveugle, ils déstabilisent peu à
peu les campagnes ;
3°les conséquences négatives des réformes positives de Hun Sen se
retournent contre lui : la libéralisation de l'économie a favorisé la
corruption, la privatisation des terres a amené le retour des usuriers chinois,
le stockage des denrées et les difficultés d'approvisionnement ont provoqué
une inflation qui rend inaccessibles des produits de première nécessité,
l'enrôlement forcé des jeunes a cristallisé une certaine forme d'opposition
au gouvernement, les centaines de victimes des mines inspirent
découragement, peur et critiques à l'égard d'un régime incapable d'assurer la
sécurité. Les contraintes et le coût de la guerre civile (40 % du budget)
empêchent le gouvernement de prendre les mesures susceptibles de corriger
les dérives créées par le passage d'une économie d'État à une économie de
marché. Le temps qui passe érode la popularité de Hun Sen.
Pourvu qu'ils disposent du temps nécessaire, les KR seront en position
avantageuse tant sur le plan militaire que dans une perspective électorale. C'est
pourquoi, ils bloquent systématiquement toutes les initiatives diplomatiques, une
solution rapide étant pour eux la plus mauvaise des hypothèses (sauf, bien sûr, si
elle mettait en oeuvre le plan quadripartite).
24 La seule parade à cette stratégie de Pol Pot est la reconnaissance de facto du
régime de Phnom Penh, puisque l'accord Hun Sen-Sihanouk-Son Sann semble
jusqu'ici impossible, les éléments non-communistes du GCKD n'ayant manifesté
aucune volonté de rompre avec les Khmers rouges.
Cette reconnaissance de facto ne peut venir que des pays européens et peut-être
des pays scandinaves, de l'Australie et du Canada. C'est donc sur ces pays qu'il faut
exercer la pression la plus forte.
Cette pression doit en tout premier lieu viser l'accroissement de crédits pour le
co-financement de projets au Cambodge. Une telle demande doit provoquer l'envoi,
par les autorités gouvernementales, d'une mission, ainsi que l'ont déjà fait certains
pays. De la sorte, un processus est entamé qui, par la mise en oeuvre d'autres formes
de pressions, peut aboutir à une attitude européenne originale qui aura sans nul
doute un effet d'entraînement sur la Scandinavie, l'Australie, le Canada, peut-être
l'Autriche, mais aussi, ainsi que cela vient d'être vérifié, sur l'Afrique.
Nouvelles brèves
Thaïlande :
Le général Chavalit, commandant en chef de l'armée thaïlandaise, a démissionné.
Il a été nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. Son successeur est le
général Suchinda, un militaire qui n'a que du mépris pour les hommes politiques.
Cette entrée de Chavalit dans le gouvernement, même si elle ne renforce pas la
démocratie thaïlandaise, ne devrait pas modifier la politique de Chatichai à l'égard
du Cambodge, Chavalit ayant contribué à la mise en oeuvre de cette politique.
Communauté Européenne :
Le 19/3, la Commission a octroyé au Cambodge une aide de 28 millions de FB
(800.000 US $). Cette aide sera acheminée, selon un porte-parole de la Commission,
notamment par MSF-Belgique. Elle consiste en matériel médical, en vivres, en
médicaments et en l'envoi d'équipes médicales.
Parlement Européen :
Une délégation du Parlement Européen, conduite par M. Claude Cheysson, se
rendra au Cambodge le 19 avril.
Belgique :
La Direction Asie du Ministère belge des Affaires Étrangères a recommandé la
levée de l'interdiction faite à l'Agence pour la Coopération au Développement
(AGCD) d'envoyer un émissaire à Phnom Penh. Après la Grande-Bretagne, la
France et les Pays-Bas, la Belgique enverra donc, sous peu, une mission au
Cambodge.
Dernières publications :
- « Politique Etrangère », revue de l'Institut Français des Relations
Internationales, consacre un dossier au Cambodge dans son numéro du dernier
trimestre 1989 ;
- dans la collection Asie-Débat, publiée chez L'Harmattan, à Paris, le numéro 5
est entièrement consacré au Cambodge.
25 2
L'attitude de l'Occident
contribue au retour de Pol Pot
17 mai 1990
Entretiens avec :
- M. HUN SEN, Premier Ministre
M. HOR NAMHONG, Ministre près la Présidence du Conseil
- M. KONG KORM, Ministre du Contrôle
- M. CHAM PRASIDH Vice-Ministre, Présidence du Conseil
- M. CHEM SNGUON, Vice-Ministre de la Justice
- M. UCH KIM AN, Directeur du Département de Politique
Générale, Ministère des Affaires
Étrangères
Dr. MY SAMEDY, Doyen de la Faculté de Médecine
M. KHIEU KANHARITH, membre de l'Assemblée Nationale,
Directeur de l'hebdomadaire
Kampuchea
- M. RUOS REN, Directeur de la Bibliothèque Nationale
des personnalités khmères qui
souhaitent garder l'anonymat
- Son Excellence Rolf DACH, Ambassadeur de R.D.A.
Son Excellence Lajos TAMAS, Ambassadeur de Hongrie
- Son Excellence NGO DIEN, Ambassadeur du Vietnam
- M EVGUENI BAZDYREV, Ministre-Conseiller à l'Ambassade
URSS
- M. SLAWOMIR NESTOROWICZ , Premier Secrétaire à l'Ambassade de
Pologne
- M. BELA FAZEKAS, Troisième Secrétaire
Ambassade de Hongrie
- M. XAVIER ROSE, Délégué Général de l'Alliance
française
M. BERTRAND KERN, Chef de délégation CICR
- M. WALTER IRVINE, Chef de délégation UNHCR
- M. DANIEL PHILIPPIDES Chef de délégation Croix Rouge
française
- Mme EVA MYSLIWIEC PADEK
27 Mme ONESTA CARPENE Australia Catholic Relief
- Mme JILL ARACE OXFAM-UK
Mme BRIGITTE SONNOIS Redd Barna
Mme JANE TRANINGER World Council of Churches
Melle MYRIAM DENIS Enfants du Cambodge
- Melle JOELLE GOIRE Handicap International
- MM STEPHEN TORNE et
BRIAN VEAL - CIDSE
M. FRANCOIS GRUNEWALD GRET/3A
- Dr. ISABELLE FOURNIER MSF France
MM JEAN RYS et Dirk
VANBAELEN, MSF NL-Belgique
- M. ISAMU KONISHI, Japan International Volunteer Centre
et plusieurs agents de diverses ONG, dont les témoignages furent très
précieux.
J'ai également rencontré, alors qu'ils étaient en mission à Phnom Penh :
- Claude CHEYSSON, Janou LACAZE et Jean-Louis BOURLANGES, Députés
européens représentant respectivement les groupes socialiste, libéral et chrétien-
démocrate du Parlement Européen ;
- Mr. HEDI ANNABI, chef de la mission du Secrétaire Général de l'ONU ;
- Melle Myriam HOUTART, CCSDPT, chargée de la coordination Cambodge-
Thaïl ande.
Enfin, j'ai eu des contacts avec les journalistes suivants :
NAYAN CHANDA, Far Eastern Economic Review
MELANIE MCFADYEAU The Daily Telegraph
(London)
- ELISABETH MARDALL BBC
- GIORGIO FABRETTI RAI
TOM FAWTHROP Eastern Horizons TV
- THIERRY FALISE A P
Visites : à Sisophon, Battambang, Kompong Cham et remontée, dans cette
province, jusqu'au district de Kroch Chhmar.
Indépendamment des entretiens particuliers énumérés ci-dessus, j'ai participé à
deux rencontres : celle des Députés Européens avec certaines ONG et celle de la
Mission de l'ONU avec les ONG intéressées. J'ai pu, grâce au Kampuchea Campaign
Working Group, présenter un de-briefing de fin de mission auquel plus de trente
personnes ont participé.
Pour mémoire, mes précédents séjours à l'intérieur du Cambodge ont eu lieu en
avril et septembre 1989.
28
Des défis insurmontables
Le Cambodge doit faire face, en même temps, à des défis qu'il ne peut surmonter
principalement à cause de l'isolement international que lui impose l'Occident et à
cause des conséquences dramatiques des tragiques événements des années 1970-1979.
Ces défis majeurs sont au nombre de 5.
1) LE COÛT HUMAIN ET FINANCIER DE LA GUERRE CIVILE
Des blessés et des morts en très grand nombre, des amputés par centaines, des
jeunes enrôlés de force, des soldats mal payés et avec retard, qui pillent, rançonnent
et désertent.
30 à 40 % du budget annuel de l'État affectés à la défense, alors que de plus en
plus, les armes et les munitions doivent être achetées, alors que les unités
vietnamiennes qui interviennent ponctuellement et à la demande ne le font que
moyennant paiement (selon plusieurs sources : 100 $ par soldat, totalisant un mois
de présence effective au Cambodge).
La charge budgétaire de la défense est telle que le Gouvernement doit opérer des
transferts au détriment des autres départements et notamment celui de
l'agriculture. Ainsi, dans ce secteur, les engrais nécessaires pour les tout prochains
semis sont de moins en moins disponibles.
2) LES CONSÉQUENCES DE LA DÉMOCRATISATION DU COMECON
Les mutations intervenues dans les pays d'Europe centrale et en Union
soviétique, pays jusqu'ici partenaires du Cambodge à l'intérieur du COMECON,
ont des conséquences effrayantes pour le Cambodge.
Ces pays donnent actuellement la priorité à leur propre développement
économique. Sollicitant le FMI, il ne leur est plus autorisé de fournir certaines
aides à des tiers. Les relations entre ces pays et le Cambodge relèveront, à partir de
janvier prochain, des échanges commerciaux et non plus de l'assistance technique.
Or, jusqu'à présent, toutes les formes d'aides confondues provenant de ces pays
constituaient près de 80 % du budget annuel du Cambodge.
3) LES CONSÉQUENCES NÉGATIVES DES MESURES POSITIVES DE
1989
La révision de la Constitution, en avril 1989, a mis fin au collectivisme et à
l'économie dirigée. Mais l'État n'est pas en mesure de gérer une telle mutation :
dispositions législatives et réglementaires inexistantes faute d'experts pour les
élaborer, appareil statistique dérisoire, structures administratives faibles et sous-
équipées en moyens humains et techniques...
La privatisation et la libéralisation de l'économie s'opèrent en dehors de tout
encadrement sérieux. Ce qui favorise l'apparition de phénomènes et de pratiques que
le pouvoir est incapable de contrôler, de limiter ou de réprimer.
a) l'inflation, qui avait remarquablement été maîtrisée pendant près de dix ans,
se développe dans des proportions critiques : le Riel qui s'échangeait en avril 1989 à
175 pour 1 US $ est passé en un an à 384, après avoir frisé les 500 il y a deux mois !
29 b) on assiste, depuis une dizaine de mois, à l'effondrement d'une certaine éthique
politique qui avait prévalu depuis 1979. L'ouverture du pays et du marché favorise
l'arrivée de corrupteurs d'autant plus persuasifs qu'ils s'adressent à des gens qui ont
vécu parfois depuis vingt ans dans le plus grand dénuement et qu'aucune législation
ne réprime de tels actes.
Une partie de la classe dirigeante est aujourd'hui totalement discréditée par ce
phénomène, qui n'a toutefois pas encore atteint l'ampleur connue à l'époque de
Sihanouk ou à celle de Lon Nol.
c) l'inflation et la corruption de certains dirigeants influencent directement le
comportement des fonctionnaires.
Quand on sait qu'une famille moyenne a besoin, à Phnom Penh, de 15 à 20
mille Riels par mois pour vivre et que les salaires des fonctionnaires varient entre
800 et 1.500 Riels par mois, on peut comprendre les phénomènes qui affectent
progressivement l'administration cambodgienne : démotivation du personnel de plus
en plus souvent absent pour pratiquer une autre activité rémunérée, généralisation de
la corruption, fuite des rares fonctionnaires compétents vers le secteur privé (quand la
possibilité existe), désintégration progressive de l'appareil administratif.
Dès à présent, des ONG doivent renoncer à la mise en oeuvre de projets faute
d'interlocuteurs.
d) l'attraction de la propriété immobilière provoque un phénomène d'endettement
d'autant plus excessif qu'aucun frein n'existe aux pratiques usuraires. Les Chinois
ont repris leur place traditionnelle dans la société cambodgienne.
e) l'enrichissement rapide de certains dirigeants du régime ou de certains
commerçants tranche avec le niveau de vie très moyen des autres citadins et contraste
violemment avec celui des paysans.
Cette réapparition des inégalités sociales contre lesquelles bien des dirigeants
actuels s'étaient battus à l'époque de Sihanouk et de Lon Nol est interprétée comme
un échec du régime par une partie grandissante de la population.
4) L'EXACERBATION DE TENSIONS ETHNIQUES
Alors que le régime a apporté un soin tout particulier à protéger les diverses
minorités ethniques et en particulier les Chams, la minorité musulmane, alors qu'il
vient de reconnaître ses droits à la minorité chrétienne, la question de plus en plus
aiguë des relations entre Khmers et Vietnamiens installés au Cambodge, reste sans
réponse. Le chauvinisme traditionnel des Khmers, leur aversion séculaire pour tout
ce qui a trait aux Vietnamiens prennent aujourd'hui l'allure d'un phénomène massif.
Exutoire facile de toutes les frustrations, le sentiment anti-vietnamien atteint des
proportions dangereuses. Malheureusement, acculé par l'Occident à l'alliance avec le
Vietnam, le Cambodge ne dispose pas d'une marge de manoeuvre suffisante pour
gérer ce problème comme il conviendrait.
30 5) L'INCAPACITÉ DU PARTI UNIQUE A RÉPONDRE AUX DÉFIS
Dans l'état actuel de l'organisation politique du pays, c'est le parti unique qui
est le siège du pouvoir. Manifestement traversé par des courants contraires, il
semble incapable de fournir une réponse aux défis auxquels le pays est confronté.
Qu'il s'agisse des négociations de paix, de l'effondrement du communisme
mondial, du passage d'une économie dirigée à une économie de marché, de
l'ouverture politique, de l'éventualité d'une compétition électorale, le parti se
calfeutre dans son silence et pratique la pire des politiques, celle de l'autruche.
En fait, on se trouve en présence d'un authentique blocage politique qui affecte
directement l'action gouvernementale. Ainsi, par exemple de la volonté
d'ouverture politique. Des décisions importantes ont été prises en 1989 en ce qui
concerne les libertés individuelles. Elles sont, pour l'essentiel, appliquées. Mais
les instruments de l'oppression (les réseaux du Ministère de l'Intérieur) sont
toujours en place et, spontanément, agissent pour justifier leur existence.
Sans doute la guerre civile et le danger très réel d'infiltration par les Khmers
rouges ont-ils empêché que l'État du Cambodge supprime sa Stasi ou sa Securitate,
sans doute, l'absence de juristes et l'inexistence d'une Faculté de Droit empêchent-
elles d'établir les bases d'un État de droit — et sur ce point, l'Occident qui refuse
d'envoyer des professeurs et de recevoir des étudiants n'a pas le droit de critiquer —
il n'en reste pas moins vrai que la volonté d'ouverture politique n'est pas partagée
par tous avec la même intensité. De ce point de vue, le Ministère de l'Intérieur
apparaît comme un bastion stalinien : responsable de l'administration
pénitentiaire, il refuse de fournir au Ministère de la Justice ou au Procureur Général
la liste des prisonniers ayant fait ou non l'objet d'une condamnation. De même, il
continue d'interdire l'accès des prisons au CICR.
Des atouts non négligeables
Pour faire face aux défis cumulés auxquels il est confronté, le Cambodge
dispose d'atouts certains, même si ceux-ci ne semblent pas devoir suffire.
1) UN BILAN REMARQUABLE
Compte tenu de l'état général du pays et de ses habitants en 1979, compte tenu
de l'isolement international imposé au Cambodge par l'Occident, compte tenu de la
pauvreté des moyens humains et matériels dont les Cambodgiens ont pu disposer,
compte tenu de la guerre civile qui leur a été imposée et d'une présence étrangère qui
s'est faite trop longtemps et trop fortement pesante, ce que les Cambodgiens ont
fait de leur pays en onze ans est tout à fait remarquable : rétablir un petit appareil
d'État, reconstruire une structure administrative complète, reconquérir
l'autosuffisance alimentaire, assurer pratiquement tous les besoins primaires ne
fut-ce que d'une manière précaire, reconstituer un système scolaire et une
infrastructure sanitaire...
Ce bilan, qui confère à ses auteurs une légitimité certaine, garantit une
continuité de gestion et, malgré ses faiblesses, constitue une base incontournable
pour la reconstruction du pays.
31 2) DES HOMMES DE VALEUR
On trouve, dans le personnel politique en place, quelques hommes compétents,
intègres, allergiques aux idéologies, ayant — chose rare au Cambodge — le sens de
l'intérêt général. La plupart, mais pas tous, sont regroupés autour du Premier
Ministre, M. HUN SEN.
Leur marge de manoeuvre est parfois très étroite dans le système politique actuel.
Mais, incontestablement, ils constituent une des grandes chances pour le Cambodge
de demain.
3) DES RICHESSES NATURELLES
La nature est particulièrement généreuse au Cambodge et pour peu qu'on s'y
emploie judicieusement, elle peut fournir au pays et à ses habitants des ressources
très importantes.
Des sites naturels, des monuments prestigieux constituent des atouts
exceptionnels pour une grande politique touristique.
4) L'ACTION DES AGENCES INTERNATIONALES ET DES ONG
Présentes depuis plusieurs années au Cambodge, certaines agences internationales
et plusieurs ONG ont acquis une expertise irremplaçable, tant en ce qui concerne
l'aide d'urgence, qu'en ce qui concerne la reconstruction et le développement.
5) LA DIASPORA CAMBODGIENNE
Si de trop nombreux exemples inspirent plus de craintes que d'espoir, on peut
quand même raisonnablement envisager qu'un certain nombre de Khmers
manifesteront assez de patriotisme et de désintéressement pour accepter de retourner
au pays et participer, aux côtés de ceux qui oeuvrent depuis 1979, à sa
reconstruction, sans pour autant exiger comme un dû les postes de direction et les
fonctions supérieures.
Le spectacle de l'entourage du Prince Sihanouk, où on se partage déjà les
portefeuilles ministériels, les postes d'ambassadeur et les sièges de gouverneur de
province, fournit cependant une limite aux espérances que l'on peut placer dans cette
frange de la diaspora ultra-politisée.
On observera enfin au sein de cette diaspora khmère, une multitude de gens que
les horreurs passées ont à tout jamais éloignés de l'engagement politique et qui,
malgré les menaces et les pressions du Prince Sihanouk (sa lettre du 17 mai 1989),
envoient de l'argent à leur famille restée au pays et sont de plus en plus nombreux à
s'y rendre en visite.
32 La réponse internationale
Depuis 1979, le dossier cambodgien est bloqué. Les positions prises par
l'Occident au moment de l'intervention vietnamienne ont délibérément ignoré que
cette intervention — dont on ne peut nier les aspects expansionnistes — était
d'abord, pour le peuple cambodgien, une libération.
Le génocide, vis-à-vis duquel l'Occident était resté silencieux, ne pouvait être
pris en considération, car il aurait justifié l'action vietnamienne. Cette position
occidentale contribue aujourd'hui encore à l'impasse.
La Chine n'a jamais renoncé à soutenir les Khmers rouges. Elle vient, au cours
des six derniers mois, de confirmer spectaculairement cet appui par des fournitures
d'armes nouvelles plus importantes, tant en quantité, qu'en qualité.
Toutefois, selon certains diplomates, une analyse plus fine permettrait de
déceler la possibilité d'une attitude chinoise différente si Pékin venait à se trouver
complètement isolé dans son soutien à Pol Pot. Et de rappeler qu'une « porte de
sortie honorable » pourrait très bien déboucher sur une attitude comparable à celle
adoptée à l'égard des communistes thaïlandais.
Les mêmes observateurs font remarquer qu'en fait l'intransigeance chinoise
puise sa source dans l'attitude américaine et que, contrairement à ce qui est affirmé
le plus souvent, la clé de la solution cambodgienne serait à Washington plutôt qu'à
Pékin.
Les États-Unis persévèrent dans la poursuite aveugle de comportements qui, en
vingt ans et toutes administrations confondues, ont produit dans le Sud-Est
asiatique les résultats exactement inverses par rapport aux objectifs annoncés.
Ainsi, la position américaine de 1979 était-elle justifiée par la volonté de contenir
l'expansionnisme alors bien réel de l'Union soviétique. Mais, les moyens mis en
oeuvre — l'alliance inconditionnelle avec la Chine, le refus catégorique de répondre
à la demande pourtant répétée des Vietnamiens de s'ouvrir à l'Occident et d'établir
des relations nouvelles avec les USA — ont acculé le Vietnam à l'alliance
« envahissante » avec l'URSS, de telle sorte que les Soviétiques furent, comme
jamais ils ne l'avaient été auparavant, présents dans toute la péninsule indochinoise
et installèrent la base de Cam Ranh.
En dépit de cet échec retentissant, les États-Unis n'ont pas renoncé à cette
politique qui consiste à acculer les régimes qu'ils n'aiment pas à choisir le camp
adverse. L'obstination US à rejeter l'actuel régime de Phnom Penh, pourtant
authentiquement cambodgien — et les USA sont très mal placés pour invoquer la
légitimité des gouvernements, eux qui soutiennent tant de dirigeants installés par
la force des armes — ne laisse au gouvernement Hun Sen aucune alternative dans le
choix de ses alliés et dans l'appui militaire qu'il sollicite pour empêcher le retour
de Pol Pot au pouvoir. Les deux piliers de la politique US en Asie restent l'alliance
privilégiée avec la Chine et la volonté de faire payer aux Vietnamiens l'humiliation
de la défaite américaine.
On ne trouve pas, dans les décisions de Washington, de traces d'une politique
spécifique concernant le Cambodge. L'attitude américaine à propos du Cambodge
n'est que la résultante de priorités étrangères à ce pays. Notons cependant que cette
résultante s'inscrit parfaitement dans une constante tragique du traitement
américain de la question cambodgienne : depuis plus de vingt ans, on ne trouve dans
les initiatives américaines à l'égard du Cambodge que des actes de destruction et des
positions négatives : bombardements massifs en 1968-1969, soutien aux auteurs du
coup d'État de 1970, intervention militaire à partir de 1970, bombardements
33 massifs de 1970 à 1973, refus de condamner le génocide entre 1975 et 1979,
condamnation du renversement du régime de Pol Pot, embargo et isolement
international d'un Cambodge anéanti dans ses populations et ses équipements,
soutien à la représentation du Cambodge à l'ONU par les Khmers rouges,
participation active à la reconstitution de l'armée de Pol Pot et, aujourd'hui, refus
systématique de prendre en considération le bilan positif du régime de Phnom Penh,
les réformes intervenues en 1989 (alors qu'on applaudissait les mêmes réformes en
Europe de l'Est) et la chance que constitue pour l'avenir du Cambodge l'équipe
d'hommes qui partagent le pragmatisme de M. Hun Sen.
Il est navrant de constater que les États-Unis, qui ont tant apporté au progrès de
l'humanité, sont avec les Khmers rouges ceux qui ont le plus détruit le Cambodge.
Selon certaines sources, une révision de la politique américaine pourrait être
envisagée en partie sous la pression d'une opinion publique qui ne pourrait accepter
le retour au pouvoir de Pol Pot, conséquence de la politique US, mais surtout parce
que les USA trouveraient dans les récents développements au Nicaragua un modèle
applicable au Cambodge. Renonçant à soutenir le plan de Sihanouk qui prévoit la
participation des Khmers rouges au pouvoir, les Etats-Unis appuieraient une
variante du plan australien plus acceptable par la Chine — c'est tout le sens des
réunions des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité — et chargeraient
certaines de leurs ambassades de susciter, au sein de la diaspora cambodgienne, la
constitution d'une formation politique pro-américaine. Des contacts seraient déjà
très avancés, notamment en France.
L'Union Soviétique, dont on connaît les bouleversements internes, a
incontestablement joué un rôle décisif dans la décision des Vietnamiens de se
retirer du Cambodge. Si elle a apporté au régime de Phnom Penh une aide
économique et une assistance militaire considérables, il semble bien que, désormais,
les relations entre les deux pays relèveront presque exclusivement des échanges
commerciaux et que Phnom Penh ne recevra plus que ce qu'elle est en mesure de
payer.
L'effacement progressif de l'URSS de la scène internationale se manifeste avec
éclat dans le cas du Cambodge. Mais, il pose un problème fondamental qui dépasse
et de loin le sort de ce malheureux pays. Si les mutations qui interviennent dans ce
qu'on appelait l'empire soviétique réjouissent les démocrates, leurs conséquences
au plan des relations internationales doivent faire réfléchir.
La paix du monde résulte d'équilibres dont on est capable de gérer les
modifications. Les bouleversements que connaît l'Union Soviétique amènent
Moscou à modifier l'ordre de ses priorités politiques et économiques. La politique
intérieure a pris l'avantage sur les objectifs extérieurs. En l'état actuel des
relations internationales, cette modification laisse le champ libre à une politique
américaine que plus rien ne vient compenser. Ce qui pourrait, à terme, être
générateur de tensions et de conflits. Ce qui amène tout naturellement à
s'interroger quant à l'existence de l'Europe comme acteur politique sur la scène
internationale.
Pendant la conférence de Paris sur le Cambodge, en juillet-août 1989, des
diplomates du Tiers Monde ont déploré l'absence de l'Europe comme telle, d'une
Europe aussi attentive au sort des populations qu'aux intérêts des États. Qu'elle le
veuille ou non, l'Europe est placée devant des responsabilités majeures. Elle est
aujourd'hui la seule qui puisse créer des conditions nouvelles susceptibles de sortir
la question cambodgienne de l'impasse dans laquelle elle se trouve depuis onze ans.
34 La responsabilité de l'Europe
Les décideurs européens, comme ceux des pays qui ont la volonté de procéder à
une évaluation de leur politique cambodgienne, sont placés devant trois
possibilités :
1. fermer les yeux, se boucher les oreilles et se taire, comme pendant les années
`70, quand ils ont laissé Pol Pot et ses lieutenants massacrer 30 à 40 % du peuple
cambodgien. Aujourd'hui, cette attitude indéfendable s'exprimerait par
l'abstention. Certains cependant ne rejettent pas cette hypothèse.
2. poursuivre la politique suivie depuis 1979 à l'instigation de la Chine, des
États-Unis et des pays de l'ASEAN et qui s'est traduite par :
- l'embargo économique et financier d'un pays martyrisé qui est un des plus
pauvres du monde ;
- l'isolement diplomatique de ce pays ;
- l'attribution du siège du Cambodge à l'ONU aux Khmers rouges désignés
par la Coalition hostile à Phnom Penh pour la représenter sur la scène
internationale (sauf 1 cas, tous les ambassadeurs de la Coalition sont des
Khmers rouges) ;
- l'appui aux propositions fluctuantes du prince Sihanouk, dont la seule
constance est de garantir aux Khmers rouges leur participation au pouvoir sans
avoir au préalable consulté les Cambodgiens et sans avoir obtenu la moindre
garantie pour prévenir la répétition des massacres (par exemple, la mise à
l'écart des responsables du génocide et des bourreaux reconnus).
Il est important de souligner que le choix d'une de ces deux hypothèses signifie
le choix du retour des Khmers rouges au pouvoir.
3. considérer que la Realpolitik ne peut pas signifier plus longtemps le mépris
cynique du sort des populations cambodgiennes et qu'on ne décide pas du sort des
peuples quand on est incapable de surmonter ses rancoeurs et de dépasser des choix
simplistes.
Faire ce choix, c'est prendre en considération les deux évidences contraignantes
qui, aujourd'hui, s'imposent à tout observateur :
a) les efforts diplomatiques n'ont pas réussi à sortir de l'impasse et réclament
encore beaucoup de temps.
Depuis 1987, la diplomatie est incapable de sortir de l'impasse. C'est en
1987 qu'ont commencé des efforts diplomatiques nouveaux pour tenter de
parvenir à un règlement de la question cambodgienne : cinq rencontres Hun
Sen — Sihanouk en tête à tête, trois rencontres informelles à Jakarta, la
conférence de Paris en juillet-août 1989, les initiatives de la Thaïlande, le
plan australien et les multiples démarches de MM. Evans et Costello et,
depuis janvier, les réunions des cinq membres permanents du Conseil de
Sécurité.
Trois ans et demi d'intenses activités diplomatiques ont sans doute
permis de dégager des points d'accord et de mieux cerner les obstacles, mais
35 l'impasse demeure, car elle naît de la volonté sino-américaine d'obtenir une
solution globale et d'imposer la participation des Khmers rouges à cette
solution, sans aucune précision en ce qui concerne les responsables du
génocide et la prévention de la reprise des massacres.
Les efforts thaïlandais en vue de rechercher une procédure par étapes (en
commençant par le cessez-le-feu, l'arrêt des livraisons d'armes et la
vérification du retrait de troupes étrangères) n'ont pas été soutenus en
Europe et sont systématiquement contrariés par les USA.
Le plan australien est récupéré par les cinq membres permanents du
Conseil de Sécurité qui en dénaturent certaines de ses dispositions les plus
intéressantes.
Il est important d'observer que jusqu'ici les Khmers rouges ont
systématiquement saboté toutes les initiatives qui ne leur accordent pas une
participation réelle au pouvoir, y compris le dernier en date des plans
proposés par le prince Sihanouk (plan en 9 points d'avril '90). De même, il
est important de rappeler que les Khmers rouges n'ont jamais dénoncé les
crimes commis lorsqu'ils étaient au pouvoir, ni même formulé des regrets.
Enfin, il est indispensable de toujours garder à l'esprit que les Khmers
rouges poursuivent dans les camps et les zones qu'ils contrôlent les mêmes
violations systématiques des droits de l'homme que celles pratiquées entre
1975 et 1979.
La place que certains continuent à leur accorder dans les négociations,
sans aucune contrepartie et sans aucune garantie, revient à leur conférer un
droit de veto dans la poursuite des efforts diplomatiques. Ce qui leur
fournit le moyen de gagner le temps dont ils ont besoin pour l'emporter sur
le terrain.
h) le temps, désormais, contribue à l'affaiblissement de la seule force qui
combatte les Khmers rouges (voir rapport du ler avril 1990).
L'État du Cambodge n'est pas en mesure de faire face tout à la fois à la
guerre civile, à la perte de la majorité de ses ressources, à une crise
économique et sociale majeure, le tout dans un contexte d'embargo
économique et financier et d'isolement diplomatique. L'action des USA et
de la Chine porte ses fruits : la situation générale du pays se dégrade
progressivement au profit exclusif des Khmers rouges. Peut-on évaluer la
durée de ce processus ? Assurément, on se trouve en présence d'un scénario
qui peut s'accélérer dans les mois qui viennent. En effet, depuis le départ des
troupes vietnamiennes fin septembre 1989, l'armée gouvernementale a pu
utiliser à plein le matériel lourd fourni par l'Union soviétique. Avec la
saison des pluies qui commence, ce matériel n'est d'aucune utilité. De même,
s'il a été relativement facile de réparer les dégâts infligés par la guérilla aux
ouvrages d'art et d'assurer les communications routières et ferroviaires
entre les grands centres du pays, de telles réparations sont beaucoup plus
malaisées, lorsque les routes sont transformées en pistes boueuses.
L'infiltration des maquisards de Pol Pot dans quelques provinces leur
donne, la nuit, le contrôle de ces zones.
Compte tenu de l'effet cumulé des contraintes qui s'abattent sur le
gouvernement, on doit sérieusement s'interroger sur sa capacité à survivre
au-delà d'une période qui va de 6 à 18 mois.
36 Conclusions
Une nouvelle fois, le Cambodge doit faire face à une situation qui relève de
l'urgence. Une nouvelle fois, les pires menaces pèsent sur ce pays, pourtant déjà
terriblement éprouvé.
Le sort des Cambodgiens est désormais lié à la réalisation d'un des trois
scénarios suivants :
- dans les prochaines semaines, un cessez-le-feu prélude à un processus de
pacification ; pour les raisons indiquées plus haut, ce scénario, qui est le plus
souhaitable, est le moins probable ;
- la poursuite des pourparlers diplomatiques, toutes choses restant égales par
ailleurs ; c'est le scénario catastrophe, celui du pourrissement qui débouche
inéluctablement sur la prise du pouvoir par les Khmers rouges ;
- créer une situation nouvelle qui bloque la logique infernale du deuxième scénario
auquel conduit la politique suivie jusqu'ici. Seule l'Europe est en mesure de
prendre les initiatives de nature à stopper ce processus fatal. Lever l'embargo
économique et financier et mettre fin à l'isolement international du Cambodge,
lui apporter massivement et sans délai l'assistance financière, économique,
technique, culturelle dont il a un urgent besoin, sont les décisions qui permettent
d'attendre la conclusion des pourparlers diplomatiques et empêchent un
effondrement du pouvoir en place, dont seuls profiteraient les Khmers rouges. Ce
sont des décisions qui privilégient le sort des populations cambodgiennes, tout en
permettant que des solutions de droit puissent se dégager du dialogue
diplomatique.
De telles décisions, qui n'impliquent pas la reconnaissance de jure du
gouvernement de Phnom Penh, créent un tout nouveau contexte international et
permettent de dépasser les blocages de l'attitude sino-américaine par l'effet
d'entraînement sur d'autres pays comme les pays scandinaves, certains États
africains, l'Australie, l'Autriche, le Canada, etc.
Il va sans dire que de telles décisions remettent totalement en question le
problème du siège du Cambodge à l'ONU et placent l'Assemblée Générale de cette
organisation devant de nouveaux choix.
La responsabilité de l'Europe est écrasante. Elle peut, si elle le veut, changer le
cours des choses dans un des drames les plus sanglants de notre temps. Va-t-elle,
une nouvelle fois, se dérober ?
Recommandations aux ONG
Il y a urgence.
Le Cambodge sombre peu à peu et chaque jour qui passe rend le terrain un peu
plus favorable aux Khmers rouges. Il faut l'affirmer auprès de tous les décideurs :
les palabres diplomatiques font perdre du temps à la paix et gagner du temps aux
Khmers rouges. Il y a urgence à :
37 - lever l'embargo ;
- fournir une aide massive au Cambodge ;
- réclamer du Conseil de Sécurité qu'il examine sans délai les conditions d'un cessez-
le-feu immédiat (il est scandaleux de constater que lors de leurs réunions sur le
Cambodge, les cinq membres permanents parlent de tout sauf du cessez-le-feu) ;
- réclamer la vacance du siège du Cambodge à l'ONU.
Tels sont, me semble-t-il, les thèmes essentiels d'une campagne qui devrait
démarrer maintenant pour agir tout à la fois sur le Sommet Européen de Dublin (25
et 26 juin) et sur l'Assemblée Générale de l'ONU, dont les préliminaires,
particulièrement importants en ce qui concerne la question du siège, commencent
début septembre.
Il faut en même temps agir sur les média, sur l'opinion publique et sur les
décideurs politiques. Il faut agir MAINTENANT.
Il va de soi que je suis prêt à me rendre partout où on le souhaitera pour exposer
ce qui précède et que, de même, je m'efforcerai de satisfaire toutes les demandes qui
pourraient être formulées dans le cadre d'une telle campagne.
38 3
Après Tokyo, avant Paris,
où va le Cambodge ?
22 juin 1990
1. LA SITUATION INTÉRIEURE
Les craintes exprimées dans mon rapport de mai 1990 se confirment
malheureusement en ce qui concerne la situation militaire. Les infiltrations
des hommes de Pol Pot autour de Kompong Thom, de Kompong Chhnang, de
Kompong Speu, de Pursat prennent une ampleur croissante. Plusieurs
districts, dans ces provinces, seraient désormais sous le contrôle des
Polpotistes. Le gouvernement le reconnaît implicitement puisqu'il vient, par
la voix de Kong Sam 01, de lancer un appel à l'aide pour secourir les personnes
ayant fui les régions de Kompong Speu et de Kompong Chhnang.
Sur le plan politique, les blocages décrits dans mon rapport sont illustrés par
l'arrestation de personnalités auxquelles on reproche de vouloir former un
nouveau parti politique. Ces arrestations sont tout à fait confirmées. Elles
frappent notamment des proches de Hun Sen. Il y a également des limogeages :
ainsi Khieu Kanharith, figure emblématique du courant libéral.
On manque encore de précisions pour fournir une explication sérieuse de ces
arrestations et de ces limogeages. A ce stade, je note seulement que les
personnes touchées semblent être plus proches de Hun Sen que des autres
dirigeants.
J'observe également que Hun Sen ne paraît pas en mesure de les empêcher.
2. LES ACQUIS DE TOKYO
Même si les résultats de la rencontre de Tokyo sont moins spectaculaires que
ce que certains journaux ont laissé entendre, il y a incontestablement des
points positifs à cette réunion voulue par la Thaïlande. Ces résultats positifs
ont été possibles principalement parce que les Thaïlandais et M. Hun Sen ont
voulu que ce sixième tête-à-tête Hun Sen — Sihanouk fasse l'objet d'intenses
travaux préparatoires. Comme le Premier Ministre cambodgien me l'avait
déclaré le 25 avril dernier à Kompong Cham : « le tourisme diplomatique,
c'est fini ».
39 a) le premier point positif, c'est la confirmation de l'accord du 21 février
1990 à Bangkok entre Hun Sen et Sihanouk sur :
- le principe d'un Conseil national suprême ;
- la composition paritaire de ce Conseil : 6 représentants du
Gouvernement de l'État du Cambodge et 6 représentants de la coalition
dont Sihanouk est le porte-parole.
Ce Conseil pourrait donc comprendre, parmi les représentants du
Prince Sihanouk, 2 Khmers rouges. Ce qui rencontrerait le voeu de ceux qui
ont toujours considéré que les partisans de Pol Pot doivent être associés
au processus de paix.
Sur le rôle de ce Conseil, l'accord ne va pas au delà d'une mission de
détenteur de la souveraineté et de la légitimité du Cambodge.
b) le deuxième point positif de la rencontre de Tokyo, c'est que, pour la
première fois, on y a sérieusement parlé du cessez-le-feu, sujet tabou de la
volonté même de la Chine et des USA (ainsi que rappelé par le Sous-
Secrétaire d'État US Richard Solomon, à Bangkok le 14 mai '90) qui ne
conçoivent le cessez-le-feu que comme un élément de la solution globale et
qui refusent d'en faire une première étape vers la paix, ainsi que le propose
la Thaïlande depuis des mois.
Même si on ne doit guère se faire d'illusion sur la portée de ce qui a été
convenu, il faut considérer comme un élément très positif que le cessez-le-
feu ait été proposé comme première étape vers la paix. Ce qui semble aller
de soi doit être regardé comme un progrès !
c) troisième point positif : cette réunion à Tokyo a permis à M. Hun Sen de
rencontrer le Premier Ministre japonais et d'autres membres du
gouvernement nippon.
Le Japon est donc, désormais, impliqué dans le dossier cambodgien
autrement que par le fait d'avoir présidé, pendant la conférence de Paris en
1989, la commission reconstruction.
Vu la volonté japonaise d'assumer, en Asie et notamment en Asie du Sud-
Est, des responsabilités à la mesure de la puissance économique de Tokyo,
vu le caractère particulier des relations sino-japonaises, beaucoup moins
unilatérales que les relations sino-américaines, on doit se réjouir de ce rôle
nouveau des Japonais.
Ces éléments de satisfaction autorisent-ils les conclusions quasi euphoriques
qui ont fait les titres de plusieurs journaux : « Sihanouk rompt avec les
Khmers rouges », « les Khmers rouges sont désormais isolés », etc. ?
S'il faut effectivement constater qu'il y a eu, à Tokyo, une attitude de
Sihanouk en contradiction avec la position des Khmers rouges, peut-on en
déduire pour autant que le Prince a rompu avec eux et qu'ils sont désormais
isolés ?
C'est, de mon point de vue, aller beaucoup trop vite en besogne. La
connaissance du dossier cambodgien interdit de telles audaces : à plusieurs
reprises depuis qu'ont commencé les contacts inter-cambodgiens, on a pu
40 enregistrer des accords Hun Sen-Sihanouk reniés dans les jours, les semaines ou
les mois qui ont suivi par le « Prince changeant ».
En outre, ce sont les Khmers rouges qui ont pris des initiatives, pas le Prince
qui est resté dans le cadre convenu pour la réunion de Tokyo. Arrivés au Japon,
les représentants de Pol Pot ont exigé d'être considérés comme une délégation
distincte de celle conduite par Sihanouk. Ils ont ensuite refusé la composition
paritaire du Conseil national suprême au profit d'une composition
quadripartite.
Ma circonspection est encouragée par les premières manifestations de la mise
en oeuvre du communiqué conjoint de Tokyo : si le gouvernement de Phnom
Penh a fait savoir qu'il entendait composer sa délégation au Conseil national
suprême de personnalités de premier plan (MM. Hun Sen, Kong Sam 01, Tea
Banh, Sin Song, Hor Namhong, Chem Snguon), par contre, le Prince Sihanouk a
refusé de présider la première session de ce Conseil et fait savoir qu'il n'y
siégerait pas lui-même. Il a fourni des noms de personnes de faible
représentativité.
Avant de parler de rupture Pol Pot-Sihanouk et d'isolement des Khmers
rouges, il faut que l'attitude princière à Tokyo soit confirmée par d'autres
initiatives de l'ancien monarque allant dans le même sens.
A cet égard, l'attitude des Khmers rouges lors de la rencontre, le 9 juillet
prochain à Paris, des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité à
laquelle seront conviées les quatres factions cambodgiennes et la manière dont
réagiront les différents protagonistes à cette attitude constitueront des
éléments d'appréciation décisifs.
3. LES CINQ + LES QUATRE = LA PAIX ?
Que peut-on attendre de la prochaine réunion des cinq membres permanents du
Conseil de Sécurité ?
Il n'est pas inutile de rappeler que ces réunions ont commencé en janvier
dernier, suite
- à la crainte qui s'est propagée en Occident fin '89 de voir les Khmers rouges
s'emparer de certaines grandes villes au Cambodge ;
- à l'intérêt suscité par le plan australien.
Ces réunions ont débuté alors que M. Hun Sen avait fait deux concessions
importantes : accord sur la participation de l'ONU dans le processus de paix
(moyennant la fin de l'attribution du siège du Cambodge à la Coalition) et
accord pour une participation des Khmers rouges au sein d'un Conseil national
suprême où les deux gouvernements (celui de M. Hun Sen et celui du Prince
Sihanouk) seraient représentés paritairement.
Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité se sont réunis à quatre
reprises. Mais, jusqu'à présent, sur la base des communiqués publiés, ces
réunions n'ont guère avancé dans la voix d'une solution. Manifestement, à
l'instigation des Etats-Unis, on ne retient du plan australien (auquel il n'est
jamais fait référence) que le rôle de l'ONU auquel on semble jusqu'ici vouloir
transférer les principales attributions du gouvernement Hun Sen (le fameux
« démantèlement »). En fait, les Cinq reprennent la tentative faite à Paris l'été
dernier de recherche d'une solution globale acceptable par tous, y compris les
Khmers rouges : la quadrature du cercle. Pour avoir intégré dans leurs
41 discussions les éléments nouveaux apportés par les concessions de M. Hun
Sen, ils ont pu donner l'illusion, amplifiée par certains média, de progrès
substantiels. Mais, leur silence est complet sur des questions aussi
essentielles que le cessez-le-feu, le rôle des dirigeants polpotistes
responsables du génocide, la prévention des massacres. Dès lors, qu'il s'agit
d'établir la paix et d'instaurer la démocratie, on ne peut que s'inquiéter de
telles lacunes. L'oeuvre de réhabilitation internationale des Khmers rouges
entreprise il y a onze ans par la Chine et l'Occident se poursuit...
Dans ces conditions, il faudrait des modifications substantielles des positions
des uns ou des autres pour que la réunion de Paris produise des résultats
significatifs. Si, par exemple, Paris devait confirmer Tokyo et que les Cinq
avalisent le communiqué conjoint de Tokyo, les Khmers rouges s'y étant
ralliés ou pas, alors un pas important aurait été franchi. Rien jusqu'ici ne
permet d'envisager cette hypothèse. Mais rien n'interdit d'espérer !
Une nouvelle fois beaucoup dépendra de l'attitude de Sihanouk. Va-t-il ou non
mettre en oeuvre le communiqué conjoint de Tokyo ? Si oui, tout est possible.
En effet, la mise en place du Conseil national suprême, avec ou sans les
Khmers rouges doit quasi automatiquement entraîner deux faits nouveaux
importants : un cessez-le-feu entre les gouvernementaux et les deux factions
non-communistes et l'octroi à l'ONU du siège du Cambodge à ce Conseil.
En fait, la mise en place du Conseil national suprême constituerait
l'événement nouveau capital : cette instance, détentrice de la légitimité
nationale, pourrait être l'interlocuteur acceptable dont certains pays
occidentaux ont besoin pour lever l'embargo et rétablir des relations
bilatérales.
La prochaine réunion de Paris apportera sur ce point un éclairage important.
Je tiens à faire la mise au point suivante :
1. mon rapport de mai 1990 a été envoyé par priorité, aux
ONG à Phnom Penh et la responsabilité des retards
postaux ne peut en rien m'être imputée ;
2. je n'ai jamais proposé, ni suggéré que les projets de
développement à moyen ou à long terme soient suspendus
ou abandonnés. Une telle affirmation relève d'une tierce
personne qui a suggéré à E. Becker cette interprétation
tout à fait étrangère à mon propos.
R.M.J.
42 4
Testimony to the Committee on
Foreign Affairs of the US Senate
20 juillet 1990
Mr. Chairman,
Senators,
It's a great honour for me to have the possibility to attend and to bear my
testimony to your Committee. I highly appreciate your invitation.
I dislike to speak about myself but I think it's necessary to give you a few
words of presentation.
Since the beginning of this year, I am the diplomatie adviser to the Forum, a
consortium of 32 NGOs which work in Cambodia.
My experience in Cambodian affairs, except readings of books and reports since
the Vietnam war, began in September 1988, when I spent two weeks in the camps in
Thailand, near the border. In November 1988 I met two times with Prince Sihanouk
and attended the annual meeting of his political party, the FUNCINPEC. In April
1989, I spent two weeks in Cambodia, I visited Phnom Penh, but also five
provinces. I had a three hour meeting with Prime Minister Hun Sen. The next
month, I wrote a fifty-five page report to the Committee on Foreign Affairs of the
Belgian Senate and several articles in newspapers. In July and August of the same
year I was in La Celle-St-Cloud in France for the meeting between the four
Cambodian factions and after this meeting in Paris for the International
Conference. I had meetings with Prince Sihanouk, Prime Minister Hun Sen and
Vietnamese Foreign Minister Nguyen Co Thach. In September I was in Cambodia
for ten days and I visited Battambang and Kompong Som. I met Prime Minister
Hun Sen for a two hours meeting. Back in Belgium, I wrote a report about the
withdrawal of the Vietnamese troops which I gave in Washington when I met in
October and November with Mr. Karl Jackson (National Security Council), Mr.
Charles Twining and Mr. Steve Johnson (State Department) and Mr. John Sloan
(Pentagon). Last April, I met former Prime Minister Son Sann for a three hours
meeting two days before going to Cambodia again. I was with Prime Minister Hun
Sen for a three day trip in Kompong Cham province and I met him again two times
in his office in Phnom Penh. At the end of May, I met Foreign Minister Nguyen Co
Thach in Brussels. Last June and earlier in this month I had meetings about
Cambodia with higher officiais in Bonn, Berlin, Rome, Dublin, London, Paris and
43 Brussels. In Paris, I met Gen. Sosthene Fernandez, former Minister of Defence
under Lon Nol.
So, I think that I can say that I know something about Cambodia, but it's sure
that the more I know, the more I see that I have to learn about this country.
« One has w serioulsy wonder about the capacity of the Phnom Penh
regime w survive beyond a period ranging between 6 and 18
months. »
That's what I have written after my latest stay in Cambodia. How can I say
that ?
Because time isn't on Hun Sen'side, time is on Pol Pot's side. There is only one
question now : who will win ?
But it's not a game between two players. If Pol Pot wins, the loser will be not
only Hun Sen, not only the Heng Samrin regime, but above all the people of
Cambodia.
At the beginning of my testimony, I'd like to say that I'm not here as a
supporter of Prime Minister Hun Sen or of the Phnom Penh regime. I think that
Hun Sen and people like him represent a great hope for the future of Cambodia, but
I don't like any regime which is not built on a democratic basis. I'm here as a man
who knows Cambodia, who likes this country and who is dreadfully frightened by
the fate of these people.
If the Phnom Penh regime collapses, the Khmer Rouge will take its place. There
isn't any other eventuality.
And I say that the Phnom Penh regime could collapse if the West doesn't
change their policy. I can say that for 5 reasons :
I) since last September, Cambodia has to pay the human and financial cost of a
civil war which is supported by China and Western countries. That means
large numbers of injured and dead persons, massacres of government
employees — for example, on the first of July, after an attack on the
Kompong Som train, all the people working for the State railway company
were killed by the Khmer Rouge — that means hundreds of people who have
lost a leg or an arm on account of the mines, that means more or less 100,000
displaced persons who have fled the battlefields, that means forced
conscription, but that also means that between 30 % and 40 % of the annual
budget of the State are allocated for the war.
Men are in the army and not in the fields, other people are displaced and
not engaged in agricultural production, the Government hasn't enough
money to sell fertilizers and seeds to the farmers at low prices as he did in
previous years. Our relief workers, our representatives of non-governmental
humanitarian organizations are very worried on this point. Last Friday, I
received a report from Phnom Penh which said : « The prospects for food
production this year look very bad. »
The military situation is growing worse and worse. More and more
districts are under Pol Pot's control : near Kompong Thom, near Kompong
Cham, near Kompong Chhnang, near Pursat, near Kompong Speu. As you can
see on a map, the Khmer Rouge are in all provinces round Phnom Penh.
Several bridges on main roads (4, 5 and 6) have been blown up. The train line
from Phnom Penh to Kompong Som (the most important harbor) is closed.
44 2) The second challenge which the Phnom Penh regime has not the capacity to
surmount concerns their financial resources. Cambodia has five year
agreements with their partners in the Comecon. But, at the end of this year,
it will be the end of the period.
These coutries are now giving the priority to their own economic
development. As applicants to the International Monetary Fund, they are
not allowed to provide financial aid to third countries. All forms of aid
combined coming from the Comecon constitute 80 % of the annual budget
of Cambodia. How will they find important new resources at the beginning
of next year ?
3) The third challenge that the Phnom Penh regime has to face is an economic
and social crisis which is the consequence of the reforms decided last year.
In April 1989, the government put an end to collectivism and to planned
economy. They recognized private property and introduced a free market
economy. But this government is too weak. It is not in a position to manage
such reforms. Since 1979, the West has refused to accept students from
Cambodia or to send professors to Cambodia. Now, the lack of experts, the
lack of competent people in advisory positions has as a consequence the fact
that privatization and liberalization of the economy are taking place outside
any solid framework.
This favours the appearance of phenomena and practices which no
authority is able to control, to limit, or to suppress. Corruption is linked
with inflation and very low salaries. The rapid enrichment of certain leaders
or tradesmen, the reappearance of social inequalities all contribute to the
demoralization of the population and especially, the civil servants and the
soldiers.
After twenty years of war, after the pol Pot regime and the genocide,
after all kinds of privations and with the international isolation which
punishes the poorest country in the world, this demoralization contributes
to something like a progressive collapse of the administrative apparatus and
to a fall in confidence in the future of the country.
4) I won't speak a lot about a fourth challenge for the government which is the
acceleration of the ethnic tension between the Khmer and the Vietnamese
living in Cambodia. But we have to remember the progroms at the beginning
of the seventies.
5) The fifth challenge is quite important. There is an authentic political
deadlock within the regime which directly affects the governmental action.
We have to understand that there are two kinds of people at the top of this
single party regime : the hardliners, with Heng Samrin and Chea Sim as
leaders, and what I call the Hun Sen group. In a few words, I can only give a
generalization of both groups and I'd like to say that one can find exceptions
in each group.
The hardliners often are linked with Vietnam, they often are Stalinists,
they are unqualified and venal. They know that they would never survive a
free election or be perceived as competent to take part in a peacetime
administration. On the other side, Hun Sen and his allies are pragmatic,
competent and honest people. They have ideas, projects for the future of
Cambodia. They are the authors of all the reforms. For three or four years
they have been trying both to manage the de-communization of Cambodia and
45 to assert its independence. These people ask for peace as quickly as possible
because cor them, the first target is the rebuilding of their country.
Until the beginning of this year, the Hun Sen group had the power -- not
all the power, but a majority. For example, the Minister of Interior, Mr. Sin
Song, a member of the other group, has jurisdiction over civil rights laws and
regulations, but has refused to implement them. Hun Sen had real power. The
others were divided.
Since January, the Hun Sen group has been put in the minority. Why ?
The hardliners say that in spite of internat reforms, in spite of
concessions in talks with Sihanouk, and in international meetings, Hun Sen
couldn't bring peace or even the end of the embargo. They say that the global
situation is worse than during the previous period and they try to stop all
reforms. That's, in my opinion, what the arrests a few weeks ago meant.
At the beginning of my testimony, I said : the Phnom Penh regime could
collapse if the West doesn't change its policy.
What has been the West's policy since 1979 ?
Effectively, the three elements of our policy have been :
1. To rebuild the military strength of the Khmer Rouge and to give
them diplomatie rehabilitation through the United Nations.
2. To give legitimacy to Pol Pot's men and to require their involvement
in an interim government, without election. It's just the same as if
we asked the Germans to accept the Nazis in a reconciliation
government after World War II.
3. To isolate 8 million Cambodians and punish one of the poorest
countries in the world because this country had been liberated from
a genocidal regime by liberators who became occupiers. With that
policy, what was our concern for the victims of a regime which one
could compare with the Nazi regime ?
Nothing, in the last years, could change this policy. Last year, after reforms
which we supported in Eastern Europe but denied in Cambodia, after the
withdrawal of the Vietnamese troops, the West still refused to speak with Hun
Sen, who nevertheless made a lot of concessions.
During the last three years, Hun Sen agreed to participate in all meetings even
with the Khmer Rouge, he accepted the involvement of the United Nations in the
verification of the cease fire, and the withdrawal of the Vietnamese troops. He
accepted that the Khmer Rouge participate in a Supreme National Council where
the two governments should be equally represented. The West has continued to
require an unrealistic comprehensive settlement through a quadripartite interim
government. We have lost a lot of time trying to impose the mass murderers on
Cambodia. During this time a lot of Cambodians have lost their lives. Now, we
fear the consequences of a policy which contributes to the return of Khmer Rouge
to power.
But as we say in a French proverb : Fear is the beginning of wisdom. I hope that
it won't be too late.
46 Yesterday, I received a fax from France. I'd like to read you sentences from this
fax of an NGO representative just back from Pnom Penh (PNH) :
« - Shortage of petrol meant increasingly unreliable power supplying
PNH. This has meant there is not a single sterilizer in working
condition in PNH hospitals.
- Given the fact that a vast number of injured people are coming in for
amputation and treatment, the situation in hospitals is reaching
crisis proportion.
- There is also acute shortage of anti-biotic. Expired anti-biotic sold
in Phnom Penh market has affectively led to a number of deaths.
There is no oxygen. No anti-malarial medicine.
- Because of increasing insecurity on the roads, a lot of patients who
would have corne from provinces are not coming and prematurely
dying for the lack of treatment.
- Basically, said this representative, what I'm saying is this : the
Baker initiative has corne very late. Unless urgent moves are taken
on health, economics and refugee front, things could indeed get very
ugly.
- It would be a case of an operation being successful, but the patient is
dead on the table. »
Mr Chairman
Senators,
I'd like to thank you for your attention. May I hope that this testimony could
help your Subcommittee in the development of a new policy which gives priority
to the fate of the people of Cambodia ?
Your country is the leader of the West.
You have the power to bring peace to Cambodia and, as a first step, to stop a
policy which gives to the Khmer Rouge the right to say as they say every day in the
camps in Thailand or in the villages in Cambodia under their control : « The world
is with us. »
47 5
La nouvelle donne cambodgienne
7 août 1990
Je rentre de Washington où j'avais été invité à présenter mon dernier rapport sur
le Cambodge dans le cadre d'un « hearing » organisé par la Commission des
Relations Extérieures du Sénat des États-Unis.
Ce « hearing » a permis une très vive confrontation entre les Sénateurs (dont
MM. Cranston, Bob Kerrey, John Kerry, Murkowski, Muskie, Robb, Simon) et le
Secrétaire d'État Adjoint pour l'Asie M. Richard Solomon sur l'interprétation à
donner aux travaux des Cinq membres permanents du Conseil de Sécurité (PERM
5) et sur la portée de la déclaration du 18.07.90 de J. Baker. Ma visite en Amérique a
permis de très nombreux contacts à Washington, Boston (Harvard), mais aussi à
Montréal et Ottawa avec des parlementaires, des responsables gouvernementaux,
des dirigeants d'ONG et des journalistes. Je saisis l'occasion de ce document pour
remercier de leur accueil, de leur collaboration et de leurs initiatives The Center
for National Policy et Indochina Project (Washington DC), The Christopher
Reynolds Foundation (New York), Oxfam-Amérique (Boston), Oxfam- Québec
(Montréal) et the Canadian Council for International Coopération (Ottawa).
Leurs efforts étaient à la mesure de ceux fournis en Italie (Manitese), en Irlande
(Trocaire et Oxfam-Irlande) et à Londres (Christian Aid), lorsque j'y suis allé en
juin. A tous, un tout grand merci.
Cette note est rédigée suite aux réunions suivantes :
- PERM 5, les 16 et 17/07 et la déclaration Baker le 18/07 à Paris ;
- le hearing au Sénat US, le 20/07 à Washington DC ;
- la réunion du Groupe Asie de la CE, le 20/07 à Bruxelles ;
- les réunions ASEAN (AMM et PMM), du 24 au 29/07 à Djakarta ;
- la rencontre Baker-Shevardnadze, le 01/08 à Irkoutsk.
1. Le changement US
A. Tout d'abord, deux remarques de forme qui ont leur importance pour
apprécier la portée du contenu :
49 a la déclaration Baker a été élaborée au plus haut niveau (Bush, Baker,
Scowcroft) sans que le Département d'État y soit associé.
M. Solomon, qui représentait les USA à PERM 5, a été informé par
câble, pendant la réunion, de la nouvelle position US.
Il s'agit donc avant tout d'une décision politique qui n'avait fait
l'objet d'aucune préparation administrative.
b. Les seuls documents dont on dispose à ce jour, pour analyser la
nouvelle politique américaine sont les déclarations de J. Baker à Paris
(le 18/07) et à Djakarta (les 27 et 29/07). Il n'y a pas de document
officiel et ces déclarations, selon les instructions de Baker lui-même,
sont à prendre telles quelles et ne peuvent faire l'objet
d'interprétations de la part d'officiels US.
B. Analyse de contenu
L'élément principal de la déclaration Baker est bien entendu le retrait du
soutien américain au GCKD en ce qui concerne le siège du Cambodge à
l'ONU.
Cette déclaration comporte également trois autres éléments majeurs :
1° pour la première fois, les États-Unis reconnaissent la réalité du
retrait des troupes vietnamiennes ;
2° pour la première fois, les États-Unis reconnaissent que le
gouvernement de Phnom Penh jouit d'une réelle autonomie ;
3° pour la première fois, les États-Unis se donnent comme un de leurs
objectifs politiques majeurs d'empêcher le retour des Khmers
rouges au pouvoir.
Ces éléments tout à fait positifs — et sur lesquels il ne sera pas
possible de revenir — sont toutefois « fragilisés » par :
a) l'annonce de la poursuite de l'aide à la partie non-communiste
de la Coalition : or, il est aujourd'hui clairement établi que
cette aide profite directement ou indirectement aux Khmers
rouges. Depuis mars dernier, toutes les opérations militaires de
la Coalition sont coordonnées. Les services de renseignements
US le reconnaissent eux-mêmes. Ainsi, par exemple, les
renseignements fournis par satellites sur les positions des
troupes de Hun Sen, qui sont transmis chaque semaine au
Sihanoukistes sont, dans les 48 h., utilisés par les Khmers
rouges. Or, une disposition légale (section 906 du Foreign
Assistance Act : Prohibition on certain assistance to the Khmer
Rouge) stipule qu'aucun fonds ne peut avoir pour objectif ou
comme conséquence de favoriser, de soutenir ou d'augmenter,
directement ou indirectement, la capacité des Khmers rouges ou
de n'importe quel de ses membres de conduire des opérations
militaires ou paramilitaires au Cambodge ou n'importe où en
Indochine. Lors du « hearing », il était manifeste que
l'Administration est de plus en plus inquiète de voir une
procédure s'engager à l'encontre de ceux qui auraient
transgressé cette loi. Le leader de la majorité au Sénat, le
50

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