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Comprendre

et faire comprendre

La Greve des bàttu
d'Aminata Sow Fall

@ L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2510-4

Mwamba CABAKULU Boubakar CAMARA

Comprendre

et faire comprendre

La Grève des bàttu
d'Aminata Sow Fall

Préface du Professeur Oumar Sankharé

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

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L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3
1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino Italie

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PREFACE
Aminata Sow Fall est un écrivain africain dont l'œuvrefigure en bonne place dans les programmes d'enseignement. Et pourtant jusque là, il' n'était possible de trouver aucun ouvrage critique sur sa production littéraire. Cette lacune, durement ressentie dans nos lycées et nos universités, vient d'être comblée par deux brillants collègues à travèrs cet essai. Au demeurant, Mwamba Cabakulu et Boubacar Camara apparaissent ici moins comme des critiques que comme des pédagogues. Grands lecteurs de Sainte-Beuve qui leur a inspiré leurs fameuses « Causeries du samedi », ils sont parvenus à montrer, dans la première partie du livre, combien la vie et le contexte social de la romancièreforment et informent ses récits. Ainsi, ils prouvent que l'auteur, du
Revenant aux Douceurs du bercail, a su, avec bOJ1heur, amper les c

réalités de son environnement.Cette peinture des mœurs se double d'une satire politique que les essayistes analysent avec une finesse admirable. Mais Cabakulu et Camara sont d'abord des enseignants. Telle est la raison de la présence des fiches de lecture qui représentent des préparations toutes faites en vue de l'explication des textes ou de la dissertation. S'ils restent fidèles à la critique traditionnelle, ils n'hésitent pas à initier leurs lecteurs aux méthodes structuralistes qu'ils appliquent à la Grève des bàttu.Ne dit-on pas que les critiques ont un rôle à la fois scientifique, politique et pédagogiqueàjouer vis-à-visdes lecteurs? Dans cet ordre d'idées, il convient par ailleurs de saluer l'heureuse idée des auteurs de fourniraux élèves et aux professeurs une riche bibliographie sur le genre romanesque et aux étrangers un lexique complet des termes wolof utilisés dans l'ouvrage.
En somme, Comprendre etfaire comprendre la Grève des bàttu, pour ses grandes qualités didactiques, est sans conteste un manuel utile non seulement aux spécialistes mais encore aux passionnés de littérature. 7

Il reste à souhaiter que les commW1autés scolaire et universitaire réservent le meilleur accueil à cet ouvrage remarquable par sa perspicacité et son érudition.

Oumar Sankharé Professeur Titulaire à l'UCAD

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PREMIERE APPROCHE:
'"

LE LIVRE

ET SON CONTEXTE

1. L'AUTEUR ET SON ŒUVRE
Aminata Sow Fall fait partie des femmes écrivains pionnières de la littérature sénégalaise, voire africaine francophone. Romancière de talent, elle est toujours présente sur la scène littéraire africaine. Elle a déjà publié six romans qui demeurent essentiellement une œuvre de dénonciation des maux dont souffre la société sénégalaise. Bien attachante, cette œuvre pose en fait les problèmes brûlants de notre époque. Aussi une présentation de l'auteur et de son œuvre s'avère-t-elle nécessaire pour révéler les conditions particulières dans lesquelles est engendré le roman la Grève des Bàttu, objet principal de cette étude. 1.1. LA BIOGRAPHIE Dans la ligne de la critique traditionnelle telle qu'elle est prônée par Sainte-Beuve, la compréhension d'une œuvre littéraire passe aussi par la connaissance de la biographie de l'auteur. Rien ne peut laisser indifférent le critique qui doit interroger l'écrivain dans sa vie, sa formation, sa culture, ses origines. Car la littérature contient toute la vie, fait appel à tout l'homme.

1.1.1. La formation Aminata Sow Fall est née le 27 avril 1941, à Saint-Louis du Sénégal, ville située dans le nord du Sénégal où elle a passé sa prime enfance. Elle a grandi et fréquenté l'école primaire, puis le lycée Faidherbe (devenu Cheikh Oumar Foutiyou Tall) de cette ville qui a bercé son enfance; elle l'évoque souvent avec nostalgie et reconnaissance:
Je viens assez souvent à Saint-Louis, déclare-t-elle

dans une interview. Mais j'ai l'impression que c'est avec émerveillement et empressement que je viens dans cette ville. Et je disais que chaque fois que je viens et dépasse la frontière de Rao, j'ai / 'impression de vivre un autre rythme, une autre atmosphère, comme si j'étais dans une autre ère. Je crois que c'est un sentiment de béatitude. Je pense que, toujours, la magie se recrée, la magie de nos enfances respectives, car il y a beaucoup

Il

d'enfances assimilées à la magie, en ce sens que la période d'innocence se renouvelle,. et plus un enjant prend de l'âge, on a l'impression d'avoir servi, a.u moins une partie ç/e sa Ivie, puisque les souvenirs restent toujours vivaces

Berceau de l'enfance d'Aminata Sow Fall, Saint-Louis est aussi considérée comme celui de la littérature africaine francophone et elle a joué un rôle dans la vocation de la romancière pour la littérature. Elle l'avoue: C'est vrai, Saint-Louis a toujours été le berceau de la civilisation sénégalaise d'abord, africaine ensuite, par la situation de carrefour de cette ville et par le rôle qu'elle a assumé (Jans l'histoire de l'Afrique, dans la rencontre de l'Afrique avec l'Europe. Ceci a forgé une personnalité saintlouisienne, explique ses liens particuliers, son ouverture, son sens du respect, de l'ordre, du dialogue. J'aime revenir dans cette ville oùje suis née. C'est ici que j'ai découvert la littérature, c'est ici que j'ai lu les premiers textes littéraires2. Invitée à accompagner à Dakar sa grande sœur mariée, Arame Fall Diop, Aminata Sow Fall poursuit ses études secondaires au lycée Van Vollenhoven de Dakar (aujourd'hui lycée Lamine Guèye) où elle obtient son baccalauréat en 1962. Elle est ensuite reçue au concours pour les études d'interprétariat international qu'elle prépare en France. Au même moment, elle prépare une licence d'enseignement de Lettres Modernes à la Sorbonne. C'est là, à Paris, qu'elle rencontre son mari, Samba Sow.

1.1.2. La vie active Aminata Sow Fall, pour ainsi dire, entre dans la vie active avec l'enseignement. En effet, nantie de ses diplômes parisiens,

Interview réalisée en 1994 à Saint-Louis par M. Mwamba CABAKULU, inéd., p. 2. 2 Interview réalisée en 1994 à Saint-Louis par M. Mwamba CABAKULU, inéd., p. 2. 12

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elle enseigne dans des lycées et instituts du Sénégal. Elle sera, tour à tour, professeur au lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque, au lycée Delafosse et au lycée Blaise Diagne de Dakar, au Centre d'Etudes des Techniques d'Information (CESTI). De 1974 à 1979, Aminata Sow Fall est membre de la Commission de Réforme de l'Enseignement du Français. A ce titre, elle participe à l'élaboration de manuels scolaires dont elle est ainsi co-auteur, notamment pour - Les genres littéraires par les textes (Dakar: NEA, 1977) Littérature française pour les classes de seconde (Dakar: NEA)

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- Grammaire - Grammaire

Active de 6è (Dakar: NEA) Active de 5è (Dakar: NEA).

De 1979 à 1988, elle est détachée au Ministère de la Culture comme Directrice des Lettres et de la Propriété Intellectuelle et Directrice du Centre d'Etudes des Civilisations.

Mais la situation de fonctionnaire n'apporte pas pleine satisfaction à la future romancière. La voilà engagée dans des activités d'ordre culturel. Elle crée à Dakar, en 1988, le Centre Africain d'Animation et d'Echanges Culturels (CAEC) et à SaintLouis, en 1996, le Centre International d'Etudes, de Rechercheset de Réactivation sur la littérature, les Arts, la Culture (CIRLAC) dont l'objectif principal est de contribuerà la promotionculturelle.
A ce propos, elle s'explique et explicite ses objectifs: Ces centres sont des centres pour la promotion de la littérature et des écrivains. Notre devise, c'est « lire, produire, s'enrichir». Les centres veulent aussi être des lieux de débats d'idées. Nous voulons développer la culture de l'esprit, parce que souvent, on pense que le développement, c'est simplement le développement économique qui permet à chaque individu d'améliorer son niveau de vie sur le plan matériel. Moi, je ne pense pas que ce soit là le développement. Car il y a un aéveloppement indispensable à la base: c'est le 13

développement

lié à la culture. L'être humain doit

discuter, doit s'informer, doit avoir un sens critique, doit pouvoir aborder la vie d'une certaine manière en sachant qu'ily a d'autres qui l'abordent d'une autre manière. Ilfaut se cultiver, avoir accès à la connaissance. Savoir, c'est pouvoir. Par ailleurs, si vous aimez quelfju 'un, si vous lui remplissez le ventre, vous lUI donnez beaucoup d'argent, s'il n>, a pas une éthique qui lui dise comment ilfaut gerer, cette personne sera toujours plus procne de l'animal que de 1'homme. Elle n'aura pas de ressorts qui lui permettent de gérer rationnell~ment et humainement tout ce qu'il aura acquis. Puisant dans ses propres fonds et dans ceux de sa famille, Aminata Sow Fall crée une librairie et une maison d'édition, les Éditions Khoudia, qui ont déjà publié plusieurs titres dont l'œuvre de la romancière elle-même: Le Jujubier du Patriarche (1982). Ses actions culturelles lui ont valu plusieurs décorations dont:

- Chevalier - Chevalier

- Chevalier

de l'Ordre du Mérite

des Palmes Académiques de l'Ordre de la Pléiade - Chevalier de l'Ordre National du Lion

Elle a reçu le grade de Docteur Honoris Causa de Mount Holyoke Collège (Massachusetts) le 25 mai 1997.
Elle a fait l'objet de deux films. L'un a été réalisé en janvier 1987 par la télévision suédoise, en coproduction avec les télévisions danoise et norvégienne, il s'agissait de filmer l'écrivain dans son travail et dans la vie. L'autre est l'œuvre, en février 1988, du cinéaste français Pierre Pomonier pour le compte de la télévision française.

3 Interview, ibid., p. 4. 14