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De l'Africa des esclaves à l'Africa esclave

De
400 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 140
EAN13 : 9782296303416
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Conférence planétaire pour la Proclamation de la Paix universelle (Anthropopolis,3000)

DE L'AFRICA DES ESCLAVES
À LIAFRICA ESCLAVE
MÉMORANDUM POUR L'AN 3000
RESUMÉ DESTINÉ A L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE

Présentation de MAX LlNIGER-GOUMAZ Ecole Supérieurede cadres pour l'Economie et l'Administration,
Ecole Polytechnique fédérale, Ecole Supérieure de Commerce,

Lausanne

Édition L'Harmattan 5,7 rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3294-8

Présentation
"Pour nous, physiciens, la distinction entre le passé, le présent et l'avenir n'est qu'une illusion, sinon une obsession". Albert Einstein (1955)

Nous connaissons les grandes utopies et anti-utopies, celles d'hier et d'aujourd'hui. Nombre d'entre nous sont lecteurs assidus d'ouvrages de science fiction. Les lieux de nulle part, ceux nés de l'imagination de savants et de romanciers, font florès. Que de mondes méchants peuplés de monstres, de robots maîtres des hommes peut-on rencontrer! Qu'est l'utopie marxiste à côté d'une Nouvelle Atlantide ou de la Cité du soleil? Or, voici que mes étudiants et moi avons plongé dans une surprenante expérience. Nous étions occupés à étudier l'ambiance qui marqua l'Occident chrétien à la fm du 1er millénaire, avec la panique, les sombres prédications et les flambées de moralisation que l'on sait 1, et qui resurgissent tandis que point le IIIème millénaire. Ne venions-nous pas de lire les prédictions de la secte coréenne Dami sur un second avènement du Christ accompagné de cataclysmes, ce qui entraîna de nombreux suicides et avortements? Allions-nous assister à la même panique que celle qui fit abattre des monuments païens, aux abords de l'An Mil, tels des alignements de menhirs? C'est alors que tout a commencé. Depuis des années, j'accompagne des étudiants dans les domaines de l'analyse de l'actualité, de la géographie des marchés et de l'histoire. Il m'arrive de leur confier le traitement de certains thèmes, tout en participant à la recherche. Ces hommes et ces femmes, fort adroits, font un appel croissant aux banques de données les plus diverses, pendant que je me penche davantage sur les performances cartographiques des stéréo-restituteurs et la nouvelle géométrie fractale de la nature. Pour l'étude de l'An 1000, après examen du livre consacré

à ce thème par Georges Duby, et le dépouillement de la compilation de M. Zimmermann, Les sociétés méridionales autour de l'an mil (paris, 1992), je les ai vus élaborer un plan de travail subtil et complet, comportant la
consultation - via la gigantesque bibliothèque que représente Internet des services intégrés de nombreux catalogues et de banques de données. Nous pouvions ainsi nous relier à un réseau informatique mondial et nous brancher sur les ordinateurs de la plupart des universités et cenlres de recherche de la planète, soit quelque 2,3 Mio de machines. Nous avons réservé un matin dans le principal Centre d'informatique de la place, afin de profiter du transfert de données le

-

III

plus large possible. La préparation semblait minutieuse, et nul n'aurait imaginé qu'une erreur s'y était glissée qui allait nous valoir, et à vous aussi, cher lecteur, des émotions insoupçonnées. Les étudiants arrivaient d'un cours sur le théorème de complétude de la logique de premier ordre. Bientôt les imprimantes crépitèrent, mais de façon bizarre. Nous travaillions à côté des super-ordinateurs de type vectoriel que sont Cray Y-MP et Cray Y-MP 4E, tous deux à l'étonnante puissance, installés peu avant le début de nos travaux (en attendant l'arrivée du T3D expérimental, avec développement d'applications numériques massivement parallèles qui apporteront des gains d'un facteur 100 à 1000, ou encore le japonais SX-4 de la NEC, voire l'helvétique Music). Nous ne nécessitions pas les milliers de milliards d'opérations par seconde dont ces merveilles sont capables. Certains étudiants dialoguaient avec des interlocuteurs souvent lointains, d'autres consultaient des bibliothèques électroniques, lorsque nous fûmes frappés par la lenteur des imprimantes. Aussitôt nous arrêtâmes nos systèmes. En les réenclenchant, l'ensemble hoqueta comme s'il avait avalé des données de travers. Cela ne pouvait venir de la source d'énergie, le réseau étant doté de régulateurs de tension et de groupes électrogènes de dépannage. Nous savons que l'immunité des systèmes informatiques doit sans cesse être remise en question, que les ordinateurs ingurgitent des virus et s'enfièvrent comme les humains; qu'un programme d'apparence normale peut être truffé de données parasites. Jamais encore n'avions nous affronté le péril qui menace la sécurité des ordinateurs, violés par des plaisantins ou des vandales. II n'était guère probable que nous fussions victimes de technic bandits qui infiltrent dans un réseau des virus "mortels", le Sida des ordinateurs. Nos appareils étaient-ils touchés par le virus pakistanais Brain, détecté en 1986, et qui infecta 18 000 appareils? Là aussi s'était manifesté un ralentissement, jusqu'au blocage. Quelques pessimistes craignaient déjà que nos plans fussent atteints, imaginant un cheval de Troie inf'tltré dans le programme. Nous utilisâmes les cartes à mémoire qui changent automatiquement de mot de passe. Mais était-ce suffisant pour un ordinateur non pourvu d'une "ceinture de chasteté" hors de prix ? Et puis, à quel programme antiviral aurions nous dû faire appel? Nos appréhensions étaient fondées. En août 1988, un étudiant de l'École Polytechnique Fédérale (Lausanne), croyant avoir détecté des virus, élimina ce qui n'était qu'un jeu de données invisibles. Peu après se répandit la nouvelle que les États-Unis étaient touchés par la plus grosse épidémie de "grippe informatique" de leur histoire: un 'virus' avait envahi des milliers d'ordinateurs et contraint à la fermeture plusieurs réseaux de transmission de données. C'est la première fois que cela arriva sur une telle échelle. Le virus se propagea via le système mis au point par une agence du Pentagone, utilisé par toutes les universités américaines. Il se transmit aussi par le réseau Science Internet qui relie de nombreux laboratoires de recherches. L'infection avait-elle traversé l'Atlantique? On le crut à l'annonce d'un piratage de l'ordinateur du Centre de calcul de l'Université de Neuchâtel (Suisse), les 22-23 décembre 1988. Quelqu'un venait d'introduire sur trois réseaux télématiques d'extension mon-

IV

male

- dont

le Swiss

Academie

Network

- un

"ver",

en fait inoffensif

puisque

fait de voeux de Noêl. Mais ce "ver" sema la panique aux U.S.A., où le réseau de la NASA fut touché au niveau du Space Physics Analysis Network. Bien avant que nous ne commencions les recherches sur l'An Mil fut aussi démantelé en 1989 un réseau de huit pirates allemands au service du KGB, voire de la mafia. Utilisant le laboratoire californien comme plaque tournante, ces pirates s'étaient eux aussi attaqués à Arpanet, ainsi qu'au réseau militaire américain Milnet et au Magnetic Fusion Energy Network, sans oublier, en Europe, Thomson-CSF et le CERN. Pas étonnant qu'en 1989 on ait fondé, à Lausanne, une Association internationale de prévention des risques informatiques. Peu après, un nouveau virus tueur, Data Crime, et en 1990 Fredo, perturbèrent des milliers de micro-ordinateurs. En 1991, plus de 200 virus virulents envahirent l'Occident, provenant d'Europe de l'Est; début 1995, le US Computer Emergency Response Team signala le piratage du système de sécurité d'Internet. Nous étions si préoccupés que personne ne se pencha sur les premières lignes débitées par les imprimantes. Après la reprise de l'opération, plusieurs fois, les appareils semblèrent vouloir se calmer. C'est alors seulement que vint le choc: imperturbablement se déroulait un texte datant de 2999, destiné à une Conférence planétaire pour la Proclamation de la Paix universelle, en janvier 3000. Sachant qu'en mars 1988 350000 utilisateurs de Macintosh avaient vu apparaître sur leur écran un "Message de Paix universelle à tous les utilisateurs de Macintosh" (par des farceurs de Montréal), nous songions à une survivance de ce gag. Et de recommencer l'.opération après vérifications. Même résultat. Devant nous continuait de démer un Mémorandum pour l'An 3000 traitant du mépris dans lequel le Nord a tenu l'Afrique du XVe siècle à nos jours. On a connaissance de divers Simulacrons (le, lIe et HIe génération, ce dernier imaginé en 1964 par D. Galouye) qui n'ont pas donné jusqu'à présent les résultats espérés. Pas plus que le Looking Backward d'E. Bellamy, écrit en 1888. Sommes-nous devant Simulacron IV, sorte de banque de données visionneuse du futur? Certes, des chercheurs travaillent à la mise au point d'un Extrapolarion géant, mais qui n'a pas encore fourni d' opvertures sur des horizons hors de notre entendement. Ces installations n'ont bien sûr rien de comparable avec la "Machine à explorer le temps" imaginée par H.G. Wells (1895), qui était destinée à parcourir Chronos. Dans La nuit des temps. Un coeur bat sous la banquise (1968), Barjavel imagine une mission scientifique internationale dans l'Antarctique qui découvre les restes d'une société vieille de 900 000 ans. D'une sphère de 24,72 m de diamètre, avec parois de 2,29 m, posée sur un piédestal dans une poche de sable, on dégage les corps congelés à -272,140 d'un couple: Eléa et Païkan, originaires de Gondwana. Un cataclysme ayant fait basculer la terre, suite à une guerre d'une heure, ces rescapés d'un monde équatorial ont continué une vie souterraine. Après qu'on soit parvenu à rendre Eléa à la vie, on apprit que les Noirs étaient des hommes venus de la ge Planète, c'est-à-dire Mars, grâce à des vaisseaux de Gondwana qui ramenèrent quelques familles. "Race infortunée, son errance n'avait donc pas commencé avec les

v

marchands d'esclaves. Déjà au fond des temps, les ancêtres des malheureux déportés d'Afrique avaient eux-mêmes été arrachés à leur patrie du ciel. Quand donc s'achèveront leurs malheurs? Les Noirs américains se rassemblaient dans les Églises et chantaient 'Seigneur, fais cesser mes tribulations! Seigneur, ramène-moi dans ma patrie céleste'. Une nouvelle nostalgie naissait dans le grand coeur collectif de la race noire". Rien là qui nous projette vers le futur. Même pas le On d'Yves Laplace (1992), qui situe en 3333 la reconstruction par un archiviste d'un procès du début du IVème millénaire entre une secte universelle, L'Église du Lien unique, et un nommé Julien Trespar, accusé de mettre en question l'organisation parfaite de la société nouvelle faite de conformisme et de chosification des consciences. Il en va de même avec cette nouvelle de Tristan Bernard 2, qui montre un congrès de savants, à Pampelune, occupé à entrer en communication avec la planète Mars. Supposant que les Martiens sont plus avancés que les Terriens, les savants supputèrent qu'ils étaient occupés à observer notre planète. On choisit alors de leur écrire sur une feuille de papier énorme, étalée "dans le désert de l'Afrique centrale; on supprima des oasis, on rasa des villages nègres, pour empêcher que l'immense feuille fit des plis. Par la même occasion, on civilisa des quantités de noirs, et l'on convertit au végétarisme tous les cannibales de l'Ouandri, de l'Ouandgé et de l'Ouandga, si friands jusque-là de chair humaine qu'ils nourrissaient de leurs propres oreilles leurs ventres affamés". On réquisitionna les produits de fabriques d'encre, "si bien qu'en Europe l'encre manqua... Quand on eut rendu, par des procédés chimiques, l'encre parfaitement lumineuse, d'immenses rouleaux traînés par des boeufs l'étalèrent pour former des lettres sur la feuille de papier. Ce travail dura près de quatre mois. Comme les signaux de Mars continuaient de plus belle, on décida d'envoyer d'abord cette brève interrogation: "Plaît-il? " "Chacune de ces lettres mesurait cent lieues de hauteur. Et l'on prit soin de mettre sur les i des points... qu'une armée tout entière y pouvait évoluer." L'inscription terminée, on attendit au grand observatoire du Gabon la réponse de la planète Mars. On n'attendit pas longtemps. Vingt-quatre heures après, courrier par courrier, la réponse de Mars arriva par lettres lumineuses isolées, qui apparaissaient l'une après l'autre, de quart d'heure en quart d'heure. L'observatoire les télégraphiait aux Terriens surexcités." "Or, la réponse à la question: Plaît-il? disait simplement: 'Rien'." "On étala dans l'Afrique centrale une nouvelle feuille de papier, sur laquelle on écrivit ces mots (le travail ne dura que sept mois) : "Alors pourquoi nous/aites-vous des signes? " "Mars répondit: 'Ce n'est pas à vous que nous parlons. C'est à des gens de la planète Saturne' ." Dans divers laboratoires, on tente d'imaginer des accélérateurs permettant de dépasser la vitesse de la lumière, et donc de remonter dans le passé par des images rétrogrades. Mais ni les accélérateurs de particules du LEP, au CERN (Genève), avec ses 27 km de circonférence, dès juin 1989, ni le SSC projeté

VI

aux États-Unis, sur 83 km, ne vont colporter des écrits venus d'un autre temps. Ces collisionneurs permettent d'atteindre des énergies de plusieurs millions de degrés Celsius; les accélérateurs de particules d'après 2000 feront mieux encore. Avec le télescope Hubble, lancé en 1990 en gravitation autour de la Terre, la géométrie de l'Univers nous sera mieux connue, de même que le problème de l'antimatière. Déjà, les astrophysiciens affument que grâce aux futurs super ordinateurs on pourra "voir" naître et évoluer les planètes, les étoiles et les galaxies, et ce pour les 999 999 500 années qui précèdent. Les astronomes comptent, de la sorte, "assister" à la formation des anneaux de Saturne. Le problème clé est qu'on ne sait pas encore faire de grosses simulations en trois dimensions. Pour cela, il faudra s'éloigner beaucoup de l'architecture du mathématicien d'origine hongroise, von Neumann (décédé en 1957) et passer des systèmes massivement parallèles vers des systèmes neuroniques. Toujours est-il que, d'ici un millénaire, on disposera certainement de tels moyens de commument le projet SET! (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) - durent depuis une trentaine d'années. On attend toujours des messages. Le projet Mega SET! démarré en 1989 coûte une centaine de millions de dollars, mais devrait permettre la récupération de dix milliards de canaux simultanés, alors que le radiotélescope de Harvard n'en reçoit présentement "que" huit millions. Le dialogue avec nos "collègues" vivant quelque part dans l'univers n'a pour le moment pas encore été engagé. Il faudra passablement de temps avant que nos signaux leur parviennent (n'oublions pas qu'à la vitesse de la lumière un signal met quatre ans et demi pour atteindre l'étoile la plus proche, Alpha du Centaure). C'est précisément à l'écoute de cette étoile que s'est mis une équipe du SETI, basée en Australie. Début 1995, elle a démarré le projet Phoenix, à 350 km à l'Ouest de Sydney, grâce au plus grand radiotélescope jamais réalisé, avec ses 64 m de diamètre. Qui sait? La macédoine d'ondes en provenance du cosmos révélera peut-être l'existence d'extraterrestres. En 1992, une telle présomption s'était renforcée grâce à Mega SET! qui, par le Microwave Observing Project (lancé par la NASA le 12 octobre, à l'occasion du Columbus Day) surveille 773 étoiles dans un espace de 82 années-lumière et, de manière moins intensive, interroge tout le ciel, cela jusqu'à la fin de notre millénaire. Il faut ajouter la récente découverte dans l'univers d'un nuage d'hydrogène, au sein duquel une galaxie nouvelle, spiralée - Dwingeloo-I ., semble en formation.Le but ultime
du questionnement de l'espace intersidéralet donc du temps nication avec le passé. Les efforts actuels d'écoute des autres galaxies

- notam-

- est

d'arriver

à

120 millions de canaux; mais cela pose le problème du dépouillement de ce fatras de données. Par ailleurs, le message codé expédié le 16 novembre 1974 vers l'amas M 13 de la constellation d'Hercule devra voyager 25000 annéeslumière, et une réponse mettra le même temps pour revenir, soit un voyage total du double. Pas étonnant d'apprendre que nos descendants de 2999 n'ont pas encore de nouvelles d'une intelligence extraterrestre. Voici qui ne répond pas à notre problème. Le débat entre ceux qui parient sur l'existence d'autres êtres développés et ceux qui croient en notre "solitude" n'est pas prêt de s'ache. ver. Sans oublier d'autres interrogations: qu'est-ce qui caractérise le vivant?

VII

comment la matière inerte évolue-t-elle vers des formes vivantes? pourquoi l'âge de nombre d'étoiles de notte galaxie dépasse-t-il celui de l'univers ? Dans notre cas, nous sommes en face d'un document surgi du futur, tellement dense qu'on ne peut guère soupçonner un canular. Malheureusement, aucun spécialiste local ne se consacre spécifiquement au problème des virus en informatique. Personne n'a donc été à même d'expliquer de manière plausible le "miracle" auquel nous assistions. Il faut donc admettre que nous venons de recevoir un message d'outre-berceau. Est-ce que l'humanité de l'an 2999 dispose du moyen de vaincre ce qu'Einstein qualifia d'irréversibilité du temps? Dans le sens de ce que le logicien Godel a écrit dans un ouvrage consacré à l'oeuvre d'Einstein, concevant un modèle d'univers où l'on peut voyager dans son propre passé? Son raisonnement va jusqu'à calculer la quantité de combustible qu'un vaisseau spatial doit embarquer pour remonter le temps. Contrairement aux trois dimensions de l'espace, le temps est une dimension orientée. C'est lui qui donne leur sens aux lois de la dynamique. Le physicien-théoricien au CERN, Maurice Jacob, a rappelé lors d'une conférence en janvier 1995 que si une bougie, en brûlant, se consume sans retour possible, les lois qui décrivent les mouvements ne changent pas après inversion du sens du temps3. A ce niveau, la réversibilité est possible. Mais plus un système se fait complexe, moins la réversibilité semble possible, compte tenu de la multiplicité des paramètres; regrouper les éléments nés d'une explosion relève de l'impossible. Toutefois,la théorie de la relativité restreinte attestent qu'espace et temps sont susceptibles de déformations. C'est là que les cogitations du prof. A. Guth, du M.LT., prennent leur importance. Guth a imaginé le concept d'inflation cosmique. L'Univers ne serait pas plat, mais représenterait une partie minime, illusoirement plate, d'une énorme bulle. Début 1989, Guth fit état d'un autre raisonnement à la limite du sens commun: la théorie des wormholes (trous de ver), qui ne repose pas encore sur des preuves matérielles. L'idée dérive des travaux de John Weeler. Voici trente ans, celui-ci imagina des "ponts" à l'intérieur de notre univers, qu'il baptisa "trous de ver" pour souligner la notion de raccourci.
Le raisonnement est basé sur le concept de la relativité générale, suivant lequel le temps passe moins vite si on se déplace à grande vitesse, et d'après lequel les objets à masse élevée tordent l'espace et le temps qui les entoure.

Le problème des wormholes est lié à celui des trous noirs, ces zones
célestes nées de la mort d'étoiles gigantesques, de très haute densité, par défini-

tion invisibles, qui attirent tout à eux et qui, à leur surface, compriment infmiment l'espace et modifient le temps, en raison d'un effondrement gravitationnel irréversible. A l'extrémité du trou noir, de l'autre côté de l'univers, jaillirait en un autre temps ce qui a été appelé une "fontaine blanche" ou trou de ver. On sait que l'espace et le temps ne sont pas des grandeurs absolues. A la surface d'une étoile à neutrons, très dense, le temps s'écoule plus lentement qu'ailleurs. De là la théorie sur la courbure de l'espace-temps en présence de

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fortes concentrations de matière. En théorie, on peut extraire beaucoup d'énergie d'un trou noir. D'après Stephen Hawkins, ce serait peut-être la source d'énergie de l'avenir. Les lois de la physique étant symétriques dans le temps, face aux trous noirs dont rien ne s'échappe (même pas la lumière, en raison de la puissance du champ gravitationnel) il doit y avoir d'autres objets dont des choses peuvent sortir : les trous blancs. Les trous de ver seraient donc des tunnels d'espace-temps reliant un trou noir à un trou blanc, à travers lesquels deux régions de l'Univers très éloignées - distantes dans le Temps - pourraient entrer en contact. La traversée de tels tunnels permettrait des voyages spatiaux à longue distance. Mais on a des doutes sur la factibilité de tels déplacements. Dans le cas du message qui nous parvient de l'an 2999, quelque chose a dû être modifié dans la direction du temps. On sait que les ondes électromagnétiques et généralement l'axe (ou flèche) du temps - se propagent dans le futur, et non dans le passé (on voit la lumière après son émission, jamais avant). Or, l'être humain est capable de se rappeler le passé, jamais le futur. Le temps s'étirant comme une ligne, du passé au futur, dans le sens d'une entropie croissante, on peut imaginer que nos descendants ont su doter l'intelligence humaine d'un moyen permettant d'échapper à la complexité croissante de l'univers. Le mathématicien-astronome allemand August-Ferdinand Mobius (mort en 1868), pionnier du calcul vectoriel, s'était interrogé sur les mystères de l'espace et la possibilité de passer d'une dimension à une autre. Le ruban qu'il imagina, tordu sur lui-même, offre une solution mathématique qui explique notamment les rubans de l'ADN, base génétique de toute vie. Mais il permet aussi de mieux comprendre l'espace, et notamment le passage d'un système à une, deux ou trois dimensions à des systèmes beaucoup plus complexes desquels pourraient participer les trous de ver, avec une dimension volumétrique qui ne comporterait ni intérieur, ni extérieur, ou qui passerait de l'un à l'autre. fi s'agirait d'une sorte de court-circuit dans la torsion de l'univers. Nos successeurs sont-ils parvenus à mettre à profit la courbure de l'espace sous l'effet de la masse de certains corps célestes, dans le but d'orienter des faisceaux chargés d'information? Ont-ils acquis le savoir-faire nécessaire pour déterminer la livraison de cette information presque exactement un millénaire plus tôt. Le fait que le Mémorandum pour l'An 3000 nous soit parvenu à une courte enjambée de l'An 2000 semble démontrer qu'avant 3000 on a tenu compte des imprécisions du calendrier actuel, en retard de quelque cinq ans sur le moment effectif de la naissance du Christ Certains ont imaginé entourer un trou noir d'une enveloppe rigide, comprenant un satellite qui déverserait sur lui des détritus de la civilisation. En retour, le trou noir accélérerait le mouvement du satellite, ce qui permettrait de générer de l'énergie. Dans la foulée de ce qui a commencé à se réaliser au CERN, fin 1991, avec des aimants aptes à créer un champ magnétique record (200 000 fois supérieur à celui de la terre), on développera certainement de gigantesques accélérateurs de protons. Peut-être, par extension de la technique du laser infrarouge à électrons libres (développée par l'École polytechnique fédérale, Lausanne et

IX

l'Université de Vanderbild, Nashville), on imprimera à des électrons dans le vide de l'énergie cinétique à l'aide de ces accélérateurs. La directivité exceptionnelle de tels faisceaux est aujourd'hui déjà appréciée dans les télécommunications par fibre optique avec injection d'impulsions codées. Cela pennettra de disséquer les éléments constitutifs de la matière à l'échelle du milliardième de centimètre, de la vingtaine de micro-secondes, et d'augmenter prodigieusement l'énergie, pour se rapprocher de la soupe née de l'éclatement de quarks et de gluons du big bang. De la sorte, on pourrait remonter le temps dans la ligne d'une sorte d'archéologie cosmique. D'autres encore se fondent sur laréversibilité de certaines interactions microscopiques. Pour réaliser ces trous de ver, il faut parvenir à atteindre le vide quantique. Il est admis que les distorsions subies par l'espace donnent des trous de ver (encore qu'il existe diverses sortes de vides). Selon Kip Thome, du California Institute of Technology, on pourrait créer de tels trous et les maintenir ouverts assez longtemps pour les franchir à l'échelle macroscopique 4. Pour cela, il faut fabriquer de l'énergie négative, afin d'arriver à un état stable à énergie nulle, soit précisément le vide quantique. Un tel tourbillon - qu'une société
avancée serait en mesure de produire

- pourrait

créer un "tunnel"

menant

n'importe où dans l'univers, qui constituerait un raccourci tant à travers l'espace qu'à travers le temps. On pense que si la rotation à l'une des deux extrémités du wormhole se faisait à la vitesse de la lumière, le temps ne serait pas identique à l'autre extrémité. Dans celle de la rotation la plus rapide, le temps ralentirait, de sorte qu'il y serait plus jeune qu'à l'autre extrémité. Au point qu'une infonnation se déplaçant dans ce tunnel, de l'extrêmement rapide au plus lent, reculerait dans le temps. Il faut toutefois remarquer que le Prof. Sydney Coeman (Harvard) a laissé entendre en 1990 que l'espoir du voyage dans le temps via des ponts spatio-temporels ou des trous de ver serait impossible, parce qu'on ne parviendra pas à les élargir suffisamment pour qu' y passe un message. Reste l'hypothèse d'une "bibliothèque à neutrinos" : si ce corpuscule infiniment léger semble assez lourd pour provoquer l'effondrement de l'Univers sur lui-même, la forte concentration de neutrinos (env. 300 par cm3) formant la matière noire dont est constitué 90%de l'Univers pourrait être sensibilisée. Il s'agirait soit d'orienter un faisceau de neutrinos chargés d'un message selon une orbite calculée sur un millier d'années, soit d"'imbiber" ou de bombarder la matière noire de ce message, dans l'espoir qu'elle rencontre un détecteur apte à le piéger. aurait ainsi utilisé la soupe à neutrinos issus du big bang comme porteuse de messages. La masse cachée de l'Univers pourrait être
une immense bibliothèque

- le Memorandum

parle de memorium

- qui

porterait

l'information sur les débuts et sur la fin, sur l'alpha et l'oméga, l'aventure humaine en épiphénomène.

avec

S'il est impossible d'envisager le franchissement de pareille distance par des moyens mécaniques - un tel tunnel n'aurait que la largeur d'un atome et une durée fort courte - restent les moyens imaginés par H.G. Wells ou par A.N.

Tolstoï, en 1925, dans L'Hyperbole de l'ingénieur Garine, ou celui de l'astrox

nome Carl Sagan qui, dans son roman Contact (1986), s'inspire des trous de ver et raconte l'histoire d'une civilisation éteinte qui aurait utilisé cette technique voilà de nombreuses années; ou encore le savant d'Ursula Le Guin, dans Les dépossédés, qui résout le problènw de la liaison avec d'autres planètes en inventant la communication absolue grâce à une machine qui communique instantanément et sans signaux jusqu'aux limites de la galaxie. Peut-être le Memorandum nous a+il été transmis par télépathie, grâce à des particules microscopiques, soumises à la mécanique quantique, aptes à communiquer à grande distance sans échange de signaux? Il n'est plus interdit d'imaginer que nos descendants de l'an 2999 savent (sauront) réaliser des trous de ver. A moins qu'il faille se tourner vers ces miroirs, nombreux dans la littérature, qui projettent des images tant du passé que du futur 5. Ou encore, les micro-lentilles gravitationnelles que sont les naines brunes, les Machos (massive compact halo objects), serviraient-elles de relais à des messages, en déviant des faisceaux lumineux chargés d'infonnations ? Le texte qui nous survient prouve que d'ici un millier d'années, l'homme saura non seulement vaincre l'espace planétairevoire créer lui-même de nouveaux univers autour de "tunnels artificiels"

- mais

encore communiquer avec son passé. De sorte que le temps paraît bien réversible. Nul doute que nos descendants se situent au-delà de notre conception euclidienne de l'espace, maîtrisent la coordonnée temps et connaissent des raccourcis pour dépasser la lumière. Mais nous ne pouvons pour le moment que constater avec étonnement ce qui nous advient, sans bien comprendre, étant admis, depuis Bohr, que la chose observée seule ne fait pas le phénomène, et que nous ignorons tout sur la source d'émission et le moyen de transmission. Ajoutons qu'au XVIIIe siècle, le mathématicien suisse Euler affirma la dymétrie entre le passé et le futur, entre la cause finale et la cause efficiente. Il semble aujourd'hui que la causalité ne se manifeste pas seulement du passé vers le futur, mais également en sens inverse; ce que l'on appelle rétro causalité. Au point qu'on admet que s'il faut manger pour vivre, il faut simultanément vivre pour manger 6, Même Dieu n'apparaît plus comme étroite causalité. Quant à savoir s'il existe une infinité d'univers ou une suite infmie de phases d'expansion et de concentration d'un Univers fermé, je n'ai pas les moyens d'entrer dans le débat (sauf de finir dans la folie, comme Mobius). Les astrophysiciens euxmêmes disent être bloqués lorsqu'ils évoquent l'hypothèse d'une température qui, durant les cent premières secondes du big-bang monta probablement à 1028, voire à 1032, un niveau où notre physique ne fonctionne plus, avec un temps qui cesserait d'être fiable, et qui, selon Hubert Reeves, "se met à osciller, va de l'avant en arrière", au point qu"'on ne peut plus parler ni d'avant ni d'après". Il est probable que nos successeurs de 2999 nuu"trisent l'inversion de l'ordre de causalité dans le temps. Dans cet Univers, des particules, les tachions, seraient aptes à se déplacer plus vite que la lumière, et susceptibles d'influencer le passé. Les hommes de demain semblent avoir trouvé le moyen de pénétrer les secrets de l'Univers dans les quatre dimensions, au point d'être observateurs, au-delà de nous, de l'initiateur de toute chose. La notion de relati-

XI

vité du temps semble liée à la relation rayonnement-matière, c'est-à-dire à la quantification de la lumière. Ce qui fait penser qu'avant le big bang il n'y aurait rien eu, que le temps n'existait pas, et qu'on pourrait parler d'un commencement, sans prétendre que cela suppose une création. Je suis persuadé que le temps n'est pas cette chose qui passe, que nous ressentons en tant qu'êtres conscients; le temps est. Petites choses périssables, nous ne faisons que le traverser, tel un rameur sur une rivière, toujours présent dans son bateau, qui voit lentement démer les rives. Le passé s'éloigne, le futur se rapproche, au fil de l'eau. La vie semble faite d'une suite de présents, au coeur d'un temps universel immuable, chacun apparaissant comme une utopie qui se réalise, mais qu'on ne peut prévoir avec précision, ni anticiper. D'où la notion de destin: l'addition des présents s'accumule en passé, le présent à venir constitue le futur. Certes, le temps n'est plus une notion absolue, comme pour Newton, mais un concept relatif, tel que démontré par Einstein. Au point qu'on sait aujourd'hui que le futur influence le présent. Il semble bien que tout ce que nous percevons n'est pas que du passé, et que le présent fait aussi partie du futur. Nous sommes du futur passé. Nous voici projetés en avant sur une embarcation dont nous échappe le contrôle. Notre programme de recherche comportait probablement une nuance non perçue par nous, mais qui a provoqué un changement d'échelle permettant un déroulement différent du temps. N'est-ce pas l'échelle qui crée le phénomène? Selon un processus de nous inconnu, des informations nous sont parvenues de l'an 2999 grâce à une technologie qui permet d'aller plus vite que le temps. Mais, sachant que plus on accélère, plus le temps ralentit, nous nous sommes demandé si l'humoriste qui proclama "Tout est dans tout, et réciproquement" n'avait pas vu juste. Nous aurions donc affaire à un futur présent. Les récentes cogitations sur le big bang semblent bien attester le fait qu'il n'y a ni création, ni fin, et que l'univers est, simplement; si on peut dire... Ce type de réflexion peut fâcher d'aucuns. Mais nous devons nous souvenir que le 17 février 1600, les Jésuites de l'Inquisition ont brûlé au Campo dei flori de Rome Giordano Bruno pour avoir prétendu que l'Univers abrite une infinité de mondes peuplés d'une infinité de formes de vie, vouées au culte de Dieu (33 ans avant la condamnation par le Saint Office de Galileo Galilei, réhabilité par le Pape et l'Académie pontificale des sciences, en 1992). Les hommes de la fin du IIIème millénaire semblent, eux aussi, tenants d'un Univers multi-dimensionnel, réduit à trois dimensions plus le temps, du fait du big bang. Mais que serait un temps où il n'y aurait pas d'univers? Vieille question qui amena saint Augustin à en formuler une autre: que faisait Dieu avant la création? Une chose semble certaine, le temps, c'est l'après big bang, car il n'y a pas de temps sans matière-espace. L'ouverture sur des temps "à venir" m'intrigue; elle pose le problème du déterminisme et de la prédestination. Voici des textes (Ménwrandum et Coupures de presse) issus de l'An 2999, qui relatent les événements de notre époque et qui prennent en considération le sextennat 1989-94. Nous y sommes mis en scène, humains de la fin du XXe siècle, avec faits et gestes, généreux et XII

égoïstes, criminels souvent, dans notre quotidienneté belliqueuse. Or, s'il devenait possible, en interrogeant un Extrapolarion, de connaître d'avance ce que nous allons entreprendre, quels seraient nos choix et options, nos erreurs et égarements aussi? Où résiderait le libre. arbitre? Laissons là ces questions troublantes. Une chose est sOre: ces textes ne sont pas nés ex nihilo. Nous voici placés devant un document officiel, qui ne tient en rien de la science-fiction, qui n'invente pas des mondes insoupçonnés, paradisiaques ou effrayants (ce quiAn'est d'ailleurs pas antinomique); un document qui ne vise pas à recréer un Age d'Or; qui n'est pas, comme la plupart des utopies, tenté par la nostalgie d'un monde parfait mais le plus souvent horriblement ennuyeux. Il ne s'agit en aucune façon d'une utopie, ni d'une allégorie. En fait,
voici des textes qui, s'ils viennent d'on ne sait où

- en réalité

datés d'Anthro-

popolis, de Saharapolis et de Neo-Dulutb, etc -, traitent concrètement de notre présent. Nous n'avons pas affaire là à une présence absente, tels les mondes utopiques, mais plutôt à une absence présente. Ce qu'on relate n'est pas l'image d'un monde à l'envers comme il est trop aisé de l'imaginer. Rien non plus là des propositions horrifiantes de RG. Wells dans Anticipation (1901) et A Modern Utopia (1905). En opposition avec le courant actuel de généralisation de la démocratie, il estime que seul un groupe de Sages pourra sortir l'humanité du chaos à venir. En quelques siècles, un avenir radieux devrait s'ouvrir dans le sens d'un monde d'harmonie totale. Hommes et femmes seront beaux, sereins, avec un profond esprit de justice et une pensée parfaitement juste. Mais Wells estime que seul un monde totalement homogène et unifié, entièrement régulé et organisé, est possible. "Chaque individu n'apparaîtra plus que comme un tentacule du corps général". Pire : puisque l'Idéal est réalisé, l'Imagination n'est plus requise. Outre l'économie des ressources naturelles de la planète, les quelque 2,5 Mds d'individus d'alors combineraient éducation et eugénisme, en vue de l'amélioration de la race (évidemment blanche) : la procréation des Noirs, Jaunes, Juifs, tarés, handicapés, sera proscrite. "Ce n'est pas notre petit Moi qui compte, mais l'Homme Immortel qui accomplit ces choses à travers chacun de nous". Inquiétantes vues "purificatrices" que le Mémorandum pour l'An 3000 infume heureusement. Contrairement aux utopies, ces textes ne rêvent pas d'un système de vie, d'une organisation sociale à venir, d'une planification de l'avenir, selon la rationalité du moment, le présent définissant des utopies limitées à la volonté du penseur, aux espoirs, craintes et tensions de son époque. Ce ne sont ni des spéculations à long terme, des fictions, ni des anticipations. L'ensemble constitue clairement un diagnostic de notre temps, celui que nous vivons, aujourd'hui, bien ou mal, et que nous essayons d'organiser. Le document se situe même quelque peu dans la ligne du projet Interfutur de l'O.C.D.E. (1979) qui présente sîx scénarios possibles de l'avenir de l'économie mondiale jusque vers l'an 2000. Les experts de 1979 semblent avoir eu des prémonitions intéressantes, telle cette rupture entre pays du Sud et du Nord (scénario C) au cours des siècles à venir qu'évoquent les experts de l'an 2999. Rien donc qui tienne

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des fantaisies brodées par Doris Lessing, dans son Shikasta (1981), ni du message de quelque sur-esprit ou Ur-esprit évoqué par elle. Les textes qui suivent parlent de notre planète, ont été rédigés sur elle, et ne décrivent pas quelque astre imaginaire. Il ne s'agit pas non plus d'une histoire d'extraterrestres. Pas de Lilliputiens et autres produits de l'imagination dans le Mémorandum pour l'An 3000 destiné aux hommes de l'ultime année du IIIème millénaire, hommes de chair et de sang - avec leurs joies et leurs peines. Pas de projet de futurologue idéalisant une époque, un peuple, ni d'un esprit chagrin cherchant

un Âge d'Or qui n'a pas été, mais un regard sur un passé qui se trouve être
notre présent imparfait. Ni République antique, ni Meilleur des mondes comme on nous le présente dans le réeent Futur Antérieur. Souvenirs de l'an 2()()(),où sont repris les illustrations des romans de Jules Verne à H.-G. Wells, les films de Méliès et de Fritz Lang, les dessins de nombreux artistes. Rien dans le Mémorandum de ces pin-up galactiques, de ces chevaliers de l'espace, de l'enfer des catastrophes, des villes tentaculaires et inhumaines. Pas d'hommes normalisés, surveillés et soumis à des savants fous, toujours menacés par des envahisseurs extraterrestres techniquement supérieurs. On se rend compte que les progrès scientifiques ne sont pas aussi exponentiels que le rêvent certains auteurs du passé; pas plus que nous n'avons atteint les valeurs de sagesse et de paix rêvées par d'autres. On peut estimer, par déduction, que le monde de l'an 3000 sera beaucoup moins marqué par l'imagination de la science fiction que le nôtre. Il s'agit bien ici, d'une certaine façon, d'un voyage dans le temps, comme la délicieuse nouvelle de Jean Porte, Le grandiose avenir. Mais contrairement à la plupart des textes de science fiction, le Memorandum n'a rien d'une épopée conquérante à l'américaine, ni d'un discours pessimiste à la française. Nous sommes en présence d'un bilan fait à notre propos par nos descendants, quarante générations après nous qui, pour eux, sommes morts depuis longtemps. Ces hommes n'ont rien d'une race d'élus, parfaite, et ne semblent pas victimes d'un ennuyeux angélisme, ni avoir succombé au péril communautaire, voire communiste. Ils ont échappé au capitalisme sauvage, et mettent l'accent sur la notion de liberté responsable. Comme dans tout travail d'historien, les auteurs du Mémorandum jugent l'époque considérée par analogie avec la leur. Mais tout en rapprochant les événements, ils prennent aussi en compte les différences. De leur époque, où les grands principes. semblent universellement acceptés et respectés, ils illustrent les contradictions actuelles entre les principes et leur application, soulignant les inerties qui freinent notre devenir. Alors que nos historiens jettent le plus souvent un regard politique sur les faits du passé, nos lointains observateurs portent sur nous un regard compréhensif, car ils savent que nos comportements sont différents des leurs et fort éloignés de l'équité appliquée. C'est une forme de connaissance distanciée, une rétrotopie que nous avons entre les mains, une paléotopie qui recrée des lieux et des moments révolus, mais qui sont notre temps; ou encore, si vous préférez, une rétroperspective macrohistorique. Dans cette rétro Weltanschaung, la période de 1989-94 a été choisie comme un "monde type". Une véritable anti-utopie.

XIV

Nous avons songé aussi à un phénomène d'uchronie - un réformisme qui modifie les faits induit par une erreur de programmation ou par quelque malveillance. Or, il s'agit, semble-t-il, d'un regard franc, sans condescendance, sur notre époque, sur nos rnpports avec les autres, et plus particulièrement avec les Africains. Une occasion d'ouvrir les yeux; de nous observer, à travers des textes qui exigent de la concentration, laissant entendre que d'ici un millénaire les facultés d'attention des humains seront plus développées qu'aujourd'hui. Curieuse sensation aussi que celle de l'animal dans son bocal ou dans sa cage, et qui observe son reflet grâce à un miroir placé à l'extérieur. Pas de doute: la survenue du Mémorandum pour l'an 3000 va avoir un impact sur l'idée qu'en fin de lIe millénaire, nous nous faisons de nos place et rôle dans l'univers.

-

L'Assemblée planétaire de l'an 3000 n'a rien de commun avec les Conseils galactiques inventés par les romanciers et les cinéastes. Les hommes vivront dans ce qu'ils appellent des Anarcho-Républiques. Nous laissons le lecteur décrypter ce type de néologisme qui surprend aujourd'hui, tout en ie renvoyant au glossaire. Beaucoup de choses seront différentes d'aujourd'hui. Il n'y aura plus d'esclaves, ni de serviteurs. Et si - comme l'imagina Gank Yu Wei
(1858-1927), dans le Livre du Monde Unifié (Ta Tung Shu)

- valets

et serfs ne

semblent pas avoir été remplacés par des machines à forme animale, le monde terrestre, à l'orée du IVe millénaire, paraît libéré des souffrances actuelles de l'humanité, les barrières entre hommes et peuples sont abattues et ouvrent une ère de fraternité mondiale. On est intrigué par le fréquent emploi de démocratie équitable, ce qui démontre que la notion de démocratie restera longtemps mal comprise des hommes, et qu'il faudra un jour (dans des siècles) y accoler de quoi la qualifier jusqu'au pléonasme. Il doit s'agir, avec les anarchorépubliques appliquant ce qu'on semble appeler éco-socialisme, d'une sorte de démocratie corporative. On est surpris aussi par l'évolution du vocabulaire et de l'orthographe, avec prolifération des anglicismes; ont notamment disparus les accents sur les noms propres (Lomé = Lome, Sénégal = Senegal). Bien des termes actuels n'ont plus cours en 2999; d'autres apparaissent. Les rédactrices et rédacteurs du Mémorandum ont d'ailleurs estimé devoir compléter leur texte d'un glossaire où nombre de termes actuellement courants et familiers - mais
dont le sens a été perdu au cours des siècles

- sont

définis. A notre tour, nous

avons assorti le glossaire d'un complément permettant de comprendre les néologismes de la fm du IlIème millénaire; même remarque pour les abréviations.

Nous avons craint être victimes d'une mystification.Un plaisantin aurait-il
actualisé les thèmes du Projet de paix perpétuelle d'Emmanuel Kant (1785) pour les paraphraser? L'étude du message de l'an 2999 nous en a dissuadé; aucun des six articles préliminaires de Kant n'est traité tel quel, sinon que l'esprit en est respecté 7. Il en va de même des trois articles définitifs, encore qu'on a l'impression que la société de fin de Ille millénaire s'en inspire : 1. La constitution civile de chaque État doit être républicaine. 2. Les droits des gens doivent procéder d'une fédérntion d'États libres. 3. Le droit doit se borner aux conditions d'une hospitalité universelle.

xv

Il se dégage du Memorandum des idées et valeurs qu'il nous faut cerner. La société en question semble professer les principes d'un libéral-capitalisme "modéré", respectueux des formes juridiques, et qui s'efforce de tempérer la brutalité des lois économiques par un esprit de fraternité dans la ligne des préceptes évangéliques (que toutefois les auteurs récusent). Cette société connaît un régime parlementaire tricaméra1; et dans les relations internationales elle adopte la règle de la solidarité bienveillante, s'efforçant de concilier son intérêt avec le respect de la personnalité et des aspirations de tous les pays. Toutefois dans l'examen de notre fm de XXe siècle, les rapporteurs sont très critiques avec la France. Est-ce parce que l'Hexagone est le creuset de la plupart des idéologies ? C'est avec une même sévérité que les consultants considèrent la philosophie et les actions des "Washington Boys". Il semble que le verdict du Tribunal permanent des Peuples (Madrid, 1-3 octobre 1994), sur le "Les politiques du FMI et de la Banque mondiale à l'occasion du 50e anniversaire du traité de Bretton Woods", ait été entendu. La sentence porte effectivement sur l'impact négatif des deux institutions, dominées par les intérêts du Nord. D'où ce qualificatif de la BIRD, par Africa International, en décembre 1994 : Bankenstein. Le Tribunal a décelé, au-delà de la crise mondiale qui sévit en cette fm de XXe siècle, une crise du système international dans son ensemble. Et d'attirer l'attention sur l'évidence que la société planétaire ne changera qu'en transformant ses valeurs. Une remarque encore, à propos de l'amalgame de concepts que l'on dénote dans le Mémorandum. Les rapporteurs font peu cas des différences entre des termes qui ont aujourd'hui une acception spécifique, tels qu'esclavage, servage, ségrégation, colonialisme, impérialisme, fascisme, dictature 8. Il faut croire qu'avec le "recul" historique (ou plutôt l"'avancée", tout comme lorsque nous examinons les événements de l'antiquité ou du moyen âge, les nuances s'estompent. Dans l'optique de nos descendants de 2999, toutes les formes d'exploitation de "l'Homme par l'homme", toutes les dominations sont réduites à des facettes d'une tare unique, l'esclavage. La même réduction s'observe en matière de droits de l'homme et de droits des peuples qui, contrairement à aujourd'hui, ne semblent plus poser de problèmes nés de leur nature parfois antagoniste. Ce regard éthico-politique sur notre époque considère que le développement est prioritairement affaire de conscience, et que les difficultés que rencontre l'humanité d'aujourd'hui sont essentiellement de nature psychologique. Grâce à la moralisation des relations humaines, grâce à un élan régénérateur, et malgré le coupable désintérêt des milieux fmanciers, les difficultés du sous-développement seront aplanies. Le tout débouchera sur un "Nouvel Ordre Moral Eternel Démocratique" (NOMED, ce qui, lu à l'envers, donne bizarrement démon). L'ensemble fleure quelque peu le moralisme, et tout ce qui s'oppose à l'idéal
humanitaire

- tels

la brutale réalité des rapports de force, la logigue des motiva-

tions économiques, le cynisme qui régit les relations entre Etats -, tout est

XVI

condamné en termes de valeurs: injustice, iniquité, égoïsme, avarice, orgueil, etc. La Terre de 2999 respire le pur amour, pas puritain et désincarné, mais offrant aux humains les joies des sens et l'exaltation de la vie. Nos descendants vivent au contact d'une nature qu'il a fallu s'appliquer à sauver des siècles durant. L'écologie semble ainsi avoir été progressivement traitée sous l'angle politique. A noter que de nos jours, déjà, un problème comme la dette du tiers-monde est jugé plus politique qu'économique 9. Cette vision philanthropique, où l'analyse économique prend pourtant le pas sur le sermon édiftant, se montre plus sévère avec les démocraties occidentales qu'avec les régimes bureaucratico-autoritaires de l'Est. Les méfaits de l'impérialisme sont critiqués sévèrement, alors que les formes d'exploitation de l'internationalisme prolétarien sont omises pudiquement, sinon que ponctuellement on comprend que ce type de régime est perçu comme non-amendable (ce que les événements récents ont démontré). Quant à la notion de peuples esclaves 10de la politologue française Blandine Barret-Kriegel, cette réflexion semble avoir passé à la postérité. Les États qui bafouent directement ou indirectement les libertés individuelles, tout en les inscrivant dans leur Consûtution, "commettent un crime plus grand que celui d'anéantir les libertés civiles, ils portent sur le status libertatis et recréent immanquablement, avec les formes domaniales du pouvoir, les conditions politiques de l'esclavage". On ne peut sortir de l'esclavage que par la loi respectée. Or, en cette ftn de XXesiècle, on est loin encore d'un tel horizon, ce qui semble avoir choqué l'Assemblée de 2999. Aujourd'hui, "l'impérialisme bafoue l'État de droit parce qu'il restaure la traite des Noirs contre le principe qui fonde la société politique classique d'en ftnir avec l'esclavage". Outre dans le monde socialiste concentrationnaire, l'esclavage sévit aussi dans le tiers monde; et c'est cette situation qui a été retenue par les rapporteurs. A l'instar de B. Barret-Kriegel, ils pensent qu'il n'existe "pas de libertés formelles dans les États où la traite continue, où les femmes s'asphyxient sous le voile, où le dirigeant prophète est délié des lois. Hegel disait: 'L'avenir du monde appartient aux esclaves'." Et de rappeler que souvent on se contente de plaindre les esclaves au lieu de "servir le peuple là
où il faudrait abolir l'esclavage et supprimer la servitude"

.

On est surpris des relations de cause à effet que les rapporteurs font entre le mouvement des idées et l'évolution politique, sociale et économique. Si aujourd'hui nous ne sommes pas capables d'établir l'existence d'un tel lien déterministe, il semble que cela deviendra possible d'ici quelques siècles; on aura résolu le problème que pose la mesure de l'impact des idées sur le
système, ou vice versa. Il reste malgré tout de la lecture du Mémorandum une

impression de généralisation dans la ligne des théories climatiques de Montesquieu,développéespar le BemoisCharles-Victorde Bonstetten,familier de Mme de Staêl, dans ses observations comparatives sur l'Europe des
Lumières: L'homme du Midi et l'homme du Nord. Il me semble aussi que le raisonnement de la Commission, s'il souligne le respect de la spécificité des nations et des cultures, éveille de sérieux problèmes

XVII

théoriques. Pousser jusqu'à ses conséquences extrêmes une telle approche semble entraîner le risque de dégénérer en facteur d'exclusion et de domination, à l'opposé de ce qui paraît devenir la réalité future. Il y a là tout un pan de l'évolution psychologique et sociologique qui nous échappe. Ce texte non destiné à nous, mais à nos descendants de l'an 2999, a été conservé tel quel, en particulier sa terminologie germanisée; ainsi, les divers continents ont passé au genre masculin, et l'on évoque un Africa, un Europa. Par contre, des termes comme Sud, Nord, ou tiers-monde dans l'acception de mondes pauvre ou riche, sont devenus obsolètes, et se sont mués en Meridion et Septentrion. Le dernier terme conftrme l'impact germanique; ne reprend-il pas le nom de Septentrion d'une revue néerlandaise, créée vers 1970 ? Notre société occidentale semble appartenir à ce que le document qualifte d' "archaïque monde capitaliste". Toujours en matière de langue, voire de style, on est frappé par le ton vivace, que parfois on ressent comme excessif. Pourtant document officiel, le Ménwrandum démontre que la langue de bois coutumière des institutions internationales fait place à un langage qui ne craint pas les images fortes; certaines tournures, probablement courantes d'ici un millénaire, nous apparaissent cocasses, désinvoltes, ou d'une familiarité qui détonne dans un discours pourtant fonctionnel. Au hasard, quelques surprises: fringale d'esclaves, coopérants de tout poil, mettre tout le monde dans un même sac, les zombies du Sahel, les impérialismes rangés au placard, Africa s'est fait tirer l'oreille, la charité-business. Frappantes aussi, des expressions aujourd'hui perçues comme péjoratives, blessantes, ou des néologismes: yankee, Oncle Sam, socialomarxiste, fricocratie, etc. Ces formules ont été conservées telles quelles. Malheureusement, nombre de passages du Mémorandum sont parvenus indéchiffrables. Certaines brèves lacunes ont pu être reconstituées. Nous avons été obligés de nous rendre à l'évidence pour d'autres: plusieurs éléments du texte se sont échoués dans l'espace et dans le temps; ils sont tous signalés. Nous avons eu des scrupules quant au droit de publier un document frappé d'un embargo au 12 septembre 2999. Les juristes nous ont toutefois rassurés. Il n'est pas question de violer un embargo portant sur un document qui reste encore à écrire au moment de sa publication. Par ailleurs, de l'avis des juristes, un embargo qui vaudrait pour une période de plus de mille ans est inacceptable. Quant à la forme, le Mémorandum pour l'An 3000 se présente comme les rapports réalisés de nos jours par les consultants des organisations internationales. Il semble qu'un texte de cette complexité apparaîtra à des gens maîtrisant la lecture rapide comme un document bref, tandis que nous le percevons comme un travail exhaustif. Pour le fond, la Commission spéciale que désignera le 20 mars 2999 l'Assemblée des Peuples de l'Etat planétaire jouit d'une liberté non censurée par les retenues et compromissions des diplomates ou des serviteurs de la fonction publique internationale actuelle. Le document destiné à la Conférence planétaire pour la Proclamation de la Paix Universelle, de janvier 3000, fait preuve d'une franchise que d'aucuns qualifteront de naïveté. Ce qui

X VIII

impressionne, c'est qu'après l'anamnèse du phénomène "esclavage des Mricains et d'Africa", les consultants, en utilisant largement les ressources des bibliothèques et memoriums de l'époque, posent un diagnostic sans concession. Celui-ci conclut à l'aliénation de l'Afrique par la faute des siens autant que par celle du Nord (de Septentrion, écrivent-ils). Et de montrer le piétinement de ceux qui, sincèrement ou par intérêt, tentent d'arracher l'Afrique (Mrica) à la vilenie du servage. Mais ce qui frappe surtout, c'est qu'en évoquant les timides tentatives de l'Afrique pour s'affranchir des liens qui l'étranglent, les observateurs font le constat qu'en 1989-94 un monde nouveau est en émergence, à cause de la croissante prise de conscience des injustices qui frappent les peuples esclaves 11.Un nouvel ordre moral, à peine perceptible, semble en gestation. La référence des rapporteurs à cet ordre nouveau revient comme un leitmotiv. Il s'en dégage une vision éthico-politique qui considère que le développement est surtout affaire de conscience, que les difficultés rencontrées par l'humanité sont de nature surtout psychologique, et qu'elles pourront être surmontées par un élan régénérateur, par une moralisation des relations économiques et fmancières internationales, en particulier sous les pressions des pays du Sud. L'humanité devrait donc s'orienter vers une société fondée sur un équilibre entre liberté et organisation, à travers la fédération des organismes sociaux, autonomes mais coordonnés pour le fonctionnement de l'économie. Les anarcho-républiques sont des démocraties de participation, seule véritable forme de démocratie directe, dirigées par des stratèges de la chose publique qui maîtrisent les facteurs information, communication, action et coopération. En conférant aux hommes des responsabilités dans la société, à divers niveaux, on leur fait prendre conscience de leurs droits et devoirs pour satisfaire leur dignité. C'est en cela quela démocratie de l'An 3000 paraît plus forte que la nôtre, parce qu'elle aborde non des futilités politiques, mais des questions fondamentales. La coopération solidaire sera la meilleure source de morale. On peut penser que l' Mrique, grâce à l"'évidence démocratique", sera traitée et respectée à régal des autres; au rythme de sa croissance démographique qui r amènera à des densités insoupçonnées. Étrange impression que d'entendre ces voix du futur juger et éclairer notre quotidien, à l'instar de cette chanson de Leni Escudero, L'an 3000 : "Ça se passe en l'an 3000 sur terre, notre paradis". On doit toutefois admettre des distorsions, inévitables en raison de ce qu'expliquait Goethe: l'Histoire s'écrit au présent, au présent de la société qui l'écrit. Les experts de l'an 2999 ne font rien d'autre que nous: pour eux aussi, expliquer le passé, c'est en fait prévoir. Quant aux deux Revues de presse, elles sont en prise directe sur le Mémorandum. Outre que l'on y note le plaisir que prennent, à cette occasion, les collaborateurs de la presse des diverses Regios, on se rend compte que, malgré la paix qui semble s'être installée sur Terre, et alors que la conquête des autres planètes progresse, il n' y aura pas unanimité ingénue dans r appréciation des faits. Les débats d'opinion ne disparaîtront pas. On remarque aussi, tant par le Memorandum que par les Revues de presse, que certains traits de l'utopie à

la française trouveront leur réalisation en ces temps lointains. Droits de l'homme, paix universelle, progrès pacifique, égalité naturelle, fraternité, XIX

imbibent tous ces textes, rendant possible la justesse de vue des optimistes d'aujourd'hui: le monde est perfectible. On a le sentiment que s'il est ridicule d'attendre de la science l'aptitude à tout résoudre, il ne faut pas non plus succomber à un idéalisme béat ou à un cynisme exigeant le maintien du statu quo. La lecture de ce Devisement du rrwnde, dû à des Marco Polo du futur, peut en tout cas nous signifier que les barrières matérielles ne seront probablement pas les plus difficiles à surmonter, et que l'avenir sera surtout fait d'idées originales et généreuses. Mais arrêtons ici ces réflexions. On aurai tort, affirma Luther, d'enquêter sur ce "qui n'existe plus nulle part depuis le péché et le déluge", ou, ajouterai-je, qui n'existe pas encore 12.Tout autant, ainsi que le laissa entendre le poète français Léo Ferré, "il est inutile de regarder devant vous, car devant, c'est derrière". Seule quasi certitude: les mondes advenu et à venir semblent bien se situer sur la planète Terre, avec notre passé et notre futur. De toute manière, selon le prêtre sicilien Agostino Inveges, "tant d'érudits ont écrit sur le paradis terrestre que le nombre des volumes rédigés sur la question est proprement infini; aussi le paradis peut-il être appelé un labyrinthe plutôt qu'un jardin"... La mise au point du lacunaire Merrwrandum n'aurait pas pu se faire sans les attentifs conseils et suggestions de spécialistes de partout, à qui je rends hommage, en particulier Angelo Barampama, M. Cardis, Marcel-M. Chartier, René Châtelain, Antonio Chiappano, Pierre Gardiol, Michel Ndoh, Olivier Neyroud, Jean-Marie Pilet, Raymond Rauss, John Wood. J'ai trouvé chez chacun une curiosité, une intuition et une bienveillance fort encourageantes. Mes remerciements vont également à tous ceux qui n'ont épargné ni leur temps, ni leur peine en soutenant de leurs conseils cette entreprise, tout particulièrement aux étudiants des diverses institutions qui m'accueillent, pour aider à décrypter et à comprendre ces pages venues de demain. Max Liniger-Goumaz Lausanne, janvier 1995.
1. En 999, "on se fit mutuellement grâce de ses dettes, les époux s'avouèrent leurs écarts, les braconniers se dénoncèrent spontanément et, lorsque les seigneurs leur avaient généreusement accordé le pardon, ils s'en contentèrent, en refusant de continuer à commettre leurs méfaits en dépit de l'autorisation qui leur était donnée". Belitz, Ch., Weltuntergang 1999. Vienne, 1981; Duby, G., L'An Mil. Paris, 1993; Heim, R., L'angoisse de l'an 2000: quand la nature aura passé, l'Homme la suivra. Paris, 1973; Boia, L., La fin du monde, une histoire sans fin. Paris, 1993; Gendreau, F., Le Bris, E., "Les grandes peurs de l'an 2000". Politique africaine, 39. Talence, septembre 1990; Canton, C., Failu, O., Le Futur Antérieur. Souvenirs de l'an 2000. Paris, 1993; Ruyer. R., dans L'utopie et les utopies. Paris, 1950, p. 146 qualifie l'utopie "d'exercice libre d'une intelligence s'amusant à la construction d'un monde qu'elle sait provisoirement irréel". 2 Tristan Bernard, "Qu'est-ce qu'ils peuvent bien nous dire? Pantruche et d'ailleurs. Paris, 1897. " in Contes de

xx

3 Jacob, M., Le cours du temps est-il inexorable? naturelle. Genève. janvier 1995.

Conférence~ Musée d'Histoire

4 Robredo, Fr.. "Le voyage dans le passé est-il possible 1" Science et Vie, 859. Paris. avril 1989, pp. 2-27; Hawking, S.. Une brève histoire du temps. Paris. 1989; Divers. "L'irréversibilité du temps". La Recherche. Paris. février 1989; Groupe de Montheron, Des hommes de science aux prises avec le temps. Lausanne. 1992; Marshall. M., "Le temps en physique". La Recherche. Paris. décembre 1993. pp. 1412-1421; Elias, N., Time: an essay. Oxford (UK) - Cambridge (USA). 1993; Casinello. A.. "La interpretaci6n de los muchos universos de la mecânica cuantica. Apuntes hist6ricos". Arbor. Madrid, août 1994, pp. 47-68. 5 Hart-Nibbrig, Ch., Spiegelschrift Frankfurt a. M.. 1987. Spekulation über Malerei und Literatur.

6 Baud. Ph., "La fleche et le mystère". Flash EPFL. Lausanne. 15 janvier 1991, p. 14; Clark, G., Space. Time and Man. Cambridge, 1994; Kumar, R.. "Utopia y Anti-Utopia". Modern Times. Oxford, 1991; Guthke. K.S.. The Last Frontier: lmaginating Other Worlds. From the Copernician Revolution to Modern Science Fiction. Ithaca (N.Y.). 1990; Neumann. 1 von, L'ordinateur et le cerveau. Paris, 1992; Lentin, J.-P., Je pense, donc je me trompe. Paris. 1993; Reeves. H.. "Interview". par loF. Duval. Construire. Lausanne. 16 novembre 1994, pp. 32-33; Divers. Les énigmes du temps. Science et Avenir. 96. Hors série. Paris, 1994; Klein, E.. Spiro, M., Le temps et sa flèche. Paris. 1994; Simon. 1 Z.. "The physics of time travel". Physics World. Bristol, décembre 1994. pp. 27-33. 7 Parmi les six articles préliminaires. on retiendra le suivant: 4. On ne doit point contracter de dettes nationales en vue des intérêts extérieurs de l'Etat. 8 On a évoqué les populations asservies d'Afrique dans une étude sur le marché du café et du cacao: Fottorino. E., "Afrique. La faillite des matières premières". Le Monde. Paris. 20 mars 1990, p. 29; Labey, A.. "Banque mondiale ou Bankenstein ?" Africa lnternational. Paris, décembre 1994, pp. 50-51. 9 Dembinski. P.H.. L'endettement international. Paris, 1989; Bonstetten. Ch.-V. de, L' homme du Midi et l' homme du Nord (rééd.). Lausanne. 1992. 10 Petite Bibliotheque Payot/4. Paris, 1989. Dans un ouvrage plus récent, Blandine Kriegel, évoquant le république universelle de Kant. et faisant le tour de la question de l'Etat de droit et de son développement, vient de s'interroger sur l'origine de ce concept. C'est une entreprise semblable qu'ont menée les membres de la Commission; en acceptant la tâche de redonner vie aux Terriens de rm de IIème millénaire. ils ont tenté de retracer le cheminement politique qui. de nos lointaines origines, a débouché sur leurs anarcho-républiques. Cf Kriegel, BI., La politique de la raison. Paris, 1994. 11 Des propos approchants fin 1992 - début 1993 chez Bogdanov. D., Lowell, V., A World History. Chap. 13 : "The disastrous 21st century". University of California in Moscow. 2992, in The Economist. Londres, 26 décembre 1993 8 janvier 1994, pp. 17-19. évoquant ce "siècle du désastre" à venir; v. aussi Dufresnoy, D., Demain. les grands projets de l' humanité Paris, 1993. 12 Luther, M., "Commentaires du Livre de la Genèse in Martin Luthers Sammtliche Schriften. Gross Ororgen, 1986-87. t. 3. p. 97; Ferré. L., La solitude (Chanson). Paris, 1984; Inveges. A., Historia sacra paradisi terrestris. Palerme. 1649. XXI

Abréviations/Glossaire des néologismes de 2999
Abus de pouvoir, coup d'Etat Admonestation, brève pensée soumise quotidiennement à la réflexion des Terriens Africa, Mrique (terme devenu masculin, comme tous les continents) Anarcho-République, Etat purement gestionnaire, sans prétentions de pouvoir Asia, Asie Aufizé, Regia incluant Australie, Fidji, Nouvelle-Zélande Azania, actuellement Mrique du Sud Bande, équipe Canus, Regia comprenant les Etats-Unis et le Canada Demiterre, hémisphère Foi, dévouement à autrui Equité appliquée, équité qui a cessé de n'être que proclamée Foi rouge, organisme global de dévouement à autrui par l'action, en l'occurrence lors de catastrophes naturelles ou d'incidents spatiaux; l'ex CICR n'avait plus de raison d'être depuis la fin des conflits armés, au XXVIIe siècle Fullerènes, molécules de carbone de forme cristalline comprenant 60-94
atomes, rangés en forme de polyèdre Global, qui se rapporte au globe terrestre Memorium, Archive ou Bibliothèque (pl ur. Memoriums) Meridion, hémisphère Sud, peuples esclaves Midan, été de la zone tempérée et période des pluies de l'équateur Mundial, monnaie universelle de la fin du IIIème millénaire (1 mundial

= env.

20 $ 1994) Nipponia, Japon p.i.p. primus inter pares Regia, région, regroupement d'Etats, continent Septentrion, hémisphère Nord, peuples nantis Société libertaire, où chacun assume droits et devoirs, sans contrainte Surbouffe, excès alimentaire, exploitation d'autrui

XXII

Liste des périodiques cités dans les revues de presse de 2999
Antarctic Tribune, Souçol AuJize Daily, lieu inconnu CH-Blatt, Zürich Dallas Post, Dallas Democracia Guajira, La Habana Dépêche Tamil, Sri Lanka Diario ibérico , Cordoba Emigrant. L' , Glasnoïtarsk Faites-bien! Kananga (Zaïre) Gazeta Guarani, lieu inconnu Gazette Littéraire, Hankeou Geneva Tribune, Genève Indian Democrate, Hyderabad Meridion Africa-Standard, Saharapolis Monde de l'éthique, Le, Paris Northwestern Septentrion, Neo-Duluth Nanjing-Bao, Nanjing Journal de Geneva, Geneva Nipport-Democrate, Tokyo Oceanian Investigator, Suva (Fidji) Regards, Buake Solidarnoc, Warshawa (?) Swiss-Miss, Appenzell Tapa Sensou, Singapour Zaïre-Liberté, Kinshasa (?)

XXIII

01 Saharapolis

No 50

21 mars 2999.

~L~rmO@U@Wlo~~.rmo@~

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REVUE DE PRESSE
Dans la dernière livraison du exotico-touristique. Jusque vers l'an
NANJING-BAO, Koh-Râl Chan com1500, les contacts Europa

- Africa,

mente la réunion préparatoire de la Conférence planétaire JX)urla proclamation de la Paix Universelle, qui se poursuit dans la salle du Petit Conseil, à Anthropopolis. "Hier, les délégués de la Regio Africa de l'Etat planétaire ont transmis la décision du Collège gouvernemental africain de parapher en janvier 3000 le traité de Paix Universelle. Toutefois, la délégation a fait état des scrupules d'une partie des représentants de MelanoAfrica au Parlement tricaméral de la Regio, estimant qu'avant d'apposer la signature d'engagement d'Africa, il convenait de soumettre à la réflexion de l'Assemblée des peuples de l'Etat planétaire un long Mémorandum sur les souffrances endurées par leurs ancêtres. Selon eux, la réconciliation globale qui se parachève, et à laquelle Africa a beaucoup contribué, est irréversible; mais elle ne peut omettre certaines réalités douloureuses du passé". "Il est vrai que, durant le Hème millénaire de notre ère, esclavagisme, pillage économique et financier, racisme, ont décimé Africa. De plus, ses enfants sont devenus pour de nombreux Septentrions une curiosité

via Spania, Lusitania, Italia, Sicilia, Maghreb, Egypte et Jérusalem avaient été généralement honorables. Dès le milieu du XVe siècle, on dénombra plusieurs Melano-Africains, Angolans. surtout, à Rome; et les ambassades de divers royaumes et empires africains avaient pignon sur rue. D'autres Africains arrivèrent en Europa en leur qualité de prince, JX)liticien, commerçant, soldat, ou encore acteur, musicien, écrivain, pèlerin, enseignant, marin. Mais on les a finalement cantonnés dans un rôle de domestique, puis d'esclave. L'Africain était devenu une décoration ou une marchandise. De sorte que le Mémorandum précité, dont l'élaboration vient d'être confiée à une Commission spéciale de cinq personnalités de diverses origines, servira à faire justice aux hommes de la Regio aujourd'hui la plus peuplée de la planète. Sans doute, cette Commission rappellera ce qu' Africa a apporté au patrimoine global. Selon la présidente de la Commission, c'est probablement un retour vers les ultimes années du Hème millénaire qui constituera le coeur des investigations. Le rapport sera déposé fin midan prochain.

xxv

Dans GAZETA GUARANI, Jesu 1tah rappelle qu'''Africa est industriel et agricole, grâce en particulier à l'irrigation du Sahara, sans oublier ses concentrateurs d'énergie solaire; il n'est plus aujourd'hui celui que
connaissaient nos ancêtres. Certes, au

X1Xe siècle déjà, l'Américain L. Tracy avait imaginé l'inondation du Sahara dans son roman An American Emperor (1897), thème que l'on trouve aussi chez Jules Verne, vers 1905, dans L'invasion de la mer. Si les auteurs anciens ont prévu tantôt l'assèchement du globe, tantôt l'engloutissement par les océans, personne n'a songé aux difficultés rencontrées dès les débuts de l'irrigation du Sahara (commencée partiellement par le pompage d'une partie de la nappe phréatique fossile à l'instigation du colonel libyen Ghadafi, dès 1991), jusqu'au percement du canal de la Grande Syrte, voici un demi millénaire, peu après l'émancipation réelle des peuples d'Africa. D'anciens enfouissements de déchets toxiques, datant des XXe et XX1e siècles, suite à des accords plus ou moins secrets entre affairistes de Septentrion et fricocrates des ex-républiques néo-coloniales, provoquèrent des pollutions graves. Il fallut alors des décennies pour en débarrasser le sous-sol africain - dont on avait abusé en raison de la profondeur particulière de la nappe
phréatique, à cette époque

Sahara (Helvetia, notamment, en acquit 1 200 km2) pour installer des milliers de concentrateurs solaires. Grâce au courant solaire, il devint possible de transformer en hydrogène des tonnes d'eau amenées des côtes par conduites forcées. Cet hydrogène électrovoltaïque, transporté par gazoducs et bateaux citernes, couvrit plus de la moitié des besoins
d'Europa, remplaçant progressivement les matières fossiles non écologiques par une énergie non nuisible. En fin de X1Xe siècle déjà, dans L' /le mystérieuse, Jules Verne avait prévu notre 'civilisation de l'hydrogène' et son énergie propre. Vers 2025 se développa dans le Sahara l'industrie des hydrures, ces poudres métalliques gorgées d'hydrogène largement utilisées depuis lors par la sidérurgie spatiale. En août 1956, dans l'ancien Journal de Genève, un journaliste envisagea un Europa sans frontières
et estima qu'''en

2000 n'est pas loin - le Sahel sera l'immense foyer autourduquelviendra
se réchauffer l'humanité comme après l'invention du feu les hommes se groupaient autour du premier foyer". Encore fallut-il d'abord introduire l'hydrogène dans la politique énergétique de Septentrion. Jusqu'alors, seuls les chloroplastes des plantes parvenaient à séparer l'hydrogène de l'oxygène. Grâce aux chloroplastes synthétiques de Calvin, dès la fin du XXe siècle, on put produire de 1'hydrogène avec le rayonnement solaire. Alors que l'hydrogène n'était utilisé jusque là que par les industries chimiques, alimentaires et métallurgiques, les voitures et les chauffages domestiques devinrent également demandeurs. Simultanément se déve-

l'an 2000

- et

l'an

- grâce

à

l'installation de combusteurs à hydrogène, réalisés avec le concours du
Centre Nord-Sud de technologie avan-

cée de Geneva, sur la base de travaux rendus nécessaires par la multiplication des pollutions industrielles". C'est en 1996 que divers pays se sont mis à acheter des parcelles de

XXVI

loppa la technique de l'hydrogène ultradense, à la supraconductivité remarquables. L'hydrogène intéressait alors les scientifiques et certains politiciens surtout dans l'optique de contrecarrer la catastrophe chimique due à la combustion des matières fissiles qui se préparait en fin de XXe siècle. D'où, en 1989, une Conférence internationale organisée par le Cercle mondial du consensus et l'International Association for Hydrogen Energy. Divers prototypes de machines à hydrogène avaient atteint le stade de l'expérimentation, tels les avions Tupolev (Russia, 1988) et Airbus (WestEuropa, 1990). En 1979 déjà, des
savants américains proposèrent le passage à une économie de l'hydrogène à l'échelle de la planète et l'abandon des combustibles fossiles. Le projet helvétien Shee-Tree (Solar Hydrogen and Electrical Energy Trans Europe Enterprise) visait surtout la mise en valeur

aidée par le dévelopyement

des réfrigé-

rateurs acoustiques, permettant de vastes réseaux de supraconducteurs. La Regia put aussi, grâce à cet hydrogène, développer l'irrigation de ses déserts et développer le réseau de communication. Notons, toutefois, que dès le XXIIe siècles, grâce aux colonies spatiales, l'énergie électrique fut toujours plus transmise de l'extrieur de l'espace terre, ce qui permit à Africa d'utiliser pour lui-même les "énergies africaines". Grâce à l'utilisation des qualités de supraconductivité du C60, troisième forme stable du carbone, découverte en fin de XXe siècle, les pertes d'énergie occasionnées par le cuivre et l'aluminium ont
pu
être

fortement réduites.

du rayonnement solaire au Sahara. Grâce à l'hydrogène produit là, la moitié des besoins d'Helvetia purent être satisfaits au début du IIIème millénaire. Un gazoduc transméditerranéen débitait 50 milliards de m3/an (l'équivalent de la totalité du charbon et des hydrocarbures absorbés par le petit pays d'Europa central). L'investissement de 150 milliards de dollars exigea l'appui de l'Etat, car initialement l'hydrogène était plus cher que les hydrocarbures. Le gouvernement helvétien investit en 2015 quelque 100 Mds de dollars pour couvrir 50% des besoins en hydrogène du pays. Europa s'assura près de dix ans d'avance sur Canus. Dès le XXIIe siècle, Africa occupa à l'échelle globale une position clé en matière d'approvisionnement énergétique,

Maurice Antoine, dans ce même JOURNAL DE GENEVA, commente l'information concernant l'opération de sauvetage en cours sur Vénus par les équipes de la Ligue des Sociétés de la Foi rouge. "L'étrange comète qui a frôlé une partie de la planète reste de nature inexpliquée. Selon certains cosmophysiciens, il pourrait s'agir d'un vent d'antimatière, échappé des confms de la bulle que constitue notre univers. D'autres émettent l'hypothèse qu'il s'agirait d'un projectile semblable à l'astéroïde Mutatis, qui frôla la Terre le 26 septembre 2000, ou la comète Swift-Tuttle, de 9 km de diamètre, qui a risqué heurter la Terre le 14 août 2116, véritable bombe de glace et de roche de cinq km d'envergure, se déplaçant à 60 km/s. Sur Vénus, le sauvetage est en passe de réussir. Par chance, l'onde cruelle n'a effleuré Vénus que par la tangente à 120E/39N, dans une zone relativement peu peuplée, selon ce qu'ont communiqué les avant-postes sur

XXVII

Titan et Mercure. Les équipes travail-

lant sur Vénus sont occupées à l'ensemencement de la planète avec des boules de glace et de neige captées dans l'espace, micro-comètes de quelque 100 tonnes, soit de 10 mètres de diamètre environ, du type de celles qui se sont abattues sur la terres voici dix millions d'années et qui, en se brisant dans l'atmosphère, puis en se vaporisant, ont été à l'origine des premières pluies terrestres. En 1987, on photographia pour la première fois, de telles comètes de H20." Ces recherches confirment le fait que les tentatives de détection de planètes entourant des étoiles, entreprises en fin de Hème millénaire, ne donnèrent pas de résultats. Pourtant, d'admirables instruments étaient mis en place: le système américain Keck était basé sur deux téléscopes de 10 m., à Hawaii, et le système européen VL T (Very Large Telescope), stationné au Chili, assemblait dès l'an 2000 quatre téléscopes de 8 m. de diamètre, soit l'équivalent d'un télescope de 16 m. En 1994, on découvrit à 10 Mio d'années-lumière la galaxie Dwingeloo-1, partie de la trentaine de galaxies dont celle d'Andromède et la nôtre. Mais l'interrogation des 20 milliards d'étoiles de notre galaxie (au coeur des

planète. Mm de créer une atmosphère et dans le but d'élever la température à env. -50 degrés, les émissions massives de CFC se poursuivirent pour accroître l'effet de serre. Déjà les sols polaires rejetaient le gaz carbonique qu'ils renferment, de sorte que la pression atmosphérique augmenta jusqu'au tiers de la pression terrestre. On espérait alors parvenir à réchauffer suffisamment la planète pour qu'au XXHe siècle on puisse y planter des arbres. Mars ne devint viable pour les plantes supérieures que voici deux siècles, le gaz carbonique ayant été converti en oxygène. Certes, dès le XXIVe siècle, quelques vols habités purent avoir lieu; il faudra 600 siècles avant que l'Humanité ne puisse essaimer sur Mars à l'air libre". "Rappelons à l'occasion de l'intervention sur Vénus du Corps spécial d'aide en cas de catastrophes, que la Ligue des sociétés de la Foi rouge a succédé en 2634 à la Ligue des sociétés de la Croix-Rouge (qui avait vu le jour en 1919 grâce à l'Américain H.P. Davidson). Depuis lors, la Ligue défend les Terriens contre les catastrophes naturelles,
dans tout l'espace humanisé".

100 milliards de galaxies de l'univers), laissa nos ancêtres bredouilles. "On sait que la technique choisie pour rendre la planète Mars viable est d'une autre nature. Après les sondes Viking (1976), Mars Observer (1993), Mars 1994 et Mars 1996, une armada de robots furent lancés, dont un franco-russe véhicule tout-terrain, de 100 kgs, pour démarrer les opérations de terraformation. Le XXIe siècle fut occupé à réchauffer la

"Au milieu du XXVIIe siècle, avec l'élimination des conflits armés entre. Terriens, l'ex-Comité International de la Croix-Rouge, fondé par l'Helvétien H. Dunant, en 1863, disparut, faute de combattants. Les hommes apprirent à renoncer au feu que leur avait amené Prométée pour se chauffer, oubliant les conséquences

éthiques ultérieures, ce feu étant détourné pour les besoins militaires
dès la forge de la première épée".

Dans la GAZETTE UTTERAIRE d'Est-Septentrion (Han-Keou),

XXVIII

John Hiss prend prétexte de la désignation de la Commission de l'examen global d'Africa à l'ère des EtatsNations pour faire "Un voyage de retour dans le temps". Il faut rappeler la mise en place, dès le XXIe siècle, d'Europa néo-socialiste. Dans le même temps, lentement encore, s'allongeait la vie humaine. Mais combien éloigné restait-on de la longévité actuelle, stabilisée autour de 162 ans pour les femmes et 157 pour les hommes! Ce qui laisse subsister un gros écart avec la 'longévité limitée de dix mille ans' que jadis on réservait aux empereurs de Chine (Est-Septentrion), ou encore les 25 000 ans que prévoyait pour les géants de Shikasta la romancière Doris Lessing". John Hiss cite des extraits du livre aujourd'hui oublié qui, tout en ayant été écrit en 1979, sous forme de roman fiction, résume bien l'état des relations Septentrion! Meridion à cette époque: "n nous

traîtres par les le':1¥' Les blancs qui exercent leur domination sur le continent Sud I, soit Africa, utilisant toute espèce de ruse, de mensonge, de brutalité, de barbarie, de cruauté et de cupidité pour se saisir de tout ce qui passe à la portée, étaient incapables de parler à un noir autrement que du ton glacial, coupant et méprisant dont on s'adresse à un homme ou à une femme arriéré et primitif. Leur religion renforçait leurs défauts. Mais quelles qu'en fussent les raisons, les motifs, les prétextes et les rationalisations, le trait principal de ces conquérants était leur carapace d'hypocrisie, leur certitude d'avoir raison. A cause de leur emprise,... de leur religion". L'/ND/AN DEMOCRATE, de Hyderabad, présente un reportage réalisé par la Bande d'Auzu sur les vastes élevages de bétail du Sahara central. "Malgré les espaces agricoles infinis d' Africa, cette Regio resta la plus peuplée, une place qu'elle n'a cessé faut décrire la froide aversion et le dé- d'occuper depuis le XXYIIe siècle. goût ressentis par les blancs à l'égard L'éditorial de Psychos Metam, dans le des noirs et qui demeurent leur princi- même journal, revient sur le lointain pale caractéristique jusqu'au jour où - passé africain et constate que "les répeu de temps après, mais pas avant ajustements météorologiques résultant que la civilisation qu'ils dominaient du reverdissement du Sahara ont non seulement résolu le Problème alimenne fût anéantie, en ruines - ils furent eux-mêmes chassés". Sont concernés taire global et supprimé les famines les Blancs de l'ex Azania de l'apart- qui frappaient Septentrion depuis le heid, mais cela est valable aussi pour XXIIe siècle; ils ont aussi modifié la ceux de Canus. "Rien n'est plus stu- vision qu'ont les autres Terriens péfiant que cette aversion méprisante d'Africa. Le respect actuel pour les caractéristique des blancs, maintes Africains, et particulièrement pour fois décrite par les peuples conquis et ceux de Melano-Africa, n'est pas dû aussi, d'ailleurs, par de nombreux in- seulement à la puissance de la populadividus appartenant à la race des tion et au flot de ressources dont elle conquérants, car tous les blancs ne pourvoit le globe. Il vient du fait que méprisaient pas les noirs, certains les personne plus que les Africains n'a aimaient et les admiraient, mais ceux- lutté pour s'opposer à l'ingeneering là étaient considérés comme des génétique excessif, tant au plan des

XXIX

espèces animales domestiques que de Judaïsme, Bouddhisme, etc. "La l'Homme lui-même. Voici pourquoi maladie qui avait atteint l'espèce l'Humanité de cette fin de millénaire homo sapiens depuis plusieurs milléne ressemble en rien aux visions naires, la folie mystique, fut vaincue catastrophiques que l'on rencontre dès le XXVIe siècle (dans le temps où dans les anciennes littératures de l'on assainit les eaux précieuses du science-fiction, peuplées d'êtres pro- Gange). La science et la morale grammés et de monstres multiples, de surent réfuter les cosmologies les chair et de fer. De même, Africa a pris plus diverses et orienter vers des acticonscience, dès le XXIe siècle, que vités autrement utiles au bonheur de la multiplication des robots visait l'humanité les prêtres des temples de moins à soulager le fardeau des partout: Arts les plus divers, Admotravailleurs qu'à atténuer les coûts nestations publiques, Animation des de production. L'esprit démocratique communautés, Bilans funèbres, etc. africain, communiqué à l'ensemble Tant les théocraties laïques, comme des Terriens, et la volonté de com- l'Islam, que ladite Eglise universelle, battre toutes les formes d'injustice, ou romaine, virent leurs activités sont à l'origine de la création du contestées par l'évidence scientifique Centre planétaire d'équité appliquée, et les multiples recherches historiques implanté à Prétoria, en Azania". de l'accident métaphysique. On sait Dans le même journal, Miao Sha- qu'en 1988 déjà, un certain Gérald Mi-Neh constate avec un article évo- Messadié publia une étude, bien quant la littérature futuriste du dernier timide encore, dans laquelle, en quart du Hème millénaire, que "tout évoquant L' homme qui devint dieu, n'était pas gratuit". Certains auteurs il confirmait la nature purement husemblent avoir été dotés d'un sens maine du Christ, jusqu'alors annoncé peu commun de la prémonition. En et honoré en tant que fils de dieu et 1794 déjà, le Germain D.G. Mehring, d'un problématique saint-esprit par dans L'an 2500, montra que la con- une partie des Terriens. Il rencondition humaine allait s'améliorant, trait ainsi les traditions thibétaines grâce à une croissante éducation et anciennes, évoquant la survie de Jésus aux progrès du sens moral. Il se après le supplice de la Croix et sa trompa néanmoins en matière de longue vie poursuivie dans les hautes guerres, dont il voyait la fin vers montagnes d' Asia centre-oriental". 2500, alors que le dernier affronte- Au même moment, l'écrivain britanment inter-Terrien, la Guerre des nique Salman Rushdie prit le relais Neuf-Jours, date du XXVIIe siècle. avec Mahomet, ce qui suscita un Autre méprise: Mehring voyait scandale international, suite aux meencore des monarchies là où l'esprit naces de mort proférées contre lui par anarcho-républicain triomphe. un imam persan. De même, les livres Esperanza Fé, rédactrice (p.i.p.) du La Iglesia increible, du Jésuite uruDIARIO IBERICO (Cordoba) exa- guayen Pérez Aguirre, et Laija de mine Ie dernier rapport de l'Institut de l'écrivaine bangladeshi T. Nasrin sourecherches sur les anciennes religions levèrent l'ire des fondamentalistes. La (Bénarès) : Christianisme, Islam, fin du XXe siècle a laissé le souvenir

xxx

de l'ébranlement des certitudes et des nombreuses et variées menaces qui

planaient sur la planète. Ce n'est
.

toutefois qu'à la fin du XX le siècle que l'humanité prit conscience de l'im portance de la vérité découverte plutôt que des soi-disant vérités révélées, qui permettaient tous les abus. La quête d'amour du vrai, sans le subterfuge d'une révélation, devint essentiel,
dans toutes les circonstances de la vie.

La jeune rédactrice en chef de DIARIO IBERICO a retrouvé un texte d'octobre 1989, d'un certain Edgar Morin, qui montre que l'on était occupé alors à dépasser ce genre de débat. Ce penseur évoquait la notion de Terre-patrie, née d'une croissante conscience planétaire, résultat de la convergence de vérités affluant des plus divers horizons. Le système vivant de notre planète, Homme compris, devait à tout prix être sauvé. L'idée romantique de la terre-mère se conjugua toujours plus avec l'humanisme de l'époque des Lumières. Et l'on s'ingénia à "faire converger la fraternité chrétienne, la commisération bouddhique pour tous les vivants et le fratemalisme international - héritier laïque et social du christianisme dans la conscience

-

planétaire de solidarité. La 3e Conférence européenne de la Culture, la Conférence Europe-Monde (1989 et 1990), et la fondation de l'Académie internationale de la Culture (Paris,
1993) allaient dans ce sens".

chants de lamentation et rythmes des esclaves, en America, et les cantiques chrétiens louant une générosité encore sélective, donna naissance à ce que voici plusieurs siècles on qualifia de jazz. Or, une musique plus authentiquement mélano-africaine déferla depuis 1988 sur Septentrion, il est vrai grâce à certains accommodements avec les critères harmoniques européens. Ce courant marqua l'explosion du génie africain et annonça l'ultérieur développement d'Africa aux plans économique, scientifique et culturel". Dans OCEANIA INVESTIGATOR (Suva, Fidji), après avoir fait état de la rapide et inquiétante diminution des ressources minérales du sous-sol de la Lune, Green Peace rappelle quelques étapes ayant suivi "la conquête de l'Astre pâle, peu après l'adoption du premier Règlement planétaire sur la 'colonisation' de l'espace. La Paix atomique était un vieux souvenir lorsqu'en 2150 l'invention de l'antiéthyline permit l'éradication de l'alcoolisme. Après l'embargo africain sur les livraisons de matières premières, minérales et végétales, à l'endroit de Septentrion, dès le XXIe siècle, ce fut au milieu du XXIVe siècle l'amnistie accordée par les peuples esclaves aux sociétés gavées. Survint. en 2522, l'échec définitif de l'Etat bureaucratique, et
l'organisation des premières AnarchoRépubliques. Bien que de nature très différente. ces événements eurent des conséquences fondamentales et géné-

Relevons l'intéressant Supplément de l'EMIGRANT, le mensuel de Glasnoïtarsk, sur les musiques africaines. DesaI Lagam note que "dès la fin du XXe siècle, la musique africaine a imbibé Septentrion. Durant l'ère esclavagiste, la symbiose entre

reuses pour tous les Terriens et favorisèrent la progression vers la Sagesse globale. Mais les informations sur le tarissement des gisements lunaires nous interpellent tous. La
nécessité de rechercher dans un proche

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avenir d'autres sources de produits de base pour maintenir le niveau de vie global atteint dans toutes les Regios préoccupe l'Humanité à l'orée du Nème millénaire. C'est dans ce sens que se prononce dans ZAIRE-LIBERTE Marisse Lumumba, estimant que la voie est toute tracée vers la Paix Universelle. Il faut néanmoins signaler que cette voie n'a pas été facile, et pas seulement pour les ex-peuples esclaves de d'Africa". Ce n'est qu'après le conflit qui, en 2689 opposa brièvement Centre-Septentrion à SeptentrionOriental, suite aux migrations suscitées par plusieurs années sans mousson de midan, que les efforts déployés

par Sweden et Helvetia pour la
reconnaissance de la neutralité globale ont abouti. C'est dans cet événement clé que réside le germe du projet de Paix Universelle actuellement en discussion. En fin de Hème millénaire, l'historien anglais A. Toynbee avait déjà pressenti le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui: 'L'Etat universel de l'avenir devra être mondial au sens littéral, mais cela ne veut pas dire qu'il doive être nécessairement la création d'une seule civilisation. Les Occidentaux ne devraient pas automatiquement supposer,
comme ils ont tendance à le faire, que

les valeurs et les objectifs de leur propre civilisation seront à jamais prédominants. Il est probable, au contraire, que l'Etat mondial de l'avenir commencera par être une association politique volontaire où les éléments culturels de nombre de civilisations continueront de s'affirmer' (L' Histoire. Paris, 1978). De sorte qu'au moment où la Terre éjacule son Humanitude aux confins de l'espace

solaire, il est intéressant aussi de rappeler ce qu'écrivait le poète français Victor Hugo, au XIXe siècle, voici plus d'un millénaire: 'Tout homme est composé de tout le genre humain'. Demain, tout l'espace solaire sera riche de cette union dans la diversité". C'est ZAIRE-LIBERTE aussi qui souligne la lourde tâche des rapporteurs de la Commission spéciale pour l'examen global d'Africa. Dans un temps record, ils devront se plonger dans un passé vieux de plus de mille ans, pour en éclairer les multiples facettes et rendre justice à Africa. Sana Yambo rappelle là encore la réflexion d'un auteur germain de 1986, Herbert Rosendorfer, qui dans les Briefe in die chinesische Vergangenheit. souligne que "mille ans sont plus que du temps écoulé. Mille ans sont une montagne de temps si puissante. que même les oiseaux les plus audacieux de nos pensées les plus fantastiques ne parviennent à la survoler. Mille ans ne sont ni 'aujourd'hui' ni 'jadis'. Mille ans sont 'ici' et 'là-bas'." Une différence importante cependant entre notre fin de millénaire et celles de fin de premier et second millénaire: vers l'an 1000 et l'an 2000 nos prédécesseurs étaient victimes des interprétations hystériques de certains passages de l'Apocalypse: "Après mille ans écoulés, Satan relâché ira séduire les nations", et de leur obsession métaphysique d'affirmer que l'Antéchrist balayera le monde, peu avant le Jugement dernier. L'époque considérée par la Commission spéciale chargée de l'Examen global d'Africa à l'ère des Etats nations était propice à la résurgence des fantaisies de fin de premier millénaire. La frénésie numérique (sondages, statistiques, commémora-

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tion de dates du passé), l'obsession aussi de la cadence du temps, prédisposaient la culture de Septentrion et de ses excroissance à une nouvelle peur de la fin du monde. Le commentateur scientifique du même ZAIRE-UBERTE présente une bonne rétrospective sur la mise au point des idéosondes de Guth par le L.C.G. (Laboratoire de communication galactique) de Brasilia. L'équipe de savants occupés par ce projet cherche à prolonger la durée d'émission de quelques nanosecondes à une seconde, afin de pouvoir transmettre des textes de plusieurs centaines de pages. Selon le Dr Zweistein, elle aurait sélectionné une série de documents fondamentaux, représentatifs de notre société globale. Leur diffusion permettra, dans l'avenir, grâce à cet ensemencement, la constitution d'un memorium spatial qui circulera dans l'univers jusqu'à la fin des temps. On ne possède pas de certitude quant à l'existence d'autres êtres dotés d'intelligence, dans quelque recoin de la galaxie; depuis la mise en marche de super-télescopes, à Goldstone (California), l'année du 500e anniversaire du voyage de C. Colomb, aucune vie intelligente n'a pu être décelée. L'installation, entre 1990 et 2000, d'une douzaine de télescopes géants, en verre céramique, n'apporta rien de plus. On commence toutefois à "voir" les lueurs de l'univers primitif né du big bang, il y a quinze milliards d'années. Les rayons rémanents qui nous parviennent toujours plus nets des parties les plus éloignées de l'univers en expansion représentent de véritables fossiles. L'exploration spatiale offre dorénavant une vision globale de la terre,

"le globe terraqué (de terre et d'eau). Cette planète est unique parce que vivante. Et nous, les êtres humains, nous savons que nous ne sommes pas étrangers au monde, solitaires dans un univers infini, mais que nous participons de la biosphère. Grâce aux sorties des limites géophysiques de l'espace terrestre jusqu'aux lointains astres arides du système solaire, homo actualis a pris conscience du fait que sa petite planète n'est pas comme les autres. D'où la nécessité d'en prendre grand soin". Ce qui n'infirme pas l'hypothèse du saupoudrage du globe par les poussières de quelque supernova, née d'un univers antérieur, qui serait à l'origine de la vie sur terre. Une réflexion qui nous remémore ces vers du poète anglo-américain T.S. Eliot, Prix Nobel 1948, dans Little
gidding

- The

Four Quartets:

"Nous ne cesserons d'explorer. Et la fin de notre quête Sera d'arriver au lieu d'où nous partîmes En le connaissant pour la première fois." "Nous sommes enfants de l'univers, enfants du soleil, cette étoile dont nous occupons un quartier périphérique. Nous, habitants de l'espace solaire, nous sommes conscients de notre appartenance à cet astre. Mais nous avons tout autant conscience de l'univers inflationnaire, même si le phénomène nous dépasse. C'est pourquoi nous avons conclu que l'interrogation sur dieu était sans réponse et ne devait plus être considérée comme une question. Il en va de la métaphysique comme des sciences, dont GMel a montré jadis qu'elles ne peuvent pas prouver par elles-mêmes qu'elles sont vraies. Aussi, puisqu'il n'y a pas de réponse, nous avons jugé que cette
question n'avait pas à être posée".

XXXIII

phique; les génocides (le Rwanda de 1994, généra un million de morts en six mois), la dégradation de l'environnement tout comme celle des moeurs (tels les suicides collectifs ordonnés par diverses sectes), représentait une série de bombes à retardement devant lesquelles les hommes de 1999 fermaient encore les yeux, mais qui allaient éclater dès le XXle siècle, avec les conséquences que nous connaissons. Ce n'est toutefois pas avant le XXITIe siècle qu'en plus de la libération matérielle héritée de la Révolution française, nos ancêtres ont progressivement commencé à assimiler le 'système de liberté' échafaudé par le philosophe allemand J.-G. Fichte (XVIII- XIXe s.) : des Etats-Unis 1973-1987 hommes libérés des préjugés métaBaisse du revenu ($ constants) physiques dans une communauté Revenu moyen d'Hommes libres." des plus démunis -10,8% Le Billet d'humour qui mérite l'édes plus riches +24,1% loge de ce jour nous vient de SWISS Revenu moyen des familles MISS, l'hebdomadaire féminin publié avec enfants dessinateur Caran les plus démunies -22,0% en Appenzell. Le spatio-train Pégase, d'Ache évoque le les plus riches +24,7% lancé vers Andromaque, au coeur de la une situation qui visait surtout Noirs constellation d'Andromède. Une des et Latino-Américains immigrés, au stellénautes, épousant un compagnon point qu'on évoquait un 'génocide des en plein Cosmos, se voit ceindre le chef d'une couronne de géraniums Mricains américains'." Le quotidien ibériqueDIARIO 16 lierre dont les rameaux vibrent au (Madrid) évoque le Meridion de 1989 vent des aéro-conditionneurs. De sorte (alors 'tiers-monde') et le "Poison de qu'elle s'exclame: "Pour qui sont ces la dette", se fondant sur un rapport de serpents qui sifflent sur ma tête ?" l'OIT qui signala l'intime relation Ô, éternité de l'hyménée ! Eofill, voici extraite de l'admonesentre dette extérieure et dette sociale POST, de la des pays concernés. "La dette totale de tation du DALLAS Meridion se montait à 1 300 mil- chaîne Carrington-Ewing, la pensée liards de dollars; elle était 2 fois plus qui a inspiré le modérateur (p.i.p.) de élevé qu'en 1980, et 18 fois plus Sud Ouest Septentrion: "Un homme élevé qu'en 1970. Cette aggravation n'est jamais plus grand que son de la pauvreté, de la malnutrition, de cercueil. Parole d'Homme". la famine, de l'explosion démograAto Nyanyamulengwa

Avec REGARDS (Buake), on revient à des propos plus terre-à-terre. On y fait le constat de "la misère qui frappa Meridion et particulièrement Africa, voici un millénaire, de même que de larges couches de la population de Septentrion. Le XXe siècle fut un des plus monstrueux, avec ses guerres et totalitarismes. Ce siècle, en fait très court (de 1914, début de la le guerre mondiale, à 1994, avec le génocide rwandais), reste dans l'histoire comme une formidable régression de la conscience des civilisés. Une étude du Congrès des USA, en mars 1989, révéla pour cette grande nation une disparité croissante entre les have et les have not' s :

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Conférence planétaire pour la Proclamation de la Paix universelle Anthropopolis, janvier 3000

DE L'AFRICA DES ESCLAVES "
A

L~AFRICA ESCLAVE
MÉMORANDUM POUR L'AN 3000

RÉSUMÉ
DESTINÉ À L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE

EM BARGO Le présent document ne doit être ni cité', ni résumé par la presse, la radio ou la télévision avant le 12 septembre 2999 à 1 heure TU

Doc. CPPU / ASPEP-3000/CS3 Anthropopolis, 12 septembre 2999

Sont membres de la Commission spéciale: Monsieur Kouili- Teh, Tranh, conseiller culturel de la délégation de Septentrion-Asia, Province de Cambothaïnam Monsieur Appoint-Komnu, Ian, vice-président de la Foi rouge, membre de la délégation de Septentrion-Europa, ministre délégué d'Helvetia Madame Along-Sangfang, Aidé, secrétaire globale de l'Union des femmes, membre de la délégation de Meridion-Africa, Province de Beti-Fang Monsieur Pamper-Hô, Nino, modérateur de la Fédération mondiale des gens de métier, membre de la délégation de Septentrion-America, province de Canus. Madame Papa-Wasi, Hilde, arbitre (p.i.p.) à la Cour mondiale de l'équité appliquée. Présidente de la Commission, Océania, Province d'Aufizé.

Distr. GENERALE DOC.CPPU/ASPEP~OOO/CS3 12 Septembre 2999 FRANÇAIS Original: SWAHILI

Table des matières

DE L'AFRICA DES ESCLAVES À L'AFRICA ESCLAVE
MEMORANDUM POUR L'AN 3000

Commission spéciale désignée par l'Assemblée des Peuples de l'Etat planétaire à l'intention de la Conférence planétaire pour la Proclamation de la Paix universelle Examen global d'Africa à l'ère des Etats-nations (Anthropopolis, 12 septembre 2999) Table
Introduction (~ 1-8) Glossaire [fin du IIème millénaire] Abréviations Considérations générales (~ 9-28) Notes I. L'AFRICA DES ESCLAVES Du nègre mythique à la bête de somme Il. Jusqu'à la fin du moyen âge (~ 29-38) 12 De la Renaissance au siècle des Lumières (~ 39-53) 13 Vers Africa esclave (~ 54-71) Notes 3 5 12 17 19 27

29 35 44 51

3

II. L'AFRICA

ESCLAVE
53 60 77 84 95 112 118 132 146

Africa colonisé Africa colonial II.1. Africa réduit en esclavage (~72-85)
n.2. Les impérialismes et la colonisation (~ 86-122) II.3. Les simulacres de décolonisation (~ 123-138) Africa néo-colonial nA. Les indépendances frelatées Œ 139-159) n.5. Le nouveau pacte colonial (~ 160-191) II.6. Africa à l'aube du IIIème millénaire ŒI92-206)

Un triste bilan II.7. Le développementperverti (~ 207-234) II.8. La fin de l'aliénation (~ 235-251) Notes Ill. L'AFRICA AFFRANCHI
Africa maître de son avenir II!.l. Ce qui allait changer (~ 252-282) II!.2. Africa africain (~ 283-332) II!.3. Vers un nouveau monde a. Un nouvel ordre moral (~ 333-377) b. L'évidence démocratique (~ 378-419) c. Africa à l'égal des autres 1° La conscience de l'union nécessaire (~ 420-433) 2° L'amorce du monde nouveau (~434-461) Notes Conclusions Notes (~ 462-513)

153 171 207 235
262 271 288 303 347

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Introduction
"n n'y a pas de substitut à la culture historique, par quoi on entendra non pas tant la connaissance de ce qui s'est passé et qui relève du mécanisme de la mémoire que la compréhension de l'interaction des phénomènes dans le passé et dans le présent C'est en se plongeant dans une époque, à travers sa littérature, qu'on en saisit l'ambiance et qu'on peut reconstituer des comportements probables, à la condition cependant d'ajouter à la compréhension de la dimension de l 'histoire une conscience de la dynamique historique". Jacques Freymond La paix dangereuse. Neuchâtel, 1986.

1. Le présent document porte sur un passé vieux de plus de mille ans; on pourrait l'intituler aussi Aide-mémoire sur 1'an 2000. Son but est de servir à instruire les temps à venir. Les auteurs, désignés par l'Assemblée des Peuples de l'Etat planétaire, ont conscience de la difficulté de la tâche. Il s'agit, en effet, de rappeler de monstrueux désordres, oubliés par nos contemporains, parce que remontant au crépuscule du Hème millénaire, alors que l 'Humanité se disputait la planète entre nations prétendument unies. Nous sommes invités à témoigner du passé pour aider à la détennination des choix du présent, afin que soit évité, dans la suite des temps, le cours fâcheux des choses anciennes. 2. En toute indépendance, nous avons réuni une infonnation qui provoquera ici ou là des sursauts; d'aucuns taxeront cet exposé d'excessif ou prétendront y voir un réquisitoire unilatéral, et cela tant en Africa et dans le reste de Meridion que dans les diverses provinces de Septentrion. Grâce à la collaboration infatigable des collaborateurs des memoriums d'Alexandria, de Washington, de Nairobi, de Brasilia et d'Estasia, ainsi que du Centre global d'Equité appliquée, le présent rapport - sans prétendre apporter quelque retouche à des problèmes largement résolus au cours des siècles écoulés vise à faciliter, à l'orée de l'ère de la Paix Universelle, la prise de conscience des blocages qui ont maintenu Africa en état d'esclavage. Il apporte aussi des éclairages sur les efforts des Africains de toute pigmentation, ainsi que des autres Terriens de bonne volonté, pour déjouer les pièges de leurs propres faiblesses. Il faut souligner que la difficulté réside dans la nécessité d'apprécier le passé avec équité, dans l'esprit de l'époque concernée. Géné-

-

ralement, nos ancêtres ont agi sincèrement, pour le bien de leur

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descendance, mais souvent contre les intérêts légitimes d'autres contemporains. Leur monde était "éclaté en multimondes", avec les princes (multinationales, grandes banqùes, puissances de Septentrion) et les esclaves, tel que le démontra le sociologue français Alain Turène. Nous avons cherché à éviter manichéisme et afro-centrisme dans l'approche des problèmes de la fin du XXe siècle. Enfin, nous attirons l'attention sur le caractère simplificateur des concepts Africa, America, Europa, Occident, comme le sont ceux de Meridion et de Septentrion, sachant que partout l'humanité se manifeste par une prodigieuse et fertile diversité, hier comme aujourd'hui. Bien entendu, le tableau présenté ci-dessous n'est que l'expression de ce que nous croyons savoir. En 1949 déjà, un rescapé des camps de concentration de la seconde guerre mondiale signalait que
"Les livres savent tout expliquer. Tantôt c'est par le pétrole ou le charbon, le chômage, le dollar. Par des statistiques, des courbes, des graphiques. Tantôt c'est par les doctrines et les mystiques. Et ça a vraiment l'air d'expliquer quelque chose; mais on ne voit pas bien quoi. Autrefois, j'y croyais, à leurs explications. Je n'étais pas dans le coup. Mais quand on est dans le coup, les explications n'arrivent plus à rejoindre l'expérience... Les explications ne sont vraies que dans le monde des explications - dans le monde des historiens. Pas dans le monde de l'Histoire" (Hyvernaud, G., La peau et les os. Paris, 1949).

3. En accord avec les divers memoriums, c'est le sextennat 1989-94 qui a été sélectionné comme repère, un quart de siècle après le Temps des ruptures que fut pour Europa occidental Mai 68, et pour l'Humanité entière la découverte (1974) du nombre de Feigenbaum, comme première constante universelle du chaos. En 1994, le président du C.LC.R., C. Somaruga, évoqua précisément, à propos du génocide rwandais une situation de "chaos et de barbarie". Un auteur d'Helvetia qualifia 1989-94 d"'années du bigbang" (CI. Monnier), le secrétaire général des Nations Unies (19821991), le Péruvien 1. Perez de Cuellar, évoqua des "années de changement tumultueux", une situation que des consultants germanofrançais étudiant l'avenir de la coopération avec Africa qualifièrent fin 1992 d"'extrêmement grave". C'est aussi le temps où, après trois cents ans, l'astronome Galileo Galilei se trouva réhabilité par le Vatican (1992). Dans son Encyclique Centesimus Annus (1991), le pape Jean Paul II définit 1989 "année pivot", avec l'effondrement des régimes communistes d'Europa oriental. Tant au niveau des institutions internationales qu'en matière de publications d'auteurs isolés appartenant aux sous-ensembles humanoïdes d'alors, il est apparu qu'en ces années-là s'est produite une profonde mutation préfigurant la Grande Harmonie. En 1989 démarra la Décade mondiale pour le développement de la culture; l'Université des Nations Unies, à Tokyo, chargeait un groupe de personnes ayant 6