//img.uscri.be/pth/4dada1d1ab63824b4951ccbfdd18782e3f7c204a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,01 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Des Français à la conquête du Brésil (XVIIe siècle)

De
222 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1991
Lecture(s) : 479
EAN13 : 9782296227385
Signaler un abus

Collection « Recherches et Documents Amériques Latines» dirigée par Denis Rolland

Maurice PIANZOLA

Des Français à la conquête du Brésil
(XVIIe siècle)

LES PERROQUETS JAUNES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur

La grande route passe par chez nous, Reportages, Éd. Librairie Nouvelle, Genève 1952. Thomas Munzer ou la Guerre des Paysans. Club Français du Livre, Paris, 1959. Peintres et Vilains. Cercle d'Art, Paris 1961. Traduit en allemand. Lénine en Suisse, Éd. Librairie Rousseau, Genève, 1965. Traduit en allemand et en russe. Th.-A. Steinlen, Éd. Rencontre, Lausanne, 1970. Traduit en allemand. La Tapisserie, Éd. de Bonvent, Genève, 1971. Traduit en allemand, en anglais, en espagnol et en japonais. Genève et ses peintres, Éd. de Bonvent, Genève, 1972. Brésil baroque. Éd. de Bonvent, Genève et Éd. Record, Rio de Janeiro, 1983. Traduit en allemand, ~n portugais (Éditions Record, Rio de Janeiro) et en anglais.

@ Éditions L'Harmattan, ISBN: 2-7384-0874-5

1991

REMERCIEMENTS

L'auteur est profondément reconnaissant à tant d'amis ou d'inconnus qui, de Saint-Malo à Sao Luis do Maranhao, ont pris part à ses recherches: bibliothécaires et archivistes de Paris, Genève, Lisbonne, Séville et Rio de Janeiro, bibliophile qui l'a installé au milieu de ses trésors à Sao Paulo, professeur d'histoire locale, conservateur du patrimoine, sergent de la police navale et paysans-pêcheurs de la baie de Sao José do Maranhao. Les rencontrant, il a en quelque sorte refait avec eux le chemin des « Perroquets jaunes ».

«

M. le Comte de Soissons y prêta l'oreille et s'employa à

persuader la Reine qu'elle devait y contribuer tant pour les considérations de l'honneur de pouvoir arborer les armes françaises aux Indes, comme aussi de l'utile, disant que c'était un canal pour donner cours aux plus mauvaises humeurs de l'État et que plusieurs s'amutinaient et demandaient des pensions, qui accourraient à cette nouveauté. » Navigation des François aux Pays des Topinamboux et des Margaias, situés dans le Brésil entre les deux rivières de Maragnon et des Amazones. (Manuscrit anonyme des Archives de Turin, 1613) « Heureux Brésil, douce Abbaye de Thélème, où Panurge, plus encore que Frère Jean, aurait aimé trouver refuge après ses navigations et pérégrinations, riant tableau qui dépasse toutes les descriptions de l'âge d'or que nous ont laissées les poètes, comme aurait dit Montaigne, comment aurait-on pu douter que ce ne fût là le paradis sur terre? » Gilbert Chinard, L'Amérique et le rêve exotique dans la littérature française au xvlr et au XVIlIesiècle

c: ~ > .9cd~ o en 0 t::S~ o
U 0 . 'P""'") 0

o ~~ ~ cd c: Oj)Ucd

en

o .~= _ ~cdc: 0 > "::=U~ s:::
"~ ~

0 cd _ 0 s::: cd

~~~
~,~

a

en

;J 'Q)

~<0
;3

:J' I...J
rf'J '(1) ~
I\)

~cd o ~ i= '00 5 -en...... ~...... l'cd cd cd ~cd5 U c: 0

E

~~ ro CL.> U

'~

~ _____ ca ~(j)~
j

,~

"'OC) l!)

c E WO

Q,)""'d ç c "

o t.n

en OJ

aO Uo<2 , 0<0
0 ~ ~...... ~ecn

cd ~
;-1

~ BI':
cdcd~

CC! C,) 1/1 a;

~ ~

~-

~

5"cd,~ ~en>< ~,,,...:'~~ 5~Q) ~ <cd ,~ o ~ en 0 ~ ~ 0

~

~ <0
Q.J

'='

c...)

,-

~~

r""U
00

0

~
~

.....-J OJ '""0 J Q

cd

Q'j~ 8:~

~~ W~
~~

~.-g~ to co 0 IJ)

E

~~~

,

~ C W

~'O ~~u o ~ ~~cd
~ ,~

~

~~~ ~~

cd ~

- :; e
..::= ';

~5Q'js::: ~
000 en

~~
~J

~ ,~
~ ~
<O~ C~ .
0"'\ co..:Jo ~ (0 j cJ

~~

~
~ Ù ~ a)

CLJ

~~~ 5~~ .. ~,~ ~ o 0 c:
'P""'"),.cd

e en

s:::

~ ~

o c: 0 E~Z ~~o ~ E,.Q'j 0

ee

11} 0

~~1

a) ï ~ \.0 'U ~ a) 00 ~ MU)

,~~o
~ s:: ~
~

~ ~]

e E~ cd~~O
0<-

cd

.

.G
--'

°o~ c: ~Q)I~
,9 en

~

~~i=O >< _0 0 ~~~o

\J '&~ ~:

0

a
~ cd

~
0

en ~ en en P""'") 0

~ ,~

E,5'~

~ ~,~ ~ ~ -en 0 ~ \:S
b,~
U 0

\:S~-cd ~~~

a 'E

OJ)

..... Q)tj) (/)m ~ 0 >CT)

u ::! .g g ".:£ ~ d) ô' " ~ .~ ~ ~ E:: ~
] (d) - > «.b .D d)
"0

~0<= ~

I

>.

(/.)

" ~ ~

.:; "0 ...J 1J r/5.~

rJJ d)

'S

..c:

'E 5

0g'

~3

~~ 1~
...J.....J

e~

~

g.
~
('j

~ 6 ~ C'j 0 OJ.)

:; t> ~ ._
~
d)

~~
~~
o

~~ ~

'Z

o~.g ~ U" ~ "0 .g Ft ~ ~ t:: 'ü I~ 8. .g S 8. os: .Q g .~ ~ "2 ';:'~ ~ 'K 5~ ~ 0 ~ C'j "
C'j

~~

~

i!::E..o
o ~.~
0

~ ""g,oê ~~ -~t::« . ~u
0.. d) 0..(/.)
00 ~ U

cd' "0 ;.=

~~

"0

"0

~
~ d)

-;;;

)o~

1-< ~

;:e~OJ

Z

):.

~ r/5 ': ~ ". ~'"ê~a ~:? ~ 0e " :Ë '1J E! "c'5 ~ ~ 00 bQ.g.g
~ '" oS '" !o~C'j ~ ~ OJ o~

~"O5~ ~ ~'" ~ rJJ .9 .~«

~ .~

t~ Su::

8

a

o~

<
~

~
~
;~
to

<~ L:

" <= ~~g"8 ~~ :a "0 " 0 ~~Jj :a ,,~ U::~ B <= C'j~.s ~
U:: '" ~ ,~ .~ 0 ~ 'ü oS _0 cd' t:: <= 00:; 0 '8 o~ B"d b "" e:- t: _",

~

('j

~ ....

~
~

~

0
rJJ

S 0g
~

~~~~03'~~ ~ ~ i::
"0~ "d .g 'g '" ~'ao.~E8 ~ 8 t:~Q~C'jo~ tij
°b"'Oj",,,,,,~
> 0 .,,-

'~

gj 0

~

s:a
!ij<

a ~ 0'65 e g~ o~ u 0 Q) ,,'e '" g.e ~~~ ~~ ô' r--: ~~
~~"d.8.g
0
OJ

"0

e

~

50 0
'd)

0 Q;

~

C'1

~

Q) ~~g~';'~g]~ >..c: I-<
\0

rJJ ~

~~~ u.0

g
og" 0
rJJ

<= 00 0 d)

'" 5~a~g~Po.~E
;d) "0 OJ.)~ 0

C

~ ~i:::Ë~~&_:a ~ 5 -", ~E-<.g t: . aig
~ d) d) .gi::~rno&:?~O' ._ ~ E :;;.g 0g .Q ~~S-~0..8 "0._ 0 ~.~ oSt! <=OJ C'j ~ °g.8.goi! oo-=:

B

"~ _

::E

.s ~
:::£ ~
~ ~ ~ ~

a

a

~

<~

~,~ ~ ~
1n ~ ..sr . (1) .D'\:$
C'j

~ 'e E '" ~ 05 b :;:Jo~ ~ -. g"5 "" ai ~ ~ S
::s

urJJrJJ..o~(1)

OJ

Po.

a.g~~ ..

I~ ~~ ~oS

0\'1

~
'"

5 8._ S ~ '\:$ ~ ~::E g - g <- ~ 0.. ~ U N ~ ~ ~ '@~.g o,ê f:! ~h~ ~ 2 ~.g" <J ~ g. ê; ~G~l ~"'~ '" ~ ~..c: ~ ~°C t: ~ ~ ,a 1: ';' " i:: Si~ ~ ~ ~ ~ ~ @,;::: VJ « 02: ~ ~
oj

~ S

~ i:: 0 d) ".
~

S
(1)

~

-

~~ .

~

-'\:$

~

.:: oB oS

Q;

- ::
VJ

<:!"d

~

OJ.) ~

AVERTISSEMENT
Nous avons modernisé l'orthographe et la ponctuation des textes de Claude d'Abbeville, d'Yves d'Evreux et des autres Français que nous cito'ns. Nous avons aussi changé quelques mots dont le sens a évolué ou qui sont tombés hors d'usage et avons modifié quelques tournures, mais rarement, pour conserver toute sa saveur au français du début du XVIIesiècle.

* ** Nous avons écrit ici Maragnan quand ce sont des Français qui parlent et M aranhiio quand ce sont les Portugais, comme le faisaient les uns et les autres qui croyaient d'ailleurs qu'il s'agissait d'un fleuve immense et mystérieux, donnant son ~om au pays. L'origine du mot est controversée. Certains pensent qu'il vient d'un patronyme espagnol, d'autres d'une dénomination indienne. Aujourd'hui le Maranhao forme l'un des État du Brésil (capitale Sao Luis) et on appelle Maranon l'un des fleuves péruviens qui fonnent en aval l'Amazone.

* ** L'unité monétaire de base dans la France au début du XVIIesiècle était la livre qui valait 20 sols ou sous. L'écu était généralement une monnaie de compte valant 3 livres. La pistole dont fait état le manuscrit dit de Turin était une monnaie de compte égale à 10 livres. Si la Reine a donné à Razilly, en 1612, 2 000 pistoles au comptant, cela représentait donc 20 000 livres, plus les 5 000 pistoles en « fausses assignations », soit 50 000 livres. D'après les interrogatoires des prisonniers français par les Portugais après la bataille de Guaxenduba, le capitaine du Pratz aurait reçu du roi, chaque mois, 500 écus, soit 1 500 livres, le forgeron Martin Hartier aurait reçu 20 écus, soit 60 livres, pour s'équiper et l'on avait promis au manœuvre Jean Pache 3 sous par jour, soit 4,5 livres par mois. Toujours selon les mêmes interrogatoires, une livre de tabac du Maragnan, denrée de luxe, aurait valu en France « un écu moins huit sous », soit 2 livres et 12 sous. Enfin, le capitaine Maillart devait recevoir 500 écus, soit 1 500 livres pour la caravelle revendue aux Portugais. On peut comparer ces chiffres avec les 70 000 livres annuelles que valait une charge de Conseiller au Parlement.

* ** On le verra, deux ouvrages, celui de Claude d'Abbeville, Histoire de la Mission des Pères capucins en l'Isle de Maragnan et terres circonvoisines et celui d'Yves d'Evreux, Suite de l'histoire des choses plus mémorables advenues en Maragnan ès années 1613 et 1614, fonnent l'ossature de la partie française de notre récit. Nous avons renoncé, pour ne pas alourdir ces notes, à en indiquer chaque fois la référence.

Avant-propos

Pourquoi tant de temps passé à tant de rendez-vous toujours retardés, souvent manqués, entre Rio, Sao Paulo, Sao Luis, Lisbonne, Paris et Genève à la recherche de ce Brésil qui n'était pas encore le Brésil, moi naviguant, cheminant derrière ces Normands, Poitevins, Angevins, Bretons et même Dauphinois, proches ou éloignés de la Cour, hommes de parti souvent, avides de marchandises, mousquetaires comme dans les romans qu'on écrira plus tard, amis des Tupinambas chez qui ils s'établissent et me conduisent en face de J erônimo de Albuquerque, métis qui guette dans la forêt, parle le tupi mieux que le portugais et annonce le Brésil? J'avais écrit un Brésil baroque où je racontais le transfert d'une culture, du Portugal au Brésil, avec les églises chargées d'or de Salvador de Bahia et de Recife, villes de la côte, et celles de l'État des Mines générales où des artistes métis ont décoré à leur façon, sur les collines à jamais déboisées et délabrées par les chercheurs d'or, des façades et des autels dessinés à Rome. Je fus chargé plus tard d'examiner les travaux de restauration entrepris dans les villes historiques de l'intérieur du Nordeste et j'ai certes vu, parcouru, photographié, fiché des églises, des forts, des prisons, des maisons « coloniales », des halles de marché. Ce fut un long voyage de Belem sur l'embouchure de l'Amazone jusqu'à la Baie de Tous les Saints, avec de longs détours dans l'intérieur, jusqu'à Oeiras, misérable capitale déchue du Piaui, jusqu'aux Palmares, montagnes qui surgissent de la mer des plantations de canne à sucre d'Ala-

goas où se rassemblèrent au

XV/Ie

siècle des dizaines de milliers d'es-

claves fugitifs pour y créer une sorte de république, jusqu'à Juazeiro où l'on croise les traces du prophète qui souleva, il n'y a pas cent ans, des foules d'affamés au nom d'un christianisme primitif, mais où l'on vend, sur les marchés des poèmes à la gloire des cangaceiros, les sordides bandits de grands chemins, devenus des justiciers dans la mémoire populaire et j'ai vu au fond d'un musée leurs têtes conservées dans des bocaux d'alcool... J'ai été pris dans un tel engrenage de questions, plongé au ras d'un

13

paysage infini, noyé dans des regards si proches qu'il me fallait tout reprendre par un autre bout si je ne voulais pas en rester là, hébété comme un touriste entre deux valises dans un aéroport, ne sachant plus rien de mon monde, ni de l'autre, celui du Nordeste. Et pourtant, je croyais devoir faire quelque chose, pas tellement à cause des histoires
d'éditeurs ni à cause de ceux qui m'avaient facilité ces promesses faites à des gens rencontrés, comme attendait chaque soir devant un bar de Fortaleza mon Jornal do Brasil pour l'emporter chez lui et les choses, mais pour à ce vieil homme qui que j'aie fini de lire le lire à son tour. Il

m'avait demandé:

«

Vous le direz, Monsieur, vous le direz que nous

sommes un monde oublié, oublié du reste du Brésil, oublié de tous. Ne regardez pas ces autos dans la rue, cela n'a aucun sens. La vérité, c'est

que nous sommes oubliés peut-être de Dieu lui-même, » et il répétait,
oubliés, oubliés». Après avoir traversé pendant la grande sécheresse ce désert à bœufs faméliques où quelques architectes passionnés s'emploient à relever de rares monuments, sans cesse détruits et redétruits par le climat, les termites, la négligence et l'abandon, je me suis arrêté plus loin, au sud de l'Amazone, dans ce Maranhao, tout au bout du Nordeste.
«

Un journaliste brésilien m'avait dit:

«

Il faut y aller, vous y verrez le

magnifique palais que s'y fit construire le Français La Ravardière, fondateur au XVIIesiècle de la ville de Saint-Louis, dite aujourd'hui Sao

Luis. » A vrai dire, le palais municipal est un pastiche du x/xe siècle,
mais le souvenir de l'aventure française est resté vif dans la ville. Arrivant un jour à l'aube, en compagnie d'une étudiante de l'Université de Sao Luis, d'un sergent de la police navale et de trois matelots, à bord d'un trimaran aux voiles rapiécées, en vue de la plage de Guaxenduba enfin repérée, j'ai trouvé des caboclos qui surent nous guider à travers la forêt jusqu'aux vestiges hexagonaux du fort de Santa Maria, construit comme base d'observation et d'assaut contre les Français, par l'ingénieur en chef Francisco Frias. Au moment de nous rengager dans la baie où la flotte française s'était jadis déployée devant le camp portugais, notre grand-voile s'est déchirée de haut en bas et nous avons fini par nous traîner jusqu'à un petit port où l'on fit griller des brochettes de poissons avant de nous prêter des hamacs. Le soir, nous pûmes enfin nous faire remorquer au large pour nous mettre sous le vent et grelotter pendant des heures jusqu'à ce que réapparaissent les lumières de la grande île, mais j'avais appris 'le temps et les distances. Tout paraît évident vu d'une bibliothèque, mais la vérité est qu'il faut toujours attendre: les gens, les marées, les vents, les circonstances. Les documents étaient devenus vivants parce que le décor n'avait pas changé depuis près de quatre siècles que les Portugais avaient défait en cet endroit même les Français qui les y avaient attirés. Arquebusades, vols de flèches, ruses, intrigues de cour, c'en était fait, je voyais enfin s'achever sous mes yeux une péripétie du partage du monde. Après mon retour, je pourrai rêver mélancoliquement au sort des acteurs de ce drame oublié, comme effacé par la végétation tropicale,

14

par les grandes sécheresses, par la pioche, puis par les excavateurs de ceux qu'enrage la fièvre du minerai, par le mutisme enfin de ceux qui prennent les décisions dans de lointaines chancelleries. Il ne me reste maintenant que quelques papiers, enfin beaucoup de papiers et pour la plupart, ils ne m'appartiennent pas même à moi spécialement. Ils sont là, c'est tout. Je les ai rassemblés. Des papiers, pas forcément des grimoires, même pas des papiers jaunis comme on dit, mais des feuilles de la pire espèce, des photocopies, molles, grises. Tant de rêves, de vagues, de boues et de plage, de misères, d'yeux implorants et de mois de travail. Il me reste aussi quelques beaux livres, rares parfois, et c'est à travers eux que j'imagine la longue impatience de la Ravardière, attendant chaque jour des renforts derrière les palissades de sa citadelle. A ses côtés, un jeune homme en robe de serge grise prend des notes et met le monde à nu. Il dit tout: les oiseaux et les fruits, le corps des femmes qui se lavent au ruisseau, les enfants qu'on ne lange pas, les doutes des vieillards, la terre sans mal que cherchent les Indiens.

A la vérité, il faudrait trois introductions, partant d'horizons opposés mais convergentes et, pourquoi pas, écrites par trois mains différentes, la première, blanche, la deuxième, brune et la dernière, plus ou moins bronzée, à ce récit qui est celui de la rencontre dramatique de trois cultures au début du XVIIe siècle. Il faudrait rappeler l'héritage que portent en eux ces Français qui naviguent vers le nord du Brésil en ce printemps de 1612. Il faudrait dire ce qu'ont dans la tête ces Indiens qui les accueillent, deviner enfin ce que sont en train de devenir ces Luso-brésiliens qui interviennent dans l'idylle à peine ébauchée. A chaque fois, ce seraient d'autres yeux, d'autres cœurs, d'autres raisons, d'autres savoirs et d'autres ignorances sur une même scène. Cela ne manquera certes pas de se révéler au fur et à mesure de notre récit, mais on a estimé utile de dessiner ici, dès ces premières pages et à grands traits, le fond sur lequel se déroulera une aventure significative des conflits et des enjeux de l'époque. L'histoire s'est passée sur de longues plages de sable blanc, mais encore fallait-il pouvoir les approcher après avoir longé des côtes couvertes de mangliers dont les larges feuilles pourrissent entre des racines émergées, inextricables. Il fallait encore reconnaître les passes entre les bancs de vase et les récifs qui s'étirent rouges et acérés dans l'écume des rouleaux de mer. C'est là que commence l'aventure de deux capitaines, Daniel de La Touche, sire de La Ravardière et François de Razilly partis accompagnés d'un financier, Nicolas de Harlay, pour fonder une France équinoxiale à quelques centaines de lieues au sud de l'Amazone. Cette aventure a été contée, dans tous ses détails, par deux moines franciscains, les pères Claude d'Abbeville et Yves d'Evreux dans des livres édités à Paris dès leur retour, mais aussitôt mis sous le boisseau et même, pour l'un deux, lacéré, à deux exemplaires près, miraculeusement sauvés. Il ne fallait

15

pas que cette affaire se sache. On mariait Louis XIII à la fille du roi d'Espagne et c'était plus important qu'un rêve américain du feu roi Henri IV, plus pressant que le sort de ces quelques centaines d'hommes qu'on abandonnait sans plus s'en soucier. Quatre à cinq cents Français, amassés à bord de trois navires en ce printemps de 1612. On leur a dit qu'ils sont attendus comme des amis et qu'ils vont s'enrichir en peu d'années. Il y a d'abord ceux qui ont pris l'initiative de l'expédition: une demi-douzaine d'officiers de métier qui se veulent aussi des hommes d'affaires. Ils ont même réussi à entraîner à leurs côtés un vieux financier, Nicolas de Harlay, qui s'est décidé à faire le voyage avec eux, lui qui vivait si douillettement à Paris, pour voir de ses propres yeux de quoi il retourne. Parmi ces militaires, les uns sont catholiques comme Razilly et .Pézieux, d'autres huguenots comme la Ravardière, mais là n'est pas la question pour le moment. Daniel de La Touche, sire de La Ravardière, est l'âme de l'affaire. Il a reconnu les lieux quelques années plus tôt et a su convaincre le roi Henri IV. Mais celui-ci assassiné, les préparatifs ont failli s'enliser dans les intrigues de la Cour. Selon l'esprit du temps, mais aussi parce que cela permettait de gagner l'appui de la régente Marie de Médicis et de quelques princes et princesses, on a embarqué quatre capucins, hommes lettrés, à l'occasion férus de botanique ou de minéralogie. Ils ont charge des âmes, celles des Français et celles des Indiens à qui l'on se réjouit de révéler le vrai Dieu. Autour d'eux, pas assez de laboureurs, quelques artisans, forgerons, chaudronniers, charpentiers, mais en trop petit nombre eux aussi, et quelque trois à quatre cents militaires, arquebusiers, mousquetaires, marins et même joueurs de fifre et de tambour. Pas une seule femme. Ils vont ainsi vivre trois ans parmi les Tupinambas dont ils ont vraiment réussi à se faire des alliés, flattés d'envoyer des ambassadeurs à Louis XIII. Ils danseront au Louvre, et Malherbe, l'écrivain le plus parisien du moment, les décrira dans ses lettres à ses amis quand on les mariera, vêtus de satin, à de jeunes Françaises. Les moines franciscains sauront observer leur vie quotidienne et la décrire avec sympathie. Ce qui leur permet aussi de critiquér en passant les futilités et les turpitudes de la société parisienne. La France qu'ils ont quittée est un pays qui subit alors, comme toute l'Europe, une sorte de crise économique. Les villes s'y sont developpées et les besoins diversifiés. De nouvelles routes commerciales ont été ouvertes et des manufactures y sont apparues. Comme partout ailleurs, l'or et l'argent raflés dans le Nouveau Monde y ont donné un coup de fouet - et la France en a eu sa part, pillée sur les galions espagnols mais les guerres étrangères et celles de religion ont coûté cher, la Cour gaspille, et les prix montent. L'Atlantique a pris la place de la Méditerranée, mais Espagnols et Portugais en sont les maîtres. Si les Hollandais et les Anglais tentent de s'y imposer, les Français, pour la plupart des marins-marchands normands, ne font que s'y faufiler, s'employant à couper la route des Indes aux Portugais. Ces corsaires français sont tout de même parvenus à entretenir des relations commerciales suivies avec la

16

côte du Brésil qu'ils fréquentent depuis plus d'un siècle, comme les Portugais, ou peu s'en jaut. Ils ont tenté de s'incruster soixante ans plus tôt,

sous les ordres de Villegaignon, dans la baie de la « Rivière de Genève », comme ils traduisent le nom de Rio de Janeiro, mais leurs dissensions autant que les Portugais les en ont chassés. Maintenant, c'est donc sur les côtes du nord du Brésil qu'ils troquent leur pacotille contre du bois de teinture, des singes et des perroquets. Ces efforts paraissent bien dispersés. Jamais ils ne disposeront des moyens d'État qui permettent aux bâtiments naviguant sous pavillon espagnol ou portugais de traverser l'Atlantique en convoi. Il n'en reste pas moins qu'au tournant du siècle, des Français ont fait plus que rêver, ils ont voulu disputer, grâce à leurs alliances sur le terrain, le Brésil aux Portugais. Les Tupinambas qui les attendent sur les plages avec des offrandes colorées, couffins de bananes, d'ananas et de fruits de cajou, de galettes de manioc, de poissons fumés et de venaison boucanée, sont des paysans à demi sédentarisés et des guerriers. Ils savent faire pousser leurs légumes et cultiver des arbres fruitiers sur les brûlis, ils tissent et ils tressent, ils font de la poterie ornée et polissent la pierre. Leur histoire, leur mémoire, trouvent leur écho dans les mythes que racontent les anciens et qui évoquent des migrations séculaires à la recherche de la terre sans mal, le paradis qu'ils se promettent de l'autre côté des montagnes. Leur dernière aventure est proprement historique. C'est celle de leur découverte, il y a un siècle déjà, des hommes barbus et vêtus, celle de leur dernier grand déplacement pour échapper aux Portugais, de la côte méridionale du Brésil à ces plages du nord où ils frayent périodiquement avec les Français, depuis près de cinquante ans. S'ils fuient les Portugais, c'est que ceux-ci sont installés à demeure et qu'ils ont besoin d'une nombreuse main-d'œuvre servile pour faire pousser et récolter la canne à sucre, tandis que les Français ne font que passer, apporter leur pacotille pour bientôt repartir avec du bois de teinture et d'autres marchandises locales. La rencontre avec les hommes venus de l'autre côté de la mer leur a laissé entre les mains ce qui marquera le plus profondément leur vie quotidienne et leur destin: ces outils et ces armes de fer qui les précipitent vers un autre mode de vie, plus rapide, plus productif, dans un monde où tout s'organise autrement, avec ces objets rares et précieux qu'on possède en propre et qui permettraient même de constituer des réserves, chose qui leur paraît d'ailleurs ridicule, et ils se moquent ouvertement de cette manie des Européens, si tout se passait en paix et s'il ne fallait pas toujours s'enfuir, repartir vers le nord ou s'enfoncer dans la forêt. En 1614, c'est vraiment une armée de crève-la-faim, de va-nu-pieds, de parias toujours prêts à se mutiner, que celle des Portugais qui approche du Maranhao à bord de bâtiments boiteux, contre des vents imprévisibles ou sur des pistes qui s'effacent à travers les pires terres du Brésil. Mais même tel qu'il est, ce corps expéditionnaire n'aurait jamais

17

pu être mis sur pied, jamais les pauvres moyens dont il dispose n'auraient pu être rassemblés si précisément, en ces années-là, le Portugal n'avait perdu son indépendance au profit des Hasbourg, rois d'Espagne,

ce qui durera de 1580 à 1640. Cette « Union péninsulaire », concentrant
les ressources, fera fonctionner à Madrid un puissant centre de décision qui, tout en lui laissant sa spécificité, permettra au tout petit Portugal de résister énergiquement aux incursions françaises, périlleuses pour les communications de l'ensemble de l'empire espagnol. Les Portugais ont officiellement pris possession du Brésil en 1500, en vertu de la bulle « Inter coetera » du pape Alexandre VI, de 1493, et du Traité de Tordesilhas qu'ils avaient signé en 1494 avec les Castillans, divisant le monde en deux hémisphères séparés par une ligne méridienne passant à 350 lieues à l'occident des lies du Cap Vert. Toutes les terres découvertes à l'ouest de cette ligne devaient appartenir à l'Espagne, celles qui

seraient découvertes à l'est deviendraient portugaises.

«

Eh quoi! se

serait alors plaisamment exclamé le roi de France François 1er, le roi d'Espagne et le roi de Portugal partagent tranquillement entre eux toute l'Amérique, sans souffrir que j'y prenne part comme leur frère! Je voudrais bien voir l'article du testament d'Adam qui leur lègue ce vaste

héritage!

»

Au début, la côte brésilienne n'a été pour les Portugais

qu'une halte sur la route des Indes, puis une forêt où l'on allait couper du bois, mais dans la seconde moitié du XVIesiècle, les bases d'un développement sont jetées: on a installé des capitaineries, puis un gouverneur général, les jésuites sont entrés en action et la canne à sucre commence à rapporter. Au XV/Ie siècle, nous y sommes de plain-pied. Trois millions peut-être d'Indiens « sauvages », c'est-à-dire libres, vivent sur les tronçons de côtes pas encore occupés par les Blancs ou dans l'intérieur du pays. Dans une vingtaine de localités riveraines de l'Atlantique, on recense quelque vingt mille Portugais ou métis qui s'y sont fixés avec moins de trente mille Indiens soumis et un peu moins d'esclaves noirs importés d'Afrique occidentale. Cela fait soixante et quelques milliers d'habitants en rapport avec le reste du monde ou plutôt avec une lointaine métropole à laquelle ils envoient du bois de teinture et surtout le sucre, denrée rare et précieuse en Europe, produit par deux cent trente moulins, inépuisable trésor qui attire les corsaires et contrebandiers étrangers. C'est de cette mince population, fruste, riche et misérable, que se détache le corps expéditionnaire conçu à Madrid, soldé par Madrid et irrémédiablement aspiré vers le nord parce qu'il ne faut pas permettre à des étrangers de s'y établir. Parmi les trois cents hommes qui traînent entre les deux forts de Recife, on remarque les chevelures noires et raides, les hautes pommettes et les yeux en amande des mamelucos, les métis qui ne connaissent rien d'autre que ce pays en train de naître sous leurs pieds nus. Pour l'instant, rassemblés plus ou moins à coups de gourdin, s'ils doivent faire confiance à quelqu'un, ce serait plutôt à leur général, le vieux Jerônimo de Albuquerque, fils de l'Indienne potigare

18

Maria do Esperito Santo Arco-Verde. Mais rien n'est joué et les distances sont si grandes. Notre histoire se terminera en 1615. Cervantes, moins au goût du jour, peut-être, à Madrid qu'à Paris où la mode était à l'Espagne, publiait alors la Seconde partie de Don Quichotte et mourra l'année suivante.

19

Les personnages du drame (dans l'ordre de leur entrée en scène)

- Le R. P. Archange de Pembroke, commissaire pour la province de Paris de l'Ordre des capucins. - Le P. Claude d'Abbeville, capucin. - François de Razilly, chevalier de l'Ordre du Roi, lieutenant-général au Brésil pour le Roi de France. - François et Isaac de Razilly, frères du précédent. - Malherbe, poète à la Cour.

-

Itapoucou,

Indien,

dit Jacopo.

Jean Mocquet, garde du Cabinet des Singularités du Roi, aux Tuileries. Six ambassadeurs tupinambas. Louis XIII, roi de France. Marie de Médicis, mère du précédent, reine-régente. Anne de Conti, princesse.
au

- Daniel de La Touche, seigneur de La Ravardière, lieutenant-général
Brésil pour le Roi de France. Henri IV, roi de France. Jacques Riffault, capitaine français. Charles des Vaux, gentilhomme tourangeau. Maximilien de Béthune, duc de Sully, premier ministre. Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, financier. De Pézieux, gentilhomme dauphinois. Du Manoir, capitaine dieppois. Yves d'Evreux, prédicateur capucin. Momboré Ouassou, dignitaire tupinamba. David Migan, du Havre, interprète fameux. Diogo de Campos Moreno, adjudant-général du Brésil.

21

- Jerônimo de Albuquerque, capitaine-général lien» . -

portugais déjà « brési-

Juruparu Guassu, chef tupinamba. Du Pratz, capitaine français. Abraham, conseiller, secrétaire et greffier. Un espion français. Gaspar de Souza, gouverneur général du Brésil. Francisco de Frias, ingénieur militaire portugais. Thomas de Lastre, chirurgien parisien. Philippe III, roi d'Espagne et du Portugal. Alexandre de Moura, capitaine-général du Pernambouc. Francisco Caldeira de Castelo Branco, capitaine portugais. Don Diego de Acunha, gouverneur de Carthagène des Indes. Trente mille Tupinambas et des Tapouias, leurs ennemis. Cinq cents soldats, marins et colons français. Trois cents soldats et marins portugais.

22

I
LES AMBASSADEURS TUPINAMBAS A PARIS

Des hommes nus au Louvre
Le vendredi 12 avril 1613, une petite troupe se présente à l'entrée du faubourg Saint-Honoré où l'attendent quelque cent à cent vingt capucins des couvents de Paris ou de Meudon conduits par le R.P. Archange de Pembroke, commissaire pour la province de Paris, en l'absence du provincial parti pour Rome assister au Chapitre général de l'ordre. On forme une procession qui s'approche en chantant des portes du couvent « où se trouva un grand nombre de personnes de qualité qui rendaient hommage du contentement qu'elles avaient de notre sainte et heureuse conquête, étant toutes bien aises de voir ces pauvres sauvages revêtus de leur beau plumage, tenant leurs maracas à la main ». La foule est si dense que le cortège pénètre avec peine dans l'église, se faufilant entre les deux rangées des Pères qui les protègent, étant donné « le nombre de princesses, de dames et autres personnes de mérite qui s'étaient là trouvées ». On est obligé de se retirer à l'intérieur du couvent, mais le nombre de curieux augmentant sans cesse, le Roi fait lui-même placer des gardes à l'entrée du bâtiment. « Notre couvent n'était point nôtre, ajoute le P. Claude d'Abbeville, dont nous suivons ici le récit, mais semblait une halle où tout le monde affluait de plus de vingt lieues à la ronde. Si on désirait fermer les portes du couvent, on les rompait ou si on ne les rompait, on entendait des murmures jusqu'à nous dire des injures. Incontinent après notre arrivée, le Révérend Père Commissaire, accompagné du sieur de Razilly et de moi, conduit les susdits Indiens au Louvre où selon les anciennes cérémonies de France, ils firent hommage à notre roi très-chrétien, soumirent leur terre et leurs personnes à son sceptre. » C'est vraiment l'événement parisien de la semaine. Ce qu'on vient voir en foule, ce sont des hommes qui surgissent d'un monde inimagi23

nable, des sauvages vivant, parlant, chantant et dansant, c'est en un mot notre image inversée, l'exotisme appuyé sur un rêve politique. Ce qu'on ressent ces jours-là à Paris, ce n'est certes pas l'émerveillement du peintre Albert Durer visitant à Anvers un siècle plus tôt l'exposition des trésors rapportés du Mexique par le conquistador Fernand Cortez et écrivant dans son journal: « Et de toute ma vie je n'ai jamais rien vu qui m'ait plus réjoui le cœur que ces choses. Car j'ai vu là des œuvres d'un art singulier et j'ai été saisi d'admiration devant la subtile ingéniosité des hommes dans les pays étrangers. Et je ne sais comment m'exprimer sur les œuvres que j'ai vues là. » On est loin de ces trésors d'or et d'argent, mais c'est de ces hommes nus qu'on parle jusque dans les salons. Preuve en est la lettre que le poète Malherbe, familier de la reine et toujours curieux des derniers potins, envoya ce jour du 15 avril à son ami Peiresc. Si le courtisan ne peut partager l'éblouissement du peintre Durer, il n'est pas non plus emporté par l'émotion et l'enthousiasme du P. Claude, propagandiste ingénu:
« Aujourd'hui le sieur de Razilly, qui depuis quelques jours est de retour de l'île de Maragnan, a fait voir à la Reine six Toupinamboux qu'il a amenés de ce pays-là. En passant par Rouen, il les fit habiller à la française, car selon la coutume du pays, ils vont tout nus, hormis quelque haillon noir qu'ils mettent devant leurs parties honteuses: les femmes ne portent du tout rien. Ils ont dansé une espèce de branle sans se tenir par les mains et sans bouger d'une place; leurs violons étaient une courge comme celles dont les pèlerins se servent pour boire, et dedans il y avait quelque chose comme des clous ou des épingles. L'un deux en avait un, et leur truchement, qui est un Normand de Dieppe, en avait un autre. Je crois que ce butin ne fera pas grande envie à ceux qui n'y ont point été d'y aller. Leur langue doit être assez aisée, car M. de Razilly, qui n'y a été que six mois, se fait aucunement (en quelque sorte) entendre à eux et un des capucins qui y avait été avec le sieur de Razilly et est revenu avec lui, la semble encore mieux parler que lui. Ils disent que, comme nos gens furent arrivés en cette île, on leur présenta, et même à ces bons pères capucins, force filles pour se réjouir, s'ils l'eussent voulu faire, mais ils rejetèrent ces caresses fort loin.1 » Pendant cette cérémonie, l'Indien Itapoucou prononce une harangue dans sa langue, remerciant le Roi et le priant d'envoyer en Maragnan encore plus de prophètes et de grands guerriers, l'assure qu'eux-mêmes demeurent ses très humbles sujets et les fidèles amis de tous les Français. Le Roi, qui n'a que douze ans, visiblement ému, ordonne spontanément « de leur faire entendre qu'il les conserverait contre tous comme ses propres sujets» et la reine ajoute qu'elle leur enverra de nouveaux prophètes et « nombre de Français généreux pour les maintenir et les défendre» .

24