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DICTIONNAIRE DES VERBES TACHELHIT - FRANCAIS

De
240 pages
Le tachelhit est l'un des parler du berbère marocain. Parlé au sud-ouest du Maroc, il couvre une aire géographique assez vaste. Grâce aux moyens modernes : radio, télé, cassette, livre, théâtre, cinéma…le tacheliht connaît aujourd'hui un processus d'homogénéisation et d'unification linguistique. Dans le but de promouvoir un vocabulaire commun à l'ensemble du domaine tachelhit, le lexique retenu dans ce dictionnaire ne correspond pas à une forme locale particulière d'une région : c'est un tachelhit commun à plusieurs localités.
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DICTIONNAIRE
TACHELHIT
(parler berbère

DES VERBES

- FRANÇAIS
du sud du Maroc)

Tira

- Langues,

littératures et civilisations berbères

Collection dirigée par Kamal NaiY-Zerrad

Cette collection est consacrée aux études littéraires, linguistiques, didactiques et de civilisation berbères ainsi qu'à la littérature proprement dite (roman, théâtre...) qu'elle soit en berbère ou sous forme bilingue. Outre les publications originales, elle' remettra à la disposition des chercheurs et du grand public des ouvrages de première importance, aujourd'hui épuisés, sur l'histoire, la langue et la culture berbères. La collection contribuera ainsi non seulement à enrichir les études scientifiques par la publication de travaux de recherche, mais également à la diffusion d'une meilleure connaissance d'un monde berbère éclaté.

ABDALLAH EL MOUNTASSIR

DICTIONNAIRE DES VERBES
TACHELHIT - FRANÇAIS
(parler berbère du sud du Maroc)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino IT ALlE

<9L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-3577-0

lymmi A la mémoire de ma mère

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier vivement Abdallah Boumalk pour son aide si précieuse et qui a bien voulu relire les exemples berbères. Ma profonde reconnaissance à Michel Aufray pour sa lecture attentive de la traduction française et pour ses conseils et ses encouragements. Un grand merci à Driss Azdoud pour son aide efficace lors de la mise en page et la présentation matérielle de ce dictionnaire. J'adresse également toute ma reconnaissance à Marie-Claude Schéhadé, Gilles Delouche et Kamal Naït-Zerrad pour l'intérêt qu'ils ont porté à ce travail.

INTRODUCTION

L'AIRE GEOGRAPHIQUE

DU TACHELHIT

Le tachelhit est l'un des parlers du berbère marocain. Il existe, à côté du tachelhit, deux autres parlers berbères: le tamazight du Maroc central et le tari fit du Nord du pays. Le tachelhit, parlé au Sud-Ouest du Maroc, couvre une aire géographique assez vaste: de la partie occidentale du Haut-Atlas à la plaine du Souss, de l'Anti-Atlas à la zone présaharienne située au sud de cette chaîne de montagnes. D'un point de vue historique, la majorité des habitants de cette région sont des berbères d'origine Imsmoudn, une minorité est d'origine Iznagn. Cette aire géographique où l'on parle tachelhit est aujourd'hui l'une des plus importantes régions berbères du Maroc, si l'on considère le nonlbre des locuteurs berbères. La région du Souss a connu plusieurs conquêtes arabes à travers l'histoire. Lorsque les Arabes de Beni Hila! arrivèrent au Maroc au XIIe siècle, une partie d'entre eux, connue sous le nom d'Arabes de Beni Maâqual, se dirigea vers le Souss et s'implanta dans toute la région du sud au nord. Quelques communautés arabes subsistent dans la région, surtout dans les plaines. Il s'agit des populations de Ouled Berrhil et Ouled Taïma au Nord-Est de la plaine de Souss, Ayt Jerrar au nord des Ayt Baâmran, Ayt Jemel et Ayt Bella dans la région d'Aglmim. Mais l'assimilation berbère demeure forte dans toute la région.

Vers un tachelhit standard Le tachelhit présente quelques variations d'ordre phonétique et lexical d'une région à l'autre, mais, malgré ces variations locales, les locuteurs de différentes

10 localités du tachelhit se comprennent parfaitement bien. La variation linguistique est une réalité inévitable en berbère qui ne connaît pas encore de norme instituée. Depuis quelques années, avec les nombreuses associations culturelles berbères qui ont vu le jour et le développement de la presse écrite, on assiste à un processus de standardisation du tachelhit. En effet, grâce aux moyens modernes: radio, télé, cassette, livre, théâtre, cinéma..., le tachelhit connaît aujourd'hui un processus d'homogénéisation et d'unification linguistiques. Les villes et les grands centres

urbains de la zone tachelhit comme Agadir, Inezgane, Tiznit, Tata, ... contribuent
aussi à cette unification dans la mesure où s'y rencontrent des locuteurs Ichelhiyn originaires de régions différentes. Ainsi, dans le but de promouvoir un vocabulaire commun à l'ensemble du domaine tachelhit, le lexique retenu dans ce dictionnaire ne correspond pas à une forme locale particulière d'un village ou d'une région; c'est un tachelhit commun à plusieurs localités. Nous n'avons pas tenu compte ici des variations régionales afin de permettre aux usagers du dictionnaire d'accéder à la compréhension et à la pratique du tachelhit contemporain. D'autre part, nous précisons que nous avons évité d'introduire dans ce dictionnaire les néologismes dans la mesure où ces nouveaux termes ne sont utilisés, pour le moment, que par une catégorie restreinte de locuteurs, surtout la jeune génération des milieux urbains. Nous avons, toutefois, retenu quelques usages néologiques en procédant à la néologie sémantique: donner un sens nouveau à un terme déjà existant. (ex: sunfu "se reposer" d'où le sens de "être en congé"; asunfu "repos" > "congé")

Il

LE SYSTEME VERBAL TACHELHIT

Les thèmes verbaux Dans la grammaire traditionnelle berbère, on distingue quatre formes morphologiques du verbe ou "thèmes verbaux" : aoriste, aoriste intensif, prétérit positif et prétérit négatif. Exemple: flu "partir" aoriste: aoriste intensif: prétérit positif: prétérit négatif: flu fltu -fia -fii

L'emploi du prétérit négatif est conditionné par la présence d'une particule de négation ur "ne pas"- ou par les formes composées urta "pas encore", ur sul "plus", ur izu 'jamais", ur akkW "même pas" qui précèdent le verbe-, et par la marque de négation -i suffixée pour ce type de verbe: ur ifti "il n'est pas parti" Dans beaucoup de variétés locales du tachelhit, la forme en -i est facultative. Dans ce dictionnaire, cette forme en -i n'est pas notée. Nous gardons ainsi la forme: ur ifta "il n'est pas parti" Quant à l'aoriste, c'est le thème de base de toute forme verbale berbère, dépourvu de toute valeur aspectuelle en soi. Parfois, il peut exprimer une valeur temporelle, mais, il le fait avec l'aide des particules qui le précèdent. Ces particules sont: ra(d), ad. Lorsque l'une des particules est employée, le verbe qui suit est à la forme d'aoriste ou aoriste intensif, jamais au prétérit. Quand le verbe est à la forme d'aoriste, il situe le procès verbal dans le futur. Exemple: rad flufl 'je partirai" L'aoriste intensif est toujours précédé -sauf pour le cas de l'impératif- de la particule ar. (V. exemple ci-dessous) L'opposition inaccompli / accompli Le choix se fait entre l'aoriste intensif (AI) et le prétérit (P). Nous sommes là en présence de deux unités qui s'opposent. Et cette opposition ne recouvre pas une distinction de temps, mais une opposition aspectuelle.

12 L'AI a une valeur aspectuelle d'inaccompli qui peut revêtir, selon le contexte, la valeur d'un duratif ou d'un itératif (répétition du procès) : ar istta lfmad islman "Ahmed est en train de manger du poisson" ar istta lfmad islman id wass n-ssbt "Ahmed mange du poisson chaque samedi" Le P exprime un accompli; il envisage le procès comme achevé et défini:
issa lfmad isbnan yass-ad "Aujourd'hui, Ahmed a mangé du poisson"

Remarque: Certains verbes possèdent toujours une valeur d'inaccompli: qssa "rire", alla "pleurer", ttfa "bailler", etc. Il ressort de ce qui précède que le système verbal du tachelhit est un système aspectuel avec deux unités fondamentales: AI et P. Ces deux unités forment l'opposition inaccolnpli / accompli.

La dérivation verbale Toute forme verbale apparaît soit sous sa forme simple, soit sous sa forme dérivée. Le passage d'un verbe simple à un verbe dérivé s'effectue par l'adjonction de préfixes dérivationnels aux verbes simples. En berbère, nous avons trois formes verbales dérivées: le préfixe s- possède un sens actif ou factitif, le préfixe tt- un sens passif et le préfixe mm- un sens réciproque et parfois un sens passif. Ces préfixes peuvent avoir des réalisations différentes selon le voisinage phonique des verbes simples.
Ainsi le préfixe s-, peut se réaliser 88-, ~~-, ZZ-, ou 88-:

ask "venir" adn "avoir mal" zri "passer" isgin "être noir"

ssask "ajuster" ssadn "rendre malade" zzri "faire passer" ssisgin "noircir"

Le préfixe du passif tt- a pour variantes: tty-, tuwakwr "voler" (dérober) bdr "citer"

ttyakar "être volé" ttuwbdar "être cité"

13

Le préfixe mm- peut se réaliser: nn-, n- m-, mya- :
s11m"saluer" hukku "frotter" ssn "connaître" nsllm "se saluer" m/lukku "se frotter, marchander" myassan "se connaître"

Ces préfixes dérivationnels peuvent se combiner pour former une dérivation multiple: zr "voir" fsi "défaire" dssa "rire" ttmzr "être vu" snnfsi "dissiper" msadsa "se faire rire" [tt+mm+~r] [s+mm+fsi] [mm+s+qssa]

INDICES DE PERSONNE

Dans toute forme verbale, il y a association d'un indice de personne et d'un radical verbal. Un seul cas fait exception: c'est la forme verbale de l'impératif 2e personne du singulier où cette forme est réduite au radical verbal uniquement: fiu "pars!" L'indice de personne peut être préfixé et/ou suffixé au radical verbal: nfia "nous sommes partis" n- : indice de la première personne du pluriel, masculin ou féminin, -fia : radical verbal. fiant "elles sont parties" fia- : radical verbal, -nt: l'indice de la troisième personne du pluriel féminin tftit "tu es parti" Les indices de personne sont t-t et le radical -fii-. Le tableau suivant illustre le paradigme des indices de personne, le trait indique la position du radical verbal:

14

indice de personne singulier
1 pers. masc. 2 pers.masc. 3 pers.masc.

-ft / r / x
t-t i-

1 pers. fém.

-ft / r / x
t-t t-

2 pers. fém. 3 pers.fém.

pluriel
1 pers. masc. 2 pers.masc. 3 pers.masc.

nt-m -n

1 pers. fém.

2 pers.fém.
3 pers .fém.

nt-mt -nt

Ainsi l'indice de personne et le radical verbal ne peuvent apparaître séparément si on veut avoir un énoncé complet:

ifta "il est parti"
Si on veut préciser le référent de l'indice de personne i-, on ajoute à l'énoncé un nom, qui vient après le verbe. Cette fois-ci, il s'agit d'un élément facultatif: ifta'urgaz "l'homme est parti", (liti. il est parti l'homme) D'un point de vue sémantique, urgaz (état d'annexion de argaz) est un référent lexical de l'indice de personne i-. Ce référent lexical est marqué morphologiquement par l'état d'annexion, c'est-àdire, une variation formelle que subit la syllabe initiale de certains noms. Cet état d'annexion est l'une des spécificités de la morphologie nominale en berbère.

PRONOMS PERSONNELS

En berbère, on distingue deux types de pronoms personnels: autonomes et les pronoms affixes.

les pronoms

15 1) Pronoms personnels autonomes:
1 pers.masc. sing. 2 pers.masc.sing. 3 pers.masc.sing. 1 pers.masc. pl. 2 pers.masc.pl. 3 pers.masc. pl. nkki (moi) kiyyi (toi) nttalnttan (lui) nkknilnkkwni (nous) kWnni (vous) nttni (eux) 1 pers. fém. sing. 2 pers. fém.sing. 3 pers.fém.sing. 1 pers. fém. pl. 2 pers.fém.pl. 3 pers.fém.pl. nkki (moi) kmmi (toi) nttat (elle) nkkntilnkkWnti (lD.E) kWnninti (vous) nttnti (elles)

2) Pronoms personnels affixes Cette catégorie comprend les affixes du verbe avec la série directe et indirecte; les affixes de prépositions; les affixes de noms et les affixes de noms de parenté. a) Les affixes du verbe: En règle générale, les pronoms affixes directs et indirects viennent après le verbe:

zrih Brahim

zrih -t
f/d/l tasarut i-Brahim f/d/l-as tasarut

"j'ai vu Brahim" 'je l'ai vu" "j'ai donné la clé à Brahim" 'je lui ai donné la clé"

Ces pronoms peuvent être placés avant le verbe lorsque celui-ci est accompagné d'une particule de négation ou de futur, d'un pronom interrogatif ou lorsque le verbe est à la forme d'inaccompli :

ur-t zrih
rad-as ./k/l tasarut

is-t tzrit ? ar-t zrrah

'je ne l'ai pas vu" "je lui donnerai la clé" "est-ce que tu l'as vu ?" "je le vois"

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pron. directs pron. indirects -YY. -YY. -ak -am -as -as -al] / -ay -al] / -ay

1 masc.sing. 1 fém.sing. 2 masc.sing. 2 fém.sing. 3 masc.sing. 3 fém.sing. 1 masc.pI. 1 fém.pI. 2 masc.pI. 2 fém.pI. 3 masc.pI. 3 fém.pI.

-YY. -YY. -k -km

-t -tt -al] / -ay -al] / -ay _kwn -kWnt -tn -tot

-awn -awnt -asn -asnt

b) Pronoms affixes de prépositions
Ces pronoms se placent après les prépositions comme dar "chez" :

1 pers. masc. dar-i (chez moi)

2 pers. masc. 3 pers. masc.
1 pers. masc. 2 pers. masc. 3 pers. masc.

-k -s
-n)' -un -sn

Singulier 1 pers. fém. dar-i (chez moi) 2 pers. fém. -m 3 pers. fém. -s Pluriel 1 pers. fém. 2 pers. fém. 3 pers. fém.

-n)' -unt -snt

c) Les pronoms affixes de noms

Ces pronoms viennent toujours après le nom et sont introduits par la préposition n- "de" qui exprime l'idée d'appartenance et de possession: afus n-Brahim "la main de Brahim" -7 afus-ns "sa main" (liti. main de-lui)

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Singulier 1 pers.masc. afus-inu (ma main) 1 pers.fém. -inu 2 pers. masc. -nk 2 pers. fém. -nm 3 pers. masc. -ns 3 pers. fém. -ns
Pluriel 1 pers. fém. -nr 2 pers. fém. -nnunt 3 pers. fém. -nsnt

1 pers. masc. 2 pers. masc. 3 pers. masc.

-nr -nnun -nsn

d) Les pronoms affixes de noms de parenté

Comme les pronoms affixes de noms, les pronoms de noms de parenté viennent après ces derniers, mais ils ne sont jamais introduits par une préposition: iwi-s n-Brahim "le fils de Brahim" (litl. fils-lui de-Brahim) -7 iwi-s "son fils" Il convient de signaler que pour la première personne du singulier, il n'y a pas de pronom affixe correspondant: iwi "mon fils"

1 pers. masc. 2 pers. masc. -k 3 pers. masc. -s

Singulier 1 pers. fém. 2 pers. fém. -m 3 pers. fém. -s

1 pers. masc. -tnr 2 pers. masc. -tun 3 pers. masc. -tsn

Pluriel 1 pers. fém. -tnr 2 pers. fém. -tunt 3 pers. fém. -tsnt

18 PROPRIETES SYNTAXIQUES DES VERBES

Pour chaque verbe, nous essayons d'indiquer ses propriétés syntaxiques. Ainsi, chaque verbe peut avoir l'une des propriétés syntaxiques suivantes: a) Un verbe est dit transitif quand il admet une expansion objet: gru "ramasser" ar tgrru taydrin "elle ramasse des épis" Quand l'expansion objet est liée directement au verbe sans préposition, le verbe est dit transitif direct (tr.dir), et il est transitif indirect (tr.ind) quand l'expansion objet est précédée d'une préposition:
aw s "aider" ar ittaws i-gWma-s "il aide (à) son frère"

b) Un verbe est dit intransitif (intr) quand il exclut toute expansion objet:

azzl "courir" ar ittizzal "il court"

c) Certains verbes entrent dans une construction double (c.double). Ce sont des verbes qui présentent tout à la fois une construction transitive directe et une construction transitive indirecte: jk "donner" ifka tabratt i-Brahim "il a donné la lettre à Brahim" d) D'autres verbes entrent dans une construction dite neutre (c.neutre). Il s'agit des verbes qui, sans aucune modification formelle, peuvent fonctionner comme verbes transitifs, ou, comme verbes intransitifs: ggW "laver, être lavé" iggWa ufrux ssrwal-ns "l'enfant a lavé son pantalon" iggWassrwal "le pantalon est lavé"

19 Ceci dit, le concept de transitivité est fort complexe en berbère. C'est un domaine qui reste encore mal exploré. Pour beaucoup de verbes nous hésitons entre construction transitive et construction intransitive, ou, entre intransitif et transitif indirect. Rappelons aussi que les verbes transitifs et intransitifs, en tachelhit, ne forment pas deux classes différentes, c'est-à-dire que nous n'avons pas des verbes qui sont, soit toujours transitifs, soit toujours intransitifs. Mais un grand nombre de verbes oscillent entre les deux classes.

L'expansion d'objet direct Pour les verbes qui admettent une expansion objet direct, celle-ci peut être: . un nom: issa arrum "il a mangé du pain" . un pronom personnel: issa -t "il l'a mangé" . un pronom indéfini: issa kra "il a mangé quelque chose" . un numéral cardinal: issa snat "il en a mangé deux"
. un

démonstratif: issa xt-ad "il a mangé celle-ci"

Remarque Il ne faut pas confondre expansion objet et expansion autonome. Il s'agit de deux types différents d'expansions. Une expansion objet peut être remplacée par un pronom: issa tatffaftt "il a mangé une pomme" issa -tt "il l'a mangée" alors que c'est impossible pour une expansion autonome: ifta yass-ad "il est parti aujourd'hui" *ifta-t L'expansion autonome peut être située au début ou à la fin de l'énoncé: yura tabratt yass-ad "il a écrit la lettre aujourd'hui" yass-ad, yura tabratt "aujourd'hui, il a écrit la lettre"

20 L'objet peut être en tête de l'énoncé, mais il est toujours repris par le pronom personnel: tabratt, yura-tt yass-ad, "la lettre, il l'a écrite aujourd'hui"

L'expansion d'objet indirect Le problème qui se pose ici est de savoir si toutes les expansions introduites par une préposition assument la fonction d'objet indirect. Nous allons voir dans ce qui suit quelques prépositions qui introduisent la fonction d'objet indirect. Il s'agit des prépositions: i- "à" ;!- "sur" ; /1-"à" ; s- "avec". a) La préposition i- "à" La préposition i- a une valeur de datif. Nous pouvons avoir les deux expansions directe et indirecte dans un même énoncé. Dans ce cas nous avons deux possibilités:
issafcl tabratt i-gWma-s, ou, issafcl i-gWma-s tabratt "il a envoyé la lettre à son frère"

L'expansion indirecte peut être remplacée par un pronom, celui-ci vient alors toujours avant l'objet direct: issa/ci-as tabratt "il lui a envoyé la lettre" Si les deux expansions sont des pronoms, le pronom indirect se met avant le pronom direct: issafcl-as-tt "ilIa lui a envoyée" Dans les énoncés interrogatifs, c'est le pronom interrogatif mu qui remplace la préposition i :
ma mu'issaf4 tabratt ? "à qui a-t-il envoyé la lettre ?"

D'autres verbes, que nous considérons comme intransitifs, se construisent avec la même préposition, mais cette fois-ci, avec une valeur spatiale (préposition locative) : iddr i'udrar "il est allé à la montagne"

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b) La préposition f- "sur" La préposition f- "sur", qui se réalise flla- avec les pronoms, a un double emploi. Avec certains verbes, elle a une valeur spatiale: elle introduit un complément de lieu, c'est donc une préposition locative:
iskkus f-Ikursi "il s'est assis sur la chaise" (intr) iskkus flla-s "il s'est assis dessus"

Nous rencontrons cette préposition avec d'autres verbes:
itedda f-gWma-s "il fait souffrir son frère" (tr.ind)

Dans cet exemple, la prépositionf- a une valeur spécifique et s'emploie avec les verbes à construction transitive indirecte.

c) La préposition /l- "à" Nous considérons les verbes qui se construisent avec la préposition h- "à" comme transitifs indirects dans les énoncés suivants:
inzh h-limtihan "il a réussi son examen" . . . iksu4 /l-gWma-s "il a peur de son frère" ar ismuqqul /l-iwi-s "il regarde son fils"

La préposition /l- se réalise gi- avec les pronoms: iksuq gi-s "il a peur de lui" ar gi-s ismuqqul "il le regarde" Cette même préposition se construit avec d'autres verbes, mais avec une valeur spatiale: "dans", "être à" : ilia /l-tgmmi "il est à la maison" (intr)

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d) La préposition s- "à, vers, avec" Cette préposition, qui se réalise sr- devant un pronom, introduit deux types de foncti ons :

- une fonction instrumentale: "avec" ar-t ikkat s-ukuray "il le frappe avec un bâton" (tr.ind) ar-t sr-s ikkat "il le frappe avec" (tr.ind)
idda s-tmazirt "il est allé au pays" (intr) idda sr-s "il y est allé"

- une fonction

spatiale: "à" :

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MODE D'EMPLOI DU DICTIONNAIRE

Classement à l'intérieur d'un article Nous avons classé les verbes selon l'ordre alphabétique de leur thème d'aoriste. Ce dernier est la forme la plus simple du verbe. Le thème d'aoriste qui sert d'entrée est placé seul à l'écart près de la marge. Sous l'entrée sont donnés les thèmes verbaux: aoriste, aoriste intensif (inaccompli) et le prétérit (accompli) à la 3e personne du singulier. Cependant nous avons relevé dans notre corpus des verbes qui s'emploient uniquement à la forme de l'aoriste intensif et nous les avons classés selon ce thème: alla "pleurer" dssa "rire" ttfa "bailler" etc. Chaque thème est séparé de l'autre par un point virgule. A la ligne suivante viennent les acceptions sémantiques du verbe. Pour chaque verbe nous essayons de relever le maximum d'acceptions sémantiques possibles illustrées ensuite par des exemples qui sont introduits par le signe +. Ces exemples sont d'une importance majeure, car ils mettent en garde les usagers du dictionnaire contre les confusions de sens. Nous intégrons également dans ce dictionnaire des exemples figés par l'usage et des exemples littéraires. Il s'agit de proverbes (prov.), de devinettes (dev.), de contes, de chants, d'extraits de poésie et d'expressions: formules de politesse, de salutation et autres. Les proverbes et les devinettes sont suivis d'un numéro d'ordre (V. Annexe). Ce type d'exemples est considéré par les lexicographes comme des définitions culturelles qui complètent le sens. Quand un verbe possède plusieurs sens, nous classons ces derniers en partant du sens de base ou du plus fréquent au moins fréquent. Chaque exemple est suivi immédiatement, après une virgule, de sa traduction en français. Nous essayons dans la traduction proposée ici d'être le plus proche possible des énoncés de tachelhit. Pour certains énoncés, difficiles à rendre en français, nous donnons d'abord une traduction littérale entre guillemets et après le signe = une traduction libre. Par exemple, dans l'article awi qui signifie "emporter", nous avons retenu le proverbe suivant: aynnad yiwi wmadir awin-t waman, que nous traduisons d'abord de façon littérale puis par l'expression française qui s'en rapproche le plus: "ce que la houe apporte, l'eau l'emporte" = vivre au jour le jour. (prov. 129).

24 Comme le verbe simple, le verbe dérivé est placé seul près de la marge et précédé du morphème dérivationnel selon la forme qu'il possède: S-, tt-, mm- et la dérivation multiple. Puis viennent en dessous les thèmes, les sens et les exemples de la même manière citée ci-dessus pour la forme simple. Notre but est de présenter dans chaque article une unité sémantique cohérente. Ainsi, nous avons regroupé autour d'une entrée principale les dérivés qui sont étroitement liés à elle d'un point de vue morphologique et sémantique. Le regroupement des préfixes autour d'un verbe simple permet de comprendre le passage d'un verbe à un autre et de préciser les emplois différents de chacun. Ainsi à partir du verbe q,r "tomber", on obtient par préfixation de s- sq,r "pondre"; ou des séries comme: ddu "partir", ssudu "monter... ", mmudddu "voyager", etc.

Comparaison avec d'autres parlers berbères Une entrée figurant en tête d'un article peut être suivie parfois sur la même ligne de quelques références entre parenthèses. Celles-ci renvoient soit au Dictionnaire touareg-français de Ch. DE FOUCAULD, en quatre volumes, désigné ici par F : I. II. III. IV, suivi du numéro de la page, du mot et ensuite du sens de ce mot; soit à l'ouvrage de J.M. DALLET, Verbe kabyle, abrégé DVK suivi d'un numéro d'ordre, du mot et du sens; soit enfin du Dictionnaire mozabitefrançais de J.DELHEURE, désigné par DM, suivi du numéro de la page du dictionnaire en question, puis du mot et du sens. La mention de ces trois parlers est utile pour la comparaison interdialectale et les études dialectologiques berbères.