Dictionnaire étymologique des mots français venant de l'arabe, du turc et du persan

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Cet ouvrage fait le point sur l'influence des langues arabe, turque et perse sur la langue française, et "fixe" avec précision le sens de chaque mot afin de mieux comprendre l'histoire de sa propre culture, mais également celle des "autres". Il comprend aussi bien le vocabulaire "classique" d'origine principalement arabe que le vocabulaire populaire, celui de la colonisation comme celui des banlieues. Mais surtout il expose les relations complexes ayant uni quatre langues importantes dont l'Histoire fut et reste liée à celle de la Méditerranée, donc à la nôtre.
Publié le : mardi 1 mai 2007
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EAN13 : 9782336256993
Nombre de pages : 149
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Georges A. Bertrand

Dictionnaire étymologique des mots français venant de l'arabe, du turc et du persan

L'Harm.attan

du rnêLne auteur:

Gens de Travassac, photographies, Editions Ecritures, Brive-la-Gaillarde, 2001. TRACES, mémoires musulmanes en cœur de france, textes et photographies, Centre d' Art Roman, Issoire, 2001. Dotremont, un Lapon en Orient, Editions Didier Devillez, Bruxelles, 2005. Gaza, brisées d'empires, textes et photographies, chez l'auteur, 2007.

à Hossam ed-Din G.

reHlercie111ents
à tous ceux qui, au cours des années, m'ont aidé au-delà des dictionnaires et des ouvrages spécialisés, à écrire ce livre, par leurs conseils et remarques, leurs intuitions, parfois même, sans le savoir, dans leurs conversations, leurs écrits, par exemple à Alain Blottière, Marianne Blume, Rami Fayyad, Jean Ferreux, Sébastien Abdelmalik Joly, Ayse Eziler Kiran, Régis Leymarie, Nasser Nawajha et Dominique Thomas, à tous ceux rencontrés au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Turquie, en Egypte, en Palestine, en Israël, au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Irak, en Iran, au Koweït et au Sultanat d'Oman, aussi bien universitaires, étudiants qu' artistes, chauffeurs de taxi, commerçants ou bergers des montagnes, et qui, souvent, devinrent mes amis.

AVANT-PROPOS

C'est parce que le mot est mobile, parce qu'il chemine d'une chose à une autre, que l'intelligence devait tôt ou tard le prendre en chemin, alors qu'il n'était posé sur rien, pour l'appliquer à un objet qui n'est pas une chose et qui, dissimulé jusque-là, attendait le secours du mot pour passer de l'ombre à la lumière. Henri Bergson L'évolution créatrice.

L'exercice consistant à rechercher l'origine d'un mot est à la fois fascinant et quelque peu décourageant puisqu'il faut bien reconnaître que jamais on n'arrivera à trouver son origine première, nos connaissances ayant des limites, celles imposées, entre autres, par l'existence des textes. Mais savoir ou parfois imaginer comment un mot a voyagé est une aventure qui permet de mieux comprendre les cultures, les liens qu'elles ont tissés entre elles, et si 1'histoire et la géographie sont de précieuses alliées dans ce type de recherches, elles en sont en même temps les bénéficiaires, comme autant de preuves de la perpétuelle agitation des hommes à la surface de la Terre. Chaque langue, code et moyen de communication au sein des peuples, s'est toujours constituée, au cours des siècles, par la création de mots issus, plus ou moins transformés, de son propre passé et, simultanément, par l'emprunt dans les langues des autres peuples de vocables désignant ce qui n'existait pas encore ou existait autrement chez soi. Et cet emprunt a pu être le résultat d'un long cheminement aussi bien dans le temps que dans l'espace comme celui d'une démarche plus ou moins autoritaire, imposée par une loi ou une conquête, conquête de son propre territoire comme celui de voisins plus ou moins proches. Et chaque langue s'est ainsi enrichie et s'enrichit toujours de ce qu'elle a trouvé « ailleurs ».

Chacun sait combien la langue française est le résultat d'une foultitude d'influences, que le latin en est plus ou moins l'origine, et qu'encore aujourd'hui, en ce début de XXIe s., on peste ou on applaudit à l'entrée de mots nouveaux ou crus tels venus de l'anglais. Chacun sait également que la langue arabe a sa part dans la constitution actuelle de notre langue, que ceci n'est qu'une des conséquences de I'histoire de la MéditeITanée où, depuis bientôt quatorze siècles, les peuples qui la bordent se parlent et entrecroisent leurs destins. Il ne faudrait d'ailleurs pas évoquer la langue arabe, mais plutôt les langues arabes puisque à côté de la langue dite « classique» existe nombre de dialectes qui auront leur part dans la constitution du vocabulaire français, dialectes ayant été eux-mêmes soumis à de multiples influences. C'est pourquoi, plutôt que de se limiter à l'apport arabe, il nous a paru plus logique d'étendre notre recherche à un ensemble de pays aujourd'hui musulmans et ce pour trois raisons essentielles: les mots arabes venus enrichir notre langue sont souvent venus d'autres contrées devenues musulmanes à la suite des conquêtes du début de l'Islam, les dialectes arabes sont marqués par les langues des peuples avec qui ils ont été en contact, et enfin la longue présence ottomane en telTe arabe a imposé de fait un certain vocabulaire que la colonisation française a ensuite importé. La langue arabe a été et est encore tout autant «productrice» de vocabulaire que « passeuse» du vocabulaire des peuples que le monde arabe a conquis, croisés, dont il a étudié la culture. Ainsi un mot français peut-il être issu directement de l'arabe ou bien, indirectement, par plusieurs intennédiaires, ou bien encore venir d'autres langues, l'arabe étant alors l'intennédiaire. L'ensemble de ce vocabulaire sera à classer en trois catégories bien distinctes: 1 des mots français ont été empruntés au monde musulman par l'intermédiaire de la mer MéditelTanée, l'Espagne et l'Italie ayant servi, dans un premier temps, à l'époque où l'empire musulman y était établi, d'intennédiaire privilégié. Avec l'établissement des Etats francs en TetTe Sainte, et leur contact avec une culture aussi bien arabe qu'ottomane, de nouveaux emprunts seront effectués. L'acquisition de ce vocabulaire « méditelTanéen» est souvent la conséquence de l'avance scientifique et technique indéniable du monde musulman au cours de notre Moyen-Age et de son rayonnement sur l'Europe et la France en particulier. Ces mots, appartenant au vocabulaire de l'astronomie, de la chimie (et de I' alchimie), de la botanique comme de la zoologie, de la médecine comme de la mathématique ou de la marine, et introduits en France par l'intennédiaire des

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relations aussi bien militaires, culturelles que commerciales tout autour de la Méditen-anée, se sont transfonnés peu à peu au cours des siècles, ont perdu leur «arabité» pour devenir «français », tout comme les emprunts artistiques arabo-musulmans qui décorent nos églises romanes devenus éléments occidentaux chrétiens. 2 .. des mots populaires ont été rapportés lors de la colonisation de l'Afrique du Nord au XIxe s., par les soldats, et, diffusés ensuite panni la population, sont souvent devenus argotiques ou vulgaires. S'y ajoutent les mots d'arabe dialectal maghrébin «francisés» et utilisés aujourd'hui dans les banlieues par les Français d'origine maghrébine ou non utilisant ce vocabulaire, un peu à la manière de l'argot parisien ancien, comme éléments du code d'une communauté et déchiffrables uniquement par ses membres. 3 .. des mots, enfin, appartenant au monde musuhnan sont transcrits tels quels dans notre vocabulaire et désignent des réalités matérielles, culturelles ou spirituelles inconnues de notre langue. Ce seront les mots concernant la religion musulmane (idéologie et pratiques) et, depuis le dernier quart du siècle dernier, tout le vocabulaire lié à l'actualité politique du Maghreb puis du Proche et du Moyen-Orient. Il est intéressant de noter que ces trois séries d'emprunts se succéderont grosso modo dans le temps, témoignage de l'évolution aussi bien des rapports « civilisationnels» entre le monde arabo-musulman et le monde occidental au cours de l'Histoire, que du regard porté sur l'autre, de l'image qu'on se crée de l'autre. Ainsi, fort schématiquement, dans un prelnier temps, l'apport sera-t-il scientifique au sens large: on apprend de l'autre en mathématique, en chimie, en botanique, en médecine, etc., puis on le moque ou le méprise pendant la colonisation, avant de le diaboliser aujourd'hui. Qu'on ne cherche pas dans cet ouvrage une résolution de tous les problèmes étymologiques liés aux apports de l'arabe au français pour l'unique raison que l'exercice de la parole est une activité exclusivement humaine et comme toute œuvre humaine objet de doute, d'intelTogation, de mystère. Au cours des recherches dont ce livre est le fruit, combien de fois n' a-t-il pas en effet été remarqué que des mots avaient effectué des allers et retours entre plusieurs langues, que tel mot « venu» de l'arabe était en fait un mot français « transfonné » et à nous rendu! Combien de fois a-t-il fallu se rendre à l'évidence que, justement, il n'y avait pas d'évidence dans la paternité de tel ou tel mot! Il faut également se demander: «où s'arrêter? », car chaque mot venant du monde musuhnan venait lui aussi d'ailleurs, avant... Et également Il

ne pas oublier la part d'arabe ancien dans les héritages grec et latin du français, les possessions des empires grec et romain s'étant étendues, et largement, dans un monde aujourd'hui musuhnan, tout comme la part de grec (mais cela est plus connu) dans la langue arabe savante des débuts de la civilisation musuhnane. Les notules ont été volontairement « débarrassées» de presque tous les intermédiaires datés allant du mot arabe ou turc ou persan (même berbère parfois) au mot français afm de rendre la lecture plus lisible, en n'indiquant également que la date d'apparition du mot dans sa graphie actuelle. C'est dans le même but qu'a été adoptée une graphie «ordinaire» pour la transcription des mots étrangers, celle se rapprochant au mieux de notre prononciation et de nos usages. Ont enfm été omis les noms communs tirés de noms propres, comme ceux des dynasties musuhnanes, ainsi que le vocabulaire arabe très spécifique qu'on trouve dans les ouvrages traitant notamment de religion ou de philosophie. Par contre, sont présents les noms communs français tirés de noms de villes ou de lieux du monde musuhnan. Cet ouvrage est un essai, imparfait et inachevé, de mise au clair des connaissances actuelles sur une partie de l'histoire des mots de notre langue. Il se veut également un exercice dépassant la linguistique et la lexicologie pour atteindre l'essentiel: l'universalité des relations humaines, au-delà de toute contingence, il se veut une nouvelle démonstration de l'évidente diversité des hommes ainsi que leur tout aussi évidente unité.

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A

c ABRICOT
n. m. est emprunt indirect (XVIe s.) à l'arabe al-barqûq, lui-même venu du latin par l'intennédiaire du grec. Originaire de Chine, l'abricot est apparu en Syrie au commencement de notre ère. Les OTecs l'avaient appelé armeniakon, «fruit d'Arménie », parce que l'Arménie semblait être sa provenance immédiate. Pline, lui, va le nommer pruna armeniaca «prune d'A011énie », mais c'est praecoquum, « fiuit précoce}} qui passera en grec tardif sous la fonne praekokion, en raison de sa maturation en fin de printemps. C'est ce dernier mot qui a été adopté par les Arabes, qui, après avoir découvert le fruit chez les habitants des provinces byzantines conquises, le cultivèrent abondamment, principalement en Andalousie et en Sicile. Et c'est le mot arabe al-barqûq qui a été adopté dans la péninsule ibérique, sous la fonne albaricoque, pour désigner ce fruit à noyau, à chair et peau jaune orangé. a ADOBE n. m. est un emprunt (1868, chez Jules Verne) à l'espagnol adobe, « brique d'argile cuite au soleil », lui-même emprunté par l'intermédiaire de l'arabe a!-lûb (pluriel de al-tûba), de l'égyptien ancien tobé de même sens. Suite aux conquêtes espagnoles en Amérique, le mot s'est plutôt employé à propos de l'architecture en tetTe amérindienne du sud des Etats-Unis avant d'être récupéré par les soldats de Napoléon III à la suite de l'aventure mexicaine de la France. TIdésigne une construction faite de briques constituées d'argile et d'un peu de paille.

c AFRITE n. m. est emprunté (1717) à l'arabe classique ifrit qui désigne dans le Coran des délTIOnSmalfaisants de la catégorie des djinns. C'est Antoine Galland qui, au début du x:vnr s., a employé ce terme dans sa traduction des Mille et Une Nuits. Le mot, en arabe, désigne aujourd'hui et communément les fantômes, et n'est utilisé en français que dans un contexte arabe, surtout dans le domaine des contes et autres histoires merveil1euses. c AGA ou AGHA n. m. est un emprunt (1535) au turc aga «homme important à la campagne» et désigne un officier à la cour des sultans de Turquie. Aujourd'hui le mot est presque exclusivement employé pour désigner le chef spirituel de la secte des Ismaéliens: l'Aga Khan.

cAHCHOUMA
n. f. vient de l'arabe maghrébin hachima «honte, pudeur », et a gardé le même sens en français dit des cités panni la population d'origine maghrébine et leur entourage (vers 1995). c AHNAYCH n. m. vient de l'arabe dialectal marocain anhoch « serpent» et a deux sens en français: le premier, issu de la communauté maghrébine immigrée (vers 1950), est « serpent» pour désigner certaines femmes arabes (ou autres) à langue dite « de vipère» ; le second, venu de leurs enfants (vers 1990) et répandu dans les banlieues, désigne le policier parce que, comme le serpent, il siffle...

cAÏD
n. m. vient de l'arabe aid «fête» et s'emploie depuis la colonisation française pour désigner, d'abord en Afrique du Nord puis d811S l'el1semble du monde musulman, les deux fêtes les plus importantes de la religion musulmane: l'Aïd el-Fitr « fête de la lupture », à la fuI du mois de ramadan, et l'Aia el-Adha «fête du sacrifice », à la fm du pèlerinage, en souvenir d'Abraham acceptant de sacrifier son fils : Isaac selon la Bible, Ismaël, son demi-frère, selon la tradition musulmane. [voir bairam] c ALAMBIC n. m. vient de l'arabe al-anbiq «chapiteau de la cornue» par l'intennédiaire du latin médiéval. Le mot, emprunté au grec tardif ambix «vase» désigne un appareil en forme de vase et setVant à la distillation dès le XIIIe s.

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c ALBACORE n. m. est emprunté (1535) à l'hispano-américain albacora, lui-même de l'arabe marocain bakûra «jeune thon », de l'arabe bâkûr «précoce », par l'intennédiaire de l'espagnol. Le mot désigne un poisson de grande taille également appelé « thon blanc }}.

a ALBATROS
n. ffi. est emprunté (1666) tout d'abord sous la forme alcatras au portugais et à l'espagnol alcatraz, eux-mêmes, semble-t-il, de l'arabe al-gattâs « l'aigle marin» ou bien à al-qadus «le seau d'eau sur une noria» puis «porteur d'eau », d'où «sorte de pélican» car ce dernier transporte l'eau dans la poche de son bec. En espagnol, le nom est attesté dès le XIV s., ce qui exclut une origine américaine. En anglais, le mot s'est modifié en algatross, puis en albatros, le -g- étant devenu -b- sous l'influence du latin albus « blanc». C'est ce mot que reviendra en français sous sa forme actuelle, désignant un pélican d'Amérique, puis, à la suite des conquêtes portugaises dans l'océan Indien, un grand oiseau de ces contrées. [voir alcatraz] CIALBERGE n. f est probablement emprunté (1546) à l'espagnol alberchiga lui-même du même mot mozarabe venu du latin persica «pêche» auquel a été ajouté l'article arabe al. Il désigne un petit fruit, voisin de la pêche et de l'abricot, fruit de l'albergier. c ALCADE n. m. est un emprunt médiéval (1323) à l'espagnol alcalde, lui-même emprunté à l'arabe al-qâdi « le juge », du verbe qada « accomplir, juger », et est surtout employé pour désigner un magistrat espagnol exerçant diverses fonctions municipales. [voir cadi, caïd, laquais]
CI ALCALI

n. m. est emprunté (1363) à l'arabe al-qalayi «la potasse, la soude» par l'intennédiaire du latin médiéval alkali. TI désigne la cendre de plantes marines de la famille des Chénopodiacées et la soude qu'on en tire. Par analogie, le mot s'applique aux sels basiques, dont l'ammoniaque, produits par certains métaux dits alcalins. [voir soude]

c ALCANCIE n. f. est emprunté à l'espagnol alcancia (début XVIr s.) au sens de « sorte de tirelire », lui-même de l'arabe al khanz «le trésor (caché) », et désigne
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une boule de teITe creuse contenant des cendres ou des pétales de fleurs qu'on jetait sur la foule lors de fêtes au Moyen-Âge. a ALCARAZAS n. m. est un emprunt (1798) à l'espagnol alcarraza, lui-même emprunté à l'arabe al-kurrâz «la jatTe». Le mot désigne la cruche à goulot étroit de terre poreuse encore utilisée en Egypte et qui conserve l'eau au frais par évaporation. c ALCATRAZ (E) n. m. vient (1556) de l'arabe al-ghattâs «le grèbe », littéralement «le plongeur» par l'intermédiaire du portugais a/catraz (1556) et désigne IDle sorte de cormoran. [voir albatros] a ALCA VALE n. ID. est emprunté au x:rxe s. à l'espagnol a/cavala «impôt payé par le vendeur lors d'un contrat de vente », lui-même de l'arabe al-qabâla «l'impôt, l'adjudication », de la racine q-b-/ «recevoir ». Le mot est employé avec le même sens en français. c ALCAZAR n. ID. est un emprunt à l'espagnol alcazar (1069), lui-même pris à l'arabe alqasr « la forteresse », issu du latin castrum «château, forteresse ». Le mot désigne le palais fortifié des musulmans d'Espagne (comme à Tolède) et a été appliqué au x:rxe s. à des établissements décorés dans le style dit mauresque, et également comme nom propre de ces lieux. [voir ksar] c ALCHIMIE n. f. vient du latin médiéval alchemia (milieu Xllc s.), lui-même de l'arabe al-lâmiyâ, mot désignant la pieITe philosophale et passé au XIne s. à l'espagnol et au catalan. Le mot arabe, quant à lui, pourrait venir soit du grec tardif khêmia «magie noire », lui-même issu du copte chame «noir» (et servant parfois à désigner les Egyptiens anciens à la so1ide tradition alchimiste), soit du grec khumeia «mélange », dérivé de khumos «jus », ou bien encore d'un autre mot arabe, le verbe kamma «tenir secret, couvrir, envelopper ». fi est possible également que le mot provienne de l'hébreu chemech, un des noms du soleil, ou de l'arabe chems (nom d'une divinité assyrienne du soleil), le soleil ayant la couleur de l'or. Etymologie mystérieuse donc, à l'image de cette activité ésotérique consistant à rechercher la transmutation des métaux., la pierre philosophale. [voir chimie]

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D

ALCOOL

n. m., attesté au xvr s. sous la forme alcohol (1586, A. Paré), est emprunté à l'arabe al-kuhul «la poudre d'antimoine », littéralement «le plus raffmé », du verbe kahala « enduire les paupières de kohl », et désigne tout d'abord une poudre, à base de stibine, obtenue par trituration et sublimation. Le changement de sens est dû à Paracelse qui passa une grande partie de sa vie à reconstituer l'ensemble de la philosophie aristotélicienne d'après les travaux des Arabes et des Juifs. En 1526, par analogie, il nomme vini alcohol 1'« esprit» du vin, obtenu par sublimation. Le sens actuel de «liquide obtenu par la distillation du vin et de jus sucrés fennentés» est exclusif
depuis le

x:or

s. [voir alqui/oux,

khôlj

D ALCORAN [voir coran] D ALCÔVE n. f est passé de l'arabe al-qubba «la coupole» au français (1646) par l'intermédiaire de l'espagnol a/coha. Le mot a tout d'abord signifié «petite chambre contiguë à une grande pièce» avant de désigner le renfoncement d'une chambre où l'on place le lit. [voir koubba] c ALDÉE n. f vient (1598) de l'arabe al-day'a «village, hameau », et désignait un petit village dans la péninsule ibérique ainsi qu'un village autochtone dans les possessions européennes, colonies, protectorats ou comptoirs, en Palestine et aux Indes principalement. D ALÉPINE n. f vient (1819) de Alep, ville de Syrie, et désigne un tissu à la chaîne de soie et à la trame de laine que 1'011 trouvait dans cette ville. J:tALEZAN, ANE adj. est emprunté (1280) à l'espagnol alazan «brun rougeâtre (à propos de la robe d'un cheval) », lui-même de l'arabe az'ar « blond, roux» ou bien de l'arabe 'ashab «roux, fauve» désignant la robe d'un cheval ou d'un chameau. D ALFA n. m. vient de l'arabe halfâ, par l'intermédiaire du provençal elfa (XIVe s.), et est apparu sous la forme auffe avant de revenir au x:or s. sous sa forme

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actuelle en raison de la commercialisation du produit suite à la conquête de l'Algérie. Le mot désigne une graminée méditerranéenne, très présente sur les Hauts-Plateaux algériens (région de Djelfa), et dont les feuilles longues et fines sont utilisées en artisanat pour la fabrication de nattes, panières et couffms. a ALFANGE n. f. est emprunté (1664) à l'espagnol alfange, lui-même de l'arabe alkhandjar «sabre, poignard ». Le mot désigne un cimeterre à pointe recourbée et portée sur le ventre dans un étui tenu par une ceinture. [voir kandjar] c ALFAQUI n. m. est emprunté (1752) à l'espagnol alfaqui «docteur de la loi musulmane », lui-même de l'arabe al-faqir de même sens. Le mot désigne un théologien, spécialiste de la loi musulmane. [voir/akir] a ALFIZ n. m. vient (XIIe s.), par l'espagnol alfiz, de l'arabe al facha, désignant, dans l'art musulman puis mozarabe, la frise carrée ou rectangulaire encadrant la partie supérieure d'une arcade. Cet ornement se retrouvera sur les façades de quelques bâtiments civils et églises romanes de France. a ALGARADE n. f est un emprunt (v. 1500) à l'espagnol algarada « incursion brusque », dérivé de algara « bande année» ou bien de algarear « crier, pousser des hurlements », tous deux empruntés à l'arabe al ghâra «attaque à main année », «incursion de troupe à cheval », ou bien à l'arabe gharida qui signifie certes « chanter en parlant d'un oiseau» en arabe classique, mais également « crier, hurler» en arabe maghrébin. Les Maures ayant l'habitude de pousser des cris et des hurlements lors du lancement de leurs attaques, on peut imaginer un croisement de ces deux mots en espagnol, puis en français. Le mot signifie d'abord « attaque brusque» au xvr s., puis « sortie verbale inattendue, querelle soudaine». a ALGAROBILLE n.m. est emprunté (1845) à l'espagnol algorabili « gousse d'une espèce de caroubier du Chili et de l'Argentine». Ce nom de plante est dérivé de l'arabe al-kharrnba de même sens et désigne un arbuste dont on broie les fruits pour traiter les peaux et teindre les lainages. [voir caroube]

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