//img.uscri.be/pth/39912df5353829452481e9897a23e17d7739a6b1
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Dictionnaire vili-français

De
185 pages
Dans la région du Kouilou, sur la bande côtière du Congo-Brazzaville, vit une communauté qui, avec d'autres, a attaché son nom à l'ancien Royaume de Loango : les Vili. A l'instar de la grande majorité des langues africaines, le Vili a un statut de langue orale, d'où l'intérêt de ce dictionnaire vili-français qui tente de "fixer" l'état actuel du vocabulaire vili, rendant ainsi compte de la richesse de cette langue et contribuant par là à en assurer la présence au monde.
Voir plus Voir moins

Dictionnaire vili-français
MPISUKULU BI KUM’ BI TSHI VILI KU TSHI MPUTU

FRANÇOIS SOUMBOU

Dictionnaire vili-français
MPISUKULU BI KUM’ BI TSHI VILI KU TSHI MPUTU

INSTUTUT DES LANGUES LOCALES AU KOUILOU I.LA.LO.K TSHI SINUNU TSHI SI MBEMBU SI KWILU

L’HARMATTAN

A notre collègue Blaise Gabriel MAKOSSO, membre du groupe, que la mort nous a arraché trop tôt, l’empêchant ainsi de voir aboutir le fruit d’un travail auquel il était très attaché. A Simäo MAMBOMA qui est rentré depuis dans son pays, le Cabinda : le travail que tu as commencé avec nous a finalement abouti. Il te revient à présent d’initier le dictionnaire kotckiportugais. A nos épouses et à nos enfants, qui nous ont si aimablement encouragés, aidés et soutenus, chacune et chacun à sa manière, dans l’accomplissement de cette œuvre. A Jean DELLO, à Gervais LOEMBE, l’auteur de « parlons vili », à René MAVOUNGOU PAMBOU, l’auteur de « Proverbes et dictons du Loango en Afrique Centrale », et à bien d’autres encore pour les efforts déployés en vue de la promotion des langues de notre terroir. Puisse le présent ouvrage nous amener tous à adopter désormais une orthographe commune aux mots de la langue vili. Aux générations actuelles et futures, pour qu’elles sachent que leur langue est très belle et d’une richesse inestimable, afin qu’elles soient fières de l’utiliser, affirmant ainsi notre identité.

Présentation
Le présent dictionnaire vili-français comprenant 4007 mots est le fruit d’un patient travail mené depuis le mois d’avril 2002 par un groupe de cadres à la retraite, désireux d’occuper leur temps à la réflexion sur la revalorisation des langues de leur terroir, aujourd’hui sacrifiées sur l’autel du modernisme par les nouvelles générations, ce qui affecte le mode de pensée de tout un peuple qui n’a plus d’autre réaction que la négation de soi, la perte de son patrimoine culturel ne lui permettant plus de se situer dans le monde, d’où la difficulté à imaginer et à agir. Ce travail s’est fait dans le cadre de l’Institut des Langues Locales au Kouilou, en abrégé ILALOK qui prône justement l’enseignement de ces langues pour permettre la réhabilitation du patrimoine culturel ainsi dévalorisé.

ONT COLLABORE A LA REALISATION DE CET OUVRAGE : Direction : - Joseph TCHIAMAS, Professeur de lycée technique, ancien Censeur, ancien Conseiller municipal, Président de l’ILALOK, Lauréat en 2002 du prix UNESCO Pierre-Tchicaya-De-Boaempire pour la promotion des langues maternelles, Dignitaire du royaume de Loango - Alphonse BAYONNE, Administrateur civil et des affaires maritimes, ancien Directeur Général de la Marine marchande congolaise, fondateur et Président honoraire de l’ILALOK

Rédacteurs : - Joseph TCHIAMAS - François SOUMBOU - Gabriel Blaise MAKOSSO, Instituteur Principal - Alexandre MAKOSSO, Instituteur Principal, Secrétaire Général de l’ILALOK - Joseph SIAMA, comptable - Simäo MAMBOMA, linguiste Cabindais - Jean-Paul Serge PANGOU, Administrateur des SAF, promoteur d’école privée Consultants : - Théodore TCHIZIMBILA VIODHO, Inspecteur des chemins de fer retraité - Armand MOUNTOU, Inspecteur des Postes et Télécommunications retraité - Germain MBATCHI, Comptable de société retraité - Marcel POATY, Professeur de Lettres, Conseiller socio-culturel du Député-Maire de la Ville de Pointe-Noire Coordination, correction, composition, mise en ordre alphabétique, saisie ordinateur : François SOUMBOU, Ingénieur des Eaux et Forêts et du Bois, ancien Député, ancien Sous Préfet, ancien Directeur Général d’entreprises, Animateur Culturel, Président du Touring Club du Congo, Section de Pointe-Noire, Vice-Président de l’ILALOK, Lauréat en 2003 du prix UNESCO Pierre-Tchicaya-De-Boaempire pour la promotion des langues maternelles Couverture : Mwänz’ (hangar où la famille se réunit le soir, au village, pour des causeries, avant d’aller se coucher) : Joseph TCHIAMAS Fabrication : Editions l’Harmattan 5-7-, rue de l’Ecole Polytechnique 75005 Paris, France.

10

L’introduction est de Marcel POATY, Professeur de Lettres, que nous remercions très vivement pour l’accueil favorable qu’il a bien voulu réserver à notre demande de rédiger celle-ci. Nos remerciements vont aussi : A Madame Aimée Mambou GNALI, Professeur de Lettres, ancienne Député, ancienne Directrice Générale de l’enseignement, ancienne Ministre de la Culture et des Arts, à François TCHICHELLE, Ecrivain, ancien Ministre du tourisme et de l’environnement, ancien Préfet du Kouilou, à Georges SOUMBOU-TCHICAYA, Magistrat, Juge à la Cour Suprême, et à Jean-Jacques SOUMBOU, Colonel de marine marchande pour leurs encouragements incessants à notre endroit dans la réalisation de ce dictionnaire qui attend de s’enrichir davantage par les commentaires, les critiques et les observations de ses lecteurs. A Agathe MPADOU, à Jean NOMBO, à Aurélie MAKOSSO TCHITOULA, à Léon Blaise TATY, à Paul Blaise MBA, à Jean Benoît MISSAMOU-MBOUITY, et à bien d’autres encore pour leurs précisions concernant les définitions de certains mots et expressions. Beaucoup reste à faire dans ce domaine. C’est pourquoi nous, auteurs de la présente parution, dont c’est la première édition, en appelons à toutes les compétences afin qu’elles apportent leur pierre à la construction de cet édifice commun à la faveur duquel on espère réveiller les consciences qui se sont endormies sans la moindre réaction face à ce qui pourrait représenter une menace pour l’existence de la communauté d’origine. La mémoire humaine a ceci d’essentiel qu’elle permet de faire des incursions dans le passé en exhumant des repères sans lesquels le futur manquerait d’assise : il est donc temps de réagir.

Pointe-Noire, le 17 avril 2006 François SOUMBOU 11

Introduction

Rédiger un dictionnaire vili-français en ce début du XXIe siècle c’est, dans une certaine mesure, faire un état des lieux de cette langue, le vili, qui est parlée dans la région côtière du CongoBrazzaville. Et c’est en cela que l’entreprise à laquelle se sont livrés les auteurs de cet ouvrage s’avère à la fois ambitieuse et salutaire. Ambitieuse car elle revient, pour ainsi dire, à arpenter le vili dans ce qui constitue sa substance linguistique, à dégager son identité de langue. Salutaire en ce que cette tentative, qui est l’une des toutes premières du genre, contribue à faire sortir le vili de son statut de langue orale, que la plupart des langues africaines ont en partage, pour l’installer dans la « modernité », dans la modernité culturelle. Et, en tant qu’il relève de l’écrit, un dictionnaire permet d’assigner des limites, fussent-elles provisoires, à une langue donnée, de la rendre plus homogène pour ses locuteurs qui désormais pourront s’y référer pour l’emploi de tel mot ou de telle expression, et qui découvriront la richesse insoupçonnée jusque-là de leur principal outil de communication. En l’occurrence, cette « découverte » se fera à travers une langue, le français, dans lequel ont été traduits les mots et expressions vili qui constituent ce dictionnaire. Ce choix de la langue française pour « porter » le vili tombe sous le sens puisque celle-ci est, du fait de l’histoire, la langue officielle du Congo. Le français était donc tout Indiqué pour servir de véhicule au vili à cette occasion. Le passage d’une langue à une autre pose souvent de redoutables problèmes puisque, ainsi que l’a dit le linguistique André Martinet dans ses Eléments de Linguistique Générale

(éditions Armand Colin) : « …à chaque langue correspond une organisation particulière des données de l’expérience. Apprendre une autre langue, ce n’est pas mettre de nouvelles étiquettes sur des objets connus, mais s’habituer à analyser autrement ce qui fait l’objet de communications linguistiques ». Pour cette raison, « les mots d’une langue n’ont pas d’équivalents exacts dans une autre ». C’est dire que le vili, à l’instar des autres langues, rend compte à sa manière de l’expérience humaine. D’où les fréquentes périphrases auxquelles ont recouru les auteurs de ce dictionnaire dans les définitions qu’ils donnent en français des mots et expressions vili dont beaucoup concernent des réalités spécifiquement locales. La traduction est donc un exercice qui ne va pas de soi puisqu’il suppose de notables efforts pour effectuer ces transferts d’une forme (la langue de départ) à une autre (la langue d’accueil). Le résultat d’une telle entreprise n’est pas toujours assuré. Au moins doit-on reconnaître aux auteurs de cet ouvrage d’avoir eu en permanence la préoccupation de tenter de se rapprocher le plus possible de l’expression française la plus appropriée pour dire le vocabulaire vili. En tout état de cause, nombre de définitions contenues dans ce dictionnaire pourront être affinées par la suite, entre autres, nous l’espérons, grâce aux contributions de ses futurs lecteurs. L’apport de ceux-ci est également attendu, s’agissant des mots et expressions vili qui ont échappé aux rédacteurs du dictionnaire, lesquels n’ont certes pas la prétention d’avoir fait un travail exhaustif de ce point de vue. Comme toute langue vivante, le vili fait des emprunts aux autres langues avec lesquelles il entre en contact. C’est notamment le cas du portugais et du français qui ont croisé la route de la langue vili pour des raisons historiques que l’on sait. Naturellement, ces emprunts du vili à d’autres langues se plient obligatoirement à son système de sons. C’est ce qui nous vaut des mots tels que ngeyëfu, en français goyave, lu ngösu, en français le commerce, le négoce, walmädu, en français l’armoire, mës’ : la

14

table, en portugais mesa, m’ ntek’ : le beurre, en portugais manteiga, etc. Cela bien entendu, sans préjudice des emprunts aux langues locales qui, eux, sont cependant moins faciles à déceler que ceux faits aux langues européennes : la grande proximité linguistique entre le vili et les langues de son environnement géographique explique en bonne partie que ces emprunts là ne soient pas aisément reconnaissables. Le principal moyen utilisé par une langue pour ne pas créer sans cesse des formes nouvelles est la polysémie qui consiste à affecter au même mot des sens différents, en fonction des contextes où il apparaît. En vili, cette économie verbale est aussi réalisée grâce à des particules : bu, li, m’, n’, tshi, placées devant un mot déterminé, qui jouent habituellement le rôle de déterminant, et qui servent alors à la discrimination du sens. Dans le corps du dictionnaire, elles sont toujours signalées entre parenthèses, après le mot. Exemples : löngu (bu) : le monde du mystère, l’univers de la sorcellerie ; löngu (li) : la race, la tribu ; löngu (m’) : le pays lointain, les peuples ; löngu (n’) : le remède ; lôngu (tshi) : le médicament bi (bu) : c’est mauvais ; bi (li) : le mal ; bi (m’) : les excréments ; bi (n’) : un homme disgracieux, laid ; bi (tshi) : le revenant ; un génie malfaisant. Dans le dictionnaire, comme de juste, ces mots paraissent à des entrées différentes. Dans le cas de la polysémie classique où le même mot précédé de la même particule comporte plusieurs sens, ceux-ci sont donnés dans la même entrée. Les dits sens sont alors séparés par des virgules ou par des points-virgules en fonction de leur degré de voisinage, ou par des chiffres lorsqu’ils sont suffisamment éloignés les uns des autres. Mis à part l’accent circonflexe qui est parfois utilisé sur les voyelles pour suggérer une certaine façon de prononcer, les autres 15

manifestations de l’accent n’ont pas été représentées par les rédacteurs du dictionnaire. Quoiqu’il en soit, ces mots qui changent de sens en fonction de la place de l’accent sont des mots différents qui figurent dans autant d’entrées distinctes. exemples : ku sâkul’ : sarcler ku sakul’ : guérir ; désenvoûter ; désintoxiquer ku sal’ : travailler ku sâl’ : choisir.

D’autre part, le dictionnaire vili-français intègre quelques noms propres, principalement en rapport avec l’histoire et la géographie du Kouilou : Dios’u, Nkäk’ mwëk’, Biling’, Söngol’u, Bilal’, etc. Ces noms propres sont donc, à leur manière, des composantes de l’univers culturel du Kouilou, au même titre que ceux des noms communs, des verbes et expressions qui rendent compte des réalités, des pratiques, des conceptions propres à cette région du Congo. Le dictionnaire a adopté la transcription littérale pour les mots et expressions vili : leur orthographe colle à la prononciation. Lorsque la voyelle [ u ] est suivie d’une autre voyelle, nous sommes dans le cas de la semi-voyelle [ w ] qui est orthographiée comme telle. exemples : Kwilu ; bwëk’ ; lwëtshi ; kwambil’. Pour indiquer les voyelles longues, les auteurs ont recouru, de manière conventionnelle, et fort judicieusement, au tréma : ö, ü, ï, ä, ë. Notons aussi que, placées en finale de mot, deux voyelles subissent des transformations en vili : le [ a ] et le [ o ]. Le [ a ] s’amuït et est généralement représenté par le signe de l’élision [ ‘ ], sauf dans certains mots comme : tshi mpia : le pari ; ku sia : faire ; li sia : le père, où la voyelle finale [ a ] est précédée d’une autre voyelle, ou dans certains mots comme : nkal’ ; le

16

crabe ; nkasi : l’oncle ; ku tal’ : regarder ; ku ta : coudre ; ku ba ; être ; li mpa : le pain où [ a ] est contenu dans une monosyllabe. Le [ o ], quant à lui, excepté dans les monosyllabes comme nzo : la maison, ngo : le lion, etc…, se prononce [ u ] dans cette position et est transcrit de la sorte, précédé du signe de l’élision. exemples : tshi mbol’u : le crocodile ; kök’u : le bras ; fosuk’u : n’importe où ; böb’u to : ce n’est que comme ça. Ces sons qui se réalisent différemment, mais qui ont la même valeur en dépit des positions qu’ils occupent dans le mot, forment ce que la linguistique nomme les « variantes d’un même phonème ». Exceptionnellement, les deux voyelles [ a ] et [ o ] se prononcent normalement en finale de mot lorsqu’elles sont allongées, pour marquer occasionnellement l’insistance, ou pour exprimer l’idée d’intensité : tawä : à perte de vue ; kälä : encombré de bagages, surchargé ; vwakä : hébété. Sur un plan général, le vocabulaire vili est représentatif de celui des langues apparentées que sont le kuni, le kotchi, le lindji, le lumbu, le yombé avec lesquelles, l’histoire et la géographie aidant, l’intercompréhension est grande. C’est dire que les concepteurs du dictionnaire vili-français ont fait œuvre utile à plus d’un titre. Qui voudra par exemple rédiger un dictionnaire sur le yombé ou le kotchi trouvera ici une matière plus qu’abondante. Ceci est d’ailleurs significatif de la valeur générique que peut revêtir le terme « vili ». Ainsi, face au rouleau compresseur des langues de communication internationales, telles l’anglais et le français, et même à dimension régionale ou nationale, le travail abattu par les rédacteurs de cet ouvrage peut être considéré comme une tentative, si modeste soit-elle, pour assurer la survie du vili dans un monde où la guerre des langues n’est pas moins cruelle que celle qui fait tonner le canon, et dont elle constitue parfois la résultante. Marcel POATY

17