Enfants et sociétés d'Asie du Sud-Est

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296297241
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Enfants et sociétés d'Asie du Sud-Est

Travaux du Centre d'Histoire de la Péninsule Indochinoise.

et Civilisations

Pierre-Bernard LAFONTet Po DHARMA,Bibliographie Campa et cam, 1989.
(Collectif), Les frontières du Viêtnam (Histoire des frontières de la péninsule indochinoise, vol. 1), 1989. Charles FOURNIAU, Annam-Tonkin 1885-1896. Lettrés et paysans vietnamiens face à la conquête coloniale, 1989. Le Dai-Viêt et ses voisins (traduit par Bui Quang Tung et Nguyên Huong, revu et annoté par Nguyên Thê Anh), 1990. KHING Hoc Dy, Contribution à l'histoire de la littérature khmère. Vol. l : littérature de l'époque "classique" (XVème-XIXème siècles), 1991. Pierre-Bernard LAFONT (sous la direction de), Péninsule indochinoise: études

urbaines, 1991.

Thê Anh, Monarchie et fait colonial au Viêt-Nam. Le crépuscule d'un ordre traditionnel (1875-1925),1992. Michel JACQ-HERLGOUAC'H, tude historique et critique du Journal du voyage E de Siam (1687-1688) de Claude Céberet, 1992. Michel JACQ-HERLGOUAC'H,La civilisation de ports-entrepôts du Sud-Kedah (Malaysia), Vo-XIVo siècles, 1992. KHING Hoc Dy, Ecrivains et expressions littéraires du Cambodge au XXo siècle (Contributzon à l'histoire de la littérature khmère, vol. 2), 1993. Michel JACQ-HERLGOUAC'H, 'Europe et le Siam du XVlo au XVIHo siècle: L apports culturels, 1993. Bernard GAY,La nouvelle frontière lao-vietnamienne, 1994. Alain FOREST et NGUYENThê Anh (eds), Notes sur la culture et la religion en Péninsule indochinoise, 1994.
NGUYEN

'

En collaboration

avec l'Association

Archipel

..
contem-

- Cahier

poraine vue par ses intellectuels. Un choix d'articles de la revue Prisma (1971-1991),1994.

d'Archipel 21 : Marcel BONNEFF (présenté par), L'Indonésie

. C.H.C.P.I., 2 - avenue 2

.. Association

du Président-Wilson,

Archipel,

54

-boulevard

75116

Paris.

Raspail,

75006 Paris.

c

L'HARMATTAN,
ISBN: 2-7384-2950-5

1994

Collection Recherches Asiatiques, dirigée par Alain Forest

ENFANTS

ET SOCIETES D'ASIE DU SUD-EST

Textes réunis par

Jeannine KOUBI et Josiane MASSARD-VINCENT

Ouvrage publié avec le concours du Ministère des Affaires étrangères

Editions L'HARMATTAN 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique
75005 PARIS

Collection

«

Recherches asiatiques»

dirigée par Alain FOREST Brigitte STEINMANN,Les marches tibétaines du Népal. Etat, chefferie et société traditionnels à travers le récit d'un notable népalais, 1988. Jean-Louis MARGOLIN,Singapour 1959-1987. Genèse d'un nouveau pays industriel, 1989. Ghislaine LOYRE,A la recherche de l'Islam philippin: la communauté maranao, 1989. Gérard HEUZE, Inde, la grève du siècle, 1989. Patrice MORLAT,La répression coloniale au Vietnam, 1990. Alain FOREST, Eiichi KATO, Léon VANDERMEERSCH (eds.), Bouddhismes et sociétés asiatiques: clergés, pouvoirs et sociétés, 1990. Rémi TEISSIERDU CROS,Les Coréens, frères séparés, 1990. Guilhem FABRE,Genèse du pouvoir et de l'opposition en Chine: le printemps de Yan'an, 1942, 1990. TRINH Van Thao, Vietnam: du confucianisme au communisme, 1991. Françoise CAYRAC-BLANCHARD, Indonésie, l'armée et le pouvoir: de la révolution au développement, 1991. Yuzô MIZOGUCHI et Léon VANDERMEERSCH(eds.), Confucianisme et sociétés asiatiques,l991. Alain FOREST, Yosmaki ISHIZAWA et Léon VANDERMEERSCH (eds.), Cultes populaires et sociétés asiatiques, appareils cultuels et appareils de pouvoir, 1991. Maurice Louis TOURNIER, L'imaginaire et la symbolique dans la Chine ancienne, 1991. Alain FOREST,Le culte des ~énies protecteurs au Cambodge. Analyse et traduction d'un corpus de témOIgnages sur les neak ta, 1992. Pierre BUGARD, Essai de psychologie chinoise: petite chronique sur bambou, 1992. Chantal DESCOURS-GATIN,Quand l'opium finançait la colonisation en Indochine, 1992. Jacqueline MATRAS-GUIN Christian TAILLARD(textes rassemblés par), Habiet tations et habitat d'Asie du Sud-Est continentale: pratiques et représentations de l'espace, 1992. Thu Trang GASPARD,Ho Chi Minh à Paris, 1917-1923, 1992. Nelly KROWOLSKI(textes rassemblés par, avec la collaboration de Ida SIMONBAROUH),Autour du riz: le repas chez quelques populations d'Asie du SudEst continentale, 1992. Gabriel DEFERT, Timor-Est, le génocide oublié. Droit d'un peuple et raisons d'Etat, 1992. Serge BOUEZ, Ascèse et renoncement en Inde, ou la solitude bien ordonnée, 1992. Albert-Marie MAURICE,Les Mnong des Hauts-Plateaux (Centre Vietnam), vol. 1 : Vie matérielle; vol. 2 : Vie sociale et coutumière, 1993. Jane COBBI (textes réunis par), Pratiques et représentations sociales des Japonais, 1993. Alain ROUX,Le Shangaï ouvrier des années 1930. Coolies, gangsters et syndicalistes, 1993. Hervé BENHAMOUet Gérard SIARY(textes réunis par), Médecine et société au Japon, 1994. Jean DELVERT,Le paysan cambodq,ien, 1994. Frédéric DURAND,Les forêts en Asie du Sud-Est, 1994. LIN Hua, Chiang Kai-Shek, De Gaulle contre Hô Chi Minh (Viêtnam, 19451946), 1994.

LES AUTEURS

ANG Chouléan Véronique ARNAUD Geoffrey BENJAMIN Harald Beyer BROCH Josiane CAUQUELIN Catherine CHORON-BAIX Marie-Andrée COUILLARD Thomas GIBSON Annie HUBERT Jacques IVANOFF Jeanne IVANOFF Nelly KROWOLSKI Annick LÉVY -WARD NGUYÊNTùng Hetty NooY-PALM Simonne PAUWELS Clément SAMBO Solange THIERRY

Ethnologie religieuse, LASEMA Ethnologie, CNRS Ethnologie, Université de Singapour Ethnopsychologie, Université d'Oslo Ethnologie, LASEMA Ethnologie, CNRS Ethnologie, Université Laval, Québec Ethnologie, Université de Rochester, U.S.A. Ethnologie, CNRS Ethnologie, CNRS Ethnologie, Lasema Ethnologie, CNRS Ethnolinguistique CNRS Ethnologie, CNRS Ethnologie, Royal Tropical Institute, Amsterdam Ethnologie, CNRS École Normale de Tuléar, Madagascar Sciences religieuses, EPRE Ve section

ENFANTS

ET SOCIÉTÉS

D'ASIE

DU SUD-EST

Coordinatrices du volume Jeannine KOUBI, CNRS et Josiane MASSARD- VINCENT, CNRS

Membres du Comité de Rédaction Nicole BELMONT, HESS E Anne CADORET,CNRS Janet CARSTEN,Université de Manchester, G.B. Suzanne LALLEMAND,CNRS JacqueIineMATRAs-GuIN, CNRS PatrickMENGET, Université Paris X-Nanterre Michael PELETZ,Université Colgate, U.S.A. Philippe SAGANT, NRS C ConsciJ/ers extérieurs Marie-Claire Bataille-Benguigui, Philippe Beaujard, Marguerite Dupire, Catherine Liber, Marie-Rose Moro et Vérorûque Samalens-Gomez

TAIWAN

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o Bote~Tobogo 02

Archipel des Il Mergui

~

,

~

Timor
Sociétés
1 . ANG Chouléon

étudiées

par les auteurs
10. Annie HUBERT 11. Jacques et Jeanne IVANOfF 12. NGUYEN TUNG 14. Helty NOOy.j>AIM 15. Simonne PAUWELS 16. Clément SMIOO 1 7. Solenge THIERRY (Modegescor) . et Nelly KROWOLSKI 13. AnnIck lEVYWARD

2. Véronique ARNAUD
3. Geoffrey BENJAMIN 4. Harald Beye< BROCH 5. Josiane CAUQUEUN 6. Cotherine CHORON.BA/)( 7. Mori..Andrée COUIllARD 8-9. Thoma. GIBSON

PRÉSENT ATION

Jeannine KOUBI et Josiane MASSARD- VINCENT

Premier ouvrage collectif consacré à l'enfant d'Asie du Sud-Est et du monde austronésien, ce volume rassemble seize contributions inédites. Les pratiques et représentations étudiées montrent comment chaque société veille à la transmission de la vie et à la perpétuation de son univers symbolique. Les relations de l'enfant à la société où il naît et grandit sont explorées à travers des sources écrites et des matériaux ethnographiques. Pourquoi avoir pris l'initiative d'un tel volume? Elle s'explique par notre intérêt scientifique pour le sujet et notre désir de le faire partager à d'autres spécialistes, chercheurs ou praticiens de l'enfance. Ce projet n'aurait toutefois pas pu prendre forme si nous n'avions été stimulées par les publications d'autres ethnologues dans ce domaine. La production de ces vingt dernières années dont nous proposons une sélection en fin d'ouvrage montre à l'évidence la pertinence des interrogations sur l'enfance et tout ce qu'elles peuvent apporter à la recherche en général. Les travaux de qualité dont nous disposons sont si abondants qu'il est impossible de les évoquer en totalité. Le néophyte en la matière, qu'il soit étudiant ou chercheur, se devrait de lire notamment les écrits d'E. Goody, de S. Lallemand, de J. Rabain et de D. Bonnet 1. Il lui faudrait consulter les deux recueils collectifs traitant de l'adoption en Océanie2 ainsi que les numéros spéciaux de revues coordonnés par S. Lallemand et G. Le Moal, B. Saladin d'Anglure et N. Belmont3. Cet échantillon bibliographique illustre à lui seul la grande diversité des thèmes, des sources et des problématiques possibles dans le vaste champ
1. Voir notamment E. Goody, Parenthood and Social Reproduction: Fostering and Occupational Roles in West Africa, Cambridge, Cambridge University Press, 1982 ; S. Lallemand, L'apprentissage de la sexualité dans les contes africains, Paris, L'Harmattan, 1984, et La circulation des enfants en société traditionnelle. Prêt, don, échange, Paris, L'Harmattan, 1993; J. Rabain, L'enlant du lignage: du sevrage à la classe d'âge chez les Wolofs du Sénégal, Paris, Payot, 1979 ; D. Bonnet, Corps biologique. Corps soda1. Procréation et Maladies de l'enfant en pays massi, Burkina Faso, Paris, ORSTOM, 1988. 2. V. Caroll (ed.), Adoption in Eastern Oceania, Honolulu, The University Press of Hawaii, 1970 ; et 1. Brady (ed.), Transactions in Kinship. Adoption and Fosterage in Oceania, Honolulu, The University Press of Hawaii, 1976. 3. L'usage soda1 des enfants, n° spécial, Anthropologie et Sociétés, 1980, vol. 4, n° 2 ; S. Lallemand et G. Le Moal (cd.), Journal des At"ricanistes, 1981, 51, 1-2 ; B. Saladin d'Anglure (ed.), Les enfants nomades, Anthropologie et Sociétés, 1988, 12, 2 ; N. Belmont (cd.), La fabrication mythique des enfants, L'Homme, 1988, 105. Voir aussi M. R. Moro et T. Nathan (eds.), L'enfant exposé, Nouvelle Revue d 'Ethnopsychia trie, 1989, 12.

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d'investigation que constitue l'enfance. Il témoigne également d'un déséquilibre dans la représentation des différentes aires culturelles: quand on considère l'appartenance ethnique des enfants étudiés, l'importance des recherches africanistes contraste avec la part mineure des travaux concernant l'Asie du Sud-Est. Une teUe discrétion est d'autant plus regrettable qu'il n'en fut pas toujours ainsi. Comme on le sait, c'est à Bali que M. Mead, une des pionnières de l'anthropologie de l'enfance "débarqua" en 1936 4, avec dans ses bagages ses expériences océaniennes, ses jugements de valeurs et sa formation à la psychologie. Elle fut suivie par des consoeurs aujourd'hui moins célèbres mais dont les contributions, indépendantes de l'école culturaliste d'Outre-Atlantique, sont à notre avis scientifiquement plus satisfaisantes. Nous pensons en particulier à Rosemary Firth qui dès 1939 enquêta dans l'Etat de Kelantan sur la famille malaises. Dix ans plus tard dans le même univers, bien qu'à Singapour, J. Djamour entreprit une recherche où l'enfant occupe une place de choix6. Et moins d'une vingtaine d'années après M. Mead, une autre américaine, H. Geertz, choisit d'observer l'enfant javanais et contribua avec CI. Geertz à une étude sur la teknonymie à partir de données balinaises7. Il serait inexact d'affirmer que l'enfant de cette partie du monde fut par la suite écarté de la sçène ethnographique. Ainsi les monographies sur des minorités d'Asie du Sud-Est continentale ou des sociétés de l'Est indonésien - comme celles de G. Condominas, J. Dournes, A. de Hauteclocque-Howe et J. Matras- Troubetzkoy, de C. Barraud et de B. Renard-Clamagirand8 contiennent des observations détaillées sur la venue au monde, les premiers rites ou la place de l'enfant dans la communauté. Ces travaux sont d'autant plus précieux que la majorité des populations étudiées ont été décimées par les guerres. Des études plus récentes sur l'Insulinde sont elles aussi riches de données sur l'enfance, par exemple celles de J. Carsten et N. J. Smith-

4. M. Mead, Du givre sur les ronces, Paris, Le Seuil, 1977, p. 219. S. R. Firth, Housekeeping among Malay Peasants, Londres, London School of Economics, 1966 (1943). 6. J. Djamour, "Adoption of Children among Singapore Malaysians", Journal of the Royal Anthropological Institute, 1952, lxxxii, Il, et Malay Kinship and Marriage in Singapore, Londres, London School of Economics, 1965 (1959). 7. H. Geertz, "The Vocabulary of Emotion: A Study of Javanese Socialization Processes", in : R. A. Levine (ed.), Culture and Personality: Contemporary Readings, Chi~ago, Aldine, 1974 (1959), pp. 249-264 ; et The Javanese Family. A Study in Kmship and Socialization, Prospect Heights, Waveland Press, 1989 (1961) ; H. et CI. Geertz, "Teknonymy in Bali: Parenthood, A~e-grading and Genealogical Amnesia", The Journal of the Royal AnthropologIcal Institute of Oreat Britain and Ireland, 1964, 94, I, pp. 94-108. 8. G. Condominas, Nous avons mangé la forêt de la Pierre-Génie Gôo, Paris, Mercure de France, 1974 (1957) et L'exotique est quotidien, Paris, Plon, 1977 (1965) ; J. Dournes, Coordonnées. Structures jorai familiales et sociales, Paris, Institut d'Ethnologie, 1972 ; A. de Hauteclocque-Howe, Les Rhadés : une société de droit maternel, Paris, Edit. du CNRS, 1987 ; J. Matras-Troubetzkoy, Un village en forêt. L'essart chez les Brou du Cambodge, Paris, SELAF, 1983 ; C. Barrau(1, Tanebar-Evav : une société de maisons tournée vers le large, Paris/Cambridge, Edit. de la MSH et Cambridge University Press, 1979 ; et B. Renard-Clamagirand, Marobo. Une société de Tintor, Paris, SELAF, 1982.

Présentation

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Heffner9. Grâce à ces auteurs, les petits Mnong Gar, Jorai et Rhadés du Vietnam, ou Brou du Cambodge, les enfants des îles Kei ou de Timor, les petits Malais de Langkawi ou Javanais de Tengger ne sont pas des inconnus; mais les informations les concernant sont souvent incomplètes et dispersées . au fil des pages. Il fallut attendre les années soixante et soixante-dix pour que les regards se focalisent à nouveau sur le premier âge de la vie. Citons par exemple les recherches de I. Simon- Barouh sur la socialisation en France des enfants originaires des pays de l'ex-Indochine françaiselO. En Asie du Sud-Est insulaire, les travaux relatifs à l'enfant de Malaisie sont particulièrement nombreux: C. Laderman s'est consacrée à l'observation et à l'analyse de l'enfantement et l'obstétrique traditionnellell. R. McKinley et J. Massard ont étudié les relations de germanité et les pratiques adoptivesl2. Toujours en péninsule malaise, mais chez les Semai, R. K. Dentan et C. A. Robarchek ont examiné l'acquisition de valeurs "pacifistes"13. Chez d'autres Aborigènes de la péninsule, les Chewong, S. Howell s'est intéressée aux représentations associées à la procréation et aux relations de l'enfant à l'univers. Elle a en outre analysé dans cette société le processus du développement cognitifl4. En Indonésie, H. B. Broch a centré sa recherche sur les enfants de l'île de Bonerate, au Sud de Sulawesi IS. Outre ces ouvrages spécialisés, les parutions récentes d'articles isolés dans des périodiques confirment ce regain d'intérêt
9. J. Carsten, Women, Kinship and Community in a Malay Fishing Village on Pulau Langkawi, Malaysia, PhD, University of London, sous presse, et N. J. Smith-Heffner, Language and Social Identity. Speaking Javanese in Tengger, PhD, Dept of Linguistics, University of Michigan, Ann Arbor, 1983. 10. I. Simon-Barouh, Rapatriés d'Indochine. Deuxième génération. Les enfants d'origine indochinoise à Noyant-d'Allier, Paris, L'Harmattan, 1981. II. C. Laderman, "Giving Birth in a Malay village", in : M. A. Kay (ed.), Anthropoloçy of Human Birth, Philadelphie, F. A. Daves, pp. 81-100 ; et Wives and MidwlVes. Childbirth and Nutrition in Rural Malaysia, Berkeley/Los Angeles/Londres, University of California Press, 1983. 12. R. McKinley, A Knife Cutting Water: Child Transfers and Siblingship among Urban Malays, Ph. D., University of Michigan, 1975, et "Cain and Abel on the Malay Peninsular", in : M. Marshall (ed.), Siblingship in Oceania. Studies in the Meaning of Kin Relations, Ann Arbor, University Press, 1981, pp. 335-387 ; J. Massard, "Le don d'enfants dans la société malaise, L'Homme, 1983, XXIII, 3, pp. 105-114, et "Engendrer et adopter: deux visions concurrentes de la parenté chez les Malais péninsulaires", Anthropologie et Sociétés, 1988, 12, 2, pp. 41-62. 13. R. K. Dentan, The Semai. A Nonviolent People of Malaysia, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1968, et "Notes on Childhood in a Nonviolent Context", in: A. Montagu (ed.), Learning Non-aggression. The Experience of Non-Literate Societies, Oxford, Oxford University Press, 1978, pp. 94-143 ; C. A. Robarchek, "Learning to Fear: a Case Study of Emotional Conditioning", American EthnoloGis~ 1979,6, 3, pp. 104-123, et "Hobbesian and Rousseauan Images of' Man: Autonomy and Individualism in a Peaceful Society", in : S. Howell & R. Willis (eds.), Societies at Peace. Anthropological Perspectives, Londres & New York, Routledge, 1989, pp. 31-44. 14. S. Howell, "From Child to Human: Chewong Concepts of' Self", in : I. M. Lewis & G. Jaboda, (oos.), Acquiring Culture: Comparative Studies in Childhood, Londres, Croom Helm, 1988, pp. 147-168 ; Society and Cosmos: Chewong of Peninsular Malaysia, Oxford, Oxf'ord University Press, 1989 (1984) ; et "To be Angry is not to be Human, but to be Fearful is", in : S. Howell & R. WillisS (eds.), op. cit., pp. 45-59. 15. H. B. Broch, Growing up Agreeably. Bonerate Childhood Observed, Honolulu, University Press of Hawaii, 1990.

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pour l'enfance chez les ethnologues de l'Asie du Sud-Est et de l'univers austronésien 16. Cependant, bien que cette brève évocation fasse état de travaux de valeur sur l'aire considérée, ceux-ci nous sont apparus encore insuffisants comparés aux recherches réalisées en Europe, en Océanie et surtout en Afrique. Persuadées que dans un premier temps, la multiplicité des regards peut être fructueuse, éclairante, nous n'avons pas voulu privilégier un thème ou une perspective au détriment des autres. Ce souci d'ouverture explique en partie la diversité des sujets traités, des sources utilisées et des méthodologies adoptées. Dans cet ouvrage, la plupart des auteurs parlent au présent, présent ethnographique s'entend. Ils considèrent des sociétés "vivantes", c'est-à-dire qu'elles sont à la fois dotées d'une histoire propre et prises dans l'Histoire: outre le fait que toutes ont en elles un potentiel de transformation, aucune n'est à ce jour restée à l'abri de contacts avec l'extérieur. Certaines sont bien avancées sur la voie de l'acculturation. Les pratiques et croyances observées attestent - sous des formes et à des degrés divers - le syncrétisme ou la juxtaposition d'éléments allogènes. En même temps que l'influence de puissantes voisines comme l'Inde ou la Chine agissait en profondepr, les grandes religionsl? étendaient leur emprise. Les conséquences du colonialisme puis les suites, parfois dramatiques, de la décolonisation contribuèrent davantage encore à transformer et quelquefois à bouleverser ces sociétés. Confronté au travail du temps, le lecteur sera aussi amené à parcourir de grandes distances, de Madagascar à Taiwan (cf. carte), mais surtout à passer d'une société à une autre. Dans ce volume, voisinent en effet des populations dont l'organisation sociale et politique, le mode de production, les représentations, les pratiques rituelles et artistiques relèvent de traditions fort différentes. Qu'y-a-t-il de commun entre des groupes d'essarteurs ou de chasseurs-cueilleurs en voie de sédentarisation comme les Temiar de Malaisie ou les Buid des Philippines et l'univers islamisé et autrefois esclavagiste des Konjo de Sulawesi? Comment faire dialoguer une société "à rangées", celle de l'île de Selaru dans l'Est indonésien, avec le monde étatisé, imprégné
d'influence

Les distinctions fondamentales sont renforcées, on le sait, par des différences d'échelle liées à la démographie, ce qui a une incidence directe sur le recueil des matériaux et sur leur analyse. Généraliser sur les Moken de
16. Cf. par exemple, V. Hull, "Dietary Taboos in Java: Myths, Mysteries and Methodology", in : L. Manderson (ed.), Shared Wealth and Symbol: Food, Culture in Oceania and Southeast Asia, 1986, pp. 237-258 ; C. Sather, "Meri' anak mandi : the Ritual First Bathing of Infants among the Iban", in : A. R. Walker (ed.), Further Studies in Religions and Worldwiews, Contributions to Southeast Asian Ethnography, 7, pp. 157-187 ; J. Carsten, "Children in between: Fostering and the Process of Kinship on Pulau Langkawi, Malaysia", Man (N.S.), 1991,26, 3, pp. 425-443 ; Th. Gibson, "The Sharing of Substance versus the Sharing of Activity amon~ the Buid", Man, 1985,20,3, pp. 391-411 ; B. Ravololomanga, "Pour la sante et la beauté de l'enfant à naître (Taftala, Madagascar)" in : S. Lallemand (ed.), Grossesse et petite enfance en Afrique Noire et à Madagascar, Paris, L'Harmattan, 1991, pp. 61-75 ; M. Bloch "Zafimaniry Birth and Kinship Theory", Social Anthropology, 1993, I, IB, pp. 119-132. 17. Hindouisme, bouddhisme, islam et plus récemment christianisme.

chinoise -

et notamment

de confucianisme

-

des Viêtnamiens

?

Présentation

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l'archipel Mergui a une certaine validité car il semble qu'un observateur attentif puisse restituer, de manière sinon exhaustive du moins assez complète, les relations, les pratiques et les savoirs communs à ces nomades marins qui ne sont que quelques milliers. En revanche, proposer des interprétations globales au sujet des Khmers ou des Lao est un exercice plus périlleux, supposant l'uniformité dans un monde où la stratification sociale, les écarts économiques, l'accès différentiel à l'écriture et la spécialisation rituelle ou professionnelle font que pouvoir et savoir ne sont pas distribués et partagés de manière homogène dans l'ensemble de la société. Cette complexité se traduira sans doute dans les options éducatives, rituelles ou thérapeutiques s'appliquant aux enfants quand on passe d'une classe sociale à une autre, de la campagne à la ville ou des spécialistes aux profanes, tout en restant au sein d'une même population 18. Afin de rendre compte d'une telle diversité culturelle, il importait que les pratiques et les représentations liées à l'enfance soient d'abord décrites et analysées en elles-mêmes. Comme nous l'avons dit, les chercheurs ont choisi leur sujet en fonction de leurs matériaux et de leurs centres d'intérêts. Mais tout en respectant leurs choix, nous avons, avec l'aide des membres du Comité de Rédaction, sollicité de la part de chacun d'entre eux des rééquilibrages et des compléments d'informations. Nous souhaitions ainsi pouvoir ensuite mettre en lumière d'éventuelles constantes, propres à l'aire considérée ou signalées dans d'autres parties du monde et inciter les auteurs à se poser différentes questions susceptibles d'enrichir notre vision de l'enfance et notre compréhension des sociétés étudiées. Il fallait par conséquent considérer l'enfant en société. Cette problématique est ici illustrée soit dans des configurations précises - telles enfant/géniteurs, enfant/accoucheuse, enfant/grands-parents, germains entre eux... -, soit dans les rapports de l'enfant avec le corps social à travers l'étude des rituels, des discours symboliques ou des pratiques éducatives. Sur cette trame s'inscrivent des motifs qui rapprochent certaines contributions, formant des sous-ensembles thématiques. Nous avons choisi un classement en six parties regroupant de deux à quatre textes. Cette répartition a le mérite d'organiser la diversité tout en restituant la spécificité et la richesse de chaque article et en permetant au lecteur d'établir d'autres correspondances qui relient les textes les uns aux autres. L'ouvrage s'ouvre sur la partie intitulée: Le temps de la gestation. Il s'agit de la fabrication symbolique et sociale de l'enfant dont la vie prénatale n'est que la première étape. Comme en témoignent les deux articles qui la composent, ce processus est marqué par un foisonnement de prescriptions négatives et positives. Dans l'univers marin des Yami de Botel Tobago que nous fait découvrir Véronique Arnaud, les futurs parents voient leur vie quotidienne bouleversée car ils doivent se soumettre à une multitude de restrictions d'ordre alimentaire surtout. Les rituels de naissance sont décrits avec minutie. C'est ensuite à une société d'essarteurs, les Temiar, que nous
18. L'importance de la diversité, voire de l'hétérogénité, des points de vue et des attittudes dans le cadre d'une société complexe de l'aire considéréé, la société balinaise, a bien été analysée, cf. L. E. A. Howe, "Peace and Violence in Bali", in: S. Howell & R. Willis (cds.), op. cit., pp. 100-101.

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introduit Geoffrey Benjamin. Par une analyse phénoménologique et linguistique d'interdits également relatifs à la nourriture du nouveau-né, des géniteurs et de la sage-femme, l'auteur nous invite à nous interroger avec lui sur la dialectique de la communauté de "substance" entre ces quatre protagonistes et de la progressive autonomie de la personne. Dès sa venue au monde, avant même l'acquisition d'une relative autonomie, l'enfant est susceptible d'être confié ou déplacé: il a une valeur sociale. La deuxième partie, L'enfant enjeu en est une illustration car elle porte sur différentes formes d'adoption ou de fosterage. En étudiant des cas d'enfants élevés par des adultes qui ne les ont pas engendrés, les deux textes qui constituent cette partie examinent une pratique répandue dans l'ensemble de l'aire considérée dans le cadre de sociétés originales de par leur organisation sociale ou leur mode de vie. Chez les insulaires de Selaro, Simonne Pauwels analyse les rapports entre la structure sociale - en "rangées" et en Maisons - et les différentes catégories d'adoption. Celles-ci sont des réponses apportées au problème de la stérilité et à celui des naissances gémellaires. Jacques et Jeanne Ivanoff ont choisi, quant à eux, de nous faire d'abord partager l'espace d'un instant la vie attrayante des enfants moken. Puis ils nous présentent les membres d'une flottille: grâce à une, observation diachronique, nous apprenons l'intensité et la complexité de la circulation enfantine dans cette société. Que l'enfant soit élevé par ses géniteurs ou grandisse avec d'autres parents, son développement physique et psychique demeure étroitement associé à son univers relationnel. Avec la troisième partie, Des relations ambivalentes, sont soulevées en particulier des questions relatives à l'ambiguïté qui caractérise certaines relations de parenté ou de voisinage. En s'intéressant à la relation privilégiée d'une fille à sa mère chez les Malais de l'Etat de Kedah, Marie-Andrée Couillard examine comment le jeu subtil de la tendresse et de l'autorité, de l'autonomie et de la soumission concourent à modeler l'identité féminine dans un univers islamique. Dans le cas des Yao du nord de la Thailande évoqués par Annie Hubert, les parents laissent leurs enfants libres de préparer et de savourer de substantielles dînettes avec le concours d'ainés, mais ils interviennent pour d'autres apprentissages et châtient parfois les désobéissants. Au village de Miang Tuu, dans la minuscule île de Bonerate, une observation attentive a permis à Harald Beyer Broch de déceler des tensions dans les relations entre germains. Pourtant, les adultes ne souhaitent-ils pas que ces relations soient affectueuses et harmonieuses? Dans les jeux enfantins se révèle l'incidence de la hiérarchie sociale dans une communauté villageoise qui, de nos jours, se veut égalitaire. Si les relations avec l'entourage modèlent l'enfant lors des échanges quotidiens, son intégration au groupe exige l'accomplissement des rituels qui contribuent à faire de lui un être humain. Des liens maintenus, instaurés ou rompus avec les puissances surnaturelles dépend sa survie. La quatrième partie, Du marquage ritue~ comprend trois textes. Celui de Ang Chouléan expose certains rites et représentations khmers "de la naissance à la puberté". Lié au cycle des réincarnations, intervient un personnage important, celui de la "mère originelle", une génitrice que l'enfant a eue dans une vie antérieure et qui s'attache dangereusement à lui dans la prime enfance. Le texte de Josiane

Présentation

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Cauquelin décrit comment les Puyuma, austronésiens de Taiwan, ritualisent la venue au monde et, dès l'âge de douze ans marquent, pour les garçons du moins, la fin de l'enfance. Ces deux premiers articles nous amènent à nous demander à quel moment et de quelle manière les rites de passage contribuent à instaurer une différenciation entre garçons et filles. Par ailleurs, à partir de deux expériences de terrain, chez les Buid puis chez les Konjo, Thomas Gibson propose une analyse comparative des rituels de l'enfance. Il nous invite à nous demander si le franchissement des premières étapes de la vie est toujours ritualisé et quel est le rapport entre le degré de ritualisation et les formes d'organisation sociale. Dans la cinquième partie, Le temps du souvenir, les deux auteurs ont choisi de donner la parole à des enfants, petits ou grands, pour un voyage dans le temps, le vécu et l'imaginaire. Avec beaucoup de retenue, les jeunes auteurs nous livrent leurs souvenirs d'enfance ou leur vision de leur pays d'origine. A travers leurs récits affleure tout un système de valeurs dont certaines, venues d'ailleurs, s'opposent aux normes traditionnelles. Nous découvrons l'univers de l'enfant toradja tel qu'il apparaît dans des récits autobiographiques, rédigés en 1950, et qui nous furent confiés par Hetty Nooy-Palm. Alternent et s'imbriquent ici, le temps des fêtes et celui des vagabondages quotidiens, devoir et plaisir, autonomie et dépendance. Dans les rédactions commentées par Catherine Choron-Baix, de jeunes Laotiens se rappellent, imaginent ou rêvent leur terre natale qui occupe une place privilégiée pour ces enfants exilés en Francel9. Dans cette représentation idéalisée, se font jour des réactions parfois ambivalentes, les jeunes étant tiraillés entre le besoin d'ancrage dans leur culture d'origine et le souci de s'intégrer à la société d'accueil. Composée de quatre textes, la sixième et dernière partie, L'enfant et les contes, montre notamment que le vocable "conte" peut désigner divers genres littéraires. Dans les deux premiers articles, sont mis en scène des personnages-enfants: pour le Cambodge, à partir d'histoires relevant de la littérature narrative ou romanesque khmère, Solange Thierry nous présente
quelques types d'enfants

-

les "vilains",

les "doux"...

-

et souligne

que

dans cet univers bouddhiste, l'enfant des contes est avant tout un être "marqué des signes" de ses vies antérieures. Pour le Vietnam, Nguyên Tùng et Nelly Krowolski ont exploré de nombreuses "forêts de rire", les contes à rire - en principe chasse gardée des hommes -, à la recherche d'enfants, les moqueurs mais aussi les moqués. Les premiers sont des surdoués très adultes qui brocardent les puissants, les seconds des nigauds, vrais ou faux, qui ignorent notamment l'art des "sentences parallèles". Les deux textes suivants envisagent d'autres aspects de la dialectique enfant-conte, en particulier le rôle des contes dans le modelage enfantin. Annick Lévy-Ward considère un conte destiné aux enfants du Laos actuel et s'interroge sur les rapports qu'il entretient avec le mythe d'origine dont il s'inspire. L'auteur montre comment l'éditeur ou le rédacteur a dépouillé le texte original de ses références religieuses et sociales, nouvelle idéologie oblige! Destinataires d'un mythe
19. A propos des rédactions d'enfants de culture viêtnamienne installés en France, voir I. Simon-Barouh, op. cit, pp. 197-217 et pp. 228-237.

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Jeannine Koubi et Josiane Massard- Vincent

revu et corrigé, les enfants sont vus comme des lecteurs malléables. Quel contraste avec les enfants tanôsy de Madagascar, dépositaires d'une tradition orale qu'ils ont enrichie au fil des ans, que nous montre Clément Sambo avec les "contes brefs" ! Il s'agit d'une catégorie de devinettes versifiées où la réponse se retourne contre celui qui l'a suscitée. A ces joutes poétiques, les enfants rivalisent de vivacité, de subtilité et d'audace, ces devinettes ayant principalement un contenu sexuel, voire érotique. Mais là aussi, le temps fait son oeuvre car la scolarisation semble mettre en péril ce patrimoine enfantin. En conclusion de cet ouvrage, nous avons mis en évidence certaines spécificités et convergences qui apparaissent dans les études rassemblées ici ou déjà publiées. Différentes facettes de la "fabrication de l'enfant" ont été retenues car elles sont à notre avis chargées de sens, de symboles. Est ensuite évoquée la question du rapport entre parenté biologique et parenté adoptive. Nous envisageons pour finir quelques aspects du modelage social, notamment les méthodes et les finalités éducatives.

PREMIÈRE PARTIE

.LE TEMPS DE LA GESTATION

"L'ENFANT-ESPRIT" La naissance chez les Yami de Botel Tobago

Véronique ARNAUD

Botel-Tobago, "l'île des Hommes"l, est une formation corallienne de quarante-cinq kilomètres carrés située à égale distance de Taiwan, dont elle dépend politiquement, et de l'archipel des Batan aux Philippines où résident des groupes ethniques apparentés. Cette position géographique, au point de rencontre des masses d'eau de la Mer de Chine et du Pacifique, sur le passage des typhons saisonniers, délimite une zone redoutée des navigateurs. Les Yami parlent une langue de la famille austronésienne. Au nombre de trois mille environ, ils se répartissent dans six villages littoraux, pratiquent la culture irriguée du taro et la culture sèche - notamment celle du millet -, les plantations d'arbres fruitiers, et la pêche. Le taro cultivé par la femme et le poisson pêché par l'homme constituent la base de l'alimentation. Toute la vie des insulaires est centrée sur la pêche aux poissonsvolants pratiquée à l'épuisette ou à la senne, en grande pirogue, de mars à juillet. Cette activité relègue temporairement au second plan les autres formes de pêche, en particulier, pêche à l'épervier, au fusil à harpon et à la senne réalisée en petite pirogue. Des rapports étroits de coopération et de solidarité au sein du groupe de pêche se manifestent surtout lors de la pêche en grande pirogue. Les femmes, de leur côté, collectent les produits marins du récif mais ne vont pas en mer. Nous allons voir la place primordiale occupée par la pêche et ses produits, les poissons et les crustacés, non seulement dans la vie économique, dans l'alimentation mais aussi dans la vie sociale et rituelle et dans les représentations. Cela est particulièrement apparent dans les pratiques concernant la naissance. J'étudierai ici la période qui débute à la conception et se termine aux premiers pas de l'enfant. Je m'appuierai sur des données ethnographiques recueillies entre 1971 et 19862 au village de Diraralei. Mes interlocuteurs furent pour la plupart des accoucheuses3.

1. Toponyme propre aux Yarni qui se désignent comme les "Hommes de l'île" nés, selon la mythologie, du galet et du bambou. 2. Les enquêtes de terrain ont été réalisées au cours de missions financées par le CNRS, dans le cadre du CeDRASEMI et de DEVI. 3. Citons par exemple Sinan-Tararyu, Sinan-Lagogad, Siapen.kutan du Tein~atu. La particule si est affixée devant les noms de personne ou les termes de parenté.

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Véronique Arnaud À LA NAISSANCE

PRÉLUDE

A la différence des grandes fêtes collectives, le rituel de mariage ne concerne que les époux et passe presque inaperçu. Il est amorcé par un don de viande aux morts qui seraient tentés d'assister à la cérémonie. En effet, les Yami vivent dans la crainte constante des esprits des morts, snit';. Rôdant sans cesse parmi les vivants, à l'affût de tout événement important, ces "Etres du Bas" s'opposent aux divinités du haut, appelées "Hommes ou Etres du Haut,,5. Il importe de protéger le couple de l'intrusion des snitupour lui et sa
descendance.

Les parents du garçon offrent à sa fiancée un collier fait d'un disque d'argent et de quelques perles de verre et de cornaline, en lui disant: "Prends le métal précieux que nous te donnons et ne le sors plus de notre maison! Qu'il prolonge la vie! Qu'il donne le souffle! Tels les banians6 du village, produisez tous deux en abondance! Que de votre union digne de pitié vienne notre descendance! Puisse-t-elle se perpétuer dans la lumière du jour à jamais!" L'union devient notoire lorsque le jeune homme a "fait monter à bord" son épouse et que celle-ci habite avec lui dans sa maison, le plus souvent une construction utilisée à des fins artisanales et rituelles près de la maison du père du conjoine. Le mariage doit assurer une nombreuse progéniture;
c

l'alliance est scellée par les métaux précieux

-

or ou argent

-

qui, selon les

croyances yami, renforcent les "âmes" contre "leurs morts". Les êtres humains se protègent d'eux car ils peuvent menacer la vie de leurs descendants et provoquer la stérilité. Celle-ci est vécue comme une fatalité et peut entraîner la séparation des conjoints. Dans les mois qui suivent le mariage, les villageois sont attentifs à la jupe des jeunes mariées. Lorsque celles-ci arborent une jupe neuve, tissée de ramie sauvage marine et blanc, c'est signe qu'elles sont enceintes. Selon des données collectées par T. Kano8, l'enfant est l'œuvre d'une divinité, Iparagaragao, formée par deux ancêtres féminins, Sinan-Kasinem et Sinan-Manirei. La première crée les filles, la seconde les garçons. Lors d'un rituel propitiatoire, le futur père dépose des offrandes de viande et de patate douce dans un van placé sur le toit de la maison en déclamant: "Prenez ces offrandes, emportez-les, vous, nos ancêtres et partez! Ne venez plus nous en demander !"
4. C'est à la fois l'esprit d'un mort et un "revenant" . 5. Le panthéon et les croyances traditionnels sont encore vivaces bien que les Yami soient christianisés. 6. Il s'agit des Ficus benghalensis, L. que les Yami appellent tapa. Dans leur classification, ils appartiennent à la caté~orie "maison des morts" ; arbres prolifiques, ils sont aussi symbole de fertilite et de fécondité. 7. Chaque unité de résidence se compose de trois constructions distinctes: celle qui tient lieu de résidence au jeune couple, une haute plate-forme souvent couverte utilisée comme lieu d'observation, et "chambre à coucher" en été et l'habitation principale construite en profondeur. Celle-ci comprend trois niveaux, appelés "l'entrée" , "le milieu" et "la maison" . 8. T. Kano, "Customs concerning the birth among the Yami" (en japonais), NanpoDozoku, 1939, S, 3-4, pp. 78-89.

La naissance chez les Yami de Botel Tobago

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D'après le même auteur, il existe différentes techniques divinatoires pour connaître l'espérance de vie de l'enfant à naître. On dépose dans un bol9 rempli d'eau un grain de millet sur lequel la divinité Iparagaragao souffle: si le grain flotte à la surface, l'enfant vivra longtemps, si au contraire, il s'enfonce, sa vie sera éphémère. Dans le village où j'ai travaillé, on pense que certains rêves révèlent le sexe de l'enfant et sa ligne de vie. Les Yarni distinguent deux catégories de rêves: la première s'accompagne d'une agression de la personne par le mort, responsable du rêve, et peut avoir une issue fatale. La seconde a valeur d'augure: les jeunes mariés, qui dans les premiers mois de vie commune rêvent de bétel grimpant très droit, sont supposés avoir un garçon dont la vie sera longue. S'ils rêvent d'un longanier ou d'un citronnier dont le fruit leur tombe des mains, ce sera également un garçon mais sa vie sera brève. Les rêves où figurent la noix d'arec, le badamierl0, le manguier annoncent la naissance d'une fille.
LA PÉRIODE DE GESTATION

L'accoucheuse, la femme enceinte et son époux L'attente de l'enfant rapproche les géniteurs de la sage-femme. Cette dernière est appelée "Celle-qui-Iave", karyus, par référence à la toilette de la parturiente et à celle du nouveau-né. Néanmoins, son rôle ne se limite pas à cela et il commence dès le quatrième mois de la gestation Il. C'est en effet à ce moment-là que la future mère se rend chez une des accoucheuses du village pour lui demander officiellementde l'assister.La sage-femmedoit être choisie parmi celles du patrilignage du mari, par suite, on peut la désigner par l'expression "Celle qui lave tout le lignage" , mananud su inawan a karyusl2. C'est généralement une femme âgée, déjà grand-mère, et expérimentée. Le lendemain, la femme enceinte se présente à nouveau devant elle porteuse d'une prestation qu'elle a préparée à son intention: - C'est "toi qui me laveras" , prends cette jatte remplie de taros! - Oui, je la prends, j'accepte tes taros! - Merci, tu es celle qui va me laver. Le surlendemain, le futur père va dans la forêt couper une racine adventive de banian pour façonner le manche d'un petit couteau destiné à son épouse. Elle l'utilisera, comme nous le verrons, jusqu'à l'accouchement pour se protéger des esprits des morts. Ce même jour, la femme enceinte prépare de nouveau des taros pour son accoucheuse, lesquels sont cette fois accompagnés de poissons-volants et de saupes grises, de viande et de graisse
9. Celui-ci est fait d'une demi-noix de coco évidée, tatawui. 10. Savilug, Terminalia Catappa, L. 11. Depuis une dizaine d'années, la majorité des enfants naissent dans une maternité de Taiwan, mais le couple fait encore appel à la sage-femme traditionnelle. 12. Bien que certains auteurs parlent de patrilinéarité à propos de la société par exemple, Wei Hwei-lin, Liu Pin-hsiung, Social Structure of the Yami, yami Botel Tobago (en chinois), Taiwan, Taipei, Nankang, Institute of Ethnology, Academia Sinica, 1962, Monograph nOI, mes données attestent d'un mode de filiation bilinéaire, cf. V. Arnaud, Les Hommes de Botel Tobago. Histoire d'un peuple sans écriture et espace villageois, Thèse d'Etat, Paris, EHESS, 1984.

-

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Véronique Arnaud

de porc. Celle-qui-lave, parée de nouveaux atours, lui confectionne alors une ceinture de grossesse, SWaT,ou plutôt un couvre-seins, bubun nu SUSU, vec a un cache-sexe du futur père qu'elle a découpé en trois bandes horizontales avant de les entrelacer et de les coudre. Le mari tresse les liens servant à attacher la ceinture avec des fibres de ramie sauvage et de maoutia - tandis que sa femme repart aux champs pour cueillir encore cinq taros. Une fois que les taros lui ont été offerts avec de la graisse de porc sur un plat destiné au poisson des femmes 13, la sage-femme noue le couvre-seins autour du buste de la femme enceinte. Celle-ci le gardera jusqu'à l'attribution du nom à l'enfant, peu après la naissance. "Je te donne ce lien, le lien qui t'unit aux générations futures. Qu'il soit, comme ta chevelure, dit-elle en la massant avec de l'huile, le droit chemin, le droit chemin que tu ouvres pour ton enfant! Si tu donnes naissance à un garçon, puisse-t-il parvenir à exhaler l'odeur des porcs, des chèvres, des poissons et des taros de grosse taille! Puisse-t-il vivre dans la lumière du jour à jamais !" Sur ces paroles, le mari doit battre du millet, le faire cuire et l'offrir sous forme de bouillie à sa femme. C'est, dit-on, une nourriture fortifiante qui favorise la montée du lait. La sage-femme reviendra ainsi tous les soirs jusqu'à l'accouchement pour masser la jeune femme avec de l'huile de porc, en commençant par le visage, puis la poitrine, le ventre, les mains, le dos et les jambes, en prenant soin de lui faire craquer les jointures des doigts, pour "expulser" de son corps les maladies "de contagion" dont nous reparlerons: "Que ton corps soit protégé, dit la sage-femme! Qu'il aie la force de l'or et de la navette qui va et vient régulièrement !" Au neuvième mois lunaire, la femme enceinte taille une fine lame en bambou d'environ quinze centimètresde long qui sera utilisée pour couper le cordon ombilical. Elle confectionne aussi avec une infra-base fibreuse d'aréquier cousue sur les deux côtés, un sac, papayid, qu'elle suspendra dans la petite maison de l'accouchement; il est destiné à recevoir le placenta et une partie du cordon ombilical. Actes et activités interdits La future mère doit éviter de s'éloigner du village; elle ne doit ni se baigner en mer ni aller sur le port à marée basse. Selon un mythe, l'origine du déluge est expliquée par la transgression de cet interdit. La femme enceinte peut cependant quitter le village pour aller travailler dans les tarodières ; il lui faut alors porter autour du cou le petit couteau confectionné par son mari. S'il lui arrive de s'asseoir pour travailler, elle doit faire le geste de "couper le sol" pour en interdire l'accès aux morts et garder les jambes bien serrées pour éviter que l'un d'entre eux ne vienne la pénétrer. D'un tel viol naissent des

13. Nous verrons que les Yami distinguent les poissons des hommes et les poissons des femmes; chaque catégorie est préparée, cuisinée et servie séparément.

La naissance chez les Yami de Botel Tobago

IS

fig. 1. Sac pour le placenta et le cordon ombilical.

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Véronique Arnaud

gémellaire, le second-né est le plus souvent considéré comme l'enfant du mort et de l'épouse imprudente. Représentant un danger pour la société, il devra mourir étouffé. En fabriquant le petit couteau, le futur père protège la communauté et veille surtout à la chasteté de son épouse. De plus, lorsque sa femme est enceinte, il est coupé de son groupe de pêche et vit replié sur sa famille. Il ne peut ni participer aux activités collectives ni donner ou recevoir de poisson en partage. Il ne pourra pas non plus assister au grand rituel d'appel des poissons-volants célébré en début de saison de pêche. ou au rituel de lancement de pirogue de son groupe lignager. Mais il a le droit de pêcher en solitaire. La vie du couple va également changer car à partir du sixième mois de la gestation, les époux ne doivent plus avoir de rapports sexuels de peur que l'enfant ne devienne trop gros. Jusque-là, confinés dans un espace restreint et retirés de la vie publique, ils continuaient à "fabriquer" le foetus. Pendant ce temps, à l'intérieur de l'utérus, "l'enfant mange, joue et se promène" 15, il mène une vie agréable! L'abstinence sexuelle est facilitée par le fait que les époux cessent de partager la même couche. Autrefois, ils faisaient "maison à part" ; en effet, le mari et des aides, qui devaient être des célibataires ou des hommes mariés sans enfants, construisaient à cette période une cabane près de la demeure familiale. Elle n'avait qu'une seule porte; la future mère y dormait jusqu'à l'accouchement tandis que son mari restait dans la maison d'habitation. Au dixième et dernier mois lunaire de la grossesse, la femme évite d'accomplir des travaux trop durs. La sage-femme la masse deux fois par jour et s'absente peu ; à ce stade, son mari ne sort plus en mer et ne va pas dans d'autres villages. Les futurs parents et la nourriture Dès que la femme est enceinte, elle devient "Celle-qui-choisit-sanourriture", mamili su kanen a mavakes. Ses préférences se portent sur des aliments agréables à la gorge, conçue comme l'organe du goût. Elle apprécie les fruits de saison comme les "pommes de forêt"16, les tiges et les feuilles de bégonia, et la viande. Le mari est tenu de satisfaire les envies de sa femme. Les aliments qu'elle réclame sont considérés comme fastes pour leur postérité. S'il a du bétail, elle peut exiger qu'il tue une chèvre ou un porc; la viande, nourriture de fête, aliment "supérieur au goût" sera alors consommée, coupée en petits morceaux et bouillie. Pour mettre son conjoint à l'épreuve, la femme enceinte peut l'envoyer seul en haute mer par gros temps, à la recherche d'un poisson très difficile à prendre, le menaçant en cas de refus ou d'échec, d'une attaque du crabe tarikcipanaux pinces redoutables1?

15. D'après l'expression désignant l'utérus, "endroit où l'enfant mange, se promène et joue", nikanem nu kanakan, pineiwalam nu kanakan. 16. Elles proviennent soit de l'arbre paN (Eugenia kusukusuensis, Hayata), soit de l'arbre panguwen (Eugenia cumingiana, Vidal), soit de l'arbre kalelenden 17. Mais bien sûr cette quête du conjoint ne doit pas se réaliser dans les deux mois qui précédent la délivrance.

La naissance chez les Yami de Botel Tobago

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"Celle-qui-choisit-sa-nourriture" a-t-elle néanmoins toute latitude dans son choix? N'y a-t-il aucune limite à ses exigences? Bien que variable au fil des saisons, l'éventail des produits marins comestibles semble infini: nous avons répertorié environ quatre cents espèces de poissons pêchés régulièrement par les hommes18. Les Yarni les répartissent en deux grandes catégories, liées à la différence des genres. La première, celle des poissons "des femmes" ou "vrais" , inclut des animaux petits, gracieux, colorés et savoureux. La seconde regroupe les "poissons des hommes" ou "mauvais" : il s'agit de poissons de plus grande taille, de couleur terne ou foncée et à chair ferme. A cette catégorie se rattachent des poissons désagréables au gout, ou légèrement toxiques consommés par les vieillards. Les femmes yami se nourrissent exclusivement de poissons des femmes. Quand elles sont enceintes, c'est dans cette catégorie qu'elles choisissent: on a ainsi dénombré vingt-cinq espèces autorisées parmi lesquelles les poissons-volants, le thon aux dents de chien, le bec de cane, la saupe - cf. Annexe I et II. Les hommes yarni de leur côté, à l'exception des poissons-volants, se cantonnent généralement à la catégorie des "poissons des hommes". Mais quand leur femme attend un enfant, le nombre des poissons à leur menu va encore décroître pour se limiter à treize espèces dont le mérou céleste, la loche rayon
de miel, la carangue à grosse tête, le coryphène

-

cf. Annexe

III.

En même temps que les Yami définissent les aliments autorisés aux futurs .parents, ils insistent sur les produits de la mer à bannir de leur menu quotidien qui comprend répétons-le, essentiellement tubercules et poissons. Les enfants du couple ne sont pas tenus d'observer ces interdits alimentaires19 et continuent à manger, selon leur sexe, soit dans le plat des hommes, soit dans celui des femmes. Les aliments prohibés Durant toute la période de gestation, la femme enceinte et son époux sont soumis à des interdits alimentaires, conçus comme des moyens de prévention contre la "contagion", matuying. Les Yami pensent que les espèces défendues transmettent diverses affections ou malformations au foetus par le relais de ses géniteurs. La liste impressionnante des aliments exclus (cf. Annexes IV et V) peut se subdiviser en quatre ensembles. Dans le premier, la contamination découle d'une analogie morphologique ou anatomique. Ainsi, si une future mère se laissait tenter par l'algue brune tala va qui présente des renflements sur les frondes, le nouveau-né aurait son corps couvert de petits boutons. Tandis que si elle consomme la patelle de même nom, elle court le risque de donner naissance à un enfant portant des cicatrices comparables à celles que laisse la varicelle ou la petite vérole. Une
18. Je les ai identifiés avec les Yanù à l'aide d'un livre japonais il1ustré : cf. Masuda H., Araga C., Yoshino T., Coastal fishes of Southern Japan, Tokyo,
faculty of Marine Science apd Technology, Tokai UIÙversity Press, 1975

l'étude de S. Tsuchida. "fish names in yami (Imorod dialect): second interim report", Tokyo University Linguistic Papers, 1984, pp. 11-89. Je remercie Martine Desoutter du Laboratoire d'Ichtyologie (Museum National d'Histoire Naturelle) qui a bien voulu vérifier les espèces citées dans le texte et corriger les annexes. 19. Cf. S. Tsuchida, op. ciL p. 12.

-

et de

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Véronique Arnaud

talavaqui présente des renflements sur les frondes, le nouveau-né aurait son corps couvert de petits boutons. Tandis que si elle consomme la patelle de même nom, elle court le risque de donner naissance à un enfant portant des cicatrices comparables à celles que laisse la varicelle ou la petite vérole. Une femme enceinte s'abstiendra aussi de consommer le poisson pavillon dont les nageoires armées d'épines provoqueraient une inflammation de la gorge et des accès de toux chez te bébé. Le crabe rouge est banni en raison de la couleur de sa carapace qui serait à l'origine d'une hyperthermie. Indépendamment de sa couteur, un crabe ayant une pince ou une patte brisée est exclu: l'enfant serait lui aussi estropié.
nom courant! yami coquillages patelle, ta/a va nécite, kamyamyas apil, oreille de mer patelle, sisi s patelle, vilung turbo oeil de chat ikei nu imang poissons écureuil rayé terler écureuil, veaten rouget à oeillères siva poisson pavillon rayé, kusikusi chirurgien bagnard kuvahan caractéristique morphologique empreinte musculaire à l'intérieur de la coquille ongues dents sur le labre ôtes grumeleuses ommet percé et empreinte musculaire conséquence l'enfant sur

cicatrices dues à variceUe ou petite vérole maux de gorge, toux peau sèche et granuleuse maladie éruptive avec cicatrices

opercule mobile

affection de la rotule

large bande rouge sur première dorsale dorsale épineuse ros yeux

large plaie au cou maux de gorge, toux saillie anormale du globe oculaire maux de gorge, toux taches de naissance sur'" le visage

nageoires armées d'épines robe jaune bardée de lignes pourpres

crabes crabe kaJang crabe rouge cinea nu arau poulpe, lruita

carapace bosselée coloration rouge émission d'encre

gonflements diffus, œdèmes afflux de sang, fièvre traces noires sur visage et corps

Tableau 1. Interdits de la mère associés à la morphologie

La naissance chez les Yami de Bote! Tobago

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Le même risque d'analogie morphologique est invoqué dans les interdits imposés au futur père. S'il consomme le poisson-oiseau tarukuk, dont la bouche est munie d'une seule rangée de dents, son enfant naîtra avec un bec de lièvre. Par contre, si un nouveau-né a la peau très foncée, on soupçonnera son père d'avoir dégusté de la girelle seiyin à la peau noire. D'autres espèces sont citées: nom courant! yami
dorade tropicale pa!ui perche, kamanciracirawan thon aux grands yeux kavavauiwen thazard, tanigi

caractéristique morphologique
cavité buccale pavée de plaques dures robe rayée structure musculaire développée grande bouche, dents triangulaires

conséquence sur l'enfant déformation de la cavité buccale marques sur la peau, marbrures au visage large bouche à lèvres lippues petite bouche en cul-de-poule bec de lièvre noirceur de la peau long nez pointu long nez pointu

poisson-oiseau tagarit museau étiré poisson-oiseau tarukuk unique rangée de dents girelle, seiyin peau noire nason brun, ranguyan corne frontale nason à rostre court ranguranguyan nu anitU corne frontale

Tableau 2. Interdits du géniteur associés à la morphologie20

Dans le deuxième ensemble d'aliments prohibés, la contagion résulte d'une analogie de comportement Citons d'abord, le bénitiér, kunu ou miming: la plupart du temps encastré dans les rochers ou le corail, il est interdit à la femme enceinte car on redoute que l'enfant à naître ait des difficultés motrices. Le calmar, vareiwan,quant à lui, est écarté du menu quotidien des géniteurs, de crainte que leur enfant ne marche à reculons. Une autre variété de calmar, le kananis, est cette fois interdite au père du fait qu'il nage la tête tournée vers l'arrière, l'enfant pourrait aussi, comme ces mollusques, marcher en reculant. D'autres produits de la mer sont également bannis de l'alimentation du futur père: de par le gargouillement produit par son opercule d'où s'écoulent d'abondantes sécrétions, le turbo vert, mollusque gastéropode, kMab, prédisposerait l'enfant à des expectorations spumeuses. Les poissons20. Pour établir ce tableau, j'ai complété mes données à partir de B. Dezso, A Comparative Study of the Bashiic Cultures of !rala, Ivatan and Itbayat, A Thesis in Comparative Literature, The Pennsylvania State University, 1987, mimeographié, pp. 138-143.

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Véronique Arnaud

papillons, taper, nageant par deux, sont proscrits car ils pourraient provoquer une naissance gémellaire dite néfaste. Les papillons à antennes, apu nu taper, identifiés comme "petits-fils" des précédents, nagent également par deux et sont, de ce fait, porteurs des mêmes menaces. Dans le troisième groupe d'interdits, sont réunis des aliments que les Yami considèrent comme toxiques, voire mortels. Y figure en particulier une catégorie désignée sous le nom de "poissons des esprits des morts" ; il s'agit de la part due par les êtres humains aux revenants qui n'hésitent pas à venir la réclamer, les nuits de pêche à l'épervier en particulier21. C'est également la part des hommes âgés, des êtres neutres et sans nom, silegei, comme les personnes sans enfants qui ne craignent ni le danger ni la mort. Les futurs pères évitent cette nourriture de peur de mourir sans postérité, sans enfants, mais aussi sans chèvres ni porcs. On y trouve surtout le chirurgien noir, hangsa, dit "chirurgien puant" qui est le poisson préféré des morts. Sa consommation par le géniteur provoquerait chez l'enfant des troubles de la parole par exemple des bégaiements car selon les Yami, les morts s'expriment en répétant ou en inversant les syllabes. Vient ensuite le chirurgien zébré, acyud, dont les aiguillons sont porteurs d'un mucus toxique. Bien qÙ'on puisse le rendre comestible par cuisson sur foyer à part, si le futur père en goûtait, il exposerait son bébé à une mort prématurée. Avec le quatrième et dernier ensemble de prohibitions, la contagion est attribuée à l' homophonie entre les noms de certains coquillages ou poissons et ceux de certaines pathologies ou malformations. Ainsi, un lien de cause à effet est-il supposé entre la consommation par la génitrice de la patelle kamannunuka et l'apparition chez l'enfant d'une "maladie éruptive", manuka. Deux variétés de nérites, kapanipani et kapanipani nu anitu, sont à l'origine de "malformations de la hanche de l'enfant", mapanipani u kanakan. De même, si un enfant est "secoué d'un rire nerveux", maming, on en déduira que la mère a dégusté du poisson-chèvre à trois selles, amingan. Enfin, s'il est "saisi de tremblements" convulsifs, meidaudu, l'entourage pensera au labre, daudu. La même logique est invoquée si le nouveau-né "présente des troubles respiratoires", tuhanghangsa. Cette fois, c'est son père qui se serait laissé tenter par le chirurgien noir, hangsa, lequel était déjà banni en tant que part préférée des morts. Aujourd'hui, la plupart des jeunes travaillant à Taiwan, observent ces multiples interdits avec une grande souplesse. Les anciens voient dans la série de fléaux survenus depuis 1980 - épidémie de choléra, incidence croissante des troubles mentaux, de l'alcoolisme et de la criminalité - autant de sanctions infligées aux Yami, en particulier aux plus jeunes sans ressources, par les divinités, dites, rappelons-le, "les Hommes du Haut". Pour les personnes âgées, les interdits alimentaires imposées à la femme enceinte et son époux sont encore conçus comme un moyen efficace de défense contre les "ravages" de la contagion. Pour reprendre une formule de N. Revel à propos

21. Cf. V. Arnaud, "Cohabitation difficile entre les Yami de Botel Tobago et les âmes de leurs morts", ASEMI, 1979, X, 2-3-4, pp. 119-168.

La naissance chez les Yami de Botel Tobago

21

des Palawan, ils sont des "charmes contre l'analogie"22 visant à la protection

et à la bonne santé de l'enfant qui va naître.

.

Il est néanmoins des cas où les chances de survie du nouveau-né et de sa mère sont infimes, un avortement est alors permis. Celui-ci est réalisé par application sur le bas-ventre de plantes dont les feuilleg23 sont préalablement grillées. La mère peut aussi détacher sa ceinture de grossesse deux mois avant terme et se rendre à la montagne près des lacs de cratères où les esprits des morts sont, dit-on, particulièrement nombreux. Selon la croyance yami, ces derniers tueraient le bébé, et par la suite, la femme sans ceinture mettrait au monde un mort-né. Sans entrer dans la catégorie des techniques abortives, la violation de certains interdits alimentaires par la future mère peut avoir, semble-t-il, les mêmes résultats. Ne dit-on pas en effet que si la grossesse se prolonge anormalement, l'accouchement peut être provoqué par l'absorption de nourritures prohibées? La femme enceinte peut également arracher des mauvaises herbes, accomplissant un geste qui par magie analogique, peut amener le foetus à se "décrocher". La tradition orale rappelle les dangers d'une gestation trop longue. Une femme qui a porté son enfant pendant quinze lunaisons accouche d'un géant au nez long de deux empans; dès le deuxième jour, il se lève et marche pour aller aider son père à couper de gros bambous pour son berceau et attraper le porc destiné à être sacrifié puis remis à Cellequi-lave. Peu après, il fabrique sa propre pirogue et va pêcher le coryphène au détroit des Bashi24.
LA VENUE AU MONDE

La lune prévue pour la naissance est arrivée. Dès les premières contractions, le mari va chercher l'accoucheuse. Celle-ci arrive à la maison de l'accouchement avec un pot d'eau et un bol rempli d'huile de porc et dit à la femme allongée sur le plancher: "Je viens pour te masser, masser ton corps, calme et brillant, aussi précieux que l'or". Cest elle qui guide avec ses mains la progression de l'enfant. Puis, elle dégage le nouveau-né et elle coupe le cordon ombilical, pesed-na, à l'aide de la lame de bambou. Elle fait ensuite sa toilette avec de l'eau apportée par le père, le masse avec de l'huile et le débarrasse du vernix caseosa qui recouvre son visage pour "le faire beau". Le "nouveau-né" est appelé "l'enfant qui est esprit", matarak a tau a kanakan, du nom d'êtres volants, tarale,d'origine surnaturelle, réputés pour leur beauté. Il vient de la surnature et en garde une partie des attributs. La sage-femme enveloppe ensuite le bébé dans des étoffes et elle frotte son nez contre le sien, manière yami de l'embrasser. Puis, si c'est un garçon,

22. Cf. Fleurs de Paroles. Histoire Naturelle Palawan, Paris, Peeters/Selat, 1991.T. II, p. 111. 23. De la liane rai, Paederia kinésies, Hanche, Rubiacée. du plumé, minaotaotan, Plume hieracifolia, Dc, du c1érodendron, parapagan, Clerodendron inerme (Lin.) Gaertn, ou de la plante appelée "puante au bord de mer", mangut nu lœkawan, Crossostephium chinense, Makino, cf. T. Kano, op. cit. p. 89. 24. D'après le récit d'un vieillard de Diraralei relatant la naissance de son ancêtre Si-Nagat, le "Grand homme" .

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Véronique Arnaud

elle le présente à son père en ces termes: "Bonjour25 Or l" ; s'il s'agit d'une fille, eUe dit seulement "Bonjour l" Lorsque le placenta, lisuud, se décolle des parois de l'utérus, l'accoucheuse appuie sur le ventre de la mère pour l'expulser. La jeune mère est ensuite lavée à l'eau tiède puis massée. L'accoucheuse présente le placenta et le cordon ombilical à la mère, puis au père. Celui-ci les mettra dans le sac confectionné avant la naissance, et ira les enterrer sous le plancher au fond de la maison en prenant soin de laisser sortir un morceau du sac. On dit que s'il est enterré trop profondément, les dents de l'enfant ne poussent pas. Une grosse pierre est posée par dessus. Aspersion d'eau et dation du nom V"aspersion d'eau sur le sommet de la tête de l'enfant", a lieu le lendemain de la naissance. La famille se rend dans la pièce du troisième niveau appelée "La maison" : c'est un espace consacré par le poteau principal, tumuk, "érigé" par les ancêtres pour "maintenir en vie" leur descendance. Ici, la place du maître de maison est à droite et celle des poissons-volants à gauche26, - cf. fig. 2. Vêtue d'une jupe et d'un haut tissés marine et blanc, parée de son long collier de cornaline, la mère est entourée de l'accoucheuse et des autres enfants, le cas échéant. Le père en vêtements cérémoniels heaume d'argent s'il s'agit d'un fils, pectoral d'or et bracelets d'argent, gilet et cache-sexe tissé marine et blanc - tenant son sabre à la main et un bol, va puiser l'eau à la source de son patrilignage. La présence de la source a déterminé la localisation du lignage et l'eau qui en jaillit va situer l'enfant à l'intérieur de son groupe. Le père sera tout particulièrement attentif à cette eau porteuse de vie: il ne doit ni trébucher, ni en faire tomber une goutte de peur de voir mourïr2' son enfant. A Diraralei, de retour de la montagne de duVungku où résident les esprits du même nom, le père monte avec l'eau de source sur le toit de la maison, lieu d'appel pour les morts, et les menace de son sabre dont il trempe la lame par deux fois dans l'eau sacrée. Le rite d'aspersion sur le sommet de la tête de l'enfant est célébré lorsque le soleil est au zénith successivement par le père, la mère, le grandpère et la grand-mère paternels, le grand-pèreet la grand-mère maternels, et enfin l'accoucheuse. Pour éviter de renverser l'eau, ils en prennent un peu avec l'extrémité du sabre ou la pointe d'un couteau, de façon à "asperger le sommet de la tête de l'enfant". Le choix de cette partie du corps peut s'expliquer par le fait qu'elle est le siège de l'"âme forte" muuyat a pabad, du

25. La fonnule de salutation est gukei qui signifie 'pauvre" 26. Cf. note 7 et V. Arnaud, "Tumuk, 'le poteau dressé pour l'éternité' (Taiwan)" in: De la voûte céleste au terroir, du jardin au foyer, Textes offerts à Lucien Bernot, Paris, EHESS, 1987, pp. 89-93. 27. Littéralement, "changer sa chance de vie", mabliblis u lag na.

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1. 2. 3. 4. 5. 6/7.

"Terrasse pavée", du maurud "Lieu de saignée des animaux", du panmigwan "La cour d'entrée", du maurud nu susdepan "L'entrée", du susdepan, pièce du premier niveau "Le milieu", du maya/(, pièce du deuxième niveau "La maison", du vahei, pièce du troisième niveau

fig. 2. Schéma

en coupe de la maison

yami

D'après T. KANO et K. SEGAWA, An Illustrated Ethnography of Formosan Aborigenes. The Yami, Tokyo, Maruzen Compagny Ltd., 1956, vol I, p. 39.

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moins pour certains Yami28. Au moment de verser l'eau, le père et la mère prononcent les paroles suivantes: "Ton corps est aux esprits vungku !Que cette eau versée sur ta tête te donne la vie, la vie très longue jusqu'à ce que tes cheveux blanchissent! Que tu demeures dans la lumière du jour à jamais !". "Mon enfant, dit la mère, que cette eau te fasse vivre très vieux! Puisses-tu sentir l'odeur même des gros porcs, l'odeur même des gros taros, l'odeur même de l'or l" L'aspersion d'eau est un rite de longévité et de fertilité: on asperge de la même façon les poissons-volants pour les rendre féconds et s'assurer une pêche abondante. L'accoucheuse, en versant l'eau à son tour sur la tête du bébé, récite des invocations destinées à favoriser la bonne santé de l'enfant et à éloigner de lui les maladies. Elle va lui donner certains conseils de "bonne conduite" et de "bonnes pensées", l'inciter à travailler avec ardeur et à agir avec probité et discrétion, comme par la suite devront agir les enfants du bébé. Autrement dit, en accomplissant ce rite de passage, la sage-femme commence à "humaniser" l'enfant-esprit. Elle souhaite le modeler selon les nonnes traditionnelles. La dation du nom suit immédiatement le rite d'aspersion d'eau. Elle est accomplie au même endroit, dans la pièce du troisième niveau dite "La maison". C'est une étape rituelle importante car s'il s'agit d'une première
naissance, elle pennet aux proches de l'enfant de "changer de nom". Le père et

la mère cessent d'être appelés par leur nom personnel et deviennent "Père de", Sian, ou "Mère de", Sinan, suivis du nom de l'enfant. Les grands-parents "changent de nom" également et deviennent "Grand-père de", Siapen, et "Grand-mère de", Siapen, suivis du nom de l'aîné de leurs petits-enfants. Quant aux ascendants de la troisième génération, ils cessent d'être appelés "Grands-parents de" pour entrer dans la catégorie plus anonyme des "arrièregrands-parents", siapen kutan. Cette appellation est suivie du nom de leur lignage. L'arrière-grand-père paternel, juste avant la dation du nom, prononce les paroles suivantes: "Je suis très vieux maintenant et je n'ai plus beaucoup dejours devant moi. Mon petit enfant me représente désonnais. Comme moi, il n'a que quelques jours de vie. Nous sommes pareils tous les deux, nous ne portons pas de nom et nous n'avons que quelques jours de vie. " Il y a symétrie entre l'arrière-grand-père qui ne porte plus de nom et son arrière-petit-enfant qui n'en porte pas encore. Mais plus pour très longtemps! Les parents choisissent de préférence parmi des "noms bas" qui déprécient tels que Si-Maumei, Le-Paresseux, Si-Dingras, Le-Molasson, SiLinei, L'Oisif, Si-Maveve, Le-Petit. Ce sont de "bons noms", piya su ngaran, qui aident à se cacher des esprits des morts. "Celui qui a de bonnes pensées" est un "homme riche", meinakenakem a tau: il reste le plus discret
28. Le siège de l'"âme forte", considérée comme principale, diffère selon les villages: à Divalinu, elle se trouve au sommet de la tête, et à Diraralei dans l'épaule droite. Selon la croyance dans ce village, l'homme possède deux âmes, une dans l'épaule gauche et une dans l'épaule droite. La gauche est l'âme voyageuse qui s'échappe du corps le temps d'un rêve ou d'une maladie. La droite est "l'âme forte": elle ne s'enfuit qu'à la mort, et doit atteindre l'île septentrionale de Dikararaparyan ; sinon, elle devient aDitu, et erre au cimetière, dans la forêt, autour du village. Il semblerait que l'enfant vienne au monde doté de ses deux âmes, mais cette hypothèse reste a vérifier.

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possible sur lui-même, sur ses faits et gestes, et se fait passer pour misérable. Cela lui permet de ne pas se faire "pincer par les esprits des morts", akbengen nu anitu, et de posséder des biens - des taros, des porcs et de l'or. Sont déconseil1és en revanche, les "noms hauts" tenus pour dangereux comme Si-Meimurung, Qui-dresse-sa-proue : ils attirent l'attention sur les êtres humains qui les portent et les rendent vulnérables29. Ils sont néanmoins portés lorsqu'ils sont dits hérités des ancêtres ou " des Hommes du haut", tel le nom Si-Atuvuan, Qui-Grandit ou Si-,Lungalung, Qui-a-de la-nourriture-enabondance. Le fait de souligner l'originè sacrée de ces grands noms venus du haut constitue à lui seul un rite de protection. Chacun des acteurs du rituel va toucher le front de l'enfant et s'adresser à lui en le nommant, ainsi son père et sa mère lui disent: "Voici ton nom. Cest nous, ton père et ta mère qui te l'avons donné." "Puisses-tu, une fois marié, ajoute son père, avoir des chèvres, des porcs et des taros en abondance! Que l'odeur des gros porcs t'imprègne, imprègne ta descendance de génération en génération." Pour les Yarni, tout ce qui est important a une odeur spécifique: l'or, les animaux, les plantes, les êtres humains, et en particulier, les nouveauxnés. Dans les formules proférées, l'odeur est toujours bénéfique et transmissible "par contagion" au bébé et à ses futurs descendants. Les paroles contribuent à cette transmission magique et constituent des séquences essentielles de tous les rites associés à la venue au monde. A leur tour, les grands-parents et l'accoucheuse vont toucher le front du bébé et s'adresser à lui en le nommant, par exemple: "Tu es si-Maumei, ton nom est Paresseux. Que ton nom te garde en vie de longues années et qu'il garde en vie ta descendance 1Sache aider ton père et aider ta mère! Sache écouter les paroles de ton père et de ta mère 1" Toujours dans l'espace sacralisé par la présence du poteau hérité des ancêtres, une fois l'enfant nommé, sa mère qui le tient dans ses bras va lui montrer sa maison et lui présenter sa famille: "Tu es mon enfant, dit-elle, voici ta maison, voici ton père, voici ton grand-père, voici ta grand-mère !" Le père d'abord, puis la mère, le grand-père et la grand-mère paternels, le grand-père et la grand-mère maternels vont, chacun à leur tour, prendre de l'eau et la verser dans la main droite du nouveau-né en lui disant: "Voici ta maison !" L'eau de source du lignage mise dans le creux.de la main droite, valorisée par rapport à la gauche, est destinée à rattacher l'enfant à sa famille, à sa lignée ancestrale. Des rites et des dons Le lendemain de la dation du nom, la sage-femme se rend chez la jeune accouchée. Dans un premier temps, elle lui retire son "couvre-seins" : "Que cette étoffe qui te couvrait les seins, dit-elle en la déchirant, soit pleine de trous tel notre filet à coquillages !" Ainsi le lait jaillira! Aussitôt le couvreseins déchiré, il faut.consommer du millet censé favoriser la montée du lait. Le père bat du millet, le fait cuire et l'apporte à sa femme et à l'accoucheuse qui vont partager "un premier repas après l'accouchement" pinangtean. Cette
29. Cf. V. Arnaud, 1979, op. cU.

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collation est servie ~s la pièce du deuxième niveau appelée "Le milieu". Tous les repas rituels se prendront dans cet espace, lieu de réunion et de partage de nourriture. Le père procède ensuite à un rite de "protection de l'enfant contre les maladies de contagion", akead nu kanakan; il met la moitié d'une plaque d'or ou, à défaut, une pièce de dix kuai (monnaie de Taiwan) dans la main droite de son enfant en disant: "Je te donne cette pièce de métal pour que tu prennes toi-même l'odeur de l'or (ou de l'argent) et deviennes, comme lui, brillant et inaltérable." Puis, le jeune père doit récolter des taros30 qui d'après les Yami ont des vertus lactogènes. Muni du bâton à fouir cérémoniel de sa femme, il déterre six taros de taille moyenne et cinq gros3! auxquels il coupe les feuilles et laisse la tige, partie vivante et reproductrice. Ce premier repas de taros est partagé par les deux époux. Le mari retourne ensuite à la montagne ramasser un panier de taros destinés cette fois à l'accoucheuse à qui il va les remettre en affirmant: "Voici des restes de nourriture de notre petit, des "restes de taros de notre enfant 1" En échange de la vie de l'enfant qui a été facilitée par l'accoucheuse, ses parents sacrifient aussi un porc ou une chèvre, s'il s'agit d'un garçon, un poulet, si c'est une fille. Du sang du porc est appliqué sur le front du bébé de manière à favoriser sa croissance et sa longévité. Les géniteurs offrent aussi une grande quantité de poissons, en particulier des saupes grises, porteuses d'heureux présages. Au même titre que les taros, ces prestations sont appelées "des saupes grises et du porc, restes de nourriture de notre enfant"... En qualifiant de "restes de nourriture" les dons à la sage-femme, on s'efforce de dévaloriser ce qu'on estime le plus, les taros, les saupes et la viande. L'accoucheuse s'occupe ensuite du bébé. Elle le dépose doucement dans le "berceau", lulei nu kanakan, qui a été confectionné par le père; c'est une sorte de hamac fait d'un rectangle de toile tissée en chanvre de Manille, suspendu horizontalement par ses deux extrémités à des montants de bambou tenus par des cordes tressées32. Il est installé le plus souvent dans la maison où réside le jeune couple, ou sur la plate-forme couverte pendant la saison chaude. En le mettant dans son berceau-hamac, elle lui parle: "Je te mets dans ce berceau, petit enfant, ne pleure pas ! Tu es un gros taro! Tu as l'odeur même du taro. La tête des taros se dresse hors de l'eau et reste toujours à la lumière. Toi, mon tout-petit, te voici dans ton berceau! Que ton corps s'épanouisse comme dans l'élément liquide! Et que ta tête, telle celle des taros, se dresse et reste toujours à la lumière, la lumière du jour à jamais 1" Pour un garçon, elle ajoute: "Quand tu seras grand, tu construiras des tarodières, tu iras en montagne abattre de grands arbres et tu sortiras en mer pêcher le poisson-volarit ..." Selon la conception yami, l'enfant est comme une pousse de taro car ce qui lui donne la vie est liquide, le lait que le taro lui-même favorise chez la 30. Les hommesne ramassent les taros qu'à des occasionsfestives.
31. Appelés maseveh, ceux.ci sont laissés en terre pendant deux ou trois ans et sont utilisés à de seules t'ms rituelles. 32. Aramei ou parparengen: Maoutia setosa, Wedd. Urticaœe.

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mère et fait jaillir de ses seins comme d'une source. Pour matérialiser l'analogie enfant/taro, l'accoucheuse prend une jatte remplie de taros, puis la repose. D'une main, elle évente alors le bébé à l'aide d'une infra-base d'aréquier, de l'autre, elle le berce.

fig. 3. Le berceau-hamac

du bébé yami.

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Le couple sert ensuite à la sage-femme une part de poulet coupé en morceaux. Lorsqu'elle a mangé, elle est raccompagnée chez elle avec ses prestations, les "restes de nourriture de l'enfant" consistant en la moitié d'un porc, un grand panier de taros et des poissons: trois saupes grises crues ouvertes33 et trois saupes grises préparées de la même façon mais cuites et déposées sur un plat à poissons des femmes, et une poignée de dix poissonsvolants séchés. D'autre part, un quart du porc sacrifié est offert à une "nourrice", une parente proche ayant un enfant en âge de marcher, qui allaitera le bébé pour la première fois, et qui pourra venir en aide à la jeune accouchée si la montée de lait est insuffisante. Tout comme les offrandes de nourriture, ces prestations sont remises dans la pièce du deuxième niveau ou "Le milieu". Trois jours après l'accouchement, le père accomplit un rite variant selon le sexe de l'enfant. Si le nouveau-né est un garçon, son père dresse au faîte de sa maison une canne à pêche au bout de laquelle sont accrochés des crabes kalang, appâts appréciés des poissons-volants: il espère ainsi encourager son fils à sortir en mer à l'avenir. S'il s'agit d'une fille, le père confectionne de nouvelles pièces du métier à tisser, en particulier un poinçon en bois, pour inciter sa fille à produire des étoffes aux fils soigneusement entrecroisés. Ainsi se trouvent officialisées les activités dévolues à chaque sexe. La jeune accouchée et son alimentation Peu après l'enfantement, de trois à huit jours dit-on, la mère se prépare à sortir de la maison pour la première fois. Elle choisit pour cela un jour
faste du calendrier

-

la nouvelle lune, le premier quartier ou la pleine lune.

Elle se passe de l'huile sur tout le corps pour se protéger et arbore le chapeau utilisé habituellement pour aller aux champs afin de passer inaperçue. Accompagnée de la sage-femme, elle va jusqu'à la fontaine du village pour se laver à grande eau et se débarrasser de l' "odeur de l'enfant dont elle a accouché". Cette émanation peut attirer les esprits des morts. Le père est aussi présent et actif: il sacrifie un porcelet ou un poulet. Puis paré de son heaume d'argent et de son pectoral d'or et tenant à la main des morceaux de viande et son sabre, il s'adresse aux esprits des morts: "Prenez ces morceaux de viande, emportez très loin cette offrande, ne venez plus nous en redemander par la suite, laissez notre enfant en vie !" Chaque fois que la mère se rendra dans un autre village pour la première fois après son accouchement, elle se lavera ainsi à la fontaine pour éloigner les esprits des morts qui hantent le lieu visité et protéger son enfant34. Dès la venue au monde, nous avons vu que l'entourage cherche à stimuler la lactation. C'est la finalité du premier repas de millet et de la consommation rituelle de taros. De la même façon on propose au bébé un
33. Le poisson de taille moyenne est vidé, découpé le long de la partie dorsale, ouvert en prenant soin d'enlever l'arête centrale et de laisser la partie ventrale intacte, et salé. On passe ensuite un lien dans la cavité oculaire pour le suspendre et le faire sécher. 34. Cf. T. Kano, op. cil., p. 86.

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sein de substitution pour lui donner au plus vite le goût du lait. Afin de favoriser la montée de lait, on encoura.ge sa mère à boire de grandes quantités d'eau bouillie et à augmente!,"sa consommation de millet. En ce qui concerne les tubercules, les opinions varient d'un village à l'autre: à Dimurud, la jeune accouchée mangera des patates douces et des ignames dès le sixième jour. A Dyayu au contraire, elle évitera l'igname et les autres tubercules de culture sèche de peur d'arrêter la lactation. De même, son alimentation quotidienne sera dominée par les "poissons qui ne se nourrissent que d'eau (et de plancton)". Entrent dans cette catégorie le poisson balayeur et le poisson pavillon rayé dont elle boira l'eau de cuisson et consommera les filets. On dit aussi que pour avoir du lait à profusion, la jeune mère doit consommer de la viande de porc car lorsque l'animal est percé à la veine jugulaire, son sang coule de sa gorge sans pouvoir s'arrêter. En revanche, la jeune mère doit éviter de manger du "gras" qui l'empêcherait d'allaiter son bébé. Sinan-Tararyu, sage-femme à Diraralei, ne conseille-t-elle pas dans son chant: "Voir cet enfant crier après sa mère m'étonne Tu ne penses pas à ce que tu devrais manger Tu as goût en particulier pour le gras N'en mange pas de peur d'assécher tes seins". Bien qu'on continue à appeler la jeune accouchée "celle-qui-choisit-sanourriture", elle est non seulement conseillée, mais soumise encore à des interdits alimentaires. En effet, en même temps que perdurent presque toutes les prohibitions imposées pendant la grossesse - du moins celles qui concernent les poissons -, sont introduites de nouvelles restrictions relatives à des poissons autorisés à la femme enceinte - cf. Annexe II. Tous ces interdits seront successivement levés au fur et à mesure du développement de l'enfant. Ainsi, à partir du quatrième mois, "période où il commence à s'asseoir" , et à manger des aliments solides comme des tubercules pré-mâchés par sa mère, celle-ci pourra consommer de nouvelles sortes de poissons tels que la saupe grise, la blennie et le perroquet lie-de-vin. Au même stade, elle pourra aller faire sa récolte aux tarodières les plus proches, prenant la précaution de se protéger par deux vêtements du haut et deux capes superposés les uns sur les autres de façon à atténuer l'''odeur du bébé" et à mettre son âme à l'abri des esprits des morts. Entre un et dix mois, période où l'enfant est particulièrement vulnérable, le père évitera de pêcher à la ligne de traîne des poissons de hautsfonds. Cette pêche nécessite des pierres pour plomber la ligne et on dit que: "Si le bébé et sa mère ne peuvent manger de poisson pêché de la sorte, la faute en est aux pierres." En effet, une fois le poisson attrapé, ces dernières - nous a expliqué Sian-Paruksu -, sont perdues à jamais comme le seraient le bébé et sa mère qui mangeraient de ce poisson-là. Depuis peu, le poisson se raréfiant, il est possible de transgresser l'interdit en utilisant l'or ou l'argent qui confèrent le pouvoir. Afin d'affronter les esprits des morts des hautsfonds, le père attache à sa ligne puis jette à la mer son pectoral d'or; une fois celui-ci remonté à bord, le poisson pêché pourra être consommé par la mère et son enfant.

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Au dixième mois, quand l'enfant commence à "marcher à quatre pattes", mananap, de nouvelles espèces de poissons sont autorisées à la mère, ainsi que quelques bouchées de la chair des pinces de crabe. L'enfant, quant à lui, peut aussi manger du poisson, de la catégorie des femmes pour les filles, et de celle des hommes pour les garçons. Vers l'autonomie de l'enfant L'enfant qui "marche à quatre pattes" est progressivement intégré à la société par l'alimentation. Il fait aussi l'objet d'un rite appelé "le passage du collier", rakkan nu kan8k8/1 Les parents vont chercher l'accoucheuse; ensemble, ils choisissent une "bonne lune", souvent le premier quartier, pour célébrer ce rite. La sage.femme fabrique un collier avec une pièce d'argent pour les garçons. Pour les filles, elle utilise des perles de verre orange, les maladies de contagion - d'agate et de nacre. En passant le collier autour du cou de l'enfant, elle lui dit: "Que ce collier te garde dans la lumière du jour àjamais !" Désormais l'enfant est moins vulnérable car il porte sur lui des joyaux hérités de son père pour le garçon et de sa mère pour la fille, lui permettant de repousser lui-même les esprits des morts qui le menacent. S'il s'agit d'une fiUe, après le "passage du collier", la sage.femme célèbre le rite "donneur de longue vie pour l'enfant", ipan/a//agan nu kJmakJm. Elle passe une corde autour de la taille de la petite fille, comme celle qui tiendra sa jupe plus tard, et la lui noue en déclarant: "Garde ce lien autour de ta taille jusqu'à ce que tu aies les cheveux blancs! Que la nourriture partagée à cette occasion favorise ta bonne croissance! Que ta vie soit longue, que tu demeures dans la lumière du jour àjamais !" Si l'enfant est un garçon, on attend qu'il soit en âge de marcher. A ce stade, le père pourra reprendre part aux activités collectives de son groupe de pêche, en particulier, il participera avec son enfant au grand "rituel d'appel des poissons-volants sur le port", meivanua. Tenant dans la main un galet de lave appelé pan/sgan, "donneur de longue vie", enduit du sang des porcs sacrifiés pour la cérémonie, le géniteur se tournera vers le Levant et placera le galet dans la main droite de son fils en disant: "Voici un galet enduit du sang du port (sic) pour appeler les poissons-volants! Voici un galet qui te donnera une longue vie, la vie pour toi, la vie à jamais pour notre descendance de génération en génération! Que le port de nos ancêtres, enduit de sang, reste dans la lumière du jour de toute éternité!" Cest ainsi que le petit garçon est présenté aux pêcheurs de son groupe. Il assiste aussi au sacrifice et au découpage d'un poulet à la proue de la pirogue, entouré de son père dont il porte parfois le gilet, de ses frères, de son grand-père et de son oncle paternels. A cette occasion, il rencontre tous les autres garçons en âge de marcher qui comme lui, ont reçu le galet "de longue vie". Les pères peuvent retrouver leur groupe de pêche dans la maison du b81Teurappelée pour la circonstance "maison de longue vie". Par le rituel "donneur de longue vie", la petite fille a rejoint sa mère et les autres femmes, le petit garçon son père et les membres de son patrilignage. Lorsque leur enfant marche, le père et la mère peuvent retrouver une activité normale car sa gestation est enfin achevée.
muu/ag, de verre bleu, marapunei

-

protection contre les esprits des morts et

La naissance chez les Yami de Hotel Tobago

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La naissance biologique et sociale chez les Yarni est donc l'aboutissement d'un long processus. La gestation s'étale sur près de deux ans et se déroule dans un univers confiné. Les puissances surnaturelles y sont étroitement associées. Les géniteurs, assistés de la sage-femme, y jouent un rôle actif. Le père yami y participe intensément; à l'instar de sa femme, il intervient au niveau biologique et il est soumis à une multitude d'interdits durant la grossesse. De leur respect, dépendent la survie de l'enfant et son avenir. De plus, durant la gestation et après la naissance, c'est un acteur important du rituel. Sans lui, le foetus puis le nouveau-né ne peuvent se développer normalement, ils restent incomplets. N'encourageait-on pas une mère célibataire, dans cette société, à mettre un terme à sa grossesse! Les implications multiples du père dans cette "fabrication" sociale et symbolique de l'enfant permettent sans doute de parler de couvade. Si on considère les représentations relatives au nouveau-né, est mis en lumière son lien avec la surnature. Il est rattaché tout d'abord à la divinité lparagaragao qui préside à sa conception et qui détermine son espérance de vie et son sexe. Interviennent également des êtres volants dont les tarak qui offrent un idéal esthétique et les vungku gardiens de la source du patrilignage. Quant aux anitu, omniprésents et familiers, ils peuplent l'univers yami celui des adultes et celui des enfants - de la vie foetale à la mort. Mais, à l'inverse des êtres du Haut que sont les autres puissances surnaturelles, ils menacent la santé et la survie même de l'enfant. Non seulement, celui-ci est enfant-esprit mais il est aussi enfant-taro. Telle taro à usage rituel qui met deux à trois ans pour arriver à maturité, le tout-petit exige des soins constants pour être autonome. Il est une plante que sa mère a cultivée et que son père irriguée. Comme le taro, il émerge peu a peu de l'élément liquide, dresse sa tête et croît. Aspergé d'eau et de paroles, il pourra acquérir alors des taros, du bétail et de l'or - c'est-à-dire toutes ces richesses qui feront de lui un homme influent, un pêcheur expérimenté...

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ANNEXEI
Poissons autorisés à la femme durant sa grossesse et après son accouchement;

Famille Exocoetidae

Nom latin Cypselurus sp. C. unicolor C. poecilopterus C. angusticeps C. cyanopterus C. spilopterus

Nom courant poisson. volant

Nom yami~ alibangbang susuuwen kalalau, lukluk papatawen mavaeng su panyid mabakbak su jajs

ANNEXE Il
Poissons autorisés à la femme pendant sa grossesse mais interdits après l'accouchement;

Famille SelTanida: Kyphosida: Sparidae
Embiotocidae

Lethrinida: Sparida: Lethrinida:

Nom latin Cephalopholis urodelus Kyphosus lembus K. cinerascens Acanthopagrus Ditrema temmincki Gymnocranius griseus G. lethrinoides Pagrus major Lethrinus miniatus L. mahsena L. nebulosus L. xanthochilus

Carangida: Scombridae Blenniidae Labrida: Acanthurida:

Carangoides ferdau Gymnosarda unicolor Entomacrodus striatus Istiblennius edentulus Hemipteronotus sp. H.woodi Acanthurus guttatus

Nom courant mérou drapeau saupe saupe grise schlegeli pagre perche pagre pagre pagre bec de cane à museau long tamouré bec de cane bec de cane à museau court carangue tachetée thon aux dents de chien blennie rayée blennie labre labre rouge chirurgien moucheté

Nom yami varavara cirayan a ilek ilek sagang apu nu ilek mattan meilak sagang tagarit nira mangalat vusisi savawan vauyu mavala su asi muveng su sit apurun apurundu ilaudJ. kakarei

ANNEXE III
Poissons autorisés au mari durant la grossesse et après l'accouchement de sa femme;

Famille SelTanidae

Nom latin CephaJopholis boenack C. argus Epinephelus quoyanus E.mena E. tukula E. caeruleopunctatus Lethrinidae Gnathodentex aureolineatus Carangidae Caranx ignobilis

Nom courant mérou mérou céleste loche loche rayon de miel loche loche ponctuée perche d'or carangue à

Nom yami
palalrapaun du

/rala vakes anyid rareiyin du Ilaud uyud a vero rareiyin a vera duIrala as/ed ci/at

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