//img.uscri.be/pth/a679dc788c92484fe0c946dd1c0e47b50b7c1a6d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,03 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Ethnicité et démocratie en Afrique

De
127 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 septembre 1994
Lecture(s) : 78
EAN13 : 9782296285941
Signaler un abus

Ethnicité et Démocratie en Afrique

L'ETHNICITÉ EN AFRIQUE À L'HARMATTAN
BA Oumar Moussa. Noirs et Beydal1es 111.auritalliellsL'école creuset de la nation? 160 p. COUBBA Ali, Djibouti - Une 1lation en otage, 350 p. DIGEKISA Victor. Le 111.assacre e Lublunhashi-Zai"re 11d 12 Mai 1990,400 p. DIOUF Makhtar, Sénégal: ethnies et natioll, 240 p. ELENGA Mbuyinga, TribalisJ11eet /JrohlèJ11.es atiollal ell n A.frique Noire, 300 p. MZALA. Buthelezi et l'/llkl1a(a - Le double jell, 300 p. NDEGEY A Vénérand, Répression au Burundi. Journal d'un prisonnier vainqueur, 136 p. OUOHAM TCHIDO Stanislas, Pl/r {fécret ]Jrésidelltiel, 260 p. SAMIR A... VANSY J., L'ethnie Ù l'assaut des nations (Yougoslavie, Ethiopie), 140 p. Etc.

Melchior MBONIMP A

ETHNICITÉ ET DÉMOCRATIE EN AFRIQUE
L 'homme tribal contre l'homme citoyen?

L'Harmattan 5-7, fue de l'Ecole-Polytechnique
75()()5 Paris

L'auteur Melchior MBONIMP A, canadien d'oligine burundaise, est né en 1955. Après des études supérieures de philosophie et de théologie à Kinshasa, ROIneet Montréal, il enseigne actuellement à l'Université. de Sudbury dans l'Ontario (Canada).
Ses autres ouvrages publiés: - Idéologies de l'Ï1lllépelldollce n;{ricnine, l/lIarlnattan, 1989. - Hutu., Tutsi, Tlva. POlir IUle société sails castes {1I1 Burundi, L'Harmattan, 1993.

Ell couverture: la campagne des élections présidentielles de Bangui (1993) - Photo G.L.

dans les rues

@ L'Halmaltan 1994 ISBN: 2-7:\84-2)43-4

A la mémoire de Tharcisse

NTEMERE

et Melchior NDADA YE

5

AVANT-PROPOS

Il Y a des tribus en Aflique. Il faut en tenir COlnpte,ou Inieux: il faut compter avec elles. On ne peut démocratiser en faisant carnine si la libre compétition des "partis" politiques rendrait autolllatiquement caduc le conflit des tribus. Car ce contlit n'est pas sÜnplel11entune "lnaladie infantile" des Etats post-coloniaux. Dans l'Aflique actuelle, "la société sans tribus" n'est que l'illusion de ceux qui sont fascinés par les raccourcis et pressés de jouir. A tort! Car le refoulement hystérique, frénétique et pathétique qui pousse à ignorer ce qui crève les yeux (que la tlibu est plus vivante que jamais, pour le Ineilleur et pour le pire), ne peut aboutir qu'au désastre. La cOlllpatibilité entre l'existence tribale et la délnocratie, telle est l'obsession qui inspire les pages qui suivent. Il peut selnbler prétentieux de parler ainsi des "tribus africaines" en général, COlTIlne elles souffraient de la si
mêll1c maladie; COl111TIe les 111êlnesremèdes ralnèneraient si

tout le monde à la pleine santé. D'abord, précisons que c'est principalell1ent sur l'Afrique Noire que portent les textes qui suivent. Nous pensons effectivell1ent que l'enselnble des tribus noires du continent font face à des blocages silnilaires, et, les nombreux exelllples qui illustrent nos propos lTIOntrent très clairelnent que les différences évidentes ne font que souligner des ressemblances fondamen tales. Mais la lecture révélera dès l'entrée, que le tel1itoire natal

-le Burundi, l'Afrique interlacustre - est le lieu vers
lequel l'auteur est sans cesse reconduit par sa mélancolie. L'histoire immédiate et l'actualité montrent à l'excès combien la délnocratie sOl11hre ans la folie si on 111éconnaît d la variable ethnique. Il y a une seule explication à la

7

régression absolulnent gigantesque qui vient de se-produire au Burundi, transformant pour longtenlps le pays en une vaste "cité dolente": on a eu la mémoire courte; on a cru régler le conflit des ethnies par la magie électorale; on a occulté des faits têtus, notamlnent la ITIalédiction que représente une armée monoethnique incapable de démocratie, mais parfaitelnent capable de lever les vannes
de la te11-eUf.

On ne peut parler maintenant de la situation burundaise sans évoquer la situation qui prévaut au Rwanda. Les deux pays sont comIne des vases COlTIlnuniquants.Il n'y aura pas de solution à la crise rwandaise sans solution à la clise burundaise. La forme que vient de prendre la terreur au Rwanda n'est pas sans lien avec ce qui se passe au Burundi depuis trente ans. D'oÙ qu'elle vienne, la tcrreur ne peut revendiquer des titres de noblesse. La terreur exercée contre le population Tutsi au Rwanda est aussi inacceptable que celle que l'arlnée Tutsi intlige aux Hutu du Burundi, ou encore, celle que subissent les Hutu du Rwanda de11.ièreles lignes du FPR. D'Oll qu'elle vienne, la terreur (ou la "contre-terreur" qui répond au 111assacrepar le massacre) reste monstrueuse. Il ne faut pas la lTIasquer,la Inaquiller, la couvrir d'un manteau pudique... Elle est absolument délnente parce qu'elle détruit la seule vraie richesse de ces pays: la population! Les Inédias occidentaux présentent cette "affaire tribale" COlnlTIe spectacle exotique, en 11l0ntrant des gens qui un s'exterminent à coups de lTIachettc,ou COlnllleun western en noir et blanc, avec les bons d'un côté et les Inauvais de l'autre. Mais dell"ièreles acteurs visibles de ce western, il y a des vendeurs d'arlnes ! Pour se lTIaSSaCrer ef'ficacèlnent, Hutu et Tutsi du Rwanda et du Burundi, disposent aussi de bombes, de roquettes, de 111issiles, autrelncnt plus meurtriers que les coupe-coupe prilnitifs. Ceux qui fournissent aux belligérants cet arsenal très l110dernesont connus, et en réalité, ils sont les seuls à profiter de la guelTe
des" au tres" "

8

INTRODUCTION

Il semblerait que ce siècle s'achève comme un superbe coucher de soleil qui annonce le triomphe universel de la "déI11ocratie". La figure la plus célèbre de cette fin de millénaire sera probablement celle de Gorbatchev, qui, déjà de son vivant, est entré dans la légende. La chute du "lnur de Berlin" sera retenue par l'Histoire comme une date décisive. Ce que la rhétorique reaganienne appelait "l'Empire du mal", édifié pendant plus de 7 décennies (par Lénine, Staline, et hien d'autres), Gorbatchev l'a déJ1101i en Inoins de 5 ans. C'est pourquoi il a été couvert de gloire par la presse occidentale et les vendeurs au détail qui, dans le monde entier, diffusent ]es opinions de cette presse cornIne parole d'évangile. Mais s'il fallait juger l'arbre à ses fruits, on serait peutêtre lTIoinsélogieux: Gorbatchev apparaîtrait au grand jour carnIne un véritable apprenti-sorcier qui échoua à maît11ser la Inachine infernale qu'il a mise e11branle. Car, sans se Illettre à plat ventre, et sans provoquer le désastre, il aurait pu tenter d'injecter une dose suffisante de "libre marché" dans le système d'éconoJnie planifiée pour en cOlliger les effets pervers. Que l'Occident soit satisfait; que les diverses nations qui subissaient la loi d'airain du "socialisme réel" saluent le retour d'une liberté relative; que les dictatures du TiersMonde tOInbent les unes après les autres, cela ne peut Inasquer l'incroyable désarroi des peuples après le passage du "cyclone Gorbatchev". Dans sa touchante naïveté, le doux rêveur du Kremlin n'avait sûrement pas prévu qu'il serait si vite évincé du théâtre où s'affrontent désolmais des acteurs plus cyniques qui croient nettell1ent l110Însque lui à
la Inagie des rnots (Glasnost, Perestroi."ka...).

9

Les ondes de choc d'un séisme gigantesque ayant son épicentre au coeur de l'ex-Empire soviétique, sont en train de secouer le monde. Le chaos sanglant qui en résulte est occulté par la célébration béate du triomphe de la démocratie, y compris en Afrique! Il serait insensé de prétendre que la Plise en otage du monde lors de la Guerre froide était une situation supportable. Pourtant, la saison qui s'annonce est lourde de menaces. Elle est mêl11eplus dangereuse que celle qui s'achève, dans la tnesure où elle livre l'hurnanité aux caprices d'une seule superpuissance: les États-Unis qui payeront le Plix nécessaire pour défendre leurs intérêts là où ils les croiront l11enacés,mais là où ils n'auront rien de précis à gagner, ils n'interviendront qu'avec des discours n'engageant à rien.
L'optimiste expéditif qui ne veut ni voir ni prévoir, attend pour l'an 2 ()()() le ITliracle de la paix définitive. En Afrique, cette euphorie prend notamlnent la forme d'un espoir qui a une couleur très locale: on espère que la démocratie mettra hors-jeu le dél110n pl1lnitif du tlibalislne. On prête à la dél110cratie les vertus magiques d'une panacée. La question du "trihalislne" est laissée dans l'impensé. Tout le monde croit savoir ce qu'est ce Inal, l11ais, en fait, on en a tcllcll1ent peur, on en a tellelllent honte qu'on préfère se voiler les yeux, prétendre qu'il s'agit d'une fausse question, ou que la solution infaillible est d'avance connue: la {léI11ocratie!

Dans les pages qui suivent, au til des thèlnes, je tente de saisir ce qui se cache dans le clair-obscur de l'antitribalisme démagogique. D'abord, "le tribalislne" est un: concept hautenlent idéologique: une arlne dont se servent les pouvoirs totalitaires pour intilllider "l'holnme tribal" et le maintenir dans la servitude. Car il n'y a rien de répréhensible dans le fait d'appartenir à telle ou telle tlibu. L'identité tribale n'est pas une faute qui appelle le

10

châtiment, tout COlnmeelle n'est pas un titre de noblesse: elle est tout simplelllent neutre! Mais il peut être nécessaire de défendre l'identité tribale là où l'Histoire, (domination/soumission) a hiérarchisé les humains selon des clitères tribaux. Le travail d'abattre une telle hiérarchie est un impératif catégolique 1.Qui prétend qu'en Afrique, l'homme tribal doit mourir pour que naisse l'homme nouveau, l'holnme supérieur, le citoyen tout court, ressasse des absurdi tés. En rait, il est facile de l110ntrerque le "citoyen" abstrait n'existe nulle part, pas Inêllle dans les vieilles "déITIocratics"qui revendiquent sans amhages le rôle de l110ntrer la voie à tout le l11onde, au besoin par la force! Le mode d'occupation du territoire africain est tribal, lnêlne dans les villes! De même, où qu'il se trouve, c'est à la manière tribale que l'Africain gère les relations avec ses selnblahles 2. Cela n'est pas une catastrophe, car là où il
--~-~--~-~-~.

1. On peut trouver bien dérisoire toute tentative de revaloriser les u"ibusen les soustrayant à la In,ùadie hiérarchisantc. Le Inouvement de la "négritude" était égaleInent fondé sur une défense de ridcntité. Mais on lui opposa cette rClnarque cinglante: "le tigre n'a pas besoin de cl,uncr sa ligrituùe! lTne telle relnarque cache pourtant un sentiInent de ùélnission: COJnlncsi ùans la jungle lunnaine, tout était d'avance perdu pour les faibles! 2. A ce propos, on pOuITaitdonner cOlrune illustration le fait que ùans certaines tribus (notalnlnent au Zaire), on doit accorder à toute feIrune adulte le titre de IfMéunan",et à lout hOInlne le titre de npapa". Ces titres ne sont pas neutres: ils sont tJès chargés. Ils traccnt un cadre de valeurs, de droits et de devoirs, dans lequel tout enfant apprend à respecter les adultes COJnmeses propres pm"ents, et tout adulte à se cOlnporter COlnIncun parent à l'égard de tous les enfants. Celui qui a été élevé ùans un tel cadre reconstitue instinctivelnent le cercle de la parenté partout où il s'établit: runis, bienfaiteurs et protégés sont autolnatiquclnent adoptés COInlnepères, Inères, frères et soeurs. S'il ne parvient pas à recréer en exil ce cadre issu de sa culture tribale, l'individu est désorienté: hors de ce fait social priInordial qu'est la parenté, l'hulnanité devient pour lui une jungle terrifiante.
If

Il

n'y a ni aide publique pour secourir les indigents, ni orphelinats, ni hospices pour vieillards et handicapés, l'appartenance reconnue à une tribu précise est presque toujours le seul recours. L'univers tribal est bâti sur un type de solidarité radicale sans laquelle la délinquance massive et l'abandon des faibles deviendraient l'issue fatale. Par ailleurs, on parle du tribalisme COlTIlllC d'une maladie congénitale, généalogique. Or, à y regarder de près, les désordres tribalistes sont très récents en Afrique: ils sont consécutifs à l'instauration de l'État post-colonial qui a tout silnplement reconduit un Systè111Cyralllidal dans lequel la p souveraineté appartenait à une seule tribu. Car en effet, l'ordre colonial était basé sur la dOlnination totale d'une seule tribu: "la tribu hlanche"! Inutile de rétorquer que les colonisateurs n'appartenaient pas à une tlibu précise. D'en bas, ceux qui subissaient la dOIl1ination percevaient les "Blancs" COl11lneune tribu solidaire et totalitairc. Peu importe donc la façon dont les Blancs eux-Inêllles se percevaient. La gestion de l'État post-colonial a consisté à installer une tribu locale dans le lit de la tribu blanche qui s'est ilnposée dans l'inconscient collectif COlTIInenodèle I indépassahle. Les racines du tribalisllle se trouvent donc là où l'on n'a pas COUtUlllC les chercher! de La déInocratie en Aflique ne pourra pas faire l'économie d'un effort de pensée qui réhabilite l'existence tlibale sans reconduire le paradigl11e pyramidal hérité des "tcInps barbares". Une telle réhabilitation perlllcttrait de fonder la délnocratie, non pas sur l'individualisll1e du plincipe sacrosaint "une personne, une voi.x", Inais sur une juste représentation des groupes ethniques à l'intérieur de Î'État post-tlibaliste. Ce qu'il faut souhaiter et anticiper pour le troisième Inillénaire en Afrique, n'est pas le succès de la [orInule de "démocratie Iihérale" propre à l'Occident. Car, 111êIne en Occident, cette forInule n'est pas uniforlllélllent appliquée: on n'élit pas de la 111êlne 111anière Président français, le le

12