Etre esclave au Brésil XVIè-XIXè siècles (Seconde édition)

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296299450
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ÊTRE ESCLAVE AU BRÉSIL

Collection Horizons Amériques Latines Dirigée par Denis Rolland, Joëlle Chas sin et Pierre Ragon

LECAILLON J.-F., Résistances indiennes en Amériques, 1989. ABBAD Y LASIERRA I., Porto Rico, (1493-1778). Histoire géographique, civile et naturelle de l'île, 1989. MINAUDIERJ.-P.,Histoirede la Colombie. De la conquête à nos jours, 1992. ROINA T C.,Romans et nouvelles hispano-américains. Guide des oeuvres et des auteurs, 1992. LECAILLON J.-F.,NapoléonIII et le Mexique. Les illusions d'un grand dessein, 1994. BALLESTEROS Rosas L., Lafemme écrivain dans la société latino-américaine, 1994.

KA TIA M. DE QUEIROS MA TTOSO

A

ETRE ESCLAVE AU BRESIL
,/

XVIe-XIXe siècles

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

@ Hachette, 1979. @ L'Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-3065-1

EMPIRE

DU BRÉSIL

(1882-1889)

"".

PRÉFACE À LA SECONDE ÉDITION

La conscience de plus en plus forte de nos dépendances individuelles et collectives est objet de discours répétitifs: leur tyrannie consiste, le plus souvent, à se servir du consensus sur ce thème sensible pour régler des problèmes sociaux ou politiques actuels. Les bons sentiments ne suffisent cependant pas à remplacer la recherche sérieuse. En ce sens, l'histoire de l'esclavage reste, encore et toujours, délicate à aborder. Rééditer tel quel, en 1994, un ouvrage publié en 1978, offre au moins l'intérêt de constater, grâce à la bibliographie complémentaire de cette nouvelle édition, que le sujet passionne toujours. Lors de sa publication, cet ouvrage destiné à un grand public cultivé, dans une collection sans notes et références, avait intéressé, aussi, étudiants et chercheurs. Les traductions en portugais et en anglais sont encore abondamment utilisées dans les Universités des Amériques du Nord et du Sud 1. Or, la préface de la première édition française avait été trop discrète sur les nombreuses contraintes imposées par l'éditeur et sur leurs conséquences. En effet. demander d'écrire ces 320 pages sans aucune note, c'était, bien sûr, ne pas citer mes sources imprimées, mais aussi, mes sources manuscrites, abondantes et originales 2. C'était, en réalité, compter sur la compétence de lecteurs déjà éclairés pour reconnaître ce qui venait de l'historiographie sur l'esclavage, comme, aussi, ce qui était le fruit de recherches nouvelles, fondées sur de nombreux documents d'archives brésiliennes. Trois siècles et demi d'histoire de l'esclavage du Brésil m'avaient, d'ailleurs, obligée à faire des choix. Il fallait tailler dans le champ broussailleux des thèmes et des approches qui, dans d'évidentes et lancinantes redites, souvent se répétaient parce que puisés aux mêmes sources. Or, comme mes choix avaient finalement été guidés, à la fois par mes propres recherches et par la lecture d'historiens, antbropologues et socio-

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logues publiés en portugais, en français ou en anglais, il a paru utile de profiter de cette seconde édition pour essayer une mise à jour commentée de ce qui s'est écrit sur l'esclavage brésilien. Les études sur l'institution esclavagiste ont près d'un siècle: c'est finalement très peu; mais cette production peut être divisée en plusieurs grandes périodes où 1933 et les années 1970 marquent les tournants les plus importants. Une première période va donc de l'abolition de l'esclavage au Brésil à 1933, date de la première édition de «Maîtres et esclaves» de Gilberto Freyre; elle est dominée par les «pères» de l'anthropologie brésilienne qui sont Nina Rodrigues et Arthur Ramos3. Il est, toutefois, curieux de constater que les études de ces deux auteurs, pourtant prolifiques, ne connaissent une certaine notoriété que dans les années 1930, lorsque les approches d'une anthropologie, d'abord, physique comme le voulait la tradition de l'époque, infléchit l'orientation des études anthropologiques vers des approches plus culturelles. Cette tendance va influencer l'œuvre de Manoel Querino dont l'ouvrage le plus important est «Costumes Africanos» (Coutumes africaines) paru en 1938 4. Mais cette importante mutation qui, à l'époque, n'est pas passée inaperçue, avait trouvé

son guide en Gilberto Freyre: « CasaGrandee Senzala» publié en 1933 qui devient « Maîtres et Esclaves» pour la première édition française en
1952 - pose pour la première fois le problème de l'insertion de l'Africain dans la société globale, une société dominée par les Blancs 5. Gilberto Freyre, parce qu'il a fait ses études et soutenu une maîtrise aux U.S.A., est un familier des « social scientist... » des Etats-Unis. En retour, l'œuvre de ce descendant d'une puissante famille de maîtres de moulin à sucre de Pernambouc, deviendra elle-même, source d'inspiration pour de nombreux anthropologues et sociologues nord-américains parmi lesquels se détachent Tannenbaum, Herscowits, Wagley, Pierson; pour la première fois, ils pensent l'esclavage, à la fois, dans le cadre des rapports sociaux à l'intérieur d'une société esclavagiste donnée, comme aussi dans un cadre comparatif. Tannenbaum a même l'ambition de défendre l'existence d'un système esclavagiste « pluriel» : selon lui, le système esclavagiste des pays catholiques serait plus doux que celui des pays protestants 6. Sans que tous partagent les positions de Tannenbaum, ces auteurs vont intensifier les études sur l'esclavage au Brésil et, surtout sur les rapports sociaux entre Blancs et Noirs après l'abolition de 1888. Cette véritable école nord-américaine produit énormément dans les années 1940-1950, avec une pléiade de jeunes universitaires des Etats-Unis dont beaucoup, d'ailleurs, vont combattre les positions de Tannenbawn 7.

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III

Le combat contre une vision édulcorée de l'esclavage ne va pas se limiter aux seuls américains. Dès les années 1960, contre les thèses de Gilberto Freyre, surgissent en effet, celles de jeunes marxistes de l'Université de Sâo Paulo. Leur préoccupation principale est d'essayer de comprendre, non le fonctionnement de l'institution esclavagiste dans le passé ou les rapports sociaux qui s'y sont noués, mais plutôt l'impact que le système esclavagiste a pu avoir sur le développement général du Brésil. Sur le plan économique et social, il est évident que ces auteurs insistent sur les aspects négatifs de l'esclavage 8. Le facteur économique est donc introduit comme paramètre analytique déterminant. Cette tendance économiciste va, petit à petit, perfectionner ses outils pour aboutir à la fin des années 1970 et au début des années 1980, à la formulation de la théorie du mode de production esclavagiste 9. Il est intéressant de noter que l'école de Sao Paulo se développe autour d'un maître français, Roger Bastide, dont l'œuvre, et c'est le paradoxe, ne souffre ni d'excès marxistes, ni d'excès économicistes 10. En effet, dès son arrivée à Sâo Paulo, Roger Bastide s'intéresse à l'esclavage. L'une de ses premières études porte sur la sociologie de l'esclavage et paraît dès mai 1938 11, Suivent trois articles, de juillet de la même année, dans « l'Estado de Sâo Paulo» 12. Finalement, une première synthèse paraîtra dans la Revue Internationale de Sociologie en 1939, sous le titre: « Etat actuel des études afrobrésiliennes» 13. De 1939 à 1978, Roger Bastide va produire une œuvre considérable. Il précisera sa pensée et sa recherche autour des thèmes qui lui sont chers et qui touchent aux domaines du religieux, de l'acculturation, des relations raciales vus, ici, dans un contexte plus culturel qu'économique 14. Mais, dans les années qui vont de 1950 à 1970, l'école de Sâo Paulo n'est pas seule à régner dans le paysage des recherches socio-historiques sur l'esclavage. L'influence des « social-scientists» nord-américains s'étend sur les capitales du Nord-Est brésilien, chmnps d'observation privilégiés pour les universitaires nord-américains. Certes, il ne convient guère de parler de véritables écoles, mais plutôt de groupes de recherches. Le plus important se forme autour de l'Institut Joaquim Nabuco, fondé par Gilberto Freyre à Recife (Pernambouc). Des chercheurs isolés, ou de petites équipes, travaillent aussi dans d'autres capitales du pays: c'est le cas à Ballia où les contributions d'un Thales de Azevedo, d'un Edison Carneiro, d'un Luis Viana Filho, d'un Pierre Verger sont de tout premier plan 15. Une nouvelle tendance dans les études COncernant l'esclavage se dessine cependmlt à pm1ir des années 1970 ; elle est nouvelle en ce sens que, anthropologues, sociologues, économistes, et

- bons

derniers sur le terrain

- histo-

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riens, vont s'intéresser de plus en plus à des recherches qui permettent de poser des questions très en amont. En amont, c'est-à-dire en interrogeant l'institution esclavagiste dès son organisation au Brésil et aussi en soulignant les différences régionales. A une approche où le passé reconstitué se limitait le plus souvent au XIXe siècle, succèdent donc des approches exigeant une meilleure compréhension dans le temps et dans l'espace, pour mieux saisir les conséquences pour aujourd'hui sans trop d'anachronismes. Deux facteurs concomitants ont motivé les acteurs de cette nouvelle tendance. La première instigation est venue de travaux en grande partie nordaméricains. Aux U.S.A. ces travaux sont si nombreux qu'il n'est pas possible de les énumérer ici. Il est cependant important de relever les principaux thèmes éclairés et enrichis par certains de ces historiens américains. Ils sont liés aux rapports sociaux entre maîtres et esclaves, entre les esclaves euxmêmes, ou entre esclaves et libres. En ce domaine, l'œuvre d'Eugène Genovese est capitale 16.Elle l'est aussi, d'ailleurs, pour la compréhension de la révolte esclave. D'autres thèmes étudiés sont liés au problème de la famille esclave à propos de laquelle se posent les questions suivantes: y a-t-il eu une famille esclave? Comment a-t-elle pu se fonder si la loi autorise de vendre tel ou tel de ses membres? Comment cette famille s'est-elle constituée ou reconstituée après l'abolition? En quoi la famille libre diffère-t-elle de la famille esclave? A ces questions, c'est H. Gutman qui a donné des débuts de réponses 17. Un troisième tllème travaillé par ces historiens est celui de l'abolition et de la période qui suit l'abolition. Les ouvrages pionniers sont ici ceux d'Ira Berlin et d'Eric Faner suivis par ceux de Barbara Fields et de Rebecca Scott 18. Leurs approches sont novatrices qui concernent cette période trouble d'une société à la recherche d'adaptations à de nouveaux modes de vie. Finalement, le quatrième tllème, celui toujours tentateur des études comparatives, a été inauguré, dès 1968, par Herbert Klein 19: études difficiles à cause de l'inégalité des connaissances historiques sur les objets à comparer, elles demandent de très délicates mises au point pour être vraiment convaincantes. Au Brésil, et à partir des années 1960/1970, ces nouvelles tendances sont renforcées par l'arrivée d'une véritable armée de chercheurs étrangers. Ils ont souvent l'avantage d'avoir une bonne fonnation ; beaucoup sont nord-américains et boursiers de fondations qui autorisent de longues recherches d'archives au Brésil ou ailleurs. A la fin des années 1960, ce sont des chercheurs brésiliens qui iront aussi faire des études doctorales à l'étranger. Les Etats-Unis et l'Angleterre influencent beaucoup ce nouveau groupe d'historiens. La France ne joue là

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v

qu'unrôle secondaire20. C'est avec la création des 3e cycle dans certaines
Universités brésiliennes 21 que des universitaires pourront faire des études doctorales à l'étranger grâce aux bourses octroyées par la fondation du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (C.N.Pq) et par le Conseil pour le Perfectionnement des Enseignants de Niveau Supérieur (C.A.P.E.S.). Mais l'événement majeur de la période reste la « découverte)) 22, au Brésil, de documentations sérielles contenant des données intéressantes pour l'étude de l'esclavage: registres paroissiaux, testaments et inventaires après décès, chartes d'affranchissements, archives judiciaires et policières, dénombrements et recensements deviennent une vraie manne pour les historiens. Cette immense richesse en documents ne sera pourtant pas exploitée par tous de la même façon. Les divergences théoriques et méthodologiques se révèlent, alors, nombreuses et profondes. Pour comprendre ces divergences, il est indispensable de situer les études sur l'esclavage au sein d'une historiographie brésilienne dans lesquelles elles occupent une position centrale. Il s'agit, bien évidemment, de l'historiographie qui s'est développée dès les années 1930. Elle s'était partagée entre deux tendances. La première, classique, est fille des méthodes de l'histoire positive dont les perfectionnements ont été mis au point dans les deux premières décennies de notre siècle. Parfoisjugés sévèrementparce que produisantune « histoirerécit» sans problèmes, ces historiens, souvent formés hors du sérail des départements d'histoire des Universités et venus d'horizons variés, n'aiment pas, en général, s'éloigner des très sérieuses démarches de l'histoire événementielle. Quelques-uns d'entre eux occuperont des chaires prestigieuses de l'enseignement universitaire 23. La deuxième tendance, essentiellement nourrie de doctrine marxiste, analyse surtout l'économique et le social. L'œuvre fondatrice de cette tendance, la plus percutante et aussi la plus anirante, reste celle de l'historien pauliste Caio Prado Jr. Nombreux sont ses disciples, surtout à l'Université de Sao Paulo où la « ligne» Caio Prado Jr. influence depuis plusieurs décennies les études littéraires et historiques 24. La plupart des universitaires brésiliens ont donc été influencés par Caio Prado Jr. dès les années 1960, avec, cependant, pour le Nord et le Nord-Est un décalage dans le temps car l'histoire dite « positive» y règne jusque dans les années 1970 25. Constatons cependant que, très curieusement et malgré tout son prestige, cet aristocrate pauliste que fut Caio Prado Jr. échouera dans toutes ses tentatives pour faire pru'tie du corps enseignant de l'Université de Sao Paulo,

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exactement comme cet autre aristocrate qu'était Gilberto Freyre n'a jamais été professeur à l'Université de Pemambouc .... D'ailleurs, les ouvrages qui font autorité auprès des historiens de la tendance d'interprétation marxiste du Brésil ont été écrits par des non-universitaires, c'est-à-dire par des auteurs qui ne sont pas des enseignants au strict sens du terme. C'est le cas, par exemple, de l'officier qu'est Nelson Wemeck Sodré, du juriste et militant du P.C.B. 26 Jacob Gorender, du journaliste Leoncio Basbaum ou d'Edgar Carone, qui, exception notoire, a réussi dans IUniversité, une carrière très tardive 27. Comme il est alors de bon ton de s'afficher marxiste, l'influence de cette littérature est énorme. Pour être publié, pour être lu, il faut savoir montrer un vemis marxiste, si bien que, maîtrises et thèses de doctorat commencent toutes par un chapitre théorique, en général sans aucun lien avec le texte qui suit 28. L'esclavage, comme institution, devient alors un sujet incontoumable pour tous les essais d'interprétation de l'histoire du Brésil colonial et du Brésil indépendant. Abmldonnant les préoccupations anthropoculturelles d'un Nina Rodrigues, d'un Arthur Rmnos ou même d'un Gilberto Freyre qui, quant à lui, privilégiait tout particulièrement les rapports sociaux, l'historiographie consacrée à l'esclavage glisse vers une démm'che plus économique. Il est discuté de la nature féodale ou capitaliste du système économique. Puis, se pose le problème de savoir s'il y avait un système esclavagiste unique avec sa propre dynamique, ou bien s'il y avait eu plusieurs systèmes esclavagistes. Finalement, une polémique éclata à propos de la question de savoir s'il existait un mode de production propre au système 29. Les universitaires brésiliens en quête de nouveauté se sont bien vite emparés de la réponse positive donnée par Gorender à cette question. Ils ne se préoccupèrent guère d'interroger les textes de cet auteur afin de voir sur quelles bases, sur quelles recherches nouvelles, Gorender fondait sa théorie du mode de production esclavagiste 30. De plus, dans ces approches marxistes, les rapports sociaux sont vus, en général, dans un schéma dichotomique classique de dominateurs et de dominés, c'est-à-dire de maîtres et d'esclaves, deux groupes dont les contours seraient bien définis. Dans la société brésilienne sont alors gommés tous les liens qu'enu'e eux tissent et nouent les différents groupes sociaux 31. Ces approches marxistes des sociologues et des historiens ne cesseront donc pas d'influencer les travaux sur l'esclavage, même si les ouvrages publiés se déclarent fondés sur une documentation sérielle. Mais, la nécessité d'utiliser de nouvelles méthodes pour traiter ce nouveau type de documents va, assez vile, poser des problèmes théoriques insunnontables qui expliquent,

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d'ailleurs, l'ambiguité de certains textes, conune aussi la facilité avec laquelle ils sont, quelques fois, critiqués par les tenants d'un marxisme orthodoxe 32. En effet, comment réussir à profiter d'un engagement marxiste et en même temps bâtir une œuvre en dehors des schémas imposés, carcans abandonnés parce que, tout simplement la documentation ne s'y adapte pas? Car, à partir du moment où le sériel remplace le document unique, ou, au mieux, se substitue à quelques documents-preuves, la démarche se complique. Elle se complique parce que le sériel met en lumière la diversité des cas et des
situations à observer. Parce qu'il faut remplacer le souci d'objectivité

- qui

est

un leurre - par celui d'honnêteté intellectuelle,on se trouve devant l'obligation de nuancer. Nuancer, c'est remplacer une unique constatation affirmative et sans appel, par une série de constatations riches de leur diversité; cette richesse est cependant un handicap dans toute recherche de synthèse car, qui dit nuances, dit souvent contradictions qui empêchent toute conclusion ressemblant à une équation mathématique. Alors conunent faire? Fautil conclure à tout prix? Boucler la boucle à tout prix n'est-ce pas appauvrir nos connaissances? Le dilemme est apparemment insoluble car, ou bien ces constatations doivent entrer de force dans un schéma préétabli comme le schéma marxiste ou le fonctionnalisme weberien, ou bien, elles n'y entrent pas et les lecteurs, en guise de conclusion, ne trouveront que la diversité des démonstrations rendues possibles par la combinaison de plusieurs démarches. Ces démarches dépassent largement l'économique et le social tels qu'un marxisme restrictif les perçoit. Le travail de recherches trouve donc L'l, une nouvelle ouverture et, entre 1970 et 1980, va passer des mains des sociologues et des politologues, aux mains des historiens. Cette évolution se dessine aussi bien dans les centres intellectuels du Centre-Sud du pays - Sao Paulo, Rio de Janeiro, Porto-Alegre, Belo Horizonte - que dans les régions qui passent pour intellectuellement « colonisées» par ce Centre-Sud: le Nord, le Nordeste et l'Ouest brésiliens. Toutes ces régions ont un développement très inégal, les modèles de société archaïque ou archaïsantes n'y ont pas persisté de la même façon. De nouveaux « savoir-faire» vont éclore qu'il convient donc d'analyser en commençant par le Nordeste une randonnée qui n'est pas du tout exhaustive, mais qui va rompre la tradition qui veut que toute analyse historiographique brésilienne, débute par le Centre-Sud du pays 33. Grâce à Gilberto Freyre, Recife (Pemambouc) occupe incontestablement, une position de premier plan dans tous les domaines qui touchent aux recherches sur l'esclavage brésilien et cela dès les années 1930. Récife est une ville moins noire que sa voisine et rivale, Salvador de Bahia. Elle accueille cependant, en 1934, le premier Congrès National de la Culture

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Nègre du pays, Congrès devenu un symbole d'identité important pour la population noire et métissée 34. L'immense prestige dont jouit Gilberto

Freyre dès la parution, en 1933, de son œuvre capitale qu'est « Maîtres et
esclaves », lui a pennis de créer, à la fin des années 1940, son propre institut de recherches en sciences sociales, l'Institut Joaquim Nabuco, mondialement célèbre. C'est auprès de cet Institut et sans lien institutionnel avec les Universités de lEtat de Pernambouc que seront fonnés de nombreux sociologues, anthropologues, historiens et géographes pernamboucanais qui se placent parmi les meilleurs du Brésil 35. Mais, comme pour cet aristocrate pauliste qu'est Caio Prado Ir., pour cet autre aristocrate brésilien du Nord-Est qu'est Gilberto Freyre, les portes de l'enseignement dans une Université resteront fennées 37. Malgré cet ostracisme, c'est autour de Gilberto Freyre que s'approfondit une vraie sociologie et une vraie anthropologie culturelles et aussi des religions afro-brésiliennes. Les polémiques suscitées entre 1950 et 1960 par l'œuvre de Freyre, n'empêcheront par leur développement. Plus au Sud, à Ballia, ancienne capitale du pays et ville noire avec plus de 70 % de population de couleur, les figures de proue des études afro-brésiliennes avaient été, dmls les années 1940-1970, Edison Carneiro, Luis Viana Filho et Thales de Azevedo 37. C'est surtout Thales de Azevedo, professeur à l'Université Fédérale de Bal1ia, qui va marquer toute une génération de chercheurs dans le domaine des sciences humaines. Accessible, bienveillant, simple comme le sont les vrais maîtres, Thales de Azevedo saura encourager tous les efforts et venir aider tous ceux qui, brésiliens ou étrangers, se penchent sur l'histoire de Bahia, une histoire qui est, justement, celle d'une population venue d'ailleurs. A Bahia, plusieurs axes vont être privilégiés dans les recherches sur le monde afro-brésilien. D'abord, l'axe anthropologique et sociologique dont le chef de file est resté, sans conteste, Thales de Azevedo. Il est entouré d'éminents anthropologues parmi lesquels il faut citer Vivaldo da Costa Lima, Juana Elbein dos Santos, Iulio Braga, Luiz de B. Mott. Ensuite vient l'axe concernant la traite négrière dont l'initiateur a été Luiz Viana FObrillamment suivi par Pierre Verger dont l'œuvre, en ce domaine, reste capitale et par Luis Henrique Dias Tavares, maître de plusieurs générations d'étudiants en histoire de l'Université Fédérale de Bahia. Finalement, un troisième et dernier axe, réunit les recherches les plus vm'iées autour d'un thème qui, peu à peu, devient central et fait toute l'originalité de l'école de Ballia, le thème des rapports sociaux. Ces rapports sociaux sont alors étudiés en partant de l'hypothèse de l'existence d'une société duelle, c'est-à-dire d'une société à double structure et à douhle hiérarchie. Une première structure et une

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première hiérarchie seraient celles de la société dite «blanche» 38. Ce sont donc celles qui seraient les plus proches du modèle de société européen. Quant à la deuxième structure qui posséderait, elle aussi, ses propres hiérarchies, elle serait celle de la population noire et métissée - libre, affranchie ou esclave. Ce schéma duel serait, en effet, un schéma propre à la société esclavagiste. Dans cette société, un homme de couleur, libre ou récemment libéré, ou esclave, participerait à deux structures, à deux hiérarchies sociales: celle du monde des Blancs et celle du monde des Noirs. Il devenait donc passionnant de connaître de quelle façon, hommes et femmes s'insèraient dans ces deux mondes apparemment accueillants mais, aussi, contradictoires et presque toujours violents. Quels mécanismes ont su développer ceux qui accueillaient comme ceux qui demandaient à pénétrer l'autre monde? En somme, cette nouvelle hypothèse pennettait d'échapper à une vision par trop réductrice, d'une société esclavagiste marquée par la dichotomie maîtres/esclaves. A cette dichotomie, même l'œuvre de Gilberto Freyre, n'avait, finalement, pas su échapper. Or, aucune société évoluée ne se présente sous une fonne aussi réducu'ice, même pas la société esclavagiste. La diversité et la variété de ses visages, mises à jour grâce à une très abondante documentation sérielle, permettait d'imaginer des rapports sociaux beaucoup plus complexes et surtout, humainement beaucoup plus riches. Parmi les groupes les moins favorisés, se dévoilaient, en effet, mille et une stratégies de survie et même d'enrichissement matériel. C'est donc, vers trois grandes directions que les constatations suggérées par la documentation ont orienté la recherche des Bahianais. - Il s'agissait d'abord d'essayer de comprendre l'insertion - individuelle ou par groupes - des affranchis et des libres de couleur dans cette société à double structure avec tout ce que cela supposait de moyens et d'art mis en œuvre pour réussir. Stratégies douces, accommodantes, mais jamais avilissantes 39, Et dans une perspective plus politique, ne vit-on pas, à Bahia, des masses de libres anonymes, presque tous de couleur, participer activement après l'Indépendance de 1822, à la mise en place d'un système de pouvoir resté en vigueur jusqu'en 188840 ? - Une autre direction de recherche posait le problème de la reconstruction identitaire des noirs venus d'Afrique. Ici, la documentation concernait surtout le XIXe siècle, demier siècle de l'esclavage brésilien. Cette reconstruction d'une identité se fait dans un milieu hostile où famille, état, religion ont des dimensions bien différentes de celles de l'Afrique perdue 41. - Restait finalement à étudier le problème de l'inadaptation qui se traduisait par la rebellion: rebellions individuelles, fugues, rebellions

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collectives fréquentes à Bahia au début du XIXe siècle. Bahia ne se calme que dans les demières années de l'esclavage, lorsque le système esclavagiste est déjà miné de toutes parts 42. Parallèlement ou, souvent, en collaboration avec les Bahianais, des historiens nord-américains se penchent aussi sur l'histoire de Bahia. Parmi eux, distinguons R.M. Rory, J. Russell-Wood, Patricia Aufderheide et surtout Stuart B. Schwartz. A ce demier, historien de la période coloniale, professeur à l'Université du Minnesota, nous devons la première étude sur la Cour d'Appel de Bahia, comme aussi la meilleure étude à ce jour, sur l'économie sucrière bahianaise vue dans une perspective de très longue durée: trois siècles d'histoire de l'immense an-ière-pays de Salvador. Stuart Schwartz est aussi l'un des premiers à avoir vu l'intérêt qu'il y avait à exploiter de façon systématique des documents sériels concernant aussi bien les maîtres de

moulins à sucre que leurs « agregados » ou leurs esclaves. Grâce à quoi, S.
Schwartz devient l'un des meilleurs spécialistes des rapports sociaux à l'intérieur de l'institution esclavagiste 43. Permanbouc et Bahia excellent, donc, dans les approches anthropologiques, celles qui étudient les adaptations laborieuses et les inadaptations sociales et religieuses. A Rio de Janeiro, dans un premier temps, la démarche des « social scientists» - historiens ou économistes - sera bien différente. En effet, comme à Sào Paulo d'ailleurs, ils privilégient d'abord l'économique dans une perspective fortement influencée par le marxisme. Il s'agit, cependant, d'un marxisme aéré, intelligent, non dogmatique. Les chefs de file de cette tendance sont Maria Yedda Leite Linhares et Ciro ES. Cardoso 44. Ces deux historiens vont apporter de nouveaux éclairages sur la nature et le fonctionnement du système esclavagiste brésilien ainsi que sur l'économie agricole, la propriété de la ten-e et son exploitation. De même, l'œuvre de l'économiste, Antonio Ban-os de Castro 45 reste provocatrice et stimulante. Des groupes de jeunes historiens se forment autour de ces trois universitaires. Ils s'intéressent à l'histoire agraire, à l'institution esclavagiste, comme aussi à l'idéologie de l'esclavage ou aux rapports sociaux au sein de cette institution esclavagiste 46. C'est ainsi que les historiens de Rio finissent par rejoindre ceux de Ballia et qu'anthropologues et sociologues ptivilégient l'étude des religions afro-brésiliennes et celle de l'insertion des Noirs dans les sociétés brésiliennes d'aujourd'hui 47. Dans le Minas Gerais enfin, des historiens et des économistes vont étudier les confréries religieuses qui s'étaient fondées dans toutes les villes coloniales de l'or et des pierres précieuses. Les membres de ces confréries sont, en majorité, d'Oligine africaine. Leur rôle est impo11ant comme instruments de cohésion et de contrôle social 48.

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D'autres portent leurs regards vers le système économique de l'esclavage avec des études sur l'économie agricole et l'économie esclavagiste, ou sur les activités minières et industrielles 49, L'univers de ces travaux est le XIXe siècle et son économie pré-capitaliste. Par ailleurs, la dynamique démographique du Minas Gerais a été, dans son ensemble, étudiée par des démographes venus du monde des économistes de l'Université de Sao Paulo. Avec les u'avaux d'Iraci de Nero da Costa, souvent associé à Francisco Vidal Luna, nous avons, pour le XIXe siècle brésilien, la seule étude globale des comportements démographiques par groupes sociaux différenciés par leur statut juridique de libres, d'affranchis ou d'esclaves et par la couleur de leur peau 50. Le précurseur des études démographiques a été l'historienne Maria Luiza Marcilio, professeur à l'Université de Sao Paulo et directeur du C.E.D.H.A.L. 51, L'étude de Madame MarcHio sur la population de la ville de Sao Paulo entre 1750 et 1850 est, en effet, la première du genre à avoir été réalisée au Brésil. Elle va servir de modèle à Sao Paulo comme dans le Minas ou au Parana 52. Pendant ce temps, les historiens paulistes et leurs élèves venus de toutes les régions du Brésil, continuent à travailler dans la tradition marxiste inaugurée par Caio Prado .Tl"..l n'apportent aucune innovation du point de I vue théorique. Ils limitent au minimum la recherche empirique tenue pour négligeable, elle qui ne doit servir qu'à confinner leur schéma théorique et des conclusions qui, paradoxe, figurent en général, dans l'introduction de la plupart des thèses soutenues à l'Université de Sao Paulo. Il est, d'ailleurs, intéressant de noter que ce sont justement ces universitaires de Sao Paulo qui accueillent avec beaucoup de bienveillance, ceux qui, en dehors de l'Université et en amateurs, se sont penchés sur l'histoire de l'esclavage, autre paradoxe, mais paradoxe apparent seulement qui s'explique en grande partie par le mépris des Paulistes pour les longues recherches d'archives. Nous savons donc que la démarche théorique marxiste des universitaires de Sao Paulo, les a, dans un premier temps, tout naturellement poussés vers l'étude de l'économique et du social 53. Nature et fonctionnement du système colonial, agriculture, modes d'appropliation de la terre et modes de production sont alors, des thèmes qui vont s'ajouter aux grandes fresques sociologiques des élèves de Roger Bastide, auxquelles se rattache l'œuvre vraiment pionnière de l'historienne Emilia Viotti da Costa, actuellement professeur à l'Université de Yale aux Etats-Unis 54. Pour l'histoire sociale, le schéma maîtres/esclaves continue à être bien accueilli quoique, souvent remplacé par les binomes: oppresseurs/opplimés ou bien: groupes de gens « classés» dans la hiérarchie sociale/groupes de gens « déclassés» dans cette même hiérarchie sociale 55.

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Ici encore, une certaine pauvreté théorique et, surtout, toute absence de critère pour caractériser et définir les groupes sociaux donnent à ces tentatives d'explication de la société brésilienne esclavagiste, une touche plus littéraire que vraiment historienne. Le flou l'emporte parce que, le plus souvent, les conclusions ne sont pas fondées sur une démarche méthodologiquement correcte 56. En ce qui conceme plus particulièrement les rapports sociaux entre population libre et population captive, les historiens paulistes se plaisent à privilégier l'étude des révoltes esclaves qui, contrairement à ce qui se passe dans le Nordeste, deviennent, ici, fréquentes dans les années 1880. Il apparaît, en effet, que l'institution de l'esclavage ne correspond plus aux besoins de main d'œuvre et au type de croissance qui, en cette tÏn de siècle se dessine plus clairement dans le Sud que dans le Nord ou le Nordeste brésiliens. Ces historiens qui privilégient le côté violent des rapports sociaux appauvrissent souvent la compréhension de ces sociétés. C'est une vision réductrice que de s'atL:'lcher uniquement aux tensions sociales même si elles sont réelles et fondamentales pour la compréhension des processus historiques 57. Cependant, l'histoire économique et sociale de l'esclavage va se nourrir, aussi, des études u.ès novatrices sur la traite négrière de Luis Felipe de Alencasu.o 58 et du regard anthropologique de Manuela Carneiro da Cunha 59 sur les descendants d'esclaves noirs du Brésil retoumés en Afrique pour de nouvelles adaptations plus ou moins faciles. Nouvelle aussi est l'approche faite par Maria Silvia de Carvalho Franco 60 qui, la première, a su déceler l'importance des couches intermédiaires libres, celles qui rapportent une touche plus nuancée dans le tableau, austère mais faux, d'une société esclavagiste où n'auraient place que les deux extrêmes: maîtres et esclaves. La jeune Université de Campinas, située, elle aussi, dans l'état de Sao Paulo, possède des historiens dont l'apport s'avère très riche. En effet, dès les années 1980, les études sur l'esclavage s'y développent: études à problématiques classiques comme celles de Peter Eisenberg ou de Robert Slenes 61 qui y ajoute une intéressante touche démographique, études à problématiques plus proches des intelTogations posées par les historiens de l'esclavage de Bahia et qui vont susciter au sein de la communauté universitaire comme dans les milieux intellectuels de Rio de Janeiro, de Sao Paulo et du Rio Grande do Sul, des polémiques parfois très violentes. Jugés souvent irrévérencieux et iconoclastes, les travaux de Silvia Hunold Lara, de Celia Maria Marinho de Azevedo, de Leila Meizan Algranti et de Sidney Chalhoub 62, sont, cependant, d'excellentes contributions sur les comportements et la place des esclaves dans les sociétés du XVIIIe et du XIXe siècles.

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Longtemps seules à pouvoir attribuer des titres de docteur en Histoire, les Universités de Rio de Janeiro et de Sao Paulo ont pennis à des enseignants brésiliens, venus d'autres états brésiliens, de présenter des thèses concernant l'esclavage dans leurs régions d'origine. Malheureusement, un petit échantillon seulement, de ces études est publié, ce qui nous prive d'une vue plus large sur l'ensemble de cette production. La situation est, d'ailleurs, la même pour tout ce qui concerne les tllèses sur l'esclavage soutenues dans les Universités étrangères, surtout celles soutenues à Paris. En effet, les étrangers, patrons de tl1èse, n'ont aucune possibilité d'intervenir auprès de maisons d'édition brésiliennes. Quant aux éditeurs de leurs pays - à l'honorable exception des pays anglo-saxons - ils sont peu intéressés par ce type d'histoire. Il y a donc un renouveau des problématiques sur l'esclavage depuis une vingtaine d'années, avec un net glissement vers une histoire plus sociologique, plus antl1fopologique et, de ce fait, moins économique que par le pa<;sé.Cependant, la démarche qui réduit les rapports sociaux à de simples rapports de production, avec, comme corollaire une société dichotomique de maîtres et d'esclaves, de dominants et de dominés, n'a pas tout à fait disparu de l'horizon de la production historiographique brésilienne. Ces historiens, en grande m~iorité extérieurs à l'Université, obéissent à des courants idéologiques qui donnent à leurs œuvres une couleur qui apparaît finalement

aujourd'hui comme « traditionnelle». Mais leurs publications exercent une
très forte influence sur la production universitaire elle-même. C'est le cas des ouvrages de Decio Freitas, de Alipio Goulart et de Clovis Moura, qui parlent de la résistance individuelle et collective des esclaves, celle qui va de la simple fugue, accompagnée souvent d'un retour repentant et forcé, à la rébellion ouverte 63.

Aderbal Jurema, avec son « Insurreiçôes negras no Brasil », publié en
1935 à Recife, avait été le premier à poser cette problématique née en même temps que « Maîtres et Esclaves» de Gilberto Freyre. Il fallait, dès lors, continuer à s'interroger sur la résistance violente qui, très à propos, contredisait la vision par trop idyllique d'une société esclavagiste sans conflits de Freyre. Nous savons combien ceue histoire de la résistance esclave reste toujours présente dans de nombreux ouvrages d'universitaires brésiliens. D'ailleurs, c'est dans cette ligne que s'inscrit l'œuvre de l'historien de Rio Grande do Sul, Mario José Maestri, po qui enseigne aussi, par intennittance, à l'Université catholique du Rio Grande do Sul et à l'Université Fédérale de Rio de Janeiro. Ouvrages passionnés dont certaines provocations ne se justifient pas, car, dans l'ensemble, elles s'appuient sur des a priori théoriques qui dédaignent le travail dans les ill'chives, pourtant autrement éclairant 64.

XIV

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Son livre de synthèse intitulé «A Servidao Negra» n'apporte rien de nouveau par rapport à la précédente synthèse de Jacob Gorender qui date de 1978. En effet, c'est en cette année que paraissait son ouvrage intitulé
« Escravismo colonial », gros livre de 600 pages qui

va devenir une espèce

de bible pour la gauche marxiste. Gros succès de librairie, il en est à sa 5ème édition. Or, au Brésil, les lecteurs sont peu nombreux et un livre de 600 pages coûte cher 65. Quelles sont les raisons de ce succès? Elles sont nombreuses. 11yale moment de sa parution puisqu'à cette date, il n'y a pas d'ouvrage de synthèse récent sur l'esclavage. Il y avait bien eu le livre de F. Fernandes paru en 1972 66, et aussi quelques articles qui, déjà, annonçaient clairement des changements de cap vers une histoire plus sociale qu'économique 67. Mais en réalité, à l'époque, la perspective économique persistait. Témoin, par exemple, le choix du thème du VIe symposium National des Professeurs d'Histoire du Brésil qui en 1973, s'était porté sur « le travail libre et le travail esclave» ; témoin, aussi les publications d'articles et d'ouvrages sur la traite négrière, sur l'abolition de l'esclavage ou sur le système d'agriculture esclavagiste 68. Rappelons que le dernier grand livre d'interprétation de l'histoire du Brésil dans une perspective marxiste restait la «Formaçao do Brasil Contemporâneo» de Caio Prado Jr., dans la ligne duquel s'inscrit « Estrutura e dinamica do antigo sistema colonial» de Fernando Novais, résumé de sa thèse de doctorat dont la publication intégrale aura lieu en 1979 69. Or, le livre de Gorender se veut justement une nouvelle grande fresque d'interprétation du Brésil par l'analyse de son système esclavagiste. L'esclavage n'apparaît plus comme un simple système parmi d'autres; il est I1wdede production à l'instar des modes de produclion qui se sont succédés de l'antiquité à nos jours comme l'enseigne la doctrine marxiste. L'ouvrage, riche de prises de position polémiques, est divisé en 6 parties qui, au cours des éditions successives s'enrichiront de réponses aux publications qui tentaient de nuancer ou d'infirmer, des affinnations souvent discutables. La première partie annonce, donc, la découverte par Gorender d'un mode de production historiquement nouveau: l'esclavagisme colonial et disserte sur la catégorie esclave et la plantation esclavagiste. La deuxième, et la très longue troisième pattie de 224 pages, sont consacrées à la genèse du processus esclavagiste et aux lois particulières du mode de production esclavagiste colonial. L'auteur prolonge eet esclavagisme colonial (c'est nous qui soulignons) jusqu'à l'abolition de l'esclavage de 1888, alors que le Brésil du XIXe siècle avait conquis son indépendéIDcepolitique. Loi du revenu monétaire, loi de l'investissement pour l'achat de l'esclave, loi de la rigidité de la main d'œuvre esclave, loi de cOlTélationentre l'économie mercantile et l'économie

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naturelle dans la plantation esclavagiste et loi de la population esclave sont les cinq approches qui structurent la théorie du mode de production esclavagiste. Les 4e, Se, et 6e parties, enfin, sont consacrées au régime territorial et au revenu de la terre ainsi qu'aux différents types d'esclavage selon qu'il s'agit de régions agricoles, de régions d'élevage ou de mines ou encore de milieux urbains; la demière partie étudie le processus de circulation et de reproduction du système. Sont ainsi confortées les cinq lois de l'esclavagisme colonial dans une démonstration parfaite. Mais sur quels types d'informations s'appuie donc cette belle construction ? L'information de Gorender est, essentiellement imprimée. Elle vient de documents non sériels, publiés par de grandes collections comme, par exemple, les Anais da Biblioteca Nacional ou la revue de l'Instituto Historico e Geografico Brasileiro 70. Les auu'es sources de Gorender sont les récits des voyageurs étrangers qui, au XIXe siècle, ont visité le Brésil; mais pour Gorender leur témoignage vaut pour les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Enfin, essais et pamphlets sur l'esclavage par des auteurs contemporains de l'esclavage sont utilisés sans discussion critique. Pour Gorender, nature et portée de tout « document» d'où qu'il vienne, est identique et vaut vérité historique. Quant aux archives, il semble qu'elles ne peuvent ni receler aucune donnée intéressante pour M. Gorender, ni lui permettre de mieux comprendre les travaux de certains de ses collègues. Sa bibliographie est fort sagement répartie entre sources secondaires sur l'esclavage colonial et historiographie générale. Dans cette demière Gorender donne la mesure de sa culture: les œuvres de Lénine, Staline, Marx et Engels côtoient le «Satyricon» de Pétrone, «l'Ethique» de Spinoza, la « Politique» d'Aristote ainsi que les œuvres de Piaget, d'Althusser ou 1'« Introduction à l'Histoire» de Marc Bloch 70. Dès sa parution, la théorie nouvelle du mode esclavagiste de production, développée dans 1'« Escravisme colonial» se voit appropriée par historiens et économistes brésiliens qui y trouvent de quoi alimenter des discussions. C'est ainsi que Gorender, dont la réputation de théoricien majeur du Parti Communiste brésilien n'était pas à faire 71 est, tout à coup, devenu l'idole des milieux universitaires, leur interlocuteur privilégié. Sa présence sera obligatoire dans tout séminaire organisé par des historiens et des économistes. Il fera des conférences dans toutes les grandes Universités brésiliennes et aura l'honneur d'un colloque entièrement consacré à son mode de production esclavagiste 72, Inutile de dire que sa théOlie sera reprise dans de nombreuses thèses de doctorat soutenues dans les Universités brésiliennes.

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ÊTRE ESCLAVE AU BRÉSIL

Cependant, dès les années 1980, certaines vérités sur l'esclavage présentées par Gorender comme définitives, vont être mises en cause. En effet, avec le centenaire de l'abolition, les études sur l'esclavage se multiplient, de nouvelles démarches sont proposées dues aux découvertes de tous ceux qui ne répugnent pas à fréquenter assidûment les archives. Naissent de nouvelles réflexions libérées de schémas théoriques trop réducteurs lorsqu'ils sont appliqués de façon dogmatique. Ces démarches s'appuient sur des séries documentaires jusque là inexploitées. C'était la ligne inaugurée naguère par les chercheurs de Bahia lorsqu'ils avaient essayé de dévoiler d'autres réalités dans les rapports sociaux du temps de l'esclavage. Les connaissance renouvelées sur la traite, sur la démographie des populations esclaves, sur la famille esclave, sur la complexité des relations sociales, ébranlent les fondements même de l'œuvre de Gorender 73. « A Escravidao Reabilitada» c'est-à-dire, en français, la réhabilitation de l'esclavage, paru en 1990 74, se veut, pourtant, une réponse de Gorender à ces nouvelles démarches. Réponse passionnée, souvent déraisonnable dans son manque de sérénité. L'historien militm1t de sa cause ne peut pas être aussi militant que le militant politique: il tombe rapidement dans la polémique et refuse toute discussion avec obstination et aveuglement. C'est auprès des historiens de l'Université de Campinas, que 1'« Escravidao Reabilitada » a suscité les premièresréactions violentes avec des ripostes dans la presse. Mais le reste de la communauté scientifique préféra ignorer la mauvaise foi d'affronts gratuits et mensongers de ce pamphlet. Il y eut même quelques intellectuels pour continuer à prêter hommage à Gorender. De toutes façons, la fièvre des études sur l'esclavage, avec plus de 100 ouvrages parus dans la seule année du centenaire, retomba rapidement. A la mode « esclavage », succède la mode « mentalités» fondée essentiellement sur des papiers de l'Inquisition portugaise avec des préoccupations théoriques de départ qui, à nouveau, frustrent souvent le lecteur à cause du peu de souci de dater une documentation insuffisante et qui voudrait embrasser, dans un même mouvement, les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles brésiliens 75. C'est ainsi que l'histoire des mentalités, risque, elle aussi, de devenir aussi moniste que l'histoire marxisante de Gorender. Toute approche nouvelle, que ce soit celle qui privilégie les rapports sociaux, celle qui privilégie le mental ou celle qui s'attache à l'économique, se doit de ne rejeter aucune des autres démarches. C'est la gerbe bien nouée de tous ces points de vue qui donne profondeur et sens à la démonstration qu'elle cherche à étayer par l'estimation réelle de poids du chacun de ces aspects. L'histoire politique étudiée avec méthode et sérieux par les équipes qui travaillent à la fondation Getulio Vargas de Rio de Janeiro et autour de J.

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Murillo de Carvalho répond à ces règles d'or. Elle porte surtout sur le Brésil des XIXe et XXe siècles. Mais, en général, un certain type d'historiographie brésilienne est né sous le signe de l'essai théorique où l'évidence empirique de la documentation ne sert que dans la mesure où elle conforte la thèse de départ. A la limite, un document est vrai parce qu'il remplit le rôle demandé. La démarche contraire reste trop rare qui mènerait à réunir ses sources, à les critiquer afin de savoir si la problématique et les hypothèses de départ vont en sortir renforcées ou affaiblies. De plus, dans l'immense Brésil, il est indispensable de prendre en compte les diversités dans l'espace comme dans le temps. Les réalités régionales y sont contraignantes et les grandes synthèses difficiles. Il est certain, cependant, que même si l'esclavage n'est plus un thème favori pour les chercheurs brésiliens, les structures esclavagistes restaient et restent encore présentes et bien présentes dans la société brésilienne. L'histoire de l'esclavage se fera conune Monsieur Jourdain parlait en prose. Elle est, d'évidence, incontournable pour tout essai de compréhension des conduites de la société brésilienne d'hier et d'aujourd'hui.

Juin 1994. Katia de Queiros Mauoso Professeur à Paris IV

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Notes de la préface

1 « Ser escravono Brasil », 3a ediçao, Sao Paulo, Brasiliense, 1992(1ère
éd. 1982). To be a slave in Brazil, 4e éd., New Brunswick/New Jersey, Rutgers University Press, 1993 (1ère ed. 1986). 2 Cette documentation est essentiellement constituée par 17 500 chartes d'affranchissement couvrant la période de 1750 à 1888; par 511 testaments d'affranchis (1780-1888), par 1 115 Inventaires après décès (1780-1890), et un millier de documents concemant l'achat/vente d'esclaves et la location de services d'esclaves (1850-1888). 3 Ne sont cités ici que les ouvrages les plus connus. Pour compléter, voir bibliographie. Nina Rodrigues, «Os Africanos no Brasil », Sao Paulo, Editora Nacional, 1976 (1ère éd. 1932); Arthur Ramos, «0 Negro brasileiro », Rio de Janeiro, Civilizaçao Brasileira, 1934. 4 Manuel Querino, «Costumes Africanos no Brasil », Rio de Janeiro, Civilizaçao Brasileira, 1938. 5 Gilberto Freyre, « Casa Grande e Senzala », Rio de Janeiro, Maia et Schmidt, 1933. Ce livre fut traduit et publié en français en 1952 sous le titre
«

Maîtres et Esclaves'. Traduit par Roger Bastide et préfacé par Lucien

Febvre, il a eu, chez Gallimard, cinq éditions depuis 1952. Voir dans la bibliographie d'autres titres de l'auteur. 6 Frank Tannenbaum,
1947.
«

Slave and citizen », New York, Vintage Books,

7 Marvin Harris, «Pauems ofrace in the Americas », New York, Norton

Library, 1964; Carl Degler, « Neither Black nor White: Slaveryand race relations in Brazil ffild the United States », New York, MacMillan Co, 1971 ;

EugeneD. Genovese, « Roll,JordffilRoll. The world the slaves made », New
York, Pantheon Books, 1974; Robert B. Toplin, «The abolition ofbrazilian slavery», New York, At11eneum,1972.

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8 Fernando Henrique Cardoso, «Capitalismo e escravidfio no Brasil Meridional », Sao Paulo, Difel, 1962 (lère édition) ; Florestan Fernandes, «A integraçao do Negro na sociedade de classes ». Sao Paulo,

DominuslEdusp, 1965 (lère édition) ; Octavio Ianni, « As metamorfoses do
escravo », Sao Paulo, Difel, 1962 (lère éd.). 9 Voir infra pp. 15-17.

10 Dans sa livraison n° 3 Bastidiana - Cahiers d'études bastidiennes publie un corpus Roger Bastide de 1 328 titres, préparé par l'équipe d'études bastidiennes de l'Université de Caen sous la direction de C. Ravelet et sous les auspices de l'Association Roger Ba<;tidede l'Université de Paris V.
Il «A sociologia da escravidao » publiée dans le Journal « Folha da Mal1ha» de Sao Paulo, mai 1938. Voir note supra. 12 Grand Journal de Sao Paulo. Le titre de ces articles est « Pretos e Brancos » c'est-à-dire, en français, Noirs et Blancs. Idem. 13 «Revue Internationale de Sociologie », vol47, n° 1/2: 77-89, 1939. Idem. 14 L'œuvre de Roger Bastide est immense et il est, à juste titre, un des maîtres à penser des intellectuels brésiliens. Voir bibliographie dans cet ouvrage, et surtout, les infOlmations de la note 10. 15 Thales de Azevedo a une œuvre importante. On retiendra surtout: Les élites de couleur dans une ville brésilienne », Paris, Unesco, 1953 ; « Civilizaçao e Mestissagem », Salvador, Progresso, 1953 et « CuItura e situaçao racial no Brasil », Rio de Janeiro, Civilizaçao Brasileira, 1966. Edison Carneiro, «Negros ban tus », Rio de Janeiro, Civilizaçao Brasileira, 1937 ; « Cal1domblés da Ballia », Salvador, Publicaçoes do Museu
«

do Estado, 1948 (n° 8) ; Luis Viana Filho, « 0 Negro na Ballia », Rio de
Janeiro, José Oluympio 1946 et Pierre Verger, «Flux et Reflux de la traite des nègres entre le golfe de Bénin et Ballia de Todos os Santos du XVIIe au XIXe siècle », Paris, Mouton/La Haye, 1968. 16 A part l'ouvrage cité en note 7, Genovese est encore l'auteur de nombreux ouvrages sur l'esclavage dont «The political economy of

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slavery», London, MacGibbon and Kee, 1966 ; « The world Ille slaveholders
made: two essays in interpretation », New York, Vintage Books, 1971.

17 Herbert G. Gutman, «The black family in slavery and freedom, 17501925 », New York, Pantheon, 1976.

18 Ira Berlin, « Slaves without masters », New York, Vintage Books,
1976; Eric Foner, «Free soil, free labor, free men: Ille ideology of the Republican Party before the Civil War », New York, Oxford University

Press, 1970; « Nothing but freedom, Emancipation and its legacy»,
Louisiana, Louisiana State University, 1983; Bru'bara J. Fields, « Slavery and freedom on the middle ground: Maryland during the nineteenth century», New Haven, Yale University Press, 1985 et Rebecca J. Scott, «Slave emancipation in Cuba: The transition to free labor, 1860-1899 », Princeton, Princeton University Press, 1985.

19 Herbert S. Klein, « Slavery in IlleAmericas: A comparativestudy of
Virginia and Cuba », Chicago Press, 1967; « The middle passage, comparative studies in the atlantic slave trade », Princeton, Princeton University Press, 1978, 20 De nombreux historiens et historiens économistes brésiliens qui ont contribué au renouvellement des études sur l'esclavage ont obtenu leur doctorat, soit aux Etats-Unis, soit en Angleterre. On peut citer les noms de Joào José Reis, Roberto Borges Martins, Luiz AnUlha Conea do Lago, Pedro Carvalho de Mello (U.S.A.), Louis Cru'los Soares et Eduardo Silva (Angletene). Parmi les historiens qui ont fait leurs études en France deux noms se distinguent, ceux de Ciro Santana Flrurunru'ion Cardoso et de Luis Felipe de Alencastro. 21 70 % des universitaires brésiliens seront fonnés à Sào Paulo. 22 Le mythe était coriace qui voulait que tout ce qui concernait l'esclavage avait été brûlé par ordre du Ministre des Finances Rui Bru'bosa avec l'insL:'1uration régime républicain. du 23 C'est le cas, par exemple, d'historiens aussi prestigieux que José Wanderley de Araujo Pinho et Louis Viana P (Université Fédérale de Bahia), que Pedro Calmon (Université du Brésil, à Rio de Jruleiro).

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24 Il est impossible de citer tous les noms de ceux qui suivent les lignes tracées par l'historien pauliste. Ce qui est sûr, c'est que les ouvrages de cet historien ainsi que des citations de ses textes sont présence indispensable pour tout ouvrage qui aspire à quelque notoriété. 25 En effet, malgré quelques tentatives timides comme, par exemple, celles d'Affonso Ruy de Souza (A primeira revoluçao social brasileira 1798, 2e ed. Salvador, Tip. Beneditina, 1951) et de Luis Henrique Dias Tavares (0 movimento revolucionario baiano de 1798, Salvador, Faculdade da Filosofia da Universidade da Bahia, 1960), les historiens baianais continuent à écrire l'histoire comme leurs aînés. 26 P.C.B. : Parti Communiste Brésilien. 27 Nelson Wemeck Sodré est l'auteur de nombreux livres qui font autorité parmi les intellectuels brésiliens. C'est aussi le cas des ouvrages de J. Gorender (voir infra pp. 15-17) et d'Edgard Carone, auteur d'une monumentale histoire de la République. Titulaire d'une chaire d'histoire du Brésil, E. Carone, né en 1923, a été l'élève de P. Monbeig et Jean Gagé (1945-1947) à l'Université de Sao Paulo où il obtint son doctorat en histoire en 1971. Il commença sa ca11'ièred'enseignant, à cette même université de Sao Paulo, comme professeur assistant, en mai 1970. Quant à Leôncio

Basbaum, ses quatre volumesde « Historia sincera da Republica» (Histoire
sincère de la République) témoignent de son engagement politique de journaliste militant de gauche. 28 Quatre textes de Marx sont présences obligatoires dans les bibliographies: le Manifeste du Parti Communiste (1848), le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), publié généralement avec les Luttes des Classes en France (1850-1895) et l'Introduction de la Conu'ibution à la Critique de l'Economie Politique (1859). Il Ya, cependant, d'autres auteurs qui infOlment « théoriquement» les travaux des historiens brésiliens comme, par exemple, Max Weber, CI. Levi-Strauss, L. Allhusser, M. Foucault, Castoriadis, E.P. Thomson, M. Maffesoli, G. Durand, F. Braudel et 1. Wallerstein. 29 Un bon exemple de ces discussions est le livre collectif dirigé par Théo Araujo Santiago, «America Colonial - Ensaios », Rio de Janeiro, Pallas, 1975, et José Roberto do Amaral Lapa, «Modos de produçao e realidade brasileira », Petropolis, Vozes, 1980.

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30 Jacob Gorender, «0 Escravismo Colonial », Sao Paulo, Atica, 1978. Cependant, il faut mentionner les vives critiques qui furent adressées à Jacob Gorender par Ciro S.F. Cardoso et par Antonio Barros de Castro dans leurs contributions à l'ouvrage collectif «Modos de produçao e realidade brasileira », cité en note 29. 31 Voir: Caio Prado Jr., «Fonnaçao do Brasil contemporâneo », Sao Paulo, Brasiliense, 1942; Fernando Azevedo, «Canaviais e engenhos na vida politica do Brasil », 2e ed. Sao Paulo, Editora Melhoramentos, sldl 32 En effet, dans son « A Escravidao Reabilitada» ouvrage paru en 1990 (Sao Paulo, Atica), l'auteur consacre tout un chapitre à ce qu'il appelle « Equivocos e mistiticaçôes sobre a variedade do sel' escravo (Equivoques et mistitications sur la variété de l'être esclave) pp. 87-96. 33 Il est incontestable que Rio de Janeiro, mais surtout Sao Paulo, exercent une hégémonie du savoir vis à vis des autres états et capitales du pays. Cela est particulièrement vrai pour le Nordeste où la qualité de la production intellectuelle croit devoir être confirmée par Sao Paulo qui détient, d'ailleurs, un monopole sur les publications de travaux universitaires, puisque les principales maisons d'édition se trouvent dans cet État. 34 Le second Congrès se tiendra à Bal1iadu Il au 20 janvier 1937. 35 En réalité, nombreux sont aujourd'hui les universitaires liés à l'Université fédérale de Pennanbouc qui prêtent leur service à cet Institut de très grande qualité. 36 Cependant, d'après ses biographes, cette « felmeture» serait une légende et ce serait plutôt G. Freyre qui aurait refusé des chaires offertes par des universités étrangères (Yale en 1942 et Harvard 1943) et brésiliennes (Université du Brésil à Rio de Janeiro en 1943; Université de Bahia en 1944 et Université de Recife en 1949). Le concours étant une exigence formelle pour occuper un poste de professeur au Brésil, faut-il voir dans le refus de Gilberto Freyre, une résistance à se soumettre à cette obligation? Quant à Caio Prado Jr. une chaire avait été créée pour lui à l'Université de Sao Paulo en 1968/69, mais l'acte Institutionnel n° 5, promulgué par le gouvernement brésilien, empêcha la réalisation du concours. Pour G. Freyre voir « Dados biobibliograficos do autor» ln « Sobrados e Mucambos », 7e éd. Rio de Janeiro, José Olympio/Pro-Memoria/INL, 1985, pp. X-XVII.

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37 Voir note 15. 38 « Blanche» entre guillemets parce que le métissage a pénétré dans toutes les catégories sociales de sorte que l'on est souvent Blanc par considération sociale. Un tenne même a été créé pour désigner ce type de « Blanc », le terme « branco da terra» (blanc du pays). 39 Katia de Queir6s Mattoso, «Etre esclave au Brésil. XVle-XIXe siècle », Paris, Hacheue, 1979 et « Bahia século XIX. Uma provincia no Imperio », Rio de Janeiro, Nova Fronteira, 1992. 40 Ubiratan Castro de Araujo, « Le politique et l'économique dans une société esclavagiste: Bahia 1820-1889 », Paris, Université de ParisSorbonne (palis IV), 1992, (thèse de doctorat). 41 Maria Inês Cortes de Oliveira,« Retrouver une identité: jeux sociaux des Africains à Bahia (vers 1750 - vers 1890), Paris Université de ParisSorbonne (Paris IV), 1992, (thèse de doctorat), 42 Joao José Reis, « Slave rebellion in Brazil. The muslim uprising of 1835 in Bahia », Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1993. 43 Stuart B, SChWfU"tZ, Sugar plantations in the formation of brazilifm « society: Bahia, 1550-1835 », Cambridge/London/New York, Cambridge University Press, 1985 et «Peasents and Rebels », Urbana/Chicago, University of Illinois Press, 1992. 44 Maria Yedda Linhares et Francisco Cru'los Teixeira Silva, « Historia da agricultura brasileira: combates et controversias », Sao Paulo, Brasiliense, 1981. L'œuvre de Ciro F.S. Cardoso est importante. Mentionnons pour mémoire: « Agricultura, escravidao e capitalismo », Petropolis, Vozes, 1979 et « Escravo ou crunponês? 0 protocrunpesinatonegro nas Amelicas », Sao Paulo, Brasiliense, 1987. De la jeune génération des historiens de Rio de

Janeiro mentionnons encore Hebe Mru'iaMattos de Castro, auteur de « Ao
sul da Historia. Lavradores pobres na crise do trabalho escravo ». Sao Paulo,

Brasiliense, 1987 et Joao Luis Ribeiro Fragoso, auteur de « Homens de
grossa aventura: acumulaçao e hierarquia na praça mercantil do Rio de Jruleiro (1790-1830).

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45 Antonio Barros de Castro, « Escravos e senhores nos engenhos do Brasil ». In Revista de Estudos Economicos (Sao Paulo) 7 (1) : 177-220, 1977 et « A economia politica, 0 capitalismo e a escravidao ». ln Modos de produçao e realidade brasileira (l.R. do Amaral Lapa, éditeur) Petropolis, Vozes, pp. 67-108, 1980.
46 Deux bons représentants de cette nouvelle génération sont Ronaldo Vainfas et Eduardo Silva. De R. Vainfas on citera« Ideologia da escravidao. Os letrados e a sociedade escravista no Brasil colonial. Petropolis, Vozes, 1986 et d'Eduardo Silva, »Baroes e estrutura escravista », Rio de Janeiro, Nova Fronteira/Pro-MemorialINL, 1984. 47 L'emploi du pluriel se justifie par le fait que les diverses régions qui composent le Brésil ont eu, selon leur géographie, leurs ressources et leurs peuplements, un développement différencié. C'est ainsi que, par exemple, à Bahia, la majorité de la population de Salvador est d'origine africaine, alors que dans d'autres villes brésiliennes comme, par exemple, Porto Alegre, la proportion de brésiliens d'origine africaine est faible. Or, l'insertion de la population de couleur, presque toujours r~ietée aux plus bas échelons, d'une société, dépend des rapp011sentre BlancsfMétis/Noirs. 48 Julita Scarano, «Devoçao e escravidao: A innandade de Nossa Senhora do Rosario dos Pretos no distrito diamantino no século XVIII », Sao

Paulo, Editora Nacional, 1976 ; Caio Cesar Boschi, « Os leigos e 0 poder
(Innandades leigas e politica colonizadora em Minas Gerais»), Sao Paulo, Atica, 1986. 49 Amilcar Martins FOet Roberto Borges Martins, « Slavery in an nonexport economy. Nineteenth century Minas Gerais revisited ». Hispanic American Historical Review, 63 (3) : 537-568, 1986; Douglas C. Libby, «Transformaçao e trabalho em uma economia escravista », Sao Paulo, Brasiliense, 1988. 50 Iraci deI Nero da Costa, «Populaçôes mineiras : sobre a estrutura populacional de alguns nucleos mineiros no alvorecer do século XIX », Sao Paulo, IPEIUSP, 1981 ; « Minas Gerais: Estruturas populacionais tipicas, Sao Paulo, EDEC, 1982; Francisco Vidal Luna, »Minas Gerais: Escravos e senhores, Sao Paulo, Brasiliense, 1984.

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51 CEDHAL: Centro de Estudos de Demografia Historica da America Latina (Centre d'Etudes de Démographie Historique de l'Amérique Latine). 52 Maria Luiza Marcilio, «La ville de Sao Paulo. Peuplement et population, 1750-1850 », Rouen, Publications de l'Université de Rouen, 1972; «Caiçara: Terra e populaçao », Sao Paulo, Ediçoes Paulinas/CEDHAL, 1986.

53 Fernando A. Novais, « Portugal e Brasil na crise do antigo sistema colonial (1777-1808) », Sao Paulo, HUCITEC, 1979; José Jobson de A. Arruda, « 0 Brasil no comercio colonial », Sao Paulo, Atica, 1980; Vera Lucia do Amaral Ferlini, «TelTa, trabalho, poder », Sao Paulo, Brasiliense, 1988.
54 Emilia Vioui da Costa, Da senzala a colônia », Sao Paulo, DIFEL, 1966. 55 Maria Odila Leite da Silva Dias, Quotidiano e poder em Sao Paulo no século XIX, Sao Paulo, Brasiliense, 1984; Laura de Mello E Souza, «Desclassificados do ouro: A pobreza mineira do século XVIII ». Rio de Janeiro, Graal, 1982. 56 Notre critique sur la méthodologie appliquée à ces études porte sur plusieurs points: considérer, d'abord, que la période dite « coloniale» - qui couvre près de trois siècles d'histoire du Brésil - est un encadrement idéal pour parler de société et d'économie coloniales comme si structures et conjonctures qui les animent étaient fixes dans le temps. Dans cette perspective, ce qui est évidence pour le XVIIIe siècle l'est-il aussi pour le XVIIe puisqu'il s'agit de la « période coloniale» ? De même, d'ailleurs, pour l'espace puisque, ici aussi, l'identification ne se fait pas sur l'existence d'évolutions divergentes, mais, sur le fait que, ce qui se produit dans un espace donné, puisque il se produit dans une et même période - la période coloniale - est valable pour un autre espace, si l'événement ou l'analyse des événements portent sur cette même période. De telle sorte que la société coloniale, observée dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, donne des enseignements suffisants pour que l'on puisse étendre le modèle qui en découle au premier XVIIIe siècle et même au XVIIe siècle. On remarque, ensuite, que tous les documents provenant d'archives ont la même valeur car le critère par lequel ils sont évalués est celui de l'écrit : puisqu'il s'agit d'un écrit, le document est vrai. Et même si l'on pose la

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question de savoir de quelle source publique ou privée il émane, rarement se pose la question d'en savoir plus sur celui qui le produit. Critique externe et critique interne des documents sont donc absentes de la démarche

méthodologique.

.

Puis, il n'est presque jamais question de définir certains concepts et mots afin d'indiquer clairement dans quel sens on les emploie ou d'en montrer les ambiguïtés ou les insuffisances; les mots ont la même fixité dans le temps que les conjonctures. On note encore que, même lorsque on est en face d'un corpus de documents sériels, on a rarement la patience de dépouiller toute la série ou, tout au moins, un échantillon représentatif. En effet, très souvent, on procède par choix, sans jamais en foumir les critères: dans la masse des documents on épingle ici et là des « cas» et des « affaires» qui permettent la construction d'un récit, certes très aurayant, mais littéraire. Finalement, dans la plupart des études produites, la théorie, donnée a priori, sert toujours pour construire les événements dont le rôle est de confmner tout ce que la théorie affinne dans des conclusions présentées déjà en introduction ou dans les chapitres théoriques par lesquels débute toute étude qui se voudrait sérieuse. Dans cette situation, le dialogue entre l'historien et l'objet de son étude est frustré et la connaissance, privée d'interrogations qui aident à comprendre et à expliquer. 57 Suely Robles de Queiroz, «Escravidao negra em Sao Paulo: Urn

estudo de tensoes provocadas pelo escravismo no século XIX », Rio de
Janeiro, Jose Olympio/MEC, 1977 ; Maria Helena P.T. Machado. «Crime a escravidao ; Trabalho, luta e resistencia nas lavouras paulistas, 1830-1888 ». Sao Paulo, Brasiliense, 1987. 58 Luis Felipe de Alencastro, «La traite négrière et l'unité nationale brésilienne », Revue Française d'Histoire d'Outre Mer (paris 66 : 244-245, 394-418, 1979. Il est regrettable que ne soit pas encore publiée la thèse de doctorat de ce même auteur: « Le commerce des vivants: traite d'esclaves et »Pax Lusitana' dans l'Atlantique Sud », Nanterre, Université de Paris X, 3 vol., 1985/1986. 59 Manuela Carneiro da Cunha, «Negros estrangeiros. Os escravos libertos e sua volta à Atrica », Sao Paulo, Brasiliense, 1985. 60 Maria Silvia de Carvalho Franco, «Homens escravocrata », Sao Paulo, lEB/USP, 1969. livres na sociedade

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61 Peter L Eisemberg, «Escravo e proletario na historia do Brasil », Revista de Estudos EconÔmicos (Sao Paulo), (13) 1 : 55.70, 1983 ;« Ficando livre: A alforria em Cmnpinas no século XIX. Revista de Estudos Economicos (Sao Paulo) (17) 2: 175.216, 1987. Robert W Slenes, «Os multiplos de porcos e dimnantes: a economia escravista de Minas Gerais no século XIX ». Cadernos IFCHIUNICAMP, 1985 ; Lares negros, olhares brancos : Historias de fmnilia escrava no século XIX. Revista Brasileira de Historia (Sao Paulo) (8) 16: 189.203, 1988. 62 Silvia Hunold Lara, « Cmnpos de violência. Escravos e senhores na capitania do Rio de Janeiro, 1750-1808 », Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1988 ; Célia Maria Marinho de Azevedo, « Onda negra, medo brm1co : 0 negro no imaginm'io das elites. Seculo XIX ». Rio de Janeiro, Paz e TelTa, 1987 ; Leila Mezan Algrmlli, «0 feitor ausente : Estudos sobre a escravidao urbana no Rio de Jm1eiro, 1808-1822 ». Petropolis, Vozes, 1988. Il faut ici signaler qu'il y a de nombreuses études sur l'esclavage à Rio de Janeiro. Ces études ont été inaugurées pm' la thèse de l'historienne mnéIicaine Mary KarÜsch » Slave life in Rio de Janeiro, 1808-1850 », Princeton, Princeton University Press, 1987 ; Sidney Chalhoub, « Visoes da liberdade. Uma historia das ultimas decadas

da escravidaona Corte », Sao Paulo, Companhiadas Letras, 1990.
63 Decio Freitas,
Movimento,
«

Palmares a guerra do escravos », Porto Alegre, Ed.
Escravas ». Porto Alegre, Ed. Movimento,

1973 ; « Insuneiçoes

1976 ; «Os Guerrilheiros do Imperador », Rio de Janeiro, Graal, 1978, Alipio Goulmt, « Da fuga ao suicidio : Aspectos da rebeldia dos escravos no Brasil », Rio de Janeiro, Conquista, 1972; «Da palmatoria ao patibulo
(castigos de escravos no Brasil) ». Rio de Janeiro, Conquista, 1971. Clovis

Moura, « Rebeliôes da senzala : Quilombos, insUlTeiçoes, guelTilhas », Rio de Janeiro, Conquista, 1972; «Os Quilombos e a rebeliao negra », Sao Paulo, Brasiliense, 1981. 64 On citera ici (pour les autres publications de M. Maestri Filho, voir bibliographie) l'ouvrage «L'esclavage au Brésil» paru en 1991, à Paris, aux

éditions Kartl1ala.Dans le résumé au dos du livre il est dit que « L'ouvrage
de Mario Maestri représente La première synthèse historique sur l'esclavage au Brésil (je souligne) ». L'affirmation est mensongère puisque, pour le public, Ü'ançais il y a eu, en 1979, « Etre esclave au Brésil» et que pour le public brésilien, une simple lecture de la bibliographie que nous publions montre que des prédécesseurs existent. Pm' ailleurs, comme le montre sa bibliographie, l'ouvrage de ,M. Maestri ne repose sur aucune recherche

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ÊTRE ESCLAVE AU BRÉSIL

personnelle. Quant aux positions de l'auteur, la lecture du premier paragraphe de son premier chapitre suffit pour tixer le lecteur: «L'esclavage a été, <k'UIS l'Antiquité romaine, la forme de production dominante en Europe occidentale... ». Le titre de l'édition originale en portugais de « L'esclavage au Brésil est: »A servidao negra. Trabalho e resistencia no Brasil escravista », Porto Alegre, Mercado Aberto, 1988. 65 Membre du Comité Central du PCB (Parti Communiste Brésilien) et un des théoriciens de ce parti, il se séparera de cette formation et sera, dans les années 1960, l'un des fondateurs du PCBR (Parti Communiste Brésilien Révolutionnaire). Licencié en droit et joumaliste dans la presse de gauche, il est l'auteur de nombreux articles et plaque lies qui lui sont commandés après le succès de « Escravismo Colonial» (Sao Paulo, Atica, 1978)« considéré un classique par la communauté scientifique ». 66 Quoique consacré aux rapports raciaux entre Noirs et Blancs,

l'ouvrage de Florestan Fernandes (<< 0 negro no mundo dos brancos ». Sao
Paulo, Difel, 1972) introduit d'une manière très éclairante le problème des rapports sociaux au Brésil.

67 RichardGrallam, « Brazilian slaveryre-examined: A review ill.ticle»,
Institute of Latin Américan Studies, The University of Texas at Austin (reprint from ISH) 3/4 : 437-453, 1970; Herbert S. Klein «The colored freedman in brazilian slave society »Journal (~fSocial HistOl)'« 3/1: 30-52, 1969 (fall) ; «The Trade of African Slaves to Rio de Janeiro 1795-1811 : Estimates of mortality and paltems of Voyages» Journal (~fAjhaln Histo/Y, 10/4: 533-549, 1969. Katia de QueirÔs Mattoso, « A proposito de cilltas de alforria - Bal1Îa 1779-1850 ». Anais de Historia (Assis) 4 : 23-52, 1972; «Les esclaves de Bahia au début du XIXe siècle (étude d'un groupe social). »Cahiers des Amériques Latines (Paris), 9/10 : 105-129, 1974. Louis R.B. Mott, «Brancos, Pardos, Pretos e Indios em Sergipe, 1825-1830 ». Anais de Historia (Assis) 6: 139-184, 1974; « Pardos e Pretos em Sergipe, 17741851 ». Revista de Institllto de Estudos Brasileiros, (Sao Paulo), 18 : 8-37, 1976. Stuart B. Schwlli"tz, « The Manumission of Slaves in colonial Brazil: Bal1ia, 1684-1745 ». Hispanic American Historical Review, (54) 4 : 603-635, 1974; « Resistilllce and accommodation in 18th Century Brazil: The Slaves' view of slavery ». Hispanic American Historical Review, (57) 1 : 69-81, 1977.

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68 Voir bibliographie des années 1970.

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69 Pour Caio Prado Jr. voir note 31 ; Femando A. Novais. « Estrutura e dinâmica do antigo sistema Colonial (Séculos XVI-XVIII) ». Sao Paulo, C.ademos Cebrap, 1974, n° 17. Voir aussi note 53. 70 Voir la bibliographie, pp. 599-625. 71 Voir la note 65. 72 Idem note 29. Il s'agit seulement de la publication organisée par J.R. do Amaral Lapa. 73 Voir dans notre bibliographie, qui ne prétend pas être exhaustive, le nombre d'articles et d'ouvrages publiés dans les années qui précèdent les « commémorations» de l'abolition de l'esclavage en 1888. 74 Voir note 32. 75 Idem note 56.

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