Etude linguistique du constituant verbal en kirundi

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Quatrième volet sur le kirundi, langue bantu d'Afrique Centrale, ce livre veut apporter sa contribution scientifique à l'autodidacte ou au chercheur qui approfondit ainsi la méthodologie des sciences du langage à travers la linguistique africaine. Elle reflète également la connaissance sociologique et multiculturelle de l'Afrique francophone.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296217720
Nombre de pages : 92
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Étude linguistique du constituant verbal en kiruncli

(Ç) L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.]ibrairieharmattan.com diffusi on.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07590-0 EAN : 9782296075900

Thierry DE SAMIE

,

Etude

linguistique

du constituant verbal en kirundi
Suivide Dictionnaire des lexèmes verbo-nominaux du kirundi

L'Harmattan

ETUDE LINGUISTIQUE DU CONSTITUANT VERBAL EN KIRUNDI
I. Les types de constituants Iin2:uistiaues en kirundi Nous distinguons en kirundi deux types de constituants linguistiques, le constituant nominal et le constituant verbal, que nous définissons à partir du point de vue morpho - syntaxique. 1-1. Le constituant nominal Le constituant nominal désigne toute unité linguistique apte à assumer les fonctions non prédicatives dans la phrase verbale et la fonction prédicative dans la phrase nominale (cft M. Rouis, «Plan de

description systématique des langues négro - africaines», in Aftique et
Langage n° 7, page 28). Le constituant nominal comprend trois éléments fondamentaux: le préfixe de substantivation, le classificateur ou préfixe de classe nominale et la base. Dans l'exemple URUGERA, la houe en pierre taillée, nous
dégageons les trois éléments fondamentaux U

-

RU - GERA.

A ce type de constituant nous rattachons dans un sous - ensemble l'adjectif, qui est formé du classificateur nominal par accord grammatical et de la base, et qui assume la fonction de déterminant dans
le syntagme qualificatif: U

-

RU

-

GERA RU

- TO la petite

houe en

pierre taillée. L'adjectif peut aussi assumer toutes les fonctions syntaxiques du constituant nominal lorsqu'il est muni du préfixe de substantivation: U - RU - TO la petite. Nous considérons également le pronominal (terme que nous préférons à celui de pronom) comme un constituant nominal, parce qu'il assume les mêmes fonctions syntaxiques que ce dernier. Cependant il est formé avec le classificateur verbal.

1-2. Le constituant verbal Le constituant verbal désigne toute unité linguistique apte à assumer la fonction prédicative dans la phrase verbale (cft M. Houis, «Plan de

description systématique des langues négro - afticaines», in Afrique et
Langage n° 7, page 42). Le constituant verbal comprend trois éléments fondamentaux: le classificateur ou préfixe de classe en accord grammatical avec le sujet, le prédicatif et la base. Le prédicatif correspond à un préfixe employé comme morphème grammatical dans le constituant verbal assumant la fonction prédicat. Avec la fonne verbale BARARIMA elles cultivent,
nous retrouvons les trois éléments fondamentaux: BA

-

RA - RIMA.

Nous signalons deux cas particuliers, bien que leur fonnation relève des constituants verbaux: l'infinitif, lorsqu'il reçoit la marque de substantivation, et le participe, toujours préfixé de la marque de substantivation, peuvent assumer les mêmes fonctions syntaxiques que les constituants nominaux. 1-3. Les notions lin2uistiaues de base et de lexème Sur le plan structural, les deux types de constituants linguistiques possèdent à l'origine de leur fonnation un élément commun que nous appelons la base. Le constituant verbal BARAGERA, ils arrivent, et le constituant nominal URUGERA, la houe en pierre taillée, sont fonnés à partir de la même base -GERA; nous parlons dans ce cas de base verbo - nominale. Mais comme cet élément commun se diversifie de plus en plus, nous remontons à l'intérieur de la base, toujours complexe en kirundi, jusqu'à la donnée irréductible servant de point de départ à la fonnation de tous les constituants de la langue. Nous l'avons nommée lexème plutôt que radical parce qu'en apparaissant le noyau lexical de la fonnation elle traduit l'idée principale du signifié et se distingue de la notion de morphème comme outil de fonnation. Ainsi le constituant verbal BARAGERA ils arrivent est fonné à partir du lexème -GER-, avec les morphèmes BA-, -RA- et -A. A cela nous ajoutons que la base, outre le lexème, comprend un suffixe obligatoire soit flexionnel avec le constituant verbal, soit dérivationnel avec le constituant nominal. Eventuellement pour les deux types de constituants linguistiques, un ou plusieurs suffixes

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dérivationnels facultatifs peuvent se placer entre le lexème et le suffixe obligatoire. fi. Les structures morpholoeiaues du constituant verbal

n-l. Les éléments fondamentaux du constituant verbal
Le constituant verbal comprend trois éléments fondamentaux qui apparaissent dans l'ordre suivant: le classificateur sujet, le prédicat et la base. A titre d'exemple la forme verbale BARARIMA, elles cultivent, illustre fort bien le découpage indiqué précédemment: BA - RA RIMA.

n-l-l. La base verbale
La base verbale, d'abord, comprend essentiellement le lexème et le suffixe flexionnel, entre lesquels peuvent s'intercaler un ou plusieurs suffixes dérivationnels. Dans la forme BARARIMA, la base verbale -RIMA se décompose en un lexème de type -CVC-, tel que -RIM-, cultiver, et en un suffixe

flexionnel d'aspect non - accompli -A. Le lexème traduit l'idée
principale du constituant verbal et représente une fois encore l'élément central de signification qui soit irréductible dans la langue. Le suffixe flexionnel, toujours en position finale, est le seul suffixe d'emploi obligatoire. La langue s'en tient aux trois suffixes flexionnels -A, -YE et -E.

Le suffixe -A qui marque l'aspect du non - accompli résulte du
syncrétisme entre le phénomène de la coalescence dans *-ôl-e comme pour BARARIMA, elles cultivent, et celui de la vocalisation dans *-ôl-s comme pour 'RIMA, cultive. Le suffixe -YE qui marque l'aspect accompli vient de *-ôl-e par la consonantisation de *-ôl- : BARARIMYE elles viennent de cultiver. Le suffixe -E qui caractérise les modes sans opposition aspectuelle résulte de *-ôl-e par l'élision de *-ôl- : BARI BARIMÉ elles doivent cultiver. Les phénomènes linguistiques évoqués pour les suffixes flexionnels sont analysés par rapport au constituant nominal dans notre ouvrage Essais d'Afiique en sciences du langage au chapitre 1-4 intitulé «L'hypothèse des coefficients sonantiques dans le système nominal des suffixes obligatoires du kirundi » (pages 45 à 59). 7

ll-1-2. Le prédicatif verbal
Le prédicatif verbal, toujours préfixé après le classificateur sujet, est employé comme morphème grammatical caractéristique du constituant verbal qui n'assume qu'une seule fonction syntaxique, celle de prédicat. Son rôle consiste à préciser le temps grammatical, parfois le mode verbal et la construction du prédicat verbal. Dans la forme BARARIMA, le prédicatif -RA- de construction verbale se joint au classificateur sujet BA-. ll-1-2-1. Les prédicatifs de temps erammatical Les prédicatifs qui désignent le temps grammatical se répartissent dans les trois catégorisations du temps « naturel» : la catégorisation du présent ou le moment de la production de l'énoncé, la catégorisation du passé ou avant le moment de l'énoncé, et la catégorisation du futur ou après le moment de l'énoncé. Les auteurs A. E. Meeussen et F. M. Rodegem n'ont jamais évoqué les catégorisations avec lesquelles la morphologie des prédicatifs verbaux nous permet de classer les temps grammaticaux par rapport au temps « naturel». ll-1-2-1-1. La catéeorisation du présent Pour la catégorisation du présent, nous obtenons un schéma progressif de structuration morphologique avec les prédicatifs zéro ou -0-, -M- et -KI-. La complexification du prédicatif verbal apparaît alors dans l'emploi des marques de temps du présent immédiat, du présent inchoatif et du présent duratif

-0présent immédiat -RA- < *-RA-Oprésent inchoatif présent duratif

-RÂA- < *-RA-M-RACM- < *-RA-KI-M-

On notera par conséquent que la marque zéro se révèle un procédé morphologique: «Il s'agit d'un zéro corrélatif car on ne peut le poser qu'en l'intégrant dans une série systématique de morphèmes» 8

(cft M. Houis «La description des langues négro - amcaines: une problématique grammaticale» in Afrique et Langage n° 2, 1974, page 35). 1. Le présent immédiat indique le présent absolu dans BARARIMA, elles cultivent, ou traduit une vérité intemporelle comme dans: IKIMUGA KIRÎlMENYA, l'infirme se connaît. NGANA + objet: je brasse + objet Aspect non - accompli NDAGANA :je brasse maintenant NGANYE + objet: je viens de brasser + objet Aspect accompli NDAGANYE :je viens de brasser 2. Le présent inchoatif marque l'action dont on affirme ou nie le

début précoce, comme dans NDA.AGANA + objet? ai - je déjà
commencé à brasser + objet? NDA.AGANA + objet? : ai -je déjà commencé à brasser + objet? 3. Le présent duratif marque l'action dont on affirme ou nie la fin tardive: NDACA.AGANAje brasse encore. Aspect non - accompli NDACA.AGANA: je brasse encore. Aspect accompli NDACA.AGANYE :je viens de brasser encore. ll-1-2-1-2. La catés!Orisation du passé Dans la catégorisation du passé, l'opposition des tons bas et haut antérieur distingue les prédicatifs -A- du passé proche et -A- du passé éloigné. Les formes NAGANA ce matin je brassais du passé proche et NAGANA hier je brassais du passé éloigné se décomposent ainsi respectivement: N - A - GANA et N - A - GANA.

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