Histoire, mémoire et sociétés

De
Publié par

Publié le : mercredi 1 janvier 1992
Lecture(s) : 98
EAN13 : 9782296271937
Nombre de pages : 176
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Ouvrages du Ceram-Awal à paraître aux éditions l'Harmattan

Salem

Zenia éclatée

L'identité Tassadit

Yacine d'une femme immigrée»

La fleur et le piège "poésie
André Nouschi Algérie Rabia du Barde

Amère Boualem

La viatique Fernand (Sous Provebes Nadia Mécheri Bentolila

la direction berbères

de)

La musique

de l'Ahaggar

Tassadit Chérif

Yacine Kheddam ou l'amour de l'art

Abderrahmane Lakhsassi Hadj Belaïd, Barde de l'Atlas Henri Basset La littérature Boulifa Le Djurdjura a travers l'histoire des Berbères

(recueil

de textes

chleuhs)

(réédition)

(réédition)

HISTOIRE, MEMOIRE ET SOCIETES

Du même auteur

Les Sa'id 'Alba de N'Goussa. Histoire et état actuel de leur nomadisme. L'Harmattan, Paris, 1983,202 p.

(!)

AWAL, Paris, Alger, 1992 ISBN: 2-906659-00-05

(!)

L'Hannattan,
ISBN: 2-7384-1579-2

1992

Alain Romey

HISTOIRE,

MEMOIRE

ET SOCIETES

L'exemple de N' Goussa : oasis berbérophone du Sahara (Ouargla) Préface GenTIaineTillion Postface Tassadit Yacine

L'HARMATTAN jAWAL

Le Centre d'études et de recherches Amazigh (CERAM), fondé - en 1984 à la
Maison des sciences de l'homme à Paris, avec le soutien de Pierre Bourdieu - par Mouloud Mammeri et son groupe, est destiné à servir de lieu de rencontre et de communication aux chercheurs versés dans les études berbères. Le CERAM, au service d'une passion désintéressée, s'est donné pour objectif principal de favoriser la collecte systématique de textes de littérature orale, dont beaucoup sont menacés de disparition. Le Centre publie une revue annuelle, Awal, cahiers d'études berbères, qui est à son numéro huit et une série d'ouvrages publiée aux Editions AWAL, dont une collection à la Maison des sciences de l'homme.

Publié avec le concours du Centre National des Lettres

Editions Awal, 4 rue de chevreuse, Paris. Editions L'Hannattan, 5-7 rue de l'Ecole polytechnique, Paris.

Préface

Alain-Claude François Romey, l'auteur de l'étude qu'on va lire, est né le 21 novembre 1944 à Annecy. Il appartient par ses origines à une famille traditionnelle du midi de la France, et ses études, ses premiers emplois, l'orientent vers la langue anglaise, l'Irlande, la légende celtique et puis la Grèce. Rien ne le prédisposait donc à consacrer, dans la suite de sa vie, toutes ses heures de travail et même de loisir à l'Algérie présente et passée, c'est-à-dire aussi: à venir... C'est cependant ce qui arriva à partir de 1971, date de son premier enseignement à Alger, de son premier contact avec la magie du sol maghrébin, où il devait rester durant treize longues années. Pour mieux connaître, c'est-à-dire mieux comprendre, ce sol et les civilisations qu'il nourrit il souhaite tout d'abord entreprendre une étude en profondeur, mais réduite à un espace à l'échelle humaine, par exemple une enquête sur les toponymes d'un village, d'une vallée, d'une oasis, avec les légendes qui se rapportent à chaque lieu-dit... La toponymie ouvre, en effet une entrée sur la littérature orale et ses traditions, ses inventions, mais aussi sur l'occupation des sols, l'économie, la vie de chaque jour, et également sur le passé et la chaîne des événements historiques qui jalonnent le devenir politique des nations. A une vingtaine de kilomètres au nord de l'oasis de Ouargla la palmeraie de N'Goussa utilise encore un parler arabe, mais a surtout conservé un très ancien parler berbère. Pourquoi ne pas étudier la toponymie de N'Goussa, ce microcosme algérien? En 1972, à N'Goussa, Alain Romey fait la connaissance de plusieurs Sa'id Atba, anciens suzerains de la palmeraie. Il rêve alors d'accompagner ces grands nomades, authentiques descendants des célèbres Banu Hilal, tout au long du parcours annuel de 1.300 kilomètres qu'ils nomment 'achaba. L'achaba est une véritable migration qui, chaque année à la même date, entraîne hommes, femmes, enfants et troupeaux entre Ouargla et Tiaret, dans le Tell, par cinq routes qui remontent le cours des oueds venus

de l'Atlas, - les oueds «riches en pâturages et en gibier», où «il fait bon flâner 1». Entre septembre 1976 et juin 1977 les Sa'id emmenèrent avec eux Alain Romey. Mouloud Mammeri, le grand écrivain algérien, homme de science et découvreur de valeurs, s'intéressa, dès le début, aux travaux du jeune chercheur et souhaita d'emblée les publier 2... Son vœu est aujourd'hui réalisé grâce à Tassadit Yacine, au C.E.R.A.M. L'intéressante étude qu'on va lire s'intitule: «Sources écrites et mémoire collective l'exemple de N'Goussa : oasis
berbérophone du Sahara (Ouargla)...
»

On y trouvera, à partir des noms de

lieux et des légendes qui s'y rattachent, les aventures historiques de deux populations, associées depuis le Moyen-âge, l'une berbérophone et sédentaire, l'autre arabophone et nomade.

Gennaine Tillion.

1. Alain Romey. l'Hannattan. 2. Mouloud

Les Sa'id 'Albii de N'gaussa. est mort accidentellement

/-lis/aire e/ é/a/ ac/uel de leur namadism£. sur une route algérienne le 26 février

Paris. 1989. Il

1983, p.lOS. Mammeri

était né dans l'un des sept villages qui fonnent le douar des Beni Yenni, en Grande Kabylie.

A mes parents A l'Algérie terre d'amitié

«La cause est pourtant simple: on ne fait pas de culture sur commande. Des pays qui disposaient, au départ, de moyens et de conditions autrement plus étendues que les nôtres en ont fait l'expérience: proposer une pratique jdanovienne de la culture, c'est le meilleur moyen de la nier, de la tuer. La culture vit de vérité.» Mouloud Mammeri (Entretien avec Tahar Djaout. Alger, 1987)

«Celui qui parle deux langues possède deux

flmcs.»
(Proverbe grec)

Note sur la transcription d t z
E'

des termes arabes

a
b t t j h h d d r z s ~ s

g f q k I

m n h

ü -w i -Y

Les lettres a, i, u, non surmontées d'une barre, indiquent uniquement des sons brefs proches des lettres arabes correspondantes. Dans la transcription des noms arabes, nous n'appliquons pas les règles de l'accord grammatical propre au français et nous ne transcrivons pas les formes correspondant aux accords arabes (féminin ou pluriel), sauf exception: exemple, les qsur et non les qsar 1ou les qsars. De même pour les noms des dynasties, car le contraire aurait alourdi le texte: exemple, la dynastie l).ammadide et non la dynastie des Banü l:Iammad. Certains mots arabes sont conservés sous la forme francisée et subissent alors les règles de l'accord grammatical français: exemple, les caïds. Maghreb est transcrit Magrib, lorsque nous avons affaire à la partie appelée actuellement Maroc en français, (partie historique seulement).

1. Dorénavant

en droit.

INTRODUCTION

Commencée en 1972, cette étude a pris fin en décembre 1973 et s'est déroulée en six séjours totalisant soixante deux jours. J'avais choisi cette oasis en raison de son isolement, mais surtout pour sa position sur une ancienne piste de caravanes. Après y avoir été introduit, je fis la connaissance d'un homme âgé, très érudit, ancien imam de la grande mosquée, qui m'offrit, pendant tous ces séjours, une généreuse hospitalité. Très rapidement, cependant, une difficulté surgit qui perturba, quelque peu, le déroulement de l'enquête; celle-ci est apparue pour beaucoup comme une indiscrétion. Une réforme agraire, se déroulant pendant la durée des différents séjours, rendit ma position ambiguë et mes tentatives d'explication ne firent que renforcer l'idée que ce travail n'était qu'un prétexte. Toute question concernant les palmiers et les jardins provoquait une gêne et des réponses évasives. Face à cette difficulté, s'intéresser à l'histoire du sol, risquant moins de paraître indiscret, devenait un élément plus favorable pour entrer en confiance. C'est, en définitive, cet élément majeur qui a donné son orientation à cette étude, car il fallait être le plus neutre possible. Ainsi, l'enquête toponymique a servi de base à ce travail mais de nombreux autres éléments en découlent. Il y a d'abord les informations collectées sur le terrain: environnement physique, aspects anthropologiques du peuplement, culture orale, enquête toponymique et observations sur la langue. Puis celles provenant d'Alger,

16

concernant essentiellement l'histoire écrite et la traduction des textes de littérature orale, effectuée par Jean Delheure, sur les enregistrements pris sur le terrain. La présence momentanée à Alger d'un de nos informateurs nous permit de vérifier les très nombreux détails de traduction inhérents à ce genre de textes. N'Goussa se situe à vingt kilomètres au Nord de Ouargla et, tout en faisant partie de cette oasis, en est cependant distincte, à l'inverse des autres villages qui s'y trouvent inclus. Jadis située sur la piste des caravanes allant de Touggourt à Ouargla, elle n'est plus actuellement sur un axe de passage important. En raison de son isolement son mode de vie n'a que très peu subi les transformations que la modernité peut apporter, cependant la disparition de l'artisanat familial est effective. La vie s'y déroule toujours suivant un processus séculaire. Le ksar est caractéristique de cette partie du Sahara. Tombant de plus en plus en ruine, il reflète encore assez bien le faste qu'il eut lorsque Ouargla perdit sa prépondérance politique au bénéfice de N'Goussa, sous la dynastie des UlM Babia. Actuellement, la population délaisse petit à petit le ksar pour s'installer dans le nouveau village. Celui-ci ne subissant pas la restriction de l'espace, présente dans le ksar, en raison de la délimitation provoquée par la muraille, le nouveau village s'étale largement en utilisant au maximum l'espace qui s'offre à lui. La palmeraie, importante, produit une grande variété de dattes, depuis la deglat nour jusqu'à la moins bonne qualité. Elle n'est plus actuellement très bien entretenue, seuls les jardins sont encore travaillés avec soin. Le problème de l'eau commence à se poser, les puits actuels ne permettant plus une irrigation satisfaisante de la palmeraie. La population sédentaire est d'environ mille sept cent cinquante habitants. Les nomades sont représentés essentiellement par les SaÏd 'Arba dont N'Goussa est ]e fief depuis quelques siècles 1.Le mode de vie ayant très peu changé depuis des temps immémoriaux, une culture orale s'est perpétuée, culture dont il était fondamental de conserver des éléments avant

1. Romey, A., Les Sa'jd 'Alba de N'Gaussa. llistoire L'Hannallan, Paris, 1983,202 p.

et étal acluel de leur nomadisme.

17

qu'elle ne vienne à disparaître. De plus en plus de jeunes quittent l'oasis, car celle-ci ne leur pennet plus de vivre comme ils le désirent, d'autant plus que le travail de la palmeraie est de moins en moins considéré et ne représente plus l'aspiration habituelle au travail qu'il était jadis. Avec l'aide de quatre infonnateurs, nous avons commencé par faire un relevé de tous les noms de lieux se trouvant à l'intérieur du ksar et de la palmeraie. Les différents séjours ont pennis de recueillir quelques éléments de cette culture. La langue usuelle des sédentaires est un parler berbère très proche de celui de Ouargla. La collecte des contes et légendes ayant un rapport avec les toponymes relevés a été facilitée grâce à la bonne volonté de trois jeunes informateurs. Cette étude, effectuée il y a une quinzaine d'années, est ici amputée d'un certain nombre de ses chapitres n'ayant que peu de rapport avec le sujet principal. Ainsi, tout ce qui touche au milieu physique, à l'environnement, ainsi qu'à l'anthropologie physique et à la préhistoire n'apparaît pas dans la version présentée. Nous n'avons conservé que l'histoire écrite, l'histoire orale, l'enquête toponymique, certains aspects linguistiques concernant la langue utilisée, ainsi qu'une panie des textes de littérature orale, car nous avons systématiquement écané ceux qui n'avaient pas de rappon avec la toponymie. Cenains chapitres ont été revus, ainsi que toute la transcription et la traduction des textes de littérature orale. La panie historique pourra paraître chargée de détails, de noms et sunout très chronologique, mais dans l'état actuel de nos connaissances, cette étape n'ayant pas été effectuée, il était indispensable de la faire avant de pouvoir passer à une analyse plus fine où nous aurions pu faire parler les archives à la manière de Jacques Berque 1. Nous avons conscience des limites de ce type d'approche historique, mais il nous paraît nécessaire de relever les lacunes qui existent au niveau de l'histoire de ces régions et il paraît bien difficile de sauter les étapes et d'essayer d'interpeller les archives pré-coloniales, lorsque nous ignorons encore le cadre chronologique de l'histoire de cette panie du Sahara.

1. Berque, J., L'intérieur

du Maghreb.

Paris, Gallimard,

1978, 576 p.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.