Idéologie et système en Corée du Nord

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296339286
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IDEOLOGIE ET SYSTEME EN COREE DU NORD
De KIM Il-Sông à KIM Chông-II

(Ç)

L'Harmattan,

1997

ISBN:

2-7384-5345-7

CHEONG Seong Chang

IDEOLOGIE ET SYSTEME EN COREE DU NORD
De KIM Il-Sông à KIM Chông-II

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

TRANSCRIPTION DE L'ALPHABET EN FRANÇAIS.

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comme dans le français la plus ouvert que le ai du français dans mais comme dans le français bas comme dans le français z de zoologie comme dans le français atchoum comme dans le français do prononcé dans tous les cas comme le é de été consonne qui se prononce de façon vélaire (point d'articulation proche du voile du palais): son guttural. aspiré comme dans l'anglais home ou l'allemand heim comme dans le français ici prononcé avec force comme dans le français quoi? comme dans le français Khmer comme dans le français lac comme dans le français main comme dans le français nain comme dans l'anglais king comme dans le français côte comme dans le français note ou botte comme dans le français bouée

1.

La transcription des noms coréens a été faite selon le système MacCune-

Reichauer. Toutefois, pour les noms des capitales des deux Corées, Séoul et Pyongyang, qui devraient être transcrits respectivement Sôul et P'yôngyang, nous avons respecté l'usage habituel français. Nous respectons aussi l'usage coréen qui place le nom de famille avant le prénom. Cf. FABRE (André), 1988, La grande histoire de la Corée, Lausanne, Favre, pp.355-356. ~ Hankuk pulô pulmun hakhoe [Société coréenne de langue et littérature française], (éd.), 1983, Hanpul sajôn [Dictionnaire coréen-françaisJ, Séoul, Hankuk oeukukô taehakgyo ch'ulp'anbu, pp.11-12. 7

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très fort comme en français quand on dit « pas question! » comme dans le français phannacie comme dans le français scribe prononcé très fort comme dans le français « ça suffit! » prononcé très fort comme dans le français « tais-toi! » prononcé dans l'anglais time comme dans le français nous
son intennédiaire entre i et e du français, se rapproche du son de peu comme oi dans le français moi comme dans l'anglais one comme dans le français oui comme dans le français ouais! comme dans le français familier « y a quelqu'un? » comme dans le français yoyo comme dans l'anglais young comme dans l'anglais new comme dans le français voyait.

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ABREVIA TIONS COURANTES

A.I.E.A. A.P.C. A.P .S. B.P. C.C. CDN CDS C.P.C. C.P.F.E. E.L.E. KAL J.O. IM NP P.C. P.C.U.S. P.T.C. PTCDN PTCDS R.P.C: R.P.D.C. T.N.P. YICA

: Agence internationale de l'énergie atomique : Armée populaire de Corée : Assemblée populaire suprême (de la R.P.D.C.) : Bureau politique : Comité central : Corée du Nord : Corée du Sud (République de Corée) : Comité populaire central : Comité préparatoire à la fondation d'un Etat : Editions en Langues Etrangères : Korean Air Lines : Jeux olympiques : Le Monde : Journal hebdomadaire nord-coréen en langue française Les Nouvelles de Pyongyang : Parti communiste : Parti communiste de l'Union soviétique : Parti du Travail de Corée : Parti du Travail de Corée du Nord : Parti du Travail de Corée du Sud : République populaire de Chine : République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) : Traité de non-prolifération nucléaire : Yearbook on International Communist Affairs
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9

Figure n° 1 : LES DEUX COREES

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10

PREFACE

L'ouvrage que présente aujourd'hui Monsieur CHEONG Seong Chang vient véritablement à son heure :' la situation politique de la République populaire démocratique de Corée apparaît fort con.fùse, peu compréhensible pour les Occidentaux (l'est-elle moins pour la Chine ?). Le régime inauguré par KIM Il-Sông était lui-même resté très mal connu. Pour beaucoup d'observateurs occidentaux, la R.P.D.C. était un véritable enfer. Pour quelques auteurs, proches du régime de Pyongyang, elle était le paradis sur terre, peut-être le paradis tout court. La vision distanciée qu'apporte CHEONG Seong Chang devrait permettre une approche plus sereine de ce pays qui ne mérite sans doute « Ni cet excès d 'honneur, ni cette indignité ». CHEONG Seong Chang est un Coréen du Sud, disons de la République de Corée (Republic of Korea, ROC). Comme tous ses compatriotes du Sud, ... et du Nord, il voudrait voir sa patrie réunifiée: beaucoup de difficultés s y opposent. Il s'est attaqué à l'une de celles-ci, et pas la moindre: l'incompréhension réciproque des deux systèmes politiques qui gouvernent ce pays. Faire mieux connaître la Corée du Nord aux Coréens du Sud, c'est sans doute une noble tâche; mais était-ce possible? Malgré ses efforts (et je puis ajouter aussi les miens), il n'a pas réussi à se rendre au Nord. Les deux gouvernements de la Corée n'ont pas permis cette visite. Alors CHEONG Seong Chang a essayé de trouver toutes les sources fiables possibles pour combler cette lacune: il a lu avec une grande patience les publications disponibles de Pyongyang. Il s'est informé auprès des
Occidentaux qui ont vécu au Nord, ou qui ont pu s

y rendre

pour

quelques semaines. Il a interrogé des étudiants nord-coréens à Il

l'étranger. Certes tout cela reste insuffisant, et le séjour au Nord eût été bien utile. Mais quand les sources directes demeurent hors d'atteinte, les sources indirectes, bien traitées, peuvent être très éclairantes. Le lecteur trouvera dans son ouvrage une grande volonté d'objectivité qui a animé tout son travail. Etant donné les contraintes du travail, il a centré sa recherche sur le Chuch'e fDjoutchéJ, « philosophie» officielle de la Corée du Nord. Il a voulu comprendre comment le système de pensée était apparu, comment il avait évolué, et quel paraissait son avenir
aujourd 'hui.

L'origine du Chuch'e, le moment où cette « idéologie» (car il faut bien l'appeler par son nom) est apparue, était resté très énigmatique. Il s'est aussi beaucoup intéressé au succès du Chuch' e en Corée du Nord. Il semble qu'il a bien montré que ce succès a été conditionné par deux raisons fondamentales. - d'une part elle a exalté « l'âme coréenne », en empruntant à la pensée coréenne du passé aussi bien dans ses mythes que dans son inspiration néo-confucéenne des éléments identifiables. Le colonialisme japonais avait voulu retirer à ce peuple toute son identité, en voyant, en fin de compte, dans les Coréens des Japonais qui n'avaient guère su évoluer. KIM Il-Sông a voulu redonner aux Coréens le sentiment de leur spécificité, de leur authenticité, ne voulant pas que son pays apparaisse comme un avatar du bolchevisme ou du maoïsme. ~d'autre part le Chuch'e, ce n'était pas seulement ces discours fleuves que beaucoup de Coréens n'ont jamais lus, mais des réalisations multiples (sociales, culturelles), que le peuple coréen était censé avoir réalisé par ses propres forces. Pyongyang, dans son urbanisme, se présentait comme un gigantesque symbole du Chuch'e. Là devait naître un homme nouveàu. Ne méconnaissons pas que beaucoup de ces réalisations ont une réalité tangible, même si parfois leur valeur symbolique apparaît plus importante que leur véritable utilité. Mais qui peut penser véritablement que le symbolique n'est pas beaucoup plus important que la réalité matérielle? Sans doute 12

les réalisations du régime de Corée du Nord doivent beaucoup à l'aide étrangère (soviétique, chinoise). On en parle peu... L'authenticité de l'effort coréen est plus importante que les facteurs de sa réalisation... Une idéologie comme celle-là peut-elle survivre à son créateur? L 'histoire nous autorise à en douter. Certes depuis très longtemps KIM Chông-Il contrôlait une partie de l'appareil de l'Etat, il était réputé le grand théoricien de l'idéologie officielle. Mais le problème n'est pas là: les «tendances» politiques qui avaient été « réduites» par KIM Il-Sông se sont sans doute réveillées. Les difficultés que connût le pays peuvent conduire à un éclatement du système. CHEONG Seong Chang ne répond pas à ces questions que nous nous posons aujourd 'hui. Sans doute pour des raisons tenant au manque d'informations, mais aussi parce qu'il ne faut pas confondre Pythie et chercheur en sciences politiques. Mais il nous apporte des éléments pour y réfléchir... et c'est beaucoup.

Maurice ROBIN

13

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~

INTRODUCTION

La Corée du Nord est souvent considérée comme 1'« un des derniers pays staliniens» ou le «royaume ermite» du stalinisme par les observateurs étrangers notamment ceux de l'Occident1. Cependant, il est difficile de trouver des ouvrages ou articles consacrés de façon rigoureuse à une analyse comparative du régime nord-coréen et de celui de Staline. Les similitudes entre les deux régimes sont très nombreuses car l'Union soviétique a constitué pour les communistes de Pyongyang un pays «modèle» jusqu'au XXe Congrès du P.C.U.S. en 1956. La« déstaliÎrisation» n'ayant jamais eu lieu en République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), le stalinisme est demeuré longtemps l'une des principales sources de réflexion des idéologues nord-coréens. Cependant, la négligence des facteurs autres que le stalinisme, qui ont exercé aussi une influence importante sur la formation du régime KIM Il-Sông [ou KIM Il Sung], rendrait difficile la compréhension de la survie ou de 1'« invulnérabilité» de celui-ci malgré l'effondrement du communisme en Union soviétique et en Europe de l'Est. Au début des années 1990, de nombreux observateurs occidentaux ont affirmé que le régime kimilsôngiste ne se maintiendrait pas au pouvoir plus de trois ou cinq ans. Mais la R.P.D.C., avec la Chine populaire et le Viêt-nam socialiste, survit encore étrangement. Est-ce parce que le socialisme nord-coréen est
1. MAINE (Philippe), 1981 (juin), Corée du Nord: dernier Etat stalinien, Ecrits de Paris, n° 414, pp.15-25 ~ paNS (Philippe), 1990 (20 janvier), Les derniers bastions du marxisme-léninisme - IV. Corée du Nord: «verrouiller» à l'intérieur, entrouvrir à l'extérieur, Le Monde, p.6 ~ G~LAIN (Robert) et DE BEER (Patrice), 1994 (10-11 juillet), La mort du président nord-coréen - Kim TI-sung: un demi-siècle de pouvoir sans partage~ Le Monde, p.4.

supérieur à ceux de l'U.R.S.S. et de l'Europe de l'Est, comme le prétendent les dirigeants de Pyongyang?2 D'où viennent les « secrets» de cette survie? Il faudrait d'abord chercher les causes de ce « succès» dans l'histoire politique de la Corée du Nord qui est parsemée d'épurations sanglantes. L'approche historique constitue ainsi une des méthodes de notre recherche. Il serait nécessaire de procéder ensuite à une analyse comparative du kimilsôngisme avec les autres idéologies et « systèmes de pouvoir» dont le stalinisme et le maoïsme. Il serait aussi indispensable d'examiner les rapports du kimilsôngisme avec le nationalisme et la culture politique traditionnelle de la Corée pour évaluer à juste titre l'influence des « facteurs intérieurs» sur la formation du régime. Une interprétation trop simplificatrice constituant souvent un obstacle à une étude scientifique, la réflexion de certains observateurs qui considèrent l'idéologie du « Chuch 'e» (ou Djoutché), chère aux dirigeants de Pyongyang, comme une simple copie du « compter sur ses propres forces» (ziZi gengsheng) de MAO Zedong3 nécessiterait un examen plus rigoureux. La similitude des phénomènes politiques ne signifie pas forcément importation et exportation d'un modèle qui se diffuserait à partir d'un centre dominant vers des « périphéries» dominées. La concomitance des phénomènes peut résulter en effet de problèmes de nature identique qui expriment à un moment donné les tensions et les aspirations de sociétés comparables4. Le terme de « kimilsôngisme» que nous employons ici ne désigne pas seulement l'idéologie du régime nord-coréen mais également son «système de pouvoir »5. Il y a des analyses
2. KIM (Jong TI), 1995 (5 mai 1991), Notre socialisme axé sur les masses populaires est invincible, Pour développer les idées du Juche, Pyongyang, Editions en Langues étrangères (E.L.E.), pp.273-274: 3. Cf. GODEMENT (François), 1993, La renaissance de l'Asie, Paris, Editions Odile Jacob, p.165. ~SABATIER (Patrick), 1980 (9 octobre), Corée du Nord: la dynastie des Kim, Libération. 4. MENY (Yves), 1993, La greffe et le rejet, in MENY (Y.) (sous dir.), 1993, Les politiques du mimétisme institutionnel, Paris, L'Harmattan, p.lO. 5. Cf. CARRERE D'ENCAUSSE (Hélène), 1989, Stalinisme, in AFANASSIEV (Youri) et FERRO (Marc), (Sous la direction de), 50 idées qui 16

comparatives de l'idéologie du « Chuch'e» avec le marxismeléninisme soviétique, faites par de nombreux experts de la R.P.D.C. dont la plupart sont des Sud-Coréens et des Coréens résidant au Japon. Si les farouches opposants de gauche (HA Su-Do, YI ChinKyông) et de droite (SIN II-Ch'ôl) au régime nord-coréen ont dénoncé la « déviation» de celui-ci, en soulignant la « rupture» entre les deux idéologies, les dirigeants de Pyongyang et les adeptes du kimilsôngisme à l'étranger (Pierre Boudot, Robert Charvin, T. B. Mukherjee) ont mis en avant l' « originalité» du régime, en mettant eux aussi l'accent sur les différences entre les deux systèmes de pensée6. Les observateurs occidentaux « neutres », ne s'étant pas vraiment intéressés à la question, ont plutôt remarqué la continuité entre l'idéologie du Chuch' e et le marxisme-léninisme stalinien que leur rupture. L'analyse comparative des deux idéologies serait évidemment utile pour la compréhension du système politique nord-coréen, mais ce qui nous - les politologues intéresse davantage ici, c'est la vie politique et le mode de fonctionnement réel du régime. Le terme « Chuch'e », qui sera employé, sans être traduit, dans notre travail pour désigner l'idéologie de la Corée du Nord, est constitué de deux mots d'origine chinoise, « maître» (chu) et « corps» (ch 'e), et comprend plusieurs sens assez proches dans le langage courant: la « partie principale », la « subjectivité », l' « autonomie », l' « indépendance» et l' « initiative »7. KIM 11ébranlent le monde -- Dictionnaire de la glasnost, Paris, Editions Payot, pp.356-357. 6. HA (Su-Do), 1988, Kimilsông sasang pip 'an [La cn.tique de la pensée KIM Il-Sông} (original japonais, 1980), Séoul, Paektu, 335p.; YI Chin-Kyông, (éd.), 1989, Chuch e sasang pip 'an [La critique des idées du Chuch' e}, Vol. l, ' Séoul, Pyôri, 285p.; SIN (ll-Ch'ôl), 1987, Pukhan «chuch'e ch 'ôlhak »ûi pip 'anjôk punsôk [Une analyse critique de la «philosophie du Chuch'e »}, Séoul, Sahoe paljôn yônkuso, 337p.; BOUDOT (Pierre), 1987, Diamants noirs au pays du matin clair, Paris, Berger-Levrault, 206p. ; CHAR VIN (Robert), 1986-1987, La théorie du «Djoutché» et le marxisme, Approche Asie, n° 9, pp.95-104.; MUKHERJEE (T. B.), 1983, Les idées sociales, économiques et politiques du grand Président KIM IL SUNG, Pyongyang, E.L.E., 281p. 7. Hankuk pulô pulmun hakhoe, (éd.), 1983, p.1190. 17

Sông utilise ce terme pour la première fois dans son discours intitulé « De l'élimination du dogmatisme et du formalisme, et de l'établissement du Chuch'e dans le travail idéologique» et prononcé, le 28 décembre 1955, devant les propagandistes et les agitateurs du Parti du Travail de Corée (P.T.C.)8. Le mot « Chuch'e» a évoqué, au début en République populaire démocratique de Corée (R.P.D.C.), le rejet de l'imitation aveugle des idéologies et des politiques des autres pays socialistes, et l'attitude active et créatrice dans l'application de la «vérité marxiste-léniniste» en conformité avec les conditions réelles de la Corée. Le sens de ce terme, plus complexe que sa traduction française (<< compter sur soi-même »; «compter sur ses propres forces») ne le laisserait supposer, a évolué avec le développement du culte de la personnalité. Le mot en est finalement arrivé à désigner le caractère « nouveau et original» des idées de KIM 11Sông touchant la conduite de la révolution et l'édification du socialisme et du communisme exigeant de chaque pays (du tiers monde, notamment) qu'il ne compte que sur ses propres forces. Pour les théoriciens nord-coréens9, l'idéologie chuch' éenne (ou djoutchéenne) « apporte des solutions aux problèmes nouvellement apparus après l'époque du développement du marxismeléninisme »10.

8. KIM (n Sung), 1971 (28 décembre 1955), De l'élimination du dogmatisme et du formalisme, et de l'établissement du djoutché dans le travail idéologique -Discours prononcé devant les propagandistes et les agitateurs du Parti, Oeuvres choisies, Tome I, 1971, Pyongyang, E.L.E., pp.634-661. 9. n ne serait pas convenable de qualifier les théoriciens des domaines idéologique et culturel de la R.P.D.C. de philosophes ou savants puisqu'ils sont dépourvus de champ scientifique autonome par rapport au pouvoir et qu'ils n'ont que le droit d'expliquer et de justifier la ligne du Parti et la politique du gouvernement. 10.Cf. CHUNG (Sung-beh) [Bertrand], 1977 (décembre), Le bilan coréen:. Idéologie, politique. Economie et développement. Réunification et relations extérieures, Revue d'études comparatives Est-Ouest, Vol. 8, n° 4, pp.157-159. ~ LABICA (Georges), 1985, Djoutché, in LABICA (G.) et BENSUSSAN (Gérard), (Sous la direction de), 1985, Dictionnaire critique du marxisme, Paris, P.U.F., pp.348-349. 18

L'étude du régime nord-coréen souffre autant du manque d'informations. fiables et précises que du manque d'objectivité. L'histoire du pays est révisée et souvent falsifiée selon la nécessité politique du moment. Il est donc difficile de connaître exactement le passé du régime avec les publications récentes et il est indispensable d'examiner attentivement les documents de l'époque concernée. Les livres et les journaux publiés en Corée du Nord constituent évidemment une des sources les plus importantes pour l'étude du régime bien qu'elles cachent toujours la partie sombre de la réalité et embellissent celle-ci. En République de Corée (Corée du Sud), la plupart des experts de la R.P.D.C. ont négligé, jusqu'au milieu des années 1980, la nécessité d'une analyse rigoureuse et minutieuse des publications de Pyongyang, considérant que cellesci ne sont qu'un moyen de propagande et qu'elles ne reflètent guère la situation réelle du pays. Ce préjugé a empêché inévitablement ces experts de percevoir avec justesse l'évolution des orientations du régime nord-coréen. En Corée du Sud, c'est à partir du milieu des années 1980 que nous assistons à l'apparition de chercheurs plus sérieux et que la « pyongyangologie » s'est développée rapidement. Mais l'étude de la R.P.D.C. à Séoul souffre encore du manque de scientificité. Les langages quotidiens, peu aptes à une analyse sociologique et scientifique, sont souvent employés par les « experts» dans leur analyse et les « passions» anticommunistes ou procommunistes exercent une influence non négligeable sur leur réflexion. Examinons d'abord le cas de certains experts renommés tels que KIM Nam-Sik, SONG Tu-Yul, YI Ch'an-Haeng et YI Chong-Sôk. Ancien cadre du Parti du Travail de Corée qui s'est réfugié en Corée du Sudl1, KIM Nam-Sik a examiné minutieusement les publications de Pyongyang et écrit de nombreux ouvrages et articles intéressants qui ne portent pas explicitement un jugement de
11. SCALAPINO (Robert A.) et LEE (Chong-sik), 1986a, Hankuk Kongsanjuûi undongsa {Histoire du mouvement communiste coréen J (original anglais: Communism in Korea -- Part I : The Movement, University of California Press, 1972), Vol. l, Séoul, Tolbegae, pp.28 et 31.

19

valeur sur le régime du Nord. Malgré sa quête d'objectivité affichée, l'approche du chercheur avait tendance à justifier implicitement la position de l'équipe dirigeante de Pyongyang, peutêtre parce qu'il a mené sa recherche en s'appuyant quasi-totalement sur les documents officiels nord-coréens, et à négliger les jugements des observateurs étrangers sur le régime. Son analyse a tendu aussi à privilégier l'étude de l'idéologie du Chuch'e et à ignorer celle de la réalité concrète du pays et l'influence des « facteurs extérieurs»
sur la vie politique intérieure
12

.

La méthode de recherche de KIM Nam-Sik a favorisé l'apparition de l' « approche de l'intérieur critique du socialisme » de SONG Tu-Yul et celle de l' « approche de l'intérieur» de YI Ch'an-Haeng. Si le premier a tenté de comparer la stratégie de l'édification du socialisme de la Corée du Nord avec celles de la Chine et de l'U.R.S.S. pour élucider la spécificité du régime nordcoréen, le second s'est efforcé d'expliquer celui-ci avec les langages et les points de vue des dirigeants de Pyongyang en s'appuyant essentiellement - comme KIM Nam-Sik - sur des documents officiels de la R.P.D.C. Les méthodes d'analyse des deux chercheurs ont, malgré leurs différences apparentes, de nombreux points communs: ils ont tous deux mis l'accent sur la nécessité de compréhension de la « logique interne» du fonctionnement du système socialiste nord-coréen qui est différente de celle d'un régime capitaliste ~ ils ont ainsi refusé d'employer la plupart des concepts développés par la « science politique occidentale » ~ils se sont en outre abstenus d'examiner de façon critique l'aptitude des langages communistes à une étude scientifique. SONG Tu-Yul et

12. Cf. KIM (Nam-Sik), 1987 (septembre), Hankuk kongsanjuûi undongsa yônkurûl wihan ch'ônje [Le préalable de l'étude de l'histoire du mouvement communiste coréen], Yôksa pip'yông [La critique historique), pp.305-316. ~ KIM (Nam-Sik), 1989a, Haebang chônhu pukhan hyôndaesaûi chaeinsik [La réinterprétation de l'histoire contemporaine de la Corée du Nord juste après la Libération], in KIM (Nam-Sik) et al., 1989a, Haebang chônhusaûi insik [Comprendre l'histoire de la Corée d'avant et d'après la Libération], yo!. V, Séoul, Hankilsa, pp.II-31. 20

YI Ch'an-Haeng sont enfin arrivés, dans leurs études, à approuver en bloc la position des autorités de Pyongyang13. Quant à YI Chong-Sôk, il a, au début, adopté une approche similaire à celles des trois experts que nous venons de mentionner. Cependant, le chercheur s'est vite distingué des adeptes de 1'« approche de l'intérieur» par son empirisme et la largeur de son choix de documents consultés. L'« approche de l'intérieur critique» (naejaejôk-pip 'anjôk chôpkûn pangbôp), qu'il a peu à peu élaborée, prône une certaine prise de distance par rapport à la position des autorités nord-coréennes. YI Chong-Sôk, qui avait consulté non seulement les documents officiels du P.T.C. mais également ceux du Parti communiste chinois et de l'administration coloniale japonaise pour étudier les activités révolutionnaires de KIM Il-Sông en Mandchourie, a exprimé au début une sympathie pour le régime nord-coréen malgré ses quelques réserves à l'égard de l'histoire officielle de la Corée du Nord et est aujourd'hui devenu favorable au modèle réformiste chinois14. Bien qu'il soit considéré à Séoul comme l'un des plus compétents spécialistes de la R.P.D.C., son approche a tendance, comme celles des trois autres experts mentionnés ci-dessus, à négliger l'influence des « facteurs extérieurs» sur la politique du régime.

13. SONG (Tu- Yul), 1988 (décembre), Pukhan sahoerûl ôttôtge polgôsinka [Comment comprendre la société nord-coréenne], Sahoewa sasang [La société et les idées), pp.l04-116. ~ SONG (Tu- Yul), 1990, Soryônkwa chungkuk Sahoejuûi sahoeesôûi nodongja, nongmin, chisikin [L'Union soviétique et la Chine - Ouvriers, paysans et intellectuels dans la société socialiste), Séoul, Hankilsa, 302p. ~ YI (Ch'an-Haeng), 1993, Pukhan sahoejuûiûi hyônsilkwa pyônhwa [Le socialisme nord-coréen -- la réalité et son changement), Séoul, TOO,559p. 14 Cf. YI (Chong-Sôk), 1988 (septembre), Narnhanûi t'ongil chôngch'aekgwa t'ongil undong [La politique de réunification du gouvernement et le mouvement (en faveur) de la réunification en Corée du Sud], Sahoewa sasang [La société et les idées), pp.97-107. ~ YI (Chong-Sôk), 1989, Pukhan chidojiptankwa hangil mujang t'ujaeng [Le groupe dirigeant de la Corée du Nord et sa lutte armée antijaponaise], in KIM (Nam-Sik) et al., 1989a, pp.35-154. ~ YI (Chong-Sôk), 1995, Hyôndae pukhanûi ihae [Comprendre la Corée du Nord d 'aujourd 'hui), Séoul, Yôksabip' ôngsa, 384p. 21

L'étude du régime nord-coréen en France n'est pas encore suffisamment développée. D'abord, les chercheurs sur la Corée du Nord sont peu nombreux. Nous pouvons citer, comme experts compétents qui ont écrit des articles sur le pays, Alain Brillouet, Bertrand Chung et le journaliste du Monde, Philippe Ponsl5. En ce qui concerne ceux qui ont écrit des livres sur la Corée du Nord, nous pouvons examiner le cas de Jean-Pierre Brulé, auteur de La Corée du nord de Kim Il-sung, et Robert Charvin, auteur de La République populaire démocratique de Corée. L'ouvrage de Brulé est certainement le seul livre publié jusqu'ici en langue française avec un certain souci d'objectÎvité. Cependant, il contient de nombreuses erreurs' chronologiques, quelques problèmes de transcription et parfois une interprétation erronée des faits historiques de la Corée. Sous l'influence de certains « experts» renommés comme YI Myông-Yông, professeur de l'Université Sôngkyunkwan à Séoul, et HÔ Tong-Ch'an, ancien professeur de l'Université Chosôn (pro-Pyongyang) au Japon, M. Brulé a écrit notamment que, dans les années 1930, KIM Sông-Ju, futur Président nord-coréen, a « usurpé l'identité et le prestige du général KIM Il-Sông, héros des forces de guérilla coréenne contre les colonisateurs japonais, en 1910 »16. Cependant, le fait qu'en réalité, il n'y avait qu'une seule personnalité qui portait le nom de KIM Il-Sông en Mandchourie pendant la période d'occupation japonaise de la Corée et que celui-ci a été à l'origine le pseudonyme
15. Cf. BRlLLOUET(Alain),

1975 (décembre), Economie de la République

populaire démocratique de Corée, Revue d'études comparatives Est-Ouest (RECEO), Vol. 6, n° 4, pp.251-264. ~ BRlLLOUET (A.), 1976 (décembre), Quelques problèmes actuels en Corée du Nord, RECEO, Vol. 7, n° 4, pp.201212.; BRlLLOUET (A.), 1980 (mars), Quelques données sur les moyens CHUNG d'information en Corée du Nord, RECEO, Vol. Il, n° 1, pp.II3-126.; (Sung-beh) [Bertrand], 1977 (décembre), pp.157-189.; CHUNG (Bertrand), 1996, Corée du Nord, L'état du monde 1996, pp.488-492. 16.Cf. BRUE (Jean-Pierre), 1982, La Corée du nord de Kim Il-sung, Paris, Barré-Dayez, p.II; YI (Myông- Yông), 1989, Kwônryôkûi yôksa Chosôn rodongdangkwa kûndaesa (Histoire du pouvoir - Le Parti du Travail de Corée et l'histoire moderne), Séoul, 1989, Chongrosôjôk, 437p. ~ HÔ (Tong-Ch'an), 1988, Kimilsông pyôngjôn [La biographie critique de KIM Il-Sông) , Vol. 2, Séoul, Pukhan yônkuso, 487p. 22

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que KIM Sông-Ju avait adopté pour protéger sa famille de la répression des Japonais -- comme l'avaient fait de même de
nombreux dirigeants communistes chinois et coréens de l'époque

--

est démontré clairement par des experts plus sérieux tels que SUH Dae-Suk, professeur de l'Université de Hawaii, WADA Harukki, professeur de l'Université de Tokyo, et YI Chong-Sôk. L'argument selon lequel il y aurait eu deux ou trois KIM Il-Sông en Chine du Nord-Est avant la Libération de la Corée en 1945 est en général le résultat d'une consultation irréfléchie, par certains chercheurs, des documents de l'armée japonaise de l'époque, qui sont souvent contradictoires entre eux et d'une méfiance et ignorance quasitotales à l'égard de toutes les publications nord-coréennes, découlant de leur profonde « passion» anticommunistel7. Dans nos voyages effectués à plusieurs reprises en ex-Union soviétique en 1991 pour recueillir des documents et des témoignages des personnalités qui avaient occupé des postes importants dans le régime nord-coréen avant de se réfugier en U.R.S.S. dans la seconde moitié des années 1950, nous avons pu rencontrer plusieurs personnes, qui avaient rejoint la guérilla antijaponaise de Mandchourie, notamment CH'OE Chin-Sôk qui avait participé en juin 1937 avec KIM Il-Sông à l'attaque de Boch'ônbo, petit village de la province du Hamkyông du Nord situé près de la frontière sino-coréenne, qui a rendu célèbre le nom du futur numéro un de la R.P.D.C. auprès des peuples coréen et japonaisl8. M. Ch'oe nous a assuré que l'argument de certains chercheurs, selon lequel le KIM Il-Sông qui avait attaqué le village
17. SUR (Dae-Sook), 1988, Kim II Sung -- The North Korean Leader, New York, Columbia University Press, pp. 10-11 ~ WADA (Harukki), 1992, Kimilsôngkwa manju hangil jônjaeng [KIM Il-Sông et la guerre antijaponaise en Mandchourie), Séoul, Ch'angjakgwa pip'yôngsa, pp.17-21 ~ YI (ChongSôk), 1989 (décembre), Kimilsông yônkuûi chaengjôm [Les sujets de dispute dans l'étude de KIM TI-Sông], Sahoewa sasang [La société et les idées), pp.348-375. 18.Notre entretien à Khabarovsk (Russie), le 23 novembre 1991, avec M. CH'OE Chin-Sôk, ancien partisan antijaponais en Mandchourie qui a participé à la «bataille de Boch'ônbo» avec KIM TI-Sông en juin 1937. ~ YI (ChongSôk), 1989, pp.87-88.

23

de l\oGl1'ônbo serait différent de celui qui est devenu plus tard l~ l'..ésjg~t de la Corée du Nord, esttotalementinfondé. Cependant, la,:...~.;.,du. « faux, KIM Il-Sông», QuççJJe ,de « plusieurs KIM 11~~;c>~~~été imprudemment"admise parde nombreux observateurs

QQ~_Qe19.

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~,Quant à Robert Charvin"il aadqpté une ,méthode assez proche d~;J'~<,approche de l'intérie~r)) de YI \Ch'an-Haeng, affirmant que «;lta1lfl.lyse du socialisme à la coréenne doit échapper aux regards ~~9péocentristes et ~ux jugements..si1Jlplistes » et s'abstenant ,de tQytç coll1pan¥son du ,régimenor4-QOréen.avec ceux de l'U.R.S.S. qtf~dç;l:Europeode l'Est2°.Mais, le fait que les concepts de science politique développ~s) en Occid~ntcQ~stit\1ent parfois des obstacles épistémologiques à la compréhension des régimes non occidentaux, q~ij\1.stifie~t.'gQère tput abandon"de l'analyse comparative, car ~péjlJeriaide~.à connoitre et à,se.,connaitre : connaître l'autre en GÇ~~:~t d,ç;l' ~similer aux stéréotypes, que' le sens commun, lui a ~~ri~\lé~..;:~ten cessant de le. rejeter, surtout s 'il est éloigné, dans les ~g()riç$ mystérieuses et exotiques ',; se connaître soi-même aussi, 1ant il.~st vrai que le détour par. l'autre permet de mieux cerner ce q1).i ~~. -notre propre. identité. .CO~Rarer permet également de r:~la~yj~~r,:de sortir de. ~on,lèxiq\.le politique, de ses théories, de ses 4çw~smes,>_4ese$;pré~uppo~;6s. Il n'y a pas de concept de scie~3:p.Qliti~~ ,à priori universaJ.isable ni de théories politiques tQ~~m~gt -QAiversel_ç~, car aucune..-Piéorie ne peut se prétendre

~te .re

.4~ la-culture du sociologue qui la fonde et aucune ne peut prétendreavoir accédéà l'universalisme21.

, .~~,., MAINE (Philippe), 1981 (aoo.t-septembre), b;J!tat militarisé nord-coréen, O~(et,Que8t, 33 ;(654-6.55), p.16 ~ LE NER (Alain), 1983 (décembre), Corée: le (~;,à..;'f.'-,.E~ritsde Paris, n° 441, p.27 ~ DESJARDINS (Thierry), 1994 (11

jUJU~t),

Mai~e ~solu de la Corée du Nor4 depuis 1948, il est mort samedi à

Pyongyq ;..- im TI-sung, le tyran fou, Le Figaro, p.2. K 2~.,CHAR~;(Robert), 1984, La .Répllblique populaire démocratique de
. Çq~4'~'~aPs"L.Gô,D.J~, .pp(.5-7. ,21j'aADŒ (Bertrand) et HERMET (Guy), .

1990,Politique comparée, Paris,

P.U.F.~pp.l0-ll. 24

Il existe évidemment d'autres ouvrages en langue française sur le régime nord-coréen. La plupart d'entre eux sont ceux que les Editions en langues étrangères (E.L.E.) de Pyongyang et les adeptes du kimilsôngisme à l'étranger ont publiés. Or, il y a un certain doute sur l'authenticité de l'auteur en ce qui concerne de nombreux livres, signés par les partisans de l'idéologie du Chuch'e et adulant frénétiquement le système politique nord-coréen et ses dirigeants suprêmes, KIM Il-Sông et son fils KIM Chông-Il [KIM Djeung Il ou KIM Jong Il]. YI Dong-Uk [ou LI Dong Xu], professeur chinois (d'origine coréenne) de science économique à l'Université de Yanbian, que nous avons rencontré à la conférence internationale sur la réunification de la Corée, tenue à Londres du 5 au 6 août 1996, nous a raconté que les responsables du Parti du Travail lui ont demandé, après sa visite à Pyongyang, de signer un ouvrage tout prêt et plein d'éloges à l'égard du régime nord-coréen. Son refus lui a valu l'interdiction de voyage en R.P.D.C. malgré ses multiples requêtes22. Il est à noter également que la plupart des auteurs, qui ont écrit les hagiographies de KIM Chông-Il, n'ont jamais rencontré ce dernier malgré leurs nombreuses visites en Corée du Nord23. Bien qu'il y ait peu d'experts de la Corée du Nord, la France dispose d'une somme importante de reportages des journalistes, ce qui n'est pas le cas en Corée du Sud. Les articles qu'ont écrits à Pyongyang les correspondants des journaux français fournissent des informations utiles sur la mentalité et la vie quotidienne de la population ainsi que sur l'évolution des orientations du régime qui est le plus fermé du monde. La France dispose également de nombreux experts compétents des ex-pays communistes, notamment de l'ex-Union soviétique, et d'études abondantes sur ces derniers. Bien que nous n'ayons pas procédé, dans notre travail, à une comparaison systématique des régimes. soviétique et nord22.Notre entretien à Londres, le 6 août 1996, avec YI Dong-Uk (LI Dong Xu en chinois), professeur de science économique à l'Université de Yanbian. 23. Cf. AL SlWMA (Hani), 1986, Eternelle étoile de la Corée, Pyongyang, E.L.E., 97p. ~ TAPANI KESKINEN (L.), 1987, Kim Djeung Il, authentique Dirigeant du peuple, Pyongyang, E.L.E., 151p. 25

coréen, l'analyse comparative de ces deux systèmes sera l'une de nos préoccupations. Les cours d'histoire de la Russie et de l'Union soviétique, que nous avons suivis à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris pendant l'année universitaire 1989-1990, notamment celui de Marc Ferro, furent utiles pour élargir notre connaissance sur le pays. Les voyages que nous avons effectués à Budapest, à Prague et à Moscou pour voir de nos propres yeux le fonctionnement du système politique et économique communiste furent aussi constructifs. Les visites en ex-Union soviétique que nous avons faites à six reprises entre 1989 et 1991 furent particulièrement fructueuses, car nous avons pu y rencontrer d'anciens cadres du Parti du Travail, qui ont fui leur pays dans la seconde moitié des années 1950 pour échapper aux purges, et recueillir ainsi leurs témoignages. Nous avons trouvé dans une bibliothèque de Moscou de nombreux documents nord-coréens, qui ont été publiés dans les années 1940 et 1950, et auxquels les chercheurs d'aujourd'hui ont difficilement accès. Nous avons, en outre, tenté durant la préparation de notre travail, de voyager en R.P.D.C. pour une étude « sur le terrain». Cela a été impossible en raison de l'attitude négative des gouvernements des deux Corées. Si les autorités de Pyongyang ont douté de l'objectif réel de ma visite et n'ont trouvé, à l'accepter, aucun avantage pour la propagande du régime, leurs homologues de Séoul semblent s'être inquiétés de la possibilité de l'utilisation de ce voyage par leur frère-ennemi du Nord à des fins politiques. L'une des études les plus remarquables faites jusqu'ici sur le régime de KIM Il-Sông est sans doute celle de Robert A. Scalapino et de LEE Chong-sik qui ont écrit ensemble, en 1972, les deux volumes de Communism in Korea. Ils ont fait de nombreuses interviews avec les anciens cadres du Parti du Travail, qui s'étaient réfugiés à Séoul, et consulté minutieusement des documents de plusieurs pays, notamment des deux Corées et du Japon24. Si les

24. SCALAPINO (R. A.) & LEE (Chong-sik), 1972, Communism in Korea, Vol. TI,Berkely, University ofCalifornia Press, 846p.; SCALAPINO (R. A.) et LEE (Chong-sik), 1986a, 305p.; SCALAPINO (R. A.) et LEE (Chong-sik), 26

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ouvrages de Scalapino et Lee constituent encore un «classique» incontournable pour l'étude du régime nord-coréen, ils devraient être revus et complétés à la lumière des nouveaux documents que la fin de la guerre froide a rendu disponibles aux chercheurs d'aujourd'hui. La« glasnost» de Gorbatchev et le rapprochement de Séoul avec Moscou et Pékin ont permis notamment la publication des documents secrets du Kremlin sur la guerre de Corée et des documents de la Chine concernant la lutte antijaponaise des communistes chinois et coréens en Mandchourie ainsi que les contacts des anciens dirigeants nord-coréens, qui se sont réfugiés en U.R.S.S. et en Chine populaire, avec des journalistes et experts sud-coréens25. Notre travail n'a pas l'ambition de jeter une nouvelle lumière sur toute l'histoire de la Corée du Nord mais essentiellement sur les origines de la guerre fratricide de 1950 à 1953, qui a eu pour conséquence l'élimination des principaux dirigeants de l'ex-Parti du Travail de Corée du Sud, et sur le déroulement de la lutte politique au sein du régime nord-coréen après la déstalinisation déclenchée par Khrouchtchev au XXe Congrès du P.C.U.S., prenant appui sur des documents, que nous avons recueillis en Union soviétique, et les révélations récentes des opposants à KIM Il-Sông. La publication des oeuvres complètes de celui-ci à partir de 1980 a également permis aux chercheurs l'analyse plus concrète du déroulement de la lutte pour le pouvoir en R.P.D.C., car elles contenaient des discours du Président nord-coréen qui n'avaient pas été publiés à l'époque pour ne pas être connus des observateurs étrangers. Le réexamen de'l'histoire de la Corée du Nord n'est cependant pas le but. ultime
1986b, Hankuk Kongsanjuûi undongsa (original anglais, 1972), Vol. 2, Séoul, Tolbegae, 274p. 25. Chungangilbo t'ûkbyôl ch'wijaeban [Equipe spéciale de reportage du Journal Chungang], 1992, Birok Chosôn minjujuûi inmin konghwakuk (Histoire inconnue de la République populaire démocratique de Corée], Séoul, Chungangilbosa, 423p. ~ YÔ (Chông), 1991, Pulke muldûn taedongkang [La rivière Taedong souillée de sang], Séoul, Dong-A-Ilbosa, 343p. ~ PONS (Philippe), 1994 (22 juillet), Après la mort du président nord-coréen - Séoul publie des documents soviétiques montrant que Kim Il-sung fut le responsable de la guerre de Corée, Le Monde, p.4. 27

de notre recherche, celle-ci consistant plutôt à analyser les rapports existant entre l'idéologie, le système politique et l'action des principaux dirigeants, notamment de KIM Il-Sông et de son fils et successeur désigné KIM Chông-Il. C'est ce dernier qui dirige aujourd'hui la R.P.D.C. depuis la mort de son père en juillet 1994. Homme réel, déjà empâté et bedonnant, qui porte des chaussures à semelles compensées avec un uniforme kaki pseudo-militaire, KIM Chông-II reste cependant une énigme au monde extérieur. Il a fort peu accordé d'interviews et n'a jamais prononcé un discours en public26. Où se situe-t-il parmi les partisans de la ligne dure et les réformateurs? L"image du «Dirigeant bien-aimé». (KIM Chông-Il) est en effet contrastée. Certains observateurs en font un apprenti-dictateur dépravé, imprévisible et dangereux. Ils lui attribuent la paternité des actions terroristes dont la Corée du Nord a été accusée (attentat de Rangoon en octobre 1983 ou contre un avion de la Korean Airlines, en novembre 1987)27. D'autres le dépeignent en partisan de la modernisation du régime entouré de technocrates compétents et favorables à l'ouverture économique à la chinoise28. Quant à la presse orwellienne de Pyongyang, elle présente l'héritier de KIM 11Sông comme un «grand penseur et théoricien, homme politique et éminent stratège de notre époque» ainsi qu'un «commandant prestigieux sans égal» (or, KIM Chông-Il n'a jamais fait le service

militaire qui est obligatoire et dure de 5 à 10ans
26.

)29.

Il est fort

Cf. CHôN (Hyôn-Jun), 1995, KIM Chông-Il chôngkwônûi kwônryôk elit'û yônku [Etude des élites influentes du régime KIM Chông-Il], Séoul,
Minjok t'ongil yônkuwôn, pp.128-134. 27. CRO (Kap-Je), 1994 (août), UrinÛll KIM Chông-Ilûl ôttôtke polkôtinka?

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mensuelle d'actualité politique publiée par Cho~ôn Ilbo [Journal ChosônJ de Séoul, pp.322-35l. 28. Cf. Corée du Nord: Trois « réfonnateurs)} et un « dur», Courrier international, 13juillet 1994. 29.Cf Le camarade Kim Jong TIest un commandant prestigieux sans égal, Les Nouvelles de Pyongyang (NP), 24 décembre 1994, p.l ~ Pukhan ch 'ongram [L'état de la Corée du Nord) (1983~1993), 1994, Séoul, Pukhanyônkuso, p. 866. 28

malaisé de connaître le vrai visage du dirigeant suprême d'un Etat tenu pour un des plus « opaques» de la planète et où, de surcroît, les étrangers n'accèdent que de façon extrêmement limitée. Notre travail ne vise pas à mener une étude exhaustive sur la personnalité et les activités de KIM Chông-Il. Il s'agit avant tout d'analyser les principales oeuvres de ce dirigeant pour comprendre ses orientations politiques et sa « contribution» idéologique au kimilsôngisme. Nous procéderons également à l'examen de sa carrière et de sa promotion politique dans les organes du Parti et de l'Etat afin de mettre en lumière, dans la mesure du possible, ses capacités de nouveau maître de la Corée du Nord. Notre travail n'a pas l'ambition de résoudre tous les problèmes soulevés ci-dessus, encore moins de combler les vides ainsi dénoncés. Il ne prétend pas, non plus, faire le bilan de toutes les études qui ont été faites jusqu'ici sur le régime nord-coréen. Notre recherche consiste d'abord à examiner le processus de l'instauration du régime dictatorial et personnalisé de KIM Il-Sông qu'ont accompagné de nombreuses épurations sanglantes. Il s'agit ensuite d'analyser l'idéologie officielle nord-coréenne, de comparer le kimilsôngisme avec le stalinisme et le maoïsme, de mettre en lumière les rapports du kimilsôngisme avec le .nationalisme et la culture politique traditionnelle de la Corée et d'élucider l'interaction entre l'idéologie et le système politique. Nous étudierons enfin l'action des principaux dirigeants, notamment celle de KIM Il-Sông et de KIM Chông-II, ainsi que la question de la succession du
pOUVOIr.

* * *

Je voudrais exprimer toute ma gratitude à :

- Monsieur Maurice Robin, professeur honoraire à l'Université Paris X, qui a accepté volontiers de diriger ce travail et manifesté un véritable attachement pour l'univers évoqué dans cette thèse. 29

Son expérience personnelle en Corée du Nord et ses remarques pertinentes furent précieuses pour la réalisation de cette recherche. M. Maurice Robin s'est donné en outre la peine de contacter les personnels de l'Ambassade de Corée du Sud en France et ceux de la Représentation générale de la R.P.D.C. à Paris en vue de l'obtention des documents nécessaires auprès des Nord-Coréens. Sans ses encouragements bienveillants et ses conseils éclairés, ce travail n'aurait pu être mené à son terme. - MM. BUI Xuân Quang, maître de conférence à l'Université Paris X, et Bertrand Chung, professeur à l'EHESS, pour l'intérêt qu'ils ont porté à mon travail au cours de son élaboration. - M. André Fabre, professeur à l'INALCû, pour sa lecture attentive et ses remarques éclairées. - toutes les personnes qui ont effectué des visites ou vécu en Corée du Nord et qui m'ont accordé des interviews utiles à cette thèse. - toutes les personnes qui m'ont aidé en U.R.S.S. à recueillir les documents et les témoignages indispensables à cette étude. _ Mlle Lucienne Berthoumeau et MmeMaryse Floquet qui ont bien voulu participer à la relecture de ce travail et qui nous ont apporté un soutien amical tout au long de ce cheminement. - MM. Jean Faraut, ancien directeur à l'I.I.A.P., et Bertrand Chung pour leur contribution à la quatrième de couverture. Ma vive reconnaissance, enfin, à mes parents qui m'ont toujours soutenu tout au long de ma recherche malgré leurs difficultés physiques et économiques et à ma femme, Mi-Suk, pour sa collaboration et ses critiques éclairées.

30

PREMIERE

PARTIE: HISTORIQUE

LA FORMATION ET LE DEVELOPPEMENT DU REGIME NORD-COREEN

Les diverses interprétations du rôle joué par l'U.R.S.S. de 1945 au déclenchement de la guerre de Corée (1950) dans la formation du régime nord-coréen -- qui ont donné lieu à des débats virulents -peuvent être répertoriées comme suit.

Il s'agit d'abord des tenants du « gouvernement militaire soviétique ». Pour ceux-ci, l'U.R.S.S. a non seulement occupé le nord de la péninsule coréenne, mais également modelé sur son modèle le système politique et économique du pays. Selon eux, de 1945 à la proclamation de la République Populaire Démocratique de Corée, et au retrait de l'Armée rouge (1948), les Soviétiques appuyés par leurs forces armées ont gouverné directement la Corée du Nord par le biais de leurs conseillers; ensuite, de 1948 à 1950, cette occupation s'est prolongée s'abritant derrière le « pouvoir fantoche» installé en 1948. Durant les cinq années 1945-1950, on a donc assisté à une « soviétisation» pure et simple. Quant à KIM Il-Sông, s'il a été choisi, c'est à cause de sa fidélité et de sa docilité vis-à-vis de Moscou et non parce qu'il l'emportait sur les autres dirigeants communistes en capacité ou mérite. Pour ces théoriciens, c'est du XXe Congrès du P.C.U.S., point de départ de la crise politique du mois d'août 1956, que date l'indépendance relative des dirigeants de pyongyangl.

1. KIM (Gap-Chlôl), 1987~Pukhanûi sovietlûhwa kwiijông [La soviétisation de la Corée du Nord], in KIM (Chiang-Sun) (éd.), 1987, Pukhan chôngch'iron [La politique en Corée du Nord], Séoul, Pukhanyônkuso, pp.72-106.; KIM (Gap-Chlôl), 1990, Pukhanesôûi « inmin jôngkwôn» surip kwajông [La fonnation du « pouvoir populaire» en Corée du Nord], in CHÔN (In-Yông) (éd.), 1990, Pukhanûi chôngch'i [La vie politique en Corée du Nord], Séoul, Ûlyumunhwasa, pp.36-62.; KIM (Tlae-Hwan), 1988 (septembre), Pukhanûi sovietlûhwawa sûlavû minjokjuûi [La soviétisation de la Corée du Nord et le nationalisme slave], Pukhan [La Corée du Nord], pp.36-44. 33

Viennent ensuite ceux aux yeux desquels il s'agit d'« intervention soviétique ». Ces théoriciens ne s'en tiennent pas au rôle décisif joué durant la même période 1945-1950 par les Soviétiques dans la Libération et l'évolution politique du pays, mais prennent également en compte les atouts que détenaient KIM Il-Sông et ses partisans et qui leur ont permis de l'emporter sur les autres groupes rivaux. Selon eux, il est inexact de dire que les Soviétiques aient gouverné directement le pays. Ils ont, en nommant aux .postes clefs du pouvoir des communistes coréens fidèles au Kremlin, exercé' un contrôle indirect sur la Corée du Nord, écartant ainsi tout danger de voir celle-ci se transformer en
base militaire dirigée contre l'U .R. S .S .2.

La troisième interprétation, celle des tenants des «troupes soviétiques libératrices », si elle admet le rôle décisif joué par l'Armée rouge dans la « libération» du nord de la péninsule coréenne, insiste sur la transmission immédiate de la souveraineté au peuple coréen, capable dès. ce moment d'assumer son destin politique. Les décisions et les activités des dirigeants nord-coréens sont mises, par eux, au premier plan, et l'influence des Soviétiques ne revêt qu'une importance secondaire dans l'évolution politique du pays postérieure à la Libération3. Avec les deux dernières interprétations, nous passons, s'agissant de la libération de la Corée du Nord du joug japonais, de l'idée de coopération soviéto-coréenne à la seule prise en compte de l'action des forces militaires de KIM Il-Sông. Tout en soulignant le rôle décisif joué par l'U.R.S.S. dans la guerre contre le Japon, ceux
2. SCALAPINO (Robert A.) et LEE (Chong-sile), 1986b, pp.412-446.~ SUR (Dae-sook), 1990, Chôngkwôn suripkwa pyônch'ôn kwajông [La constitution du pouvoir et son évolution], in CH'OE Myông (éd.), 1990, Pukhan kaeron {Aperçu sur la Corée du Nord], Séoul, Ûlywnunhwasa, pp.57:72. 3. CUMINGS (Bruce), 1986a, Hankukjônjaengûi Kiwôn {Les origines de la guerre de Corée], Vol. 1, Séoul, Ch'ôngsa, pp.21-22.~ CUMINGS (B.), 1986b, Hanku kjônjaengûi Kiwôn, Vol. 2, Séoul, Ch'ôngsa, pp.247-268.~ Taejung chôngch'i yongô sajôn {Lexique de politique pour la masse], 1957, Pyongyang, Chosôn rodongdang ch'ulp'ansa [Editions du Parti du Travail de Corée], pp.13 8-139 et 314-315. 34

qui adoptent la première de ces deux options insistent sur l'importance de la prétendue opération militaire des troupes de KIM Il-Sông en août 1945. En ce qui regarde la formation du gouvernement nord-coréen, ils réservent le rôle primordial non seulement aux activités politiques exercées par KIM Il-Sông à partir du mois d'août 1945, mais également à la lutte armée qu'il mena à l'époque de l'occupation japonaise. Il serait, selon eux, aussi inexact qu'inacceptable de mettre l'accession au pouvoir de KIM Il-Sông au compte des pressions qu'auraient exercées les Soviétiques. La plupart des ouvrages historiques publiés en République Populaire Démocratique de Corée entre le milieu des années 1950 et la fin des années 1960 insistent sur ce point4. Il s'agit, pour les tenants de l'interprétation la plus radicale, de « Libération par les troupes de KIM Il-Sông». Tant pour la libération du pays en 1945 que pour la constitution, dans la moitié nord de la péninsule coréenne, d'un pouvoir de démocratie populaire, ils ne prennent en compte que le rôle joué par KIM 11Sông. Cette interprétation est celle qui prévaut en Corée du Nord depuis le début des années 1970, le rôle joué par l'U.R.S.S. dans la Libération, le stationnement de l'Armée rouge jusqu'en 1948, l'influence des Soviétiques dans la création du Parti du Travail de Corée étant dès lors occultés5.
4. RI (Na- Yông), 1958, Chosôn minjok haebang t'ujaengsa [Histoire de la lutte pour la libération nationale de la Corée), Pyongyang, Chosôn rodongdang ch'ulp'ansa, pp.433-448.~ Kwahakwôn ryôksa yônkuso kûnse mit ch'oekûnsesa yônkusil [Section d'études de l'histoire moderne et contemporaine de l'Académie des sciences], 1961, Chosôn Kûntae hyôkmyông undongsa [Histoire moderne du mouvement révolutionnaire de la Corée), Pyongyang, Kwahakwôn ch'ulp'ansa, pp.420-428. 5. Chosôn minjujuûi inmin konghwakuk sahoe kwahakwôn ryôksa yônkuso (Institut d'études historiques de l'Académie des sciences sociales de la R.P.D.C.], 1971a, Ryôksa sajôn (Dictionnaire d'histoire), Vol. 1, Pyongyang, Sahoekwahak Ch'ulp'ansa [Editions de sciences sociales], pp.294-295 et 948949.~ Chosôn minjujuûi inmin konghwakuk sahoe kwahakwôn ryôksa yônkuso, 1971b, Ryôksa sajôn, Vol. 2, Pyongyang, Sahoekwahak Ch'ulp'ansa, pp.598604.~ Chosôn rodongdang chungang wiwônhoe tang ryôksa yônkuso (Institut de recherche sur l'histoire du parti du Comité central du P.T.C.], 1989a (1979), Chosôn rodongdang ryaksa [Histoire abrégée du P.T.C.) {original, Pyongyang, 35

De ces diverses options, nous retiendrons, comme la plus susceptible de rendre compte des forces motrices de la vie politique de la Corée du Nord, celle de 1'«intervention soviétique », nous réservant de nous référer, le cas échéant, à celle des «troupes soviétiques libératrices». A notre sens, on ne saurait bien comprendre l'évolution du régime nord-coréen après la mort de Staline, sans avoir procédé dans un premier temps à l'analyse du rôle des Soviétiques dans le processus ayant abouti à sa formation.

Chosôn rodongdang ch'ulp'ansa, 1979), Vol. 1, Séoul, Tolbegae, pp.200-204.; Cf. CUMINGS (B.), 1989b, p.270. 36

CHAPITRE I LA « LIBERATION» DE LA COREE ET LA SOVIETISATION DU NORD

même que la victoire remportée sur l'Allemagne -- essentiellement par les Etats-Unis et l'Union soviétique -- a abouti à la partition de

En dépit de la détermination et des sacrifices des nationalistes et communistes coréens, la libération de la domination japonaise n'a pas été le fruit des seuls efforts du peuple coréen occupé, et de

l'Europe en deux blocs, la victoire contre le Japon a entraîné la division de la péninsule coréenne dont l'unification date du VIle siècle6. Douloureusement ressentie par l'ensemble de la population, la division du pays est le fait des deux superpuissances mondiales, les Etats-Unis et l'Union soviétique, n'hésitant pas, en l'occurrence, à intervenir militairement. Dans ce chapitre, après avoir procédé à l'examen des données internationales ayant entraîné la partition de la Corée, nous nous attacherons à montrer les retombées de cette situation sur la vie politique du pays, et tout particulièrement de la Corée du Nord. S'agissant de la politique générale appliquée au Nord du 38e parallèle par les Soviétiques pour doter cette partie de la Corée d'un régime socialiste à visage stalinien, nous emploierons le terme de « soviétisation »7, terme qui ne signifie pas que l'instauration d'un régime socialiste ait été menée d'une manière identique en Corée du
Nord et en Union soviétique,

-- comme

l'affirment ceux qui parlent,

faute de s'être livrés à une analyse comparative, de « gouvernement militaire soviétique» --, mais que, au niveau du système politique
L'unification des trois royaumes, Koguryô, Paekche et Silla, oeuvre de ce dernier, revêt une très grande importance historique. Elle contribua ultérieurement à l'homogénéisation du caractère du peuple coréen tout entier. Cf. FABRE (André), 1988,La grande histoire de la Corée, Lausanne, FAVRE, pp.57-71 et 91-92. 7. La défmition donnée par le Petit Robert 1 (Paris, Dictionnaires LE ROBERT, 1986, p.1850), du mot « soviétiser» : «Soumettre à l'autorité ou à l'influence de la Russie soviétique» ne correspond nullement au sens auquel nous l'entendons ici. 37
6.

et économique, on a abouti dans les deux pays à des résultats pratiquement identiques. Quelle que soit l'attraction exercée par le modèle soviétique établi sous l'influence de Staline faisant figure, à l'époque, de réussite unique, on se trouvait confronté, s'agissant de. la soviétisation du pays, à des conditions socio-politiques différentes de celle de la Russie de 1917, et à un contexte international ne présentant aucune analogie avec celui de l'époque. En matière d'institutions et d'idéologie, le « prêt à porter» exportable sans retouches ni adaptations, n'existe pas plus que la « copie conforme» d'une période de l'histoire à l'autre. Ceci dit, nous aurons à montrer plus loin la similitude existant entre la soviétisation mise en oeuvre en Russie et les conséquences, au niveau du système et des structures politiques et économiques, du développement de la démocratie populaire en Corée du Nord.

38

SECTION I : DE L'ANNEXION JAPONAISE A LA « LIBERATION» DE 1945

La Corée est singulière, du point de vue géopolitique, par le fait qu'elle a comme voisins trois pays d'importance déterminante, Russie (ou ex-U.R.S.S.), Chine et Japon, et que, par voie de conséquence, tout changement politique de grande envergure qui s'y produit, a des répercussions sur les intérêts stratégiques de ses voisins et, de ce fait, sur ceux des Etats-Unis. Cette position géostratégique de la Corée ainsi que sa richesse agricole en faisait, lorsqu'elle était affaiblie par des conflits politiques intérieurs, la victime désignée de la convoitise de ses voisins. De fait, elle eut à subir de nombreuses agressions de la Chine et du Japon. Elle sut cependant préserver au cours des siècles son unité nationale, que ce soit grâce à l'attitude résolue de son peuple, ou au prix de quelques concessions à ses envahisseurs. A la autarcique, militarisme la menace modernes. fin du XIXe siècle, cependant, ce pays agricole ignorant tout de l'expansion du colonialisme et du en Extrême-Orient, n'était plus en mesure de résister à de pays voisins qui s'étaient alors dotés d'armes

L'origine géopolitique et historique de la partition de la Corée au niveau du 38e parallèle, remonte à la fin du siècle dernier, époque à laquelle le Japon, qui avait décrété en novembre 1890 que le centre de sa ligne d'intérêt se situait dans la péninsule coréenne, se mit en quête de prétextes susceptibles de lui permettre d'annexer le pays8. La dynastie coréenne ayant fait appel à l'.armée chinoise pour mater le soulèvement des paysans coréens de 1894 (Tonghak
8. HAYASI (Takehiko), 1989, Nampukhan hyôndaesa [Histoire contemporaine des deux CoréesJ (original japonais, 1986), Séoul, Samminsa, pp.18-19.~ VIE (Michel), 1991, Le Japon contemporain, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je? », p.50.

39

nongmin chônjaeng), les forces japonaises, saisissant l'occasion offerte, se joignirent, à l'armée chinoise. Pour éviter tout risque d'affrontement entre ces deux armées étrangères, la GrandeBretagne proposa qu'elles stationnent l'une au Nord, l'autre au Sud de la péninsule coréenne9, ce qui aurait constitué un prélude à la division territoriale du pays. Sans tenir compte du conseil, les deux armées entrèrent immédiatement en conflit. Cette guerre sinonipponne aboutit à la victoire du Japon et au traité de Shimonoseki qui, signé le 17 avril 1895 entre le Japon et les autorités de Pékin, amorça le processus de colonisation de la Corée, d'abord restreinte au domaine économique, et gagnant ensuite progressivement ceux de la politique intérieure et de la diplomatielo. Durant la période allant de 1896 à 1904 où ils furent confrontés à la poussée puissante de la Russie en Mandchourie et en Corée, les dirigeants japonais négocièrent secrètement avec les Russes le partage militaire de la péninsule coréenne. La ligne de démarcation devait être située au niveau du 38e ou 3ge parallèle! Cependant, le retournement de l'équilibre en faveur du Japon, permit à celui-ci de se montrer de plus en plus exigeantll. La guerre rosso-japonaise ayant abouti en 1905 à la victoire de Tokyo, le Japon put étendre sa domination sur tout le territoire de la Corée, qu'il annexait officiellement en 1910. La suprématie du Japon en Corée avait été confirmée en juillet 1905 par un accord secret entre le Secrétaire américain à la guerre, W. H. Taft, et le comte nippon Katsura, et en août de la même année, par le renouvellement de l'alliance anglo-nipponne12. Les Coréens tentèrent maintes fois tant à l'extérieur de la péninsule (par exemple, KIM Ku, KIM Il-Sông, KIM Tu-Bong, YI
9.

HAYASI (Takehiko),

1989, p.19.

.

10.cf VIE (M.), 1991, p.48.; HU (Hung-Lick), 1953, Le problème coréen, Paris, Editions A. Pedone, pp.47-50. 11.HAYASI (Takehiko), 1989, pp.19-22.; Cf RIASANOVSKY (Nicolas V.), 1987, Histoire de la Russie -- Des origines à 1984 (original anglais: A History of Russia, 1984), Paris, Robert Laffont, pp.433-436. 12.FABRE (A.), 1988, pp.305-306.; HU (Hung-Lick), 1953, pp.59-60. 40

Sûng-Man [RHEE Syngman]), HONG Pôm-To) qu'à l'intérieur (CHO Man-SIK, YÔ Un-Hyông, PAK Hôn-Yông), par des moyens pacifiques (par exemple, le Soulèvement populaire du 1er mars 1919) ou par la lutte armée (comme principaux dirigeants, nous pouvons indiquer KIM Ku, HONG Pôm-To, YUN Pong-Kil et KIM Il-Sông), de libérer leur pays de l'occupation japonaise, combat inégal voué à l'échec. L'impérialisme japonais ne devait être vaincu qu'en 1945, grâce à la coalition des forces alliées. A la Conférence du Caire (22-26 novembre 1943), le Président américain Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le maréchal chinois TCHANG Kaî-Chek [CHIANG Kai-shek ou JIANG Jieshi] avaient déclaré que la Corée serait « en temps voulu» de nouveau libre et indépendante13. Lors de la Conférence de Yalta (février 1945), durant les négociations concernant les conditions de la participation de Moscou à la guerre contre le Japon, Roosevelt et Staline soulevèrent l'idée d'un régime de tutelle sur la Corée (trusteeship) ménageant une transition plus ou moins longue avant l'indépendance14. A la Conférence de Potsdam Guillet 1945), Staline demanda la réouverture du dossier coréen, ce qui laisse à penser qu'il avait entre temps concrétisé son projet concernant l'avenir de la Corée. La question ne fut cependant pas inscrite à l'ordre du jour de la Conférence, d'autres sujets jugés plus préoccupants devant être abordés; Truman15,
13. LABOUZ (Marie-Françoise), 1980, L'ONU ET LA COREE -- Recherches sur la fiction en droit international public, Paris, P.U.P., p.45.~ Hung-Lick HU affmne dans son ouvrage que « selon la Déclaration du Caire, le principe semblait être acquis d'une occupation totale de la Corée par les seules forces armées des Etats-Unis ». Cela nous semble abusif. On peut opposer à cette opinion la réponse négative que fit Roosevelt, en février 1943, à la question posée par Staline sur la possibilité du stationnement de troupes étrangères en Corée. Cf DE SENARCLENS (Pierre), 1990, Yalta, Paris, P.U.F., coll. «Que sais-je? », p.88. 14.KIM (Yông-Hûi), 1990, Peresût'ûroïka soryônkihaeng [Le voyage dans l'U.R.S.S. de la Perestroïka), Séoul, Nanam, pp.137-145.~ DE SENARCLENS (P.), 1990, pp.88-89. Alors que Roosevelt propose une période de vingt ou trente ans, Staline répond que le plus court serait le mieux. 15. Truman, qui était vice-président des Etats-Unis, succède à Roosevelt après la mort de celui-ci, survenue le 12 avril. Comme le fait remarquer KO

41

Churchill et Staline se mirent d'accord pour confirmer les dispositions du Communiqué du Cairel6. Avant la reddition japonaise du 15 août 1945, il n'y eut donc ni discussion ni consensus secret entre les grandes puissances sur la façon de désarmer les forces militaires japonaises opérant en Corée et sur le sort du peuple coréenl7. Conformément à l'engagement pris à Yalta, l'Union soviétique après avoir déclaré, le 8 août 1945, la guerre au Japon, déclenchait une attaque massive et progressait rapidement en Mandchourie et en Corée, contre l'armée nipponne. L'effet conjugué de l'offensive soviétique et des bombardements atomiques américains des 6 et 9 août sur Hiroshima et Nagasaki amena les autorités de Tokyo à communiquer à leurs homologues de Washington leur acceptation de la déclaration de Potsdam réclamant la capitulation inconditionnelle du Japon. Le décalage entre les dates d'intervention américaines et soviétiques en Corée est à l'origine du partage du pays. Le projet de division de la péninsule coréenne, au niveau du 38e parallèle en deux théâtres d'opération, les Soviétiques stationnant au Nord et les Américains au Sud, établi le Il août par le Comité américain de coordination des chefs d'étatChun-Sôk, le nouveau Président appliqua une politique d'affrontement avec le communisme et l'U.R.S.S., alors que l'ancien avait opté pour la coexistence pacifique avec cette dernière. Cf. KO (Chun-Sôk), 1990, Pukhan hyôndaesa ipmun {Introduction à l'histoire contemporaine de la Corée du Nord] (19451988) (original japonais, 1988), Séoul, Hamsông, p.21. 16. PAK (Chae-Kwôn), 1989, Haebang chikhuûi soryônûi taebukhan jôngch'aek [La politique de l'U.R.S.S. à l'égard de la Corée du Nord après la Libération ], in KIM (Nam-Sik) et al., 1989a, Haebang chônhusaûi insik {Comprendre l'histoire de la Corée d'avant et d'après la Libération], Vol. V, Séoul, Hankilsa, p.349.~ LABOUZ (Marie-Françoise), 1980, p.46. 17. TIest tout aussi imprudent de dire qu'« à la Conférence de Yalta (4-11 février), Roosevelt, Churchill et Staline décident que, pour faciliter l'acceptation de la capitulation de leurs années en Corée, les Japonais se rendrons aux Soviétiques au nord du 38e parallèle et aux Américains au sud, sans qu'il soit aucunement question de partage» (Jean-Pierre BRULE, 1982, p.31), que d'affirmer qu'« à Yalta en février 1945, Américains et Soviétiques se mirent d'accord sur l'idée d'un partage de la péninsule entre leurs forces respectives» (Frédéric MAX, 1984, La Corée du Sud, Paris, L'Hannattan, p.81). 42

major, en fut la conséquence inéluctable. Approuvé le 13 par Truman, et porté par celui-ci le 15 à la connaissance de Staline qui répond positivement le lendemain, le projet est transmis, le 15 en tant qu'« ordre général nOI » au général MacArthur18. A la fin du mois d'août, l'occupation par l'Armée rouge de la partie de la péninsule coréenne située au-dessus du 38e parallèle était un fait accompli. Le débarquement américain en Corée n'eut lieu que le 8 septembre, un mois après le début de l'intervention soviétique. La ligne de démarcation, qui n'était à l'origine qu'une simple limite administrative provisoire, devait progressivement acquérir le caractère de frontière internationale où s'affronteraient les deux moitiés de la Corée rendues hostiles l'une à l'autre, ainsi que le monde américain et le monde soviétique dont la rivalité et l'antagonisme ne cessaient de croître.

18.HAYASI (T.), 1989, pp.24-25.~ PAK (Chae-Kwôn), 1989, p.356.~ DE SENARCLENS (P.), 1990, p.120.~ KO (Chun-Sôk), 1990, pp.21-22. Notons que la date citée par P. De Senarclens (14 août) n'est pas une date réelle. L'auteur se base sur l'heure de Washington. Selon l'hèure japonaise, la date de la capitulation est le 15 août 1945. Nous ne pouvons qu'être surpris de lire à la page 62 du livre de Jacques PEZEU-MASSABUAU (1981, La Corée, Paris, P.U.F., coll. «Que sais-je? ») : «Le 8 août 1945, la Déclaration du Caire décida que les Japonais se rendraient aux Russes au nord du 38e parallèle, aux Américains au sud de celui-ci, sans qu'il fût question de partage politique ». L'auteur commet en outre plusieurs erreurs, se trompant tant sur la date que sur le contenu de la déclaration. 43

SECTION II: INSTALLATION PROGRESSIVE DE L'EMPRISE DE L'AUTORITE DU PARTI COMMUNISTE AU NORD

Mis au courant le 14 août de la capitulation du Japon, les hauts responsables japonais du « Gouvernement général de Corée» (gouvernement colonial japonais), confient dès le lendemain -- jour de l'annonce par l'empereur Hirohito -- la charge du maintien de l'ordre à deux personnalités coréennes YÔ Un-Hyông19, homme de gauche, et AN Chae-Hong [AN Jae-Hong], nationaliste apparenté à la droite modérée, escomptant ainsi assurer, jusqu'à l'arrivée des troupes américaines, la protection des civils et militaires japonais installés dans le pays. Cependant, à la grande déconvenue de ceux qui les avaient désignés, YÔ Un-Hyông et AN Chae-Hong créent, ce même 15 août, le « Comité préparatoire à la fondation d'un Etat» (Kônkuk chunpi wiwônhoe) dont ils deviennent respectivement Président et vice-président20. Sur leur ordre, sont aussitôt constitués, à travers
19.Personnalité de gauche et orateur remarquable dont les idées se situent entre celles de la social-démocratie et du communisme. Il agit souvent de concert avec les communistes, pendant l'occupation, dans la lutte antijaponaise et, après la Libération, dans le combat politique contre les anciens collaborateurs avec le Japon. Il prônait la fondation d'un Etat indépendant, démocratique et social, qui, rassemblant les forces de gauche et les modérés de droite, s'appuierait sur une large majorité de la population, et pourrait entreprendre, en faveur des classes défavorisées, de radicales réformes socioéconomiques. Il s'est fermement opposé à la réinsertion politique des anciens collaborateurs, ainsi qu'au système de fermage au bénéfice des propriétaires fonciers. Son programme politique ressemble fort à celui des communistes de l'époque ayant précédé la guerre de Corée mais il s7mble bien qu'il n'ait pas souscrit à l'idée de dictature prolétarienne, chère à ceS~ derniers. Cf SIM (ChiYôn), 1987, Chosôn Hyôkmyôngron yônku [Etude sur les théories d'une révolution coréenne], Séoul, Silch'ônmunhaksa, pp.95-97, 280-288 et 367-375.; SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, pp.307-309; KIM (Jungwon Alexander), 1985, Pundan hankuksa {Histoire de la Corée divisée], Séoul, Tongnyôk, p.61. 20.Cf SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, pp.307-311.; KANG (Man-Kil), 1989, Hankuk hyôndaesa {Histoire contemporaine de la Corée], 44

toute la péninsule coréenne, des « comités populaires », branches locales du Comité préparatoire, qui, à la fin du mois d'août, seront au nombre de 14521. Bien que YÔ ait cherché à donner au Comité préparatoire à la fondation d'un Etat (C.P.F.E.) l'apparence d'une représentation équilibrée de toutes les tendances politiques -collaborateurs et grands propriétaires fonciers exceptés --, il s'avère vite que, dans les organes centraux, les personnalités de gauche dominent largement. Ce déséquilibre inquiète le vice-président AN, qui, pour marquer son désaccord, démissionne le 31 août22. S'agissant des branches locales du Comité préparatoire, il est intéressant de noter que le Comité de Pyongyang reste au début de sa création entre les mains des nationalistes modérés, et que celui de Séoul, par contre, tombe rapidement sous le contrôle des communistes.

Deux jours avant l'arrivée des troupes américaines, des délégués de chacun des Comités locaux se réunissent à Séoul pour constituer une « Assemblée nationale des représentants du peuple» (Chosôn inmin taep'yoja taehoe), qui, après avoir proclamé l'avènement de la « République populaire de Corée », élit un « Comité central du peuple» composé de 55 membres. Celui-ci, à son tour, procède à la formation du gouvernement de la République populaire de Corée, avec YI Sûng-Man [RHEE Syngman], nationaliste de droite en exil, comme Président et YÔ Un-Hyông comme vice-président23. Ce gouvernement, qui revendique
Séoul, Ch'angjakgwa Pip'yôngsa, pp.193-196.~ KIM (Nam-Sik), 1984, Namrodang yônku [Etude sur le Parti du Travail de Corée du Sud], Vol. 1, Séoul, Tolbegae, pp.39-40. En affinnant que le Comité préparatoire a été constitué le 17 août 1945, I.-P. BRULE (1982, p.44) et SUR Dae-sook (1985, Hankuk kongsanjuûi undongsa yônku [Etude sur l'histoire du mouvement communiste coréen, Séoul, Hwada, p.272) se trompent, confondant la date de constitution de ce Comité avec celle d'organes centraux. 21. SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, p.312.; KIM (Jungwon Alexander), 1985, p.70. 22.KANG (Man-Kil), 1989, p.197. 23. SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, pp.312-314.; NO (ChungSôn) (éd.), réunification 1985, Minjokgwa t'ongil -- Charyop'yôn [La nation et la -- Documents], Vol. 1, Séoul, Sakyejôl, pp.l07 et 115.; KIM

45

l'autorité sur toute l'étendue de la péninsule coréenne, est composé de ministres de tendance nationaliste, encore en exil pour la plupart, et de vice-ministres communistes, tous présents dans le pays; en outre, dans le cabinet ministériel, le pourcentage de communistes dépasse les 70%. Cette stratégie de la gauche en vue de la prise de pouvoir par la voie pacifique est le résultat d'un compromis entre YÔ Un-Hyông, personnalité de grande réputation, mais ne disposant pas d'organisation puissante, et PAK Hôn-Yông, désireux de faire bénéficier de la renommée de YÔ le « Comité préparatoire à la fondation du Parti communiste de Corée» (Chosôn Kongsandang chaekôn chunpi wiwônhoe) créé par lui le 20 août24.

Arrivé à Inch' ôn le 8 septembre, le général John R. Hodge, qui n'est pas du tout disposé à partager avec qui que ce soit l'autorité dont l'a investi le commandement allié, n'éprouve nul plaisir à se voir accueilli par les trois représentants de la «République populaire ». Lorsque le commandant américain pour la zone sud de la Corée fait connaître sa décision de confier -- provisoirement,
il est vrai

-- aux

anciens

occupants

et à leurs collaborateurs

la tâche

du maintien de l'ordre25et que, le 10 octobre, A. V. Arnold déclare que l'U.S.A.M.G.K. (United States Army Military Government in Korea), dont il est le gouverneur militaire, est le seul gouvernement légal26, il apparaît clairement que le commandement américain entend imposer son autorité exclusive sur la population coréenne, s'affirmant ainsi davantage comme force d'occupation que comme force libératrice. Il se heurte très vite au désir impatient des
(Jungwon Alexander), 1985, pp.71-72. KIM Nam-Sile (1984, p.48) indique le nom de HÔ Hôn pour la vice-présidence, mais il semble bien que l'auteur se soit trompé de nom, HÔ Hôn ayant été désigné au poste'ge Premier ministre. On relève par ailleurs une erreur dans Notes et Etudes Documentaires, N° 2897, 22 juin 1962, Paris, La Documentation Française, p.l0. : c'est LYUH Woon HelU1g [YÔ Un-Hyông] qui y est indiqué comme Président. 24.KIM (Nam-Sile), 1984, pp.19-26 et 45-50.~ SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, pp.323-324. 25.Cf NO (Chung-Sôn) (éd.), 1985, pp.l06-110 et 112.~ SIM (Chi-Yôn), 1987, pp.16-20. 26.NO (Chung-Sôn) (éd.), 1985, p.113.
46

Coréens --qu'ils soient de gauche ou de droite --de voir se créer un nouvel Etat totalement indépendant. La rencontre avec les forces américaines « libératrices» n'ayant ni connaissance concrète de la population qu'ils abordent, ni volonté d'en respecter l'opinion politique, ne pouvait par ailleurs susciter que mécontentement et contestation de la part d'un peuple justement fier de sa culture et de sa longue histoire.
Dans la partie nord de la péninsule, les militaires soviétiques bénéficiaient de circonstances beaucoup plus favorables. D'abord, l'Armée rouge, du fait qu'elle était entrée dans le pays avant la capitulation du Japon, put légitimement, à mesure qu'elle progressait vers le sud, assumer en vainqueur le contrôle du pays. Le 24 août, les soldats soviétiques sont parachutés à Pyongyang et, dès le surlendemain, le général I. M. Tchistiakov peut entrer dans cette ville pour y installer son état-major et désarmer les trois mille soldats de la garnison japonaise27. A la fin du mois d'août, comme nous l'avons indiqué plus haut, l'occupation du nord de la Corée était achevée. Cette guerre coûta à l'Armée rouge 4 717 victimes dont 1 500 morts28, à la gloire desquels des monuments ont été élevés dans de nombreuses villes du Nord. Ayant« libéré» le pays par une opération directe, l'Armée rouge était en bien meilleure posture que l'armée américaine qui n'avait débarqué qu'après la capitulation du Japon, pour imposer, sans rencontrer grande résistance, son autorité sur le Sud de la Corée. Ensuite, les Soviétiques ont, contrairement aux Américains, su ménager, dès le début de l'occupation, les susceptibilités et désirs d'indépendance du peuple coréen. C'est en ces termes, en effet, que
27. PAK (Chae-Kwôn), 1989, p.356.; TCIllSTIAKOY (I. M.), 1989, Che 25kunûi chônt'u haengro [L'itinéraire du combat de la XXye Armée], in Soryôn kwahak akademi [Académie des sciences de l'U.R.S.S.], 1989,
Leninkûradûrobut'ô

changsông 11 inûi hoekorok [De Léningrad à Pyongyang --Mémoires des onze généraux soviétiques sur la Libération de la Corée] (traduction de l'édition russe), Séoul, Hamsông, pp.49-51. 28.TCmSTIAKOY (I. M.), 1989, p.60. 47

pyôngyangkkaji

--

Chosôn

haebange

issô

soryôn

s'exprimait le général Tchistiakov dès son entrée en Corée: « L'Armée rouge ne cherche ni à imposer notre ordre en Corée, ni à obtenir le territoire coréen », joignant à ces précisions la promesse suivante, qui sera répétée maintes fois au cours de l'année 1945 pour manifester la bonne volonté de l'Union soviétique29 : « L'état-major de l'Armée soviétique autorise, en vue de liquider de façon définitive les vestiges de l'impérialisme japonais et de renforcer les principes de la démocratie et les libertés civiles, la création de partis démocratiques et antijaponais, et toutes leurs activi tés» 30.

Enfin, le siège de la direction du « Comité préparatoire à la fondation d'un Etat» et le « gouvernement de la République populaire de Corée» ne se trouvant pas au Nord, mais à Séoul, dans le territoire sous influence américaine, les Soviétiques n'ont pas à en reconnaître la légitimité ni à négocier avec les représentants de ces instances le partage du pouvoir, pouvant ainsi faire prévaloir leur choix politique. Ils n'avaient à traiter qu'avec les Comités populaires des villes et des provinces, à caractère résolument antijaponais et dotés d'une hiérarchie remplaçant l'ancienne administration japonaise.

Lors de l'arrivée à Pyongyang du commandement soviétique, le « Comité préparatoire à la fondation d'un Etat de la province du P'yôngan du Sud» était constitué depuis le 17 août, avec à sa tête, CRû Man-Sik, surnommé, pour ses fortes convictions nationalistes et sa non-violence, le « Gandhi de Corée». Le 24 août, les troupes soviétiques, qui par leurs exactions avaient jeté le trouble dans la population31, arrivent à Pyongyang. Se montrant plus habile que
29.

Cf Yônsedae taehakwôn pukhan hyôndaesa yônkuhoe [Association
Yônse] (éd.), 1989, Pu khan hyôndaesa

d'études de l'histoire contemporaine de la Corée du Nord au Graduate Scool de
l'Université

-- y ônkuwa

charyo (Histoire

contemporaine de la Corée du Nord -- Etudes et documents), Vol. 1, Séoul, Kondongch'e, pp.300-301 et 308-312. 30.TCHISTIAKOV (I. M.), 1989, p.SO. 31.CHU (Yông-Pok), 1990, Naega kyôkgûn chosôn chônjaeng [La guerre de Corée que j'ai vécue}, Séoul, Koryôwôn, pp.32-39.~ SCALAPINO (R. A.) et 48

son homologue américain, le commandement soviétique transmet, dès le surlendemain de son arrivée, le pouvoir administratif de la province au Comité préparatoire, mais développe une stratégie visant au renforcement de l'influence des communistes coréens, et donc, de son emprise sur le pays. C'est ainsi que ce Comité de la province du P'yôngan du Sud, qui ne comptait jusqu'alors que deux ou trois communistes32, devient le « Comité politique du peuple de la province du P'yôngan du Sud »33composé de 16 communistes et de 16 non communistes34. Quant aux Comités populaires des autres provinces, ils sont reconnus sans subir de modification si les communistes y sont majoritaires, et remaniés, dans le cas
contraire35.

Le Il septembre, le Parti communiste de Corée (P.C.C.) est reconstitué à Séoul par PAK Hôn-Yông, dont l'ascension est telle qu'il s'impose des deux côtés du 38e parallèle, comme dirigeant incontesté. A Pyongyang, dès le 17 août les « communistes de l'Intérieur »36 avaient, sous la direction de HYÔN Chun-Hyôk37,
LEE (Ch.-S.), 1986b, p.40 1.; Cf Yônsedae taehakwôn pukhan hyôndaesa yônkuhoe (éd.), 1989, p.308.; CUMINGS (B.), 1986b, pp.256-259. 32.SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.) -- 1986b, pp.400-40 1 -- n'indiquent comme communistes que HAN Chae-Tôk et YI Chu-Yôn, tandis que KIM YongPok -- 1989, Haebang chikhu pukhan inmin wiwônhoeûi chojikgwa hwaldong [Organisation et activités des Comités populaires en Corée du Nord juste après la Libération], in KIM (Nam-Sik) et al., 1989a, pp.203-204. -- compte également KIM Kwang-Jin parmi eux. 33. TI devient, à nouveau, le 24 novembre le « Comité populaire de la province du P'yôngan du Sud ». Cf KIM (Yong-Pok), 1989, p.21!. 34.Ibid., pp.210-212.; SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, p.402.; CUMINGS (B.), 1986b, p.261. 35.KIM (Yong-Pok), 1989, p.206. 36. Nous désignons sous cette expression les communistes coréens ayant lutté, pendant l'occupation par le Japon, contre ce dernier non à l'extérieur mais à l'intérieur du pays. La majorité d'entre eux ont, dès la Libération, appuyé le P.C.C. de Séoul et son chefPAK Hôn-Yông. 37. Cf YI (Sûng-Hyôn), 1989, Pukchosôn nodongdang hyôngsôngkwa kû ûimi [La formation du Parti du Travail de Corée du Nord et sa signification], in Yônsedae taehakwôn pukhan hyôndaesa yônkuhoe (éd.), 1989, pp.78-79. L'estimation de la position politique de Hyôn varie selon les auteurs. Alors que, selon KIM Nam-Sik (1984, pp.51-54), Hyôn est, comme les autres communistes 49

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.

constitué un « Comité du P.C.C. de la province du P'yôngan du Sud» (Chosôn Kongsandang P'yôngnam chiku wiwônhoe). D'autre part, quelques jours après la « Libération », une centaine de communistes ayant à leur tête 0 Ki-Sôp, CHÔNG Tal-Hôn et CHU Yông-Ha -- tous trois dévoués à PAK Hôn-Yông38 -- avaient constitué 1'«Association des communistes de la province du Hamkyông du Sud ».

Le sort des dirigeants communistes de l'Intérieur rejoint celui des paysans pauvres: les premiers, devenus très vite, grâce à l'aide des Soviétiques, principaux acteurs de la vie politique du pays, se voient aussitôt menacés de quitter la scène politique, du fait de l'arrivée avec l'Armée rouge des communistes coréens entraînés en U.R.S.S.; pour les seconds, après avoir obtenu, grâce aux réformes agraires, leur propre terre, ils s'en voient privés par la collectivisation. L'exemple le plus significatif est celui de HYÔN Chun-Hyôk. Cette personnalité joue, dès la Libération, le rôle principal dans l'organisation du parti communiste à Pyongyang, chef-lieu de la province du P'yôngan du Sud et future capitale de la République populaire démocratique de Corée créée en septembre 1948. Il se peut que Hyôn, qui jouissait apparemment d'une grande popularité non seulement auprès des intellectuels progressistes, mais également chez les nationalistes radicaux, ne se soit pas montré bon élève du marxisme-léninisme. D'après R.A. Scalapino et LEE Chong-Sik, il était considéré, même par ses proches soit comme un social-démocrate soit comme un libéraliste radical39. Selon d'autres auteurs, tels que HAYASI Takehiko, YI Sqng-Hyôn et KO ChunSôk, ce «national-communiste» aurait àdopté, à l'égard des
de l'Intérieur, partisan de PAK Hôn-Yông , R. A. SCALAPINO et Ch.-S. LEE (1986b, p.408) affmnent que, par rapport à ces derniers, il a adopté une position assez libre à l'égard du chef du P.C.C. Il semble bien que, conformément à ce qui sera exposé plus loin, Hyôn ait plutôt fait figure de leader communiste de tendance gauchiste s'opposant au P.C.C. de PAK Hôn-Yông. 38.SCALAPINO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, pp.406-407.
39. Ibid., p.408. 50

nationalistes, des intellectuels et même de la «bourgeoisie nationale », une ligne politique plus conciliante que celle du groupe de KIM II-Sông40et du commandement soviétique41. La position politique de HYÔN Chun-Hyôk a donné lieu à nombre de spéculations différentes, mais il semble bien que l'on puisse dégager au moins une certitude: en tant que leader communiste, il s'est rendu coupable de « déviationnisme de gauche». Le 15 septembre, lors de la réunion du comité élargi du P.C.C. de la province du P'yôngan du Sud, la direction fut sévèrement critiquée pour avoir adopté une attitude équivoque visà-vis de la « progressivité historique» des forces alliées, et notamment des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, « Etats avec lesquels nous devons entretenir les' meilleures relations d'amitié». Elle fut en outre accusée d'avoir parlé de la nécessité de prévenir toute nouvelle agression de l'impérialisme américain et

britannique42. Le témoignage de YANG Ho-Min, spécialiste en
matière d'idéologie nord-coréenne, vient confirmer la position de Hyôn. D'après lui, en effet, le leader le plus représentatif du mouvement communiste coréen aux yeux de HYÔN Chun-Hyôk était non pas PAK Hôn-Yông, mais CHÔNG Paek, un des leaders marquants de la tendance gauchiste43. Il semble bien s'avérer, en tout cas, que le gouvernement soviétique, désireux -- surtout au
40.Nous désignons par cette expression KIM TI-Sông et ses partisans ayant lutté en Mandchourie durant les années 1930, dans 1'«Année unie antijaponaise
du Nord-Est» (Tongpuk hangil yônkun) chinois -- et qui sont rentrés en Corée,

-

composée de communistes coréens et après la Libération, avec les troupes

soviétiques. 41. HAYASI (Takehiko), 1989, pp.33-34.; YI (SÛllg-Hyôn), 1989, p.80.; KO (Chun-Sôk), 1990, p.55.; Cf. KIM (Nam-Sik), 1984, p.54. 42. SCALAPJNO (R. A.) et LEE (Ch.-S.), 1986b, p.410.; KIM (Yong-Pok), 1989, p.188.; KIM (Chu-Hwan), 1989a, Sôbuk 5do tangdaehoeûi taemi insikgwa chosôn kongsandang pukchosôn bunkukûi chojikjôk wisang [L'attitude du «Congrès des représentants et militants des cinq provinces du Nord-Ouest du Parti» à l'égard des Etats-Unis et la position organisationnelle de la «Section nord-coréenne du P.C.C. »], in KIM (Nam-Sik) et al., 1989a, pp.15916l. 43. Voir KIM (Nam-Sik) et SIM (Chi-Yôn) (éd.), 1986, Pakhônyông nosôn pip'an [La critique de la ligne de PAK Hôn-Yông], Séoul, Segye, p.192-193. 51

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de HYÔN Churi-Hyôk les principaux dirigeants

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:~ ,v,<?'~j!!~(ÇAAe-Kwon). 1989.00.344-366. 1985,p.289.~SCALAP1NO (R. A.) et LEE (Ch..,~::,: 4q,\fl!l~.~lIH(P~-sook), S.), 1986b, pp.410-411.~ J{O (Chun-Sôk), 1990,p.55.~ KIM (Nam-Sik), 1984, .

PIr~~r~~j~'~~llyôn).

1989.pp.79~O.
1989a,

;;,~~t)l~,;~(Chu-Hwan), ,-.,'. '

pp.157-179 . 52

~

fomenté par les réactionnaires de droite, servait très utilement au groupe de KIM Il-Sông de prétexte à la répression des nationalistes et autres forces non communistes.

La création de la « Section nord-coréenne du P.C.C. », dont dépendaient désormais toutes les .organisations provinciales du Parti situées au Nord, qui avaient été directement soumises au centre du Parti de Séoul, s'imposait tant en raison des circonstances que pour des motifs politiques. Il était clair que, en raison des circonstances, les organisations du Parti situées au Nord ne pourraient plus être correctement et efficacement dirigées à partir de Séoul, siège central du P.C.C. La division du pays, qui s'amorçait déjà, rendait de plus en plus difficile le passage au niveau du 3Se parallèle; de plus, le stationnement de l'Armée rouge au Nord créait, pour les activités communistes, des conditions toutes différentes de celles auxquelles ces mêmes activités se trouvaient confrontées au Sud du fait de la présence des troupes américaines. La création d'un nouveau souscentre au Nord, susceptible
avec le centre de Séoul

de diriger

-- toujours

en coordination
les organisations

-- de

façon plus appropriée

locales du Parti, s'imposait donc47.

Les motifs politiques ne pouvaient être clairement affichés, mais il est clair que le commandement soviétique ne pouvait qu'être gêné, pour imposer directement son autorité sur les communistes du Nord, par la proclamation par les forces de gauche -- qui se trouvaient en majorité sous l'influence de PAK Hôn-Yông -- d'une « République populaire de Corée », hâtivement constituée, sans qu'ait été sollicitée son autorisation. La reconnaissance, par les Soviétiques, de cette République, se trouverait en contradiction avec l'accord donné lors de la Conférence de Yalta, à la proposition américaine de l'établissement en Corée d'un régime de tutelle. Il est d'autre part certain que les Soviétiques ont préféré à PAK Hôn47. Ibid., pp.170-171.~ YI (Sûng-Hyôn), 1989, p.81.

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