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Inde, Cinquante Ans de Mutations

De
240 pages
Le 15 août 1947, l'Inde accède à l'indépendance dans le sang de la partition. Pour la première fois de son histoire qui prend racine dans la mythologie, elle devient un état au gouvernement centralisé. Cinquante ans plus tard, I'Inde reste fidèle aux principes démocratiques qui ont présidé à sa naissance et fait le constat de ses réussites et de ses échecs. Dans cet ouvrage, des spécialistes français et indiens font le point des mutations importantes que l'Inde a subies au cours de son premier demi-siècle et qui l'ont profondément transformée.
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INDE, CINQUANTE

ANS DE MUTATIONS

MAQUETTE:

Edith AH-PET-DELACROIX,
Sabine
IllUSTRATIONS

Marie-Noëlle POUSSE, TANGAPRIGANIN, Ketty THIAW-WOAYE, Sophie DENNEMONT
CARTOGRAPHIQUES ET COUVERTURE:

Bernard

RÉMY, Armelle

KAUFMANT

RÉALISATION @ LABORATOIRE SERVICE DES PUBLICATIONS APPLIQUÉE ET TRAITEMENT DE l'IMAGE

DE CARTOGRAPHIE

FACULTÉ

DES

LETTRES

ET

DES

SCIENCES

HUMAINES

UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION,
Campus universitaire du Moufia 15, avenue René Cassin BP 7151 - 97 715 Saint-Denis Messag cedex

1998
9

Cf)

phone:

02 62-938585

Cf)copie

: 02 62-938500

@ ÉDITIONS

L'HARMATTAN,

1998

7, rue de l'École
75005

Polytechnique

Paris

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

ISBN:

2-7384-6976-0

UNIVERSITÉ

DE

LA

RÉUNION

F ACUL TÉ

DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES

INDE,

CINQUANTE

ANS

DE MUTATIONS

Textes réunis
MICHEL

par POUSSE

Université de la Réunion 15, avenue René Cassin 97715 Saint-Denis cedex L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

DU MÊME AUTEUR Chez L'Harmattan Nehru ou la naissance d'une nation [M. Polényk, co-éd.], 1989.
R.K. Narayan, romancier et témoin, 1992. Inde, études et images, 1993.

Chez P. Lang (New York, USA) R.K. Narayan, A Painter of Modern India, 1995.

Remerciement,
Le 21 septembre 1997 s'est tenu à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l'Université de La Réunion un colloque dont le thème était :

Cinquantenaire

de la nation indienne

Il nous est agréable de remercier tous ceux qui se sont unis pour faire de cette journée un succès: la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, l'Université de La Réunion, la Mairie de Saint-Denis et le Consulat Général de l'Inde à SaintDenis. La Mairie de Saint-Denis a assuré le financement de cet ouvrage réalisé par le service des publications de la Faculté des Lettres de l'Université de La Réunion.

Merci à Edith Ah-Pet Delacroix pour son travail de mise en page ainsi qu'à toute son équipe: Sabine, Marie-Pierre, Marie-Noëlle, Ketty, Sophie et à B. Rérrry pour avoir réalisé la maquette de couverture et les cartes. Corinne Duboin et
Christine Bosc ont sacrifié de leur temps pour relire les textes.

COMITÉ SCIENTIFIQUE DE LA FACULTÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES
MoJean-LouisGUÉBOURG, Professeur(Z3< so); Mo Edmond MAESTRI, Professeur

M. Serge MEITINGER, rofesseur (9< so); Mo Alain GEOFFROY,Professeur P

(I I < so);

(ZZ< So) ;

Mo Jean-François HAMON, Maître de Conférences, HDR (16< so) ; M. Bernard CHERUBINI, Maîtrede Contërences, HDR(ZOe So); MoMichel BÈNIAMINO, aîtrede Conférences, HDR(9< so) M

Tabl. d., matiè,.,
REMERCIEMENTS

............

...

...

......

........,...

5

TABLE DESMATIÈRES

......7

LES AUTEURS
ALLOCUTIONS BIENVENUE DE

9
11

POLITIQUE,

ÉCONOMIE,

DÉFENSE

BOSE-HARRiSON

BANASHRI,

50ans de lapolitiqueétrangèrede l'Inde
PITCHAYAANTOINE,

23 29 51 75

L'économie indienne sous l'œil du
CADOUX CHARLES,

«

Consensusde Washington»

Cinquanteannées de politiqueen Inde (1947-1997)
SINGH]~nT,

Ladéfense de l'Inde: les cinq premièresdécennies
SOCIÉTÉ
HEUZÉ
GÉRARD,

Inde, 1947-1997 : continuités et ruptures sociales
POUSSE MICHEL,

97

Environnementet technologie: cinquanteans de mutations
WEBER]ACQUES,

123
153

Les comptoirs dans l'Inde indépendante
SNAKUMAR V.M.C.,

Ledéveloppementde Pondichéry

183

L'INDE
MARIMOUTOU JEAN-ClAUDE CARPANIN,

DANS LA LITTÉRATURE

pon:raitdu créole (réunionnais) en ma/bar
MARUDANAYAGAM P.,

191

LaFrancedanslafictionindiennecontemporaine

211

ANNEXES... BIBUOGRAPHIE ......

...

.........

...

...... ...

......... ......... ......... ...... ...

223 235

8

'e, Quteut,
CADOUX, CHARLES

-

Professeur agrégé de Droit Public, Faculté de Droit et de Sciences Politiques,
Université d'Aix-Marseille. Spécialiste de l'Inde.

BoSE-HARRISON,

BANASHRI

-

Professeurd'économieà l'Université de Delhi (1977-1981),titulaire d'un diplôme en Diplomatie de ['Université d'Oxford, Mme Harrison Bose débute sa carrière diplomatique à l'Ambassade de l'Inde à Paris. Elle a travaillé au Ministère des Relations Extérieures à Delhi et été conseillère commerciale à Budapest avant d'être Consul Général de l'Inde à Saint-Denis de La Réunion.
GÉRARD

HEUZÉ,

-

Sociologue,chargé de recherches au CNRS.Spécialistede l'Inde contemporaine dont il étudie les conflits sociaux. Panni les nombreux ouvrages qu'il a écrits sur l'Inde, citons: La grève du siècle (L'Harmattan, 1989),Où va l'Inde moderne? (L'Hannattan, 1993),Entre émeutes et mafias, l'Inde dans la globalisation
(L'Hannattan, 1996).

MARIMOUTOU,

J-c.

CARPANIN

-

Professeur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université de La Réunion.Spécialistede littératureréunionnaise.
P.

MARUDANAYAGAM,

-

Professeur de littérature à l'université de Pondichéry. Auteur de nombreux ouvrages critiques sur la littérature indienne d'expression anglaise et américaine.
ANTOINE

PITCHAYA,

-

Chargé de cours à l'Institut de Linguistiqueet d'Anthropologie à l'Université de La Réunion.Auteurd'une thèse sur la présidence en Inde. Spécialisted'économie indienne.

POUSSE,

MICHEL

-

Maître de Conférences à l'Université de La Réunion. Spédaliste de littérature indoanglaise et de l'Inde contemporaine.

SINGH,J~JlT

-

Air Commodore, ses études approfondies dans le domaine de la sécurité et son expérience de pilote de chasse dans la Force Aérienne de l'Inde (1934-1988)en font un expert reconnu de la politique de défense et de sécurité en Asie et en Inde. Depuis 1988, il est à la tête de l'Institut d'Etudes et d'Analyse de la Défense à Delhi.
V. M. C.

SNAKUMAR,

-

Président de l'Assemblée législative du Territoire de l'Union de Pondichéry.

WEBER, JACQUES

-

Professeur d'histoire à l'Université de Nantes. A soutenu une thèse sur Les établissements français en Inde au XIX siècle et écrit divers ouvrages sur l'Inde dont un ouvrage historique de référence: Pondichéry et les comptoirs de l'Inde après Dupleix (DenGel, 1996).

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ALLOCUTION MONSIEUR

DE BIENVENUE DE MICHEL BOYER, DE LA RÉUNION

PRÉSIDENT DE L'UNIVERSITÉ

Madame le Consul Général de l'Inde, Monsieur le représentant de la Mairie de Saint Denis, Monsieur le Doyen de ln Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Mesdames, Messieurs, Au cours de ces cinquante années, l'Inde a donné au monde l'exemple d'un pays attaché à l'idéal démocratique de ses pères fondateurs. Sans renier son passé plusieurs fois millénaire, elle se tourne résolument vers l'avenir: exemple de sagesse dans un monde turbulent! C'est un grand plaisir pour l'Université de La Réunion d'accueillir ce colloque organisé en l' honneur du cinquantenaire de la nation indienne. Le Président Hervé, que des problèmes de santé retiennent aujourd' hui chez lui, aurait été très heureux de prononcer ces mots. Nouvellement élu et ne devant prendre officiellement fonction que dans quelques jours, je ne suis sans doute pas moins heureux dl inaugurer avec vous, et de cette façon, mon mandat de cinq ans, au moins pour trois raisons: - ce colloque et votre présence à tous ici sont la preuve que l'Université est capable de s'ouvrir concrètement sur le monde extérieur et de jouer un rôle culturel au sein de la population non étudiante; - il me paraît important que les locaux de l'Université montrent également leur utilité dans des créneaux horaires inhabituels;

-

enfin, ce colloque montre que l'Université peut travailler en lien étroit avec des partenaires extérieurs, comme la Mairie de SaintDenis et le Consulat de l'Inde, que je remercie pour le travail réalisé. Je remercie et félicite au passage aussi bien sûr la Faculté

des Lettres et des Sciences Humaines grâce à qui ces
orientations ont pu être prises.

Bien sûr, l'intérêt de notre institution pour l'Inde n'est pas nouveau. Voilà déjà huit ans, l'Université accueillait un colloque consacré au centenaire de la naissance de Jawaharlal Nehru. Pourrait-il en être autrement dans une île dont une grande partie de la population est issue des travailleurs et commerçants qui, du Goujarat, du Tamil Nadu et de Calcutta sont venus au siècle dernier dans l'espoir d'une vie meilleure. L'Inde est partout à La Réunion, par ses temples, ses festivités; elle fait partie intégrante de la culture de notre île, dont elle a épicé la cuisine, enrichi le vocabulaire et élargi la dimension spirituelle. D'ailleurs, il est peu de Réunionnais de souche qui n'aient du sang indien dans leurs veines. Moi-même, au nom pourtant bien français, je compte des Indiens parmi mes ancêtres. Mais c'est finalement votre participation à tous qui est la meilleure expression de ce que représente l'Inde à La Réunion. Je vous remercie d'être venus si nombreux honorer cette
manifestation à laquelle je souhaite plein succès.

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ALLOCUTION

DE BIENVENUE DE

M. F. LACPATIA

REPRÉSENT ANT M. MICHEL T AMA YA, MAIRE DE SAINT-DENIS

Madame le Consul Général de l'Inde, Monsieur le Président de l'Université, Distingués invités, Mesdames, Messieurs, Permettez-moi tout d'abord d'excuser le Député-Maire de SaintDenis, M. Michel Tamaya qui n'a pu être des nôtres aujourd' hui. Je me fais son interprète pour vous souhaiter la bienvenue à tous et formuler ses voeux de succès dans le déroulement de vos travaux. Avec ses 3.300.000 km2, l'Inde, du dix-septième au vingtième siècle a été le lieu de nombreux échanges et d'affrontements d'influences occidentales diverses. Au moment où l'Inde célèbre le cinquantième anniversaire de son indépendance, il semblait légitime, pour de multiples raisons, qu'à La Réunion des historiens se penchent sur ce qu'a été cette expérience nouvelle de l'après Gandhi et peut-être projeter le devenir de cette puissance en gestation à la veille du troisième millénaire. La nécessité de votre colloque ici est évidente, car La Réunion a toujours été une île privilégiée dans les relations établies entre l'Occident et l'Inde. Faut-il rappeler que notre île, pendant deux siècles, a été le passage obligé entre l'Europe et le sous-continent indien? Afin de célébrer le cinquantenaire de l'indépendance de l'Union indienne, ce colloque du vingt et un septembre 1997 a été organisé sous l'égide de l'Université de La Réunion, du Consulat Général de

l'Inde et de la municipalité de Saint-Denis. Il s'agissait de cerner les contours d'un bilan des cinquante dernières années du monde indien, dont la destinée détermine en grande partie l'avenir de tout l'océan qui porte son nom. L'Inde est la plus grande démocratie du monde, et c'est cela sans doute l'acquis le plus remarquable de l'indépendance, alors même que ce régime s'est fait rare après les décolonisations et pendant la guerre froide, alors même que ce régime paraît aujourd'hui encore à beaucoup inefficace pour assumer les responsabilités de l'intérêt général, alors même, dit-on parfois, qu'il s'agit d'un régime culturellement européen. Adossée à la vaste équipe du combat pour la décolonisation, affirmée par le discours exigeant du Mahatma Gandhi, réalisée surtout par ces milliers de «combattants de la liberté» - les Freedom Fighters - qui ont formé son ossature discrète mais sûre jusqu'à aujourd' hui, la démocratie s'est perpétuée jusqu'à survivre aux pires moments de l'histoire contemporaine. A ce titre, sa constitution demeure un modèle: elle garantit les libertés fondamentales de l'état de droit, elle établit que l'Inde est une nation d'états, ce qui pose le principe d'une décentralisation qui n'est pas de pure forme. Elle affirme ln sécularisation du pays, ce qu'indique le nom même de bharat, indifférent aux confessions religieuses hindoues, musulmanes ou autres. Le passage de ces trois principes à la réalité forme l'essentiel de l'histoire compliquée de ces cinquante dernières années; une histoire non encore achevée. Mais ce n'est pas une mince réussite pour les dirigeants successifs de l'Inde d'être parvenus à maintenir à l'étranger l'image de l'unité indienne pour qui sait la diversité vertigineuse des forces centrifuges qui travaillent ce pays et donnent sens à l'irremplaçable suffrage universel. L'image de cette stabilité politique perdure aujourd' hui et sert largement l'adaptation progressive de l'économie indienne à la mondialisation. Mais qu'on ne se trompe pas, cette ouverture économique de l'Inde au monde constitue un revirement incontestable et douloureux par rapport à l'orthodoxie des Pères de

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l'indépendance indienne. Dans leur volonté de rompre avec une

économie colonialede prédation, les «combattants de la liberté »,
inspirés par le rêve autarcique gandhien, ont pensé l'indépendance comme la fin de la dépendance économique du pays vis-à-vis de l'étranger, car elle signifiait tout à lafois la destruction de l'économie locale et la sujétion politique aux puissances coloniales des impérialistes. On s'engagea sur la voie de la planification avec des espoirs de développement fulgurant pour ce cinquième de l'humanité dont l'énergie n'était plus bridée par des influences étrangères néfastes. C'était le temps de la troisième voie et du nonalignement: l'autosuffisance était la nécessité primordiale. On comprend donc que les décisions récentes visant à favoriser les investissements de capitaux étrangers dans l'économie indienne, comme toutes les mesures de libéralisation de l'économie, rencontrent une réticence dans l'imaginaire politique indien comme ailleurs. Tout cela explique également la discrétion du décollage économique de l'Inde qui intéresse toute notre région. S'il n'atteint pas les records de la Chine ou du Sud-Est asiatique en général, la stabilité même du régime politique est associée depuis l'indépendance à l'investissement permanent dans une vraie politique d'éducation qui fournit aujourd'hui à l'Inde un inestimable vivier de chercheurs et de techniciens supérieurs au meilleur niveau

mondial ainsi qu I une main-d'œuvre qualifiée nombreuse et peu
onéreuse, capable de s'adapter avec rapidité, ce qui rend le décollage économique infiniment plus sûr et plus durable qu'ailleurs. Certes l'indépendance n'a pas apporté à l'Inde ce dont rêvaient pour elle ses Pères, mais elle n'a pas non plus conduit au contraire de leurs aspirations. La promesse initiale de refaire de l'Inde une des premières puissances mondiales d'ici l'an 2000 n'a pas été tenue comme on l'espérait alors, mais l'Inde est bien une puissance militaire dotée de la capacité nucléaire et balistique, elle est bien une puissance spatiale disposant de satellites élaborés par ses soins, elle est bien une grande puissance régionale qui tient fermement son pré carré. Aucun des grands problèmes planétaires ne peut être traité sans elle, mais elle n I est pas cette puissance qui devait guider le

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monde vers une Rédemption gandhienne ou la troisième 'VOle nehruiste de Bandung. La société indienne également a évolué de façon inattendue et complexe. La pauvreté demeure cruciale, mais elle a perdu de sa morbidité grâce à l'éradication de lafamine après la Révolution Verte menée par Indira Gandhi et sa part dans l'ensemble de la population, si elle reste élevée, a nettement diminuée depuis l'indépendance. Il faut bien dire que l'augmentation considérable de la population depuis cinquante ans limite la portée des progrès dans ce domaine. De plus, si l'encouragement ces dix dernières années à l'économie libérale n'a pas aggravé id la pauvreté, elle a creusé les écarts avec ces quelques deux cents millions d'Indiens de la nouvelle classe moyenne, à tel point que le sentiment de l'abandon de ce problème, si cher pourtant aux Pères de l'indépendance trouve de plus en plus d'échos. Même la société indienne traditionnelle est mise à rude épreuve; pourtant ce ne sont nullement les abjurations des Pères de l'indépendance qui en sont la cause, mais bien les changements économiques les plus récents. L'alternance politique fréquente qui caractérise l'Inde d' aujourd' hui comme les tentations extrémistes identitaires n'ont pas d'autre explication: l'alliance entre les défavorisés et les milieux aisés scellée au moment de l'indépendance par le parti du Congrès, renouvelée constamment par Nehru puis Indira Gandhi, dont les discours étaient à tonalité socialiste, a volé en éclats, ce qui empêche désormais laformation de tout parti dominant. L'apparition d'une nouvelle classe moyenne politique aux aspirations encore indécises contribue à déstabiliser l'ancien jeu politique indien, dont les règles sont en train d'évoluer à grand pas. La diversité régionale enfin, qui devient la clé de toute majorité gouvernementale, tantôt joue le rôle catalyseur de poussées de fièvre, voire de crises politiques graves, tantôt freine l'arrivée au pouvoir de toute tentation extrémiste dangereuse. Imperceptiblement, l'Inde opère une révolution sociale dans un cadre démocratique. Le changement en profondeur laisse des traces profondes sur les villes indiennes, clés de l'avenir aux dépens de l'Inde des villages qui inspirait Gandhi, ces villes où se juxtaposent

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le moderne et l'archafque, la violence et l'aisance, le possible et l'impossible, villes tentaculaires et agitées comme au bord de l'émeute, traversées de pollutions dangereuses, investies de paraboles qui lèvent tous les vieux interdits, villes déliées de traditions, où même le système de castes, qui a la vie dure, se lézarde de façon irréversible. Oui, l'Inde change. Elle a perdu une certaine image d'elle-même, cette image vertueuse, courageuse et inébranlable que lui avaient léguée les Pères de l'Indépendance, et l'Inde se cherche aujourd'hui comme jamais, elle doute des purs idéaux de sa jeunesse, elle sait la laideur des trahisons, elle a cinquante ans, l'âge où les illusions ont disparu. L'époque coloniale n'est plus qu'un vague souvenir, l'époque post-coloniale s'est achevée, tout peut donc commencer. C'est cette Inde en mouvement que les conférences ont tenté de ressaisir. Son Excellence Madame Harrison-Bose, Consul Général de l'Inde à La Réunion, s'est attachée à définir les traits durables de la politique étrangère de l'Inde qui nous affecte au premier chef Le professeur Pitchaya nous fit partager toute son expérience de l'évolution économique de l'Inde, depuis l'indépendance. Quant au Dr Pousse, il nous introduisit des modalités du développement de l'Inde au cours de la même période. De façon plus ponctuelle, le Dr Weber nous informa de l'évolution des ex-comptoirs français depuis l'indépendance. Le point de vue réunionnais ne fut pas oublié par le Dr Marimoutou qui nous intéressa à la vision proprement littéraire de l'Inde à La Réunion. Au vu du déroulement de ce colloque, nous avons conclu à la nécessité de poursuivre et d'encourager cette réflexion sur l'Inde à La Réunion, tant il est vrai qu'un océan d'idées doit nous
rapprocher.

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ALLOCUTION MONSIEUR

DE BIENVENUE DE

MICHEL LATCHOUMANIN,

DOYEN DE LA F ACUL TÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES

Madame le Consul Général, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, C'est un honneur et un plaisir pour la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d'accueillir un colloque consacré au cinquantième anniversaire de la Nation Indienne. Un honneur et un plaisir que nous devons tout d'abord à l' heureuse initiative de Mme le Consul Général et de notre collègue

Michel Pousse considérécomme le « spécialistemaison» de l'Inde.
Un honneur et un plaisir que nous devons au partenariat qui permet votre présence ici aujourd' hui. Un honneur et un plaisir que nous devons également à votre présence, Mesdames et Messieurs, présence qui confirme l'implication active de l'Université dans la cité, en un mot, l'ouverture de l'Université aux événements du monde extérieur
local et international ainsi que le soulignait à l'instant le Président

Boyer. J'ajouterai enfin le plaisir personnel que j'éprouve à accueillir une manifestation qui ne laisse pas insensible la part de réunionité que j'ai héritée de mes ancêtres indiens. Mon nom ne m'autorise pas à renier mes racines et je suis fier de devoir la plus grosse part de mon métissage, le pourcentage le plus important de mon patrimoine génétique à mon ascendance indienne.

Vous n'êtes pas là pour m'entendre parler de moi. N'étant pas un spécialiste des questions indiennes, je n'entends pas rivaliser avec les éminents collègues qui vont se succéder à la tribune tout à l' heure pour nous faire part de leurs analyses, des conclusions de leurs travaux, de leurs réflexions sur la nation indienne et sur l'événement qui nous réunit aujourd'hui. La commémoration d'un moment important de l'histoire d'une nation, s'agissant du cinquantième anniversaire de la Nation indienne, loin de constituer une occasion de ressasser de douloureux souvenirs, nous invite en effet à éviter le bégaiement de l'histoire. Cette commémoration nous invite à croire, à clamer, et à agir pour maintenir dans le passé tout ce qui peut renvoyer à la dépendance des peuples. L'interface de la dépendance étant l'indépendance, cette commémoration nous invite également, à mon sens, à agir pour le dépassement d'une indépendance qui confinerait à l'autarcie. L' histoire contemporaine nous montre que si la dépendance n'a jamais senJi ni l'individu ni les peuples qui en subissaient les conséquences, l'indépendance exacerbée ne semble pas non plus convenir à l'Homme qui, dès sa naissance, est un être social, et encore moins à un pays, quel qu'il soit, à l'heure de la mondialisation. Les grands équilibres socio-économiques et culturels nous imposent une interdépendance que nous devons sans cesse construire dans un esprit de respect mutuel, de tolérance et de solidarité. Je m'autorise à croire que les peuples du vingt et unième siècle cultiveront l'interdépendance et la solidarité. Tel est le message que m'inspire cette rencontre que je souhaite fructueuse à tous. Merci de votre attention.

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1

Politique,

économie,

défense

BOSE-HARRISON BANASHRI 50 ans de la politique étrangère de l'Inde PITCHA y A ANTOINE

L'économie indienne sous l'œil du « Consensus de Washington»
Cinquante années de politique CADOUX CHARLES en Inde (1947-1997)

La défense

AIR COMMODORE SINGH JASlIT de l'Inde: les cinq premières décennies

50 ans de la politique étrangère de l'Inde
BOSE- HARRISON CONSUL GÉNÉRAL BANASHRI DE L'INDE

SAINT-DENIS

Essayer de tout dire et tout comprendre de la Politique Etrangère de l'Inde depuis son indépendance en une vingtaine de minutes, c'est comme si l'on tâchait de mettre dans une tasse toute l'eau de l'océan Indien. Aussi, vais-je me contenter de dessiner les grandes lignes de la politique étrangère que l'Inde a suivies depuis 1947, tout en espérant que vous me poserez quelques questions sur les aspects spécifiques qui vous auront intéressés le plus. Etant donné que tous ici, nous ne sommes pas des spécialistes de la diplomatie, commençons d'abord par une définition. Qu'est-ce-que la politique étrangère d'un pays? En termes les plus simples, ce sont les bases à partir desquelles un pays mène ses relations avec d'autres pays du Monde. Il ne s'agit

Bose-Harrison Banashri

pas seulement de la manière de mener des relations mais aussi des principes, des intérêts, des objectifs sous-jacents. En théorie comme en pratique, le principe fondamental de toute politique étrangère de tout pays est l'intérêt national. En cela, l'Inde n'est pas une exception. Le 4 décembre 1947, Jawaharlal Nehru qui peut être nommé l'architecte de la Politique Etrangère de l'Inde, a déclaré que « L'art de mener une politique étrangère d'un pays est de trouver ce qui est le plus avantageux pour le pays. Nous avons beau parler de paix, de liberté et ce avec grande conviction, mais en fin de compte, le gouvernement agit pour le bien du pays qu'il gouverne et aucun gouvernement n'oserait faire quoi que ce soit contre les intérêts du pays à long terme ou à court terme ». En 1947, lorsque Nehru parlait, l'Inde avait un seul intérêt primordial: GAGNER L'INDEPENDANCE. Obtenir la liberté en l'emportant sur le plus grand empire sur terre était certainement le premier défi auquel la politique étrangère de l'Inde a dû faire face. La lutte de l'Inde pour sa liberté a contribué en grande partie à la définition de sa perception du monde qui, à son tour, a formé sa politique étrangère suivie par l'Inde depuis son indépendance. Il n'est pas étonnant donc que la décolonisation et l'élimination de toute discrimination raciale, voire Apartheid, figurent parmi les premiers principes adoptés par Nehru pour développer la politique étrangère de l'Inde. Ainsi, il a déclaré lors de sa première allocution à la radio adressée à la nation le 7 septembre 1946: «Nous croyons que la Paix et la Liberté sont indissociables et que l'abnégation de la liberté où que ce soit peut être une menace pour la liberté partout et peut mener au conflit et à la guerre. Nous nous intéressons particulièrement à l'émancipation des pays et des peuples colonisés et dépendants et la reconnaissance en théorie comme en pratique du droit à l'égalité des chances pour toutes les races ». Je ne voudrais pas vous ennuyer avec de nombreuses citations. Aussi, permettez-moi de résumer en trois grands thèmes ce que l'on

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