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Indiens de la Sierra

408 pages
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EAN13 : 9782296275720
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INDIENS DE LA SIERRA
la communauté paysanne au Mexique

COLLECTION AMERINDIENNE

Cet ouvrage a été pubUé avec le concours du Centre national de la Recherche Scientifique @ L'Harmattan, 1981 ISBN: 2-85802-180-5 ISSN : 0245-4343

MARIE-NOËLLE

CHAMOUX

INDIENS DE LA SIERRA
la communauté paysanne au Mexique

Éditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

REMERCIEMENTS

pour le Doatorat
Paysannerie ganisation

L'origine de aet ouvrage est d'Ethnologie, soutenu

une thèse
en avril

de troisième
1976 sous

cyale

l'intitulé:

et Indianité dans la Sierra de Puebla. Recherche sur l'orsociale actuelle d'un village nahua du Mexique. Aussi mes

remeraiements s'adressent-ils à tous aeux qui ont permis qu'elle réalise, aomme à aeux qui m'ont appuyée pour la publiaation de l'ouvrage.

se

Ne pouvant mentionner tous aeux qui de près ou de loin ont une part da:ns l'existenae de ae livre, qu'il me soit permis de témoigner iai de ma profonde gratitude à leur égard, en partiaulier à mes nombreux amis mexiaains de Teopixaa, de Xiloauautla, de Oapaao et de Huauahinango qui m'ont aaaueillie parmi eux et m'ont appris à aimer avea passion leur pays et leur région. Je remeraie tout spéaialement Monsieur Guy Stresser-Péan, qui m'a fait aonnaitre le village de Teopixaa et a dirigé ma thèse en me faisant bénéfiaier de son immense aonnaissanae-des aultures indiennes. Monsieur Robert Cresswell m'a donné les moyens de retourner au Mexique et de mener ae travail à son ter>rne. A tous deux va ma plus vive reaonnaissanae. Pour la daatylographie, Mesdames Josette Luaahi et Marie-Franae Leroy prinaipalement m'ont prêté leur aonaours aompétent et patient. Les dessins sont dûs au talent de Françoise Bagot de Vargas, et les aartes à Françoise Engelmann-Chamoux. Viator Lagarde est l'auteur de quelquesuns des aliahés reproduits da:ns ae livre. J'ai reçu un soutien amiaal de Miahel Launay qui m'a aaaueillie da:ns aette aolleation, et je dois beauaoup aux disaussions et débats avea aeux qui, ethnologues et soaiologues, ont patiemment lu et aommenté le manusarit original: Alban Bensa, Alain Cottereau, Danièle Dehouve, Danièle Kergoat, Patriak Menget. Beauaoup d'autres m'ont enaouragée par de riahes éahanges de vues et il m'est impossible de les nommer tous iai. A tous, j'adresse mes remeraiements amiaaux. Que ne soient pas oubliées les institutions qui ont permis que ae livre se réalise: la Mission Arahéologique et Ethnologique Française au Mexique, le Centre National de la Reaherahe Saientifique, l'Université de Paris V - René Desaartes, l' Instituto Naaional de Antropo log{a e Historia, l'Instituto Naaional Indigenista et son Centro Coordinador Nahua-Otomi-Totanaao de Huauahinango.

AVANT

PROPOS

Ce livre analyse aujourd'hui s'appuie la dialectique

les rapports paysanne

wociaux d l'oeuvre indigène ainsi que Il

dans une communauté de ses relations enquêtes

avec l'ensemble national.

sur plusieurs

chez les Nahuas de la région

de Huauchinango~ dans la Sierra de Puebla~ menées entre septembre 1969 et novembre 1974. Durant cet intervalle de cinq années, plus de quinze mois passés dans les villages permis de suivre paysans (1). La communauté reliée à différents indigène n'est pas isolée: elle est L'idée la vie individuelle et collective ont des

niveaux de la société nationale.

n'est pas nouvelle. Elle peut même faire figure de précaution d'usage à inscrire en tête de toute étude sur les communautés villageoises. Pourtant, à la lecture des nombreux on peut se demantravaux consacrés aux Indiens du Mexique,

der si ses implications

ont été saisies dans toute leur étenles recherches sur les commuclos,

due. Bien rares en effet sont ceux qui ont réussi à éviter les deux écueils qui menacent nautés rurales: ou à l'inverse la réduction la fiction d'un univers communautaire

aux seuls rapports d'exploitation sur les pay-

exercés par les classes urbaines ou dominantes sans des villages.

(1)

Au

Mexique, chaque est

l'expression groupe peuplé en local

de

'~ommunauté doté de gens d'une

indigène" parlant une

désigne langue

dans indigène.

la

pratique lorsqu'il

rural

organisation

interne,

majorité

- 8 -

Le premier écueil se dresse particulièrement le chemin de l'anthropologie. la monographie time de s'interroger Mais trop souvent s'il constituait Bien entendu, de village n'est pas en cause: sur les relations sociales

sur

le fait même de il est légidites "in-

ternes" aux communautés

et cela sera fait dans ce livre. demeure traité comme

le groupe indigène

un système social à part, quand bien même

on prend la précaution de rappeler le non-isolement des villages. La critique vise ici l'approche, d'inspiration fonctionnaliste, qui recherche indigène") la logique, ou culturel la cohérence et le local sens des relations ("la communauté sociales au seul niveau du groupe

("les Indiens nahuas").

L'"extérieur" est de ce fait réduit au rang d'élément plus ou moins perturbateur des "structures traditionnelles". L'étude présentée ici a conduit au contraire complexes à mettre en lud'un village mière les dimensions locaux et nationaux titutions formations subtiles, du fonctionnement

indien, dans lequel sont indissolublement communautaires,

liés des aspects Ainsi les insque par leur selon les épo-

de la société mexicaine. ne peuvent se comprendre

objet depuis longtemps de transsociale locale, mais aussi ins-

double nature:

organisation

titutions dirigées plus ou moins ouvertement ques et les lieux par les appareils d'Etat.

Le second écueil se situe dans l'excès inverse, et menace surtout la sociologie indigène et l'économie. Il consiste à traiter la question sous l'angle exclusif des rela-

tions entre les Indiens et les autres catégories Là en effet résideraient ceux qui permettraient Lorsqu'on occupent consulte les phénomènes d'interpréter

sociales. indienne.

sociaux significatifs, il n'est guère les Indiens s'autorisent

la "différence"

les sources statistiques, des places culturelle

douteux qu'à l'échelle du pays ou d'une région majoritairement la catégorie agricoles. à assimiler

de paysans et de salariés "Indiens" à celles, socio-

De ce fait un certain nombre d'études

- 9 -

'coromique

de NpaysansN et Np~ol'tai~es

rurauxN.

PQu~tan~

les choses ne sont pas si simples. L'assimilation des cat'gories a entre autres effets celui de masque~ les rapports sociaux r'els entre Indiens. terroge sur les 'volutions tions à l'ensemble certaines fonctions internes national. Elle empêche qu'on s'inet sur leurs articulaque qui a pourtant qui

Elle ne laisse apercevoir indienne,

de l'identit'

des aspects multiples tie des processus

et ambivalents. insoupçonnée.

C'est toute une parde la paysannerie

de transformation

risque ainsi de demeurer

procèdent

Malgr' leur contraste apparent, les deux 'cueils d'une même image inconsciente, ou si l'on veut

d'un même mythe: l'illusion d'un Nint'rieurN communautaire qui serait d'une autre essence, d'un autre Temps que l'Next'rieurN. rêtait indien. Dans cet ouvrage, au lieu de pr'supposer une disDans l'une et l'autre approche, de chaque communaut' tout se pasque se comme si l'on consid'rait à la frontière l'histoire que la soci't' de classe s'arindigène, la limite du groupe

se figeait une fois pass'e

continuit' entre l'Nint'rieurN communautaire rieurN, j'ai cherch' à retracer au contraire tinuit's famille. rapports culiers habituellement sous-estim'es.

et l'Next'certaines conle cas de la

Prenons

Pour comprendre sa place et ses fonctions dans les sociaux, l'accent a 't' mis sur des aspects parti: comment les règles et les pratiques de parent'

s'articulent d'une part à l'emprise croissante de l'Etat central, et d'autre part aux exigences 'conomiques des exploitations agricoles familiales.

D'une certaine façon, c'est l'histoire qui est au centre de cette 'tude. Non point l'histoire du village au sens où on l'entend habituellement: blée toute la documentation lointaines que possible. possible ici n'est pas rassemsur des époques aussi est d'ailleurs

Cette documentation

- 10 -

fort mince. Mais j'ai essayé de retracer taire vivante, Durant assister ~es cinq années où s'est p~acée à des changements profonds.

une tranche d'his~

en train de se faire, dans un vi~~age indien. ~'enquête, j'ai pu Ma tâche a été tout des évo~utions qui se aura-

d'abord de ~es consigner. produisaient

Dix ans après, ce ~ivre est deveavant ~e tour-

nu ~'une des rares traces écrites nant important moire indienne,

dans ~a Sierra de Huauchinango des années soixante-dix de comp~èter et parfois

(1). Peut-être

t-i~ ~a fonction

supp~éer à ~a méles anciens débats que~les ~o-

qui a tendance à oub~ier

et ~es enjeux passés. Mais je ne m'en suis pas tenue à cette tâche de témoin. J'ai essayé aussi de comprendre giques socia~es et historiques sous-tendent A travers cette sorte de radiographie ~es changements. paysanne

d'un vi~~age nahua,

c'est le devenir d'une certaine forme de communauté et de l'identité indienne qui est ici examiné. Paris. 1980

(1)

A partir ses Des de de

de actions

1971, de

l'Administration et ses structures ont La développement ont été nationaux.

centrale reçu une aux est

mexicaine de la implulsion communautés en pour a

a

sensiblement indiet dans à en pour de anténouvelle indiennes

modifié gène". des le cadre

politiques accrues La

à l'égard

"question

subventions 1974.

distribuées région ici

programmes

étudiée donc

vu

les

effets données 1980, voie

partir rieure notes, garder

situation

décrite

l'essentiel en

aux nouvelles je n'ai pas fixée dans

politiques intégré les l'écriture

indigénistes. Sauf indications nouvelles observations faites étape nuJle part archivée et

une

en

dépassement.

Chapitre PAYSANNERIE

premier ET INDIANITE

LES TROIS THESES DOMINANTES

Lorsque principales

l'enquête

d'ethnologie

qui a servi de base

à ce livre fut entreprise dominaient

en 1969, trois préoccupations des Indiens du Mexibien qu'on en leurs formulabien connus des spécia-

l'anthropologie

que. Les termes en sont aujourd'hui listes. Ils demeurent modifierait

toujours d'actualité,

sans doute quelque peu maintenant

tions. L'étude du village préoccupations l'essentiel

s'est située par rapport à ces

et le livre en porte la trace. Il a été pour

rédigé entre 1971 et 1975. il est indispensapour éviter tout dé-

Avant de les résumer brièvement, ble de lever au préalable contresens. Mexique, limitée. En premier on n'évoque deux ambiguités,

lieu, lorsqu'on parle d'''Indiens''au raciale nettement admis que le mot "Indien" mais un statut culturel Mais un individu et

par une différence

Il est depuis longtemps

ne désigne pas une race biologique et social. Certes traits physiques peut présenter typiquement

la plupart des "Indiens" actuels ont des amérindiens. les mêmes caractéristiques

exactement

n'être pas du tout perçu ni classé comme "Indien". De même "Metis", couramment employé, n'a rien à voir avec un mélange situations sociales et une racial. Le mot désigne certaines

revendication d'appartenance à la culture occidentale (1). Quant à la dénomination de "Blanc", elle n'existe pas au Mexique pour désigner une catégorie d'individus. Tout au plus trouvons-nous "git"eY'o", qui signifie selon les régions blond

(1) dans

Voir TAX

par Sol

exemple (Ed.)

DE

LA

FUENTE of

Julio

"Ethnic Glencoe,

and

communal Free

relations", Press pu-

Heritage

Conquest,

The

blishers,

1952.

- 12 -

ou clair de peau. C'est un qualificatif pour tout le monde. La seconde ambiguïté tes "indiennes" ou "indigènes". temps les caractéristiques concerne

individuel:

un In"Indien"

dien peut être "güero", il n'en restera pas moins

les "survivances"

di-

Il est vrai que pendant longdes Indiens du Mexique

culturelles

n'ont pas été considérées comme des phénomènes qui demandaient une explication. On se contentait de considérer les Indiens actuels comme les héritiers civilisations précolombiennes. plus ou moins "purs" des On recherchait chez eux les

traces d'un passé anéanti par la Conquête. laient remettre été démontré que les coutumes bienne. Très nombreuses en paraissant ancienne. et traditions

Divers apports aldes Indiens acprécolom-

en cause cette idée reçue. D'une part, il a

tuels ne sont pas toutes, loin de là, d'origine au contraire proviennent "typiques",

sont celles qui, tout en réalité de l'Europe pendant et

Elles ont été importées par les Espagnols (1521-1820) les analyses

la période coloniale suite de Redfield, imposées:

(1). D'autre part, à la en termes de paysannerie, se sont

non plus de groupes exotiques les groupes paysans, c'est-à-dire ports de domination culturels indigènes,

séparés de l'ensemble

indiens sont avant tout composés de d'agriculteurs insérés dans des rapLes traits

des villes sur les campagnes. ne subsistent

quelle que soit leur origine précolomque parce qu'ils sont paysanne (folk-culture) (2) CULTURELS
.

bienne ou européenne,

aussi ceux d'une culture populaire LA SIGNIFICATION ET LA DIRECTION

DES CHANGEMENTS

L'apport

de Robert Redfield ne se limite pas à

avoir affirmé que les Indiens étaient avant tout des paysans. On lui doit aussi une théorie de l'''accu1turation'', c'est-à(1)

Outre

Sol

TAX

(Ed.) Inc.,

Ibid., 1960. Culture

voir Heritage,

aussi New

FOSTER York,

George Wenner

M. Gren

Culture

and

Conquest: for (2)

America's

Spanish

Foundation

Anthropology REDFIELD Press,

Robert 1941.

Folk

of

Yucatan,

Chicago,

University

of

Chicago

- 13 -

dire les processus Indiens du Mexique, tion de paysans direction

de changements ces processus

culturels

(1). Chez les de la situaet les "valeurs"

découleraient

dominés par la ville et se feraient dans une Les "modèles" culturels

déterminée.

urbaines seraient en quelque sorte contagieux. Selon que les groupes paysans seraient plus ou moins en contact, plus ou moins géographiquement "valeurs" urbaines. proches de la ville, leur culture seplus ou moins influencée des changements par les culturels rait plus ou moins atteinte,

La signification

n'est rien d'autre que la marque d'un accroissement de domination de la ville sur la campagne. Leur direction principale est celle d'un recul des traits de la culture populaire paysanne, et d'une avancée de la culture urbaine. Cette théorie a imprégné un très grand nombre de travaux au Mexique et aux Etats-Unis. Elle inspire très souvent encore l'action des agents de développement. La critique un des thèmes présents gion des modèles contraire à la théorie de l'''acculturation'' est dans cette étude. Certes on observe culturels. Mais la contaIl faut au dans les rapdécoulant des enn'est pas leur moteur. dans les relations

chez les Indiens des changements urbains chercher

les raisons des changements

ports sociaux, c'est-à-dire places occupées

par les individus

dans le système social d'enabondamment tout

semble. Ces places ne peuvent au long de l'ouvrage. gnifications

se résumer à une opposition

tre ruraux et urbains comme on l'illustrera En conséquence, culturels couvrir que les changements et emprunter celles qu'a énoncées changements disparues.

il est logique de dépeuvent avoir des sibien différentes Par exemple, les de

des directions

Redfield.

On sera en effet amenés à ni univoques: géographique on peut de coutumes d'une ville a

faire un certain nombre d'observations. ne sont pas linéaires, Ou encore la proximité

trouver des retours en arrière, des résurgences des effets beaucoup
(1) Redfield R., Ibid.

plus contradictoires

que ce qu'on pouvait

-

14

-

supposer.

Bien plus, les "urbains" eux-mêmes de coutumes paysannes,

poussent

parfois

à la conservation

tandis que les "ru-

raux" recherchent le changement. Les Indiens ne sont pas des réceptacles passifs aux "valeurs" urbaines. La manière dont ces attitudes développée diverses s'articulent aux rapports sociaux sera dans l'étude du village. DE COMMUNAUTE FERMEE CARACTERISERAIT LES VILLA-

LA STRUCTURE GES INDIENS

Comme Redfield, raisons des "survivances"

Eric Wolf a tenté d'expliquer apparentes.

les

Comment en plein XXe

siècle, 450 ans après la Conquête,

150 ans après la fin de la

Colonisation espagnole, se fait-il que l'on trouve encore des groupes considérés comme culturellement distincts? Dans des textes célèbres, Wolf réaffirme après Redfield le caractère paysan des Indiens (1). Pour lui, la culture indienne n'est pas un simple ensemble correspond en communautés. Reprenant cette organisation ritage précolombien. l'Espagne précolombienne communautés des travaux d'historiens, Elle correspond conquises il affirme que de traits de diverses sociale précise: origines, mais à une structure l'organisation

n'est pas tombée du ciel, ni n'est un héau mode de gestion par et colonisées. La société les ont organisé sortes de propres et par un terac-

des populations

étant détruite,

les Espagnols

Indiens en Republicas une personnalité

de Xndios ou comunidades, ayant des institutions Leur existence légales: propres,

territoriales morale.

était protégée interdiction

ensemble de dispositions rains inaliénables, membres d'y résider,

limites territoriales, cette protection

ressources

aux non-

etc. Bien entendu, d'Espagne

cordée par la Couronne la communauté
(1)

n'était pas pure humanité: le tri-

servait d'unité de base pour percevoir
"Types of Latin

WOLF

Eric.

America vol. Press, Centrale, 57,

Peasantry. 1955 ; Sons traduit 1959,

A preliminary of en the 1962. français

discusEarth, Peuples

sion", American Anthropologist Chicago, University of Chicago et civilisations de l'Amérique

Shaking

Paris,

Payot,

- 15 -

but et les corvées dues par les Indiens. Néanmoins, cette organisation survivent séparée, protégée, tout au long de l'époque coloniale

c'est

qui aurait permis que des traits culan-

turels précolombiens, ciens introduits. indienne.

et bien sûr des traits européens

En un mot, elle aurait permis la constitude l'identité

tion d'une culture propre et la perpétuation

Mais reste à expliquer

la survivance

des communau(1820). C'est Dès

tés cent ans et plus après la fin de la Colonie la période coloniale, et ensuite, beaucoup l'évolution

là sans doute que l'apport de Wolf est le plus original. aurait divergé selon qu'elles étaient localisées dans des

des communautés

régions qui intéressaient mondial. précoces.

ou peu les colons euroau marché l'emété fertiles,

péens, en un mot, selon leur degré d'intégration Dans les basses terres tropicales et la présence Sous ces pressions, Elles auraient elles auraient prise du marché mondial "ouvertes". marchande; absorbées
tisse" .

de colons auraient se seraient

les communautés

assimilé les valeurs de la société accepté une stratification sociale absorbé les colons ou été "méindiens auraient été ainsi

selon la richesse;

elles auraient

par eux. Les éléments

plus ou moins effacés,

fondus dans une nouvelle culture

Au contraire, moins productif étaient restées diens auraient communautaire nautés dites auraient contrôle chande,

les hautes terres au milieu naturel que peu intéressé les colons et les paysans inDans ces commuarchaiques Ils aula à l'écart du marché mondial. plus longtemps l'organisation

n'avaient

relativement pu conserver

Dans les montagnes

et sur les hauts plateaux,

mise en place sous la Colonie. "fermées",

les éléments culturels

fonctionné

comme moyen de défense pour garder le des valeurs de la société marinternes durables, contradictoires avec le

des terres et limiter l'entrée du marché. l'acceptation le développement d'influences d'inégalités extérieures

raient empêché pénétration

système communautaire.

Telle est la raison des "survivances"

- 16 -

actuelles.

Aujourd'hui,

la structure

de communauté

"fermée",

la culture dite "indienne" et la paysannerie res seraient superposées Cette position rence originelle, dans l'espace. a deux implications

des hautes ter-

importantes.

Tout d'abord, être Indien ce n'est pas exprimer une diffémais adhérer aux valeurs d'une communauté indienne n'existe pas hors des commusa comun Insi "fermée". L'identité

nautés de ce type. Si un Indien quitte définitivement munauté rurale d'origine, dien, ni subjectivement, une communauté structure il n'est plus socialement ni objectivement.

Inversement,

"s'ouvre", elle ne transfère

plus à ses memà une et non

bres la qualité d'Indiens.

C'est donc l'appartenance qui confère l'indianité,

sociale spécifique

des ethnies indiennes qui s'expriment
"communautaires".

dans des organisations

En second lieu, d'après Wolf, chaque trait culturel dit "indigène" a une fonction de contrôle nauté sur ses membres. pétue la communauté paysannerie. adaptable. ne. La thèse de Wolf a été largement thropologie, Tout d'abord, et aussi en sociologie. les structures vent référence acceptée en anCe contrôle social de la commuest vital pour que se perfermée est peu maindien-

comme moyen de défense d'une certaine la structure sans changements

En conséquence,

Elle ne peut que fonctionner

jeurs ou alors disparaître

et, avec elle, l'identité

Ce travail y fait soude ses limites.

et essaie de montrer certaines

être des apparences

"fermée" ou "ouverte", peuvent plus que des réalités: le rôle de la
-

fermeture

-

ou de l'ouverture apparente

doit là encore
sociaux précis à que réelle. Ensans

être interprétée

en fonction des rapports

l'oeuvre dans la communauté

locale. En second lieu l'homogé-

néité interne est elle aussi plus apparente

fin une communauté "fermée" peut évoluer, "s'ouvrir" que ses membres perdent leur identité indienne.

-

17

-

INDIEN = EXPLOITE

OU L'INTERPRETATION

EN TERMES DE CLASSE

Cette dernière sur la précédente. Rodolfo damental trompé groupes nomie Stavenhagen, sur un point: indiens

thèse, la plus récente, prend appui par fonDans un article économique des

Elle a été formulée en particulier et souvent ~eprise. sur la marginalité

paru en 1963, cet auteur affirmait (1). Communauté

que Wolf s'était

"fermée" ne signifie pas écosont partie intéles places Dans l'Etat Les indigènes et oü ils tiennent

"fermée". Au contraire,

les indigènes

grante d'un "système colonial", de colonisés, du Chiapas, Tzotzil dinos ou Métis) occupent lisme interne" des salariés

tandis que les non-Indiens,

(appelés aussi Lace "colonia-

celles de colonisateurs. prend ses exemples, au plan économique.

oü Stavenhagen agit d'abord

et Tzeltales

des campagnes exploités;

sont des agriculteurs les Ladinos des bourgs

agricoles

sont commerçants, teurs d'Indiens. lité économique antagoniques.

usuriers,

propriétaires

fonciers exploienl'idée d'une marginaEtant donné ce

Il existe donc un rapport d'exploitation ce qui condamne des communautés indigènes.

tre Indiens et Ladinos, rapport d'exploitation,

on peut parler de classes sociales

En ce sens, être indien définit immédiatement

une appartenance de classe. Mais le rapport de classe n'en garde pas moins un aspect "colonial". En effet, l'exploitation s'appuie et métis. économique sur des différences irréductibles entre les moindiens des d'organisation sociale et les systèmes de valeurs le fondement

En quelque sorte la marginalité dans la société globale.

sociale et cultude leur intégration également

relle des Indiens constitue le mode d'insertion:

Elle détermine

comme classe exploitée. de l'indianité Il

De là à supposer que la persistance jusqu'à nos jours était de l'intérêt teurs, présente
(1) Latina

même des Ladinos exploipermaAmerica

il n'y avait qu'un pas. Henri Favre l'a franchi. d'une part la communauté
Rodolfo. "Clases, 1963.

comme une structure
y aculturacion".
.

STAVENHAGEN

colonialismo

6, 4, Rio de Janeiro,

-

18 -

nente d'organisation

des Indiens,

au delà des modifications peut connaître sous

de formes qu'une communauté

concrète

l'effet des pressions externes diverses (Ladinos, agents de développement, églises). D'autre part, bien que les groupes Ladinos crètes, locaux essaient l'ensemble de désagréger les communautés conles du système colonial tend à maintenir

conditions

de reproduction

de la communauté

comme structure, qu'il agisse, communautaire sans

donc aussi de l'indianité. le système colonial se remettre ment"

"De quelque manière

ne détruit pas la structure

en tant que telle. Il ne saurait d'ailleurs en cause, sans provoquer (1). Le système d'ensemble

la détruire

son propre effondreles Indiens des exploi-

se reproduisant,

restent voués à leur position

de "plus exploités

tés", et même, dit Favre, de "prolétaires". Ma principale sus de transformation l'intérieur contraire l'organisation critique à ces thèses découle de celles procesà sur qui se produisent

les que je fais à Eric Wolf. Elles sous-estiment de la paysannerie même des communautés communautaire.

et les conséquences

Dans cette étude, on verra au et se stabilise une stratificommunautaire

comment se développe

cation sociale entre Indiens. L'organisation

n'en disparaît pas pour autant, comme on le croit souvent. Elle connaît de profondes transformations tout en continuant à se présenter comme permanente et stable. La "communauté de fonction. La indigène" peut survivre comme forme dans un contexte précis, mais en changeant permanence les véritables manence. considérablement des formes ne doit pas faire illusion transformations de structures. historique et masquer

Reste à se dedes ooints de

mander d'où cette forme communautaire départ et des cheminements

tire sa force, sa per-

Le cas du village nous fera découvrir insoupçonnés.

(1) FAVRE Henri. Changement et continuité Paris, Anthropos, 1971, p. 141.

chez

les Mayas

du Mexique,

Chapitre
LA SIERRA

deux

DE HUAUCHINANGO

La réflexion te d'ethnologie au Mexique

s'appuie principalement

sur une enquê-

menée au cours de séjours longs et répétés 1969 et janvier 1911. deux mois chacun en 1913 enquête (1). Pendans le village

parmi les Indiens nahuas. Le premier et le plus long séjour a eu lieu entre septembre Deux séjours plus courts, d'environ et 1974 ont permis de compléter dant ces périodes, nahua de Teopixca, à Puebla me contentant

la première

j'ai résidé principalement

de brefs voya.ges iiMexico et dans sa région, j'ai à plusieurs auun autre village nahua,

(2). Pour situer la communauté et effectué

étudié de façon assez détaillée Xilocuautla, tres communautés indigènes

de courtes visites des environs.

En 1969, les Indiens nahuas de la région de Huauchinango donnait n'avaient presque pas été étudiés par l'ethnolode village était accessible et rasur des Indiens na(3). Quelques gie. Une seule monographie une première huas de cette partie res publications

idée de la vie actuelle de la Sierra de Puebla par ailleurs

donnaient

des informations

(1) Mes
Cycle la La un MM. a sa (2) ment celui

séjours

au Mexique,
ont reçu et et et

faits
une de par

en vue de préparer
aide financière de Française prêts Nacional ainsi que Huauchinango de que j'ai de le du Paris au pu

un

Doctorat National m'a

de

3e de

d'Ethnologie,

Centre V-René

Recherche Mission appui Guy Du

Scientifique Archéologique notamment

l'Université des

Descartes. fourni à ces Inde de grâce

Ethnologique CRESSWELL début de

Mexique C'est bénéficier

précieux, STRESSER-PEAN côté mes

matériel.

Robert dès le

aides. appuyé digenista

mexicain,

l'Instituto

Antropologla Centra de

e Historia 1973, année

recherches

Coordinador

Nahua-Otomi-Totonaco

à partir

création. Suivant le du nom en des cela pour J. de nombreux vivantes préserver : etnograffa mieux Atla exemples, j'ai préféré dans de pueblo changer l'ouvrage, règle. nahuatl, Mexico. non mais seuleaussi

personnes

mentionnées l'anonymat de un

village

(3) MONTOYA BRIONES LN.A.H., 1963.

-

20 -

des thèmes restreints: etc. D'autres incluaient

une technique des éléments

indigène,

une langue, de à plus vas-

sur les habitants d'ensembles

cette petite région dans la description tes (1). Dans le cas des Nahuas, découvrir. possibles La contribution du livre. Les lacunes ne concernaient logie. Jusqu'à ces toutes dernières Huauchinango ces sociales et humaines. tière d'histoire, de linguistique, données petite manquer statistiques tion a été un objectif nécessaire

tout ou presque restait

à l'ethnographie

de cette popula-

et c'est une des lectures

pas seulement

l'ethnodes scienen males Les

années,

la région de

était une terre vierge pour l'ensemble Pour comprendre de structure n'existaient

ce que je voyais, sociale régionale, pas toujours.

force était de forger moi-même d'économie,

mes propres références

etc. Ce n'était pas une tâche facile: pouvaient

les plus élémentaires nationales région, les archives

ne pas être fiables pour la n'avaient pas été conpouvaient de 1970, la

communales

servées la plupart ment améliorée population National aujourd'hui

du temps. Même les fonctionnaires national

de données de base. La situation

s'est incontestableEn ce qui concerne de l'Institut en 1973, fait de données,

depuis. Citons le recensement un Centre Coordinateur installé à Huauchinango

qui fut fait dans la région avec rigueur. indigène, Indigeniste,

un important

travail de rassemblement

outre ses actions de développement

des communautés.

ENTRE LE HAUT ET LE BAS, UNE REGION DE TRANSIT Une chanson
(1)

fredonnée

par les instituteurs
y sus peu et les

frais

Par

exemple

Huastecos, proches de Sur les

Totonacos étaient Otomis du Pahuatlan), voir

pulations San Pablito Xicotepec, CHRISTENSEN Pablito. dans sud de la

indigènes (Municipe Puebla. sur Une les la

un

vecinos, Mexico mieux connues: Totonaques les et le et de articles

1953. Deux les Otomis la région de B. à San dans au de

pode

notamment d'écorce a été et

fabrication otomis, Totonaques Paris,

papier hiérarchie proches,

tissage J. tradition

excellente Indiens les

bibliographie Archéologique

regroupée sociale voir A. Ethnologique

par

GALINIER, le des

N'hùyù, 1979. de

Huasteca, Sur la

Mission Sierra,

Française La religion

Mexique, Totonaques

lCHON,

C.N.R.S.,

1971.

- 21 -

émoulus de l'Ecole Normale commence par ces mots: "Las nubes se van bajando...", le brouillard descend... Elle décrit la "Sierra Norte de Puebla", sandales typiques la terre où l'on voit partout des

et des couvertures ("huaraches y cotones"), vêtements des paysans et des Indiens; elle évoque des tas et

des tas de ravins à n'en plus finir ("barrancas a mont~n") ...
C'est bien là l'impression première du cadre naturel. Pour compléter le tableau, il faut mentionner la végétation abondante et toujours qui suivent zag (caracol) verte; des chemins boueux de terre ocre ou plongent en zigsur l'autre les crêtes et les plateaux,

au fond des ravins pour remonter un autre chemin de crête. au Nord-Est

pente et rejoindre

A deux cents kilomètres 1 500 mètres d'altitude de ce que le géographe et Vera-cruzaine". "L'originalité Bataillon

de Mexico.et fait partie

à

le site de Huauchinango

nomme la "façade Huastèque évidemment de ses ca-

Il en précise ainsi les caractéristiques

de cette région provient

ractères climatiques: peu au Sud du Tropique, dès le 23e degré de latitude Nord, un milieu sans saison sèche marquée borde l'altiplano sa végétation trastes semi-aride. Cette région séduit souvent par villes colode forêt toujours verte et aussi par ses conindigène et puits de pétrole, C'est un Mexique qui donne rare-

: tradition

niales et routes pionnières.

ment une impression de grande misère et le "triste tropique" y a presque toujours une lueur d'espoir. Un front montagneux tourné vers l'Est et le Nord-Est, mine ici des plaines Une forêt tempérée 1 500 mètres tropicale mètres aux lichens, toujours face aux vents pluvieux, fort variées. 2 500 mètres. descend (...) Ce (...) jusqu'à doet des collines

front ne dépasse qu'exceptionnellement et souvent plus bas; lianes et épiphytes

à chênes et liquidambars

sa parenté avec la forêt se note grâce jusqu'à 2 000 en quelques qui l'ornent

verte située en contre-bas

au moins.

Cette forêt apparaît

brusquement

kilomètres dès que l'on quitte réique, et ses cactées" (1).
(t)G. BATAILLON.Les régions

le versant

sec, souvent endo-

géographiques

du

Mexique.paris,Anthropo$,1967.

-

22

-

La façade reçoit des pluies abondantes pendant les mois correspondant sont plus continues une période de sécheresse

(1 300 à

2 300 mm) dont près d'un tiers entre octobre et juin, soit à la saison sèche. Les pluies de juillet à octobre, et à mars, les Nortes ou fréquemment la Sierra de à Les températures et violentes

relative prend place d'avril à

juin. Entre les deux, de novembre vents froids du Nord enveloppent sont peu extrêmes.

nuages, faisant tomber pluie et crachin. Elles s'abaissent

occasionnellement

0° C en janvier et février et n'atteignent 30° C en mai et juin.
aJUPE GEOlO6l1lUE DU NORD DE l'ETAT DE PUEBLA

guère plus de

N

d'JQJfèl ALtMRAl, ""!«:lA CUBASelHAY. lie los _lie MetI.II.yuca", '_ill""""'" Maico 1166.

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Le climat de Huauchinango du climat semi-aride

est à la fois tempéré et

humide. mais la ville n'est qu'à environ trente kilomètres du plateau et à moins d'une vingtaine des régions de plus basses altitudes en fonction de l'altitude interne se traduit dans aussi bien des cultures de celui déjà tropical

(figure

1).

Comme la contrée est très accidentée, on renconCette diversité On y trouvera

tre une infinité de micro-climats, et de l'orientation. les produits cultivés.

- 23 -

de terres tempérées mes, arachides, pourtant depuis

froides

(laitues, choux, pommes, prunes, (café, canne à sucre, agruen régression

etc.) que des cultures on trouve de nombreux

tropicales

etc.). Autour de la ville de Huauchinango, vergers d'avocatiers, sont fréquentes. annuelles 1970. Les pépinières de plantes d'ornement, Mais quel que soit le mais qui La

entre autres d'azalées, le micro-climat,

le produit de base est partout

permet une ou deux récoltes

selon l'altitude.

complémentarité agricole qui résulte des diversités climatiques a de tout temps été une donnée importante de l'économie locale. Du point de vue de la tenure foncière, et très petite propriété les Indiens. ques raneho8 les basses la petite

domine, chez les Métis comme chez

Il n'y a pas de latifundia mais seulement quelou fermes à l'inverse de ce qui se produit dans aux alentours de Xicotepec de

terres voisines,

Juarez et plus à l'Est. L'orientation Nord-Est habitants produits d'altitude constituent générale du front montagneux vers le

et les contrastes

entraînés

par les différences pour tous les les

un système de référence

de la Sierra, Indiens ou non. Les personnes, agricoles, les lieux géographiques

sont classés en

"ceux d'en-haut" nahuatl, désigne

et "ceux d'en-bas". Le haut, tlaepae en la ville de Mexico et le plateau central

semi-aride, s'élevant à plus de 2 000 mètres, où se pratiquent des cultures spécifiques, comme l'agave à pulque (sorte de bière populaire 1 300 mètres, bue dans la région). Le bas, tlatzintla, au-dessous de la canne ce sont les riches terres tropicales où l'on cultive voisines

le café, les oranges,

à sucre, où les champs donnent deux récoltes et où se trouvent des grands propriétaires

de mais par an,

éleveurs de bétail. écono-

L'hydrologie mique certaine. hydroélectrique de Huauchinango. Depuis

de la région a une importance à Necaxa,

le tout début du siècle, une centrale à treize kilomètres à Mexico.

est installée

Elle fournit de l'électricité

N

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GOLFE DU MEX!QUE

I

o
carte

40
n° 1

80

POSITION

ROUTIERE DE HUAUCHINANGO

-

25

-

La position bénéficier banlieue salariés. A mi-chemin elle est desservie depuis léoduc et le gazéoduc

géographique

de la ville lui a valu de du pétrole. L'oà la La compa-

longtemps

de l'extraction

qui vont des puits de Poza-Rica la circonscription.

de Mexico traversent

gnie PEMEX y a installé une station qui emploie de nombreux

entre le Golfe du Mexique et la capid'accès facile. Depuis 1940

tale, la ville est aujourd'hui

par une route fédérale qui la relie à

Mexico au Sud-Ouest et au port de Tuxpan au Nord-Est. Les compagnies d'autocars, de première et de seconde classe, sont très nombreuses comme Tampico concerne à faire de Huauchinango une étape sur la capileurs lignes entre Mexico et les grandes villes du Golfe, ou Vera-Cruz. On peut ainsi rejoindre privilégiés. tale en moins de trois heures de route. Cette facilité ne pas seulement quelques Même avec la hausse générale des prix depuis 1971, les tarifs de transport de passagers sont encore bas, et la possibilité de se déplacer presque vers la capitale tous les habitants INDIGENE L'Etat de Puebla est assez densément 73,95 habitants atteignait au km2. La circonscription la moyenne dépasse nettement peuplé (1) est et demeure à la portée de des environs. (Carte 1)

UNE REGION

de Huauchinango re-

de l'Etat, puisque en 1970 elle au km2. La ville elle-même de la circonscripde 38 591 âmes en on arrive à une au km2 au des présentent

240,07 habitants

groupe près de la moitié des habitants tion : 16 826 habitants 1970. En retirant densité minimum densités
(1) (2) n'a Censo

sur une totalité urbaine,

la population

rurale assez importante: (2). Les circonscriptions plus basses, proches
general de poblacion,

160 habitants voisines

de la moyenne
1970. par la

de l'Etat de

Mexico

Faute de données sur la superficie occupée pu calculer la densité rurale exacte.

ville

en

1970,

on

1960

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2.500 à 4.999

1.000 à 2.499

500 à 999

100 1 à à 499 99

POPULATION

DES PRINCIPALES

LOCALITES

OU "MUNICIPIO"

DE HUAUCHINANGO

-

28

-

Puebla. La population

de la région est en croissance. de Huauchinango, dite municipio

La circonscription que nous traduirons tout le Nord de l'Etat; linguistique personnes

par municipe,

est la plus peuplée de

elle est aussi celle qui comporte si l'on retient le critère En 1970, Il 915 soit 30,88 % Par beaucoup plus 78,97 % les protelle nationales.

le plus grand nombre d'Indiens, des statistiques avouaient

parler une langue indigène, voisins,

de la population.

Certains municipes

petits, sont cependant sont recensés portions

plus "Indiens" que Huauchinango. parmi lesquels

exemple Naupan compte 6 324 habitants compte que les populations d'indigènes métisse à dominante se présente

comme Indiens. Mais, si l'on ne prenait en rurales de Huauchinango, à dominante seraient du même ordre et campagne (Carte 2). Ville indienne,

la région de nos jours

(Carte 3). mérite d'être groupes

Un aspect particulier souligné. indigènes. Il est essentiellement des Totonaques.

du municipe

C'est une zone de contact entre différents

peuplé de Nahuas, mais on

trouve juste au Nord-Ouest au Nord-Est, indigènes l'espagnol

des Indiens Otomis, et à l'Est et Ces groupes parlent des langues (Carte 4).

n'ayant aucune parenté entre elles, si bien que fait fonction de langue véhiculaire La langue nahuatl,

telle qu'elle est parlée auest proche du celui parlé par les Aztèques signalons que l'oc-

jourd'hui

dans la région de Huauchinango c'est-à-dire

nahuatl classique, Conquête espagnole.

et leurs voisins dans la région de Mexico à la veille de la A titre d'exemple, clusion glottale, sorte d'arrêt dans le mot, subsiste alors disparu à peu près partout.

qu'elle aurait aujourd'hui

Pour la transcription des mots nahuatl, j'ai employé un système inspiré des manuels d'alphabétisation mexicains. Les noms de lieux sont donnés dans leur orthographe traditionnelle. tion espagnole. être prononcés Il convient correctement de leur appliquer la DrononciaQuant aux noms communs, ils sont écrits pour

par des gens de langue espagnole,

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Nahuatl

limite de municipe

Totonaque
Otomi Espagnol

*

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ET LANGUES

limite entre l'Etat de Hidalgo et l'Etat de Puebla Route Fédérale Mexico- Tuxpan Chef-lieu, de "Municipio"

MUNICIPE

DE HUAUCHINANGO

PARLEES

DANS LES LOCALITES

- 30 -

à ceci près que II doit être considéré et non un phonème distinct. transcription voyelles
a.

comme un redoublement

phonétique

orthographe

adoptée

e

ou
0

=> ou
consonnes

ou u

a e o P t

ou ou

i u

P t k

Gu
5

devanta,o,u devant e,i
ou z

s, I
m n

I, tS
tz tl h

II

(redoublement)

(aspiration) (occlusion glottale)

s x m n l ch tz tZ h

et ou

H
ts

semi-voyelles

y

w

ou y o ou u orthographe traditionnelle : hu
i SOCIO-ECONOMIQUE DE LA REGION est encore

JALONS

POUR UNE HISTOIRE L'histoire

de la région de Huauchinango

insuffisamment

connue, surtout du point de vue qui nous indes époques précolom-

téresse ici. N'étant pas spécialiste

bienne et coloniale, j'ai dû me contenter dans un premier temps de rassembler les données les plus accessibles,lesquelles sont souvent fragmentaires. vitables, les quelques Malaré les imperfections inéindications qui suivent eeuvent aider

- 31 -

à apercevoir gion.

les spécificités

du passé des Nahuas de la ré-

Période précoZombienne Il semble que les groupes anciennement longé avec les Huaxtèques tains traits culturels colombiens eux-mêmes indiens qui peuplaient du Mexique huaxtèques (1). Cersurvi-

la région aient été en contact étroit et produ Nord-Est qui étaient considérés par les pré-

comme typiquement

vraient encore aujourd'hui. Du XIIe au XIVe siècle, ces groupes subirent des invasions successives de tribus Chichimèques, Tlaxcaltèques tallèrent et Teochichimèques Leur influence encore, qui s'y établirent culturelle fut sans tour à tour. Des Totonaques à proximité. doute importante. mes des Totonaques venus des basses terres s'insla parenté des coutul'avait déjà remarde le véri-

Aujourd'hui

actuels et des Nahuas de la Sierra de Lombardo maintes Toledano fois l'occasion

Puebla reste frappante. qué et j'ai eu moi-même fier (2). Pendant "royaumes" dans son histoire les péripéties.

la période suivante, turbulente

l'expansion

des pas ici

nahuas du plateau central entraîna Huauchinango dont on ne retracera Après une suite de guerres entre les "royau-

mes" centraux, la ville de Huauchinango se trouva sO\L"!Iise par celui de Texcoco au XVe siècle. Elle fut donc controlée par la Triple Allianc~
(1)

entre Texcoco,Tlacopan

et Mexico

(3).

G.

STRESSER-PEAN. méridionale op. LOMBARDO cit.

"Les des

Nahuas

du

Sud in

de

la

Huasteca

et

extension Vecinos, (2) bla, (3) parmi Il la V.

Huaxtèques"

Huastecos,

Totonacos

l'ancienne y sus

TOLEDANO. 1931-32.

Geografla

de

las

lenguas

de

la

Sierra

de

Pue-

Mexico, D'après les a en outre

S. plus et en

MEJIA connues mené

CASTELAN, pour de les des recherches

historien périodes de de con

local

qui main

a compilé et les dans

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sources de de

précolombiennes Huauchinango. y geogr~fica datos Puebla, hasta Ed. el

coloniales. archives

première

paroisse

celles el

l'ex-district de Puebla,

Historico, Huauchinango

slntesis
1945,

historica, Estado Huauchinango

estadlstica historico,

Huauchinango deI distrito ano de 1945, Cajica, 1965.

Mexico,

et

- 32 -

Le seigneur de Huauchinango Texcocan) mie et totonaque aujourd'hui, dont les produits

était un Acolhua

(ou oto-

qui régnait sur des sujets de langue nahuatl, (1). La ville contrôlait étaient trè$ recherchés surtout dans

sans doute, comme par les habitants au

l'une des routes d'accès aux terres tropicales les classes diriqeantes. car elle se trouvait et tou-

du plateau central,

Elle avait une importance militaire

contact des tribus chichimèques du Nord, guerrières jours menaçantes pour les "royaumes" centraux. Lorsque les Aztèques de Mexico soumirent

leurs an-

ciens alliés de Texcoco, Colonie espagnole

la région tomba sous leur joug.

(1521-1810) après leur victoire définitive sur

Les Espagnols, les Aztèques lations conquises. d'Espagne indigène, espagnole accordait

en 1521, organisèrent institutions

l'exploitation par lesquelles

des popule roi

Dans une première période, à un conquérant, déterminées.

ils mirent en

place des encomiendas,

ou parfois à un noble royale ne pour-

le droit de percevoir décida ultérieurement

tribut et corvées sur les L'administration que les encomiendas

Indiens de localités

raient être transmises ficiaires et qu'ensuite à la Couronne.

par héritage

qu'aux enfants des bénéautomatiquement Huauchi-

elles reviendraient

En réalité, elles furent souvent réassignées à un certain à un conquislui succéda

et c'est ce qui semble s'être passé à Huauchinango. nango fut donnée quelque temps en encomienda tador, Alonso de Villanueva, comme encomendero. Juan de Jaso puis vers 1531 elle fut réassignée mort vers 1550, son fils AgustIn de Villanueva

déjà riche et influent. A sa

Dans le dernier tiers du XVIe siècle la

bénéficiaire fut la veuve de ce dernier,Catalina de Peralta, qui reversait une partie du tribut au fils que son mari avait eu d'un premier mariage.
(1) P. GERHARD. bridge A guide to the historical 1972. geography of New Spain, Cam-

University

Press,

- 33 -

L'encomienda territoire cuautla, d'environ l'emplacement Pahuatlan. certains

de Huauchinango

s'étendait

sur un Chiconet de de

quarante-cinq

kilomètres

sur trente, à

des actuels municipes

de Huauchinango,

Tlaola, Naupan, une partie de Zihuateutla Tous les villages dépendant étaient situés dans les montagnes

de l'enaomienda

Huauchinango

de la Sierra, du chefTeopixca dès 1571.

dans des climats tempérés dans les doc~ents ancien.

aux alentours

lieu, la plupart dans des climats plus tropicaux. est mentionné sur l'encomienda C'est donc un village

Dans la première moitié du XVIe siècle, les tributs furent perçus, commerciaux cire; à la fois en denrées commercialisables, en monnaie consistaient en biens de subsistance, extorqués sus et de vêtements, et en travail. Les produits surtout en pièces de tisen miel et en

en résine de liquidambar,

de plus un champ de coton était cultivé par. les InEtant donné la popude conau détricommerciales (I).

diens pour le compte de l'encomendero. traindre les Indiens à des productions vivrières.

lation, ce tribut était fort lourd et susceptible ment des cultures

A la fin du siècle, le tribut et en maïs

n'était plus perçu qu'en monnaie Les variations trouve mention

de la population

indienne au cours correspondant

du XVIe siècle sont délicates

à évaluer. Avant 1550, on probablement

de 1 143 vecinos,

aux hommes adultes (2). En 1571, on comptait 3 683 tributai(hommes mariés) (3). Un peu plus tard, on trouve mention de 2 900 tributaires seulement (4). Vers la fin du siècle leur nombre était tombé à 2 500 (5). Si l'on excepte le chiffre
(1)

Les

données

sur

l'encomienda

au

XVIe

siècle Relaci~n siglo cit.

sont de 1945 XVI,

tirées los et Mexico, 1965.

de

F.

PASO de ; P.

op. cit. ; L. GARCIA PIMENTEL Y TRONCOSO, y otros lugares en el Tlaxcala, Michoac~n GERHARD, (2) (3) (4) (5) F. F. L. Cité op. PASO PASO GARCIA par Y Y I cit. ; S. MEJIA op. op. op. CASTELAN, cit., cit. cit. op. cit., tome op. 1.

obispados 1904

TRONCOSO, TRONCOSO, PIMENTEL, S. MEJIA

CASTELAN,

1965.

- 34 -

le plus ancien, qui correspond à un nombre très inférieur de villages, la baisse de population est nette au long du XVIe siècle. C'est un trait commun à tout le Mexique. date de 1571. Teo~ixca riés, ce qui pourrait 250 habitants. tributaires, com~renait correspondre Le chiffre ma746 le plus ancien pour le village qui est étudié dans ce livre alors 55 tributaires à une population comportait de 200 à

A la même date, le chef-lieu

soit entre 2 500 et 3 000 habitants.

Ainsi la région était beaucoup moins peuplée qu'actuellement, jusqu'à six ou sept fois moins. La vie rurale, La il y a quatre cents ans, devait donc être bien différente. On peut imaginer des forêts et des friches très étendues. chasse, la pêche, la collecte et l'extraction des produits dans de la forêt tenaient probablement les ressources traditionnelles tomates), peut-être au Mexique une place importante piments,

locales. Outre les cultures de subsistance (mais, haricots, plantations courges, de liquidambars du tribut. Vers

il Y avait quelques apparues

à la suite des exigences

la fin du siècle, les Indiens vivaient sons couvertes longtemps. de chaume de mais" traits de ce paysage agraire semblent nent de l'importance du XXe siècle:

dans "d'humbles mais'être perpétués très

(1). En fait certains

Les Nahuas actuels des terres froides se souviendes forêts et des friches. L'habitat encore dans la ~remière moitié d'autrefois, disent les Nahuas, de pinè(zacatl) ou de fougères

couvert de chaume s'observait "Les maisons de foin étaient recouvertes des (ocopetlatl)".

Du point de vue administratif, son nom à une division ou Alcaldia

Huauchinango

donnait

Mayor, dont l'extension

ne se confondait pas avec celle de l'encomienda. Mayor était beaucoup plus'vaste. Elle s'étendait terres à la côte de Tuxpan. Elle englobait de Tamiahua,
(1) Cité par

, L'Alcald~a des, hautes la zone et qui fut
générale, sont

également

occupée'par

des Indiens Huaxtèques,
op. cit., sources 1965. D'une façon

S. MEJIA

CASTELAN, des

les traductions françaises faites par moi-même.

en espagnol

ou en nahuatl

+

.

TANTOYUCA

GOLFE DU

.

Chicontepec

o

20
kilomêtres

40

carte n° 5

LIMITES

DE LI "ALCALDIA

MAYOR DE HUAUCHINJI.NGO

- 36 -

soumise par les Espagnols

en 1523. Les gouvernements

de au

l'AZcaZdia Mayor résidèrent dans différentes cours de la période coloniale (1).

localités

Dans ce même XVIe siècle l'évangélisation diens fut entreprise. les Augustins, à Pahuatlan A Huauchinango,

des Indéci-

elle fut conduite par en 1543, un autre (2). Un incident de et les Métis de Huauorale. Le des

venus au Mexique en 1533. Ces religieux

dèrent de fonder un couvent à Huauchinango en 1552 et un troisième de l'archevêché gion dépendait chinango de Mexico

à Naupan en 1593. La ré-

cette évangélisation le tiennent Frère Juan Bautista,

est resté archivé,

souvent pour une tradition

premier prieur du couvent augustin du à l'évangélisation

bourg, se dédia lui-même directement

Indiens et apprit le nahuatl. Pour aller de Huauchinango au village de Zempoala, il faut franchir une montagne accidentée et très abrupte. cheval, compagnaient Un jour que le religieux s'y rendait à il tomba dans un profond ravin. Les Indiens qui l'acle crurent mort. Mais le Frère était contre l'évangélisation générale (3). J'ai eu la

toute attente sain et sauf. Cela passa pour un miracle et facilita grandement curiosité de chercher si cet incident était resté dans le dans les peut-

souvenir des Nahuas. Mais je n'en ai trouvé aucune trace en 1970. Peut-être villages un jour ou l'autre découvrira-t-on de ce miracle. a été tout récemment la "tradition" Il sera alors prudent introduite, de l'historien

de supposer qu'elle local.

être par un instituteur

ayant lu les ouvrages

Au XVIIe siècle, le système d'encomienda connu des difficultés mienda de Huauchinango
(1) P. GERHARD, (2) R. RICARD. d'Ethnologie, (3) Compilé op. cit. La conquête 1933. et relaté par S. MEJIA CASTELAN, op. cit., 1965.
spirituelle du Mexique, Paris,

qui avait l'enco-

dès le siècle précédent, fut réassignée

poursuivit

son déclin. Après le décès de Catalina

de Peralta,

dans les années 1640

Institut

- 37 -

au Comte de Moctezuma. signée à une personne

En 1668, une partie n'était plus asprivée (I). de l'Etat de tri-

Dans les débuts du siècle, la législation espagnol notamment précisa le statut des Indiens. L'extorsion d'une protection municipales Mayor, but s'accompagnait

légale qui garantissait de leurs terres et les séparées de celles des fonctionnaire nommé par lo-

aux Indiens la possession L'Alcalde

dotait d'organisations colons espagnols. calement

l'Etat à la tête de la division,

était chargé de veiller

au respect des lois sur les Indiens. A Huauchinango, l'Alcalde Mayor avait également il était Capitan de Guer-

d'autres

attributions

importantes:

ra de Huauchinango y las Costas de Barlovento. En tant que tel, il était chargé de lutter contre les contrebandiers qui introduisaient de Nautla (2). Ce détail est peut-être économique particulièrement à l'intérieur quisser était sévèrement une indication sur la place et tant des marchandises par les ports de Tuxpan et

de la région au XVIIe siècle. Sous la colonie, aux XVIe et XVIIe siècles, qu'avec contrôlé le commerce du Vice-Royaume

l'Espagne et l'Europe on voit s'escelle de la région:

par l'Etat. Pourtant,

assez tôt une fonction nouvelle les marchandises

de zone de transit entre les ports de la côte et Mexico. Certes, à l'époque, de contrebande. ralisation européennes sont surtout avec la libése dévelopMais dans les siècles suivants,

du commerce,

cette fonction de transit

pera.
Du point de vue démographique, tinué de décroître le niveau le plus bas atteint, la population a con-

au XVIIe siècle. Gerhard place vers 1635 les basses terres trooicales plus dépeuplées encore

de l'Alcadia Mayor étant nettement que les montagnes.

(1) P. GERHARD, (2) S. MEJIA

op. cit. op. cit., 1965.

CASTELAN,

- 38 -

Au XVIIIe siècle, l'organisation ministrative Mayor de Huauchinango partir de la création sécularisés
fut nommé en

tributaire

et adA

de la Colonie varia un peu. En 1708, l'AZcaZdla fut rattachée au duché de Atlixco. avaient été des Intendances, en 1786, elle dépen-

dit de celle de Puebla. En 1748, les couvents au Mexique,
1754.

et le premier curé de Huauchinango

Un index des recettes de la paroisse, cu aux incendies qui ont à plusieurs donne quelques reprises chives de l'église,

ayant survé-

ravagé les ar-

indices sur la vie au 245 familles d'In(gentes de raz6n),

XVIIIe siècle. En 1775, la ville comptait diens et 30 seulement de non-Indiens

d'après le curé. Les Indiens étaient seuls paysans, tandis que les Espagnols et Métis du chef-lieu se consacraient à d'autres activités.

"Les gentes de raz6n font peu d'agriculture. Ceux qui s'y adonnent ne payent pas les prémices au curé même si on leur demande instamment (...). Il en est de même pour les animaux qu'ils élèvent. Selon une coutume, les Indiens donnent (au curé) tout le charbon de bois et le bois correspondant aux besoins normaux d'une maison. Ils lui fournissent les courriers dont il peut avoir besoin pour Mexico, et on leur paye un peso à chacun. S'ils prêtent une mule et qu'ils vont avec elle jusqu'à Mexico, on leur donne deux pesos; et si c'est la mule, seulement un peso. Moi, je n'ai jamais demandé des courriers aux villages d'alentour, mais seulement aux Indiens du chef-lieu à qui on paye vingt réaux (deux pesos et demi, N.D.A.) pour le voyage à Mexico. Quand il m'est arrivé d'envoyer les Indiens des villages, je les ai payés vingt réaux comme ceux du chef-lieu. Cela me paraît en effet bien peu de donner seulement un peso à un pauvre Indien qui porte une charge, qui perd dix ou douze journées en aller et retour, et qui en est de sa poche pour se nourrir pendant les jours de marche. J'écris ceci afin qu'à l'avenir Messieurs les Curés fassent pour le mieux..." (1) Nous trouvons plus de précisions dans plusieurs

(1) S. MEJIA CASTELAN, op. ait., 1965. Sous la Colonie, la distinction entre Espagnols, Métis, Mulâtres, autres "castes" et Indiens avait encore un sens racial et juridique qu'elle a perdu par la suite.

- 39 -

sources,

respectivement

de 1793, 1794 et 1806 (1). Le chef-

lieu comportait, parmi les non-Indiens, des fonctionnaires espagnols, le curé et ses vicaires et un certain nombre de familles. vivaient D'autres non-Indiens habitaient hors du bourg, Ces gentes de raz6n des transports musurtout dans les basses essentiellement letiers, du commerce res fonciers. incluant terres côtières. de l'artisanat,

de bétail et du commerce du poisson pêils étaient propriétaique 7 haciendas

ché par les Indiens. Plus rarement, la partie côtière,

En effet, en 1793, la division de Huauchinango, ne comportait et 15 ranchos (fermes de non-Indiens) , à l'élevage proBien que

(grandes propriétés) probablement presque

situés surtout dans les basses terres. En 1806, étaient consacrées celle d'Ahuazotepeque,

toutes ces propriétés

des bovins. Une seule hacienda, duisait des céréales, nio la région fût productrice

ainsi que quatre des ranchos.

de sucre, il n'y avait aucun inge-

(usine à sucre) dans la région en 1794. Les Indiens vivaient quant à eux essentiellement dans la forêt. aux cultures de de

d'agriculture, subsistance

de chasse, pêche et collecte ils ajoutaient

Dans les terres tropicales, cette dernière vendus

celle de la canne à sucre. La transformation en pains de sucre brut (piloncillo) était Sucre et poissons

faite par les Indiens eux-mêmes.

étaient

sur le marché, mais j'ignore

suivant quelles modali-

tés.
Dans les échanges commerciaux, une des originalités de la région est l'achat d'instruments de production par

(1)

"Descripci';n Conde de

de la

la

Intendencia cité Estado Mexico, de de deI

de par de

Puebla A. Puebla

en

1806,

hecha

por de

el las

Indi-

tendente visiones

Cadena"

COMMONS

Geohistoria

territoriales Espana (1784-1817), "El en sobre de la la

(1519-1970),
1973

Mexico,

UNAM,

1971
Nueva H.

-;

E. FLORESCANO y 1. GIL. Descripciones econOmicas generales de
SEP-INAH,

; P. GERHARD,
los el en Alcaldes siglo America. 1975. XVIII",

op. cit.
Mayores in y

;

PIETSCHMANN

cornercio regi';n polltica

repartimiento espanola de

de en

corregidores Estudios de Historia

Puebla-Tlaxcala

indigenista Universidad

Seminario

America.

Valladolid,

les

40

forcés à prix fixé En 1793, les

Indiens à travers le commerce de repartimiento (1).
les fonctionnaires non seulement espagnols.

C'était une sorte de vente et d'achat qu'effectuaient Indiens achetèrent chettes,

des bêtes de somme et des (haches, houes, maleur achetait

bovins, mais aussi des outils agricoles

eoas), tandis que les fonctionnaires

.un peu de coton et de sel. Dans d'autres régions de l'Intendance de Puebla, ce type de commerce ne faisait acheter aux Indiens que du bétail et des biens de consommation. merce privé coexistait d'autres produits. De l'Indépendanee à la Révolution (1810-1910) commence le qui avec le repartimiento Le comet distribuait

En 1810, à l'appel du curé Hidalgo, soulèvement des créoles contre l'Espagne, allait aboutir à l'Indépendance tard (2). C'est également d'instabilité politique.

soulèvement

du Mexiaue dix ans plus aggravées marqua de phases aussi pour

le début de plus de soixante dix L'Indépendance

ans de guerres civiles et étrangères, les Indiens la fin de la protection ciaient. La région de Huauchinango histoire troublée. ques, je renvoie à l'ouvrage

légale dont ils bénéfin'a pas échappé à cette et pOliti-

Pour les épisodes militaires de Mejla Castelan.

Au début de la guerre de l'Indépendance, de Huauchinango avait crû, et sa composition

la ville

raciale s'était

(1)

dus

H. PIETSCHMANN, op. cit. D'.après au XVIIIe siècle par repartimiento
ce qui n'avait pas toujours

lui, les produits achetés correspondent à de réels
été le cas dans les deux

et venbesoins
siècles

locaux,

précédents.
(2)

Pour

le XIXe
1866

et le XXe siècle,
acerca upon

je me suis
de the los ethnography

appuyée
de of et

sur ALMARAZ,
Metlaltoyuca, Southern 1965 Mexico, ; R. de perplus qui

GARCIA Mexico,

CUBAS

Y HAY, Memoria ; F.STARR Notes 1900 ; S. MEJIA datos Estado documents de

terrenos

Davenport,

VAQUIER Breves Huauchinango, sonnelle. Les particulièrement très proches en prennent

CASTELAN, op. cit., 1945 y polltico-sociales histbricos de Puebla, pour sur au plus Puebla, période régions et contraire vastes les 1963, et sur cette permettent tempérées des plus

del distrito mon enquête de et centrer tropicales coloniaux

.

l'histoire Huauchinango, des zones compte

documents

diversifiées.