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Introduction aux sciences sociales

De
140 pages
L'objectif de cette introduction est triple : amener le lecteur à s'interroger sur le concept de science "molle", par rapport à celui de science "dure" ; tracer à grands traits une généalogie historique de l'évolution des sciences sociales au cours des derniers siècles ; enfin, réaliser un tableau analytique des principales sciences sociales contemporaines, accompagné des références bibliographiques les plus récentes.
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Introduction aux sciences sociales

L'édition de ce livre a été effectuée sous la responsabilité de Pierre CROCE, Chargé de mission sur la politique de publication Université Pierre Mendès France, Grenoble

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Université Sciences Pierre Mendès-France sociales humaines

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LE
PHOTOCOPILlAGE TUE LE LIVRE

Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L.122-5, 2e et 3e a, d'une part, que les «copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective» et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, «toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite» (art. L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du code de la propriété intellectuelle.
http://\vww.librairieharmattan.com
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<Q 1 re édition, Presses Universitaires de France, 1995, ISBN: 2 13 046628 1 in Méthodes des sciencessociales, avec Nicolas Macarez, « Technologie des sciences sociales », 2e partie.
@ 2e édition, L' Harmattan, 2006

ISBN: 2-296-02467-X EAN : 978-2-296-02467-0 9782296024670

Jean-Luc

CHABOT

Professeur

de science politique

INTRODUCTION AUX SCIENCES SOCIALES

Nouvelle édition 2006

L'Harmattan 5-7, rue de I'École-Polytechnique ~75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie

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Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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La Librairie des Humanités Collection dirigée par Thierry MENISSIER, docteur de l'EHSS, ivlaître de conférences de philosophie politique à l'Université Pierre Mendès France, Grenoble 2 et Pierre CROCE, Chargé de mission sur la politique de publication à l'UPMF. La Librairie desHU1Jlanitésst une collection co-éditée par les Éditions L'Harmattan e et par l'Université Pierre Mendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés. Membres du Conseil scientifique de la collection:

Thierry Ménissier: Sciencesde /'H01Jl1Jle Alain Spalanzani: Gestion - Fanny Coulomb: Économie- Jérôme Ferrand: Droit - Jacques Fontanel: « Câtécours»
Dans la même collection

J. Ferrand,
T. l

H. Petit (Dir.)

-

L'Ocjy.fJée des Droits

de l'bomme (2003). Fondations et naÙsances des Droits de l'homme T. II - AIÙes en œuvre des Droits de l'homme T. III - E,!jeux et per.rpedives des Droits de l'homme

Y. Polity, G. Henneron, R. Palermiti (Dir.) L'organÙation des connaÙsantes.Approd}es conceptuelles(2005). J.-L. Chabot, Ph. Didier, J. Ferrand (Eds) - Le Code civil et les Droits de l'bomme (2005).
C. 1Jartin Pologne, la longue marche (2005).

A. Blanc, A. Pessin (Dir.) - L:Al1 du te17"(/in. Alélanges qffel1sà Howard Becker, (2003). Ch. Amourous - Que faire de l'bôpital? (2004). Y. Chalas (Dir.) - L'imaginaire aménageur en mutation (2004). J.-L. Chabot, Ch. Tournu (Dir.) - L'béritage religieux et spirituel de l'identité europémne(2004).
Entre mémoire et oubli. Le destin croÙé des héros et des victimes (2004). A. Ferguène (Ed.) - Gouve171ance IOt"(/le t dévelope pement te17itorial (2004). E. Bogalska J\ilartin

L. Bensahel,

P. J\ilarehand (Eds) - Les régions de &Issie à l'épreuve des théO/ies et pratiques économiques (2005). J\iI. Lequan transcmdantale (Dir.) Métapl?)lsique et philosophie

selon Kant (2005).

C. 1/Iartin (Dir.) - Pologne 1989-2004 - La
longue marche. D'un .!)!stème cmtralÙé à l'intégration dans l'UE (2005). O.

C. Offredi (Dir.) La cfJ'namiquede l'évaluation face au développementdurable (2004). L. Dowbor - La mosaïque brisée ou l'économie au-delà des équations (2004).
D. Rigaux - Le Cb,7st du dimanche. I-fÙtoire d'une image médiévale (2005). P. Chai-x - Le rug!?)' rqjèssiO/lIlel m France (2004). p

Forlin - Les intellectuels franfaÙ et l'Italie 1945-1955. i\1édiation culturelles, engagemmts et représentations (2006).

G. Oree! - La rue «( choÙie (2006).
Th. j\fénissier pensée politique, que (2006). S. Plana (Dir.) - L'idée d'empire dans la hÙt01ique, jtl1idique et philosophi-

))

droitplivé (2006).

- Le prosé/ytÙme

religieux à l'épreuve dtl

1\1. Kauffmann

Gotlvemanœ Û'()llomiquemOlldiale et l'Onjlils a11Jlés(2006).

E. BlondelI. Vezeanu

Nietz.F:he, le corps, la mltllre (2006).
- L 'idmtité pe1:rol1l1elle à trave1:r le temps. d!ffitttltés ell philosophie de l'esp1it (2006).

G. Cauquil, R. Lafore politiqueJ sociales(2006).
H. Leroux

(Dirs.) - Evalller les
à la sociologie

De quelques

C. Courlet (Eds.) - Te17itoireet délJeloppement
él'Ol1omique au Alaroc (2006).

- De la phénoménologie de la cO/1Jlaissallte(2006).

Série « Côté Cours» C. Abattu, B. Lamotte
inégalités: qt/elle.r pratiques

(Dirs.) - Diversité et
de fo11Jlation ? (2006).

F. Carluer

-

POt/voir él'Ollomique et espace (2004). des entreprises

C Blatier (Dir.). - Prévenir la délinquante dès la petite e/~(ance2006). ( J.-L. Chabot, S. Gal, C. Tournu (Eds.) Figures de la médiation et lien social(2006).
S. Hernandez Le monde du conte. Conl1ibution à

N .A. Sadi - La privatisation publiqlles ell Algérie (2005).

J. Fontanel
GéoécollOtJlie

- La globalisatioll ell « allabse
et stratégie del adetlr.r. (2005).

)).

ulle sociologie de l'oralité. (2006).

A.A. T aïrou (2006) .

-

Allabse

et décisiolls fillancières

Du même auteur
Introduction a la poh'tique, Grenoble, PUG, (version remaniée et amplifiée de l'ouvrage Coll. « Politique en plus », 2003, publié en 1991 aux PUp). 272 p.

LI docflÙle socialede l'Eglise, Paris, PUF, « Que sais-je? », Paris, 1re éd. 1989, 2e éd. 1992
(épuisé), (Trad. en espagnol). Le J/ationalisllJe, Paris, PUF, italien, portugais et turc). « Que sais-je? », Paris, 4e éd. 1997 (Trad. en serbo-croate,

lvlétbodes des sciences sociales, (en collaboration fondamental », 1995, 363 p. (épuisé).

avec N. l\lacarez),

Paris,

PUF,

« Droit

J .- L. Chabot et H. Pallard (Dir.), Actes du colloque des 3 et 4 décembre 1997 (Centre des Droits de l'homme, Faculté de droit de Grenoble), Paris, L'Harmattan, 1999, 363 p.
Etat de droit, droits jondaJJlentaux et diversité culturelle, P. Arsac,

Les Droits de l'bO/llJlle t le suffrageuniversel(1848-1948-1998),J.-L. Chabot et G. Chianéa e (Dir.), Actes du colloque des 28, 29 et 30 avril 1998 (Centre des Droits de l'homme, Faculté de droit de Grenoble), Paris, L'Harmattan, 2000, 392 p. L'béritage religieux, spirituel de l'identité européenne,J.-L. Chabot et Ch. Tournu Paris, L'Harmattan, « La Librairie des Humanités », 2004, 158 p.
Aux O1igines intellecttlelles de l'union euroPéenne: l'idée d'Europe Grenoble, PUG, « Libre cours », 2005, 353 p. unie de 1919

(Dir.),
à 1939,

Code civil et Droits de l'bolllJJle, J.-L. Chabot, Ph. Didier et J. Ferrand L'Harmattan, « La Librairie des Humanités », 2005, 442 p. Figtlres de la lllédiation et lien socia/, J.-L. Chabot, S. Gal et Ch. Tournu L'Harmattan, « La Librairie des Humanités », 2006. Histoire de la pensée politique jil1 XI'1IIe -début XXJe siècle, Grenoble, PUG,

(Dir.),

Paris,

(Dir.),

Paris,

« Politique

en

plus », 1re éd. 2001, 2c éd. 2006, 320 p.

Sommaire

Introduction aux sciences sociales Introduction (à la nouvelle édition)
Chapitre THEORIES 1

7

DE LA CONNAISSANCE 15 Epistémologie, gnoséologie et critique de la connaissance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

Sectionl

SectionII - Les discours de la méthode: idéalisme et réalisme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Chapitre 2 DEVELOPPE~1ENT DES SCIENCES SOCIALES 79 Sectionl - Des sciences en général aux sciences sociales en particulier.. .. .. .. .. .. .. . . . .. .. .. .. .. . . .. .. .. .. .. .. . 79 SectionII - Aperçu des sciences sociales contemporaines. .. 100

Index des noms
Index thématique.

... .. ... ... .... ... 127
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 135

Table analytique

des matières

.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .. 137

INTRODUCTION AUX SCIENCES SOCIALES

A

BORDERLESSCIENCESSOCIALESau sens des sciences de la société présuppose d'éclaircir deux questions, l'une spécifique, l'autre générique. La première relève de l'anthropologie fondamentale: en quoi l'homme se distingue-t-il des autres animaux et, corrélativement, en quoi les sciences de l'homme en société se distinguent-elles des sciences portant sur les sociétés animales? La seconde fait l'objet d'une bonne partie de cet ouvrage: c'est l'éternel problème de la mesure de la capacité humaine à connaître ainsi que la part réciproque entre ce qui relève du connaissant et du connu. 1 SOCIETES ANIl\lALES ET SOCIETES HUJ\1AINES.- La célèbre et double qualification par Aristote de l'homme en tant qu'«animal rationnel» et en tant qu'« animal politique », nous met en présence, dans le rapport de l'homme avec les autres animaux, de ce qui unit comme de ce qui sépare: l'homme est le seul animal à posséder un langage conceptuel qui résulte du va-et-vient permanent entre le concret particulier perçu par ses sens et l'abstrait universel que produit son esprit, cette fameuse raison qui engendre les sciences et dont on ne trouve pas trace chez les animaux. L'homme est également le seul animal qui invente culturellement son ordre sociétal, à la fois complexe et varié, avec une direction politique, tandis que pour le reste des animaux c'est le retour du même, sans innovation. «Aussi l'homme est-il un animal civique, - écrit notre philosophe passionné de zoologie 1 -, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble. La nature, qui ne fait rien en vain, n'a départi qu'à lui seul le don de la parole, qu'il ne faut pas confondre avec les sons de la voix. Ceux-ci ne sont que l'expression de sensations agréables ou désagréables, dont les autres animaux sont, comme nous, susceptibles »2.
1 ARISTOTE était né au sein d'une famille où la profession de médecin était héréditaire, il a laissé à la postérité des études remarquables sur la biologie animale: entre autres, «Des pCl1ties des alliJJlaux», «De la génératioll des anÙ"aux », «Sur la marche des ClnÙJiatlx», «Sur le JJlOUVeJJlel1t es anÙliaux», «De l'histoire des allÙ"aux» (BREHIER Émile, Histoire de la philosophie, 1/ d Antiquité et Mqyen-Age, Paris, PUF,« Quadrige »,1938/1989, p. 153). 2 ARISTOTE, La politique, Paris, Denoël-Gonthier, 1980, p. 16.

8

Introduction

aux sciences

sociales

L'espèce humaine depuis l'aurore de la philosophie et des sciences est donc classée au sein du genre animal dans la catégorie des mammifères ; la définition qu'en délivre le dictionnaire Robert est la suivante: «Classe d'animaux vertébrés à température constante, respirant par des poumons, à système nerveux central développé, dont les femelles portent des mamelles... tétrapodes pour la plupart, quelques-uns sont pourtant bipèdes.» Nous partageons la même condition animale: respiration, nourriture et sommeil périodiques, reproduction, pathologies et mort. Avec certaines catégories d'animaux parmi les insectes et les vertébrés principalement, l'homme partage le fait de vivre en société3. Parmi les premiers, il faut retenir principalement les insectes sociaux du fait que c'est justement l'ordre sociétal de la colonie animale qui retient l'attention humaine: ils ne représentent que 2% du nombre total des espèces d'insectes connues, mais ils comptent pour plus de la moitié de la biomasse totale des
insectes sur la planète. « En Amazonie, écrit Pierre

Jaisson,

si l'on

capture

un insecte au hasard, il y sept chances sur dix qu'il soit social. Dans cette partie du monde, rien que la masse des fourmis vaut quatre fois celle de tous les vertébrés terrestres. »4 Si la vie sociale des abeilles a depuis l'aurore des civilisations humaines, retenu l' attention, c'est la fourmilière qui concentre l'intérêt contemporain des spécialistes des comportements sociaux des insectes. L'étude zoologique des fourmis ou myrmécologie, vise à rendre compte de l'ordonnancement extrêmement complexe et organisé des fourmilières; c'est ainsi qu'il a été possible de découvrir une division sociale des tâches entre des fourmis légionnaires, chasseuses

3 Le phénomène ancestral des analogies animalières en politique traduit symboliquement une certaine identité entre les sociétés humaines et les sociétés animales sur le double plan de la suprématie politique et de l'organisation sociale. Dans le premier cas, même si Nicolas ~fachiavel a immortalisé la dualité des figures du lion et du renard, le symbole vexillographique hyper récurrent est celui de l'aigle, animal aux fonctions polysémiques (hauteur de vue, majesté du vol, anticipation, animal du ciel s'élevant au-dessus des autres et signifiant la suprématie et donc, la souveraineté, prédateur à l'intervention foudroyante, capacité de vision, donc de pénétration et de discernement dans la fonction de renseignement interne et externe, etc.). 1;fais plus profondément que la symbolique du pouvoir suprême, c'est l'ordre des sociétés d'abeilles qui depuis l'antiquité a toujours fasciné les penseurs du politique. 4].\ISSON Pierre, La jàu17JJi t le sociobiologiste, e Paris, Éditions Odile Jacob. Il est président de l'Union Internationale pour l'Étude des Insectes Sociaux, professeur à l'Université Paris XIII 'lilletaneuse et directeur du Laboratoire d'éthologie expérimentale et comparée du CNRS.

Introduction

à la nouvelle

édition

9

camouflées, moissonneuses, récolteuses, défoliatrices, amazones, etc.5 Les éthologistes qui étudient le comportement des insectes sociaux (les termites aussi, comme les fourmis ou les abeilles), tentent de découvrir les lois de fonctionnement de ces colonies animales. Ces mêmes spécialistes discernent à côté des insectes proprement sociaux, d'autres qui sont à comportement social optionnel comme les criquets ou les pucerons: ces insectes capables de vivre isolément - ce que ne pourrait nullement faire une abeille ou une fourmi- peuvent avoir des comportements grégaires de vie en essaims6. Chez les vertébrés on assiste à des phénomènes de leadershipéphémère au sein de comportements de groupes qui s'expliquent toujours par la quête d'une survie de l'espèce: la nourriture, la reproduction et la protection collective; des travaux ont été effectués sur ces chefferies animales, quant aux rivalités sexuelles, concernant les poissons dans un aquarium, les coqs ou les choucas; en ce qui concerne les chefferies de nourriture ou de défense collective, il est possible de mentionner les études sur les hordes de loups, sur les troupeaux de bisons ou d'éléphants. Mais qu'elles concernent des vertébrés ou pas, les sociétés animales manifestent le retour du même: la structure de commandement est dans les deux cas déterminée par un ordre naturel pré établi, avec un peu plus de mobilité et de contingence chez les vertébrés; mais on retrouve partout les mêmes fonctions et les mêmes schémas. La problématique contemporaine de la sociobiologie emprunte à cette similitude implicitement instillée entre les sociétés humaines et les sociétés animales, surtout les sociétés d'insectes. Ce n'est pas par hasard si Edward Wilson 7, tenant actuel de cette discipline s'est spécialisé en
5

Voir entre autres les travaux de PASSERA Luc, L'organisationsocialedes (ou17JJis,

Toulouse, Éditions Privat, 1990 et de HOLLDOBLER Bert (Université de Würzbu~g, The Ants, Prix Pulitzer 1991) et WILSON Ed\vard O., V ~age chez les journlis. Une exploration scientifique, Trad. de l'américain par Olivier David, Paris, Seuil, 1997, 247 p. 6 Des transpositions du comportement animal en essaims ont été opérées dans la régulation des flux sociaux humains de masse comme les déplacements urbains: c'est ce qu'on appelle l'intelligence en essaims ou l'intelligence du collectif: voir BONABE~\U Éric et THERAUL.\Z Guy (coordonné par), Intelligence collective, Paris, Hermès, 1994, 290 p. 7 WILSON Edward O., Sociobiology: the New 5.Jmtbesis, Cambridge, Massachusetts, Belknap Press of Harvard University Press, 1975. La sociobiologie,Trad. française de l'édition abrégée, 1\1onaco, Éditions du Rocher, 1987 ; Naturaliste, Autobiographie, Trad. de l'américain par Corinne Chichereau, Barrillat, 2000 ; L'unicité dtl savoÙ: De la biologie à l'art, tllle nib/Ie connaissance, Trad. de l'américain par Constant Winter, Paris, Robert Laffont, 2000.

10

Introduction

aux sciences

sociales

myrmécologie8. L'étude des fondements biologiques de tous les comportements sociaux rencontrés dans les espèces animales et chez l'homme, en constitue la prémisse, ce qui induit a Priori une non différenciation entre sociétés animales et humaines ainsi qu'une non différenciation des méthodes pour les étudier, en considérant qu'elles sont façonnées les unes comme les autres par la sélection naturelle. Sans le dire explicitement, E. Wilson se situe dans le prolongement des scientismes du XIXe siècle, et à son insu peut-être, des eugénismes du )C'{e.Il prône la coopération entre les sciences naturelles et les sciences humaines, mais ses préférences vont vers les premières, car il apparaît bien plutôt comme un biologiste avant d'être sociologue. La primauté du génome humain laisse peu de place à l'individu et à sa liberté, et encore moins aux collectivités humaines. Même si Wilson insiste sur la co-évolution gène/culture dans l'histoire de l'humanité, c'est le déterminisme génétique qui a le dernier mot, et la soif de savoir conduit paradoxalement à un réductionnisme méthodologique de la réalité observée des sociétés humaines9. Certains courant contemporains du « fondamentalisme écologique» qui nient dans les faits la diversité entre l'homme et l'animal en défendant l'égale dignité de la nature et de l'homme 10,tout en combattant certaines thèses de la sociobiologie, participent à cette non reconnaissance de la singularité humaine et s'inscrivent dans cette vision déterministe. À l'opposé, pour d'autres que l'on pourrait qualifier d'adeptes du «tout culturel» par opposition au «tout naturel », les valeurs économiques, sociales, culturelles et même morales ne se constituent que dans la promotion sans limites du pouvoir de l'homme ou de sa liberté: la nature ne désignerait alors que tout ce qui, en l'homme et dans le monde, se trouve hors du champ de la liberté. Cette nature comprendrait en premier lieu le corps humain, sa constitution et ses dynamismes: à ce donné physique

8 \Toir HOLLDOBLER Bert (Université de Würzburg,

The Ants, Prix Pulitzer 1991) et

WILSON Edward O., V'D'age chez lesjollrl1Jis. Ulle exploration scielltifiqlle, op. cit. 9 SALI-IINS ~iarshall, The lise and abuse of biology. An anthropological clitique of socio-biologJl, Ann Arbor, The University of NIichigan Press, 1975, Trad. Française « Clitique de la sociobiologie », Paris, Gallimard, 1980. 10 DEJ-A~OLChantal, Éloge de la singularité, Essai sur la IJJodenlitétardive, Paris, La Table Ronde, 2000, p. 30 : « Si par ailleurs, comme le voudraient certains courants écologistes, la nature entière peut revendiquer la même dignité que l'homme, la dignité elle-même se trouve biffée. Cette dilution équivaut à une dissolution: si tout est digne, rien ne l'est, car la dignité répond à une distinction. »

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à la nouvelle

édition

11

s'opposerait ce qui est «construit», c'est-à-dire, la «culture », en tant qu' œuvre et produit de la liberté. La nature humaine, ainsi comprise, pourrait être réduite à n'être qu'un matériau biologique ou social toujours disponible. Cela signifie, en dernier ressort, que la liberté se définirait par elle-même et serait créatrice d'elle-même et de ses valeurs. C'est ainsi qu'à la limite l'homme n'aurait même pas de nature et qu'il serait à luimême son propre projet d'existence. L'homme ne serait rien d'autre que sa liberté! »11 Ce « constructivisme» prométhéen se situe dans le prolongement de la rupture opérée par la modernité et dont Thomas Hobbes apparaît de plus en plus comme l'un des fondateurs historiques. Dans l'introduction à son célèbre ouvrage Le Uviathan de 1651, il se livre à une analyse pseudo chrétienne de la théologie de la création pour légitimer intellectuellement l'idée que la société est une pure invention artefactuelle de la volonté humaine: « La nature (l'art par lequel Dieu a fait le monde et le gouverne) est si bien imitée par l'art de l'homme, en ceci comme en de nombreuses autres choses, que cet art peut fabriquer un animal artificiel. (...) L'art va encore plus loin, imitant cet ouvrage raisonnable et le plus excellent de la Nature, l'hontnte. Car par l'art est créé ce grand Léviathan appelé République (Contnton-wealth), u État (en latin, Civitas),qui o n'est rien d'autre qu'un homme artificiel, quoique d'une stature et d'une force supérieures à celles de l'homme naturel, pour la protection et la défense duquel il a été destiné, et en lequel la souverainetéest une âme artificielle, en tant qu'elle donne vie et mouvement au corps entier... (.. .) les pactes et les conventions ar lesquels les parties de ce corps politique ont p en premier lieu été faites, réunies et unifiées, ressemblent à ce Fiat ou au Faisons l'hommeprononcé par Dieu lors de la création. »12Il s'en suit dans une telle perspective qu'une rupture dualiste apparaît entre la nature, œuvre de la divinité et la société œuvre volontariste de l'humanité, comme si cette dernière échappait complètement à l'ordre de la nature pour ne relever que de l'ordre d'une liberté créatrice supposée absolue de l'individu, à l'instar du pouvoir créateur de Dieu.

Il son

Il s'agit là d'une description synthétique et pertinente réalisée par Jean-Paul II dans
encyclique « Splendeur Thomas, et civile, 1651, de la vérité », 1993, Léviathan. Introduction. Traité

~ 46.
et du pouvoir de la réPublique

12 HOBBES ecclésiastique

de la J1Jatière, de lajorlJle

12

Introduction

aux sciences

sociales

Cité de l'homme13 par opposition à l'ordre naturel, la société est conçue alors telle une somme d'individus «jetés comme des atomes sur une plaine immense et nivelée »14. Construction purement humaine, sa structure relève davantage de la mécanique malgré une rhétorique de l'analogie biologique humaine (<< l'homme artificiel ») ; elle tend à se confondre avec sa structure de gouvernement politique, à l'image de la couverture de la première édition du « Léviathan» où le personnage central est un roi couronné détenteur de tous les pouvoirs - aussi bien civils et militaires

qu'ecclésiastiques - et dont le corps est constitué d'une multitude d'individus humains; cette réduction du phénomène sociétal à l'instance politique va s'accompagner avec la Révolution française d'une réduction cumulative du pouvoir politique à l'instrument nouveau du droit public. Cette vision atrophiée de la société humaine se retrouve au même moment dans l'imaginaire de la société de marché selon Adam Smith et Jérémie Bentham où la spécificité anthropologique au sein du monde animal se réduit à des stratégies individualistes de la raison humaine en vue de la jouissance de l'avoir: l'auteur de La richesse desnationsconstate « un certain penchant naturel, commun à tous les hommes... qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d'une chose pour une autre (...), et on ne l'aperçoit dans aucune autre espèce d'animaux, pour lesquels ce genre de contrat est aussi inconnu que tous les autres. »15 Les conséquences contemporaines de ces visions apparemment opposées de la société humaine (exaltation du déterminisme naturel jusqu'à la négation de la liberté culturelle et son exacte antinomie) transparaissent dans le constat récurrent de déficit de lien social. Pourtant la raison expérimentale commune montre à l'envi que l'individu humain ne peut se développer sans des ensembles comme la famille, les communautés de vie et de travail relevant de l'économique et du politique, etc. La raison scientifique qui s'exprime par la sociologie ou l'ethnologie manifeste bien que la société humaine est un ensemble complexe à l'égard duquel les volontés humaines de changement n'ont d'effet que dans la
13 l\L\NENT Pierre, La Cité de l'hOJnlt/e, Paris, Fayard, 1994. \' oir aussi TERREL Jean, Les théories du pacte socia/, Paris, Seuil, 2001 et CLERO Jean-Pierre, ~,lENISSIER Thierry, L'Idée de contrat social. Gellèse et clise d'tI111J/odèle hilosophique, Paris, Ellipses, 2004. p 14 Pour reprendre les propos de Benjamin Constant dans Plillcipes de politique, 1815, INaLF, p. 103. 15 Si\fITH Adam, Recherche stir la nature et les causes de la ,ichesse des nations, 1776, Trad. Française 1949. Paris, Garnier-Flamarion, 1999.

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à la nouvelle

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longue durée et dans les limites de structures humaines fondamentales et incompressibles; elle ne peut souscrire à une représentation de la société réduite à son instance politique transformant l'humanité par la révolution et par le droit: on ne change pas une société par décret ni par violence. 2 ÉPISTE!\10LOGIESLATENTESET lVIANIFESTES. L'hypertrophie du sujet humain agissant qui caractérise l'évolution de la modernité depuis le XVle-XV]]esiècle jusqu'à sa représentation dominante aujourd'hui, s'est accompagnée d'une hypertrophie du sujet humain connaissant. À partir de Descartes et de l'école philosophique idéaliste, le processus de la connaissance humaine qui présuppose un rapport entre un objet connu et un sujet connaissant, c'est centré presque exclusivement sur ce dernier; simultanément, la faculté d'abstraction de l'esprit humain qui est le propre de la raison lui permettant le va-et-vient entre le particulier et l'universel, s'est focalisée sur l'outil mathématique; il s'en est suivi à terme une partition entre deux discours de la raison, - philosophie et science -, et l'hégémonie progressive de la physique/mathématique comme modèle exemplaire de tout discours de la science. Les sciences sociales, incluses jusqu'alors dans la matrice historique du discours philosophique, en connaissant leur éclosion singulière et leur autonomie croissante à partir du X\TIIIesiècle, après des débuts tout à la fois rationnels et mythologiques16, ont été marquées méthodologiquement, sous l'influence du positivisme, par une longue période de mimétisme à l'égard de la science physique moderne. L'efficience de cette dernière dans son domaine et dans ses applications technologiques a accentué cette tendance monopolistique de l'approche de la science sans prendre en compte la singularité des objets de l'étude: d'où l'apparition d'expressions étonnantes comme « matérialisme méthodologique» ou encore « neutralité axiologique ». Ces concepts sont tributaires d'approches épistémologiques sousjacentes et contestables. Ce n'est pas parce que le déterminisme de lois naturelles peut se vérifier dans les sciences de la matière qu'il faut aligner les sciences humaines et sociales sur une méthode totalement identique: l'erreur consiste à présupposer que l'objet est le même et l'on obtiendra dans le résultat le matérialisme qu'on aura subrepticement introduit dans
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Il vient d'être fait allusion à ces mythes fondateurs des sciences sociales modernes

nécessitant avec le recul du temps une analyse faisant le tri entre ce qui relève proprement dit de la science et de la fable: état de nature, contrat social, société réduite à un atomisme arithmétique individualiste, paradigme de la main invisible, révolution, etc.

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Introduction

aux sciences

sociales

la position initiale du problème. De même, c'est en raison de l'adoption implicite de l'épistémologie kantienne, que d'aucuns parlent de « neutralité axiologique », comme si nul ne contestait que les valeurs sont un produit du sujet connaissant projeté sur une réalité extérieure difficilement connais sable en soi. Il y a incontestablement à s'interroger sur la valeur intrinsèque de l'objet de la connaissance, sur le soupçon a Priori jeté sur les sens comme source de connaissance, sur un certain simplisme qui tend à faire de la clarté de l'explication issue de l'esprit humain le critère du savoir sur la réalité extérieure au sujet pensant. Et si la réalité était plus riche et plus complexe que l'abstraction mathématique érigée implicitement en référence unique et suprême du savoir rationnel, sans pour autant céder au basculement dans l'appel à l'irrationnel? Ces réflexions sur les épistémologies manifestes ou latentes présidant au discours scientifique appellent à des développements préalables sur les théories de la connaissance faisant l'objet d'une première partie de cette introduction aux sciences sociales. Cette élucidation permettra de mieux mesurer l'évolution historique de ces sciences et d'appréhender leur complémentarité et leur emboîtement réciproque de manière contemporaine.

Jean-Luc CHABOT Professeur de science politique Université des sciences sociales (pierre Mendès France, Grenoble 2)