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L'incroyable métamorphose de la Chine

318 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 101
EAN13 : 9782296332249
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L'incroyable

métamorphose

de la Chine

@ Éditions L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-4971-9

Aldo Salvador

et Emile Louapre

L'incroyable métamorphose de la Chine
Préface de Guy Sorman
,

t
t

r
,
I

La Chine La Chine La Chine Ce qu'if faut

d'hier fascine ... d'aujourd'hui étonne ... de demain effraie ... savoir pour comprendre

L'Harmattan 5-7,rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Ouvrages

déjà publiés:

E. Lauapre :
E I cambio en Francia ( en langue Vergara Barcelona 1983) A Bâtons Rompus Fits and Starts, (en langue anglaise) L'Espagne d'Aujourd'hui (Londreys Paris 1986) Le Management et la Contestation (TOP Editions Triunfar en una multinacional - Carta abierta (en langue espagnole, Piramide, Grupo ANA YA

Ca6s 0 Paraiso,

espagnole,

Argos

1993) a los ejecutivos 1994)

Aldo Salvador: IIStratégies des groupes
en voie d'industrialisation industriels rapide" européens au regard des pays

4

SOMMAIRE
Préface... .. ......... ........... ... .. ...
13

A v erti s s em en t In tro du cti 0n
CHAPITRE 1

17 1.8

Les soubresauts

d'une histoire

agitée
23 29 29 30 30 31 32

I Les grandes époques de l'Empire ............................
II - Le décli n ... ... . .... . .. . .. .. . ... .. .. ... .. ... ... .. . .. . .. .. . .. .. .

-

- La

guerre de l' opium ................................................. - la révolte des Tai-Ping ............................................. - la gu.erre des Boxers. ... ................ III - La République de Chil1e ......................................

IV - La République Populaire .....................................
CHAPITRE 2

La réform.e et le nouveau concept:
"l'économie socialiste de marché"
I

- Les hommes
LiPeng

qu'il faut connaître:

............................

38 38 42 42 44 44 45

1- DengXiaoping.....
2

... ... ...

...... ......
.........

... .. ... ... .... .... .... .. .. .. .. .. .. .... ... . .... .. .... .. .. .. .... ..

3-Jiang Zemin

4- LiuHuaqing

.......

5 - Qiao Shi ..............................................................
6.. Zhu Rong Ji ...........................................................

5

II La Réforme 1- L'état des lieux avant la réforme 2 L'esprit et le contenu de la réforme 46 49 52 57 60 64

-

-

4 -Le voyage de Deng dans le Sud du pays (Fév.1992)
3 La mise en oeuvre des réformes
5 La nouvelle attitude des Chinois ...............................

6 - L'approche pragmatique ...........................................

CHAPITRE 3

La géographie transformée par la réforme
I - La Chine immuable ..................................................
1 - Les territoires de l'ouest......................................... 2 - La Chine orientale ................................................ 3 - La Chine du Sud ....................................................

71 74 75 78 79 84 84 87 87 90 94 95 98

II - La Chine transformée par les réformes ................... A - La nouvelle Chine Côtière ..................................... Le développement
Il

inégal"

.....

*

Les Zones Economiques Spéciales: ..........................

1- Shenzen ................................................................ 2 - Xiamen ............................

3 - Shantou............................................................... 4 Hainan .............. 5 - Zh uhai .................................................................

-

6

*

Les Zones

de Dé'DeloppemetJt

Econol1lique

et Technologiqlle: ...

......

98 99 101 108 110 111

1 - Guangzhou ........... 2 - Shanghai ... ..................... ........ 3 - Tianjin ...... ... ... ... ..... 4 - Dalian ... ........... 5 - Les autres :Qindao, Qinhuandao, Ningbo, Suzhou, Wenzhou ............................................... B - La Chine du centre et le bassin des grands fleuves 1- Le
bassin du Yangzi ..................................

115
116 120 122 124 126 131 133

a - La province de Anhui ..................................... b -Le H'ubei et Wuhan ........................................ c - Le Hunan et le Jiangxi ..................................... d - Le Sichua'n .....................................................
2...

Le bassin du Fleuve Jaune ..........................

C... La Chine de l'Ouest: terres de colonisation

CHAPITRE 4

Le boom. économ.ique.
...

..................

137 141

Le côté jardin ...................................................

Quels sont les atouts des Chinois?
1 .. Une culture vivante de 3000 ans d'existence et hermétique aux étrangers............................... 2 ... Une étonnante ténacité au travail, ................ 3 - Une imagination et une débrouillardise hors du commun. ........................................ 4 .. Une éthique sociale asiatique confucéenne....... 5 ...Un talent mercantile exceptionneL.................. 6 ...Une formidable cohésion qui manque à tant d'autres peuples plus petits ........................... 7 -L'absence de passions religieuses ................... 8 ...Un environnement asiatique qui est et restera très favorable ................................ 7 142 143 145 148 151 153 154 155

II

- Le

côté

cour

. . . ... . . .. . . .. . .. . . ...... . ..... .. .. ... .. .. .. .

156 157 159 162 165 166 169 171 173 174 178 180 183

1-Le déséquilibre territorial et la surpopulation............ 2 - Le manque d'infrastructures ....................................... 3 - La sUIchauffe, l'inflation, et la bulle financière.. .......
4 - La solidité du .yuan.................................................. 5 - Le Gatt et la nouvelle OMC........................................ 6 - Les contrefaçons ..........
7 Les di ss i d en t s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

8 - Les paysans............................................................... 9 - La corruption............................................................. 10 -Les injustices sociales............................................... Il - Une tendance certaine à l'hégémonie........................ 12 - Le danger de la désillusion.......................................

CHAPITRE 5

La Chine, c0111pliquée ? ..................................
1 - La langue................................................................
1 - Les tons ....................................................................
2 - Le Piny in . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . . . . . .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

185 186 188 190 191 198 198 198 199 199 202 203

3 - Les idéogra.mmes

... ...

... ...

........

2 Les coutumes...........................................................

-

1 - Les stratagèmes... ... ... ..... 2 - Le flou..................................................................... 3 - Les complexes.......................................................... 4 - La "face".. ...... 5 - Le J/Keqi" ( prononcer Ké Tchi).................................
6 - Le ca I en dri er . . . . . . .. . .. .. . . . . . . . . . . . . .. . . .. . . . .. . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . .

CHAPITRE 6

C0111111ent réussir vos négociations
en Chine. . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

207

I

- Le cadre juridique
insuffisant.. ..

vous apparaîtra vite

..
8

...

.

208

208 II Le"guanxi" ou l'importance du réseau de relations en Chine...........

-

211

III - Stratégies et tactiques habituelles des Chinois...........................
1 - Ils vont s'efforcer de bien connaître votre société et votre équipe de négociateurs pour exploiter vos

214

contra di ctions..

......

.......

214 216 217 217 218 219 220 221 222 223 225

2 - Ils vont d'abord établir les grands principes et repousser sans arrêt la discussion des détails.......... 3 - Ils vont utiliser le facteur temps à leur avantage.... 4 - Ils vont négocier fermement pour vous arracher le maximum de concessions.................................... 5 - Ils finiront par signer un contrat, mais... pour le renégocier à la première occasion.......................... IV - Stratégies et tactiques à leur opposer ................. 1 - D'abord choisir un négociateur qualifié................. 2 - Exposer votre stratégie à long terme en utilisant les armes des Chinois........................................... 3 - Prendre le temps d'expliquer et encore d'expliquer.. 4 - S'appuyer sur une cellule locale permanente......... 5 - Tisser des liens avec le ministère de tutelle et la municipalité.. ....................

V - Limiter les maladresses: les bases du Ilsavoir-vivre" ..................
1 - Le cérémonial de la première rencontre................. 2 - Les banquets chinois............................................. 3- Comment faire belle figure dans un repas chinois: Connaître les bases de la cuisine chinoise............ Manger de tout un peu ......... .Porterdes toasts, mais sans excès........................ Quitter la table le premier................................. Retourner l' invi tationen connaisseu r..................

226 227 228 229 229 229 230 231 231

9

CHAPITRE

7

La Chine, enjeu incontournable.
I La dernière grande conquête

..........

233 233 234 236 237 238 245

-

~..........................

A - Des objectifs ambitieux........................................ B -Des souhaits mieux précisés ................................ C - La Chine devient un acteur dominant du commerce mondial.. ........ D - Le marché des biens de consommation explose et s'ouvre aux étrangers ............................. E - Les investissements étrangers bénéficient d'avantages, mais plus pour longtemps..................

II - Les positions commerciales et industrielles de la France ne correspondent pas à ses ambitions
* *
*

246
247 250 251

Les importations

chinoises en France....................... directs.....................................

Les exportations françaises vers la Chine................
Les investissements

,

III - la Chine:
cible prioritaire pour les grandes sociétés ................. 251 251 252 255 A - Etre "asiatique" en Asie B - Les investissements étrangers en Chine sont offensifs C - Pour réussir les grandes sociétés doivent utiliser leurs atouts maîtres D - S'installer en Chine reste cependant un sérieux défi..
*

256
257 258

1er défi: Investir en même temps dans plusieurs sociétés chinoises avec des partenaires différents... * 2ème défi :Faire fonctionner un certain nombre de

sociétés, dispersées sur le territoire....................... * 3ème défi: gérer des "joint-ventures", même en étant majoritaire, pose de sérieux problèmes aux groupes occidentaux... ...

261

IV- LaChine: une opportunité pour les P.M.E
1 - Le~ caractéristiques des PME s'adaptent bien aux contraintes des "Pays en Voie d'Industrialisation 10

262

Ra pi de" ... .............. ........ .................. 2 - Les PME françaises sont aujourd'hui peu présentes en Chine ..................................... 3 -Les PME françaises ont intérêt à se regrouper.....

263 263 266

Sur qui peut-on compter? * D'abord sur soi-même ........................................ * Sur le mini-centre d'affaires de la Chambre de
Commerce Française en Chine ...........................

266 267 267 267

le portage des grands groupes ....................... * Sur les sociétés de commerce françaises qui sont
très actives en Chine..........................................

* Sur

v - Implantation
1 - Le bureau 2 - La société 3 - La société 4 - La société 5 - La société 6 - La société

des sociétés étrangères: Formes possibles. ................ de représentation ............................ à capitaux mixtes ........................... à capitaux exclusivement étrangers.. contractuelle .................................. par actions ..................................... d'investissement ..............................

268 269 269 270 270 271 272

Chapitre

8

L'autre Chine:
III Tai w an

La diaspora ............

Hong Kong ...............................................
. . . . . . .. .. . . . . .. . .. . . . .. . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

III - Singapour ....................................................
IV - Le Vietnam .... V - Les pays de l'ASEAN .................................. 1 - L'Indonésie ............................................. 2 - La Malaisie ............................................ 3 - La Thailande . ... 4 - Les Philippines.....................................

275 280 284 290 292 294 294 296 296 297 299 307

CONCLUSION Biblographie ...

.......... .............

11

Préface
Une excursion dans la Chine réelle, par Sorman Guy

n existe bien des aspects de la Chine. Ce livre est consacré à l'un d'eux, la Chine réelle, qui est le moins connu des Français. Nous sommes en effet familiers, depuis notre enfance, voire depuis des siècles, d'une autre Chine imaginaire. Celle-ci fut inventée par les Jésuites, et n1ise à la mode par Voltaire, entre le seizième et le dix-huitième siècle. Nos missionnaires et nos philosophes éprouvaient le besoin de trouver ailleurs, dans une utopie invérifiable, une nation si parfaite qu'elle pouvait incarner nos espérances et, par contraste, dénoncer les défauts du Royaume de France. Les Jésuites, dans leurs narrations de voyage, nous racontèrent donc cette grande civilisation qui avait, prétendaient-ils, une morale sans Dieu, et n'attendait que de recevoir l'ultime révélation. Voltaire, qui n'aimait pas les Jésuites, manipula cependant leurs récits pour montrer qu'une société n'avait pas besoin de religion pour vivre dans le respect des lois, de la beauté et de l'idéal. Cette même grande illusion fit rêver nos conteurs d'une muraille si altière qu'elle pouvait être vue de la lune et protégeait la civilisation de la barbarie. Le mythe de la muraille de Chine naquit en même temps que celui de la Chine parfaite. L'un et l'autre devaient se révéler, par la suite, fort exagérés. Bien que nous connaissions mieux la Chine depuis 1979, date historique de sa réouverture au monde extérieur, nous persistons à ne pas la voir COnul1e elle est. Avant 1979, je m'en souviens, parvenir en Chine était toute une équipée. n fallait obtenir, après des mois de laborieuses négociations, le précieux visa qui vous donnait le droit de vous déplacer en groupe. Comment ne pas avoir, alors, comme les Jésuites en leur temps, l'impression d'appartenir à une minorité élue et ne pas nous extasier devant les grandes réalisations qui étaient à l'époque, celles de Mao Zedong. Les Français ne voulaient pas savoir, et hésitent encore à reconnaître 13

que cette période maoïste fut une des plus cruelles de l'histoire. Des millions de Chinois furent les victimes de la démesure idéologique, de folies économiques et de la bêtise de leurs dirigeants. Mên1e si ces temps sont révolus, ils ne sont pas complètement éteints. Notre cerveau reste embrumé d'images: Les Jésuites, la Muraille, Voltaire, la Révolution Culturelle, Tintin et les sept boules de cristal... brouillent notre regard. Je connais des Français qui, aujourd'hui encore, même chefs d'entreprise, ne voient en Chine que ce qu'ils veulent y voir. TIs regardent cette grande civilisation à travers des lunettes roses ou bleues et confondent ce qu'on leur dit avec la réalité, la réalité avec leur fantaisie. Cette difficulté à entrer dans une Chine réelle et notre préférence pour une Crune imaginaire expliquent peut-être les tracas de nos entrepreneurs. Nous avons pris du retard par contraste avec nos concurrents américains, japonais ou européens. Sans doute ceux-ci ont-ils une approche plus concrète et plus réaliste du marché chinois. TIs n'en attendent pas merveille, et ne s'en laissent pas compter: ils prennent la Chine pour ce qu'elle est. C'est l' effort ~uquel, Aldo Salvador et Emile Louapre, les auteurs de ce livre nous invitent. Quelle perception, au delà du mode d'emploi qui nous est ici offert, peut-on avoir de la Chine actuelle et de son avenir éconon1ique ? Pour ma part, je me situerais entre deux futurs extrêmes. A certains la Chine apparaît comme un nouvel Eldorado, à cause de sa dimension, de sa population et de son taux de croissance. On a même imaginé une économie chinoise dépassant l'économie américaine. Ces prophéties me paraissent excessives. Les Chinois restent un peuple miséreux, balbutiant à la sortie du sous-développement. Le clinquant des grandes villes côtières ne doit faire illusion: dès qu'on s'aventure dans une Chine plus profonde, on retrouve les images éternelles qui satisfont les amateurs de folklore, mais qui coïncident avec tous les critères de l'extrême pauvreté. Les taux de croissance apparaissent fabuleux: le sont-ils vraiment? Les économistes ne sont pas d'accord sur leur évaluation. TIs sont certes élevés, 14

mais comment ne le seraient-ils pas dans une nation qui part de zéro et où, avant 1979, il était tout simplement interdit de s'enrichir par le travaiL La grande leçon de la réfonne de Deng Xiaoping est qu'en laissant les Chinois libres de travailler et d'entreprendre, on élève rapidement le niveau de vie de tout le pays. Mais le gigantesque effort suffira-t-il à faire de la Chine une nation prospère? On peut être sceptique, car la tâche est énonne. n faudra des années, voire des siècles pour que la masse des Chinois, même avec les taux de croissance actuels, rejoigne le niveau de vie des puissances économiques moyennes. La Chine future sera probablement composée d'îlots de prospérité dans un océan de pénurie. Ces îlots, qui s'agrandiront, reliés entre eux constitueront un marché nouveau de deux à trois cents millions d'habitants. Ceci justifie que les entrepreneurs français s'y intéressent. Mais comment ces îlots pourront-ils coexister avec la grande masse maintenue dans la pénurie? On peut prévoir des troubles sociaux voire politiques et que la vieille passion chinoise contre l'injustice, qui remonte à Confucius, ne se manifeste de façon abrupte dans les années qui viennent. Pourtant, tout ceci ne me conduit pas à rejoindre l'école des pessimistes qui prévoit l'éclatement du pays entre provinces riches et provinces pauvres, le retour à la révolution sociale et aux luttes féodales d'antan. Les Chinois, comme les Espagnols, me semblent vaccinés contre la guerre civile et les souffrances de la période maoïste sont trop récentes et trop vives pour prendre le risque de recommencer. Mais la croissance rapide actuelle reposant sur un apport massif de capitaux étrangers, sur l'exploitation d'une main d'oeuvre bon marché, et sur un volume d'exportation considérable va bientôt se heurter aux exigences à long tenne du développement économique. Les besoins d'investissement dans les infrastructures, dans la formation et dans la santé, actuellement sacrifiés au bénéfice de la croissance immédiate, vont devenir énormes et leur retard va freiner le développement. D'autre part, on ne peut s'empêcher de s'inquiéter devant le désir de Chinois de s'approprier les techniques occidentales et leur 15

mauvaise volonté pour respecter la propriété intellectuelle. La Chine ne voudrait respecter nos règles que dans la mesure où celles-ci conforteraient sa puissance. Mais les élites chinoises de demain se forment, semble-t-il, dans le monde anglo-saxon et se familiarisent avec nos normes... On verra bien! nest probable que dans les années qui viennent, la Chine continuera, con11l1edisait Mao, "à marcher sur deux jambes" quitte à faire le grand écart: grand écart entre la volonté d'indépendance nationale et le désir de globalisation, entre le maintien d'une idéologie communiste et le développement d:une économie capitaliste, entre la prospérité des entrepreneurs privés et l'archaïsme coûteux des entreprises publiques, entre les zones se développement rapide et les zones de stagnation, entre le désir de puissance économique et la volonté de puissance militaire, voire impérialiste. De cette analyse, je ne tire aucune prophétie. Je présun1e seulement qu'il faut se rendre en Chine, comme entrepreneur ou comme simple voyageur, qu'il vaut mieux être dedans que dehors, mais qu'il

convient d'y aller avec les yeux ouverts, dans la
Chine réelle et non pas dans la Chine des rêves. La Chine réelle a certes beaucoup perdu, ces dernières années, en pittoresque, mais elle a tellement gagné en ouverture. Les étrangers en Chine étaient naguère confinés au dialogue avec des vieilles pierres. TIs peuvent aujourd'hui discuter avec des Chinois, ce qui est, de toutes façons, enrichissant. Guy Sorman

.

16

Avertissem.ent

Le but de ce livre n'est pas de faire du lecteur 1.ll1 sinologue distingué ni de rivaliser avec d'autres publications plus profondes et plus érudites. Nous nous proposons simplement de mettre à la disposition des cadres supérieurs du monde de l'industrie, du commerce et de la finance, ainsi que de tous ceux qui réfléchissent, une étude sommaire, vivante, pratique, et facile à lire, du nouveau visage de la Chine. Contrairement aux auteurs plus spécialisés, nous allons évoquer tous les aspects du pays. Nous avons pensé qu'il était en effet indispensable de retracer d'abord les soubresauts de l'histoire agitée des Chinois qui ont toujours été opprimés, et de montrer comment les réformes récentes sont en train de modifier profondément la géographie économique de l'ensemble des régions. Puis nous analyserons les perspectives d'avenir en montrant le côté JJjardin" , mais sans dissimuler le côté "cour" . Nous donnerons ensuite quelques conseils pour être efficace dans les rapports avec un pays aussi compliqué, et nous terminerons par une étude de "l'environnement asiatique" de la Chine et de la puissance impressionnante de la diaspora chinoise avec laquelle tout le monde devra compter dans le futur. Nous espérons ainsi éveiller l'intérêt des lecteurs pour cette partie du monde, et leur permettre de mieux évaluer les bouleversements qui se produisent dans l'immense Chine. n leur sera alors facile d'en imaginer les conséquences pour l'Europe, pour la France et pour euxmêmes.

17

INTRODUCTION

#

a ainsi des pays que l'on accepte, que l'on adopte d'un seul coup, que l'on épouse comme une femme... Cette Chine, à l'état de friture perpétuelle, grouillante, désordonnée, anarchique, énergique et obstinée... Depuis Marco Polo, la Chine effraie, sédui t et fascine..."

Commej'ai aimé la Chine!Il y

Paul Claudel ( qui fut, pendant 15 ans consul de France en Chine )

*
#

Que pensez vous des Chinois?

#

lui demandait-on? # C'est une question bien embarrassante ... car, voyez-vous ... je dois vous avouer que je ne [es connais pas tous", répondait-t.l

La Chine, berceau d'une des plus anciennes et brillantes civilisations du monde, a manqué le rendezvous avec la modernité. Son histoire agitée, les guerres civiles, l'occupation japonaise et quarante ans du régime communiste le plus dur, le plus intransigeant, et le plus aberrant que l'on puisse imaginer, l'ont empêchée de participer au formidable développement technologique et économique qu'ont connu les principaux pays du monde. Aujourd'hui, après le virage en épingle à cheveux marqué par les réformes économiques, la Chine non seulement consacre définitivement l'effondrement de 18

l'utopie maoïste, mais aussi met fin à des décennies d'autarcie aussi bien économique que culturelle. De tels bouleversements dans un pays d'une telle dimension.ne se font pas sans heurts et les vicissitudes d'une évolution aussi impressionnante nous réserveront probablement encore beaucoup de surprises. Mais il semble bien que le modèle de développement choisi comme objectif futur par les autorités chinoises soit "l'alternative asiatique", illustrée d'abord par le succès fabuleux du Japon, et plus récemment par celui des "Quatre Dragons". Cette" alternative asiatique" dont l'image séduit les dirigeants chinois repose sur \ID. minimum de démocratie pour justifier l'action de gouvernements élus et renouvelables mais autoritaires, prêts à réprimer sévèrement tout désordre, et qui font de la réussite économique un objectif prioritaire. Le "réveil de la Chine" a bien sonné et personne ne doute aujourd'hui que ce pays ne devienne bientôt une puissance industrielle, commerciale, et politique majeure. A la fin des années 70, le PNB par habitant était en Chine de l'ordre de 250 dollars par an. n sera probablement autour de 1000 dollars à la fin de ce siècle ou au début du prochain. On imagine avec difficulté les effets en valeur absolue de cette croissance dans un pays vingt fois plus peuplé que la France. On peut cependant considérer avec certitude que le développement de la Chine sera, dans les prochaines décennies, l'événement dominant dans le monde. Cette extraordinaire évolution entraînera évidemment d'inévitables soubresauts: il y aura le retour de Hong Kong dans le sein de la nation, puis les conséquences de la rupture de l'isolement politique qui restaurera la tendance hégémonique..., et on peut aussi s'attendre à des désordres entraînés par un développement rapide mais très inégal tant sur le plan géographique que sur le plan individuel. De Gaulle disait que les Français ont toujours montré peu d'intérêt pour les pays étrangers, et qu'ils ont besoin d'une guerre de temps en temps pour 19

connaître tm peu la géographie. Hs ont fait depuis lors de sérieux progrès, et connaissent maintenant llÙeux le monde. Us continuent cependant d' éprouver des difficultés non seulement pour s'adapter à son évolution, mais aussi pour distinguer les événements qui remettront en cause, demain, ce qui existe aujourd'hui. fis voudraient pouvoir s'appuyer sur tn1 bail à vie, avec des conditions fermes et non révisables, alors qu'on ne leur offre plus, de nos jours, que des situations précaires qui peuvent être modifiées avec tm préavis très court. Aussi sont-ils exagérément inquiets, ce qui les conduit à préférer s'opposer aux changemellts inévitables plutôt que d'essayer de s'y adapter. De même que la lumière des étoiles arrive sur la terre bien longtemps après qu'elles se soient éteintes, les idées reçues continuent d'être bien ancrées dans la culture de nos concitoyens. A vant d'écrire ce livre, nous avons été expatriés pendant de nombreuses années, en Inde, Corée, Etats Unis, Italie, et maintenant en Chine et nous avons eu l'occasion de recevoir des milliers de visiteurs. Nous avons toujours été étonnés par leur manque de connaissances sur les caractéristiques essentielles et actualisées des pays concernés, et avons souvent éprouvé des difficultés pour modifier leur jugement quand il nous paraissait erroné. Combien de dirigeants d'entreprises avons nous connus qui étaient convaincus d'avoir le talent inné et la science infuse. fis croyaient tout comprendre après deux ou trois voyages, au point de ne plus écouter les avis de leur personnel local, qui souvent n'osait même plus les exprimer! Les AngloSaxons qui ignorent autant que les Français la géographie, se documentent au moins avant de voyager. Hs essaient d'acquérir un vernis suffisant pour ne pas avoir l'air d'analphabètes et éviter ainsi le ridicule. TIs font confiance aux jugements des autres et s'efforcent de les utiliser pour actualiser le leur. n ne s'agit pas, pour eux, en s'intéressant aux changements profonds qui agitent la Chine, de devenir des sinologues pour briller en société, mais simplement d'acquérir ou de mettre à jour tn1 certain nombre de données essentielles qui puissent leur permettre de comprendre tn1 peu llÙeux cette région du monde, qui certes n'est pas simple. 20

lA

, ~

,

~

~

1

1 ~ ,

Les sportifs professionnels préparent le terrain avec une extrême rigueur avant les grandes épreuves : les coureurs du Tour de France, au lieu de se reposer, utilisent le jour de repos pour reconnaître l'étape suivante. Les joueurs de golf observent le parcours avec une très grande attention, plusieurs jours avant le début des tournois: ils relèvent des points de repère et prennent des notes sur la topographie des greens pour ne pas se laisser surprendre. Les pilotes de rallyes sont des as du volant, et pourtant ils étudient minutieusement à l'avance toutes les particularités du circuit. En d'autres termes, ils essaient de se familiariser avec les difficultés, pour éviter qu'au stress de la compétition, ne viennent s'ajouter le stress de l'inconnu et la crainte des surprises. On ne peut contrôler la chance, mais on peut au moins essayer de la domestiquer. Pourquoi les hommes d'affaires n'essaient-ils pas davantage de se familiariser avec la Chine avant d'aborder l'épreuve des contacts directs? De tous les pays que nous connaissons, la Chine est sans nul doute le plus surprenant, le plus fermé et le plus compliqué. Sa dimension et sa surpopulation étonnent le visiteur même quand il est averti. Le côté hermétique de la langue et donc de la culture désarçonne le néophyte. Bref il n'y a pas de pays où 1.Ul Européen se sente plus dépaysé. Déjà, pour le touriste, débroussailler est indispensable et une documentation minimtU11 sur les principaux aspects physiques, économiques et culturels du pays est nécessaire pour qu'il puisse profiter au moins un peu de son voyage. Pour l'homme d'affaires, il ne s'agit plus d'agrément, mais d'efficacité. Son objectif est invariablement soit d'essayer de percer les mystères du pays pour y faire des projets, ou bien, dans un stade plus avancé, de convaincre des partenaires chinois de considérer favorablement ses propositions. Croyez bien que, dans un pays si compliqué, ce n'est pas une tâche facile, et on comprend mal que des cadres supérieurs de grandes sociétés, et des hommes d'affaires qui semblent avoir une grande expérience puissent espérer obtenir des résultats utiles sans avoir pris la peine d'approfondir leurs connaissances souvent élémentaires sur cet 21

immense pays. Cela est vrai partout, mais en Chine beaucoup plus qu'ailleurs. Même avec l'assistance des cadres expatriés ou du personnel chinois de l'antenne locale, un minimum de connaissances est nécessaire pour tisser des liens intéressants et faire un bon travail.
Ce livre, cependant, ne s'adresse pas seulement aux voyageurs, c'est à dire aux cadres qui sont directement impliqués dans l'action en Chine. n s'adresse à tous ceux qui ont l'ambition de comprendre des événements qui, sans aucun doute, auront une influence sur le déroulement de leur carrière. Le upéril jaune" est une fonnule désuète qui aujQurd'hui n'effraie plus personne. Pourtant, personne ne sait expliquer comment les pays qui étaient hier usous-développés", et que l'on appelle aujourd'hui les "emerging countries" vont pouvoir continuer de se développer sans compromettre les "acquis sociaux" des pays occidentaux, ou au moins sans perturber leur confort et leurs habitudes. Une chose est sûre: il faudra s'adapter à une situation nouvelle. On peut ne pas être trop inquiet pour les Etats-Unis qui ont gardé un formidable pouvoir d'adaptation. Mais, l'Europe ..., engoncée dans S011 histoire, aura beaucoup de mal à admettre la modification de l'ordre établi, et les Français, en particulier, avec leurs corporatismes, leurs syndicats d'un autre âge, leurs résistances viscérales .à tout changement et leurs obstructions systématiques qui empêchent le pays de se mouvoir, risquent d'avoir des lendemains bien tristes. Le phénomène chinois n'est pas encore clairement perçu dans nos pays, et en France moins qu'ailleurs. Et pourtant..., la métamorphose de la Chine va dominer cette fin de siècle et conditionner en grande partie le début du prochain. Nous espérons convaincre le lecteur. que ce livre contribuera à en

1 .~ I

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Chapitre

1

Les soubresauts d'une histoire agitée
L' l-listoire nous enseigne que les hommes et les nations ne se c01tduisent avec sagesse qu ',après avoir épuisé toutes les autres so[uhons Abba Eban Discours 1970

Notre propos n'est pas de faire 1m traité sur l'histoire de la Chine, mais comme il semble difficile de comprendre un pays sans connaître son passé au moins dans les grandes lignes, nous avons trouvé utile de résumer, de façon schématique, les grandes époques historiques de l'Empire du Milieu, où se succèdent les périodes d'éclatement à la suite de rivalités féroces, et celles de sa réunification. C'est l'incessante alternance des périodes fastes et décadentes, des époques heureuses et malheureuses qui correspond bien à la philosophie chinoise. Cela nous aidera à comprendre que Pékin veille avec soin aujourd'hui à conserver la stabilité et l'unité du pays, surtout après avoir assisté à l'éclatement de l'Union Soviétique et au morcellement actuel de la Fédération de Russie.

I - Les grandes époques de l'Empire
1) Epoques des Shang et des Zhou ( du XVème au
IIIème siècle avant I.C.) L'époque des Shang est celle de l'apparition de l'écriture. On sort des temps légendaires c'est à dire de la tradition orale pour entrer dans I'histoire écrite, donc incontestable. La capitale des Shang était Yin, dans la province actuelle de Henan. Elle fut découverte au début du siècle par les archéologues. Les fouilles permirent de mettre à jour un 23

trésor de 100 000 carapaces de tortues recouvertes d'inscriptions, qui constituaient les archives des Shang. Les nombreux vestiges de cette dynastie permettent de connaître assez bien la civilisation chinoise de cette époque. L'époque des Zhou, (Xème au IIIème siècle avant J.C.) fut l'âge d'or mythique, suivi de l'époque des "Printemps et Automnes" qui vit une dizaine de principautés se disputer l'hégémonie, puis de celle des "Royaumes Combattants" jusqu'à 200 avant J.C. quand les rivalités deviennent féroces. Malgré le côté agité de cette période, les transformations technologiques furent d'une importance capitale pour le destin du pays. C'est l'époque des grandes inventions chinoises qui, beaucoup plus tard, ont stupéfait l'Occident. Mais l'évolution sociale a été aussi étonnante: on assiste à la naissance des lois pénales et des règlements écrits. Une administration centralisée organise un état de droit avec une reconnaissance de la propriété foncière et en contrepartie l'apparition de la fiscalité. C'est l'époque de Confucius ( Kongfuzi) qui va modeler la pensée et la philosophie chinoise dont les autorités actuelles s'inspirent aujourd 'hui, et aussi celle des taoïStes comme Zhuangzi et surtout Xunzi dont l'influence s'étendra bien au delà des frontières du pays. 2) Epoque des Qin et des Han ( 220 ans avant JC jusqu'à 220 ans après J.C.) A trente ans, Yingzhen, le roi Qin, entreprend de réunir les différents royaumes dans un empire unifié sous son autorité. En 214 av J.C., il ajoute les pièces manquantes comme le Guangdong et le Guangxi et même le Nord-Vietnam. Il est le premier empereur de Chine sous le nom de Qin Shi Huangdi. Il ne régnera que Il ans car il mourra à cinquante ans, mais il laissera une empreinte fondamentale dans l'histoire de la Chine. D'abord en lui apportant son nom (Qin se prononce Chine) mais surtout en consolidant l'unité de l'Empire nouvellement constitué et en installant une administration centrale capable de gérer les trente six provinces. Il unifia la monnaie, les systèmes des poids et mesures, les lois essentielles, et les caractères de l' écri ture en instituant pour la première fois une langue écrite unique pour le pays tout entier. L'invention du papier favorisa d'ailleurs grandement l'expression écrite. Il nationalisa la métallurgie et le commerce de gros ( déjà f). Il renforça et prolongea la Grande Muraille. n entreprit la construction de liaisons (routes et canaux) interprovinciales. La capitale, Xianyiang, près de Xian, est le site de palais fabuleux où en 1974, on découvrit dans un immense tombeau, une année de 7000 fantassins et 24

cavaliers en terre

cuite, dans un état de conservation étonnant. Pourtant, malgré ces progrès considérables il a laissé un bien mauvais souvenir dans l'histoire: l'ordre nouveau qu'il institua fut impitoyable. n décima l'ancienne noblesse et ses privilèges ainsi que les commerçants les plus importants. On voit que les maoïstes ont eu de qui tenir, et que parfois l'histoire se répète! On rapporte même que de nombreux lettrés, confucéens accusés de conservatisme et d'opposition réactionnaire furent enterrés vivants et tels des "gardes rouges" de Mao lors de la Révolution Culturelle, les suppôts du nouvel empereur jetèrent dans des bûchers tous les livres anciens qu'ils trouvèrent. On a voulu remplacer un ordre irrationnel, héritage compliqué d'un long passé, par l'ordre préétabli d'une administration centralisée. Selon Jacques Geme, "le but était de faire en sorte que l'Etat n'ait en face de lui que des paysans soldats imposables, et de concentrer toutes les richesses et toutes les forces de la nation entre les mains d'un seul". Dès le llIème siècle, l'Etat chinois centralisé était doté d'un système d'administration régi par des règles objectives. La légitimité du pouvoir impérial était à la fois culturelle, politique, morale, religieuse et... cosmique.
3) Les Han, Les Trois Royaumes et les Dynasties du Sud

et du Nord.(jusqu'à

600 après f.C.)

Ouverture de la route de la soie par une expansion vers l'Ouest qui relie la Chine avec l'empire romain à travers la Perse. A l'entrée dans notre ère, la Chine est déjà le pays le plus peuplé du monde, même si sa population ne dépasse pas les 60 millions d'habitants, et son avance est grande dans tous les domaines. Les Han se montrent beaucoup moins durs et "humanisent" le régime initié par leurs prédécesseurs. Mais c'est bientôt la décadence et la chute de l'Empire centralisé. Les chefs militaires profitent de l'adoucissement du régime et deviennent tellement puissants que le pays se morcelle en zones d'influence. Les peuplades voisines (Turques et Mongoles) qui se rendent compte de l'affaiblissement de l'Empire, envahissent la Chine du Nord 25

et fondent des dynasties barbares. D'autres dynasties se partagent le Sud. C'est aussi le début de l'influence bouddhiste qui pénètre le pays par la route de la soie.

4) Les Sui et les Tang ( 589 à 907)
Réunification de l'Empire, qui redevient aussitôt belliqueux et expansionniste, sous l'influence des aristocrates. L'Europe est alors à l'époque des croisades et ses progrès techniques sont nuls alors que les Chinois produisent déjà des explosifs, du papier, des soies et des laques d'une rare beauté et beaucoup d'autres choses inconnues à l'extérieur. Le territoire s'accroît et atteint les frontières de l'Iran, de l'Inde du nord et de la Corée. C'est l'époque d'expansion du bouddhisme qui éclipse le confucianisme et bouleverse la société. Le non-confonnisme donne un nouvel élan à la littérature et aux arts plastiques. La période des Tang marque l'apogée du rayonnement de la civilisation chinoise qui s'étend sur toute l'Asie. Les poètes et les peintres chinois sont parmi les plus grands. Le progrès des sciences et des mathématiques, de la médecine, de la pensée bouddhique font de cette époque la période d'or de l'histoire de la Chine. Les frontières occidentales atteignent le Lac Baikal. L'Empire est divisé en dix provinces, l'administration est totalement réorganisée, les terres cultivables sont réparties à raison de six hectares par personne à titre viager et un régime fiscal est appliqué aux terres exploitées. Le pays s'ouvre aux influences étrangères et de nombreux marchands viennent de l'extérieur s'installer dans les villes portuaires. Puis c'est de nouveau la chute à la suite des interférences des concubines qui ont beaucoup inspiré les poètes mais ont été désastreuses pour la dynastie qui s'éteint en 907. 5) Les dix Royaumes (907 à 960) :

L'Empire éclate de nouveau et se divise sous le contrôle des chefs militaires. Quatre dynasties différentes se succèdent rapidement au Nord sans laisser de grands souvenirs, et dix royaumes se partagent le sud 6) Les Songs ( 960 à 1279 ) 26

Les Songs réussissent finalement à réunifier l'Empire une fois de plus et donnent une priorité absolue au pouvoir civil, ce qui est une première en Chine.. L'Empereur préside tm Conseil d'Etat qui s'efforce d'engager des réfonnes pour instituer une plus grande justice sociale. C'est l'époque de la diffusion de la porcelaine et de l'imprimerie qui permet aux lettrés de se constituer des bibliothèques. On assiste alors aux premiers grands développements urbains et aux grands progrès scientifiques. Les Chinois de ce temps sont capables de résoudre des équations algébriques compliquées et inventent les premières annes à feu. Les trois grandes inventions chinoises que sont la poudre à canon, la boussole marine et l'imprimerie trouvent sous les Song des emplois généralisés. Les "régies" du fer, du thé, du sel, de la monnaie ont été instituées par les Song. Les fonctionnaires, dociles serviteurs de l'administration centrale, contrôlent tout. Le passage de l'Etat militaire à L'Etat civil génère une sorte de capitalisme d'état. Les mandarins, qui correspondent plus ou moins aux préfets, lauréats des examens d'état ( c'est-à-dire les énarques de l'époque, concentraient entre leurs mains beaucoup de pouvoirs. Contrairement aux idées reçues, ils travaillaient nuit et jour. Ces Illettrés" de l'Etat, avaient tm rôle capital car les gens qui parlaient de nombreux dialectes différents ne pouvaient communiquer entre eux oralement. ns pouvaient, par contre, le faire par écrit après l'unification de l'écriture. Hélas, cette société raffinée devait faire face aux peuplades barbares du nord, aux révoltes paysannes et aux brigands qui infestaient les grands axes de circulation.

7) La partition de l'Empire Song ( Xème au XIVème siècle) et l'arrivée des Mongols. De grandes peuplades sinisées d'origine nomade

repoussent les Songs vers

le sud, et installent leur

domination au nord. Les Mongols de Gengis Khan dominent les autres envahisseurs et occupent Pékin puis Kaifeng, la capitale, et se rendent maîtres de tout le nord de la Chine. Le dernier des Song devra abandonner Kaifeng, et se réfugier à Hangzhou au sud ouest de Shanghai. Les Mongols (dynastie des Yuan) entreprennent alors la conquête du Sud et refont à nouveau, sous leur égide, la réunification de
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l'Empire, avec Pékin comme capitale. Le dernier empereur Song se suicide. C'est alors que survient le vénitien Marco Polo qui crée les premiers liens de l'occident avec la Chine. La religion musulmane s'est implantée dans les régions de l'ouest du pays où des mosquées sont construites. Mais à l'image des dynasties chinoises les princes Mongols se disputent la suprématie et s'affaiblissent en luttes fratricides. TIssont boutés hors de la Chine du sud en 1350, et quelques années plus tard ils sont chassés de Pékin. 8) Les Ming ( 1368 à 1644 ) n s'agit là d'une dynastie vraiment chinoise, créée par le héros de la lutte contre la domination mongole, qui reconquiert tout le territoire. Ce fut une époque florissante: grande expansion économique et politique en Asie. Essor industriel et commercial sans précédent. Grand développement intellectuel et artistique. La Chine des Ming comptait déjà plus de 150 millions d'habitants et représentait une puissance sans égale dans le monde grâce à ses dimensions et à son avance technologique. Mais comme toujours en Chine, la richesse mal répartie provoque des troubles sociaux dans les villes et l'accaparement des terres par les grands mandarins entraîne le soulèvement des paysans qui n'ont plus rien à perdre. La dynastie vacille et le grand tremblement de terre de 1555 (presqu'un million de morts) après de graves inondations dues aux crues du Fleuve Jaune semble un signe du ciel. La voie était libre pour les Mandchous, qui, aidés par un général chinois loyaliste, écrasent les rebelles qui ensanglantaient le pays, occupent la capitale, contrôlent tous les grands centres et prennent le pouvoir.

9) Les Qing ( 1644 - 1911) Les Qing sont une dynastie sino-mandchoue qui va durer presque trois siècles. L'Empire repousse ses frontières occidentales et continue de progresser dans tous les domaines. Après des débuts sévères et très autoritaires, (port de la natte obligatoire, ségrégation des étrangers dans les villes, interdiction des mariages mixtes), les Mandchous contrairement aux Mongols, adoptent la culture chinoise et
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exercent le pouvoir par l'intennédiaire de fonctionnaires chinois. La croissance démographique est extraordinaire, et la majorité de la population se rallie. Malheureusement ils n'ont pas réalisé que des "barbares" différents de ceux que la Chine avait connus depuis des siècles, les avaient dépassés sur le plan technique, et venaient d'autres continents avec des armes, des produits commerciaux et des ambitions contre lesquelles on ne trouvait de réponse que par le mépris. L'Empire tente en vain de résister à une pression étrangère de plus en plus forte. II - Le déclin
On trouve vers la fin du xvmème siècle tous les signes de la décadence du pouvoir: dépenses inconsidérées de la cour impériale, corruption généralisée de tous les niveaux de l'administration, répression de plus en plus sévère de toute contestation qui provoque une hostilité générale. La situation intérieure se détériore rapidement, et on entre dans une phase de déclin qui durera plus d'un siècle. Trois événements précipitent le déclin:

1- La guerre de l'opium :
Les "barbares de l'occident" forcent les portes de l'Empire Céleste pendant la guetTe de l'opium (1839 1842). Les donneurs de leçons occidentaux, doivent se souvenir que leurs ancêtres, inventeurs des" droits de l'homme", ont fait la guerre en Chine, pour obliger les Chinois à laisser entrer l'opium dans leur pays. Peu de visiteurs le savent. Les Chinois avaient en effet interdit l'entrée de l'opium dans l'Empire en 1731, et les grands marchands britanniques après avoir organisé la contrebande, voulaient en faire une monnaie d'échange officielle pour payer avec l'opium de l'Inde les soieries et les produits chinois qui étaient tellement appréciés en Europe. La guetTeclate quand le délégué impérial fait saisir à é Canton 20 000 caisses d'opium qui avaient été débarquées clandestinement. La défaite contre les anglais d'abord (traité de Nankin qui cède Hong Kong à la Grande Bretagne et ouvre cinq. comptoirs aux marchands occidentaux), et plus tard, 29

en 1858, contre les franco-britanniques ( troupes anglaises appuyées par une escadre française, traité de Tianjin qui augmente les privilèges des puissances étrangères), secoue durement le pays, en provoquant une humiliation profondément ressentie, et en créant tm déficit important des échanges extérieurs qui avaient été jusqu'alors toujours excédentaires. Pourtant les Occidentaux, enhardis par leurs succès veulent encore davantage, et un corps expéditionnaire franco-anglais prend Tianjin, remonte jusqu'à Pékin, pille le Palais d'Eté, brûle ce qui ne pouvait pas être transporté, et incendie la bibliothèque. n est bon que les Français le sachent avant de visiter Pékin et le palais d'Eté, pour éviter de paraître ou analphabète, ou de mauvaise foi. 2) La révolte des Taiping ( mouvement de la "Grande paix" 1851-1864 ) a secoué encore plus gravement le pays que la guelTe de l'opium. Un moine voulut sauver la Chine alors en pleine décadence. n souleva les mécontents, c'est à dire en particulier les paysans du Kuang Si, les prolétaires des ports, et même les triades (sociétés secrètes qui étaient opposées à la Dynastie mandchoue). n fonda en 1851 l/Etat Taiping et sans complexes, se proclama empereur. n émancipa les femmes, détruisit le pouvoir des mandarins, et organisa un collectivisme agraire ( je vous disais que Mao n'avait rien inventé! ). Son année, motivée et disciplinée, conquit la basse vallée du Yangzi et il installa sa capitale à Nankin. Puis les choses se gâtèrent, son entourage se divisa, les triades l'abandonnèrent et en 1862/ les années impériales aidées par des aventuriers européens ( L'anglais Gordon et l'américain Ward) prirent Nankin et liquidèrent le mouvement. L'intervention des étrangers aux côtés de l'année impériale accentua l'humiliation et la rancune contre les occidentaux 3) La guerre des Boxers. L'ouverture de certains ports au commerce international, l'extra-territorialité de certaines villes, et les diverses concessions arrachées par l'Occident, créent une montée des sentiments xénophobes. Ces réactions contre les étrangers sont ravivées par les conséquences d'une nouvelle défaite contre le Japon (1894-1895), lui-même "ouvert" de force par les occidentaux, quelques décennies plus tôt. Le 30

prosélytisme des missionnaires met finalement le feu aux poudres: cf est la révolte des Boxers, déclenchée dans une ambiance très hostile aux étrangers par les membres d'une société secrète dépendant du "Grand Couteau". Ce mouvement né dans le Shandong, se développa avec célérité et violence, et fut à l'origine du meurtre de Ketteler ministre plénipotentiaire d'Allemagne, et du siège des légations étrangères de Pékin. Après la libération de ces légations par une force expéditionnaire internationale (14 août 1900), un traité imposa de sévères sanctions aux Boxers et le versement d'une forte indemnité. Le déclin de l'Empire va alors se précipiter. Au lieu de profiter de l'osmose provoquée par les contacts extérieurs avec des civilisations plus modernes, la Chine a préféré s'enfoncer dans un chaos permanent et stérilisant, en se fermant encore plus et en se repliant sur ses rivalités fratricides. n est vrai que l'occident ne l'a pas aidée, et a profité, largement et sans vergogne, de ses faiblesses. L'humiliation de la Chine, pendant cette deuxième moitié du XIXème siècle est restée ancrée dans la culture du pays et explique la méfiance viscérale des Chinois vis à vis des étrangers que l'on dénote dès les premiers contacts.

III - La République

de Chine (1912- 1949)

Proclamée en 1912, elle commence par des désordres sans nom avec une tentative de restauration de l'Empire, et elle est affaiblie par la période des "seigneurs de la guerre" qui mettent le pays à feu et à sang et sapent l'autorité centrale. La révolution politique, au lieu d'apparaître comme W\ progrès est considérée comme un recul et la situation ne fait que s'aggraver. Les intellectuels d'avantgarde fomentent une "révolution culturelle" appelée le IImouvement du Quatre Mai " dont le propos est de rompre avec la culture traditionnelle qui selon eux est la cause de tous les maux de la Chine. Certains de ces intellectuels créent en 1921, sous la houlette du Komintern, le Parti Communiste Chinois. L'autre parti révolutionnaire, plus arlcienetplus organisé, appelé "Guomindang", (ou parti nâüonaliste) est dirigé par Sun Yat Sen qui meurt. Chiang KaiShek le remplace et s'empare du pouvoir, établit sa capitaleà>Nankin, délivre la Chine des /iseigneurs de la
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