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L'Inde : études et images

256 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
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EAN13 : 9782296279797
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lIINDE,

ÉTUDES ET IMAGES

Vers Ilan 2000 I Lllndeet IIAntiquitéClassique I Visions de poètes, images de Malbar I L'Inde et la

Réunion I Pondichéry et les Franco-Indiens I

Coéditions L'HARMATTAN / UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION: Métissages, Littérature et Histoire, Tomes 1 et 2, 1991. Michel Pousse, R.K. Narayan, rvmancier et témoin, 1992. Jean-Pierre Tardieu, L'Eglise et les Noirs au Pérou. XVIe et XVIIe siècles, Tomes I et 2, 1993.

Composition - Maquette de couverture: Tilaga PITCHA y A Réalisation - Mise en page: Édith AH-PET
Secrétariat Secteur Recherche et Publications Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Université de La Réunion 24-26, Avenue de la Victoire - 97489 - SAINT-DENIS CEDEX

@Editions l'Harmattan, 1993 7, rue de l'Ecole Polytechnique - 75005

PARIS

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

ISBN: 2-7384-2025-7

UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION

FACULTÉ DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES

LIINDE,
Vers Ilan 2000

ÉTUDES ET IMAGES
I Lllnde

et IIAntiquité Classique I Visions de poètes, images de Malbar I LIlnde et la

Réunion I Pondichéry et les Franco-Indiens I

textes réunis par Michel POUSSE
&
coordonnés par Tilaga PITCHA y A

ÉDITIONS L'HARMATTAN / UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION 1993

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage qui s'inscrit dans le cadre des activités culturelles liées à La semaine de l'Inde qui s'est tenue du 17 au 26 juillet 1992 à Saint-Denis a pu être réalisé grâce à la Mairie de la ville de Saint-Denis de La Réunion, chef-lieu du département le plus indien de France et avec l'aide fmancière de la Direction Régionale des Affaires Culturelles.

Outre les nombreux auteurs qui nous ont fait l'honneur de collaborer à cette publication nous devons également remercier la Revue Française d'Histoire d'Outre-mer qui nous a permis d'utiliser l'article du Professeur Claude WANQUET : Les îles Mascareignes, l'Inde et les Indiens pendant la Révolution Française qui avait été publié dans le numéro 290, Mai 1991 de cette revue.

TABLE DES MATIERES

REMERCIEMENTS
TABLE DES MATIERES

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7

LES AlJTEURS ..
AVANT-PROroS

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VERS L'AN 2000
A.S. PUNIA, Les relations Indo-Françaises Michel roUSSE, Inde, les incertitudes de l'an 2000 Charles CAOOUX, L'Inde en 1991-1992 - Vers un changement de cap?

13 15 25 .4

L'INDE ET L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE
Bernard CHAMPION, Génération divine, Regénération sacrificielle - La théorie du sacrifice dans les manuels liturgiques de l'Inde védique Jean-Marie LASSÈRE, L'Inde et l'or Romain Jean PEYRAS, L'Inde et Liber Pater dans la littérature latine antique S.A. PITCHA YA, Relations du Pays Tamoul avec la Rome Impériale

49

.51 67 75 91

VISIONS DE POETES, IMAGES DE MALBAR
Jeyaraj DANIEL, Soupramania Bâradi (1882-1921) et des écrivains français J.C.C. MARIMOUTOU, Le Malbar dévisagé et l'Inde envisagée: la figure du Malbar dans la fiction coloniale réunionnaise de Marius-Ary Leblond Jean-Pierre TARDIEU, Vision des Indes orientales chez Pablo Neruda

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105

111 135

L'INDE ET LA RÉUNION
Christian GHASARIAN, Honneur et pureté, humain ou divin... Claude WANQUET, Les îles Mascareignes, l'Inde et les Indiens pendant la Révolution Française

141

143 157

PONDICHÉRY ET LES FRANCO-INDIENS
Lourdes TIROUV ANZIAM-LOUlS, Les "Créoles" ou descendants d'Européens à Pondichéry Edmond MAESTRI, Les Etablissements français dans l'Inde et leurs chemins de fer : 1858-1934 Paul MICHALON, Des Indes Françaises aux Indiens français

185

187 211 245

LES AUTEURS

CADOUX, Charles: Professeur agrégé de Droit Public, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Université d'Aix-MarseiIle. Spécialiste de l'Inde. CHAMPION, Bernard: Professeur d'anthropologie, Université de La Réunion, effectue des recherches sur les universaux de la culture. II a écrit plus particulièrement sur les systèmes politiques traditionnels en Afrique noire, la démocratie grecque, les rituels sacrificiels et les phénomènes d'exclusion dans la société moderne. DANIEL, Jeyaraj: Titulaire d'un D.E.A. de la Sorbonne et d'un Ph. D. de IUniversité de Pondichéry. Enseigne le français à l'université de Pondichéry. GHASARIAN, Christian : Chargé de cours au centre d'anthropologie généralisée de IUniversité de La Réunion. Auteur d'une thèse sur les Indiens à La Réunion. A publié: Honneur, Chance et Destin.. la culture indienne à La Réunion, aux éditions de l'Harmattan. LASSERRE, Jean-Marie: Professeur d'histoire romaine à l'Université Paul Valéry, Montpellier. Directeur du groupe de recherches sur l'Afrique antique. Spécialiste de démographie et d'économie antiques. LOUIS, Lourdes: Professeur au Lycée français de Pondichéry. Rédige une thèse sur la communauté créole à Pondichéry. MAESTRI, Edmond: Professeur d'histoire à l'Université de La Réunion. Auteur d'un Doctorat d'État et de nombreux articles sur les chemins de fer dans l'empire colonial français.
MARIMOUTOU, Jean-Claude Carpanin :

Maître de conférences à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université de La Réunion. Spécialiste de littérature réunionnaise.

MICHALON, Paul: Auteur d'un D.E.A. de sociologie, (Université d'Aix-Marseille) intitulé "Des Indes Françaises aux Indiens français, ou comment peut-on être franco-pondichéryen". A séjourné un an à Pondichéry. PEYRAS, Jean : Maître de conférences. Spécialiste d'histoire ancienne et d'archéologie à IUniversité de Nantes. Ancien Maître de conférences à l'Université de La Réunion. Docteur dÉtat, archéologue consultant des Nations-Unies. PITCHA YA, Antoine: Chargé de cours à l'Institut de Linguistique et d'Anthropologie lUniversité de La Réunion. Spécialiste de l'Inde. de

POUSSE, Michel: Maître de conférences à l'Université de La Réunion. Spécialiste de littérature indo-anglaise et de l'Inde moderne. PUNIA, A. S. : Consul Général de l'Inde à La Réunion de 1988 à 1992. Actuellement en poste aux Nations-Unies à New- York. TARDIEU, Jean-Pierre: Docteur d'État et professeur au département d'études hispaniques de l'université de La Réunion. Spécialiste de la mentalité coloniale et de l'esclavage des Noirs en Amérique du Sud. WANQUET, Claude: Professeur d'histoire à l'université de La Réunion. Spécialiste de la révolution française dans l'océan Indien et des relations entre la France et l'Inde au XVIIIème siècle.

AVANT-PROPOS
L'Inde, éternelle dans sa forme de pensée et dans ses structures sociales, isolée du reste du monde par une philosophie dont Neruda a dit qu'elle rendait les Hindous "inaccessibles dans leur fabuleuse immensité" se révèle soudain fragile et menacée. La finance internationale l'enchaîne au système mondial dans lequel elle va redevenir le pourvoyeur bon marché qu'elle fut pour les Anglais; rôle dont l'économie socialiste et humaine de Nehru l'avait libérée. A l'intérieur s'affirment les ethnies, les langues, les religions, chacune cherchant une reconnaissance, dont la brève présence coloniale, puis l'indépendance et son idéal de gouvernement séculaire centralisé avaient fait un instant oublier la force millénaire. L'avenir ne prendra plus ses racines dans le passé: il devient une inconnue. Isolée philosophiquement, l'Inde a toujours fait partie de notre histoire. Depuis le mythique voyage de Dionysos, la route de la soie et des épices a fait rêver les poètes et espérer les commerçants. Les pièces romaines trouvées à Pondichéry attestent d'un trafic régulier et très ancien entre l'Orient et l'Occident. Les ambassades politiques, fragiles échanges de rêves, ne sauraient faire oublier que les bâtisseurs d'empires ne font que peu de cas de la souffrance humaine. La diaspora Tamoule à la Réunion, main-d' œuvre anonyme qui recréa sur cette petite île son univers continental, répondit par la force de sa foi au mépris des colons. Son image dans la littérature locale est celle de tous les immigrés: détestés et nécessaires. A Pondichéry, dernier lambeau du rêve d'un empire français des Indes, La France n'a pas laissé derrière elle qu'un chemin de fer. Des milliers d'Indiens au passeport bleu, fragiles hybrides culturels, attendent que le temps efface leur différence.

Michel POUSSE Université de La Réunion

VERS L'AN 2000

LES RELATIONS

INDO-FRANÇAISES
Par Monsieur A.S. Punia, Consul Général de l'Inde,
Saint-Denis de La Réunion(1)

ANTÉCÉDENTS

Les Français, comme les Portugais, les Hollandais et les Anglais étaient partis en Inde au début pour le commerce et l'aventure. Entre 1604 et 1652, six compagnies privées furent formées en France pour commercer avec l'Inde. Ce fut cependant en 1664, sur la demande de Colbert, brillant ministre du Roi Louis XIV, qye la Compagnie des Indes Orientales, financée et encouragée par l'Etat, fut établie avec droit exclusif de commerce avec l'Inde pour cinquante ans. Chronologiquement, les Français étaient les derniers à partir pour l'Inde. Les Portugais avaient été les premiers à commencer le commerce avec l'Inde vers le XVème siècle. Les Hollandais leur succédèrent, qui devaient fusionner en 1602 leurs différentes compagnies commerçant avec l'Inde sous une unique organisation de V.O.c. pour faire face à la gênante compétition de la Compagnie des Indes Orientales anglaise, qui avait été fondée en 1600. Les Français établirent un poste commercial à Surat en 1668, à Masulipatnam en 1669 et à Pondichéry en 1673. Dès le début, les Français ont dû faire face à la ferme opposition des autres forces européennes et ont dû constamment se frayer un chemin à travers cette opposition pour établir leur position en Inde. Les Anglais et les Hollandais délogèrent en effet les Français de Pondichéry en 1693, avant de restituer cette possession en 1697. Au début du XVIllème siècle, la situation politique en Inde était confuse. Avec la mort de l'Empereur Aurangzeb en 1707, l'empire Moghul en Inde avait commencé à se désintégrer. Le manque d'une solide autorité centrale encouragea les Princes et autres gouverneurs des diverses régions de l'Inde à entrer en conflit pour acquérir plus de territoires. Voyant cette turbulence, les pouvoirs étrangers ont commencé à s'interposer dans les conflits locaux et à se servir du
(1) Le contenu et les opinions exprimés dans eet article sont celles de l'auteur et n'engagent façon la position du gouvernement indien en la matière. en aucune

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VERS L'AN 2000

pouvoir politique interne pour gagner de l'influence et obtenir des privilèges commerciaux. Les Anglais et les Français prenaient souvent des partis opposés. L'année 1748 a marqué le commencement de l'extension de l'intervention étrangère dans les États indiens. Le gouverneur français Dupleix et son compétent commandant Bussy ont obtenu des victoires remarquables dans le sud de l'Inde de 1750 à 1756 et ont bâti les bases du pouvoir politique français dans cette région. Mais leurs efforts et habileté furent peu appréciés de Louis XV qui était peu disposé à leur envoyer hommes, argent et matériaux réclamés par eux dans leurs efforts contre les Anglais en Inde. De l'autre côté, les Anglais avaient des ressources supérieures et un formidable pouvoir naval à leur commandement pour tirer avantage des conflits internes en Inde. Avec la victoire de Clive sur Siraj-ud-Dowla au Bengale en 1757, les Anglais étaient devenus maître du Bengale. Dans le processus, ils avaient pris l'enclave française de Chandernagore en mars 1757. Après la victoire au Bengale, les Anglais tournèrent leur attention vers le sud de l'Inde. En Janvier 1761, ils vainquirent les Français et leur arrachèrent Pondichéry et Mahé. La bataille de Wandiwash élimina les Français comme rivaux politiques des Anglais en Inde. Les hostilités anglo-françaises en Inde continuèrent pendant encore cinquante ans, jusqu'à l'époque des guerres napoléoniennes. Avec la défaite de Napoléon en 1814, les traités de 1814 et 1815 laissaient aux Français les enclaves de Pondichéry, Mahé, Karikal, Yanaon et Chandernagore. Les Anglais agrandirent rapidement leurs possessions en Inde et vers 1857 l'empire britannique, exception faite de quelques états princiers, avait des frontières naturelles allant de la rivière Indus à l'ouest à la rivière lawadi (en Birmanie - aujourd'hui Mianmar) à l'est, et de l'Himalaya au nord à Cap Comorin (Kanyakumari) au sud. Prenant la révolte de 1857 par des soldats indiens contre les officiers britanniques comme excuse, les Anglais décidèrent de faire passer l'administration de l'Inde sous le contrôle direct du gouvernement britannique. La reine Victoria fut proclamée impératrice et le Gouverneur-Général en Inde fut désigné comme Vice-roi de sa Majesté. Cependant, la lutte pour obtenir l'indépendance de l'Inde avait déjà commencé. La révolution française de 1789 et les idéaux de liberté, égalité, fraternité, qui avaient conduit au renversement de la monarchie despotique en France, avaient largement influencé la classe instruite en Inde. La fondation du Congrès International Indien en 1885 avait donné davantage de détermination au mouvement d'indépendance de l'Inde. Pondichéry, l'enclave française, devenait un refuge pour quelques uns des guerriers et penseurs de la liberté indienne comme Aurobindo Gosh et Subramanian Bharati, puisqu'ils

LES RELATIONS INDO-FRANÇAISES

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étaient à Pondichéry hors de la portée de la loi et de l'autorité britannique. Il n'est pas dans le but de cet article de raconter leS'détails de la lutte de l'indépendance indienne. TIserait suffisant de dire que le fort mouvement national pour l'indépendance à l'intérieur de l'Inde et les circonstances internationales forcèrent les Anglais à quitter l'Inde deux ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. L'Inde reconquit son indépendance le 15 août 1947.
LES RELATIONS L'INDE INDO-FRANCAISES APRES L'INDÉPENDANCE DE

Les relations indo-françaises après l'indépendance de l'Inde sont restées un peu dans l'ombre au début. La France était préoccupée par ses propres problèmes hérités de la deuxième guerre mondiale. Ses intérêts l'amenaient en Indochine et dans les pays francophones d'Afrique. Le Général de Gaulle avait choisi de donner la priorité aux relations avec la Chine plutôt qu'avec l'Inde et en plusieurs cas, la politique anti-coloniale suivie par les dirigeants indiens ne convenait pas à la France. Ayant été elle-même victime des colonialistes étrangers, l'un des principes fondamentaux de la politique étrangère indienne fut de s'opposer partout aux "colonialistes" et de travailler pour abolir les règles coloniales dans les autres pays. Le Premier Ministre Jawaharlal Nehru avait suggéré en avril 1954 que le conflit français en Indochine ne pourrait être résolu que si la France acceptait de mettre un terme à sa souveraineté dans ce pays. Heureusement le bon sens l'emportait et à la conférence de Genève sur l'Indochine en 1954, la France acceptait de retirer ses forces d'Indochine et de reconnaître l'indépendance et la souveraineté de ce pays. L'Inde s'opposa aussi au débarquement franco-,!nglais dans la zone du canal de Suez à titre de représailles contre l'Egypte pour sa nationalisation du canal de Suez. Malgré les différentes approches entre l'Inde et la France sur ces problèmes, le Premier Ministre Nehru avait dit au Lok Sabha (Chambre des députés) le 22 mai 1956 que le gouvernement indien avait les meilleures considérations pour les traditions de la France et était heureux de se considérer en 'relations très amicales' avec elle. Aussitôt après l'indépendance de l'Inde le gouvernement de ce pays s'occupa de la question du transfert des possessions françaises. En mai 1950, Chandernagor fut transféré à l'Inde après que la population ait exprimé son désir au moyen d'un plébiscite. Il n'y eut pas besoin de recourir à d'autres plébiscites dans les autres possessions car il y avait une demande spontanée de la part des communes et des partis politiques pour s'unifier à l'Inde. La situation géographique de ces possessions à l'intérieur des frontières de l'Inde et les affiliations ethniques et culturelles de leurs habitants

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VERS L'AN 2000

justifièrent que le gouvernement français impose certaines conditions avant de céder ces possessions à l'Inde indépendante. Par ailleurs le gouvernement indien acceptait volontiers de donner l'assurance que la culture et autres droits de ces territoires seraient complètement respectés. Le 20 octobre 1954 les deux gouvernements acceptaient que ces territoires soient transférés de facto à l'Inde à compter du 1er novembre 1954. Le 28 mai 1956 était signé le transfert de jure. La France s'engageait donc à reconnaître pleine souveraineté sur les enclaves de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon. Une fois terminée la décolonisation française en Mrique et en Asie, l'Inde et la France pouvaient commencer à se découvrir mutuellement. Nehru fit une visite en France le 6 septembre 1962 mais malheureusement cette visite n'eut pas d'effet visible ou durable car à cette époque l'Inde entra dans une guerre frontalière. Par la suite la santé de Nehru se détériora rapidement et il mourut en mai 1964. Les relations sporadiques indo- françaises prenaient un tour pour le meilleur avec la visite de George Pompidou en Inde en 1965. Pendant cette visite un accord sur la coopération nucléaire entre l'Inde et la France fut signé. Les relations franco-indiennes augmentèrent sensiblement lorsque Mme Gandhi devint Premier Ministre en 1966. Elle parlait le français et avait des connaissances approfondies sur la culture française. Elle pouvait aussi bien comprendre et apprécier le français. Elle s'était aperçue qu'elle pouvait espérer une coopération plus proche avec la France car les Français avaient la même vision qu'elle de la nécessité de l'indépendance nationale. Des réunions officielles et des échanges réguliers de délégués aidaient à l'expansion des relations économiques et commerciales entre l'Inde et la France. Madame Gandhi avait pris l'initiative d'organiser la première des séries de colloques pour une meilleure compréhension entre les deux pays. La rencontre entre le Premier Ministre Indira Gandhi et André Malraux au moment de la crise du Bangladesh fut un geste français significatif. La guerre indo-pakistanaise de 1971 et l'apparition du Bangladesh comme pays indépendant ont montré que l'Inde était déterminée à poursuivre son propre chemin et se préparait, si nécessaire, à établir des liens étroits avec l'Union Soviétique. La France qui, à cette époque, avait établi son propre dialogue avec I~UnionSoviétique et avait des vues souvent différentes de celles des Etats-Unis, était bien placée pour comprendre les orientations politiques et les aspirations nationales de l'Inde. Le premier choc pétrolier qui frappa de la même façon l'Inde et l'Europe vit la France se joindre à l'Inde pour préconiser plus d'égalité en matière de relations internationales. L'explosion nucléaire pacifiquç de l'Inde en 1974, qui troubla plusieurs pays européens et les Etats-Unis, a suscité une réaction plus équitable et plus mesurée de la part de la France.

LES RELATIONS INDO-FRANÇAISES

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La politique positive adoptée par le Premier Ministre français Jacques Chirac de 1974 à 1976 a aidé à développer les relations économiques et culturelles indo- françaises. Il fut le premier à tisser un réseau de structures institutionnelles pour promouvoir de plus proches relations entre l'Inde et la France. Des accords formels régirent les échanges économiques et culturels qui jusqu'alors étaient restés intermittents et improvisés. En 1976 fut créé un comité mixte franco-indien chargé de suivre de près et régulièrement les progrès accomplis dans le développement des relations franco-indiennes, particulièrement dans les domaines économiques et commerciaux. Raymond Barre suivit une politique identique. A un moment critique la France a accordé une aide à l'Inde pour exploiter les réserves en pétrole sous-marin situées au large de Bombay. Le Président français Giscard d'Estaing a agrandi d'une façon sensible le champ de la coopération franco-indienne. Il a favorisé le transfert de technologie vers les pays en voie de développement comme l'Inde. Sa visite en Inde fut un grand succès. Au cours de cette visite a été signé un accord prévoyant la mise en chantier d'un ambitieux projet pour la production d'aluminium en Inde grâce à l'aide et au savoir-faire français. Ce projet pilote de la commission mixte franco-indienne prévoit l'établissement du plus grand complexe d'aluminium en Asie. L'usine commença à produire en juin 1989. Pratiquant des politiques similaires, les deux pays arrivèrent à des compromis au sujet de certains problèmes tels ceux créés par l'Afghanistan et le Cambodge. En 1981, le retour au pouvoir d'lndira Gandhi coïncida presque avec l'élection de François Mitterrand, socialiste lui aussi. Le désir du Président Mitterrand de faire de nouvelles ouvertures avec les pays du Sud était en accord avec le désir de Madame Gandhi d'équilibrer les relations de l'Inde, trop tournée vers l'Union Soviétique, en développant des relations plus proches avec la C.E.E. et les pays d'Afrique. En affirmant que la crise internationale ne pouvait être résolue si ce n'est par la création d'un nouvel ordre économique mondial, le Président Mitterrand parlait un langage que l'Inde voulait entendre de l'Occident. Le Président Mitterrand et le Premier Ministre Indira Gandhi eurent des réunions chaleureuses à Cancun ,et la compréhension mutuelle dont firent preuve les deux chefs d'Etat à l'égard l'un de l'autre a aidé d'une façon significative à rapprocher les deux pays. Cette convergence d'opinion et le désir de développer des relations plus amicales ont beaucoup contribué au succès de la visite que Madame Gandhi fit à Paris en 1981. Cette visite fut suivie par une visite également chaleureuse et fructueuse du Président Mitterrand en Inde en 1982. La fascination des Français pour l'Inde, leur admiration pour la politique indépendante et économique de Madame Gandhi tout autant que les contraintes économiques, tout convergeait pour que la France et l'Inde développent leurs relations.

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VERS L'AN 2000

Pendant cette période un nombre de nouveaux projets prenait forme, permettant à la France d'étendre son assistance technique et financière. La France livrait à l'Inde des avions Mirage 2000 pour équilibrer la livraison de F16 américains au Pakistan. La visite en 1982 du Président Mitterrand conduisit à la création d'un Institut Indo-Français de technologie à New-Delhi et prépara le terrain pour la tenue de "L'Année de l'Inde en France" et de 'TAnnée de la France en Inde". En juin 1985, lors de l'ouverture de "l'Année de l'Inde en France", beaucoup de Français furent impressionnés par la jeunesse, le modernisme et le charme de Rajiv Gandhi - à la façon dont ils étaient tombés amoureux d'Indira Gandhi pendant ses visites en France en 1971 et 1981. "L'Année de l'Inde en France" fut ouverte conjointement par le Président Mitterrand et le Premier Ministre Rajiv Gandhi le 7 juin 1985. Pendant "L'Année de l'Inde en France", le peuple français eut l'occasion de faire connaissance avec la diversité du riche héritage culturel de l'Inde et de se familiariser avec les arts, musiques, danses, théâtres, artisanats et cuisines de l'Inde. Tout au long de cette année, la visite d'un grand nombre d'artistes, artisans, officiels indiens donnèrent aux Français l'occasion d'apprécier et de comprendre le pays et son peuple. Presque trois ans plus tard, à l'occasion de l'ouverture de "L'Année de la France en Inde", le Président Mitterrand conduisit une importante délégation vers l'Inde, du 1er au 4 février 1989. L'importance de "l'Année de la France en Inde" fut d'autant plus marquée qu'elle coïncidait avec la célébration du bicentenaire de la Révolution Française de 1789 - événement qui a exercé, depuis, une influence profonde et durable sur l'histoire du monde. Après avoir in,!uguré ensemble "l'Année de la France en Inde", les deux chefs d'Etat, le Président Mitterrand et le Premier Ministre Rajiv Gandhi, ainsi que leurs délégués, se rencontrèrent à plusieurs reprises pour discuter d'affaires d'intérêts réciproques et de domaines spécifiques dans lesquels les deux pays pouvaient collaborer dans un intérêt mutuel. Le résultat le plus tangible fut la signature d'un accord (M.O.V.) portant sur la recherche du contrôle de la fécondité, .sur la biologie, la reproduction humaine, les maladies contagieuses et non contagieuses, l'épidémiologie et la santé publique. Vn autre accord fut signé pour que les deux pays créent un centre de recherche et de développement indo-français sur un vaccin viral humain. Au cours d'une conférence de presse le Président français a manifesté la volonté de son pays d'offrir ses nouvelles connaissances technologiques à l'Inde dans des domaines tels que l'énergie nucléaire, l'espace, l'aéronautique, etc. . . A l'invitation du Président et de Madame Mitterrand, le Premier Ministre Rajiv Gandhi et Madame Sonia Gandhi se rendirent en France du 12 au 15 juillet 1989 pour participer à la célébration du bicentenaire de la Révolution Française. A cette occasion les

LES RELATIONS INDO-FRANÇAISES

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réunions du Président Mitterrand avec Rajiv Gandhi furent presque uniquement consacrées au problème Nord-Sud, au poids de la dette des pays en voie de développement. fis exprimèrent leurs inquiétudes concernant les barrières commerciales et l'environnement. Tout en accordant l'importance qui leur revenait aux arts traditionnels, les Français, pendant cette "Année de la France en Inde" avaient mis en avant les progrès effectués en matière de technologie moderne. Ceci permit au peuple indien non seulement de voir des ballets, des expositions et quelques uns des meilleurs films français mais aussi de se familiariser avec la technologie industrielle de pointe qui pouvait être utilisée en Inde. Le peuple indien a particulièrement apprécié les expériences françaises qui mêlent les nouvelles formes d'expressions aux traditions anciennes. C'est peutêtre ce qui rend la culture française si vivante. A l'occasion du Festival de la France en Inde, le film de Peter Brook Mahabharata fut projeté à Delhi et Bombay et un groupe de treize participants visita l'Inde pour donner des conférences à Delhi, Calcutta, Bombay et Bangalore. En 1990, le Premier Ministre français Michel Rocard s'était rendu en Inde les 18 et 19 janvier pour participer à la clôture de "L'Année de la France en Inde". V.P. Singh, alors Premier Ministre indien et Monsieur Rocard soulignaient que le festival de l'Inde en France et celui de la France en Inde avaient permis aux peuples des deux pays de se comprendre mieux l'un et l'autre. Ces événements d'une certaine durée furent une opportunité unique pour que se rencontrent les individus entre eux et que soient mieux appréciées les cultures différentes. La délégation française dirigée par Michel Rocard et ses homologues officiels indiens ont tenu des réunions pour que se développe la coopération dans des domaines tels que la défense, l'énergie nucléaire et l'espace. Un protocole a été signé pour que les deux pays coopèrent dans le domaine de l'agriculture et de la gestion de l'eau. Les deux Premiers Ministres ont aussi abordé des problèmes d'actualité tels que le Cambodge, l'accès à la C.E.E., l'environnement, le désarmement, l'Antarctique et le besoin de renouer le dialogue Nord-Sud. L'organisation de "L'Année de l'Inde en France" et de "L'Année de la France en Inde" aura permis de donner un nouvel élan au développement des relations entre les deux pays. Ces relations ont été diversifiées dans les domaines économiques, scientifiques, techniques, industriels et commerciaux sur la base des intérêts réciproques de chacun des deux pays.
LES RELATIONS ÉCONOMIQUES ET COMMERCIALES

Les relations économiques et commerciales font partie des relations globales entre les deux états et, à ce titre, ont déjà été

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VERS L'AN 2000

abordées dans une certaine mesure. Cependant, pour tenir compte de leur importance dans le monde moderne, il serait opportun de les préciser dans le détail. Le premier accord commercial franco-indien fut conclu dès 1959. Son objectif était de mettre en place une commission mixte qui serait chargée de promouvoir les relations bilatérales commerciales et économiques. Au cours des ans, les relations économiques entre la France et l'Inde se sont accrues dans différents domaines. A présent il y a un grand nombre de compagnies françaises qui collaborent avec des compagnies indiennes ou qui sont engagées dans l'exécution de projets importants en Inde. Il suffit ici d'en citer quelques unes: Les "Charbonnages de France" aident à développer les nouvelles mines de charbon; le "Bureau de la Recherche Géologique et Minérale" et la "Corporation Minérale de l'Inde" explorent conjointement des dépôts potentiels de diamants dans le Madhya Pradesh et l'Andhra Pradesh; "Alsthom" collabore avec la "Corporation Nationale de la Puissance Thermique de l'Inde" (N.T.P.C.) en vue de construire une puissante station thermique à gaz de 600 MW ; "Total C.F.P." fournit depuis 1981 l'assistance technique pour exploiter le pétrole. La branche d'accessoires de la société d'aéronautique "Hindustan Ltd" produit sous licence les moteurs français "Auxilec 1285" ; la compagnie indienne "Mahindra and Mahindra" a signé un contrat avec Peugeot pour produire des camionnettes Peugeot 504 ; le groupe français "Technip" a conclu un accord avec "I.P.c.L." pour la construction de matériel poly-ethilène de basse densité (L.D.P.E.) dans l'état du Maharashtra ; l'RD.F. et la Corporation Nationale de la Puissance Thermique de l'Inde (N.T.P.C.) ont signé un protocole d'accord en mai 1991 pour intensifier leur coopération en Inde mais aussi dans des pays tiers. Un consortium des compagnies françaises s'est récemment vu attribuer le prestigieux "Dulhasti", projet grandiose qui doit être achevé en cinquante sept mois et qui doit produire 390 MW d'électricité. Parmi les très nombreux domaines d'activités entrant dans le cadre de la collaboration technique et industrielle citons l'optique et l'électro-optique, l'ingénierie plastique, les équipements pour la recherche pétrolière, les instruments électro-médical, les générateurs électriques et les micro-ordinateurs. Des délégations formées de spécialistes des deux pays se rencontrent de façon régulière pour trouver de nouveaux domaines dans lesquels la France et l'Inde pourraient accroître leur collaboration technique et industrielle. Les exportateurs des deux pays participent à des foires commerciales
"

pour augmenter le commerce bilatéral.
La dernière réunion du Comité Mixte Indo-Français pour la coopération économique et technique s'est tenue à Paris en décembre 1991. Parmi les décisions prises par ce comité citons l'établissement d'un moyen rapide de communication entre l'Inde et la France pour

LES RELATIONS INDO-FRANÇAlSES

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promouvoir l'exportation des logiciels indiens. La France a accepté d'envoyer en Inde une délégation pour étudier les possibilités existantes pour exporter et investir dans quatorze domaines spécifiques de production. Il a été également décidé de mettre en place un mécanisme institutionnel pour promouvoir la coopération dans le domaine de la pêche en eau profonde. L'actuel gouvernement de Monsieur Narashimha Rao, élu en juin 91, a pris une série de mesures pour libéraliser l'économie de l'Inde avec pour but l'intégration de celle-ci dans l'économie mondiale. Afin d'attirer les investisseurs étrangers la plupart des contrôles de l'état sur l'industrie ont été levés. Les industriels étrangers seront plus motivés pour collaborer avec les compagnies indiennes. Dans certains domaines spécifiques ils pourront même devenir des associés majoritaires. On peut souhaiter que dans ce nouveau climat tendant à améliorer l'investissement étranger en Inde les compagnies françaises vont se mettre en avant pour étendre leur soutient industriel, technique et financier dans l'intérêt même du développement des relations économiques franco-indiennes. Peut-être faut-il dire un mot sur le commerce bilatéral indofrançais. Le commerce entre l'Inde et la France a progressivement augmenté et se situe maintenant autour de huit milliards de francs. En 1991, l'Inde a exporté vers la France pour 3,53 milliards de francs et a importé pour 4,31 milliards. Ces chiffres ne représentent toutefois que 0,27% des importations françaises et 0,35% de ses exportations. Il faut aussi souhaiter que la nouvelle libéralisation de l'économie de l'Inde encourage le développement du commerce bilatéral entre les deux pays.

L'ILE DE LA RÉUNION DANS LES RELATIONS INDO-FRANÇAISES

On peut considérer comme un résultat indirect des liens que la France entretenait avec l'Inde le recrutement d'un grand nombre de travailleurs indiens pour travailler dans les territoires français de Guadeloupe, Martinique, Guyane Française et île de la Réunion aux XVIllème et XIXème siècles. Un certain nombre de marchands indiens émigrèrent aussi vers l'île de la Réunion soit directement de l'Inde ou à partir d'autres colonies françaises comme Madagascar. D'autres encore vinrent de l'île Maurice. En dépit de grandes difficultés, nombre des ces travailleurs et commerçants ont conservé leur religion, leur culture et leur cuisine. Si l'on compare avec la France métropolitaine où l'influence de la culture et de la civilisation indienne est limitée à son aspect classique vu à travers la littérature ancienne, la dance et la musique classique, à la Réunion, l'influence de l'Inde est directe et omniprésente. Elle peut être vue et sentie dans la façon dont vivent les gens, dont ils s'habillent, mangent, pensent et

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VERS L'AN 2000

se comportent. Les descendants des travailleurs et des commerçants indiens forment une importante partie de la population de l'île. Je pense que la situation géographique de l'île de la Réunion dans l'océan indien et la composition de sa population peuvent renforcer de façon significative les relations indo-françaises.

INDE, LES INCERTITUDES

DE L'AN 2000

Michel POUSSE Université de La Réunion

Dans un pays comme l'Inde, où l'histoire se confond avec la religion et celle-ci avec la mythologie, l'avènement du deuxième millénaire de l'ère chrétienne ne devrait pas revêtir d'importance particulière. Que sont en effet les millénaires pour cette civilisation déjà riche d'une culture attestée alors que l'Europe vivait encore dans les cavernes? Et pourtant, il est certain que l'an 2000 verra l'Inde, encore une fois, en pleine mutation et plus incertaine de son devenir qu'elle ne le fût jamais dans sa très longue histoire. L'invasion aryenne, la venue d'Alexandre, la conquête musulmane et les vaisseaux de la Compagnie des Indes ne l'avaient pas mise en péril dans son essence même, comme risque de le faire cette société mondiale vers laquelle nous nous dirigeons et à laquelle l'Inde semble devoir adhérer. En l'an 2000, l'Inde célébrera le cinquantenaire de sa république et, par la même occasion, le cinquantenaire des grandes options politiques, économiques et humaines qui furent prises au moment de l'accession à l'indépendance. Que restera-t-il alors des espoirs placés en la démocratie et en une économie planifiée qui, toutes deux, devaient contribuer à l'apparition d'une société dont les excès et . les

contradictions seraient enfin bannis?

Nous vivons une époque dans laquelle notre maîtrise de la technologie nous permet de comprendre de façon presque parfaite l'univers qui nous entoure mais, paradoxalement, un bref retour en arrière sur la vie politique de ces dix dernières années nous amène à constater que ce qui avait été prédit ne s'est pas réalisé alors que l'imprévisible s'est produit. L'Inde n'échappe pas à ce paradoxe. En 1985, l'université du Texas, à Austin, a organisé un séminaire auquel les meilleurs spécialistes de l'Inde étaient conviés à dresser un tableau de l'Inde en l'an 2000. Aujourd'hui, à mi-chemin entre ce colloque et l'an 2000, nous savons déjà que la réalité sera très différente de l'image projetée et nous ne pouvons qu'avancer des hypothèses dont les quelques années à venir diront le bien fondé.