L'intégration économique de la paysannerie en Afrique subsaharienne

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Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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EAN13 : 9782296188754
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L'INTÉGRATION EN AFRIQUE

ÉCONOMIQUE

DE LA PAYSANNERIE SUBSAHARIENNE

@ L'Harmattan

1989

ISBN 2-7384-0471-5

Bakary TRAORE
Professeur de sciences économiques à l'ENA Bamako (Mali)

L'intégration economlque de la paysannerie en Afrique subsaharienne
Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

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9

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10

SOMMAIRE
INTRODUCTION

CHAPITRE I. Le développement:
ses invariants

..........................

19

CHAPITRE agricole

II.

Politiques

..........................

de développement 33

A. Le revenu agricole B. L'organisation de la paysannerie

34 46

CHAPITRE
industriel.

III. Politiques

de développement 75

..............................................

A. L'industrie africaine: mythe ou possible réalité? ............................................

80

B. Incidences économiques et sociales de l'industrie 98
11

CHAPITRE IV. Moins d'Etat.. A. De la politique monétaire

107 121

B. De la politique budgétaire et fiscale C. De la politique commerciale extérieure

128 131

12

INTRODUCTION

« Tout est dit et l'on vient trop tard... », regrettait déjà La Bruyère.
. L'abondance

de la littérature relative aux causes de

la « pauvreté de masse» et aux modalités de la croissance économique dans les pays pauvres, mais riches de potentialités, est motif de certitude. L'intérêt accordé au domaine n'est pas seul en cause. La réduction du risque lié à l'aventure dans un domaine, encore inexploré il y a peu, est un motif supplémentaire d'assurance pour l'économiste néophyte. Le foisonnement des littératures, à partir de la fin des années 1950, consacrées au développement économique est, cependant, source d'inquiétude dans l'intelligence des véritables facteurs explicatifs de l'émergence de collectivités peu structurées, à économie fragile et agraire: les « petits» Étatsnations d'Afrique, actuellement pris dans la tourmente de la crise internationale qui accélère la décrépitude des économies nationales. Flétrissement du mythe du développement construit dans l'euphorie de l'immédiate post-indépendance ? Ou impuissance de la science économique à servir ici de guide à l'action après avoir brillé là de ses derniers feux? La réponse est, assurément, davantage dans les limites des méthodes d'approche habituelles (conçues pour et appliquées par les économies se trouvant déjà à un stade 13

avancé de leur développement) à servir de modèle en tous lieux et en tous temps que dans la capacité d'explication et d'interprétation des phénomènes par la science. L'incapacité de la majorité des économies nationales du Tiers-Monde, et surtout d'Afrique, à assurer leur envol, trouve en effet son origine dans l'adoption de schémas non adaptés à leurs situations spécifiques: le plan Marshall n'est pas et ne peut pas être un modèle universel! Les pays d'Europe occidentale lui sont, certes, redevables (de même que les États-Unis d'ailleurs et partant l'économie mondiale en raison des effets induits) de leur croissance après la Seconde Guerre mondiale grâce à l'impulsion donnée par l'assistance financière et technique américaine. Mais l'Europe, dévastée par la guerre, était « simplement» à reconstruire. Celle-ci n'y a pas démoli les fondations: les facteurs non économiques, essentiels au développement socio-économique, donc conditions sine qua non du succès d'un plan (au demeurant financier), étaient déjà disponibles: population totale suffisante, niveau moyen d'instruction assez élevé, technologie disponible, ressources naturelles existantes, etc. C'est dire donc que l'Europe n'est pas l'Afrique où, exceptées les ressources naturelles, les autres facteurs qui ont permis le succès du plan Marshall n'existent pas, du moins pour le moment. C'est ce que croyaient pourtant, avec peut-être une certaine naïveté, les experts chargés de donner un contenu matériel à cette déclaration de générosité du Président Harry Truman qui, dans le chapitre IV de son discours d'investiture pour un deuxième mandat, en 1949, engageait les États-Unis à apporter leur assistance financière et technique aux nations pauvres. Le manque, voire l'inexistence, à l'époque, d'écrits propres à donner un éclairage aux décisions à prendre fut, à coup sûr, la source de nombreuses erreurs dans la politique et la stratégie du développement dans les collectivités moins structurées que les sociétés européennes. 14

A cette lacune doit être ajouté le préjugé intellectuel ambiant: l'universalité de la modernité et le déterminisme présupposé dans les séquences du développement économique. En effet, comme le constate Celso Furtado, une tradition, constante depuis Marx jusqu'à Hicks en passant par Rostow, veut que l'explication de la dynamique industrielle dans les États-nations riches suffise à la compréhension des phénomènes économiques dans les pays retardés dans leur développement. Les seconds devant nécessairement emprunter les chemins -les différentes étapes - suivis par les premiers! L'histoire vécue ne cesse de porter un démenti sévère à ces assertions. Mais l'inspiration historique n'est féconde que si (et seulement si) elle permet d'orienter les décisions présentes - celles des individus, des entreprises et de l'État - en vue d'une plus grande efficacité: éviter les erreurs du passé, tel est le premier enseignement de l'histoire. L'évolution de la science économique, nonobstant la dichotomie introduite en son sein vers le milieu du XVIIIe siècle, non pas au niveau des concepts élaborés mais dans la manière d'appréhender la réalité économique, se fonde sur cette réalité incontournable: les faits sont l'aliment de la science. Tout discours qui évacue la réalité des faits ne peut être qu'imaginaire (1), donc non scientifique. Aussi aucune démarche, aucune méthodologie autre que l'analyse et l'explication des faits ne saurait correctement éclairer les décisions de l'être humain relatives à son besoin de transformation du monde matériel afin d'y puiser ses satisfactions conformément aux lois d'Engels et de C. Clark.

Admettre une telle approche

~

aucun esprit criti-

que n'en douterait - c'est considérer les sciences du développement économique non plus comme un sous(1) L'imagination elle-même n'est féconde que si elle plonge ses racines dans le réel. 15

produit de la science économique ou précisément un succédané de l'étude de la dynamique de la croissance industrielle mais plutôt l'envisager comme étant le cadre global de théorisation des processus de transformation qualitative (la destruction créatrice) des collectivités humaines. La modernité, l'utilisation du progrès technique dans les processus de production, est le paradigme devenu industriel, à cause de la mondialisation croissante des économies nationales, de cette transformation. La problématique du développement socioéconomique dans les économies pauvres n'est plus dans l'un ou l'autre des deux termes de l'interrogation: oui ou non au modernisme comme instrument efficace d'élévation du niveau du bien-être social. La question reste plutôt de définir un rythme désiré et possible de l'expansion matérielle en vue de suffire aux besoins intenses et changeants de l'espèce humaine. Le choix de cette vitesse, une certaine quantité de facteurs étant donnée, implique un choix de société: l'économie de consommation ou non. C'est donc le projet de vie de la collectivité qui détermine l'intensité de la modernité. La dotation nationale en facteurs de production en est la

contrainte majeure. Parmi eux le capital - la capacité
de production installée - joue un rôle déterminant. Ce capital national, dans une économie en croissance, est diversement distribué entre les différents secteurs qui se situent à des stades inégaux de leur croissance. De là, la difficulté d'appliquer des modèles macro-économiques (2), spécialement post-keynésiens, simplificateurs des réalités d'une économie en devenir. La dynamique de la croissance des économies pauvres doit s'analyser non pas exclusivement en termes globaux mais aussi et surtout sous l'angle sectoriel.
(2) Ces modèles s'articulent généralement autour d'une relation qui associe le taux de croissance du produit national (y), le taux d'épargne (s) et le coefficient moyen de capital (k), telle que: y =~. k 16

Aussi en raison de la structure agraire des sociétés africaines, l'agriculture, entéléchie des économies nationales, est le secteur que doit privilégier l'effort de développement. Les modalités pour intégrer ce secteur à l'.économie moderne, afin de rompre définitivement la marginalisation scandaleuse de la majorité rurale par la minorité citadine et entraîner une transformation rapide des structureS socio-économiques tournée vers le bienêtre social, seront examinées dans le deuxième chapitre de cet ouvrage. Il sera précédé de l'examen de certaines des variables communes à tout processus de développement. Conçu comme étant l'accès d'une collectivité en croissance continue à la modernité, un développement rapide implique celui de l'industrie. L'adoption d'une technologie industrielle donnée dépend de l'état et des modalités d'évolution des structures socio-économiques. L'analyse des conditions nécessaires à la création d'une industrie nationale viable, quelle que soit la nature juridique de la décision (privée ou/et publique), est l'objet du troisième chapitre de ce livre. La place et le rôle grandissants des structures politicoadministratives dans les sociétés modernes, par-delà les justifications historiques (le nationalisme issu des mouvements d'indépendance), idéologiques et socio-économiques, ont conduit au démembrement de l'État. Recentrer l'État sur lui-même c'est réaffirmer sa nécessaire intervention, outre ses fonctions naturelles, dans le développement et la régulation économique. Mais c'est également libérer et promouvoir l'initiative privée (individuelle et collective) : le « tout-État» tue l'État, le « non-État» tue la Vie. C'est dire que les orthodoxies dominantes telles que le libéralisme pur, le keynésianisme et le marxisme sont inadaptées aux conditions des économies africaines. Tel est l'objet du dernier chapitre de cet ouvrage, mais tel est aussi le sens profond de ce travail.

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