L'universel (au) féminin

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L'universalité d'une action ou d'une oeuvre remarquable ne doit-elle pas se définir par-delà le genre ? Ces femmes, que nous n'hésitons plus à compter au nombre des grandes figures de l'humanité, ont d'abord dû s'imposer dans le contexte d'une culture dominée par des valeurs masculines qui tendaient à les confiner dans une nature ou dans un rôle. En s'appuyant tour à tour sur des documents biographiques, des portraits psychologiques, des analyses historiques et philosophiques, il s'agit de dégager progressivement les conditions d'un éternel féminin - loin des embarrassants clichés de "l'éternel féminin".
Cet ouvrage est une publication de la Fondation Ostad Elahi
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
Lecture(s) : 68
EAN13 : 9782336270180
Nombre de pages : 192
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L’UNIVERSEL (AU) FÉMININ Hannah Arendt, Camille Claudel, Marie Curie, Françoise Dolto, Eleanor Roosevelt, Clara Schumann

Sommaire
Message de Madame Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité..................................................................... 13 Introduction ................................................................... 19

Table ronde Marie Curie, Hannah Arendt, Françoise Dolto
Présentation par Jean-Paul Guetny................................. 23 Marie Curie, la femme et la science, par Hélène Langevin Joliot ................................................. 29 Discussion ...................................................................... 48 Le monde commun, par Laure Adler................................ 53 Discussion ...................................................................... 61 « Toute parole fait vivre », par Jean-Pierre Winter........... 69 Discussion ...................................................................... 86

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Table ronde Eleanor Roosevelt, Clara Schumann, Camille Claudel
Eleanor Roosevelt, la première First Lady de l’Amérique, par Hélène Harter................................... 103 Discussion .................................................................... 121 Clara Schumann : un destin accompli. Une universalité relative ?, par Brigitte François-Sappey ........................... 127 Discussion .................................................................... 146 Camille Claudel, la pensée en sculpture, par Anne Delbée............................................................... 151 Discussion .................................................................... 163 Les auteurs................................................................... 185 Autres publications de ou sous l’égide de la Fondation Ostad Elahi aux Éditions L’Harmattan .... 191

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Remerciements à Macha Meril1 pour sa participation active au débat.

1.

Comédienne, romancière, productrice et réalisatrice de films et de pièces de théâtre.

Cet ouvrage est extrait des actes de la journée d’étude organisée le 10 septembre 2005 à l’Unesco, dans le cadre de la quatrième édition de la Journée de la solidarité humaine par la Fondation Ostad Elahi – Éthique et solidarité humaine. « Faire émerger en l’homme les caractères de l’humanité véritable ». Ce projet auquel Ostad Elahi (1895-1974) a consacré sa vie entière, la Fondation Ostad Elahi – Éthique et solidarité humaine, reconnue d’utilité publique, le poursuit afin de favoriser l’esprit de tolérance et de solidarité entre les hommes et de contribuer ainsi au rapprochement des cultures et des peuples. Elle est guidée dans sa tâche par une idée forte : aucun élan de solidarité ne produira d’effets réels et durables s’il ne s’accompagne d’un souci éthique capable d’engager les hommes à faire d’abord la paix avec eux-mêmes en cultivant activement les caractères qui constituent leur humanité véritable. L’éthique ainsi comprise dépasse le conflit des valeurs puisqu’elle puise ses principes dans le seul patrimoine qui nous soit réellement commun : l’esprit lui-même, ou la dimension spirituelle – à la fois universelle et objective – qui traverse toutes les sphères de l’activité humaine.
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Une telle éthique procède à la fois d’une démarche d’apprentissage et d’une expérience personnelle quotidienne réfléchie. Si elle se relie aux formes les plus anciennes de la philosophie, la question de son adaptation à la vie contemporaine et des conditions de son efficacité reste cependant entière. La Fondation porte ainsi une attention particulière aux projets, notamment de recherche et d’enseignement, susceptibles d’en éclairer les modalités. Qu’ils soient à l’initiative de la Fondation ou bien d’organismes, de chercheurs ou d’enseignants sollicitant son soutien, ces projets participent de l’esprit d’ouverture et de tolérance propres à la laïcité et privilégient un examen rationnel, voire scientifique, des questions soulevées. Considérant que les enjeux individuels et sociétaux de l’éthique sont indissociables, la Fondation s’investit sur ces deux versants de sa mise en œuvre. À travers ses programmes (colloques, séminaires, groupes d’étude, soutien à la recherche, publications, manifestations culturelles, etc.), elle vise à sensibiliser le grand public aux interactions de l’éthique avec les différents domaines de l’activité humaine, elle sollicite des experts et chercheurs de disciplines variées (médecine, éducation, philosophie, psychologie, sociologie, histoire, religions, etc.) et établit également des collaborations avec des institutions et organismes publics, nationaux ou internationaux (Unesco, Sciences Po, etc.). Le Conseil de l’Europe et l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, tout comme le ministère de l’Intérieur, sont les membres de droit du Conseil d’administration de la Fondation. Leur implication souligne l’originalité de la vocation de celle-ci : par
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la diffusion d’une éthique concrète, objective et universelle, contribuer à mettre l’homme, quelle que soit sa culture, en relation avec sa dimension essentielle, celle de l’esprit. Car ce lien, concrétisé et approfondi, renforce et enrichit la solidarité en développant le respect réel de la dignité et des libertés humaines : la liberté de réflexion et d’opinion, mais aussi la liberté du choix de sa croyance et du sens que chacun veut donner à sa vie. Le concept d’une Journée de la solidarité humaine s’inscrit dans cette perspective : il a trouvé sa première réalisation en 2002 à l’occasion de la commémoration des événements du 11 septembre 2001. Il s’agissait alors de pérenniser la prise de conscience provoquée par ce choc en la prolongeant par une réflexion et un travail autour de l’idée d’un patrimoine éthique universel.

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Message de Madame Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité
L’universel, sous toutes ses formes, est l’un des caractères clés du monde contemporain. Sa prédominance marque la rupture essentielle de notre époque avec le monde d’hier. Nous nous inscrivons désormais dans une histoire universelle ; nous accédons aux œuvres universelles de l’ensemble des aires de civilisation – ainsi des arts premiers, par exemple ; nous avons conscience, au-delà de nos communautés d’appartenance et de nos cultures respectives, de faire partie d’une communauté universelle : l’humanité. L’accès à cet universel est devenu l’étalon de mesure de la situation d’un pays. C’est le principal critère de discrimination entre les peuples mais aussi entre les sexes. Pendant longtemps, la nature et le rôle qu’attribuaient aux femmes les discours mythiques puis religieux et philosophiques leur interdisaient de contribuer à enrichir l’universel par leurs actions comme par leurs œuvres. Les femmes étaient assujetties à une essence féminine, censée les empêcher d’accéder à l’universel, tandis que les hommes s’at13

tribuaient seuls la possibilité de dépasser leur condition sexuée pour atteindre la généralité la plus haute. Les femmes se voyaient en conséquence interdire l’éducation comme l’accès aux fonctions publiques. La contribution féminine à l’universel est demeurée ponctuelle, cantonnée à des œuvres littéraires et artistiques essentiellement. Au XXe siècle, un bouleversement unique s’est produit : les femmes ont massivement investi la sphère de l’universel, et dans tous les domaines : scientifiques, littéraires, philosophiques, artistiques, politiques et économiques. Les exemples sont innombrables : Marie Curie, Marguerite Yourcenar, Tony Morrison, Elfriede Jelinek, Simone Weil, Hannah Arendt, Golda Meir, Indira Gandhi, etc. Dans le même temps, les femmes accédaient progressivement à l’éducation, investissant l’école puis l’université et s’illustrant dans l’ensemble des domaines du savoir. Cette entrée massive s’est accompagnée d’une interrogation sur l’identité de l’universel qui nous a été légué. Les œuvres philosophiques, esthétiques, scientifiques créées par des hommes sont-elles marquées du sceau de la masculinité ou dépassent-elles toute identification de genre ? Le féminisme a d’abord affirmé la possibilité d’échapper à son appartenance sexuée, dans la volonté louable de faire tomber le carcan des stéréotypes qui assignaient tel rôle et telle place à la femme du fait de son être femme. Mais cet « universalisme abstrait » faisait l’impasse sur les données naturelles. Or prendre en compte la réalité biologique de la différence des sexes ne revient pas à enfermer fem14

mes et hommes dans des histoires d’hormones et des rôles inéluctables. La dissemblance n’est pas l’inégalité : ce n’est pas la première qu’il faut renier, c’est la seconde qu’il convient d’éradiquer. En ce sens L’universel (au) féminin est un titre bienvenu, tout individu ayant à la fois une identité biologique et une faculté de pensée et d’agir qui la dépasse. Chacun accède à l’universel à partir de sa condition de femme ou d’homme et lui donne sa touche propre, qui est d’ailleurs moins fonction de son genre que de sa sensibilité, de son intelligence et de sa culture propres. L’accès des femmes à l’universel vient, non seulement enrichir le savoir et le patrimoine artistique, mais encore, il apporte de nouvelles approches et de nouveaux sujets – voyez par exemple l’originalité de la sculpture de Camille Claudel ou l’étude de la psychologie enfantine menée par Françoise Dolto. Plus que d’universel féminin, il faudrait donc parler d’un universel au féminin. L’accès à l’universel a aussi une portée plus concrète : c’est l’accès aux fonctions politiques, la politique étant la gestion de l’universel pour une collectivité. Notons d’ailleurs, plus largement, que c’est par son régime politique qu’un peuple s’élève ou non à l’universel et que c’est la démocratie qui assure l’accès de tous à l’universel le plus large : elle donne à chacun le droit d’élire ses gouvernants et la possibilité de gérer les affaires de la cité ; elle assure l’éducation de tous ; elle garantit et encourage la libre diffusion des œuvres de l’esprit et permet à la science et à la culture de s’épanouir grâce à la paix
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qu’elle favorise. L’universel au féminin passe donc, par l’implantation du régime démocratique dans les pays qui l’ignorent encore. L’universel se conçoit aussi de tout ce qui a, désormais, une dimension universelle, au sens géographique du terme. C’est le cas de la sphère économique et financière, aujourd’hui largement globalisée. Dans ces domaines, la politique comme l’économie, les femmes n’ont pas encore conquis toute la place qui leur revient. La France s’efforce, à travers les réformes en faveur de la parité dans les fonctions électives et, actuellement, la discussion du projet de loi en faveur de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, de faire progresser l’égalité dans tous les secteurs de la vie collective. Certains pays sont moins avancés que d’autres. Il en est même où l’accès à l’universel est encore refusé aux femmes dans sa globalité. Mais, partout où la place des femmes s’élargit, les façons d’agir et les préoccupations évoluent. Un universel d’origine féminine voit ainsi progressivement le jour, infléchissant et complétant l’universel jusqu’ici dominant. L’universel demeure, par conséquent, un combat pour toutes les femmes, un combat auquel la France prend toute sa part. La défense des droits fondamentaux des femmes à travers le monde est une de mes priorités. Le Gouvernement a participé au 10e anniversaire de la « Plate-forme pour l’Action » qui avait été adoptée par la 4e conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995. Nous nous sommes engagés à poursuivre la mise en œuvre de son pro16

gramme d’action et à placer la promotion des droits des femmes et la dynamique de l’égalité au cœur des objectifs du millénaire pour le développement. Le thème de ce colloque constitue une déclinaison importante de cette Journée de la solidarité humaine instaurée à la suite des attentats du 11 septembre 2001 : la solidarité humaine est aussi une solidarité envers les femmes de tous les pays qui luttent pour accéder à l’universel. Et l’accès progressif du plus grand nombre à l’universel est une condition du renforcement indispensable de la solidarité humaine.

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Introduction
L’universalité n’est pas un privilège de naissance, ni l’œuvre d’un jour. Elle ne s’obtient pas par décret, en vertu du principe de parité. Elle réclame des médiateurs, des intercesseurs et des relais, toute une chaîne de la reconnaissance. Elle doit s’attester et se consolider au fil du temps et des générations, parfois aussi vaincre les résistances qu’oppose au génie le poids des préjugés et des habitudes. En détournant un mot fameux de Simone de Beauvoir, on pourrait dire : on ne naît pas universel, on le devient. Cela est encore plus vrai lorsqu’on est une femme. Celles que nous n’hésitons plus à compter au nombre des « grands hommes » de l’histoire ont d’abord dû faire reconnaître leur excellence dans le contexte d’une communauté ou d’une culture largement masculines. Cela n’a pas toujours été simple. Parmi ces personnalités d’exception, certaines vécurent dans l’ombre d’un époux ou d’un frère célèbre, et la postérité fut souvent moins injuste à leur égard que leurs contemporains. Mais au-delà de ces obstacles et des questions encore très actuelles qu’ils soulèvent concernant l’évolution de nos sociétés, il reste à s’interroger sur l’idée même d’une particularité féminine dans l’accès à l’universalité. L’universel se décline-t-il au féminin ? Et comment éviter, en formulant cette
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