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La démocrature

De
368 pages
La démocratie en Afrique, selon l'auteur, ne respecte pas toujours les libertés et la participation des citoyens.
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LA DÉMOCRATURE
DICTATURE CAMOUFLÉE. DÉMOCRATIE TRUQUÉE

Du MÊME AUTEUR Économie

- Géographie

- Histoire - Politique

Le self-service en Suisse et dans le monde, Prix« Edouard Folliet », Université de .

Genève, 1953.

Les Anniviards. Essai de géographie humaine d'une vallée suisse (Miméo), Genève, 1958. Réflexions sur l'anti/éminisme suisse, Les Editions du Temps, Genève, 1959. Jean-JacquesRousseau au Val d'Anniviers, ou Les Lettres sur le Valais, Les Alpes, Berne, 1959. L'orange d'Espagne sur les marchés européens. Le problème oranger espagnol, Les Editions du Temps, Genève, 1962. La Suisse, sa neutralité et l'Europe, Les Editions du Temps, Genève, 1965. Méthodologie de l'enseignement de la géographie, Prix «Anhur de Claparède », Mémoires de l'I.P.N., 1, Kinshasa, 1966. Le mythe de l'établissement des Huns et des Sarrasins dans les Alpes, Les Alpes, Berne, 1966. De l'Eurafrique. Utopie ou réalité? Les métamorphoses d'une idée. Editions CLE, Yaoundé, 1972. The Congo Bassin and adjacent Areas, Textbook for Teaching Geography of Mrica, UNESCO/Longmans, Londres, 1975. Africana. L'Afrique d'hier à demain, Les Editions du Temps, Genève, 1977. La Guinée Equatoriale. Un pays méconnu, L'Harmattan; Paris, 1980. Guinée Equatoriale. De la dictature des colons à la dictature des colonels, Les Editions du Temps, Genève, 1981. De la Guinée Equatoriale. Eléments pour le dossier de l'a/ro-fascisme, Les Editions du Temps, Genève, 1983. O.N.U. et dictatures. De la démocratie et des Droits de l'Homme, L'Harmattan, Paris, 1984. Il était une fois la vache, in Le Pays où les vaches sont reines, Editions Monographic, Coll. Mémoire vivante, Sierre, 1986. Connaître la Guinée Equatoriale, Editions des Peuples noirs, Rouen, 1986. Historical Dictionary on Equatorial Guinea, Scarecrew Press, Metuchen (N.J.), 1979,2' édition augmentée, 1988, 3' édition en préparation. Aequatorial-Guinea, in Politisches Lexikon Africa, C.H. Beck, Munich, 1984 ; 3' éd. révisée, 1987 ; 4' éd., 1988. Brève histoire de la Guinée Equatoriale, L'Harmattan, Paris, 1988. Small is not always beauti/ull. The story of Equatorial Guinea, C. Hurst and Co, Londres, 1989. De l'éradication du crétinisme et autres phénomènes remarquables tels qu'on les peut observer dans la région des Alpes pennines. Editions de l'Aire, Lausanne, 1989. Paroles d'Helvète. Europe: l'accent suisse. Les Editions du Temps Genève, 1990. L'Afrique à refaire. Vers un impôt plantétaire, L'Harmattan, Paris, 1992.

Max LINIGER-GOUMAZ

LA DÉMOCRATURE
DICTATURE CAMOUFLÉE DÉMOCRATIE TRUQUÉE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

Poésie - Reportages

Soliloque logogriphe d'un géographe enseignant, Plaquette (Emmanuel von Kirchendorf), dessins de Gil Pasteur, Les Editions du Temps, Genève, 1967. La Pigale fédérale ou les gaietés du Cameroun, Album illustré (Emmanuel von Kirchendorf), Les Editions du Temps, Genève 1970. Voyez la technique. La ronde des métiers du Cameroun, Album illustré (Emmanuel von Kirchendorf), Les Editions du Temps, Genève, 1971. Suivez la mode. La ronde des métiers de Côte-d'Ivoire, Album illustré (Emmanuel von Kirchendorf), Les Editions du Temps, Genève, 1976.

Bibliographies - Statistiques Pygmées et autres races de petite taille. Bibliographie générale, Les Editions du Temps, Genève, 1968. Villes et problèmes urbains de la République démocratique du Congo, Les Editions du Temps, Genève, 1968. Préhistoire et protohistoire de la Républiqu"edémocratique du Congo, Les Editions du Temps, Genève, 1969. Eurafrique. Bibliographie générale, Les Editions du Temps, Genève, 1970. Bibliographies africaines, I, Energie, Politique, Population, Transports, Les Editions du Temps, Genève, 1971. Henry Morton Stanley (en collaboration avec Gerben Hellinga), Les Editions du Temps, Genève, 1972. Bibliographies africaines, II, Frontières Légendes, Orographie, Population, Les Editions du Temps, Genève, 1974. Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, I, Commission nationale suisse pour l'Unesco, Berne 1974 (1782 tîtulos). Guinea Ecuatorial. Bibliografia general, II, Commission nationale suisse pour l'Unesco, Berne, 1976 (2010 tîtulos). Kivu-Maniema (République du Zaïre), Bibliographie générale, Les Editions du Temps, Genève, 1976. Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, III, Commission nationale suisse pour l'Unesco, Berne, 1978 (1219 tîtulos). Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, IV, Commission nationale suisse pour l'Unesco, Berne, 1980 (1106 tîtulos). Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, V, Volumen recapitulativo (Referencias 1-8125), Les Editions du Temps, Genève, 1985. Estadisticas de Guinea Ecuatoria!. Statistics of Equatorial Guinea, Statistiques de la Guinée Equatoriale nguemiste. Données pour comprendre un désastre politique, Les Editions du Temps, Genève, 1986 (épuisé). Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, VI, Les Editions du Temps, Genève, 1987. Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, VII, Les Editions du Temps, Genève, 1991. Guinea Ecuatoria!. Bibliografia general, VIII (en préparation).

« Ma patrie est là où la liberté n'existe pas. » Thomas PAINE, 1776 «N'importe quel despote peut contraindre ses esclaves à chanter des hymnes à la liberté ». Mariano MORENO,8 décembre 1810 « Si l'on veut éviter le parti unique et la dictature sanglante que celui-ci finit toujours par entraîner, il faut organiser le multipartisme. La démocratie est ce qui manque le plus à l'Afrique ». Léopold S. SENGHOR in J. Dumouin, "Ouverture démocratique". L'Expresse, Paris, 6 mars 1978 « On nous dit que nous ne sommes pas prêts pour la démocratie. Mais pour apprendre, ne faut-il pas s'y engager? » Alpha Oumar KONARE in M. Bessaguet, "Bamako, miroir de l'Mrique''. Géo, Paris, mars 1991 « Ne pouvant faire qu'il soit forcé d'obéir à la justice, on a fait qu'il soit juste d'obéir à la force ».
Blaise PASCAL

Les Pensées, Paris, 1670

Note: Dans ces pages, nous utilisons les toponymes hérités par le pays à l'indépendance. Depuis lors, le pouvoir non représentatif des nguemistes a modifié divers noms. Signalons pour mémoire: Fernando Poo Bioko San Carlos Luba San Fernando Ela Nguema Concepcion Riaba Sant Isabel Malabo Punta Fernanda Punta de la Unidad africana Quant à l'île d'Annobon, elle a été rebaptisée Pagalu (<< Papa Coq» l'emblème électoral de Macias Nguema, mais sous la pression populaire, les nguemistes ont dû revenir au terme Annob6n.

@ L'Harmattan, 1992
ISBN: 2-7384-1324-2

Introduction

«

La dictatureparfaiten'est pas le commu-

nisme. Ce n'est pas l'URSS. Ce n'est pas Fidel Castro. La dictature parfaite, c'est le Mexique. C'est la dictature camouflée. Elle a les caractéristiques d'une dictature: la permanence, moins d'un homme que d'un parti. Et d'un parti inamovible ».
Mario VARGAS LLOSA

in Tam-Tam. Barcelone, décembre 1990, p.8.

C'est dans le Keynes Hall du King's College de Cambridgeoù enseignait le célèbre économiste -, puis au Colegio Nuestra Senora de Africa, à Madrid, et à l'Université de York, à Toronto, entre février et mai 1991, que j'ai eu l'occasion de présenter et d'affiner la définition du néologisme Démocrature, à l'occasion de trois réunions internationales abritées par ces institutions vénérables. Des professeurs de nombreuses Hautes Ecoles, d'une vingtaine de pays, des délégués de plusieurs Organisations non-gouvernementales représentées à la Commission des Droits de l'Homme des Nations unies, des milieux africanistes, de nombreux correspondants de divers grands journaux, ont disséqué entre autres le cas de la Guinée Equatoriale. A Madrid, ils ont notamment pris connaissance du rapport d'enquête du juge espagnol J.-M. Sam Bayon, de novembre 1990, qui fait état du viol généralisé des libertés fondamentales dans ce pays, de la corruption, du népotisme, de la torture et des autres violences, etc., tout ceci sous le déguisement d'une Constitution énonçant nombre de beaux principes (Annexe V). Il est malheureusement établi, notamment à travers des observateurs italiens, que quelque 117 pays sont aujourd'hui convaincus d'utiliser de tels procédés, en particulier en Afrique. . 9

Aussi, les questions fusent sur les causes du désordre africain et sur le pourquoi de la persistance de régimes et d'Etats pourtant obsolètes. Les années 80 constituent manifestement une « décennie perdue» durant laquelle plusieurs pays, jadis classés dans le groupe à revenu moyen (Ghana, Guinée Equatoriale, Liberia, Siio Tomé, Zambie) ont dégringolé dans le groupe des Pays les moins avancés de la famille onusienne. Nulle part ne s'est produit un miracle; mais les peuples se réveillent, leur désarroi et une sourde inquiétude les lançant toujours plus fréquemment dans la rue. Ils entendent protester contre ceux qui, depuis la décolonisation, organisent le sous-développement et s'enrichissent à leur

dépens 1. Et parce que, par-ci par là, les dictateurs ont fait mine
de reculer (essentiellement pour anesthésier leurs sponsors du Nord), autorisant plusieurs partis, plusieurs journaux, d'aucuns voient déjà l'Mrique libérée. «Depuis l'été [1990], c'est une épidémie de démocratie, avec une poussée de fièvre particulièrement marquée en octobre »... «Au Tchad, au Burkina-Faso, à Madagascar, en Ethiopie, en Guinée Equatoriale et en Centrafrique, les certitudes des partis uniques vacillent »... « Est-ce donc vrai, ce que prévoient les futurologues: l'Afrique sera le continent du troisième millénaire, la terre d'élection du Verseau? »... En somme, l'Afrique de l'horoscope! Serait-ce la fin de l'ère des tyrannies? Nous verrons qu'il n'en est rien, hélas! Se pose en premier le problème de l'échec des politiques de développement - qui n'est toutefois pas la préoccupation première des pages qui suivent - un échec dû à une lutte maladroite contre l'ancestral décalage de l'Afrique par rapport aux sociétés d'Asie et d'Europe, pour avoir privilégié les seuls facteurs externes, notamment en omettant de prendre en compte la femme africaine. Le développement a été, et reste malheureusement encore, une affaire d'homme. Il en est de même en matière de gestion des affaires publiques. Et lorsqu'on étudie les problèmes de l'Etat africain, de l'individu, de la nation, de la liberté, du bonheur, de l'indépendance, etc., on lorgne à travers des lunettes qui ne perçoivent guère que les activités spéculatives (plantations, mines), masculines, et on demeure aveugle devant
1. .Turoldo, D.M., Moretti, R, Mani sulla vita, Bologne, 1990; Possy, G., «Dictature ou Liberté. L'~ique bouge! » 24 Heures, Lausanne, 15 novembre 1990, p. 8 ; Faure, M., « La Hongrie avant la Zambie ». L'Express, Paris, 27 avril 1990, pp. 41-43 ; Jackson, ~.H., Rosberg, e.G., « Why Mrica's Weak Studies Persist: The Empirical and Juridical In St~tehood ». World Politics, 35. Princeton, 1982, pp. 1-24 ; Ory, P. (Dir), Nouvelle h,sto,re des idées politiques, Paris, 1989; Hoche, Ch., «Mrique: naufrage d'un con~ent.». L'Express, Paris, 27 avril 1990, pp. 38-40; Sorman, G., «Comment on devient riche à la tête des pays pauvres ». Figaro-Magazine, Paris, 10 mars 1990 pp. 36-37 ; Halévy, E., L'ère des tyrannies, Paris, 1990. '

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les activités de subsistance, essentiellement féminines, mais déterminantes au premier chef pour la survie de l'Afrique. Aussi, le regard des politologues a-t-il presque toujours été attiré d'avantage par le leurre des prébendes perçues par les autocrates post-indépendance - version africanisée de la ponction coloniale -, et néglige «le sort des peuples africains soumis presque systématiquement à l'arbitraire et aux caprices du président chef de parti» 2.De sorte que l'on a le plus souvent négligé la réflexion sur ce que l'on commence maintenant à appeler démocrature. Ce néologisme, utilisé la première fois par l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano (repris en 1989 par une équipe de l'Académie mexicaine des droits de l'homme, puis en 1990 par P. Hassner, mais à propos des changements en Europe orientale), ce néologisme recouvre l'essentiel d'un naufrage africain auquel beaucoup de pages, trop peut-être, ont été consacrées, sans assez dénoncer le phénomène. La présente confrontation du mal sournois de la démocrature et du mal-être de la grande majorité des Africains vise à affiner le débat général sur les régimes politiques africains, débat qui a mis surtout en lumière le pouvoir néo-patrimonial - dans le sens défini par Max Weber, et plus récemment par J.-F. Médard et d'autres - qui sévit dans la plupart des républiques, voire royaumes d'Afrique. Ce néopatrimonialisme est un régime caractérisé par la confusion du domaine public et du domaine privé. Un peu partout, l'Etat ressemble à un fromage dans lequel des rats, civils et militaires, se font leur trou. Tribalisme, régionalisme, népotisme et clientélisme sont souvent les composantes et causes de l'écrasement des peuples. Cela mène tout droit à l'afro-fascisme 3 (qu'il soit rouge
2. Bourgui, A., « L'Afrique: le réveil de la démocratie ». Afrique 2000, l, Genève, avril-juin 1990, pp. 63-68. Divers, « Démocracia 0 Democradura ». Boletin de la Academia mexicana de derechos humanos, 9-10. Mexico, 1989; Hassner, P., «"Démocrature" et "Réfolution" ou transition bouleversée », in Gremion, P., Hassner, P., Vents d'est. Vers l'Europe des Etats de droit? Paris, 1990, pp. 115-134; Weber, M., The Theory of Social and Economic Organisation, Glencoe (ill.)., 1947; Médard, J.-F., « La spécificité des pouvoirs africains ». Pouvoirs, n° spécial Les pouvoirs africains, Paris, 1983, pp. 5-21 ; Mescheriakoff, A.S., « L'ordre patrimonial: Essai d'interprétation de l'administration de l'Afrique francophone subsaharienne ». Revue française d'Administration publique, 42. Paris, avril-juin 1987. Sur la problématique weberienne du patrimonialisme, d. encore Larif-Béatrix, A., Edification étatique, environnement culturel. Le personnel politicoadministratif dans la Tunisie contemporaine, Paris, 1988, qui démontre la pérennité du même mode de domination, de la période ottomane à Bourguiba. La colonisation a fait de même, malgré les dénégations de la geste coloniale. Depuis l'indépendance, il y a routinisation du charisme. 3. Liniger-Goumaz, M., De la Guinée Equatoriale nguemiste. Eléments pour le dossier de l'a/ro-fascisme, Les Editions du Temps. Genève, 1983; Ait Ahmed, Les droits de l'homme dans la charte et la pratique de l'OUA, Nancy, 1977, pp. 332-326. Cf. également Pereira Rodriguez, T., Apuntes para un esquema de las relaciones maritimo-comerciales entre Canarias y los Territorios dei Golfo de Guinea (1858-1900), VI Coloquio de Historia

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ou noir, ou encore en tenue léopard), que d'aucuns préfèrent appeler despotisme obscur, avec pour résultat l'absence de confrontation des idées, l'étouffement de tous les pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire, voire militaire, et la fétichisation du leader en tant qu'agent fondamental de la stabilité étatique et de la cohésion nationale; homme miracle. Nombre de chefs d'Etats africains, jouent «ce rôle tragi-comique des caudillos [et] reproduisent des modèles de bonapartisme sous-développés» 4 caractéristiques des Lumpenbourgeoisies, comme celles qui subissent des Bongo, Mobutu, Biya, Obiang Nguema ou Houphouët-Boigny, et de manière plus effroyable encore ex-Menghistu d'Ethiopie. Dans son allocution du 22<anniversaire de l'indépendance de la Guinée Equatoriale, le 12 octobre 1990, puis le 30 janvier 1990 au Congrès du parti unique qu'il dirige, Obiang Nguema n' a-t-il pas, une fois de plus, insisté sur l'indispensable «monolithisme politique, système le plus viable » ? Outre la violence plus ou moins sanglante avec laquelle ces pouvoirs exercent leur domination, on relève en général une instabilité intérieure qui explique le nombre élevé de réfugiés politiques et autres; ou encore les multiples coups ou tentatives de coups d'Etat, la plupart révolutions de palais; l'inefficacité de la gestion publique, généralement doublée d'une corruption et d'une prévarication sévissant du haut en bas de la hiérarchie au pouvoir; enfin, la dépendance de quelque protecteur étranger, de l'Ouest ou de l'Est 5. Parmi les divers espaces totalitaires, la Guinée Equatoriale, ancienne Guinée espagnole, parvenue à l'indépendance le 12
octobre 1968

-

mais bénéficiant

d'une littérature

très limitée-

répond à tous ces critères; c'est pourquoi, elle servira de laboratoire à nos réflexions. Le Département d'Etat américain, dans son plus récent Post Report on Equatorial Guinea 6, malgré
Canario-Americana. Las Palmas, 1984, pp. 419-452 ; Pereira Rodriguez, T., Aspectos maritimo-comerciales del colonia/ismo espanol en el Golfo de Guinea (1900-1930), Il Aula Canarias y el Noroeste de Africa. Las Palmas, 1986, pp. 247-272. 4. Cf Kodjo, E., ... Et demain, l'Afrique, Paris, 1985, p. 123. 5. Cf en particulier le n" 25 de la revue Pouvoirs, Paris, avril 1983,208 p., consacré aux « Pouvoirs africains»; cf. simultanément la critique de ce numéro par N'Zembellé, « L'Afrique des "africanistes" ». Peuples noirs - Peuples africains, 50. Rouen, mars-avril 1986, pp. 8-43; pour la Guinée Equatoriale, cf. Editorial « Corrupci6n en Guinea [Ecuatorial] », Diana 16. Madrid, 22 octobre 1988, p.3; Rojo, A., « El clan de Mongomo ». Diario 16, Madrid, 24 octobre 1988, p. 13, ill. 6. United States Department of State, Post Report on Equatorial Guinea, Washington, octobre 1986, 12 p., ill (p. 10). Dans un livre antérieur (Comment on s'empare d'un pays. l La Guinée Equatoriale, Genève, 1989), nous reprochions aux géographes de ne pas traiter des diverses oppressions politiques. C'est avec joie que nous avons découvert Burgel, G., (géographe), « Les espaces des totalitarismes », in Forces et faiblesses des totalitarismes, Fribourg, 1987, pp. 55-56.

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les précautions diplomatiques d'usage, confirme ce que répètent les rares observateurs compétents: «En fait, le pays est sous l'emprise absolue du Président ». Les Rapports annuels du Département d'Etat, sur les Droits de l'homme dans le monde, confirment cet état de choses, ainsi que les pratiques de torture. Or, ces évidences, que nous allons éclairer davantage, se trouvent trop souvent contestées par divers intérêts du Nord, soit par des particuliers, inconnus des milieux africanistes. Un exemple: suite à un article dans un quotidien de Suisse romande, montrant la différence entre les trois Guinées africaines (Conakry, Bissau, dictatures de gauche; Equatoriale, militaro-fasciste), ce journal a

reçu une lettre significative7. Le correspondant affirmait,
contrairement à l'évidence: «Le président Biang Nguema Bazogo [sic) qui a succédé à Obiang Nguema [sic] (mort en 1981, sauf erreur, et qui était effectivement un fou sanguinaire [Macias Nguema a été fusillé en 1979], s'efforce de sortir son pays du sous-développement et d'instaurer un régime démocratique ». Or, en mars 1990, l'Evénement du Jeudi évoquait pour la Guinée Equatoriale un «parti unique non marxiste dur. Pouvoir clanique. Conditions d'incarcération effrayantes »... Mais l'auteur de la lettre de poursuivre que pour se démocratiser « la Guinée Equatoriale a beaucoup renforcé ses liens avec l'Afrique centrale en générale et le Cameroun en particulier en entrant dans la zone du franc CFA (monnaie commune à de nombreux pays africains francophones et liée au franc français) et en devenant membre de l'UDEAC (Union douanière économique [sic] d'Afrique centrale ». « Dans un monde où les dictatures de gauche et de droite ont la vie dure, il me semble important de parler d'un pays, aussi petit soit-il, qui va vers la démocratie» (c'est nous qui soulignons). Voici l'exemple-type de désinformation naïve (sinon de mésinformation). Mais cet exemple n'est pas isolé. Outre l'effort d'une certaine presse des milieux d'affaires, de faire l'éloge du régime du général de brigage Obiang Nguema, divers périodiques spécialisés dans les affaires diplomatiques ou africaines ont fait état d'une campagne de désinformation lancée dans plusieurs

médias français 8. Nous y reviendrons. Par ailleurs, certains
7. Ruch, ].-P., «Vers la démocratie », 24 heures, Lausanne, 20 février 1986, p.2 ; Département d'Etat, Country Reports on Human Rights Practices for 1989, Washington, février 1990; Divers, L'Evénement du Jeudi, Paris, 8 mars 1990, pp. 30-31; Eya Nchama, C.M., «Democrâcia en Guinea ». El Pais. Madrid, 9 septembre 1991, p. Il. 8. Liniger-Goumaz, M., « Les rapports d'Amnesty International et la désinformation. Comment la Guinée Equatoriale est devenue le paradis des droits de l'homme ». Genève-A/rique. Revue de l'Institut universitaire d'études du développement et de la Société suisse d'études africaines, XXIV, 2. Genève, décembre 1986, pp. 137-146; Shivji, 1.,« The Pitfall of the Debate on Democracy ». i/da-dossier, Nyon, septembre-décembre 1990, pp. 55-58; Kervyn, A., «Les objectifs de l'Occident ». La revue nouvelle, Tournai,

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renégats de la résistance démocratique née dans la diaspora colportent les mêmes arguments sur un Obiang Nguema curieusement démocratophile. Il est entendu que le phénomène dictature n'est pas un mal spécifiquement africain. L'Europe aussi l'a subi, et connu de féroces; et c'est aussi une cruelle réalité en Asie ou en Amérique latine. La dictature, comme le sous-développement, n'est pas liée à des sociétés ou à des cultures particulières. L'exemple de l'Uruguay, où est né le concept de démocrature, en est la parfaite démonstration. Voici un pays qui montre les mêmes signes cliniques du sous-développement que les pays subsahariens. Un pays où la dictature a sévi selon des méthodes aussi répressives que les dictatures africaines passées et actuelles. Bien entendu, il existe plusieurs modèles de démocrature, plus ou moins féroces. L'exemple équato-guinéen est un des plus significatifs. Mais pour toutes les démocratures, on remarque que le camouflage ne trompe que ceux qui ont intérêt, au Nord, à ce que le public pense que tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. Ceux qui vivent la démocrature, quotidiennement, de l'intérieur, savent quels en sont ses méfaits. C'est pourquoi, nous allons, dans les pages qui suivent, disséquer le phénomène démocrature grâce au laboratoire équato-guinéen. Le processus qui a fait succomber la Guinée Equatoriale à une double dictature népotique, depuis 1968, d'abord communisante, puis franchement fascisante, confirme, si besoin est, que les extrêmes se rejoignent. Nous verrons que ni les traditions démocratiques d'une partie majoritaire des ethnies du pays, ni celles héritées de la décolonisation, n'ont trouvé grâce devant la bande de hors-la-loi qui accaparent le pouvoir et saigne le peuple depuis 1968. Ces hommes et ces femmes - et plus particulièrement Obiang Nguema et ses proches acolytes, parents directs ou pour le moins originaires la plupart du district de Wele-Nzas (chef-lieu, Mongomo) -, se voient qualifiés de Clan de Mongomo ; ou alors on les taxe aussi de nguemistes, comme d'autres l'ont été de franquistes, parce qu'à leur tête se sont trouvés, et se trouvent toujours, des Macias Nguema, Obiang Nguema, etc. Le Clan de Mongomo fait preuve depuis l'indépendance d'un grossier analphabétisme en matière de gestion des affaires publiques et économiques. Il est toutefois trop tôt encore pour prétendre décrire les bases sociales de l'Etat nguemiste, ses
. août-septembre 1958, pp. 118-126; Lefort, CL,« L'image du corps et le totalitarisme », in Invention démocratique, Paris, 1981, pp. 165-166 ; Berman, B.,« Structures and Processes in the Bureaucratic States of Colonial Africa ». Development and Change. XV, 2. Londres, 1984, pp. 161-202. Gillard, c., Le Règne de Francisco Macias Nguema sur la Guinée Equatoriale: un népotisme méconnu. Institut d'ét'udes politiques. Bordeaux, 1980.

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techniques de fonctionnement et les méthodes peu claires de son maintien; il y faudra des études ultérieures. A l'instar d'Edgar Morin, nous pensons qu'à travers le globe, là où elle fonctionne, la démocratie, dans l'état actuel, est encore éloignée de la forme achevée ~ ; par ailleurs, la démocratie varie forcément dans sa pratique, se confondant par malheur souvent avec technocratie. En fait, la démocratie dans son sens holistique sous-tend que non seulement le citoyen participe effectivement aux affaires de la société, mais encore qu'il prenne une part active dans le contrôle et la gestion de l'Etat et de l'économie. Les meilleures garanties de l'Etat de droit sont sans conteste les citoyens. On peut relever que ce qui fait la caractéristique de l'idée démocratique, c'est la toute simple « constitutionnalisation d'une règle de jeu pluraliste» qui admet la possibilité de l'alternance. La démocratie est en effet non la critique sans fin du régime en place, mais la pratique démocratique grâce à une régulation des conflits par l'institutionnalisation d'une opposition sans violence entre les divers courants d'idées et des divers intérêts. Le respect des droits de l'homme, l'alternance et le compromis en sont les conditions essentielles. Ce sont ces caractéristiques que les nguemistes - et leurs trop nombreux collègues à travers l'Afrique, et ailleurs - ne parviennent pas à accepter, voire à comprendre, trop imbus qu'ils sont d'euxmêmes et braqués sur leurs intérêts égoïstes. Aussi refusent-ils la règle du vrai jeu démocratique qui permet à la diversité sociale, culturelle, politique d'être productive à travers ses conflits, ces derniers pouvant même devenir créateurs. Hélas, d'Ouest en Est, du Nord au Sud de l'Afrique, les démocratures perdurent: au Kenya, sous la gouverne du président Arap Moï, on assassine, défenestre, réprime au point que même les USA ont fait savoir, dès mai 1990, qu'ils allaient conditionner la poursuite de leur aide au respect des droits de l'homme et au progrès d'une démocratie véritable; au Cameroun où, sous la gouverne du président Biya, la curieuse police secrète du « Centre National d'Etudes et de Recherches» et l'armée arrêtent avocats (Yondo Black), écrivains (Albert Mukong), journalistes (en mai 1990, dix journalistes de la Radio nationale, pour avoir parlé de multipartisme), blessent et
9. Morin, E., Penser l'Europe, Paris, 1987, p.25 ; cf. aussi Divers, Taking democracy seriously: socialists and democracy in Africa, 1989 Conference of the Review of African Political Economy, 22-24 septembre 1989 (Africa Society Research Unit, Unive~ity of Warwick, Coventty) ; Liniger-Goumaz, M., «Guinea Ecuatoriale. L'eterno ritorno dei mongomo », Nigrizia, CVII/9. Vérone, 1989, pp. 20-21, ill; Horse, M., «Quando uno non basta [Kenya] ». Nigrizia, Verona, septembre 1990, pp.6-11, ill; Moretti, F., «Cartellion giallo par Biya ». Nigri:da, Verona, septembre 1990, pp. 12-13, ill.; Boissonade, E., Le Mal zaïrois, Paris, 1990; Menard, R., «L'audace retrouvée des journalistes ». Le Monde diplomatique, novembre 1991, p. 25.

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tuent. Partout, les conférences épiscopales condamnent, en vain. Au Zaïre, Mobutu décrétait par un véritable « édit impérial» du 24 avril 1990 la démocratie et le multipartisme, faisant sortir de l'ombre des dizaines de formations. Cette technique classique du chasseur à l'appât a trompé tout le monde. Non seulement, la démocratie de Mobutu est celle des barons du régime, le multimobutisme, mais encore les 11 août et 9 septembre 1990, une note verbale remise aux ambassadeurs accrédités à Kinshasa les sommait de s'interdire tout contact avec les partis politiques d'opposition. Parallèlement, le secrétaire d'Etat à l'administration du territoire (soit de la Sûreté) enjoignait les gouverneurs des régions de réprimer tout meeting opposé au « mobutisme ». L~ mal zaïrois continuait de frapper début 1992 encore. Au Cameroun, l'économiste Célestin Monga, professeur associé à l'Université de Yaounde, a été condamné en janvier 1991 à six mois de prison avec sursis et 300000 F CFA d'amende par un tribunal du président Biya, pour avoir osé publier dans Le Messager, le 27 décembre 1990, un article sur « La démocratie truquée» (Annexe I). Argument de la Cour; outrage au chef de l'Etat. En janvier 1991, Célestin Monga répliquait par une courageuse nouvelle Lettre ouverte, puis en été 1991 dans Le Monde diplomatique par un article édifiant. Plusieurs pays font toutefois mine de vouloir sortir de l'engrenage de la violence: en août 1990, la population de Sâ:o- omé et Principe a voté à 72 % pour le multipartisme; au T Togo, le peuple était appelé à choisir entre monolithisme et pluralisme en janvier 1991. Le 2 novembre 1990, au Mozambique, l'Assemblée populaire a adopté une Constitution qui légalise les partis politiques, annule la peine de mort, garantit la liberté de la presse et le droit de grève. Au Gabon, fin novembre 1990, sur 36 ministres et secrétaires d'Etat, quelque dix postes sont confiés à des partis d'opposition. Au Cameroun, le président Biya a annoncé devant le MDPC que le parti devait se préparer à la compétition (mais début 1992 on attend encore). Le Cap Vert, le Benin, l'Algérie aussi (27 partis aux élections d'Alger de juin 1991 - un rêve brisé fin 1991) ont ouvert la voie du pluralisme politique; l'Angola, le Congo, la Zambie, la Côté-d'Ivoire en sont encore aux promesses. Pendant ce temps, en mai, le gouvernement militaire de la Guinée-Conakry faisait donner l'armée contre les manifestants unis en faveur de la démocratie, alors que trois jours auparavant, le président Biya, du Cameroun, nommait de nouveaux chefs de police, plus féroces, et réprimait dans le sang des manifestations semblables. Néanmoins, depuis la fin de la guerre froide et la chute du Mur de Berlin, ainsi que de la libération de Nelson Mandela, le courant de démocratisation 16

déferle sur l'Afrique. Encore faut-il donner un sens au concept
démocratie.

Démocratie signifie: existence libre de tous les citoyens dans un Etat qui leur reconnaît des droits et partage avec eux les responsabilités du pouvoir. Mais une condition préalable est nécessaire: la démocratie comporte l'idée de mobilité du pouvoir, de négociation dans une transparence maximale et avec la pleine liberté des débats contradictoires. Cette démocratie ne se met en place que dans la longue durée, dans le. sens du mouvement général de la société. Il semble, malheureusement ainsi que l'a démontré le professeur ivoirien Fote Memel, à la rencontre annuelle de la Société canadienne d'études africaines, en mai 1991-, que l'Afrique est encore dans la préhistoire de sa démocratie, et qu'il faudra du temps pour qu'elle comprenne les vertus de la souveraineté partagée. C'est Alain qui a laissé entendre que « personne n'a encore pensé que le pouvoir puisse être décrété obligatoire pour ceux qui sont capables de l'exercer. Platon, en ses rêveries politiques, a bien vu la difficulté. Justement parce qu'il gardait espoir en l'homme; et à mesure qu'il formait son sage selon la justice, il reconnaissait mieux que ce sage ne voudrait jamais être roi: Le même Platon augurait mal de la démocratie, parce qu'il voyait les médiocres en haut. Il n'avait pas pensé assez au poids merveilleux d'un bon nombre de sages assis par terre et jugeant l'acrobate» 10. L'Afrique est pleine de ces acrobates incapables de comprendre qu'il n'existe pas de société démocratique sans respect du pluralisme, de la tolérance et de l'ouverture d'esprit qu'incarne un régime constitutionnel; sans que ce régime n'obéisse au principe de la prééminence du droit, avec le contrôle essentiel de l'exécutif par le législatif, et un pouvoir judiciaire respectueux de la personne humaine H. C'est ce respect qui est le plus étranger aux despotes qui gouvernent l'Afrique en cette fin de xx. siècle. Plusieurs ont pourtant commandé une constitution faisant référence aux valeurs de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, de 1789, et de la Déclaration Universelle de 1948. Ces valeurs, qui sont le reflet de l'Etat de droit et de la culture des libertés, ces despotes les utilisent pour se donner un vernis
10. Alain, Propos sur le bonheur. Paris, 1932. .11. Arrêts Hansyde, décembre 1976. SelonJ..P.Jean, A vous de juger, Paris, 1988, il ya en Europe un déficit démocratique, car la Communauté Economique Européenne n'a pas ~core adhété à la Convention Européenne des Droits de l'Homme. fi n'y a pas encore de contenu démocratique de l'exécutif et du législatif de la CEE. Toutefois, la Cour de justice des Communautés eùropéennes affirme que la Convention européenne des droits de l'homme est une des sources du système juridique des Communautés. C'est pourquoi, il faut développer de vrais contrepouvoirs, par des moyens donnés aux usagers, associations, syndicats, etc.

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démocratique. Ainsi, la loi fondamentale publiée par les nguemistes de Guinée Equatoriale le 3 août 1982 dit dans son Préambule que le peuple « s'appuie fermement sur les principes de justice sociale et de liberté de l'Homme définis en 1789 et

consacréspar la Déclaration des Droits de l'Homme de 1948 » 12.
Les nguemistes ne voient pas que l'actuel désastre équato-guinéen résulte de leur dictature, née l'année même de l'indépendance (1968)pour sauvegarder leurs intérêts - et beaucoup d'entre eux pour ne pas être traduits en justice en raison de trop de méfaits accumulés - Obiang Nguema et ses complices devant le spectre du pluralisme politique, s'étant amnistiés fin 1991. D'où tant de discours filandreux; et par conséquent, de s'ingénier, par mille contorsions, à donner leur définition particulière de la démocratie, pour mieux camoufler leurs abus de pouvoir. Eux, si empressés à afficher leur catholicisme, refusent de suivre le Saint Père lorsqu'il souligne (1988) qu'« il ne peut y avoir d'application certaine des droits de l'homme là où la prééminence du droit n'est pas assurée »... «Les gouvernements qui respectent les principes du droit acceptent en fait qu'une limite soit imposée à leur pouvoir et à leur sphère d'intérêts. Parce que ces gouvernements reconnaissent qu'ils sont eux-mêmes soumis à la loi et qu'ils ne sont pas au-dessus d'elle, ils peuvent effectivement reconnaître l'inviolabilité légitime de la sphère privée de la vie de leurs citoyens et la défendre contre les contraintes extérieures ». La démocratie, telle qu'elle s'est développée en Europe et en Amérique du Nord, avec ses sanctions électorales périodiques, dans le secret des urnes, n'est pas un système de gouvernement parfait, fonctionnant une fois pour toutes. Le fondement de la
démocratie réside dans ses règles tout comme celui de la

science -,

contre l'erreur et à militer pour la vérité !J. Or, les hommes de
12. Officiel, Ley fundamental de Guinea Ecuatorial. Boletin Oficial del Estado. Numero extraordinario. Santa Isabel [Malabo], 3 août 1982, p. 2; Jean-Paul II, Allocution devant la Cour et la Commission européenne des droits de l'Homme, Strasbourg, septembre 1988. 13. TI se confirme que la démocratie d'Europe occidentale n'est pas parfaite, en particulier au sein de la Communauté économique européenne. Ainsi, le Comité institutionnel du Parlement européen a-t-il récemment évoqué « le déficit démocratique de la Commission. Chez les Douze, les réseaux politiques et technocratiques imposent leur" volonté. La Communauté fonctionnerait d'une manière non-démocratique, pratiquant un retour de l'Europe au pré-constitutionnalisme, avec un Conseil des ministres qui se réunit pratiquement en privé. Ce déficit démocratique prouve qu'il existe une grande distance entre la Communauté et les peuples. Or, il faudra bien trouver une voie vers l'Europe démocratique qui, de toute évidence, ne saurait être que fédérale. L'observation des démocraties occidentales révèle un certain déclin de celles-ci. Le désintérêt des citoyens pour la politique est manifeste; les locaux de vote (comme les sanctuaires) sont désertés. De plus en plus de gens se marginalisent, ce qui semblerait anti-démocratique si beaucoup d'entre eux ne se groupaient à leur tour et se montraient

règles techniques qui servent essentiellement à lutter

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Mongomo appréhendent avant tout que la lumière soit faite sur leurs abus et crimes, ou plus simplement sur leur incompétence. D'où leurs mensonges et travestissements de la vérité; d'où leur combat féroce pour empêcher l'avènement de la démocratie pluraliste (quel pléonasme!) qui pourrait naître d'une vie civique qu'ils étouffent depuis 1968. Les nguemistes ne sont pas les seuls, en Afrique, à gérer les affaires publiques en faisant fi de l'opinion publique (une opinion dont se moquent aussi les intérêts mercantiles étrangers). L'Afrique offre diverses semi-démocraties où, derrière le formalisme démocradque, se cache un pouvoir très à l'écart des aspirations populaires. Comme le laissait entendre Politique

Africaine 14 - évoquant les cas du Gabon, de l'Ouganda et du

Sénégal - « le principe des élections disputées entre plusieurs formations politiques »... «représente une simple "feuille de vigne démocradque" ». En fait, ce sont des ploutocraties. Mais on enregistre pire encore, avec les systèmes à parti hégémonique, comme en Algérie avant 1989, ou au Cameroun et en Guinée Equatoriale. Tous ces régimes autoritaires, généralement qualifiés de pseudo-démocrates, sont des démocratures. Si l'homo démocraticus - tout comme l'homo economicus - n'existe qu'en théorie, les démocratures, elles, sont bien réelles et s'inscrivent dans la chair et dans l'esprit des peuples autant que de ceux qui oppriment. En dépit des lamentadons des amis du Nord et de leur ancien et sempiternel: « La Démocratie est notre recours en Europe. La démocratie politique tel que nous la pratiquons n'est pas encore applicable pour ces communautés africaines: encore que
certaines progressent dans ce sens»
15

cours en fin de xx" siècle et que reprennent notamment les nguemistes -, les politologues les plus au fait de l'évolution de
actifs, contribuant de la sorte à la démocratie. Les partis traditionnels perdent des plumes. Le fait d'avoir confié les campagnes électorales à des agences de publicité, ainsi que le pouvoir grandis~ant des experts, donne aux citoyens l'impression d'être piégés. En Espagne, par exemple, la grande presse traite la question: Pradera, J., « Abstencionismo, problemas de la politica espanola ». El Pais, Madrid, brQtes de corrupci6n y partidocracia, 28" décembre 1990, pp. 14-15. Le débat sur la démocratie touche également l'Eglise catholique. Le directeur de la revue Culture et Foi vient de prendre fait et cause pour une démocratisation de cette Eglise et pour la lutte contre la papolâtrie, par la « résistance» dans la « fidélité ». Cf Fournier, J., in Culture et Foi, 128. Lyon, janvier-février 1989. C'est l'occasion, ici, de faire état de notre conviction que les sociétés protestantes sont plus démocratiques que les catholiques, en raison du caractère archaïquement féodal de l'Eglise de Rome. 14. «Quelle démocratie pour l'Afrique ». Editorial. Politique Africaine, Paris, septembre 1983, p. 4. 15. Oliver, S. Sir, «Préface» de Africa: Slave or Free? de J.-H. Harris. New York, 1920, pp. IV-XXI.

-

litanie qui a toujours

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l'Afrique s'accordent pour reconnaître que le moment est propice à la reprise de l'effort de démocratisation. L'étude de la démocratie et des perspectives de démocratisation en Afrique connaît présentement un regain d'intérêt; et, qui plus est, par des Africains eux-mêmes. On s'était débarrassé de la démocratie sous prétexte qu'elle représente un luxe à la fois inaccessible et inefficace, face aux nécessités de l'unité nationale et du développement économique. Le complexe de l'ethno-centrisme aidant, tout le monde avait applaudi d'abord au parti unique, puis au régime militaire. Le mythe de la dictature du développement légitimait la dictature. Mais les dictatures du développement qu'elles soient civiles ou militaires - ayant largement échoué à leur tour, on peut à nouveau poser la question de la démocratie

en Afrique 16, tant en matière de responsabilité politique que des
16. Brève bibliographie sur la démocratie en Afrique: of Democracy, II, L 1991, p. 42. une démocratie? La lettre du continent, 96, Paris, 29 juin "

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mécanismes qui permettent aux gouvernés de demander des comptes aux gouvernants. Ce n'est là copier ni l'Europe, ni les Etats-Unis. Il faut, selon RL. Sklar, s'orienter vers une démocratie du développement, même si son établissement reste difficile. Mieux: la démocratie est sans conteste par elle-même un . mode de développement. Les détracteurs de cette idée ont beau avancer que l'URSS et la Chine populaire auraient fait de grands progrès grâce à l'autoritarisme (le même raisonnement pouvant être fait pour des dictatures de droite, comme la Corée du Sud et Taïwan). Courant 1988, Deng Xiao Ping, s'adressant à des visiteurs africains, leur recommanda de ne pas se lancer sur la voie chinoise. Quant à l'ex-URSS, n'est-ce pas précisément par la libéralisation et la transparence qu'elle veut arriver à mieux se développer, à l'instar de la Hongrie, de la Pologne, de la Roumanie, de la Bulgarie, et d'autres encore; en se donnant plus de démocratie. Il semblerait, selon certains, qu'une telle évolution ne cohvient pas à l'Afrique. C'est ce que tend à démontrer notamment un éditorial du journal financier français Les Echos, texte vertement critiqué par l'équipe rédactionnelle de Politique africaine 17. Il vaut la peine de présenter des extraits de ce chef-d'œuvre, signé d'un pseudonyme: «Quoi qu'en pensent en effet les intellectuels français, l'Afrique n'est pas la France. Morcelée en ethnies que la colonisation a regroupées artificiellement au sein d'Etats fragiles, elle est travaillée par des forces politiques obscures que seul un pouvoir fort, pour ne pas dire autoritaire, peut contenir. La démocratie n'a pas et ne peut pas avoir le même visage que dans les pays de tradition humaniste constituant la vieille Europe ». « Vouloir exporter vers des Nations jeunes les principes qui nous gouvernent - équilibre des pouvoirs, indépendance de la justice, répartition équitable des richesses, respect strict des droits de l'homme -, c'est donc courir le risque délibéré de se brouiller avec les responsables africains. Tout simplement parce que l'exercice quotidien du pouvoir s'accommode mal, dans ces contrées inhospitalières où la civilisation n'a pas encore très profondément pénétré, de la moindre faiblesse. Incompatible avec le tribalisme qui continue de régner en maître sur la majeure partie du continent, l'idée même de l'alternance au pouvoir donc de l'opposition - est synonyme de désordre politique; elle débouche inévitablement sur l'anarchie et la dictature: on en a eu de multiples exemples au cours des trente dernières années ».
Young, c., Ideology and Development in Africa. Yale University. New Haven (CT), 1982. 17. «Editorial », Les Echos, Paris, 21 janvier 1983. Politique Africaine, 11, Paris, septembre 1983, p. 3.

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Et Politique Africaine de soulever la question suivante: « Comment une publication réputée sérieuse peut-elle encore, en 1983, donner en pâture à ses lecteurs de telles considérations sans apparemment craindre le ridicule, ni l'odieux? Las, la réponse n'est que trop claire: parce que la majorité des Français les partagent sans doute, peu ou prou, même si c'est moins par racisme délibéré que par ignorance des sociétés africaines ». Il est fort à parier que le texte est de la plume d'un rédacteur demeuré mentalement bloqué en 1960, et qui n'a plus évolué durant les six lustres qui se sont écoulés depuis la plupart des indépendances. Cette sclérose mentale reflète presque exactement ce qu'écrivait de la démocratie en Afrique Hubert Deschamps, ancien fonctionnaire du ministère des colonies, puis administrateur colonial en Côte-d'Ivoire et au Sénégal, puis président de la société française d'Histoire d'Outre-Mer et élu à l'Académie des Sciences d'Outre-Mer en 1953. Selon ce pilier de l'histoire d'Afrique à la française, les jeunes Etats africains nécessitent un pouvoir fort et ont plus le souci de l'efficacité que celui d'une liberté illimitée 18; en fait, d'aussi peu de liberté que sous la
18. Deschamps, H., Les institutions politiques de l'Afrique noire, Paris, pp. 118-120 : « Ici intervient un cinquième legs des colonisations anglaise et française dans leurs formes dernières; la démocratie à l'occidentale, avec un stage de quelques années qui permit aux nouvelles élites politiques d'en acquérir la pratique. L'héritage, passé dans ces conditions, ... « Le système électoral a continué à fonctionner. La n'a pas entraîné de catastrophes» loi du nombre, base de la démocratie, a remplacé les formes antérieures de légalité, d'autorité, d'équilibre, fondées sur la religion, la parenté, l'âge ou la soumission aux conquérants. » « Sans doute, dans presque tous les Etats africains, a-t-on vu rapidement le système parlementaire évoluer rapidement [sic] vers le système de pani unique et le régime présidentiel. (...) L'évolution est poussée très loin, soit dans le sens du personnalisme présidentiel, soit dans l'identification du pani à l'Etat. « La situation de l'Afrique actuelle est très différente. Les Etats improvisés [par qui ?] ont à se consolider, à assurer leur unité, à faire face aux survivances du passé, à créer des structures nouvelles, à édifier une armature économique. Cela suppose un pouvoir fon et plus le souci de l'efficacité que celui d'une libené illimitée. Aussi bien le besoin de celle-ci n'est-il ressenti que de quelques intellectuels occidentalisés [faux: cf. ce que nous écrivons de la démocrlltie Fang, p. ex.]. La tradition, même dans les anarchies, est au conformisme et à l'unité. Devant la ruine des cellules anciennes, on ressent le besoin d'un nouveau conformisme, d'un encadrement et d'un guide, à une échelle plus vaste. L'Mricain actuel est encore un homme du groupe; seules les dimensions du groupe ont changé, non le sentiment collectif. »C'est Modibo Keita qui a déclaré: « "Le pani et l'administration, le patti et le gouvernement ne font plus qu'une seule et même chose". Le pani majoritaire a absorbé les autres, comme le gouvernement a absorbé les représentants des diverses ethnies. L'un et l'autre s'identifient à la riation. » « Y a-t-il donc abandon de la démocratie? Non, mais une adaptation aux conditions africaines et aux besoins actuels. Le parlementarisme occidental, avec l'équilibre des pouvoirs et le droit de l'opposition, s'est formé au XVIII' siècle en Angleterre et transponé par réaction contre les pouvoirs absolus des au xIX" siècle en Europe continentale, monarchies, dans un monde stabilisé, pourvu d'une bourgeoisie cultivée et où l'individu

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tutelle coloniale et, simultanément, d'aussi peu d'efficacité économique. On ne raisonne pas autrement dans la sphère américaine I". Tous se croient intelligents de répéter la thèse de Voltaire: «Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit. Il n'est pas digne de l'être »... La dictature nguemiste, pour se donner bonne conscience et tromper l'opinion internationale, a mis en place le cadre, vide, d'institutions empruntées à la démocratie puraliste : constitution faisant référence aux droits de l'homme, parlement, élections. Derrière ce décor en trompe-l'œil s'abrite une centaine d'hommes et de femmes, le plus souvent parents, et appartenant principalement à l'ethnie Esangui, ainsi qu'à quelques ethnies apparentées, dont les Mbon. Comme des vampires, cette coterie suce le sang
pouvait s'épanouir librement au sein d'Etat séculaires, riches et régulièrement administrés. » Il faut rappeler ici certaines réflexions de Barret-Kriegel, B., L'Etat et les esclaves. Réflexions pour l'histoire des Etats, Paris, 1989 (1" éd. 1979), p. 13 : «Il n'y a nulle part aucune raison de principe qui justifie l'assassinat, l'esclavage, l'oppression idéologique et, partout où ils se produisent, ils transgressent respectivement la sûreté, la liberté et la conscience. Il faut appeler un chat un chat et un Etat qui n'est pas un Etat de droit un Etat despote. Or, une telle idée d'un développement politique qui concernerait l'humanité entière ne va pas de soi. Elle s'oppose en effet directement à deux idées communément reçues ». «D'abord à l'idée tiers-mondiste qui, avec la mise en accusation de l'occidentalocentrisme et avec le culte de la spécificité ethnique, interdit que l'on juge les systèmes politiques des pays en voie de développement, au nom de critères démocratiques. Ce qui serait bon pour nous ne serait pas nécessairement bon pour eux, et, aux droits de l'homme, il faudrait toujours continuer d'opposer le droit des peuples, lequel implique le respect des habitudes et la légitimité des coutumes, il faudrait toujours ajouter le droit au temps du développement qui ne reproduira peut-être pas les schémas que nous avons connus. Disons-le nettement, la philosophie de l'Etat de droit de l'homme... s'affronte perpendiculairement à la protection des archaïsmes, fussent-ils masqués sous le nom de particularisme. » 19. Anonyme, « Doctrina para golpes de estado ». Cambio 16. Madrid, 26 septembre 1988, p. 66: «Avec ou sans démocratie, les militaires latino-américains pensent que ennemi intérieur ». La vieille doctrine l'ennemi est à domicile» ; c'est ce qu'ils appellent« de la Sécurité Nationale qui s'enseigne à l'Escuela de las Americas de la zone du Canal de Panama a été utilisée pour justifer tous les coups militaires du continent latino-américain de ces dernières vingt années. Si la doctrine n'a plus cours, son application persiste. Un rapport secret de la Conférence des Armées aménCaines, tenue à Mar-del-Plata en novembre 1987, dit que l'ennemi intérieur, dans tout le continent américain c'est: a) Les bandes terroristes (guerrillas) qui, grâce au retour de certains pays à la

démocratie, se restructurent;
b) Les Organisations de Solidarité: Associations pour les Droits

de l'Homme,

-

les

Juristes Démocratiques, les Amis des Détenus ou Disparus, le Conseil Latino-Américain des Eglises, la Théorie de la Libération, les partis humanistes. Tous ces organismes seraient fmancés par les «Organismes de Front» internationaux du type Amnesty International, Conseil œcuménique des Eglises, Fondation Ford, Evêques allemands, avec pour objectif l'infiltration marxiste-léniniste. Le document a été signé par les chefs des armées des 16 pays, dont les généraux US Carl E. Vuono et John E. Ballantyne.

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d'un pays de plus en plus anémié. Vu leur petit nombre, et pour protéger leurs revenus et avantages, les membres du clan Mongomo ont fait appel successivement à des centaines de gardes Cubains, du temps de Macias Nguema, puis à des centaines de Marocains avec Obiang Nguema. C'est pourquoi le principal mouvement de résistance à la dictature, l'Alianza Nacional de Restauraci6n Democréttica (A.N.R.D.) a déclaré «Si Obiang Nguema jouissait de la confiance des Equato-Guinéens, il n'aurait pas besoin des Marocains ». Pendant ce temps, des dizaines de milliers d'Equato-Guinéens vivent en exil (un quart de la population totale de 1992), comme réfugiés, dans divers pays d'Afrique, d'Europe ou d'Amérique, certains depuis 1969. Tous craignent pour leur vie, connaissant trop bien les gens au pouvoir. Pratiquement toute l'intelligentsia du pays se trouve ainsi hors du territoire national. Mais pas question pour les nguemistes que la plupart de ces citoyens - qui seraient si utiles au bon fonctionnement du pays - participent aux élections parlementaires ou présidentielles: la constitution de novembre 1991 déclare inéligible tout national n'ayant pas vécu au pays durant les dix années écoulées. Cela n'empêche pas Obiang Nguema et ses proches de jouer les experts ès-démocratie, de donner des leçons, de formuler des définitions, eux qui, dans leur carrière, très souvent militaire, n'ont connu d'autres modèles que le fascisme noir de France, la discipline des casernes, puis le fascisme rouge de Macias Nguema. De sorte qu'ils sont incapables de comprendre que « la règle du jeu démocratique n'est qu'un simple instrument qui ne porte en lui aucune vérité autre que celle d'entretenir la démocratie (...). La démocratie n'a pas de fondement de Valeur et de Certitude» 20. L'instrument démocratie est en fait comme l'auberge espagnole qui ne vaut qu'en vertu de ce qu'on y apporte. Le malheur des nguemistes - et de la: Guinée Equatoriale, avec ses 400 000 ressortissants - c'est que la clique au pouvoir n'a strictement rien à apporter, mais tout à prendre. Elle n'est pas en place pour servir, sinon pour se servir. Aussi, les obsèrvateurs n'ont-ils guère été surpris d'apprendre qu'Obiang Nguema aurait empoché une fortune après avoir autorisé des sociétés britanniques et un consortium américain à procéder à d'importants dépôts de produits industriels toxiques et radioactifs sur la petite île volcanique d'Annobon, réputée paradis biologique (mettant dans le même temps en danger les
20. Morin E., Ibid., p.213.

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populations côtières du Nigéria, du Cameroun, du Rio Muni, du Gabon et du Congo). Les nguemistes et leurs thuriféraires européens et américains, dans la foulée des soviétiques et des chinois, cherchent à accréditer l'idée que la Guinée Equatoriale est une démocratie et qu'Obiang Nguema est l'ami de l'Occident. Leurs intérêts stratégiques, leur avidité de matières premières, pétrole et bois notamment, ainsi que leur quête de sites pour dépôts toxiques, leur voilent les yeux. Comment donc? Oser affirmer que le pouvoir nguemiste est une dictature! alors qu'il a signé les Pactes internationaux en matière sociale, économique, culturelle; alors qu'il se réfère à la Charte des Nations unies et à la Déclaration universelle des Droits de l'Homme; alors qu'il est maintenant membre de toutes les institutions internationales et, sous le patronage de la Croix Rouge helvétique, prépare une Société nationale qui sera bientôt reconnue par le c.I.c.R. ! Et pourtant, il s'agit d'une dictature. Féroce, derrière son apparence de démocratie: une dictature démocratique ou une

démocratie dictatoriale 21. Ce que l'écrivain congolais Sony Labou Tamsi qualifie de « médiocratie » (où l'on n'est pas éloigné de la médiacratie qui domine dans le Nord) ; ce que le président du Sénégal,Abdou Diouf appelle le « démocratisme » ou encore que le caricaturiste Siné fait dire en mars 1990 au président Bongo: Démocrassie. Selon l'ex-secrétaire d'Etat espagnol au Commerce, 1. de Velasco, malgré la révolution de palais d'Obiang Nguema « perdure une sorte de macisme sociologique: arbitraire, corruption et oppression », pratiqué par quelques dirigeants de la Guinée Equatoriale. Un macisme sans Macias Nguema, mais comme celui-ci, modèle même de la démocrature. Après l'exemple de l'éditorial de l'hebdomadaire français Les Echos, il convient de présenter un autre texte, plus récent, allemand celui-ci, qui démontre que le virus néo-colonial ne frappe pas que dans l'hexagone. Une étude, par ailleurs intéressante, sur l'économie de la Guinée Equatoriale, par un jeune - et naïf? - auteur de la R.F.A. rentré d'un bref séjour d'études à Santa Isabel, évoque la difficile réhabilitation de l'économie du paradis nguemiste 22. Dans un premier temps,
l'auteur tente d'accréditer une fois de plus l'idée qu'avec Obiang

21. Burgos, A., « Lo saben hasta los negros ». ABC, Madrid, 22 novembre 1988, p. 21 ; Fermoselle, A., « La corrupcion salpica a la politica espanola en Guinea Ecuatorial ". Tribuna, 27, Madrid, 31 octobre 1988, pp. 56-61 (p. 58) ; Abdou Diouf, Interview. Radio suisse romande, Lausanne, 19 novembre 1989; Siné, Caricature « Le président Bongo esquisse une démocratisation du régime ». L'Evénement du Jeudi, Paris, 8-14 mars 1990, p. 32; Virieu, F.-H. de, La Médiacratie, Paris, 1990. 22. Jacobeit, C, « Aquatorialguinea : Schwierige Rehabilitation ». Alri/..,a Spektrum, 2,

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Nguema s'est achevé un régime particulièrement répressif, tout en reconnaissant que depuis l'indépendance, la Guinée Equatoriale est la scène d'un népotisme chronique. Malgré les difficultés du régime Obiang Nguema, on ne rendrait pas assez justice aux efforts de ce dernier, dont le pouvoir, depuis 1979, se caractérise

de plus en plus comme autoritaire, avec forte hégémonie
présidentielle (ce que normalement on qualifie de dictature). Qualifiant le régime Obiang Nguema de « nouveau », on souligne qu'il n'utiliserait pas des méthodes visiblement despotiques, ce qui serait une amélioration par rapport à l'ère Macias Nguema. C. Jacobeit reconnaît, il est vrai, que son appréciation ne vaut que par rapport à la dictature précédente. Et de prétendre que la constitution sur mesure d'Obiang Nguema remplace la constitution fasciste de 1968 (en fait, très démocratique), alors que les hommes de la 2e dictature nguemiste soulignent sempiternellement leurs sympathies pour le fascisme. L'auteur induit le lecteur en erreur lorsqu'il affirme que la constitution d'Akonibé (1982) a été mise au point « avec l'assistance de la Commission des Droits de l'Homme », car on sait parfaitement que les experts en question sont arrivés après que le texte ait été finalisé par une vingtaine de sbires nguemistes. De même, l'auteur trompe le lecteur en taisant le fait que le plébiscite qui a permis l'adoption de cette « constitution» a eu lieu sous l'état d'exception. Par chance, il admet pour le moins que «la démocratisation reste contenue dans d'étroites limites », admettant que les 600 gardes présidentiels marocains [800 en 1992] attestent du manque de légitimité du pouvoir. Malgré la présence de ces mercenaires étrangers, le régime reste fortement menacé par le risque de putsch (l'auteur ne croyait pas si bien dire, en 1987, quand on sait les événements de l'été 1988, du printemps 1990 et de l'été 1991, que nous relatons plus bas). Après quoi, C. Jacobeit souligne que le régime ne trouvera sa vraie assise qu'en cas de succès économique. Car, en fait, son étude vise avant tout une chose: montrer dans quels domaines la Guinée Equatoriale peut servir les intérêts des milieux industriels du Nord. Le cacao ne donne plus; coupons donc le bois et préférons la prédation de la forêt (où sont les efforts de reboisement?) aux investissements à long terme qu'exigent les
cacaoyères.

L'entrée de la Guinée Equatoriale dans la zone franc, grâce à la convertibilité de la nouvelle monnaie, aide grandement les projets étrangers - ainsi que la fuite des capitaux. Obiang Nguema,
Hambourg, 1987, pp. 145-156; Pélissier, R., «Sur les ruines de l'empire espagnol ». Marchés tropicaux, 2320, Paris, 27 avril1990, p. 1147.

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dont l'affairisme est signalé de toute part, tient évidemment à un développement économique rapide qui gonfle généreusement ses ,comptes bancaires en Suisse et ailleurs. Cette volonté de développement économique tranche fort avec l'ère Macias Nguema (et l'on s'applique à faire silence sur le rôle de premier plan joué par le neveu du Tigre en matière militaire et carcérale). Que l'on soit opposé à la politique intérieure ou extérieure du gouvernement Obiang Nguema, et quelle que soit l'appréciation de son bilan économique, « on ne peut pas nier que le nouveau régime a opéré au plan de la politique extérieure avec un succès total », ajoute C. Jacobeit. Nous avons ici la clé du raisonnement des affairistes: le régime de Cuinée Equatoriale a changé, puisqu'il y a eu renversement des alliances. Après avoir fréquenté l'URSS et Cuba, le régime nguemiste s'est jeté dans les bras du Nord capitaliste. Il suffit donc qu'un dictateur aux mains tachées de sang coupe les ponts avec l'Est communiste pour qu'on l'absolve et que ses mains soient soudainement pures. Curieuse amnésie des milieux d'affaires qui confondent renversement des alliances et changement de régime. D'où la gêne éprouvée par eux face aux éclairages fournis par Amnesty International, la Société anti-esclavagiste, le Mouvement par l'Union fraternelle entre les races et les peuples, la Commission des Droits de l'Homme des Nations unies, ou encore le Département d'Etat américain. D'où encore le dénigrement de ceux qui luttent prioritairement, en démocrates du Nord, pour le retour des libertés fondamentales au Sud. Ainsi, C. Jacobeit s'en prend-il à l'auteur de ces pages, qui persiste, obstinément, à démontrer qu'Obiang Nguema = Macias Nguema, et qui« fait dans ses publications du respect des droits de l'homme le seul critère d'évaluation, négligeant toutes les autres considérations », ce que l'africaniste français R. Pélissier, dans le même style, qualifie de « credo obsessionnel de ce Suisse vengeur. Il reste à voir si les hommes de pouvoir et d'argent qui investissent dans cet exemple de "kleptocratie tropicale" se soucient beaucoup de ses imprécations»; et sont surtout des témoignages pour l'histoire. Il est décidément des gens qui semblent ne pas voir que le respect des droits de l'homme - et des règles de la démocratie - est la meilleure garantie d'une reprise des activités économiques, boycotées depuis plus de vingt ans par un peuple exsangue, mais courageux. Bien sûr, R. Aron, entre autres, a laissé entendre que pour les intellectuels, les droits de l'homme sont « une manière de ne pas s'engager dans des combats douteux, et tous les combats politiques sont douteux. Ce n'est jamais la lutte entre le bien et le 30

Pélissier sont-ils aptes à le comprendre -

d'évoquer

« ces offensives

livresques»

qui -

mais Jacobeit et

mal, c'est le préférable contre le détestable »... « La défense des droits de l'homme, d'une certaine manière et dans les meilleurs cas, mais pas toujours, c'est un combat pur et non pas douteux» 23.Il est vrai que bien des Etats démocratiques du Nord feraient bien de balayer devant leur porte avant de réprimander les démocratures du Sud. Raison de plus pour ne pas renoncer au combat pour la généralisation de l'application des libertés fondamentales et de l'honnêteté démocratique au Nord aussi. De sorte qu'un spectateur engagé comme l'était Aron confondait en fait cynisme et réalisme, en affirmant: «On ne peut pas faire une politique étrangère à partir de l'idée du respect des droits de l'homme. Si les Etats-Unis avaient comme principe absolu de ne reconnaître comme alliés que les régimes qui respectent les droits de l'homme, je me demande combien d'Etats, en dehors de l'Europe occidentale, pourraient être les alliés des Etats-Unis ». Et si le combat pour une humanité plus juste et solidaire, passait précisément par la nécessité de pratiquer une politique étrangère axée sur le respect des droits de l'homme? Il est vrai que les Etats-Unis, avec leur apartheid qui n'ose porter son nom, sont mal placés pour donner des leçons aux autres. L'article d'Africa Spektrum (Hambourg, Institut für AfrikaKunde) montre clairement que nombreux sont ceux qui n'ont encore rien compris aux changements historiques intervenus. Une certaine africanistique européenne doit encore être décolonisée (du pain sur la planche du Conseil européen des Etudes africaines !). Pendant que les uns travaillent à aider les peuples d'Afrique à se relever du cauchemar de la dictature, grâce au respect des droits de l'homme, d'autres se contentent d'évaluer les perspectives du commerce des matières premières, n'ayant à l'esprit que les intérêts des marchands de cacoa ou d'okoumé. Cette logique économiste, utilitaire, n'a rien de libéral. Elle poursuit, dans la ligne de Pareto, la seule fin de l'efficacité. C'est une logique implacable, insensible aux droits civiques. Nous avons clairement choisi notre camp, convaincus des devoirs qui incombent aux démocrates de partout. Nous sommes conscients, et persuadés, comme l'a remarquablement résumé B. BarretKriegel, évoquant L'Etat et les esclaves, que «le statut de la liberté individuelle est la grande nouveauté de l'Etat de droit »... « Le statut de liberté nous apprend encore ceci: sans garantie
23. Aron, R., Le spectateur engagé. Entretien, Paris, 1981, pp. « Droits de l'Homme et savoirs anthropologiques », in Identité,' Mélanges en l'honneur du professeur Hugo Huber. Edité par Ethnographica Friburgensia, 15, Fribourg, 1989, pp. 137-166; d. Nchama, C.M., Développement et droits de l'homme en Afrique. 289-290 ; Berthoud, G., Evolution ou différence. Lukas K. Sosoe. Studia aussi le fondamental Eya Paris, 1991.

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politique du statut juridique, il n'y a pas de droits individuels, il n'y a que de pieuses protestations sur la vie de l'homme. Sans Etat de droit, il n'y a pas de droits de l'homme ». Ce qui, évidemment, soustend que sans droits de l'homme, il n'y a pas d'Etat de droit. « TIest peut-être temps de remarquer que l'Etat de droit est le seul terrain sur lequel ont germé les démocraties libérales, parce qu'un peuple ne peut diriger son destin, jouir des libertés politiques et des droits civils que s'il est composé d'hommes libérés. Le statut de liberté nous explique enfin pourquoi les Etats qui aujourd'hui bafouent les libertés individuelles, après les avoir déclarées formelles, commettent un crime plus grand que celui d'anéantir les libertés civiles, ils mordent sur le status libertatis et recréent immanquablement, avec les formes domaniales du pouvoir, les conditions politiques de l'esclavage ». En fait, les droits de l'homme constituent l'aspect juridique d'une conception de l'homme et de la société. Selon le sociologue helvétique G. Berthoud, ils sont « des valeurs ultimes auxquelles doivent se subordonner toutes les autres caractéristiques d'une société, d'une culture ou encore d'une période histOrique ». En d'autres termes, il y a là l'existence reconnue de valeurs supra-historiques ou encore transculturelles, propres à éviter certains errements relativistes, mais aussi à légitimer un universalisme impérialiste. A l'universalité des droits d'un homme abstrait s'oppose la diversité des cultures dont l'expression juridique est le droit des peuples, soit de l'homme concret. Droits de l'homme et droits des peuples répondent à la nature complexe de l'homme. «Les exigences civiles et politiques des droits de l'homme s'adressent à l'homme en soi, et seule entre en considération l'unité du genre humain. Au contraire, avec les droits de l'homme de deuxième génération, ce n'est plus l"'homme nu" ou l"'homme ténu" de l'idéologie moderne qui est concerné, mais l'être socialement et culturellement défini, donc l'homme concret ». Le débat sur les droits de l'homme porte ainsi autant sur les « droits de » que sur les « droits à ». Or, il y a décidément dans le Nord nombre de Trissotins de la politique, prétendument démocrates, qui feraient bien de se plonger parfois dans ce type de réflexion et de ruminer de telles vérités. Pendant qu'en septembre 1988 l'organisation Greenpeace dénonçait fermement les contrats de dépôts toxiques et radioactifs signés par Obiang Nguema (contre un premier versement de 1,6 Mio de dollars, suivi ultérieurement de 40 autres millions, ce malgré les condamnations de l'OUA), l'éditorialiste du quotidien espagnol Diario 16 précisa: «En Guinée [Equatoriale] a gouverné durant un long mandat le sanguinaire Macias [Nguema], remplacé par Obiang [Nguema] dont le régime est occupé à - 32

répéter tous les aspects négatits de son prédécesseur »... « Il ne

faut pas rester sourd devant la torture systématique»

24.

Ce à quoi

fit écho Le Monde, à l'occasion de la réception d'Obiang Nguema, le 19 septembre 1988, par MM. Fr. Mitterrand (président de la République française), R. Dumas (ministre des
Affaires étrangères) et

J. Pelletier

(ministre

de la Coopération),

précisant que « la France essaie de développer ses relations avec l'ancienne colonie espagnole, malgré de nombreuses atteintes aux droits de l'homme» 25. Le gouvernement socialiste français parle le même langage que le conseiller en Affaires africaines du Secrétaire d'Etat des USA qui, en novembre 1987, effectua une mission de trois jours en Guinée Equatoriale. A cette occasion, William Robertson assura le dictateur Obiang Nguema de la volonté du gouvernement Reagan d'appuyer son régime. C'est ce qu'avait fait déjà le Cap. Thomas Sommerlin qui, avec le Speagle Grave, fit escale en rade de Santa Isabel, en novembre 1983. Devant les journalistes, Sommerlin évoqua l'amitié américano-équato-guinéenne née en 1979. Nul doute qu'il avait connaissance de la déclaration de l'ambassadeur Alan M. Hardy, faite la même année, par laquelle les USA exprimaient leur confiance dans la France et dans l'action de celle-ci pour tenir la Guinée Equatoriale hors de la portée de l'U.R.S.S. Voici donc comment doit être compris le terme amitié. L'avertissement de l'association américaine Catholics for Christian Political Action, fin septembre 1979, qu'en Guinée Equatoriale, après l'exécution de Macias Nguema, rien n'avait véritablement changé, n'eut pas d'effet; et dès 1981, les Baptistes américains s'affairaient en Guinée Equatoriale nguemiste via le Foreign Missionary Board. L'amitié américaine s'avéra donc essentiellement synonyme d'anti-communisme. Doctrine Truman - donc guerre froide - pas morte. Ce que les autorités américaines n'ont probablement pas compris, c'est que la France, de gauche comme de droite, plus qu'à la lutte contre l'hégémonie soviétique, se consacre surtout à
celle du maintien de sa propre grandeur. Le ministre

J. Pelletier

l'a brillamment démontré début 1989. Confirmant la thèse d'Aron qu'on ne peut faire une politique étrangère en se référant au nécessaire respect des libertés fondamentales, il a démontré,

24. « Editorial », Diario 16, Madrid, 10 septembre 1988. Il semble que sous la pression internationale, Obiang Nguema ait dû renoncer à ce projet criminel. Pourquoi ne pas poursuivre ces pressions pour faire cesser le crime de démocrature ? 25. Anonyme, « Plusieurs opposants sévèrement condamnés », Le Monde, Paris, 20 septembre 1988, p. 7; cf. aussi Africa's Businesse Weekly, IX, 5, Londres, février 1988, p.23.

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par contre, qu'on peut invoquer des liens d'amitié exactement comme le font les autorités civiles et militaires américaines. Mais dans le langage des autorités françaises, amitié avec la Guinée Equatoriale et avec l'Afrique en général, plus que «politique anti-u.R.S.S. » signifie «défense exclusive des intérêts spécifiques de la France»; une France qui, se gonflant comme le crapeau de la fable, non seulement s'adjuge le droit de parler au nom de l'Europe, mais encore de faire des choix au nom de l'Afrique. Voici en résumé ce chef-d'œuvre 26: «La France est européenne. Elle est aussi africaine. Son passé en témoigne. Son avenir le montre également: c'est ainsi qu'elle affirmera dans un monde en mouvement sa vocation universelle ». Elle a notamment le devoir moral de penser à l'Afrique dans le cadre de l'intégration européenne. D'ailleurs, « notre pays est de tous [les pays européens] le premier bailleur de fonds pour l'Afrique au Sud du Sahara ». Et d'énumérer les divers secteurs de la coopération technique bénéficiant de l'intervention française, en omettant prudemment la coopération militaire (qui explique le volume de l'aide hexagonale). La coopération française avec l'Afrique est bien évidemment « essentielle »... « Son caractère spécifique, fondé sur des liens d'amitié que l'histoire a forgés» évite de dire qu'il s'agit d'histoire coloniale, avec ce que cela comporte de privation des libertés et d'étouffement de l'identité africaine. «La zone franc, en particulier, doit garder toute sa cohésion, dans le système européen» ; car de toute évidence, la coopération bilatérale française reste primordiale [que serait la France, face à ses partenaires européens, sans l'Afrique?]. C'est pour cela qu'il faut « construire un projet eurafricain ambitieux [sachant que ce projet sera prioritairement franco-africain, avec un franc CFA qui remonte aux banques coloniales du XIXesiècle]. L'Europe de 1993 sera la chance de l'Afrique. La France y veillera. Mais comment ne pas voir, ne pas dire que l'Afrique en développement sera, pour la France et l'Europe, une chance immense »... «Une chance historique »... «Aucun doute n'est permis: le choix de l'Europe, de la France, doit être l'Afrique; le choix de l'Afrique doit être l'Europe, doit être la France ». Et allez donc! Les soulèvements populaires de 1990/92, dans toute l'Afrique francophone, sont venus donner une bonne leçon aux dispenseurs de discours vides. Cela n'a pas empêché M. Pelletier de persévérer, devant la TV française, le 29 mai 1990, prétendant
26. Pelletier, J., « Coopération. Le choix de l'Afrique », Le Monde, Paris, 27 janvier 1989, p.2 ; Divers, « La France coloniale », L'Hebdo, Lausanne, 7 juin 1990, pp. 1, 3, 10-13 ; Pellegrin, X., «Démocratie à la française ». L'Hebdo, Lausanne, 22 novembre 1990, p. 27; Gerardin, H., La Zone franc, I. Histoire et institutions. Paris, 1989.

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que la France avait toujours eu à cœur d'encourager la démocratie chez ses « amis» africains... C'était là un chant du cygne. Quinze jours plus tard, L'Hebdo, à Lausanne, titrait: « La France coloniale... Paris tente d'inculquer quelques notions de démocratie à "ses» dictatures d'Afrique noire. Mais sans remettre pour autant en cause les bonnes vieilles méthodes coloniales ». Puis le même périodique suisse-romand d'ajouter, une demiannée plus tard: «Depuis quelques mois, la diplomatie [française] multiplie les manœuvres dilatoires pour éviter que le Parlement de Strasbourg sorte ragaillardi d'une nouvelle révision des traités communautaires. Peut-être pour ne pas donner des idées aux députés de l'Assemblée nationale française, l'un des parlements les plus faibles d'Europe ». En fait, l'aveu de faiblesse d'un pays qui regrette la perte de sa grandeur ancienne. Evoquant le rôle stratégique joué par la France dans l'Océan indien, un spécialiste de sa politique dans cette région a dû reconnaître que «forte de sa présence militaire... de ses relations économiques et culturelles... la France est à la recherche d'une politique régionale qui, compte tenu de la faiblesse relative de ses propres moyens, devrait être celle de l'Europe» 27. Dans le même sens paraissait en 1989 un livre proposant Une stratégie pour la France: l'Europe; ou encore ce «Paris, capitale de l'Europe », que l'on va jusqu'à qualifier de
Vatican européen.

Des propos qui reprennent presque mot par mot ceux de M. Guilloud (Une politique africaine pour la France 28): «La francophonie »... « créé une complicité culturelle du fait de la langue ». C'est aussi «un outil irremplaçable de codéveloppement »... «Eurafrique - Enjeu du XXIe siècle ».
27. Leymarie, Ph., «De Djibouti au sud-ouest de l'Océan indien. Une ère stratégique dévolue aux Français ». Le Monde diplomatique, Paris, mars 1989, p.23; FrançoisPoncet, J., Barbier, B., Une stratégie pour la France: l'Europe, Paris 1989; Lavenir, H. (secrétaire général du Comité international pour la capitale européenne), « Paris, capitale de l'Europe ,>. Le Monde, Paris, 22 février 1989, p.2 ; Cohen, S., «Diplomatie: le syndrome de la présidence omnisciente », Esprit, Paris, septembre 1990, pp. 55-64 ; Sanguinetti, A., « Défense de la France ou subventions aux lobbies?,> Le Monde diplomatique, Paris, novembre 1990, p. 4. 28. Guilloud, M., Une politique africaine pour la France, Paris, 1985 ; Liniger-Goumaz, M., Eurafrique. Bibliographie générale. Les Editions du Temps, Genève, 1970 (1300 titres) ; Liniger-Goumaz, M., De l'Eurafrique. Utopie ou réalité? Les métamorphoses d'une idée. Editions CLE, Yaoundé, 1972 ; mais il faut lire aussi Tedga, P.M., « La France et la France l'Afrique '>. Le Monde, Paris, 1" mars 1989, p.2 ; Bogaty, Th., «Afrique: déserte '>. L'Express, Paris, 24 mars 1989, p. 13 ; Bayart, J.-F., « L'Afrique à l'abandon? Entretien avec... » Esprit, Paris, février 1989, pp. 82.88 : Martinot de Preuil, Fr., Le fait français dans le monde, T. 1, La France, 3' super-puissance, Paris, 1980 ; Martinot de Preuil, Fr., T. 2, Les moissons de la Francité, Paris, 1988 ; Bergé, P., LIberté, j'écris ton nom, Paris, 1991, p. 204.

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Puisque les Etats-Unis et les pays d'Asie s'associent toujours davantage: «la France, l'Europe, géographiquement à l'écart, doivent s'organiser. Mais ce n'est pas suffisant. Pour vraiment exister demain, il faut bâtir avec l'Afrique un espace de complémentarité: l'Eurafrique ». « C'est l'Eurafrique qui sauvera l'Afrique des conséquences browniennes du sous-développement; mais c'est aussi l'Eurafrique qui sauvera l'Europe de l'affrontement américano-soviétique et tout particulièrement de l'u.R.S.S., et de sa manœuvre d'asphyxie par le Sud ». «Le Co-Développement avec l'Afrique exige du temps, un temps utile à l'Europe pour son développement, sa renaissance,

son renouvellement }}.
C'est là, précisément, que les observateurs de la diplomatie française ont fait, fin 1990, des constats significatifs. Vis-à-vis de l'Afrique noire francophone en particulier, la France reste « engluée dans un paternalisme quasiment inchangé depuis de Gaulle. François Mitterrand a continué à soutenir des régimes corrompus et répressifs négligeant l'émergence de forces démocratiques. Cet attachement, selon Jean-François Bayart, interdit à la France « de traiter avec... la véritable opposition démocratique

face au pouvoir personnel }}... « Il a fallu que des régimes aussi
proches de la France que la Côté-d'Ivoire, le Gabon, le Togo et le Cameroun soient ébranlés par des troubles internes pour que le président prenne conscience de la nécessité d'encourager les pays amis de la France à se démocratiser, donnant ainsi l'impression de courir après l'événement }>. « ... Paris apporte à de nombreux régimes africains un soutien efficace et discret en matière de sécurité intérieure et de maintien de l'ordre. Le président de la République se veut prudent par

souci de ne pas déstabiliser des pays proches de la France }>. Pas
étonnant, alors, de lire sous la plume de l'amiral A. Sanguinetti, que la France, «bâtie au fil de l'épée, considère encore cette dernière comme le fondement de sa "grandeur". Les Français continuent indûment à asseoir celle-ci sur les capacités guerrières - en partie dépassées - plutôt que sur leur rayonnement culturel ou leur paternité des droits de l'homme ». Et on doit bien admettre qu'il ne s'agit pas d'un problème d'orientation politique; Front populaire et régime de Vichy ont été identiquement favorables à la colonisation. Pourquoi en irait-il, aujourd'hui, autrement? Au sommet de la francophonie, à Paris, le 19 novembre 1991, nombre de dictateurs de longue date étaient présents, ne serait-ce que ceux du Cameroun et du Gabon, de part et d'autre de la Guinée Equatoriale. Qu'importe; ainsi que vient de le préciser Pierre Bergé, les bonnes relations « avec le 36