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La femme dans la langue du peuple au Brésil

De
128 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 89
EAN13 : 9782296293373
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ELIANE VASCONCELLOS

LA FEMME DANS LA LANGUE DU PEUPLE AU BRESIL
Traduit du brésilien par Monique LE MOING et Marie-Pierre MAZEAS

Préface d'Anne-Marie

HOUDEBINE-GRAVAUD

Editions L'HARMATTAN 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

Recherches & Documents AMÉRIQUES LATINES Collection dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Cbassin et Pierre Ragon Dernières parutions:
DA VILA L. R., L'imaginaire politique vénézuelien, 1994. DESHA YES P., KEIFENHEIM B., Penser l'autre chez les Indiens Huni

Kuinde l'Amazonie,1994.

.

D UCLAS R., La vie quotidienne au Mexique au milieu du XIXème siècle. 1993. GUICHARNAUD-TOLLIS M., L'émergence du Noir do.ns le roman cubain du XIXème siècle, 1993. GUIONNEAU-SINCLAIR F., Messianisme et luttes sociales chez les Guaymi du Panama, 1994. GRUNBERG B., L'Univers des conquistadores. Les hommes et leur conquête do.ns le Mexique du XVlème siècle. 1993. LAF AGE F., L'Argentine des dictatures ( 1930-1983). pouvoir militaire et idéologie contre-révolutionnaire. 1991. LA V AUDJ.-P.,L'instabilitéde l'Amérique latine: lecas bolivien. 1991. LEMPERIERE A., Les intellectuels. Etats et Société au Mexique. 1991. LOPEZ A., La conscience malheureuse do.ns le roman hispano-américain. Littérature, philosophie et psychanalyse, 1994. MA TTIllEU G., Une ambition sud-américaine. politique culturelle de la France (1914-1940). 1991. NOUHAUD D., Etude sur Maladron, de Miguel Angel Asturias. 1993. PEREZ-SILLER I., (sous la coordinatiQn de) La «Découverte» de l'Amérique? Les regards sur l'autre à travers les manuels scolaires du monde. 1992. PIANZOLA M., Des Français à la conquête du Brésil au XVlIe siècle. Les perroquets jaunes, 1991. . RAGON P., Les Indiens de la découverte. Évangélisation, mariage et sexualité. 1992. ROUX I.-C., L'Amazonie péruvienne. Un Eldorado dévoré par laforêt. /82/-1910,1994. SANCHEZ-LOPEZG., (sous la direction de), Les chemins incertains de la démocratie en Amérique latine, 1993. SINGLER C., Le roman historique contemporain en Amérique latine. Entre mythe et ironie, 1993. VIGOR C., Atanasio. Parole d'Indien du Guatemala, 1993. W ALMIR SILVA G., La plage aux requins, épopée d'un bidonville de Fortaleza (Brésil) racontée par un de ses habitants, 1991. WUNENBERGER J.-J. (ed.), La rencontre des imaginaires entre Europe et Amériques, 1993. YPEZ DEL CASTILLO L, Les syndicats à l'heure de la précarisation de l'emploi. Une approche comparative Europe-AmériqueJatine, 1994.

@ L' HARMAIT AN, 1994 ISBN: 2-7384-2737-5

SOMMAIRE

Préface Introduction
CHAPITRE I

............. ..

7 27

La présence de la femme dans la société: une approche à travers le langage L'invisibilité de la femme............................................. L'invisibilité féminine dans les pronoms indéfinis................ La concordance avec concurrence des genres...................... L'emploi générique de la forme masculine.........................

33 34 35 37

CHAPITRE

II

Le stéréotype féminin: déshumanisation de la femme

La femme en tant qu'objet............................................. La femme; objet sexuel............................................... La double valeur ........................................... La passivité .................................

43 50 55 70

CHAPITRE

III

La dépendance de la femme Enfance, apprentissage de la dépendance........................... La femme, propriété de l'homme: titre, nom et formule de politesse .....
La célibataire: la lutte pour l'indépendance. . . . . . . . .. . . . . .. . .. . . . . .

77 81 87

Le mariage:

concrétisation

de la dépendance.

.... ....... .........

92 98

Les relations amoureuseshors du mariage: place de l'homme et de la femme.........................................................

CHAPITRE

IV

Les valeurs de l'Homme vis-à-vis de la femme et inversement

Le machisme............................................................ Le domaineprofessionnel- Le travail domestique ... ....... Les autres activités liées au travail .. .. .......... Menstruation,grossesse,accouchementet ménopause ....
Conclusion

103 108 111 116

... 121
125 126

Référencesbibliographiquesde l'auteur ... ........... Référencesbliographiquesd'A.M. Houdebine .....................

La position des femmes dans la société évolue de jour en jour. Elles se dépensent sans compter pour veiller à l'application des lois, à l'égalité des droits sociaux, économiques ou de leurs droits tout court. Certains de ces changements sociaux ont déjà entraîné des transformations linguistiques; malgré cela, nous avons fait le choix de conserver inchangée cette seconde édition, dans la mesure où ces changements ne nous semblent pas vraiment significatifs.
Eliane VASCONCELLOS

A mes parents et à Aramis.

Préface
La langue et les femmes
« Partout où l'homme a dégradé la femme, il s'est dégradé lui-même. »
C. Fourier

Depuis deux décennies, sous l'impulsion des féministes, l'attention s'est ponée sur le langage des femmes, l'écriture féminine, autrement dit sur la façon dont parlent ou écrivent les femmes ainsi que sur les manières dont on parle d'elles. Ces études contemporaines ont permis de mettre au jour un grand nombre d'informations insoupçonnées; car, même si elles avaient pu être brièvement notées auparavant, elles étaient restées en marge des travaux des savants, anthropologues, dialectologues, linguistes, etc. Des savants, disais-je, car il s'agissait d'êtres humains mâles qui, à quelques exceptions près, relevaient ces faits en les considérant comme des détails anecdotiques, dus à l'archaïsme des cultures étudiées, qu'évidemment les langues dites de grande civilisation ne possédaient pas; bien que relevés, ces phénomènes n'étaient donc jamais réellement pris en considération. 7

Cependant, certaines personnes s'y attachèrent un peu plus et l'on découvrit assez rapidement, dans le champ de l'analyse du langage, champ qui nous intéresse plus particulièrement dans cet ouvrage, que dans certaines langues existaient un parler féminin et un parler masculin assez nettement différenciés, de telle sorte que des activités qui peuvent paraître à nos yeux identiques s'y dénommaient différemment selon qu'elles étaient parlées par des femmes ou par des hommes. Ces langues, en effet, ne se présentent pas comme des monolinguismes à la façon de l'anglais, du français, de l'espagnoL., mais comme une sorte d'idiome bilingue au sens où les hommes et les femmes comprennent les deux versants (les deux parlers) qui la constituent, mais n'en utilisent qu'un de façon active; chacun de ces parlers est différent bien que femmes et hommes se comprennent. Ce qui implique un monolinguisme actif: chaque sujet parle une langue, et un bilinguisme passif: chaque sujet comprend les deux idiomes utilisés. On pourrait parler là de différenciation sexuelle maximale et de bilinguisme, mais il faut noter qu'un tel cas, issu de la rencontre de deux langues après conquête (Arawak et Caribe) et désigné comme l'exemple même de cette différenciation dite par exclusivité (Mary Ritchie Key) est rare. Ce sont plutôt des niveaux de la structure, autrement dit des morceaux de langue qui sont ainsi traités: les femmes utilisent des mots ou des formes de phrases ou des prononciations que n'emploient pas les hommes et vice versa. En général, les différences des parlers des hommes et des parlers des femmes existent de façon encore plus subtile comme dans nos langues anglaises, françaises, etc., où les variétés sexuées des parlers sont repérables essentiellement en termes de fréquence d'emploi: les femmes utilisent des termes ou des formes 8

de phrases ou des prononciations plus fréquemment que les hommes, et eux-mêmes emploient majoritairement des éléments du langage, contenus de conversation, tournures, prononciations, moins utilisés par les femmes. Par exemple, les hommes parlent plus de sport que les femmes, utilisent moins d'adjectifs, moins de phrases interrogatives, etc. Il ne s'agit donc pas alors d'exclusivité, mais d'usage préférentiel. Cette différenciation est dite par Marie Ritchie Key (1) une différence par privilège. L'usage privilégié de tel ou tel terme ou tournure fait « femme» ou« homme », plus scientifiquement dit indexation femme ou homme. En français, l'emploi d'adjectifs du type mignon, joli-joli, adorable, joue ce rôle pour les parlers féminins; l'usage de mots grossiers tels merde, bordel, chier, etc., pour les parlers masculins. Rien dans la langue n'empêchant qui que ce soit d'utiliser l'une ou l'autre des variétés, mais les codifications sociales l'imposant à tel ou tel sexe, en prescrivant des comportements différents aux petites filles et aux petits garçons puis aux femmes et aux hommes. Ce dont la langue donne témoignage, par ses façons de parler de l'une et de l'autre comme on le verra plus loin (chapitre III). Un seul exemple l'attestera dès maintenant: on déclare souvent les femmes passives et les hommes actifs; cela se reflète dans la façon dont nos discours parlent de la procréation: d'un homme on dit qu'il fait un enfant à une femme, qu'il!' engrosse, alors que la phrase: elle lui a fait un enfant est très rarement dite, et que d'elle, on dit qu'elle tombe enceinte, qu'elle attend un enfant, etc. Ces marques de la sexuation du sujet parlant dans les langues ont été repérées très tôt. Mais c'est avec l'essor du
(1) Marie Ritchie Key écrivit à ma connaissance le premier ouvrage traitant de ce domaine, Malefemale Language, 1975, dont j'ai rendu compte dans « Les femmes et la langue» Tel quel, 74,1977, p. 84-95. 9

féminisme que de tels faits furent portés à la connaissance des non-spécialistes, en particulier ceux concernant le traitement linguistique de la différenciation, voire discrimination, sexuée. Des femmes, sensibles aux valeurs symboliques, sachant qu'il n'est pas de changements sociaux sans transformation profonde des mentalités, et comprenant que la langue joue dans ce cas un rôle fondamental, se sont attachées à la changer, à transformer les paroles et les discours' écrits, reflets des situations historiques faites aux femmes, des occultations et dévalorisations qui les accablent, bref des misogynies de tous ordres. Pour cela elles ont cherché à décrire et montrer les différences ou discriminations existant dans les langues qu'elles mêmes parlaient. Des linguistes femmes, dont la position était en quelque sorte privilégiée, puisqu'elles possédaient un savoir sur les langues et leur développement, ainsi que les techniques nécessaires à leur description, l'intérêt personnel et politique pour participer à ces recherches, se mirent alors à l'écoute des faits linguistiques vus sous cet angle. Sous leur impulsion, les analyses des parlers ou des variétés hommes/femmes, des discriminations ou occultations linguistiques se sont développées à partir des années soixante-dix. Il n'yen avait à cette époque qu'une dizaine alors qu'elles sont aujourd'hui plusieurs centaines ou même quelques milliers. Cependant, tous les idiomes sont loin d'être décrits selon ce point de vue. Les langues anglo-saxonnes, telles l'anglais (anglais américain) et l'allemand, ont donné lieu aux études les plus nombreuses sur ce thème. Ce sont également celles pour lesquelles les propositions de modifications d'usages ont été les mieux accueillies et les plus efficaces, bien plus que dans le cas des langues romanes, le français y compris, exception faite du Québec. 10

Il faut en effet noter que, même quand les descriptions ont été menées, les sociétés en cause ont réagi parfois violemment devant ces travaux et surtout devant les interventions linguistiques qui en découlent si l'on veut transformer ces phénomènes. C'est sans doute pourquoi certaines descriptions se contentent de mises au jour, voire de déconstructions, sans les joindre à des propositions d'action c'est-à-dire d'intervention sur la langue. Position qui paraît être celle de l' auteure de cet ouvrage. Cela n'est pas à dédaigner pourtant: l'accumulation des analyses étant ce qui permet de prendre connaissance, et de faire prendre conscience, de la constante discrimination transmise par les langues, du problème du sexisme du langage et des discours, que de nombreuses locutrices et de nombreux locuteurs ignorent encore. Comme on l'a vu dans l'exemple donné plus haut concernant l'attente d'enfant et comme on le verra longuement dans cet ouvrage, les langues ne traitent pas équitablement les femmes et les hommes, en leur désignant le

monde et en les construisant comme sujets. Car « nous ne
parlons pas une langue, c'est elle qui nous parle ». Les langues sont en effet des représentations du monde qui s'imposent au sujet parlant: un enfant entre dans une langue et s'y fait, s'y adapte et s'y structure. A travers les paroles de son entourage, il ou elle se construit une « vision du monde» imposée par la langue qui l'environne ; autrement dit une idée des choses, du temps, de l'espace. En influençant les façons de dire, la langue influence les façons de voir qui se transmettent et se confortent dans les discours. C'est ainsi que subsistent dans nos paroles d'anciennes représentations alors que le monde change. Le soleil se lève, ou se couche encore dans nos phrases bien que nous sachions que c'est la terre qui tourne autour du soleil. 11

La langue catégorise donc l'univers pour nous et reflète la façon dont les pratiques sociales (au sens large, socio-économiques et socioculturelles) ont hiérarchisé les groupes régionaux, professionnels et depuis toujours sexuels. « Car la division des sexes est la division la plus fondamentale, la plus profondément inscrite au cœur de l'humain, bien avant la division en classes» (d'après J.-P. Sartre). Comme nous l'apprend l'anthropologie, il n'est pas de civilisation qui ne la connaisse sans que pour autant soit toujours attribué telle ou telle activité qualifiante (pêche, chasse, ou culture de la terre par exemple) aux hommes ou aux femmes; exception faite, de la mise au monde de l'enfant, imposée du réel. Différence fondamentale, aisément repérable, qui a impliqué au fil des temps une séparation des représentations: les femmes sont alors placées du côté de la nature, du réel impossible à maîtriser (2) et les hommes du côté de la culture, du symbolique. Devant l'accouchement, les règles, etc., ils développent d'ailleurs

de façon constante - même si différentes selon les sociétés - des procédures, rituels, censures, tabous marquant ce côté naturel « impur », voire diabolique de
toute femme, donc de LA femme, soit pour s'en défendre, soit pour s'approprier cet impossible à maîtriser (cf. Les rituels d'accouchement dans la Chine ancienne). De ces différences, occultations, discriminations, péjorations, les séries lexicales dissymétriques, les lacunes du vocabulaire, les injures, les tabous, donnent témoignage. Ainsi la langue elle-même atteste-t~elle du sexisme des représentations, dans ce qu'elle oblige à dire ou dans ce qu'elle impose de ne pas dire. Nous le verrons avec les couples de mots homme/femme, fils/fille, gars/garce,
(2) La maîtrise de la procréation par la prévention n'est que fort récente: l'invention et la commercialisation de la pilule date des années soixante. 12