//img.uscri.be/pth/551a6ce5ce64d70a8f959f5586fb4f59fb34e623
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,03 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

LA FRANCOPHONIE

136 pages
Au sommaire de ce numéro : Synthèse des travaux du colloque GERA sur la Francophonie par A. Mannée-Batschy et B. Nzélomona ; L'énigme francophone par Emmanuel Malolo-Dissaké ; Francophonie, Mondialisation et Indépendance nationale par Raymond Timothée Mackitha ; Heurs et malheurs de la langue française au Congo-Brazzaville par Lecas Atondi Monmondjo...
Voir plus Voir moins

La Francophonie
L'indispensable mutation du paternalisme vers un multilatéralisme équilibré

Directeur de la publication Berthin N'ZELOMONA Revue trimestrielle publiée par le Groupe d'Etude des Réalités Africaines (G.E.R.A.) Et le Club Nouvelles Perspectives (C.N.P.)

G.E.R.A. 19, rue des Templiers 60290 Neuilly-sous-Clermont Tel. 03 44 73 61 38 Club Nouvelles Perspectives 20, rue du soleil 75020 Paris

La Francophonie
L'indispensable mutation du paternalisme vers un multilatéralisme équilibré

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budape~ HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, ISBN:

2001 2-7475-1062-X

COMPTE RENDU SYNTHÉTIQUE DES DÉBATS DU COLLOQUE ORGANISÉ PAR LE G.É.R.A. ET LA REVUE' « RECHERCHE AFRICAINE » SUR LE THÈME : « LA FRANCOPHONIE EST - ELLE UNE ENTRAVE OU UN FACTEUR DE DÉVEWPPEMENT DES AFRICAINS »1
ParAJphonse~E-BATSC1fV et Berthin NZÉLOMONA I

- PRÉSENTATION

A-LESAVAT~DUMOTFRANCOPHONIE
I-HISTORIQUE

La Francophonie est une notion récente. Le mot lui-même apparaît au XIXe s. sous la plume d'Onésime Reclus, frère. du célèbre géographe libertaire, Élisée Reclus dont l'œuvre monumentale a été ressuscitée par la revue Hérodote. Géographe comme son ftère, il désignait sous ce vocable, des pays et des populations qui utilisaient, à un titre ou un autre, la langue française, dans son ouvrage France, Algérie et Colonies (1880). Pour Philippe de Saint Robert2, commissaire général de la langue française au milieu des années 80, la francophonie est une "idée neuve" dont le sens actuel est éloigné de celui de Reclus.
Seul mot

- francophone - usité

uniquement

comme ad-

jectif dans les dictionnaires apparus dans les années 1930, il sert à désigner les locuteurs "dont le français est la langue maternelle". Le mot "Francophonie" tomba en désuétude comme son inventeur. La profusion des termes utilisés par la
1 Colloque tenu au siège de la Francophonie à Paris le 26 avril 1999. 2 Ph. De Saint Robert, "Une idée neuve: la francophonie", in Hérodote n042, p. 131.

7

suite pour désigner cette idée relégua temporairement au second plan ce mot: "francité" (Senghor in Le Monde 1966), « francitude », "communauté francophone", "communauté de langue française" et même, "Commonwealth francophone" ou "Commonwealth à la française". En citant à nouveau le mot "francophonie", dans sa livraison de novembre 1962, la revue Esprit l'a tirée de l'oubli de manière définitive. Devenue à la fois concept et espace (au sens géographique du terme), abritant des pays du monde qui ont en commun l'usage du français, la Francophonie politique a eu un accouchement difficile, qui s'enracine en terre africaine, grâce à trois pères fondateurs: le président Léopold Sédar Senghor (Sénégal) dès 1962 est préoccupé par le maintien des liens privilégiés avec l'ancien pays colonisateur dans l'optique de l'après-colonisation; suit l'adhésion immédiate de son homologue Habib Bourguiba (Tunisie) dont l'idéal porte alors sur les questions culturelles et linguistique; tous les deux furent rejoints, en 1966, par le président Hamani Diori (Niger) qui souhaite voir se créer une "organisation internationale francophone" élaborée par l'OCAM.
2 - L'AMBIGUITE D'UN CONCEPT GEOPOLITIQUE

La Francophonie, il convient de le dire, est un "concept aux contours parfois flous" à cause de sa richesse de sens. Elle tient de "l'auberge espagnole dans laquelle chacun y trouve ou croit trouver ce qu'il y a apporté", selon l'ancien secrétaire général de l'AUPELF3 et de l'ACCT, Jean-Marc Léger4. Pour l'écrivain marocain, Tabar Ben Jelloun, "la Francophonie est une maison pas comme les autres, il y a
3 Association des Universités Partiellement ou Entièrement d'Expression et de Langue Française (AUPELF) et Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT) qui seront analysées dans le chapitre B. 4 Cité par J. Barrat, Géopolitique de la Francophonie, 1997, PUF, Paris, p. 13. 8

plus de locataires que de propriétaires"5, sans doute à cause de la configuration (structuration) de cet espace. Aussi, la défmition de ce concept n'est pas aisée. Les quatre sens aujourd'hui retenus depuis l'institutionnalisation de cette idée de communauté de partage d'une langue, correspondent à la classification faite par Xavier Deniau :6 - une approche linguistique tirée de l'adjectif francophone voulant dire "qui parle habituellement le français" (Le Robert); - un sens géographique correspondant à la répartition des peuples et des hommes dont le français est soit la langue maternelle, officielle, occasionnelle ou administrative; - un sens "spirituel et mystique" qui renvoit à l'idée d'une communauté d'appartenance, faite de solidarité et du partage des valeurs communes; - un sens institutionnel qui englobe l'ensemble des organisations publiques et privées qui oeuvrent pour la promotion de cet espace francophone. De manière fort simple, on retiendra les deux concepts suivants7 : la Francophonie avec "f' minuscule désigne aujourd'hui "l'ensemble de ceux qui, à des degrés divers, utilisent la langue française"; avec un "F" majuscule, la "Francophonie évoque l'ensemble des institutions intergouvernementales ou gouvernementales qui utilisent le français dans leurs travaux (...)", soulignant ainsi leur identité francophone. Cette terminologie sera nôtre dans cette note introductive. La Francophonie est aussi un "outil de communication interculturelle", bien que le français ne soit pas nécessairement la seule langue pratiquée dans cet espace. En Aftique, le français n'est la langue maternelle d'aucun peuple; cependant, il y a des États qui l'ont adoptée comme langue of5 ln Les Cahiers de lafrancophonie, nOl. 6 ln La Francophonie, Que sais-je? n° 2111, PUF, Paris. 7 Proposés par Jacques Barrat, op. cit. p. 14. 9

ticielle ou comme langue d'enseignement privilégiée. C'est aussi le cas de l'Égypte qui abrite une minorité francophone. Les pays qui se reconnaissent dans la Francophonie présentent en commun une triple diversité: - diversité géographique: la Francophonie est présente sur les cinq continents avec 49 États et gouvernements membres admis et trois observateurs. S'élargissant à chaque Sommet, elle a un poids démographique comparable à celui de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine) ou du Commonwealth puisqu'elle compte environ 160 millions de locuteurs8; - diversité politique et culturelle: on y rencontre tous les types de régimes politiques, tous les niveaux de liberté, toutes sortes de religions... autant de cultures qui en font un ensemble d'une grande richesse. Enfm, la Francophonie est aujourd'hui une réalité "géopolitique" comme l'avait déclaré, pour la première fois, le secrétaire perpétuel de l'Académie française et ancien ministre de la Culture, Maurice Druon. Officiellement créée en 1986, la Francophonie politique n'est plus l'instrument de coopération à vocation culturelle de ses débuts, mais bel et bien un instrument de puissance sur la scène internationale, par l'intégration, désormais, du domaine économique et stratégique. Il n'est un secret pour personne que "l'Afrique permet véritablement à la France de posséder un statut de puissance mondiale et non pas seulement européenne"9. En défmitive, nous retiendrons comme défmition de la Francophonie celle "(d'un) mouvement qui vise à transformer les liens linguistiques, culturels et historiques qui rapprochent certains peuples, dans un ensemble politique et économique plus large et qui se traduit par la mise en place d'institutions et de programmes multilatéraux de coopéra-

8 Source: Atlas de la langue française, 1995. 9 Barrat J., op. cit. 10

tion »10.

B - INSTITUTIONNALISATION PHONIE

DE LA FRANCO-

Fondée sur le partage d'une langue et de valeurs communes, la Francophonie est une organisation internationale qui s'est hissée au rang d'institution politique internationale au Sommet d'Hanoi (1997), par la volonté des chefs d'État et de gouvernement des pays membres.
1 - LA CONFERENCE GOUVERNEMENT DES CHEFS D'ETAT ET DE

Elle réunit les chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le :français en partage. Communément appelée Sommet de la Francophonie, elle est l'instance suprême de celleci. Sa mise en place tardive résulte de la délicatesse de la représentation du Québec par rapport à l'État fédéral canadien. Une fois cet obstacle levé, le premier Sommet a pu se tenir à Paris, en février 1986, suivi, depuis, de six autres. C'est ainsi qu'a pu être créée, au dernier sommet (novembre 1997), la fonction de Secrétaire Général de la Francophonie aux attributions précises.
2 - LE SECRETARIAT GENERAL DE LA FRANCOPHONIE

Il a sous sa tutelle le secrétariat du Conseil Permanent de la Francophonie (CPF), celui des instances et le service des conférences. Les trois représentations permanentes de la Francophonie auprès des institutions internationales relèvent également de son autorité. Il dispose, en outre, dans
10 Rapport ENA, 1991, Lafrancophonie, espace politique et économique pour la France et les pays en voie de développement, promotion Condorcet.

Il

l'exercice de ses fonctions, des services de la délégation aux Droits de l'homme et à la démocratie (dans le domaine de l'appui aux processus démocratiques et à la paix).
3 -LES AUTRES INSTANCES DE LA FRANCOPHONIE

1 -La Conférence Ministérielle de la Francophonie (CMF) est constituée par les ministres des Affaires Étrangères et/ou de la Francophonie de tous les États et gouvernements partenaires. Elle assure la continuité politique entre les Sommets, s'occupant, entre autres, de la coordination, de la programmations et du budget. La CMF est l'autorité supérieure de l'Agence de la Francophonie (ex-ACCT). L'Agence de la Francophonie est l'opérateur principal des décisions prises lors des Sommets et assure le secrétariat des instances de la Francophonie, du CPF notamment. Elle dispose de Bureaux de liaison auprès des Nations Unies depuis juin 1997, de l'Union Européenne et d'autres grandes organisations internationales avec lesquelles elle entretient des relations étroites: PNUD, UNESCO, ONUDI, OUA, CEDEAO. En plus de son bureau parisien, l'Agence dispose de Bureaux régionaux en Afrique de l'ouest à Lomé (Togo) et en Afrique centrale à Libreville (Gabon). Le Secrétariat Général de l'Agence dispose d'une voix consultative au sein du Conseil Permanent de la Francophonie. 2 -Le Conseil Permanent de la Francophonie (CPF) est institué au Sommet de Chaillot (France) en 1991. Organe permanent de la Francophonie, présidé par le Secrétaire Général, il est composé des représentants personnels des chefs d'État et de gouvernement des pays membres. Il est chargé, d'une part, de préparer et de suivre les Sommets, d'autre part, de jouer le rôle de Conseil d'administration de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie. 3 -L'Agence Intergouvernementale de la Francophonie est l'opérateur principal chargé de la mise en oeuvre des programmes de coopération culturelle, scientifique, technique, économique et juridique. Elle offie, à ce titre, une percep12

tion générale de la diversité socioculturelle des pays membres, et appuie son action sur un certain nombre de relais tels que ses trois bureaux régionaux (Afrique de l'Ouest à Lomé, Afrique Centrale à Libreville, Asie-Pacifique à Hanoi), ainsi que ses Correspondants Nationaux présents dans chacun des États membres. L'Agence dispose également de l'Institut Francophone des Nouvelles Technologies de l'Information à Bordeaux et d'un organe subsidiaire, l'Institut de l'Énergie et de l'Environnement de la Francophonie à Québec. L'Agence Intergouvernementale de la Francophonie a été créée à Niamey (Niger), le 20 mars 1970, sous l'impulsion de trois chefs d'État d'Afrique, Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Hamani Diori (Niger) et Habib Bourguiba (Tunisie), avec le soutien du Prince Norodom Sihanouk (Cambodge), sous le nom d'Agence de Coopération Culturelle et Technique. Elle regroupait alors 21 États et gouvernements. Actuellement, elle en compte 47.
4 LES INSTITUTIONS FRANCOPHONIE SPECIALISEES DE LA

Elles ont vu le jour suite à la diversification progressive des missions de la Francophonie qui ont débordé de leur cadre initial- l'enseignement et la linguistique -, pour s'élargir à d'autres domaines: technique, scientifique, politique ou économique. Ces institutions sont: 1 -L'Institut de l'Énergie des Pays Francophones (IEPF) dont le siège est à Québec et l'École Internationale à Bordeaux qui sont du ressort de l'Agence de la Francophonie. 2 -L'Agence des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française (AUPELF-UREF) est le maître d'oeuvre de tout ce qui a trait à l'enseignement supérieur et à la recherche: réalisation des programmes d'échanges et de coopération inter-universitaires, assistance technique, organisation de stages et de colloques, encouragement des publications scientifiques et de la diffusion de l'information, etc. 13