La francophonie au Viêtnam

Publié par

Publié le : dimanche 1 janvier 1995
Lecture(s) : 138
EAN13 : 9782296266520
Nombre de pages : 253
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LA FRANCOPHONIE AU VIET NAM

Déjà paru dans la même série:

- Florence

.REYMONDON,

Investir au Vietnam

<C> L'Harmattan,

1992

ISBN: 2-7384-1297-1

Valérie DANIEL

LA FRANCOPHONIE AU VIET NAM
Préface de Jean-Louis ROY secrétaire général de l'ACCT

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

PREFACE
Au coeur de l'Asie du Sud-Est devenue l'un des pôles économiques et culturels le plus vibrant du monde, quelques pays, et le plus grand d'entre eux, le Viêt Nam, sont toujours disponibles pour la francophonie mondiale. Ces pays sont la seule chance de la communautéfrancophone en cette région démographiquement et économiquementpuissante. L'ouvrage de Valérie Daniel dresse un inventaire saisissant des forces et des faiblesses, des assises et des défis qui attendent les francophones et la Francophonie, dans leur relation avec le Viêt Nam. - Il nous ~appelleque la littérature vietnamienne en langue française est vieille de plus d'un siècle.

- TInous rappelle l'histoire contrastée des liens entre ce pays et la France.
-Enfin, il pointe les voies d'3:ccèsdu Viêt Nam à la communauté francophone: participation aux Sommets des Chefs d'Etat et de Gouvernement, membre fondateur et toujours actif de l'A.C.C.T. (Agence de Coopération Culturelle et Technique) et toujours au sein de l'A.I.P.L.F. (Association Internationale des Parlementaires de Langue Française). Dans cette fresque utile qui arrive à son heure, on-aurait souhaité peutêtre une analyse plus fouillée des actions conduites'notammentpar l'ACCT

au Viêt Nam: installation de radios rurales, aide à l'édition, soutien à l'application de la recherche et concertation régionale en matière d'énergie et d'environnement, pour ne citer que ces exemples. Mais enfin, ce qui importe c'est davantage le consentement à cette alliance que le détail de son déploiement. L'avenir de la langue française se jouera aussi en Asie du Sud-Est. Il est réconfortant d'apprendre que depuis 1985 «une amélioration de la situation du français se fait sentir, et qu'il existe toujours au Viêt Nam une demande extrêmement importante en matière de francophonie». J'ai pu le constater à l'occasion d'un récent voyage de travail à HanoÏ. Le présent ouvrage nous permet d'en mesurer la fragile certitude.

Au moment où le Viêt Nam cherche à s'ouvrir au monde et se tourne vers ses partenaires francophones, on se dit qu'une telle chance pour les uns

et les autresdoit êtreprisepour ce quI elle est: un investissement ulturelet c
économique pour et dans le prochain siècle.
Jean-Louis ROY Secrétaire Général de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique

AVANT

PROPOS

L'ouvrage de Valérie Daniel est un document d'üne valeur exceptionnelle et sa sortie en librairie un événement que les observateurs avisés des grands médias ne manqueront pas de sal uer.
Au seuil de la décennie 90, alors que depuis quelques années déjà le Viêt Nam s'ouvre à nouveau à l'Occident et qu'aujourd'hui chacun s'interroge sur l'avenir de son peuple dans un monde en rupture, la France, qui est son compagnon historique, voudra-t-elle, saura-telle, pourra-t-elle jouer le rôle que la mémoire attend d'elle?

Quant à la volonté, le gouvernement français s'est déja déclaré et un courant d'échanges clairement rétabli entre nos deux pays. Mais le savoir-faire et la capacité à mettre en oeuvre une politique volontariste d'aide et de coopération bilatérale reposent, pour l'essentiel, sur la force d'un trait d'union culturel spécifique et son instrument premier: l'usage de la langue française.
En conduisant avec méthode une recherche sur la francophonie au Viêt Nam, dans le cadre du R.I.A~S.E.M et de l'UER de Lettres et Sciences Humaines de Nice Sophia-Antipolis, l'auteur tente répondre avec précision à la question de tous ceux entreprennent d'intervenir au Viêt Nam, dans tous secteurs toutes disciplines: parle-t-on encore le français dans ce pays? de qui et

Question capitale en effet, car à bien considérer cette région du monde, presque entièrement d'influence anglophone, seule la péninsule indochinoise représente encore un ancrage de la culture

*

Unité de Madagascar

Recherches Interdisciplinaires et les lies de "Océan Indien.

sur

l'Asie

du

Sud-Est,

française privilégié

et c'est là spécialement qu'un tend ardemment à se restaurer.

dialogue

spécifique

et

Ardeur mutuelle, récipro,que, dont témoignent à l'évidence les efforts énormes que font aujourd'hui nos hôtes vietnamiens pour nous recevoir dans notre langue puisque, nous parlons rarement la leur. Cette démarche est d'ordre spirituel les impératifs d'utilité. Il serait en communément de l'angl~is, langue commerce internationale. Mais: .si l'anglais est la langue du le français est la langue de et sa motivation transcende effet tellement simple d'user de communication et de marché, la fraternité..

Valérie DANIEL explore le sujet avec rigueur scientifique et sous tous ses aspects. Sa démarche est une enquête bien menée, sur le terrain, riche de documents et d'informati.ons inédites. Jamais encore on n'avait pu lire lire et trouver rassemblés tant de détails précis sur la question. Elle dresse un état des lieux fouillé de la Francophonie au Viêt nam et place ce constat en perspective. Inquiétude et optimisme se mêlent .sous la p'lume de l'auteur, car on la sent, au fil des pages, acquise à. son sujet, convaincue qu'il s'agit là d'un enjeu fondamental, pour nos deux pays, pour la jeunesse en formation et pour le développement économique et social de ce foyer brûlant de l'Asie-Pacifique. Et ce n'est pas le moindre mérite de cet ouvrage que son caractère militant, l'engagement personnel de son auteur dans l'action et la promotion de la langue française au Viêt Nam. Chacun constate aujourd'hui que la Coopération culturelle, scientifique et technique et les échanges entre nos deux pays butent sur' l'insuffisance présente du dialogue francophone. Un effort considérable est à faire des deux côtés et l'on sait que la partie vietnamienne le réclame et que, dés 1989, le voyage au Viêt Nam de Monsieur Alain DECAUX a fortement témoigné de J'engagement de la France dans ces retrouvailles. Tous les amis du Viêt Nam, les compatriotes de la diaspora, médecins, enseignants, ingénieurs, hommes d'affaires, fonctionnaires et politiciens de tous horizons liront ce document avec profit et y trouveront les encouragements necessaires à s'engager chaque jour davantage.

Ce livre devrait annoncer de grands moments pour la langue française au Viêt Nam et pourquoi pas la tenue prochaine à Ha Noi d'un sommet international de la Francophonie que le Président Léopold Sédar Senghor qualifiait si joliment: "cet humanisme intégral qui se tisse autour de la Terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les Continents,de toutes les Races de toutes les cultures, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire"

Docteur Louis REYMONDON Président de Viêtnamitié.

Remerciements

particuliers

à:

Mr Louis REYMONDON: Président de Vietnamitié Mr Richard POTTIER: Professeur d'anthropologie à l'Université de Nice-Sophia Antipolis

1

INTRODUCTION
Le Viêt Nam est passé d'une pratique du bilinguisme francovietnamien à l'utilisation d'une langue nationale unique (le vietnamien). Ce pbénomèn~ n'empêche en rien cette ancienne colonie de participer aux instances internationales de la francophonie 1. Pourtant, depuis l'indépendance des pays africains, la francophonie est le plus souvent associée à la négritude négligeant ainsi rapport des pays d'Asie. Il a fallu la création du Haut Conseil de la Francophonie en 1984, présidé par François Mitterrand pour que la France se redécouvre tout à coup des affinités linguistiques avec le Viêt Nam. Mais quelle place tient aujourd'hui la langue française dans pays exsangue 35 ans après les accords de Genève? Quels sont enjeux qui incitent Français et Vietnamiens à s'intéresser à diffusion de cette langue? Les deux parties ont-elles les moyens leur politique? ce les la de

A l'heure où le Viêt Nam, abandonné par l'U.R.S.S., s'oriente vers une normalisation des relations avec Pékin, il est permis de penser que la France a un rôle à jouer. Ayant développé des relations complexes avec Hanoi depuis la seconde moitié du 1ge siècle, Paris entretient aujourd'hui une attitude ambivalente à l'égard de la francophonie au Viêt Nam. Faute d'une politique délibérée, la France perdra sans doute sa seule chance d'ancrage en Asie du sud est; mais peut-être n'est il pa~ trop tard?

ayant en commun l'usage du français, à Paris en 1986, à Québec en 1988 et à Dakar en 1989. Le Viêt Nam est aussi Etat~membre de l'A.C.C.T. (Agence de Coopération Culturelle et Technique) ainsi que de l'A.I.P.L.F. (Association Internationale des Parlementaires de Langue Française).

1. Le Viêt Nam a participé aux sommets des chefs d'Etats et de gouvernements

PREMIERE PARTIE

APPROCHE SOCIO-mSTORIQUE DU CONCEPf FRANCOPHONE AU VIET NAM

2

CHAPITRE 1 Evolution historique et linguistique du mouvement francophone au Viêt Nam.

SECTiON NAM.

JI : ]BIJISTOlI!RJa IL.J£NOUJ£STKQUJB DU

VJIET

Le chinois,

le nôm et le quoc ngu.

Pendant plus de 2 000 ans le Viêt Nam a vécu sous l'influence de la culture chinoise. Depuis le IXe siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle le territoire du Viêt Nam fut annexé par la dynastie chinoise des Trieu, jusqu'au XXe siècle 1, le hàn (langue chinoise) a été utilisé dans l'administration et l'enseignement. Les caractères chinois ont constitué la première littérature du Viêt Nam. Au cours des siècles, deux genres de poésies se sont développés au Viêt Nam: d'une part, la versification suivant les règles de la prosodie chinoise qui constituait une des épreuves au concours mandarinal, et d'autre part, la versification populaire opposée en tout genre au formalisme de la première. Pour consigner par écrit ce parler, ces idées, ces sentiments populaires, les Vietnamiens ont eu besoin d'une écrjture autre que le chinois qui restait, somme toute, une langue étrangère et savante. De ce besoin est né le nôm, transcription des sons vietnamiens en caractères calqués sur le modèle hàn. Dans un premier temps le nôm servait principalement à transcrire les sons des mots qui exprimaient des particularités vietnamiennes non recensées dans le vocabulaire chinois. Cette période correspond à la domination chinoise jusqu'au XIIIe siècle. Dans un deuxième temps, à partir de la reconquête pour l'indépendance jusqu'au XIXe siècle, le nôm est devenu langue d'expression poétique. On commence à parler de littérature nôm

1 Le dernier concours mandarinal

en hàn eut lieu en 1918.

3 vers le XIIIe siècle, mais ces débuts restent obscurs 1 . Il faut attendre la deuxième moitié du XVe siècle pour trouver des auteurs tels que Lê-Thanh-Ton ("Recueil de poésies en langue nat~onale") ou Nguyen-Binh-Khiêm (XVIe), mais l'âge d'or du nôm se situe au XIXe siècle avec le plus célèbre et probablement le plus grand poète vietnamien Nguyen-Du. Avec la présence française au Viêt Nam, le rôle de l'écriture nôm sera réduit, au profit du quoc-ngu. Le quoc-ngu est un modèle de transcription en caractères latins des mots vietnamiens2. Ce système a été mis au point par les missionnaires français, espagnols et portugais pour les b~soins de l'évangélisation. Le père Alexandre de Rhodes a fait imprimer à Rome en 1651 le premier dictionnaire latin/quoc-ngu. Cette écriture, initialement créée à la seule fin d'initier les premiers catholiques vietnamiens, a été par la suite utilisée par l'administration coloniale française et les intell~ctuels. Ce système d'écriture phonétique laissait la porte ouverte à. tous les emprunts possibles, ce qui explique l'influence importante du chinois et du français dans le quoc-ngu. Bientôt cette écriture fut présente dans toutes les instances; Ho Chi Minh lui même, en généralisa l'emploi à partir de 1943 dans le cadre de sa campagne d'alphabétisation. Le français jusqu'en 1945.

Parallèlement à la diffusion du quoc-ngu, l'utilisation du français s'était répandu aussi bien dans les protectorats (Annam, Tonkin, Laos, Cambodge) que dans la colonie (Cochinchine). L'administtation coloniale naturellement, utilisait uniquement sa langue maternelle et usait de l'enseignement pour imposer le français au sein de la population. C'est à partir de 1906 que les autorités coloniales devinrent responsables de l'enseignement public du protectorat et réorganisèrent la formation supérieure. L'enseignement comprenait deux systèmes: le système public franco-indigène et le système public français.

1 SAMANA (Pierre), Antholoeie 2 SAMANA (pierre), Op. cita

de la poésie vietnamienne.

Tananarive,

1962.

4
L'enseignement
* Le système

primaire
public

et

secondaire:

franco-indigène:

Composé d'un premier et d'un second cycle, il visait un double but: initier les jeunes à un minimum de connaissances jugées nécessaires et dégager une élite indispensable au fonctionnement du régime. Le premier cycle de cet enseignement était sanctionné par un certificat d'études élémentaires scolaires indochinoises. Le niveau suivant comprenait trois cours avec étude du français dès la première année. Cet enseignement constituait le premier stade de sélection des futurs étudiants et était sanctionné par le certificat d'études primaires complémentaires indochinoises. Durant l'année scolaire 1940-41, on comptait 485 890 élève âgés de 7 13 ans inscrits en primaire 1. . L'enseignement du deuxième cycle compren,ait deux niveaux: le premier durait quatre ans et renseignement y était dispensé en français. En 1944, on recensait 20 établissements de ce type avec 6 550 élèves. La fin du cycle était sanctionnée par le diplôme d'études primaires supérieures indochinoises. - le deuxième durait trois ans et le diplôme obtenu équivalait au baccalauréat. Les enseignements étaient dispensés aux lycées de Hanoi, Hué, Saigon et Phnom-Penh.

a

* Le système public français:

Il reproduisait le schéma de l'éducation nationale en vigueur en France. Des écoles primaires existaient dans toutes les colonies. En 1939, on comptait 2 448 élèves répartis dans 36 écoles dont 15 au Tonkin, 14 en Cochinchine, 5 au Annam, 1 au Cambodge et 1 au Laos. L'enseignement secondaire était dispensé dans les lycées. En 1939 on en recensait trois (Hanoi, Dalat, Saigon) avec 2 775 élèves dont 76% de nationalité française.
L'enseignement supérieur.

L'enseignement supérieur était organisé selon le modèle français. En 1944, l'Université de Hanoi comprenait deux facultés (médecine et droit jusqu'au doctorat) et une Ecole Supérieure des Sciences (jusqu'à la licence). Quatre écoles d'enseignement
1 PHAN TRONG CHANH, "Le système scolaire colonial au Viêt Nam de 1939 à 1945" Mémoire de Maîtrise. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1975.

5 supérieur étaient rattachées à l'université: Beaux-Arts, Agriculture, Vétérinaire et Travaux publics quant à l'Ecole Française d'Extrême-Orient, elle o~ganisait des recherches scientifiques sur les civilisations d'Asie du Sud-Est. Parallèlement à l'enseignement public, l'enseignement privé était présent en Indochine. Celui-ci comprenait trois types d'écoles: les confessionnelles (essentiellement françaises), les laïques (essentiellement indochinoises) et les privées étrangères (essentiellement chinoises). En 1939, on recensait 98 148 élèves dont 95% provenaient des écoles indochinoises. D'une manière générale, le système français a bouleversé l'éducation traditionnelle et généré des inégalités. L'administration coloniale dissociait les écoles françaises dont la gestion était assurée par l'apport des deniers publics, des écoles indochinoises dont le fonctionnement dépendait des budgets locaux. D'autre part, seul un nombre restreint d'individus bénéficiaient de l'instruction. En Cochinchine, en 1924, 1/8 du nombre d'enfants fréquentait l'école sur une population de. 600 000 enfants en âge scolaire 1 Il va sans dire que les élèves indochinois ne pouvaient prétendre à l'enseignement du second degré s'ils n'avaient pas intégré les schèmes culturels français. Pour la plupart, les étudiants indochinois appartenaient aux classes privilégiées. Cette façon de s'associer les fils de familles déjà bien implantées et de limiter l'accès à l'enseignement de la population rassurait nombre de colons, qui redoutaient une "mauvaise utilisation" du savoir dispensé. Malgré tout, la colonie traversant une période faste jusqu'à la crise de 1929, l'administration avait dépensé à cette époque un budget pour l'instruction publique six fois plus important qu'avant la guerre. Socialement, bien qu'un effort eût été fait dans ce domaine, l'enseignement supérieur restait bien en deçà du niveau des établissements français en métropole. C'est ainsi que les diplômes préparés à l'Université d'Hanoi n'avaient pas d'équivalence avec ceux de Paris. C'est dans ce contexte de dépréciation que les jeunes vietnamiens partirent en France, à la recherche d'une formation supérieure solide. C'est aussi à cette époque que naquirent et
1 Soit 72 809, selon Nguyen Van Phong dans son ouvrage "La société vietnamienne de 1882 à 1902", Ed. P.U.F., Paris, 1971.

6 s'organisèrent Viêt Nam. les grands courants politiques pour l'autonomie du

Le français

de 1945 à nos jours

Après la seconde guerre mondiale, la défaite des Allemands et le départ des ttoupes nipponnes, l'Indochine se trouva divisée en deux zones d'influence. Au Nord, Ho Chi Minh était élu Président, tandis qu'au Sud les Français tentaient désespérément de

ressusciter le régime colonial.

.

De 1945 à 1975, le Viêt Nam connut deux systèmes d'enseignement et de diffusion des langues, répondant chacun à des régimes politiques divergents: - Au Nord, dès 1943, Je Parti Communiste avait publié ses thèses sur la culture qui préconisaient une campagne d'alphabétisation et une réforme de l'enseignement. La réforme généralisait l'emploi du quoc-ngu à tous les stades de l'éducation et associait récole à ridée de travail productif; quant à la politique d'alphabétisation, aujourd'hui .encore, elle sert d'exemple pour les pays sous-développés. En dix ans, de 1946 à 1956, 90 % de la population bénéficia d'une alphabétisation initiale 1 . -Au Sud, jusqu'en 1975, le schéma français hérité de la période coloniale était maintenu. ; quant à la présence américaine, elle se faisait surtout ressentir dans le cadre universitaire où l'anglais fit une entrée magistrale. Jusqu'en 1975, de nombreux étudiants cochinchinois partirent pour les U.S.A. dans le cadre d'une formation supérieure. Après la réunification en 1976, les vainqueurs décidaient d'éliminer toutes traces de la présence française et américaine dans l'enseignement comme dans tous les. domaines. Ils optaient pour le HOC TAP (rééducation idéologique) 2 . Le russe devenait la langue étrangère à apprendre obligatoirement; le français et l'anglais étaient bannis. Les écoles privées étaient nationalisé'es ; l~ contenu des programmes était revu; l'enseignement supérieur technique était valorisé aux dépens des lettres, sciences sociales et droit. En Janvier 1979, le bureau
1 Alpha~ûsation et &tucaûon des a~ltes en R~publique Socialiste du Viêt Nam. Compte-rendu de la session d'6tudes réalisée du 26 octobre au 18 novembre 1983. Ed. Agence de coop6ration èuIturelle et technique. BODDeuilsur Marne. 1984. . 2 LE 1HANH KHOI, "L'enseignement au Viet Nam depuis. 1975", Le Viêt Nam post. révolutionnaire, Ed. L'Harmattan.. Collection Asie-d6bat, Paris. 1987.

7 politique redéfinissait les buts que devait poursuivre le système éducatif vietnamien (résolution du Il Janvier), à savoir "éducation socialiste de la jeune génération de l'enfance à l'adolescence", "généralisation de l'enseignement spécialement chez les minorités" et ftformation des travailleurs". Depuis 1981, un nouveau système d'enseignement a été mis en place au Viêt Nam; nous en aborderons les grandes lignes dans la deuxième partie.

SECTUON 2 : LES JP j['][CULAR][1'1BS AR VlI1BTNAMH1BNNJBSFACE A l.A COMMUNAUTE ]FRANCOPHONE.

Les débuts du mouvement francophone marginalisation du Viêt Nam.

et

la

C'est en Af~que, et après la décolonisation, que se développe le mouvement francophone. Ayant accédé à l'indépendance, les pays africains s'attellent à renforcer leur identité nationale et veillent à maintenir des relations avec la France, ainsi qu'avec les autres pays francophones d'Afrique. Le français représente dans ce contexte de pluralité ethnique, une sorte de garant de l'unité nationale, du moins au niveau linguistique, et une aide potentielle au niveau économique. En 1961, était créée l'Union Africaine et Malgache (U.A.M.), réunissant uniquement des pays africains francophones. Cette structure peut être considérée comme la première manifestation de la francophonie 1 .Deux ans plus tard, était fondée l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A.) qui regroupait un ensemble de trente états; enfin, en 1966, naissait l'Organisation Commune Africaine et Malgache (O.C.A.M.) dont la charte fut signée à Tananarive. Cette structure jouera un rôle considérable dans le développement de la francophonie et la formation d'un système de pensée. C'est ainsi que l'O.C.A.M. proposa un regroupement des pays francophones à l'échelle mondiale, formant ainsi "une
1 TETU (Michel), La FrancQphonie Ed. Hachette, Paris, 1987.

8 communauté spirituelle des nations qui emploient le français, que celui-ci soit langue nationale, langue officielle ou langue d'usage" 1 Cette communauté internationale devait être composée de plusieurs cercles concentriques nommés A, B, et C en fonction des particularités de chacun des pays formant cette communauté 2. C'est ainsi que: le cercle A rassemblait la France, les Etats d'Afrique noire et Madagascar, les membres de l'O.C.A.M., le Mali, les Etats exbelges et Haïti. le cercle B rassemblait le cercle A + les pays du Maghreb,le Liban, le Viêt Nam, le Laos et le CambOdge. le cercle C rassemblait les -cercles A et B + les états développés dont le français était la langue nationale à côté d'une ou plusieurs autres langues: Canada, Suisse, Belgique, Luxembourg. Cette différenciation dans l'élaboration des cercles, se justifiait par des facteurs économiques (le groupe C -n'attendait pas d'aidé financière de la France), des facteurs historiques (le groupe B entretenait des liens plus lâches avec la France que les autres partenaires) et des facteurs culturels (le groupe A ne pouvait pas prétendre à l'utilisation d'une autre langue que le français pour réaliser son unité). La décision de classer les anciens états de l'Indochine dans le cercle B illustre assez bien la position de l'ex-colonie par rapport à l'ensemble francophone. En ce qui concerne le Viêt Nam, il faut rappeler qu'à cette époque il était divisé -en deux et que seul le Sud Viêt Nam participait à l'O.C.A.M. Indépendamment des événements historiques contemporains, qui isolèrent brutalement le Viêt Nam de toutes structures francophones, à partir de 1975, il est intéressant de constater que le Viêt Nam en 1966 était déjà classé à part, au même titre que le Maghreb et le Liban. Ces pays avaient chacun leur langage
1 Discours du Président Nigérien Hamani Diori devant le Général De Gaulle le 16 Septembre 1966 à l'occasion de la présentation du projet de l'O.C.A.M. 2 TETU (Michel). Ibid.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.