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LA LIBÉRATION DE L'ÂME CAPTIVE DE LA MATIÈRE

De
289 pages
A la limite de la poésie, ces textes écrits avec un incroyable acharnement tenant de l'auto-thérapie et de l'obsession de comprendre, sont plutôt de l'ordre de la méditation incantatoire. Une réflexion se met en place sur la condition humaine, où les sources lacaniennes se confrontent au vécu artistique et à la réflexion socio-politique. Car c'est en créant que l'auteur manifeste ce qu'il pense : dans son œuvre picturale, le grattage systématique du support lui permet de transcender ses pulsions de mort envers l'Autre et de reconstruire son image.
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Zirignon GROBLI

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Torne 1

L'Harmattan 5-7, rue de l' École-Polytec1mique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-1896-5

Préface

Nous sommes ici à la limite de la poésie: les textes que Zirignon Grobli ne cesse d'écrire depuis de nombreuses annés au quotidien, avec un incroyable acharnement tenant de l'autothérapie et de l'obsession de comprendre, sont plutôt de l'ordre de la méditation incantatoire. Une réflexion se met en place sur la condition humaine, où les sources lacaniennes se confrontent au vécu artistique et à la réflexion socio-politique. Car c'est en créant que Grobli manifeste ce qu'il pense: dans son oeuvre picturale, le grattage systématique du support lui permet de transcender ses pulsions de mort envers l'Autre et de reconstruire son image. Cette destruction préalable, ce meurtre symbolique qui évite la violence effective, est une proposition: en exposant ses oeuvres, en publiant ses textes, Grobli semble nous dire de faire de même. Vous ressentez des pulsions: créez! Défoulezvous artistiquement! Grattez à votre manière votre support et reconstruisez votre rapport au père, à la mère, aux autres, à l'étranger, au monde.

Le psychanalyste tourmenté ne vit pas dans une tour d'ivoire: il regarde avec angoisse une société ivoirienne en pleine guerre avec elle-même. Les textes de Grobli sont comme ses toiles des tentatives d'explication. Par son travail quotidien de quête de compréhension, d'expression, il rejoue son rapport au monde.

C'est à une réaffirmation du phallus qu'il nous convie, contre la mère castratrice. « C'est parce qu'il n'existe pas de père porteur de phallus que l'enfant est pris en otage pour servir de phallus à la mère envieuse» Je ne suis pas au fait des théories psychanalytiques mais si ce message me touche, c'est que partout l'homme moderne se cherche, moi-même autant que les sociétés qui nous entourent, qui nous marquent de leur sceau culturel. Et que les douleurs sont grandes quand il ne trouve sa virilité que dans la guerre. Car la guerre moderne est une guerre avec soi-même: les hommes ont pratiquement cessé de se disputer des territoires - les guerres modernes sont des guerres civiles-. Et parce que ce sont des conflits de fraternité, leur terrible violence est à la mesure de l'implication affective qu'ils représentent. quand l'autre est très différent de moi, il ne me dérange pas. Mais quand il est proche, mon semblable, mon frère, il me tourmente tant, que, à la moindre menace, je le tue! Comme Abel et Caïn. Je le tue pour survivre à sa place.. En situation de pauvreté et de précarité, je le fais pour m'approprier l'héritage. Mais ce n'est pas la condition première, ce n'est qu'une conséquence arrangeante. car au fond de moi, l'intérêt n'est pas de possession de biens, il est de tenter de résoudre le partage fondamental que je ressens, déchirement entre moi et cet autre moi-même! Cet autre si proche, si semblable, me dérange terriblement: une projection se met en place entre cette partie de moi-même que je peine à cerner car elle m'apparaît comme un autre en moi, ce partage en moi, cette part de masculin ou de féminin qui ne me définit

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pas et est pourtant bien là, cette part d'identitaire mondialisé, métissé, qui fait concurrence à toutes mes fixations identitaires, mes certitudes rassurantes, mes préjugés bien ancrés... entre mon être partagé donc, et ce bouc-émissaire qu'il me faut trouver et qui sera l'étranger, le Juif, l'immigré, celui qu'un raisonnement sommaire me fait considérer comme le concurrent de mes intérêts. C'est si fort que lorsque cette haine trouve dans le jeu politique l'idéologie qui lui permet de devenir folie collective, elle devient génocidaire. Les peuples l'ont vécu dans leur chair en ce vingtième siècle à la dérive, au point de se saigner euxmêmes en pratiquant le suicide généralisé... « C'est en projetant ses pulsions de haine et de mépris sur Ie petit autre que le grand Autre s'en libère et assure sa conservation» Le voilà donc le racisme: on n'est jamais raciste qu'envers soi-même, cette partie d'inconnu en soi, toujours présente, toujours dérangeante, que l'on projette sur un Autre extérieur par commodité, pour ne pas retourner le fer contre soi-même, pour ne pas sombrer dans la déprime. « Comment l'homme peut-il connaître la paix lorsque dans son organisme la guerre n'a de cesse de faire rage? C'est en déplaçant le foyer de la guerre dans le monde extérieur

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que l'homme s'imagine acheter sa paix intérieure. » Il nous faudra donc sublimer et symboliser: Grobli théorise ici sa longue pratique d'art-thérapie au contact des enfants d'Adjamé. En ramenant ainsi la nécessité de l'art-thérapie à une question de société où l'homme doit reconquérir son être social, sa capacité de réaction autonome, il sort l'art-thérapie d'une pratique réservée aux « malades» pour la proposer à tout être qui se veut vivant. « Le monde est une arêne où il n'existe pas de loi qui défende au vainqueur d'abuser du vaincu» Ainsi, l'art doit-il, favoriser la loi, cette règle structurante pour tous qui limite les dérives et les exploitations de toutes sortes. Qu'importe les risques, la loi doit triompher et l'art la servir. L'Etat de droit est le garant de l'équilibre social contre les rackets de tous styles. Mais la loi seule ne suffit pas: " L'homme n'est qu'un tas de merde lorsqu'il n'est pas structuré par le système symbolique. » En un cercle essentiel l'art nourrit la loi et la loi nourrit l'art. Mais l'art, s'il veut être thérapeutique, doit conduire à la structuration des pulsions. pour les canaliser: « La culpabilité de l'homme-fétiche qui est de nature pré-oedipienne

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est si écrasante que pour éviter l'auto-punition par retournement de ses pulsions de mort contre sa propre personne l'homme-fétiche sera contraint au comportement de fuite dans le déni de ses responsabilités. » L'appel est clair, une conscience est nécessaire pour éviter l'auto-destruction. « La volonté du petit autre c'est d'être détruit par le grand Autre qui ne s'en prive pas. » De ce combat intérieur, nous réchappons sans cesse par instinct de survie mais nos sociétés n'évitent pas les chaos des dérives de projections. Par sa dynamique et décapante méditation poético-philososphique, Grobli nous ouvre une voie tant personnelle que politique: celle d'éviter d'aller chercher en l'autre la source de nos maux pour assumer en nous-mêmes les conflits qui nous agitent.

Olivier Barlet Rédacteur en chef du mensuel Africultures

Il

La mère dévorante et J'homme-déchet

Pour préserver les restes initiaux de la destructivité des primitifs les pères fondateurs ont soumis la société naissante à une censure toute-puissante qui a suscité le blocage et l'accumulation des pulsions de destruction qui actuellement menacent de rompre la Digue. Si elle veut assurer la survie l'Humanité doit répondre à la question: quel doit être le destin des pulsions de mort ?

Le« mal radical» c'est le trou dévorant qui travaille l'homme au corps et le confronte
en permanence à l'angoisse de destruction.

L'homme s'imagine combler le trou dévorant qui oeuvre à l'intérieur de l'organisme à jouir sans laisser de restes. Peine perdue car plutôt que de combler lajouissance dé-voile le trou et humilie l'homme.

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L'homme est un être qui dévore et évacue dans la fureur du jouir les produits de l'activité de l'homme réifié. L'homme est l'objet de jouissance pour l'homme.

Le grand Autre est un monstre qui fonctionne sur le mode de la réduction fécale de la personne humaine car le Nom-du-père qui impose respect est étranger au grand Autre.

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Nul n'accède à la position de sujet sans affrontement car le grand Autre impose au petit autre la place de crottin. Le sujet c'est le petit autre qui s'adjuge le statut de la personne grâce à la conquête du Nom-du-père.

Le grand Autre est le porteur des pulsions sadiques chargé par la Nature de « fécaliser » le petit autre. l'avénement du sujet postule la castration du grand Autre de son phallus imaginaire et la médiatisation de l'arelation primitive.

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C'est parce qu'il n'existe pas de père porteur de phallus que l'enfant est pris en otage pour servir de phallus à la mère envieuse et que l'Humanité malgré les luttes dites de libération demeure captive des entrailles du Monstre.

Le corps de l'homme qui n'a pas fait son entrée dans le champ symbolique est une arène où fait rage le conflit oral-anal. L'angoisse de destruction est donc l'état ordinaire de l'homme qui n'a pas fait son entrée dans le champ symbolique.

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C'est pour échapper à la destruction réelle que le petit autre renonce à son âme et abandonne son corps à la fureur de l'Autre pour être son objet de jouissance orale-anale.

L'homme-déchet est un homme fécalisé par le sadisme de l'Autre dont il est l'objet de jouissance orale-anale.

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L'homme-déchet est cet homme mutilé du principe de la "piersonnalité" par le sadisme de l'Autre aux fins de lui servir d'objet de jouissance orale-anale.

Le petit autre est ce substitut humain de l'objet oral-anal car c'est l'homme . . qUIpour sur-vIvre

a choisi de perdre son âme et de s'abandonner à la déchéance.

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L'homme n'est qu'un tas de merde lorsqu'il n'est pas structuré par le système symbolique. Ce qui caractérise l'homme-tas-de-merde c'est son inertie et son opacité qui le rendent inapte à la communication faute d'être structuré par le système symbolique.

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L'homme est pour l'homme un objet oral-anal qu'il dévore comme de la viande et évacue comme de la merde.

Comment arracher le sujet humain à l'aliénation du circuit oral anal où il est contraint d'halluciner l'homme comme un objet oralanal à dévorer comme de la viande et à rejeter comme de la merde? Telle est la question cruciale à laquelle l'homme est confronté.

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Le phantasme d'être dévoré surgit là où la frustration orale est telle que l'on perd sa capacité d'être actif et que l'on se sent réduit à la position d'objet dévoré: la victime du sorcier est un être convaincu de castration orale.

Malheur au vaincu de la lutte pour la domination oraleanale. Condamné il sera au statut d'objet de manducation et d'évacuation anale.

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La tendance de chaque homme est de fécaliser l'autre. C'est ce qui fait de l'existence une lutte pour la domination. Malheur au vaincu: car le destin du vaincu c'est de servir de pâture au vainqueur.

Le monde est une arêne où il n'existe pas de loi qui défende au vainqueur d'abuser du vaincu. Le monde est une machine infernale qui fonctionne sur le mode oral-anal.

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L'arelation orale-anale est un état d'aliénation où le grand Autre est à la place du tout-puissant et le petit autre à celle de la chose. Dans l'arelation orale-anale la volonté du petit autre c'est d'être détruit par le grand Autre qui ne s'en prive pas..

L'essence de la jouissance c'est l'état d'arelation orale-anale où l'objet est dévoré et rejeté comme déchet. Dans la jouissance la personne humaine est déchue et aliénée à son statut.

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L'identification primaire sur laquelle l'Humanité s'est 0rganisée dans les temps primitifs c'est l'identification de l' enfant avec la mère dévorante. La civilisation humaine n'a pu s'édifier que sur cette arelation orale-anale idéalisée sur le modèle de la Déesse-mère et l'enfant.

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Le fondement de la personnalité et des sociétés sans pères est constitué par un faux triangle dont les éléments sont l'enfant la mère et son phallus imaginaire qui est en réalité la projection atopique de l'enfant-phallus idéalisé. L'illusion d'unité et de différence est le fondement des sociétés et des personnalités sans pères.

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L'affrontement sadique anal des temps primordiaux ayant débouché sur la castration anale de l'autre celui-ci a été obligé de refouler ses pulsions sadiques-anales et de les retourner en pulsions anales-passives. C'est ainsi que l'autre est devenu cette poche anale où l'Autre se débarrasse de ses pulsions sadiques-anales.

Il est évident que c'est l'a-relation orale-anale qui régit le monde et que le petit autre est le substitut de l'objet oral-anal du grand Autre.

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L'homme est l'instrument des pulsions de destruction qui le poussent à détruire l'homme. Les motifs que l'homme met en avant pour fonder ses pogroms ne sont que des justifications dont la [malité inconsciente est de lui donner bonne conscience.

Il n'y a personne pour garantir la dignité et la liberté du petit autre devant le grand. Le grand Autre en exerçant sur le petit autre un contrôle tout-puissant le chosifie et l'aliène assurément. Notre monde est régi par l'arelation orale-anale.

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