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La Nation arabe, réalité et fiction

142 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 235
EAN13 : 9782296158849
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LA NATION ARABE RéaHté et fiction

Du même auteur

EN LANGUE

ARABE

La Palestine et le destin périlleux entre le Nil et la péninsule Arabique 1969 Sous l'inspiration La République de l'Histoire des Maronites 1977 d'Orient

de Zahlé, première république 1978

Entre le désastre et la tragédie, un Libanais parle 1979 Points de vue sur le déterminisme, 1981 le fatalisme et la liberté

EN LANGUE FRANÇAISE

Essais personnels sur le Moi 1984

Henri Aboukhater

LA NATION ARABE
Réalité et liction

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

«

Dirige le présent vers la justice
afin que tu dises la vérité librement et sans détour. Ne te laisse empêcher . ni par la malice des autres, ni par leur opinion, ni par leurs cris, ni par les sensations

de cette chair qui t'enveloppe.
Marc-Aurèle XH-I

»

Introduction

Nous ne saurions traiter les problèmes auxquels l'ethnie arabe s'est trouvée confrontée sans mentionner le cadre désertique où la nature l'a si sévèrement comprimée. Nous ne saurions non plus évoquer la nation arabe si nous omettions de signaler les sources coraniques du nationalisme arabe et l'influence juive, autrefois au berceau de l'Islam. En droit d'être impartialement informé sur un sujet qui domine si souvent la scène politique et met en évidence l'importance du monde arabe et de ses traditions islamiques, le lecteur réclame de nous une neutralité absolue. Nous tâcherons de ne pas le décevoir d'autant plus que nous n'avons pas en la matière d'idées préconçues. Mais la signification malencontreuse que l'on donne parfois aux textes religieux auxquels nous nous référons nous défie sans relâche. En conflit avec les exigences de la raison, elle risque, sans que nous le voulions, de nous porter au-delà de nos véritables intentions. Une vigihince continue nous évitera de nous lancer sur de fausses pistes ou de conclure avec précipitation. Prudent, nous refusons toutefois de sombrer dans la complaisance ou la platitude. Plaire ou déplaire sont d'ailleurs deux notions étrangères à tout écrivain qui prétend entreprendre un travail scientifique. Notre but s'inscrit dans le cadre d'une recherche où les convictions religieuses, le nationalisme ombrageux ou mythique défient tous les jugements et prétendent imposer leur valeur d'une façon absolue. La Vérité s'estompe sous leur pression au profit de vérités multiples qui s'entrechoquent et donnent naissance à des conflits permanents. La raison

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dégage de son côté la portée de ses affirmations et de ses négations dans un contexte où l'ignorance pèse de tout son poids sur l'esprit des hommes. Dans ce genre de travail l'écrivain refuse d'abdiquer à cause des difficultés qu'il rencontre. En quête d'une analyse impartiale des réalités historiques et de leurs conséquences, il est de son devoir d'aborder les questions les plus épineuses. L'essentiel pour lui est d'être de bonne foi. Un ami nous disait que l'on pouvait tout dire à condition d'y mettre les formes, que, pour être plus explicite, tout dépendait de la façon dont les choses étaient dites. Nous tâcherons de faire nôtres ces paroles de sagesse tout en sachant que la Vérité gagne à être connue quelles que soient les entraves. Elle ne pourrait l'être si elle devait ménager la malice, les susceptibilités, les réactions et les craintes. Elle ne serait plus à notre portée si, pour calmer des adeptes fiévreux, des esprits asservis par leurs passions, nous inventions des données ou travestissions des certitudes, si nous abdiquions la droiture de notre jugement pour gagner les bonnes grâces ou les faveurs des autres, et oubliions que la raison, comme le souligne Al Maarri (Xe-XIesiècle) le philosophe syro-arabe du doute, est « la source unique de la Connaissance». * ** Aux nationalismes étrangers qui s'affirmaient à leurs portes et au sein même de la péninsule Arabique, les Arabes avant Mohammad, le Prophète arabe qoraïchite, opposaient leur anarchie et leur individualisme. Ils n'avaient pas de conscience nationale proprement dite. Face aux Perses, aux Byzantins, aux juifs et même aux Abyssins, disciplinés, organisés, jouissant de sommets hiérarchiques, les Arabes bénéficiaient d'une structure tribale, de famille et de clan, minée par les luttes intestines. C'est avec le Coran et les conquêtes qui suivirent la mort du Prophète, avec la sujétion de nations dont le degré de civilisation était infiniment supérieur au leur, qu'ils finirent par en acquérir une; conscience nationale émoussée cependant par la persistance des mœurs anciennes. Etrangers à la mentalité arabe, les termes de nation arabe, 10

d'appartenance nationale arabe domineront désormais les esprits, mais donneront lieu à une interprétation controversée, largement extensive que rien ne laisse entrevoir dans l'enseignement du Réformateur arabe. Certains, à cause d'elle, récusent le nationalisme arabe sans même le discuter; non-musulmans, ils réagissent ainsi contre l'intégrisme religieux qui dissout le nationalisme arabe dans l'Islamisme. D'autres en font un usage abusif et mettent sur le même plan le sacré et le profane, le nationalisme et la religion et les confondent dans une signification commune alors que l'appartenance religieuse n'est pas nécessairement doublée d'une allégeance nationale; on peut être musulman sans être arabe, se réclamer d'une appartenance arabe tout en n'étant pas musulman. S'il en était autrement, si l'appartenance arabe était l'apanage exclusif des adeptes de l'Islam, les minorités non musulmanes mais arabes de langue, de devenir ou de sang, perdraient leur identité arabe, les innombrables musulmans éparpillés dans le m.onde et qui sans la religion n'auraient rien de commun avec les Arabes de confession musulmane, abdiqueraient leur individualité et répudieraient leur appartenance ethnique en faveur de l'appartenance arabe. Aux yeux des fondamentalistes, l'allégeance, certes, est due, non pas à la patrie, mais à l'Islam et à la « nation islamique ». Témoignage respectueux de l'attachement à l'Islam, concept qui se trouve en totale adéquation avec l'idée d'un Etat supra-national islamique, mais qui sont loin de faire régner l'harmonie entre les hommes. En instaurant une imbrication permanente entre le spirituel et le temporel, ils créent en réalité des conflits permanents. Les non-musulmans seraient en droit de s'interroger sur la nécessité de leur allégeance envers leurs pays en l'absence d'une allégeance égale de la part de leurs compatriotes musulmans. Des cas de conscience insolubles se poseraient aux musulmans eux-mêmes s'ils devaient reporter leur loyalisme à l'Islam au détriment de leurs patries respectives. Il en serait ainsi pour toute minorité musulmane dont la patrie entrerait en conflit avec une nation musulmane si la notion de nation (()umma) revêtait la signification qu'on veut lui assigner et qui regroupe, comme on le sait, tous les musulmans arabes et non arabes. Une pareille interprétation serait surtout en contradiction avec «les notions 11

juridiques remontant au droit romain de nation, patrie, citoyenneté, puisqu'il n'y aurait d'autre nation que la nation musulmane et d'autre patrie que l'Islam ». * ** En dénonçant des concepts précis, nous demeurons respectueux des valeurs des autres, conscient de la vanité qu'il y aurait à les juger d'après un critère subjectif. Nous mettons uniquement en cause des assertions que ni la raison ni les textes religieux, replacés dans leur contexte, ne peuvent confirmer. Nous fausserions les réalités et tournerions le dos à la sagesse si nous situions à jamais le progrès dans les valeurs du passé ou si nous estimions que l'imbrication entre le temporel et le spirituel est un signe de progrès, d'harmonie et de complétude. La stagnation intellectuelle que l'on reproche aux, Arabes est partiellement la conséquence de cette imbrication et ne constitue pas chez eux un trait psychologique. On ne saurait prétendre qu'un peuple soit réfractaire au progrès si les voies du progrès lui sont inaccessibles. On ne saurait non plus dénigrer ses valeurs religieuses si les hommes en donnent parfois une idée erronée. La connaissance n'est pas l'apanage d'une ethnie ou d'un ensemble d'ethnies. Tous les peuples, aussi, débarrassés de l'hypothèque intégriste peuvent sans réserve se prévaloir de leur foi en Dieu de la manière dont ils l'entendent. * ** Message universel ou message national, le Coran n'a jamais envisagé les énormes responsabilités que l'on essaie injustement de lui faire endosser. Nous nous y intéressons du moment qu'elles émergent au-delà de la prédication coranique qui donna naissance à la nation et au nationalisme arabes. Nous n'apportons pas de 'solution définitive ou des réponses à toutes les questions qu'elle soulève sous l'influence du courant religieux, aux tentatives entreprises de nos jours pour donner au nationalisme arabe une nouvelle impulsion. Malgré l'importance du message 12

coranique qui bouleverse depuis plus de quatorze siècles une bonne partie du monde, nous ne saurions, en effet, expliquer le nationalisme arabe uniquement par la personnalité du Prophète. Nous nous demandons s'il ne serait pas préférable de le dissocier à présent de la réforme qui mit fin autrefois à l'anarchie bédouine, à l'idolâtrie des Arabes et à leur indifférence en matière religieuse, de séparer pour plus de précision la spiritualité du Coran de son côté temporel. Nous évoquerons comme de droit, les efforts

entrepris dans ce sens. Nous voudrionssurtout cerner avec
détermination et d'une façon positive le problème arabe. Notre tâche n'est pas aisée. Nous nous en consolons en

nous en acquittant sans préjugés, avec le sérieux requis par
la nature même de notre travail. On ne pourrait d'ailleurs défendre des droits ou prêcher le bon sens, si pour apaiser les désaccords dans les points de vue, on faisait des appréciations inadéquates ou si on choisissait des voies qui desservent la Vérité, en passant hâtivement de la constatation des faits à des jugements absolus ou à des jugements d'ensemble.

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L'ethnie arabe

Les textes hébraïques et akkadéens (assyrobabylonéens) nous fournissent sur les Arabes les plus anciennes informations. Les textes hébraïques situent aux confins du désert syrien, vers le xe siècle avant l'ère chrétienne, une population dénommée «Arab» (arabe) (1) et parlent des Ismaélites (2), descendants d'Ismaël, l'ancêtre que la tradition assigne aux Arabes. Les annales de Salmanassar III (858-824) avant J.-c. mentionnent « Gindibu », l'Arabe qui « prit part à la bataille de Qarqar avec un corps de mille cavaliers à chameaux» (3). Tant les textes hébraïques que les textes assyrobabyloniens mettent en relief leur caractère nomade et parlent de l'ethnie arabe et non pas de la nation arabe. Depuis les temps les plus reculés, en effet, aucune autorité centrale ne semble les administrer, aucune conscience unitaire n'a pu les regrouper. L'histoire cite bien le royaume de Hira fondé par Imrou'-al-Kaîs qui portera à sa mort, survenue en 328 de notre ère, le titre pompeux de
«

roi de tous les Arabes ». Mais il s'agit en fait d'un chef de

tribu qui exagère son rôle, influencé sans doute par l'exemple de son suzerain perse, maître absolu dans toute l'étendue de son royaume. Peut-on toutefois identifier avec certitude les Arabes
(1) Samuel II, 23-26. (2) Genèse 37-27 ; 39-1 etc. (3) PRITCHARD J.-B., Ancien New-Eastern Texts related to the Old Testament, Princeton, 1950, p. 279. 15

aux Ismaélites et rattacher ces derniers à Abraham, le père présumé d'Ismaël? Personnage biblique et coranique, Abraham serait bien, au dire de la Genèse et plus tard du Coran, l'ancêtre des Ismaélites qui tireraient leur nom de son fils Ismaël. La Bible retient aussi dans les ancêtres d'Abraham des noms arabes (4) alors que le Coran affirme qu'Abraham est le père d'Ismaël et insiste sur les liens charnels qui le relient aux Arabes (5). Originaire d'Ur en Chaldée (6), installé dans sa jeunesse au royaume de Mari, Etat situé au nord de la Mésopotamie, déjà magistralement organisé au XVIIIe

siècle avant J. -c. , Abraham se serait plus tard dirigé

«

avec

.

sa femme Saraï et Lot le fils de son frère, vers le pays de Canaan» (7) d'où Ismaël, son fils de l'esclave égyptienne Hagar, Zimran, Yoqshan, Medan, Madian, Yisbaah et Souah, ses descendants par sa femme légitime Qétoura qu'il épousa après la mort de Saraï (8) - auraient émigré

dans les déserts arabique et sinaïque.

.

Le récit biblique se trouverait confirmé (9) par les découvertes archéologiques effectuées à Mari. Les tablettes mises à jour dans ce haut lieu de l'histoire citeraient même les noms d'Abraham et de Saraï sous les formes assyriennes de Ab-Ramu et Saratou et prouveraient aussi que la descendance d'Ismaël telle qu'elle est rapportée

dans la Bible (10), « les douze chefs, c'est-à-dire d'autant
de tribus, sont des éponymes qui correspondent à des localités connues de l'archéologie biblique et situées au nord de l'Arabie» (11). Peut-être, nous ne saurions pas toutefois nous-même, comme d'éminents orientalistes ont parfois tendance à le faire (12), nous prévaloir du seul jugement biblique sur Ismaël (13) pour faire d'Ismaël
(4) Genèse 10-22 à 30. (5) Coran 14-38 ; 19-57 ; 22-78 etc. (6) Genèse 11-3I. (7) Genèse 12-5. (8) Genèse 10-26 ; 25-I. (9) WERNER-KELLER, La Bible arrachée aux sables, AmiotDumont, Paris, 1956, p. 42 sq. (10) Genèse 25-12 à 16 ; Chr. 1-29 à 3I. (11) HAYEK Michel, Le mystère d'Ismaël, Éd. Marne, Paris, 1964, p. 211 sq. (12) LAMMENS,Le Berceau de l'Islam, Rome, 1914, p. 197. (13) Genèse 16-12.

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