La presse francophone d'Afrique

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296239876
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PRESSE

FRANCOPHONE

D'AFRIQUE:

VERS LE PLURALISME

PRESSE

FRANCOPHONE
VERS

D'AFRIQUE:

LE PLURALISME

Actes du Colloque

Panos/UJAO

Unesco.

Paris, les 24 et 25 janvier 1991

Institut Panos Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest Société des Editeurs de Presse

Editions l'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'HARMA TIAN, 1991
ISBN: 2-7384-1023-5

Les actes du Colloque ont été réalisés grâce à La Fondation pour le Progrès de l'Homme et les Etudiants en DESS "Développement et Coopération"

de Paris I

Institut Panos: 31, rue de Reuilly 75012 Paris (France) Tel: 43.79.29.35 - Fax: 43.79.91.35 UJAO: 135, rue Carnot B.P. 4130 Dakar (Sénégal) Tel: (221)22.53.93 - Fax: 22.52.90 SEP: La Gazette du Golfe RP. 031624 Cotonou (Bénin) Tel: (229)31.48.65 - Fax: 30.01.99

Les opinions exprimées dans les différentes communicaûons ne sont du fait ni de l'Institut Panos ni de l'Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest ni de la Société des Editeurs de Presse et n'engagent donc que leurs auteurs.

AVANT..PROPOS
La presse d'Afrique francophone est en train de prendre les couleurs du pluralisme. C'est là un fait relativement nouveau et prometteur. Ce fait, l'Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest et l'Institut Panos ont voulu d'abord mieux le connaître. Ils ont aussi voulu rechercher les moyens susceptibles d'améliorer les conditions de viabilité écono-mique et politique de ces jeunes entreprises qui ne sont pas tout à fait des entreprises comme les autres. Deux cents personnes ont participé aux travaux. Ils étaient journalistes, directeurs de journaux, ministres ou hauts fonctionnaires, membres d'organisations non gouvernementales. La moitié étaient africains, les autres venant de France, de Belgique, de Suisse et d'Amérique du Nord. Ceux-ci étaient finalement moins nombreux que prévu: la guerre du Golfe venait d'éclater et on pouvait craindre qu'elle n'eût de tragiques conséquences sur les vols transatlantiques... En tout cas, cette guerre écrasait tout le reste de l'actualité. Et, au nord, nombre de journalistes et de rédacteurs en chef n'ont pas pris le temps de mieux s'informer et informer sur les conditions de travail et le courage de leurs amis africains. Il reste que les études préparatoires sont disponibles et ont largement été diffusées. Il reste surtout la liberté de ton, la richesse des informations, la franchise et, parfois, la vivacité des échanges. Ce sont elles qui nous ont incité à publier une synthèse des débats et-l'intégralité des interventions. Y compris celle~ qui n'ont pu être effectivement prononcées par leurs auteurs. Il y en a deux: celle du doyen de la Faculté des Arts de l'Université de Laval (Québec), Monsieur François Demers, et celle du directeur du Messager (Cameroun), Pius Njawé. Celui-là a été, en quelque sorte, victime de la guerre du Golfe; celui-ci, privé de son passeport par son gouvernement, n'a pu être parmi nous. 7

Un colloque, c'est d'abord une ambiance. Elle peut être froide ou chaleureuse. Stimulante ou ennuyeuse. Marquée par la liberté de ton ou la langue de bois. Riche d'informations et de contacts ou bien convenue et empreinte de cette froideur qui paralyse et fige les choses et les gens. De l'avis des participants, ce colloque fut un bon colloque. En séance pleinière et, plus encore, dans le cadre de réunions plus ou moins informelles, des lignes d'action se sont dégagées. Divers projets ont pris forme et des opérateurs se sont manifestés. L'UJAO et la SEP ont décidé de se structurer davantage au niveau national et régional. Un consensus s'est dégagé pour la mise en place d'une fondation. Quelques décisions pratiques ont été prises concernant les questions d'impression. Certains ont proposé l'organisation d'une centrale d'achat et tous ont recommandé la nécessité de poursuivre les études engagées sur les questions de distribution, de ressources financières (publicité), les banques de données. La mise en place de rubriques spécifiques concernant notamment l'environnement et la santé a fait l'objet de nombreux débats. Comme dans les pays de l'Est, la liberté de parole récemment retrouvée fait naturellement la part belle à la politique. Mais l'avenir est sans doute à la diversification de l'information. La nécessité de former des gestionnaires a été soulignée. Et puisque le pluralisme de l'information commence à envahir les radios, une attention particulière devra être aussi apportée à cette évolution. Pour la protection des journalistes de la région, un observatoire de la liberté d'opiner a été mis en place. Diverses associations spécialisées se sont pour cela concertées avec l'UJAO. Les chantiers ouverts sont nombreux. Ils deviendront ce que, tous ensemble, nous saurons en faire. Charles Condamines Directeur de l'Institut Panos

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COMITE DE PARRAINAGE Banque Africaine de Développement CEDEAO Conseil de l'Europe Fondation Ford International Press Institute Le Monde Société des Editeurs de Presse UNESCO

Message de Son Excellence Monsieur Abdou Diouf Président de la République du Sénégal A l'attention de Messieurs Charles Condarnines Directeur Institut Panos - Paris et Abdoulaye Ndiaga Sylla Secrétaire Général de l'Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest (UJAO)

"A l'occasion du colloque sur la "Presse francophone d'Afrique: vers le pluralisme" qui aura lieu à Paris, les 24 et 25 janvier 1991 à l'Unesco, j'ai le grand plaisir d'adresser mes chaleureuses félicitations à l'Institut Panos et à l'Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest (UJAO), initiateurs de cette importante rencontre. Je me réjouis du choix du thème qui a été retenu pour alimenter les débats de vos assises. Comme vous le savez, la liberté de la presse constitue l'un des fondements du système démocratique en vigueur au
Sénégal. Tout ce qui peut concourir à renforcer le pluralisme de l'information, la liberté d'expression, doit être encouragé.

C'est dans cette conviction que je voudrais souhaiter plein succès à vos travaux." Abdou Diouf Président de la République du Sénégal Le 24 janvier 1991

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PANOS est un réseau international et indépendant de journalistes spécialisésdans les domainesde l'environnementet du développement Il s'étend sur 97 pays. Le réseau est animé par quatre
noyaux, couvrant chacun une zone géoculturelle spécifique.

L'Institut de Londres, créé en 1986, couvre l'Asie et l'Afrique anglophone; celui de Washington (1988), l'Amérique latine; Paris (1988), l'Afrique francophone; et Budapest
(1990), les pays de l'Est. Le réseau PANOS s'est donné pour objectif de développer les capacités locales d'information.

Il met en oeuvre des programmes centrés sur un thème spécifique (biotechnologies, migrations, agroforesterie...) ou une région particulière (Sahel, Caraibes...). Il organise des séminaires, coordonne des études, en
collaboration avec des organes de presse et des ONG du Sud. Il publie deux services de presse, un magazine, des ouvrages spécialisés et un service radio.

L'Union des Journalistes

de l'Afrique de l'Ouest

(UIAO) est une organisation sous-régionale de professionnels de l'information et de la communication. Elle regroupe les associations de journalistes du Bénin, du Burkina Faso, du Cap-Vert, de Côte d'Ivoire, de Gambie, du Ghana, de Guinée, de Guinée-Bissau, du Libéria, du Mali, de Mauritanie, du Niger, du Nigéria, du Sénégal, de Sierra Leone et du Togo (environ 9.000 journalistes et techniciens). L'UJAO a été créée le 15 juin 1986 à Dakar où elle a son siège. L'UJAO se fixe comme objectifs la promotion de l'unité entre les journalistes d'Afrique de l'Ouest et ceux du reste de l'Afrique et du monde en général; la sauvegarde de l'éthique professionnelle; la promotion du journalisme et de la communication en tant que fonctions sociales majeures; la préservation du droit du public à disposer d'une information honnête et formatrice; l'appui aux journalistes de l'Afrique de l'Ouest pour la création d'associations aptes à défendre leurs intérêts; la surveillance des atteintes à la liberté de la presse et la protection des journalistes.

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La

Société

des

Editeurs

de Presse

regroupe

actuellement cinq entreprises de presse: La Gazette du Golfe (Bénin),

-

- Cauris (Mali), Jamana (Mali),

-Haské (Niger), - Sud HeMo. (Sénégal).
Ce sont des entreprises de presse écrite indépendantes et non partisanes. La Société des Editeurs de Presse a son siège à Cotonou (Bénin). Elle est présidée par Alpha Oumar Konaré (Directeur de la Coopérative Jamana au Mali) Elle a pour objectif de créer des associations professionnelles d'éditeurs indépendants au niveau national et de renforcer son implantation régionale. Cela afin de mieux assurer "la défense et le développement de la liberté de la presse... et la défense des intérêts généraux de

lapresse".
(article 2 des statuts).

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Unesco

-Entrée:

PROGRAMME
avenue de Suffren, Salle XI, Tel: 45.68.19.24

JEUDI 24 JANVIER 1991
9hOO

- 10h30 Charles CONDAMlNES,
Directeur de l'Institut Panos de Paris Béatrice DAMIBA, Ministre de 11nformation et de la Culture du Burkina Faso Alain MODOUX, Représentant du Directeur Général de l'UNESCO, Directeur de l'Office de l'Information du Public. Projection Cassette vidéo "Afrique de l'Ouest: explosion dans la presse"

10h30 - 12h30 PANELl

LA PRESSE INDEPENDANTE FACE A L'ETAT
Professeur Joseph KI-ZERBO, Burkina Faso Historien,

1. L'ETAT CONTRE LA PRESSE INDEPENDANTE? (Ndiaga SYLLA, Secrétaire-Général de l'UJAO,

Sénégal) 2. LA PRESSE D'ETAT DANS UN CONTEXTE CONCURRENTIEL
(Souleymane DRABO, Rédacteur en Chef de l'Essor,

Mali) 3. PRESSE INDEPENDANTE ET DEMOCRATISATION (BabacarTOURE,Directeurde Sud-Corn,Sénégal) 4. LE DEFI DE LA LIBERALISATION DE L'AUDIOVISUEL EN AFRIQUE
(Expérience de Radio-Kayes) (Cheikh FOFANA, Union des Tons paysans pour le développement, Mali)

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14h30-16h30

PANEL 2

L'ENTREPRISE

DE PRESSE

Diana SENGHOR, Directrice, Programme Sahel, Institut Panos de Paris, Sénégal

1. GENESE ET DEVELOPPEMENT ENTREPRISE
(Expmence
de JQ1I1IJf/ll)

D'UNE

(Alpha Oumar KONARE, Directeur de la Coopérative Jamana, Mali)

2. COMMENT SE FINANCER?

Niger) 3. COMMENT FABRIQUER?

(Ibrahim Cheikh DIOP, Directeur du journal Haské,

(Ismael SOUMANOU, Directeur du Journal La Gazette du Golfe, Bénin) (Eric LAADING, Consultant) 4. QUELLE DISTRIBUTION?
(Alain SAUTEL, Directeur Commercial Export, Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne)

5. POURQUOI INVESTIR DANS LA PRESSE? (SéverinADJOVI,Patron du GroupeAVS, Bénin) *
16h30 18h30

-

PANEL 3

LES SOURCES D'INFORMATION ET LES RESSOURCES HUMAINES
Claude WAUTHIER, Ancien Rédacteur en Chef de l'AFP

1. LES AGENCES DE PRESSE: DIVERSIFIER L'INFORMA TlON (Auguste MPASSI-MUBA, Directeur Général de la PANA, Sénégal) 2. ACCES AUX SOURCES D'INFORMATION POUR UN JOURNAL INDEPENDANT
(Cheibane COULIBAL Y, Directeur, Cauris, Mali)

3. LA FORMATION DES JOURNALISTES: ENJEU DU PLURALISME
(Babacar FALL, Spécialiste du Programme de Formation des Journalistes, Unesco, Paris)

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4. QUELS GESTIONNAIRES?
(Andras BIRO, Ancien Rédacteur en Chef de Ceres, Formateur, Hongrie)

5. LE PLURALISME DE L'INFORMATION POUR LE DEVELOPPEMENT
(MeICedes SAYAGUES, Programme Alimentaire Mondial, Uruguay)

COCKT AIL VENDREDI
9h30 11h30
.~

25 JANVIER

1991

PANEL4

LA COOPERATION INTERNATIONALE AUJOURD'HUI
Dominique DAVID, Chef de l'Unité de Communication à la Direction Générale du Développement (CEE). Rédacteur en Chef du Courrier ACP CEE.

1. LES LIMITES ACTUELLES DE LA COOPERATION INTERNATIONALE POUR L'INFORMATION ET LA COMMUNICATION (Bernard FELLER, Consultant, Suisse) 2. L'ETAT FRANÇAIS ET LA PRESSE (Sophie SEYER, Service Juridique et Technique de l'Information, Hôtel de Matignon, Paris) 3. L'ETAT SENEGALAIS ET LA PRESSE (Cheikh Tidiane DIEYE, Conseiller du Ministre de la Communication et de J'Information du Sénégal)

4. BILAN DE LA COOPERATION CANA. DIENNE EN MATIERE D'INFORMATION
(François DEMERS, Doyen de la Faculté des Arts de l'Université de Laval, Québec) *

5. L 'ET.AT IVOIRIEN ET LA PRESSE
(Merna SOUMAHORO, Conseiller technique, Ministère de la Communicaûon, Côte d'Ivoire) 6. DEFENDRE LA LIBERTE D'EXPRESSION
(pius NJA WE, Reporters sans Frontières, Cameroun) *

7. LA COOPERATION DE LA FIEJ (Matthew PIETIE, Responsable de l'Information, Fédération Internationale des Editeurs de Journaux, FlEJ , Paris)

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11h30

CONFERENCE
PANEL 5 QUEL A VENIR?

DE PRESSE

14h30

Elio COMARIN, Directeur de la Coopération InternationaJe du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes, Paris

1. COOPERATION A L'EST ET AU SUD (José de BROUCKER, Association Presse et Solidarité, France) 2. LA BAD ET LES ENTREPRISES DE PRESSE (Oumar Alpha SY, Banque Africaine de Développement, Côte d1voire) 3. L'AIDE MULTILATERALE ET LA PRESSE INDEPENDANTE (Claude ONDOBO, Directeur du Programme IntemationaJ pour le Développement de la Communication, UNESCO) 4. MAINTENANT, ET APRES ? (Alpha Oumar KONARE, SEP, Société des Editeurs de Presse, Cotonou)

5. COOPERATION A L'EST ET AU SUD
(Jean-Louis PENINOU, Directeur Général de Libération,

France)

CLOTURE
Sébastien AGBOTA, Vice-Président de l'UJAO, Bénin Peter VERLINDEN, Représentant de Monsieur André GEENS, Ministre de la Coopération au Développement, Belgique Toussaint TCHITCHI, Ministre de l'Information et des Communications du Bénin Michel REVEYRAND, Représentant de Monsieur Jacques PELLETIER, Ministre de la Coopération et du Développement, France * Empêchés mais qui ont néanmoins communiqué le texte de leur communication

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OUVERTURE
Charles Condamines Directeur de l'Institut Panos de Paris Madame le Ministre de l'Infonnation et de la Culture du Burkina Faso, Monsieur le Ministre de l'Infonnation et des Communications de la République du Bénin, Monsieur le représentant du Directeur Général de l'Unesco, Mesdames, Messieurs, Chers amis, bonjour, Certains avaient prophétisé que la guerre du Golfe ne pourrait avoir lieu qu'à la télévision. Comme vous le savez, ils. se sont trompés. Il reste que dans cette guerre, le rôle des medias s'avère spectaculaire et discutable. Il reste aussi que plusieurs participants à nos travaux ont été retenus dans leurs salles de rédaction ou ailleurs par une actualité plus urgente et plus dramatique encore. Tout en le regrettant, nous les comprenons. Mais nous n'avons pas voulu reporter la présente réunion. Et, au dernier moment, nous avons dû pallier certaines absences, en souhaitant que la qualité de nos travaux n'en soit pas trop affectée. La liberté d'infonnation constitue l'un des piliers de la démocratie. Quelque peu oubliée, cette vérité vient d'être puissamment réaffirmée dans les pays de l'Est. Partout la presse et les journalistes ont été en première ligne. Parallèlement, en Afrique, et en Afrique francophone en particulier, la presse écrite a commencé à prendre les couleurs

du pluralisme. Les entreprises indépendantes se sont multipliées. Elles ont souvent atteint des tirages que les taux

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d'analphabétisme et le pouvoir d'achat disponible ne permettaient guère d'espérer. Les situations locales et nationales sont diverses mais le fait est là, nouveau, quelque peu occulté par d'autres événements internationaux mais sans nul doute prometteur. Prometteur pour la démocratie. Prometteur aussi pour le développement. Il y a déjà deux ans, dans son rapport sur l'Afrique au sud du Sahara, la Banque Mondiale observait: "La présence d'une presse libre et vigilante -attributs qui ne sont que trop rarement ceux de la presse aj'ricaine- contribue notablement à une saine gestion des affaires publiques" Les hommes et les femmes, ceux qui forment ce conglomérat que les experts appellent "les ressources humaines" ne peuvent efficacement se mobiliser s'ils ne peuvent librement s'exprimer, s'informer et débattre. Nous sommes confrontés à de grands défis: celui du développement soutenable, de la croissance démographique, du sida, de la drogue... Et si, ensemble, nous voulons être efficaces, il ne faut plus que les trois-quarts des informations produites sur ces matières continuent de l'être entre les deux rives de l'Atlantique Nord. Le pluralisme de la presse d'Afrique francophone, l'VJAO et l'Institut Panos ont d'abord voulu en prendre acte, le connaître et le faire connaître. C'est dans ce but que divers documents ont été produits. Notre second objectif est de rechercher les voies et moyens d'une coopération qui permettrait un essor plus vigoureux et plus durable de cette information pluraliste et indépendante. La coopération internationale pour l'information est déjà une réalité. Bien des actions sont en cours ou en projet. Il reste que ce volet de la coopération internationale demeure relativement sous-développé et, en Afrique francophone en tout cas, l'apparition d'une presse indépendante lui propose de nouveaux défis. Nous souhaitons ici progresser dans l'identification des besoins et dans l'exploration des réponses. Aujourd'hui, nos travaux concerneront plutôt le premier objectif. Demain, nous travaillerons plus spécifiquement autour du second objectif.

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.

Les personnes et institutions intéressées par ces réalités sont diverses et nombreuses. Il y a, bien sûr, les gouvernements. Il y a aussi les entreprises de presse, les journalistes et leurs associations, les organisations non gouvernementales, les fondations.. De manière plus générale, il y a tous les citoyens préoccupés de notre avenir commun. Dans toute la mesure du possible, nous nous sommes efforcés de les associer à notre démarche. Beaucoup ont accepté de participer, d'une manière ou d'une autre, à la préparation et à la réalisation de la présente réunion. Si nous parvenons à mieux nous connaître et apprécier les uns les autres dans le respect de notre diversité, un grand pas aura été franchi. D'exploration ou la recherche des complémentarités et des synergies en sera rendue plus facile. Et la présente démarche pourra s'avérer durablement efficace. Fin avril, la réunion de Windhoek pennettra, entre autres, de faire à nouveau le point.

Le temps me manque ici pour énumérertous les concours

reçus d'Afrique, d'Europe et ;d'ailleurs. Sans tous ces concours, rien n'aurait été et rien ne sera possible. Merci donc à vous tous qui êtes ici présents et merci à tous ceux qui, aujourd'hui absents, nous ont accompagnés et nous accompagneront. Je vous remercie. Béatrice Damiba Ministre de l'Infonnaùon et de la Culture du Burkina Faso Monsieur le Ministre de la République du Bénin, Chers collègues, Monsieur le Représentant Général de l'Unesco, Monsieur le Représentant de l'Institut Panos, Monsieur le Représentant de l'Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest, Distingués invités, Mesdames et Messieurs, Je voudrais, au nom de mon gouvernement, adresser toutes mes félicitations à l'Institut Panos et à l'Union des

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Journalistes de l'Afrique de l'Ouest d'avoir initié le présent colloque sur le thème "Presse Francophone d'Afrique: vers le pluralisme" dont la pertinence n'échappe à personne dans cette auguste assemblée. Je suis également très sensible à l'invi-tation que vous avez bien voulu m'adresser, non seulement en tant que Ministre chargée de l'Information du Burkina mais avant tout comme journaliste de profession. En cette qualité, je mesure à sa juste valeur l'importance historique de cette rencontre dont l'objectif est d'appuyer l'éclosion de la presse indépendante en Afrique. Notre colloque se tient au moment même où l'on assiste panout au monde, y compris en Afrique, bien sûr, à une forte poussée de revendications des peuples assoiffés de démocratie et de liberté. Ces événements qui donnent à réfléchir justifient que l'on discute et que l'on approfondisse la question du pluralisme médiatique dans un continent où la presse, pour diverses raisons, est demeurée essentiellement aux mains de l'Etat. A la base de ce constat, il existe des raisons objectives que je n'ai nullement l'intention de justifier dans ce forum. Je puis vous dire, du moins en ce qui concerne mon pays le Burkina Faso, qu'au delà de cenaines considérations politiques, la concentration des moyens de communication de masse aux mains de l'Etat s'est faite dans un contexte où les initiatives privées en la matière étaient restées limitées. Seul l'Etat était alors en mesure d'offrir des services publics de communication de masse aux populations dans l'optique d'une information comme moyen efficace de soutien au développement et au progrès. Dans un continent comme l'Afrique où au moins 70 % de la population ignorent leurs droits élémentaires à cause de l'analphabétisme, la notion de libené n'a de sens que si l'information-éducation permet à cette population de sortir de son arriération culturelle pour prendre part activement à la vie de la société civile. Nous savons que dans un contexte de monopole absol.u de l'information, la tentation est facile à l'embrigadement, à la manipulation et à l'étouffement de la libené de presse. Au Burkina, nous nous sommes toujours démarqués de cette attitude quand bien même la plupart des médias demeurent la propriété de l'Etat. Les médias d'Etat ne sont 22

pas investis officiellement de la mission de soutenir aveuglément l'action gouvernementale mais de contribuer plutôt à une infonnation constructive par un esprit critique et responsable. C'est pourquoi nous pensons que même dans la presse d'Etat, le pluralisme des idées est possible et même indispensable, l'Etat lui-même devant tolérer la diversité des sensibilités. Je suis persuadée qu'à la faveur de l'évolution politique du monde, nous devons avoir une autre approche de la presse en Afrique, en ayant à l'idée que le pluralisme intégral de l'information est une nécessité. La presse indépendante est un besoin, elle s'impose et nous la soutenons. Elle a la capacité de réduire la distorsion infonnative, de favoriser la croissance politique, en ce sens que la critique pennet de réguler, de pondérer ou de rectifier certaines décisions. C'est par un tel canal que le gouvernement aura pleinement la mesure des points de vue de l'opinion publique. A un moment où le vent du multipartisme souffle sur toute l'Afrique, le pluralisme de la presse devient le pivot de la démocratie sans laquelle le développement n'est pas possible. Au Burkina Faso, nous l'avons compris en dehors de toute pression extérieure ou intérieure. Aussi avons-nous, depuis 1987, entamé l'ouverture politique qui donne lieu cette année à une constitutionnalisation et une démocratisation intégrale dont les points saillants sont:
_

l'organisation, en juin prochain, d'un référendum sur
le projet de constitution où le multipartisme est garanti, l'élection présidentielle au suffrage universel en

novembre 1991,

.

les élections législatives en décembre 1991. C'est dans cette mouvance que nous avons mis à jour les textes sur l'infonnation. Ainsi le nouveau code adopté en août 1990 pennet de promouvoir et de garantir la liberté de presse. Depuis le 31 décembre 1990, fonctionne une radiodiffusion libre, peut-être la première du genre dans la sous-région.

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Le pluralisme de la presse, s'il ne se discute plus, appelle quelques observations que nous devrions prendre en compte dans nos discussions: la fragilité de nos systèmes économiques durement frappés par la crise internationale rend difficile la survie de la presse. Le faible revenu de nos populations ne leur permet pas de s'offrir la prestation d'une information onéreuse. la presse indépendante ne peut jouir de sa crédibilité que si elle se montre responsable. Pour ce faire, seul le professionnalisme est en mesure non seulement de la renforcer mais de la prémunir des erreurs qui peuvent lui être fatales. La formation devrait être une priorité du développement de la presse privée. la presse privée ne peut non plus se couper des réalités nationales. La participation aux efforts nationaux de développement, la promotion de l'identité culturelle sont aussi prioritaires que les objectifs politiques qu'elle a souvent tendance à s'attribuer. Aussi devonsnous prendre en compte dans nos discussions les besoins en information et en communication des communautés de base dont un colloque organisé en juin 1990 à Ouahigouya, au Burkina Faso, par l'Institut Panos a mis en exergue la demande pressante. Une presse alternative n'est pas seulement la presse privée des villes, ce sont les moyens d'information initiés et gérés par les groupes de base en fonction de leurs besoins. C'est dans ce sens que, depuis 1986, mon pays s'est attaché à démocratiser l'accès des médias au monde paysan avec l'implantation progressive des radios locales de type communautaire qui viennent renforcer la radio rurale nationale et les stations régionales. dans l'optique du pluralisme de la presse, nous ne devrons pas perdre de vue la dépendance technologique et l'invasion culturelle. L'Afrique devrait tendre à

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l'horizon 2.000 à s'autosuffire en matière de communication. Selon les statistiques de l'UNESCO, l'Afrique a acheté aux pays industrialisés en 1985 quelques 25 milliards de dollars de biens de communication. Chers collègues, Honorables invités, Nous nous réjouissons que ce colloque, premier du genre, réunisse à la fois journalistes, chefs d'entreprises, éminents intellectuels, organismes internationaux venant du Nord et du Sud pour dégager les voies et moyens permettant de soutenir la presse en Afrique. Lors de la première réunion des Ministres de l'Information de la CEDEAO tenue les 16 et 17 mars 1990 à Ouagadougou, nous avons insisté sur la nécessité pour le secteur privé africain de contribuer au développement des moyens d'information et de communication sur le continent. Je puis donc vous assurer du soutien total du Burkina aux résolutions qui seront prises ici. Le soutien apporté par le Burkina à certains secteurs de la communication et de la culture tels que le cinéma à travers le Festival Panafricain de Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), le projet de l'Institut des Peuples Noirs (IPN), ne sont là que des exemples de l'intérêt que nous portons à la communication et à la culture. Je souhaite plein succès au colloque. Vive la démocratie au service du développement! Vive la presse pour la défense des libertés des peuples! Vive la solidarité internationale! LA PATRIE OU LA MORT. NOUS VAINCRONS! Je vous remercie.

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Alain Modoux Représentant du Directeur Général de l'Unesco, Directeur de l'Office de l'Infonnation du public. Madame le Ministre de l'Infonnation du Burkina Faso, Monsieur le Ministre de l'Infonnation du Bénin, Excellences, Mesdames et Messieurs, C'est pour moi un grand honneur de vous accueillir aujourd'hui à Paris, dans la Maison de l'UNESCO, au nom du Directeur Général de l'Organisation, M. Federico Mayor, qui se trouve en ce moment Outre-Atlantique, accompagné du nouveau Sous-Directeur Général en charge de la communication, M. Henrikas Yushkiavitshus. C'est aussi avec beaucoup de plaisir que je retrouve parmi vous quelques amis de longue date avec lesquels j'ai eu l'occasion de collaborer dans le passé, à l'époque où j'assurais la direction du Département de la Communication du Comité international de la Croix-Rouge à Genève. Ce colloque sur "La presse d'Afrique francophone: vers le pluralisme" a lieu à un moment où se déroulent dans le Golfe des événements d'une extrême gravité. De très nombreux chefs d'Etat, responsables politiques et religieux, intellectuels, savants, artistes ont exprimé, aux quatre coins du monde, leur vive préoccupation face à la tournure ô combien dangereuse qu'ont prise les événements au cours des derniers mois. Le Directeur Général de l'UNESCO lui-même a lancé plusieurs appels pour que soit entendue la voix de la raison. Hélas, toutes ces tentatives sont restées vaines puisque voici huit jours la guerre a éclaté, avec son cortège de souffrances et de morts pour des milliers, voire des millions d'êtres humains innocents. La tragédie du Golfe, néanmoins, ne doit pas nous faire oublier ces nombreux conflits interminables qui, depuis dix ans,"'Certainsdepuis plus de vingt ans en Afrique, causent de terribles souffrances et privations parmi les populations, surtout rurales, conflits cruels qui laissent le plus souvent l'opinion publique internationale totalement indifférente. Je

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tenais, Excellences, Mesdames et Messieurs, à évoquer ces guerres oubliées qui saignent le continent africain, au moment où le monde entier a les yeux fixés sur la région du Golfe. Venons-en, maintenant, au thème qui nous réunit ici dans cette salle, hommes politiques, journalistes, éditeurs, chercheurs, enseignants, diplomates, fonctionnaires internationaux : "La presse d'Afrique francophone: vers le pluralisme". Ce n'est certes pas un hasard si l'Institut Panos et l'Union des Journalistes de l'Afrique de l'Ouest, que je félicite en passant de leur initiative, ont choisi le thème du pluralisme. Au moment où se dessine un nouvel ordre mondial, pour reprendre une expression qui a fait le tour des chancelleries, chacun d'entre nous est conscient du rôle que joue dans cette évolution l'affirmation des valeurs démocratiques fondamentales dont la Déclaration universelle des Droits de l'Homme est l'expression. Il n'y a pas de démocratie véritable sans pluralisme. Au même titre, il n'y a pas de presse libre et indépendante sans pluralisme. Après des années de controverses, la 25ème session de la Conférence générale de l'UNESCO est parvenue en automne 1989 à un accord sur la nouvelle stratégie de l'Organisation, destinée à guider ses activités en matière de communication pour les prochaines années. Cette nouvelle stratégie s'articule autour des axes suivants:

1. encourager la libre circulation de l'information, aux plans internationalaussi bien que national; 2. promouvoir la diffusion plus large et mieux équilibrée de l'information, sans aucune entrave à la liberté d'expression; 3. développer tous les moyens propres à renforcer les capacités de communication dans les pays en développement pour accroître leur participation au processus delacommunication;

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4.

et, enfin, favoriser la connaissance et la compréhension mutuelle des nations en prêtant le concours de l'UNESCO aux organes d'information des masses.

L'attachement au "principe de la liberté de la presse, ainsi qu'à ceux de l'indépendance, du pluralisme et de la diversité des médias" constitue l'un des piliers de cette nouvelle stratégie. La liberté d'expression est un droit fondamental consacré par la Déclaration universelle des Droits de l'Homme en son article 19 et dans son préambule: Je cite: "... l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme." Je cite encore: "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit. " Ainsi, la liberté d'expression est inséparable de la liberté d'information. Aussi la liberté de la presse apparaît-elle comme faisant partie intrinsèque de nos droits fondamentaux. L'Acte constitutif de l'UNESCO reprend cet engagement en indiquant que l'Organisation dans la poursuite de ses idéaux, je cite: "favorise la connaissance et la compréhension mutuelle des nations en prêtant son concours aux organes d'information des masses.. elle recommande, à cet effet, tels accords internationaux qu'elle juge utiles pour faciliter la libre circulation des idées, par le mot et l'image." Excellences, Mesdames et Messieurs, brièvement campé, voilà l'humus sur lequel prend racine la nouvelle stratégie de la communication mise en oeuvre par la Conférence générale de l'UNESCO. La libre circulation de l'information suppose une capacité pour chacun de faire entendre sa voix, notamment au niveau des médias. Aussi la Conférence Générale de l'UNESCO a+ elle invité le Directeur Général à "examiner concrètement par quelles mesures l'UNESCO peut encourager la liberté de la

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