LA VIE INTELLECTUELLE ISLAMIQUE DANS LE SAHEL OUEST-AFRICAIN (XVIe-XIXe siècles)

De
Publié par

Le Fathash-shakur nous renseigne sur l'histoire culturelle du Sahel ouest-africain, ses ethnies, ses coutumes et ses activités intellectuelles depuis le XVIè siècle jusqu'au début du XIXè siècle. C'est un recueil de biographies de savants qui constitue une source fondamentale sur l'enseignement, la vie intellectuelle et beaucoup d'autres aspects des sociétés de cette région. En situant l'œuvre dans son contexte social et politique, il nous fait pénétrer dans les milieux au sein desquels ces personnages ont vécu et exercé leurs activités de savants, de juristes, d'enseignants.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 182
EAN13 : 9782296290778
Nombre de pages : 493
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LA VIE INTELLECTUELLE ISLAMIQUE
DANS LE SAHEL OUEST -AFRICAIN
(XVIe -XIXe siècles)Collection Sociétés Africaines et Diaspora
dirigée par Babacar SALL
Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à vocation
pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa diaspora. Elle
accueille également des essais et témoignages pouvant servir de matière à
la recherche. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer
à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du
continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la
recherche africaine tout en restant ouverte et s'appuie, de ce fait, sur des
travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes
qu'elle initie.
Dernières parutions
Laurence BOUTINOT, Migration, religion et politique au Nord
Cameroun, 1999.
Mamadou Abdoulaye NDIA YE, Alpha Amadou SY, Africanisme et
théorie du projet social, 2000.
Léon MATANGILA Musadila, La catégorie de la faute chez les Mbalas
(Bantous) - Paul Ricoeur en débat, 2000.
Kimba IDRISSA (sous la direction de), Le Niger. État et démocratie,
2001.
Claude SUMATA, L'économie parallèle de la RDC, 2001.
Abdoulaye GUEYE, Les intellectuels africains en France, 2001.Chouki EL HAMEL
LA VIE INTELLECTUELLE ISLAMIQUE
DANS LE SAHEL OUEST AFRICAIN
Une étude sociale de l'enseignement islamique en Mauritanie et au
Nord du Mali (XVIe-XIXe siècles) et traduction annotée de Fatb ash-
shakür d'al-BartiII al-WallLtI(mort en 1805)
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
Hargita u. 35-7, rue de l'École-Polytechnique Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
France HONGRIE ITALIE~L'Hannattan,2002
ISBN: 2-7475-2597-XA Malaika et KanzaPremière PartiePRINCIPALES ABRÉVIATIONS
b. "bin" ou Ibn (qui signifie "fils de").
BIFAN Bulletin de l'Institut Fondamental Gadis
Français) d'Afrique Noire
BSOAS Bulletin of the School of Oriental and
African Studies, London
L'édition K.H. L'édition d'al-KattanI et I:IajjI
Les éditeurs al-KattanI et I:IajjILes éditeurs
èreE./1 Encyclopédie de l'Islam, 1 édition
2èmeE./2 de
Fath Fatl; ash-shakür fi maCrifat aCyiinculamii'
at-Takrür
G.A.L. Geschichte der arabischen Litteratur SUPPL. idem, volumes Supplémentaires
Journal of African HistoryJAH
manuscritms.
mss. manuscrits.
RMM Revue du monde musulman.
W. Wuld (qui signifie "fils de")
9SYSTÈME DE TRANSLITTÉRATION DES CARACTÈRES
ARABES
Consonnes:
,
(sauf à l'initiale) "duO .
u b .Jo t
ü .bt z
c
ü th t
ght J t
h ~fë:
kh ~që:
~d ~k
~dh J I
r m,PJ
z U nJ
0 hu.AJs
w,Lfj.J sh !3
~L5uO Y
Voyelles:
Voyelles brèves: a, u, i.
Voyelles longues: a, ü, ï.
Diphtongues: aw, ay, iy ou iyy (forme finale ï, exemple yJ.c ne
s'écrit pas CAliyymais CAlï),et uw ou uww (forme finale ü).
Remarques:
L'article défini (JI) est systématiquement transcrit par la quasi-
totalité des arabisants par "al-", quelle que soit la consonne qui le
suive. Ils estiment qu'il faut rendre compte de la lettre lam qui suit la
lettre" alif'. Mais cette lettre est curieusement prononcée" lam" de-
vant la moitié des consonnes arabes. Devant l'autre moitié des con-
sonnes, elle n'est pas prononcée. En compensation, c'est la consonne
suivante qui est doublée, c'est-à-dire que c'est l'équivalent d'une
Il"shadda". Ecrire par exemple al-Risiila (ouvrage d'Ibn Abï Zayd al-
Qayrawani) ou al- Tinbuktï me paraît choquant pour l'oreille et ne
respecte pas la transcription phonétique.
1. Il faut donc placer" al-" devant 14 consonnes qui sont connues
en aralte sous le nom de: "al-burüf al-qamariyya" (les lettres lunai-
j, gh, ~ f, ~ q, ~ k,}) m,oh, .9w,res): l', y b, t ~ 1).,c: kh, t \ t
,-:?y.
2. Doubler la première consonne du mot lorsqu'il s'agit des 14
r, j Z, s, ~ sh, uD ~,consonnes suivantes: ü t, û th, ~ d, ~ dh, .J lJ.A.l
uO çl, .b t, ..b ~, J l, u n. Ces lettres sont des phonèmes qui assimilent
le "lam" de l'article et elles sont connues en arabe sous le nom de: "al-
burüf ash-shamsiyya" (les lettres solaires), par exemple pour reprendre
les deux transcriptions que j'ai prises pour modèles: ar-Risala, at-
Tin-buktï.
Pour des raisons de clarté et de fidélité au texte du Fatb, j'ai
conservé l'orthographe et la vocalisation des noms de personnes, de
groupes et de lieux tels qu'ils sont présentés dans le texte. Cependant
il y a une exception pour les noms de lieux et de groupes ethniques où
j'ai utilisé la version francisée donnée par les cartes actuelles ou par
l'usage.
Je dois éclairer quelques points concernant la traduction. Il y a
des mots arabes qu'on ne traduira pas comme: fatwii, faqïh, qaçlï,
muftï, imam, fiqh, tawbid, ta$awwuf, etc. Tous les termes spécifiques
à la culture arabe et musulmane doivent rester tels quels car ils sup-
posent une activité particulière pratiquement impossible à définir par
un seul mot. De toutes les manières, les historiens du monde arabe et
musulman et les islamologues connaissent parfaitement le sens de ces
mots. Cependant, je crois qu'il faut traduire Allah par Dieu parce
qu'il s'agit essentiellement du même Dieu que Celui des Chrétiens et
des Juifs.
Les mots au pluriel: je n'ai vu aucune règle précise concernant ce
sujet, certains auteurs transcrivent le pluriel arabe tel quel; par
exemple, culama', fuqaha '. D'autres ajoutent un "s" au singulier; par
exemple: calims,faqïhs.
Je crois que si on emploie le pluriel arabe, il faudrait alors écrire
par exemple shuyukh (pluriel du shaykh) et il faudrait aussi transcrire
12tel quelle duel, par exemple (shaykhiin, faqïhiin). Cela perturberait le
lecteur non arabophone, par conséquent, il est préférable de garder le
singulier des termes arabes en toutes circonstances: à partir du con-
texte de la phrase, on saura clairement s'il s'agit d'un mot arabe au
singulier, d'un duel ou d'un pluriel.
Autres règles suivies: On écrit presque toujours 'Abd Allah et
presque jamais 'Abdullah ou 'Abdillah. J'ai gardé la transcription de
'Abd Allah en toutes circonstances. De même, j'ai conservé partout le
terme Abü même si on le décline en arabe Aba ou Abï (cas direct ou
indirect de la grammaire arabe). Cependant, il y a une exception pour
les noms célèbres qui gardent leurs formes grammaticales arabes, par
exemple: 'Alï b. Abï Talib, Ibn Abï Zayd al-Qayrawanï.
13INTRODUCTION
Ce qui stimula mon intention d'entreprendre cette étude est le fait
que Fatb ash-shakür fimacrifat aCyanculama' at-Takrür, "La clé donnée
par [Dieu,] le Très-Reconnaissant pour connaître les lettrés célèbres du
Takrür", renferme d'abondantes informations concernant la vie intellec-
tuelle dans le Sahel ouest-africain à une période où les textes d'archives
locales sont rares, notamment entre 1650 et 1800.
Dans son article intitulé: "Note sur les Manuscrits arabes acquis en
1911 et 1913 par M. Bonnel de Mézières dans la région de Tombouc-
tou-Oualata (Haut-Sénégal et Niger),"} Maurice Delafosse fut le premier
à faire connaître le Fath au monde intellectuel. Cet article nous dit:
«Ce dictionnaire intéresse l'histoire religieuse, littéraire et sociale de la
région de Tombouctou-Oualata et mérite à ce titre d'être publié et tra-
duit.»2 Paul Marty l'a utilisé dans son ouvrage: Études sur l'Islam et
les tribus du Soudan et déclara même en avoir entrepris la traduction
avec la collaboration de M. Delafosse,3 mais ce travail n'a jamais vu le
JOur.
Dans son article intitulé: "A Note on Two Arabic Manuscripts"
(dans Research Bulletin, Centre of Arabic Documentation, Université
d'Ibadan), John o. Hunwick parle brièvement du Fatl:zcomme d'une
source importante représentant la suite de l'ouvrage biographique Nayl
al-ibtihaj4 d'Al)mad Baba et du Tarfkh as-Südan5 d'as-Sacdï. En raison
de cette importance, dit-il, il avait été décidé de publier en appendice à
la fin de ce bulletin un index des biographies du Fatb selon le manuscrit
de Mokhtar Ould Hamidoun.6 Hunwick déclara également qu'il projetait
de préparer une édition critique et une traduction du Fatb dans un avenir
1 Dans Annuaire et Mémoires du Comité Scientifique et Historique de l'A.O.F.,
1916, pp. 120-121.
2 Ibid.,p. 121.
3 Ibid., p. 121; P. Marty, Études sur l'Islam et les tribus du Soudan, 1920, tome II,
p. 89.
4
AJ.unad Baba, Nayl al-ibtihaj bi-tatrfz ad-Dïbaj. En marge d'Ibn Farl)l1n: ad-
Dfbaj al-mudhahhab fimacrifat aCyan culama' al-madhhab, 1351/1932-33.
5 CAbdar-Ral)man as-Sacdï, Tarïkh as-Südan, éd. et tradepar o. Houdas, 1964.
6 Hunwick, "A Note on Two Arabic Manuscripts", Research Bulletin, C.A.D., I, 1
(1964), p. 19.
15proche,l mais ce travail n'a pas été effectué comme il me l'a confirmé
lui-même.
MlÙJ.ammadIbrahIm al-KattanI et MulJ.ammadI:IajjIont établi une
édition sans commentaire du Fath en 1981. Dans la même année Mo-
hamed El Mokhtar QuId Bah2publia des extraits du Fatb d'après le ma-
nuscrit de QuId Hamidoun. Ces extraits contiennent 80 bio-
graphies qui sont uniquement des biographies de lettrés mauritaniens.
Après avoir lu le Nayl al-ibtihaj, la Kiffiyat al-mubtaj3, le Tarïkh al-
fattash4, le Tarïkh as-Sudan et le Fatb, j'ai constaté que ce dernier
représente clairement la suite de ces ouvrages. Sans anticiper sur ce que
je dirai dans mon analyse, je pourrais avancer que le contenu du Fatb
représente un tableau synoptique de l'histoire intellectuelle et religieuse
au Takrür. Il contient 216 biographies5 dont la quasi-totalité concerne
des personnages morts durant la période 1600-1800 A.D. Cet ouvrage
traite de la culture saharienne et soudanaise, plus spécifiquement
mauritanienne et malienne, dans ses différents aspects, en montrant que
cette culture, comme dans les autres parties du monde musulman, est
riche de savants (Culama) qui ont participé au développement et à l' épa-
nouissement de la culture arabo-musulmane en général. AI-BartilI, l'au-
teur du Fatl:z,en écrivant sur les Culamii'de son pays, a voulu combler
un vide littéraire et rendre hommage à ces culama' en restituant leur
valeur scientifique et religieuse. C'est également "l'intérêt géo-cultu-
reI", comme on va le constater plus loin, qui a poussé notre auteur à
entreprendre son œuvre. Il fut le premier à rédiger un recueil de biogra-
phies de son pays, le Takri1r. Certes, un tel travail n'a jamais été accom-
pli par ses prédécésseurs, mais on remarquera que quelques ouvrages,
tels le Tarïkh as-Sudan et le Tarïkh al-fattiish, qui sont des chroniques,
parlent de quelques savants notables, ainsi que la Kiffiya, qui est un
1 Hunwick, "A New Source for the Biography of Al.unad Baba al-TinbuktI (1556-
1627)", BSOAS, XXVII (1964), p. 571, n. 15.
2 Mohamed El Mokhtar Ould Bah, la Littérature juridique et l'évolution du
Malikisme en Mauritanie, 1981, pp. 9-97.
3 Al.unad Baba, KiJayat al-mubtiij Ii-macrifat man laysaft 'd-Dïbiij, annoté par
MUQ.ammad Mutt, 1987.
4 Ibn al-Mukhtar, Tiirfkh al-fattiishft akhbiir al-buldiin wa al-juyüsh wa akiibir
an-niis, éd. et trade par o. Houdas et M. Delafosse, 1981.
5 Dont 7 biographies sont répétées.
16recueil biographique des savants malikites du monde musulman; mais il
n'est mentionné dans ce recueil qu'une petite élite soudanaise au
nombre de 18 personnes, dont dix sont des membres de la famille de
l'auteur, Al)mad Baba. AI-BartiII lui-même utilise la Kiftiya et le Tiirfkh
as-Sudiin comme sources importantes pour son œuvre.
Dans le présent travail, j'essayerai de réaliser une étude critique et
une traduction du Fath.
Note sur ma présentation et documentation
Ma présentation consistera en une introduction qui présentera et
décrira l'auteur, son ouvrage, les manuscrits utilisés avec toutes les indi-
cations disponibles, l'espace concerné, le contexte historique et la vie
intellectuelle (maîtres et disciples et transmission du savoir), en un mot
tout ce qui entoure les conditions d'existence de l'œuvre traduite qui est
un dictionnaire biographique dont la tradition remonte jusqu'au XIyè
siècle. Ensuite, la traduction sera accompagnée de notes de toutes
natures (historique, géographique, ethnique, biographique, chronologi-
que, théologique, juridique, linguistique, etc.). Par exemple, dans la me-
sure du possible et dans l'état actuel de nos connaissances, j'ai complété
les noms de la plupart des auteurs mentionnés en ajoutant le nom du
père, du grand-père et la nisba, etc., ainsi que les dates de naissance et
de mort (toujours dans les deux systèmes: musulman et chrétien). J'ai
suivi la même démarche pour toutes les personnalités mentionnées inci-
demment comme certains hommes d'Etat, souverains, etc. tels que Mal).-
müd b. Zarqünl par exemple.
Les cartes sont importantes pour ce travail; il est utile d'établir au
moins trois cartes suivant l'évolution du nom du Takrür à travers les
âges: la première permettra de visualiser le Takrür à son tout début, au
XIè siècle, comme un royaume dans la vallée du Sénégal; la deuxième
permettra de visualiser le Takrür comme équivalent du Soudan musul-
Xyè siècles; enfin la troisième sera une carte régionaleman aux XIyè et
qui délimite l'aire du Takrür selon al-BartiII. Pour cela, je me suis servi
de deux ouvrages: J. D. Fage, An Atlas of African History et Raymond
Mauny, Tableau géographique de l'Ouest africain au Moyen Age
d'après les sources écrites, la tradition et l'archéologie. J'ai consacré un
1 Cité dans la biographie d'AQmad Baba, numéro 7.
17chapitre à cette question de l'étendue du Takn1r, variable selon les âges.
Cela permettra de voir la réalité géographique du Takrür qui a évolué
selon les époques mais qui n'a rien d'un mythe ou d'une légende.
Enfin, j'établirai un tableau ou une sorte de liste de la répartition
chronologique, généalogique et géographique des lettrés takn1rï des
biographies du Fatb et trois index: 1) index des noms de personnes, 2)
index des titres d'ouvrages, 3) index des noms de lieux. Sûrement ces
index absorbent beaucoup de temps et sont même par moments
fastidieux mais ils sont indispensables pour rassembler les différentes et
nombreuses informations contenues dans le Fath.
La traduction n'est pas une tâche facile, j'ai passé parfois de
longues heures à traduire une ou deux phrases, j'ai recouru à un grand
nombre de dictionnaires arabes, arabe-français, français-arabe, pour
trouver le sens approprié de chaque phrase et la signification de chaque
mot ou terme technique obscur. Traduire les extraits poétiques m'a
confronté à une grande difficulté parce que le poème arabe, à la fois
rythme et rime, utilise l'alternance des voyelles longues et brèves et
emploie des mots rares qui ont souvent un sens caché. La plupart des
vers cités dans le Fatb sont pour rendre hommage au mérite de la
personne qui fait l'objet de la biographie. Pour ne pas faire une
traduction vide de sens, j'ai décidé de ne traduire que les vers qui ont un
sens clair et utile dans le texte. En ce qui concerne les autres vers, j'ai
exposé leur idée générale dans des notes en bas de page à la traduction.
18I
DESCRIPTION DES MANUSCRITS
Il existe sept copies manuscrites du Fatb dont trois seulement A,
B et C ont été utilisées par al-KattanI et I:IajjI pour l'édition du Fatb.
J'ai consulté tous les originaux sur place, sauf le manuscrit numéro
466 qui appartenait à un particulier à TishIt en Mauritanie. Je possède
des photocopies et des microfilms des sept manuscrits. J'ai classé ces
manuscrits (A, B, C, D, E, F, et G) ci-dessous dans l'ordre de leur
consultation dans des différentes bibliothèques.
L'édition d'al-Kattiinï et lfajjï d'al-KattanI et I:IajjI comporte 299 pages: Il pages de
5 à 16 pour l'introduction. 203 pages de 17 à 220 pour le texte du
Fatb. 78 pages de 221 à 299 pour la table des matières et trois index:
index des noms de personnes, index des titres d'ouvrages, index des
toponymes et ethnonymes.
Dans l'introduction de cette édition Muhammad IbrahIm al-Katta-
nï parle des circonstances dans lesquelles il a connu le FatJ:z,il donne
une description brève des manuscrits utilisés A, B et C. En ce qui
concerne le ms. B, il le décrit en deux lignes seulement. Le reste de
l'introduction glorifie le rôle des lettrés marocains dans la propagation
du savoir islamique dans le Takrür.
J'ai signalé dans les notes qui accompagnent ma traduction du
texte les lacunes et erreurs de cette édition. J'ai effectué un contrôle
systématique des variantes par rapport au texte édité. Il y a en fait
beaucoup de mots et de phrases qui manquent dans l'édition. Ces
variantes sont parfois sans importance, mais quand le texte imprimé
remplace le mot "~~" (poète) par "..lœ~" (témoin),1 elles
deviennent graves. Malgré les lacunes qu'on trouve dans l'édition
d'al-KattanI et I:IajjI,cette dernière a le mérite d'avoir collationné trois
manuscrits et d'avoir édité le texte intégral pour le faire connaître à un
grand nombre de chercheurs africanistes.
1 L'édition K.H., p. 94, biographie 74.
19L'édition K.H. est numérotée ainsi que le manuscrit E, je parle des
numéros d'entrée des biographies. Dans l'édition, le numéro 4 a cu-
rieusement sauté entre les 3 et 5 ce qui est une erreur de numérotation.
De plus, il manque les biographies 41 bis et 118, cette dernière
biographie pourtant existe bien dans les trois manuscrits A, B et C
ainsi que dans les autres manuscrits. En revanche, la biographie 41 bis
existe dans les manuscrits C, D, F et G. Je les ai donc traduites et leur
ai donné les numéros 41 bis et 118.
Les biographies 17 et 18 sont présentées comme une seule biogra-
phie dans les mss. A, B, C, E, F et G et aussi dans l'édition K.H. (sous
le numéro 18). Cette erreur est la cause du manque d'un passage im-
portant qui contient la fin de la biographie 17 et le début (comprenant
le nom complet du lettré) de la 18. Je me suis référé au ms.
D pour corriger cette lacune.
Normalement si on collationne les trois manuscrits A, B et C, on
obtiendra le texte intégral formé de 216 biographies, en comptant deux
biographies (41 bis et 118) de plus que l'édition K.H., dont le nombre
de est de 214 (y compris la biographie 18).
Mais l'auteur ou les copistes ont répété sept biographies dans tous
les manuscrits, qui sont répétées également dans l'édition: biographie
203 qui est une répétition de la biographie 47 ; 205 qui est une répéti-
tion de 79; 211 qui est une répétition de 143 ; 212 qui est une
répétition de 144 ; 213 qui est une répétition de 145 ; 214 qui est une de 146 ; 215 qui est une de 146 bis.
Donc le vrai nombre des biographies serait 209 dans le texte in-
tégral des trois manuscrits collationnés et 207 biographies dans l'édi-
tion K.H. (sans compter bien sûr la biographie de l'auteur du Fatb).
A - Le manuscrit1 appartenant à l'érudit mauritanien Mokhtar
QuId Hamidoun2 :
1 Mes remerciements vont à John Hunwick qui m'a prêté sa photocopie du
manuscrit appartenant à l'érudit mauritanien Mokhtar QuId Hamidoun.
2 Mokhtar QuId Hamidoun (né vers 1897 dans la région du Trarza en
Mauritanie) est un grand historien mauritanien, il a fait beaucoup de recherches sur
l'histoire et la culture mauritaniennes et beaucoup d'enseignement, puis il a exercé
les fonctions de conseiller chargé des questions culturelles auprès du président du
gouvernement mauritanien. Après sa retraite, en 1982, il alla s'installer à Médine
(en Arabie Saoudite) où il se trouve aujourd'hui. Cf Al-Ansâb, la quête des
20Ce manuscritI comporte 94 folios. Le nombre de lignes par page
est 18. Le premier folio ainsi que le dernier, ou peut-être les deux der-
niers folios manquent dans ce manuscrit (c'est-à-dire la première
moitié de l'introduction et les biographies 41 bis et 209 à 215).
L'écriture est maghrébine, claire dans tout le manuscrit qui semble
n'avoir été transcrit que par un seul copiste. Le est bichro-
me ; le texte est noir, les noms des sujets de la biographie sont d'une
couleur différente, probablement rouge. Les rubriques telles que les
dates de naissance et de décès sont en caractères gras.
Ce manuscrit comporte 206 biographies. La première moitié de
l'introduction, les biographies 9, 41 bis et 209 à 215 (incluses) y
manquent. Le détenteur a dû les perdre. Les biographies 186, 198,
200, 206, 207 et 208 sont incomplètes. La biographie 9 ; est une
biographie de deux lignes seulement, je crois que le copiste a dû la
sauter par erreur. Voici ce qui manque dans les biographies incomp-
Iètes :
Dans la biographie 186, trois pages manquent à la fin.
Dans la 198, à peu près trois pages manquent. On
constate, en comparant cette biographie du ms. A avec celle du ms. C,
qu'il s'agit de deux pages du milieu et d'une page de la fin.
Dans la biographie 200, un long paragraphe manque à la fin.
Dans la 206, un paragraphe manque à la fin.
Dans la biographie 207, un à la fin.
Dans la 208, deux phrases manquent à la fin.
En toute vraisemblance, le copiste a dû sauter ces paragraphes par
erreur ou fatigue surtout si on admet qu'il est le seul copiste de ce
manuscrit et probablement sans grande expérience dans la transcrip-
tion des manuscrits.
Je signale que les folios de ce manuscrit ne sont pas numérotés et
origines, 1991, pp. 7-8.
1 J. O. Hunwick dans, "A new source for the biography of ALunad Baba al-
TinbuctI (1556-1627)," Bulletin of the School of Oriental and African Studies,
XXVII, 1964, p. 572, affirme qu'un microfilm de ce manuscrit se trouve à la
"School of Oriental and African Studies, University of London". Je suis allé à
Londres en 1990 pour consulter ce microfilm mais je ne l'ai trouvé dans aucun
catalogue de la Bibliothèque. Le Professeur H. T. Norris du même établissement,
m'a confIrmé avoir apporté ce microfilm de Mauritanie et qu'il ne l'a jamais donné
à la S.O.A.S.
21que l'ordre des biographies correspond à tous les autres manuscrits.
Le copiste est inconnu comme on ignore la date de transcription,
parce que la fin manque dans ce manuscrit. De tels renseignements se
trouvent souvent à la fin des manuscrits, dans ce qu'il est convenu
d'appeler le "colophon". Cependant, d'après la photocopie, on remar-
que que plusieurs folios de ce manuscrit paraissent usés, ce qui nous
amène à supposer que ce manuscrit est ancien, sans doute plus ancien
que le ms. B.
B - Manuscrit de l'Institut de France à Paris:
La mission de Gironcourt a pu obtenir une copie manuscrite du
Fatl:z,en 1911, dans l'Adrar des Ifoghas. Ce manuscrit se trouve à la
Bibliothèque de l'Institut de France à Paris; il est relié à d'autres
manuscrits dans un volume sous la cote: Mss. 2406 pièce 118 (Mis-
sion de Gironcourt). Les éditeurs du Fatl:zn'ont pas tiré profit des
renseignements du commanditaire du ms. B (Gironcourt) qui en est
devenu le possesseur. Sur la première page du manuscrit, on lit:
"Détenteur du manuscrit: Bayel, marabout de l'Adrar des Iforas
[=Ifoghas]." Il s'agit du détenteur du manuscrit sur lequel a été copié
celui de Gironcourt.
Le ms. B a été copié par deux copistes. On lit en effet, Copistes:
Labbate, son bibliothécaire, Mohammed Amdallah, son secrétaire. On
a une date pour la fin de copie: "le 27 mars 1902". Cette date est celle
de la remise du manuscrit, mais on peut la considérer comme celle de
l'achèvement du manuscrit. On a aussi le lieu de remise du manuscrit
à Gironcourt ; on lit: Puits d' Eguelhouck. Il est possible que ce
toponyme se trouve dans l'Adrar des Ifoghas.
D'autre part, on apprend que le manuscrit du marabout Baye
comportait 100 pages de texte serré (donc 50 folios) de format 13x18
1 Il s'agit probablement du même marabout de l'Adrar des Ifoghas à qui Paul
Marty consacre une longue notice dans Etudes sur l'Islam et les tribus du Soudan,
1920, t. I, pp. 117-122. Le nom complet de ce marabout est: Baye b. SayyidI (Umar
b. SayyidI Mul)ammad (né vers 1865) ; c'était un lettré remarquable. Il devint le
chef spirituel des Kunta de l'Azawad. Il habitait Téléya et «depuis 1900 environ, il
a repris la vie nomade, mais ne sort[ait] pas de sa vallée, et promène[ait] sa tente en
amont ou en aval de Téléya» (p. 118). Paul Marty nous apprend également que
Baye possédait un certain nombre d'ouvrages manuscrits et imprimés et que ses
relations avec les Français étaient correctes et cordiales.
22cm. et a été copié par Baye (ou par un autre mais pour son compte) à
Bouchbeha. Tous ces renseignements permettent de connaître l'his-
toire du manuscrit qui, quoique perdu, est néanmoins intéressant.
Le est bichrome ; le texte est noir, les noms des sujets
de la biographie sont en rouge; il comporte 77 pages [=39 folios]. Le
nombre de lignes par folio varie de 19 à 28. Les premiers noms de
chaque biographie et parfois les seconds, ainsi que les rubriques
wulida (né), tuwuffiya (mort) sont écrits en gras, en rouge et parfois en
noir. En général, l'écriture est claire. La dernière partie de la copie a
été faite rapidement. On y trouve des lacunes et des erreurs visibles.
Je signale que l'ordre des biographies ne correspond pas aux
autres manuscrits. Les biographies 39 à 81, 119 à 141 et 164 à 197
incluses manquent dans ce manuscrit. Les biographies 82 à 108 se
trouvent dans un ordre différent. Il y a une double numérotation de
chaque folio en chiffres arabes et CajamI. Je pense que cette
numérotation est l' œuvre de Gironcourt ou de la personne chargée de
la reliure du volume comprenant ce manuscrit, parce que ce dernier
utilise déjà une méthode ancienne de pagination qu'il est convenu
d'appeler en arabe "ar-raqqii$", en français "réclame": le mot transcrit
isolément au bas du feuillet reproduit le premier mot du feuillet
suivant.
Ce manuscrit comporte seulement 116 biographies. Comment
expliquer l'absence de plus de la moitié des biographies et pourquoi
les biographies 82 à 108 se trouvent-elles dans un ordre différent? A
mon avis, la seule explication qu'on puisse donner est que le
manuscrit original n'était probablement pas relié, ce qui pouvait
permettre une perte facile des feuillets surtout durant un voyage ou
changement du camp du détenteur qui menait une vie nomade, s'il
s'agit bien sûr du même Baye auquel Paul Marty consacre une longue
biographie.1
C - Manuscrit de l'Institut Mauritanien de la Recherche
Scientifique à Nouakchott :2
1 Voir page 22, note 1.
2 C'est M. al-Kattanï qui m'a prêté, à Rabat en 1988, sa photocopie de ce
manuscrit. J. Hunwick m'a envoyé, en 1991, une photocopie faite sur un microfilm
du même manuscrit que son étudiant Tim Cleaveland lui a envoyé de Mauritanie.
23Ce manuscrit est conservé à l'I.M.R.S., Section des Manuscrits
Cajamf en rouge; ilsous le numéro 2761. Il est numéroté en chiffres
comporte 99 pages de texte serré de format 23x17 cm. Le nombre de
lignes par page est 24, parfois 34. L'écriture est maghrébine fine et
claire dans tout le manuscrit. Le manuscrit est bichrome ; le texte est
noir, les noms des sujets de la biographie sont d'une couleur rouge.
Ce manuscrit comporte 213 biographies (y compris la biographie
18 dont le nom du lettré qui en fait l'objet manque). Les biographies
73 (dont seulement le nom complet est cité), 74 et 75 manquent dans
ce manuscrit. Le nom seulement de la biographie 73 est cité et il est
suivi immédiatement par la biographie 76 dont le nom complet
manque. D'autre part, il contient deux biographies (41 bis et 118) de
plus que l'édition d'al-KattanI et I:IajjI. Le copiste a utilisé un cahier
scolaire contemporain non-agrafé et au début du manuscrit dans une
page indépendante, il a mentionné son nom: al-CAtiqb. ash-Shaykh
Sacd ad-DIn et il a écrit qu'il offrait ce livre à Monsieur an-NajI b.
Mal:unüd. J'ai appris à l'Institut à Nouakchott que ce dernier est mort
vers 1986. Alors il est probable que la transcription du texte a été faite
dans les années 70 ou 80.
Autres manuscrits existants du Fath non-utilisés dans l'édition
d'al-Kattanï et I:Iajjï :
D - Le Professeur Ulrich Rebstock m'a envoyé (en 1991) un mic-
rofilm d'un manuscrit provenant de Tishlt (Mauritanie) et appartenant
à un particulier dont le nom C$tDadda b. Ayyada.
Le microfilm de ce manuscrit est conservé à la Bibliothèque de
l'Université de Tübingen, Orientalisches Seminar, sous le numéro
466. Ce manuscrit comporte 110 pages de format 16xl0 cm. Le
nombre de lignes par page est 27. Rien ne manque dans ce manuscrit
qui comporte 216 biographies. Il représente donc le texte intégral du
Fatb. L'écriture est maghrébine claire dans tout le manuscrit qui a été
transcrit par un seul copiste. Le manuscrit est bichrome ; le texte est
noir, les noms des sujets de la biographie sont d'une couleur
différente, probablement rouge.
Ce manuscrit comporte le texte le plus intégral, il contient deux
biographies (41 bis et 118) de plus que l'édition d'al-KattanI et I:IajjI.
Le colophon nous apprend que la transcription de ce manuscrit a été
24faite par Abü Bakr b. Mul).ammad b. A1}madb. Mul).ammad b. Mu-
IJammad b. al-I:Iajj pour le compte d'A1}mad b. MuIJammad b. I:Iama
Allah b. Mul:1ammadb. ash-Shawwaf, mais il n'en donne pas la date.
Ce manuscrit, qui contient 216 biographies, y compris les sept
répétitions, porte le même texte que le texte intégral constitué des trois
mss. A, B et C.
E - Manuscrit de l'Institut Mauritanien de la Recherche Scienti-
fique à Nouakchott:
Ce manuscrit est conservé à l'I.M.R.S., Section des Manuscrits
sous le numéro 3455. Il comporte 130 folios de texte serré de format
17,5 x Il cm. Le nombre de lignes par page est en général20. L'écri-
ture est maghrébine, claire dans tout le manuscrit. Le papier est d'une
couleur jaunâtre de petit format. Il est en assez bonne condition à
l'exception d'une partie, presqu'un tiers, du manuscrit dont les
extrémités sont attaquées par les termites. Le manuscrit est bichrome ;
le texte est noir, les noms des sujets de la biographie sont d'une
couleur rouge en caractères gras.
Dans le colophon, le copiste mentionne son nom: Mul:1ammadas-
Salim b. ash-Shaykh b. Mul:1ammadas-Salim mais il ne donne pas la
date de la transcription du Fatb.
Les variantes dans ce manuscrit ressemblent beaucoup au manus-
crit A. Il comporte 211 biographies. Les biographies 186, 198, 200,
206, 207 et 208 sont incomplètes. Les 41 bis, 210, 212 et
213 manquent en entier.
Voici ce qui manque dans les biographies incomplètes:
Dans la biographie 186, à peu près trois pages manquent à la fin.
Dans la 198, à peu près trois pages manquent. On
constate, en comparant cette biographie du ms. A avec celle du ms. C,
qu'il s'agit de deux pages de milieu et d'une page de la fin.
Dans la biographie 200, un long paragraphe manque à la fin.
Dans la 206, un paragraphe manque à la fin.
Dans la biographie 207, un à la fin.
Dans la 208, deux phrases manquent à la fin.
En toute vraisemblance, le ms. A a été copié sur le ms. E, car ce
dernier semble être plus ancien.
25F - Manuscrit de Centre d'Étude, de Documentation et de Re-
cherche Ahmed Baba à Tombouctou (Mali) :
Ce manuscrit est conservé au CEDRAB sous le numéro 5344. On
lit dans le colophon que le texte du Fatl:za été copié en 1357H/1938
AD par Al)mad Bü-Lacraf at-Takani. Ce manuscrit comporte 182
folios (365 pages) de format 23x18 cm. Le nombre de lignes par page
est 19. L'écriture est saharienne large et claire. Le manuscrit est bi-
chrome; le texte est noir, les noms des sujets de la biographie sont
d'une couleur rouge. Chaque page est encadrée en rouge. Ce manus-
crit est le seul qui est numéroté, je parle des numéros d'entrée des
biographies, ce qui est une bonne idée permettant de retrouver
facilement les personnalités composant chacune des biographies. Le
copiste a utilisé une double numérotation des pages du manuscrit: la
méthode moderne qui consiste à mettre des chiffres arabes sur chacune
des pages et la méthode ancienne de pagination qu'il est convenu
d'appeler en arabe "ar-raqqii$" (réclame).
Ce manuscrit comporte le texte le plus intégral, il contient 216
biographies, y compris les répétitions.
G - Manuscrit du Centre d'Étude, de Documentation et de Re-
cherche Ahmed Baba à Tombouctou (Mali) :
Ce manuscrit est conservé au CEDRAB sous le numéro 684. Il
est numéroté en chiffres arabe ajoutés avec un crayon par le Centre; il
comporte 124 pages de texte serré de format 22x16,5 cm. Le nombre
de lignes par page est, en général, 25. L'écriture est maghrébine fine
et claire dans tout le manuscrit. Le manuscrit est bichrome ; le texte
est noir, les noms des sujets de la biographie sont d'une couleur rouge.
On lit dans le colophon que ce manuscrit a été achevé par cAbd
Allah b. Abü Bakr b. cAli al-Bartili le matin du du jeudi 24 Rabic II,
1264 A.H./ 30 mars 1848. Ceci dit que ce manuscrit est le plus ancien
de tous.
Ce manuscrit comporte le texte le plus intégral, il contient 216
biographies y compris les répétitions.
Pour alléger le texte traduit des tas de notes de références, même
si j'ai fait une étude minutieuse pour confronter mot à mot tous les
manuscrits, je n'ai mentionné que les mots ou les phrases obscurs et je
n'ai corrigé que les fautes graves qui peuvent altérer le sens de la
phrase, notamment en ce qui concerne les noms de personnes et de
26lieux. Les variantes sont citées en bas de pages de la traduction du
texte.
27II
LA VIE D'AL-BARTILI
On trouve dans le Fatl:zune longue biographie d'al-BartilI, ajoutée
par son disciple et son contribule, Ibn at-Talib a~-Saghlr b. Abu Bakr
al-BartilïI. Cette biographie fournit des renseignements intéressants
sur la vie d'al-Bartilï. Elle donne son nom et sa généalogie, sa forma-
tion intellectuelle, ses ouvrages, le rôle qu'il a joué dans la vie
intellectuelle et politique, des anecdotes concernant sa personnalité,
les dates de sa naissance et de sa mort. Elle se termine par un poème
de neuf vers à son éloge.
En ce qui concerne d'autres sources fournissant des renseigne-
ments relatifs à la vie d'al-Bartilï, il n'y a guère que Tarïkh Walata2 et
Tarfkh bilad at-Takrür3 qui lui consacrent une notice biographique.
1 - Son nom et son origine:
Il s'appelle at-Talib Mul)ammad Abü cAbd Allah b. Abü Bakr a~-
Siddlq b. cAbd Allah b. b. at-Talib cAlIBannan b. Ibrahïm
b. Yabya b. cAlIb. IbrahIm b. TagaddI Naçlçlab. cAlIb. IdrIs b. 'Ïsa b.
Adghügh b. Ragrag al-An~arI al-BartilI al-WalatI. Il est issu des Ahl
at-Talib cAlI Bannan, une des subdivisions de la tribu maraboutique
des Bartill (ou Barittayl)4 qui se rattachent aux AnsarI. Al-Walatl,
1 Il s'agit, sans doute, de Jiddu b. at-Talib a~-~aghIr b. Abu Bakr b. al-I:Iajj 'Abd
ar-Ral)man al-BartilI, lettré de Walata et auteur de l'ouvrage intitulé Tarfkh bi/ad at-
Takrur (La chronique du Takriir), mort le 8 Rabt I 1235/25 décembre 1819. Cf Tarf-
kh bilad at-Takrur, p. 38.
2 Tarfkh Walata (auteur anonyme) a été traduit par Paul Marty sous le titre: "Les
chroniques de Oualata et de Néma", Revue du monde Musulman, I (1927), pp. 355-
426; 531-75.
3 Jiddu b. at-Talib a~-~aghIr al-Bartilï, Tarfkh bi/ad at-Takrür, Tishït: Maktabat
al-Awqaf; ce manuscrit est conservé en microfilm à la Bibliothèque de l'Université de
Tübingen, Orientalisches Seminar, sous le numéro 465, p. 33.
4 Il existe plusieurs vocalisations de ce terme. Il est écrit "Barittayl" surtout par
les chercheurs et historiens mauritaniens. Abdel Wedoud QuId Cheikh utilise
"Barittayl", voir sa thèse: Nomadisme, Islam et pouvoir politique dans la société
29"nom de relation", veut dire qui est originaire de Walata; il était né et a
été élevé à Walata au sein d'une famille lettrée.
2 - Dates de sa naissance et de sa mort
D'après la biographie de son disciple, al-Bartilï naquit en l'an
1140/1727-28 à Walata et il mourut le dimanche 22 du mois de Dhü
'1-I:Iijja de l'année 1219/24 mars 1805. Cette même année est donnée
par l'auteur de Tarfkh bi/ad at-Takrur2 et par celui de Tarfkh Wa/ata,
qui écrit qu'al-Bartilï périt durant une épidémie qui sévit à Walata et
beaucoup de monde y périt.3
Lafami//e d'a/-Barti/f
Les principales fractions tribales des Bartilï sont: les Ahl at-Talib
cAlï Bannan qui forment une chaîne de savants dont le dernier est
notre auteur, les Ahl at-Talib Jibrïl et les Ahl cAlI Diggan ; tous ont
joué un rôle très important dans la vie culturelle et politique du
Takrür. Ils ont occupé différentes fonctions telles que celles de muftt,
maure précoloniale Xlè_XIXè siècle, 1985, 1. III, p. 1008 ou son livre Eléments
d'histoire de la Mauritanie, 1988, p. 52. Mokhtar auld Hamidoun, écrit "Bar.t.y.1"
dans son livre al-Jughrajiyya, Beyrouth, Dar al-Gharb al-Islamï, 1994, p. 9.
D'autres chercheurs écrivent "al-Bartïlï" comme H. T. Norris dans The Arab
Conquest of the Western Sahara, Longman et Librairie du Liban, 1986, p. 85. La
vocalisation de Paul Marty est "Barteïl", Etudes sur l'Islam et les tribus du Soudan,
1921, 1.3, p. 339. Rainer Osswald a utilisé une autre vocalisation "al-Burtulf' dans son
livre, Die Handelsstadte der WestSahara: Die Entwicklung der arabish-maurishen
Kultur von Sinqï{, Wadan, TïSll und Walata, Berlin, 1986. La raison pour laquelle j'ai
choisi la vocalisation "Bartilï", est que dans le Fatb qui est un texte écrit en arabe
(~) avant la dernière lettre "1"(J). J'aiclassique, ce mot ne contient pas de lettre "y"
respecté la transcription donner par l'auteur du Fatb.
1 A propos des An~ar, ce sont les hommes de Médine qui ont prêté leur soutien au
Prophète MUQ.ammad. Voir Abdel Wedoud auld Cheikh, Eléments d'histoire de la
Mauritanie, 1988, p. 52.
2 Jiddü b. at-Talib a~-~aghïr al-Bartilï, Tarfkh bi/ad at-Takrür, p. 33.
3 Tarïkh Waliita,ms. mk1272,p. 63 (traductionde Marty dansR.MM., I (1927),
p. 358) ; le Fatb, biographie 185, p. 191.
4 Muftï: savant musulman versé dans les sciences islamiques qui rend des consul-
tations (fatwii) sur des questions de droit musulman. La plupart de ces questions
portent sur des sujets problématiques, c'est-à-dire quand il s'agit d'une chose dont on
30d'imam et surtout d'enseignant. Les Bartilï ont fourni un nombre
considérable de professeurs éminents durant deux siècles. AI-Bartilï
mentionne 13 biographiesl de professeurs qui habitaient Walata pen-
dant une période de deux siècles environ. AI-Bartilï disait à propos
d'un des plus importants parmi eux, Abu ijaf~ (Umar al-Khattat al-
Bartilï2 (mort en Sha(ban 1196/1782) qu'il fut un excellent professeur.
Il rapporte que les étudiants venaient en très grand nombre, une
centaine de personnes, assister à son enseignement du droit malikite.
Qu'il fut un homme très respecté par l'élite et par les gens du peuple.
Qu'il n'accordait aucune attention aux "gens injustes"3 qui redou-
taient son pouvoir et son entourage. Cette biographie est un exemple
qui montre le poids politique de ce personnage des Bartilï.
3 - Sa formation intellectuelle et ses maîtres:
AI-Bartilï eut la chance d'être né dans une famille de lettrés et
d'habiter Walata qui était un centre culturel important. Dans cette
ville, il apprit les principales sciences islamiques: théologie (tawbïd),
droit musulman (fiqh), exégèse (tajsfr), traditions du Prophète (badf-
th), grammaire (nabw), philologie (lugha), rhétorique (bayan), pro-
sodie «(ari1çl),etc.
AI-Bartilï dut assister aux séances de traditionnistes et de
théologiens dans les mosquées de Walata où se réunissaient les grands
maîtres de la ville tels que son maître al-AmIn b. al-ijabIb al-ijarshï.4
Ces séances semblent avoir eu beaucoup d'influence sur lui. D'après
la biographie qui lui est consacrée, les notices biographiques et le
genre d'informations qu'il donne, on remarque clairement qu'al-
Bartilï a été un homme très religieux, intègre, mystique et bien instruit
dans les sciences religieuses. L'exemple suivant montre qu'il était un
homme d'une parfaite intégrité:
Un homme lui offrit une vache et plus tard, cet homme revint demander à al-
2,ignore si elle est licite ou illicite. Voir E.1. art. fatwli.
1
Voir les biographies 54, 60, 61, 65, 72, 73,112,179,191,192,193,195.
2 Biographie 182.
3 AI-BartHIinsinue par l'emploi de cette épithète les chefs de certaines tribus
Mghafra. L'explication de ce terme est donnée plus loin dans ce commentaire.
4 Biographie 46.
31Bartilï d'établir un jugement en sa faveur dans un procès. Le shaykh lui dit:
Tu as été très bon pour moi, mais si tu veux être encore meiIIeur pour moi et
1pour l'utilité de mon travail,reprendsta vache!
AI-BartiII mentionne sept biographies2 de ces maîtres à Walflta.
Ces maîtres dont les caractères et les vertus sont loués dans le Fatb,
ont exercé une influence profonde et durable sur al-Bartilï. Ecoutons-
le parler de ces maîtres. Un de ses disciples lui demanda un jour s'il
est vrai que son maître connaît tel art ; al-BartilI lui répondit:
«Nous sommes à Dieu et c'est à Dieu que nous retournerons», puis il dit: «Qui
est celui-là? Comme il est fou! Bien sûr que mon maître connaît telle et teIIe
chose!» Puis al-Bartilï se mit à chanter ses louanges pendant une heure.3
A travers ces petits portraits des maîtres d'al-Bartilï qu'on vient de
dresser à grands traits, on voit se dégager les ouvrages et les sciences
qui formaient les programmes des études supérieures dans les "univer-
sités-mosquées" de Walflta à l'époque d'al-Bartilï. Ces matières en-
seignées formaient la base des études islamiques qui étaient similaires
à celles des grands centres culturels du Maghreb comme Fez ou Tunis.
4 - Son rôle dans la vie intellectuelle et politique
Les grandes activités d'al-BartiII étaient celles de professeur, de
muftI et aussi d'écrivain. Son enseignement portait sur la théologie, le
droit malikite et la grammaire. Il composa plusieurs ouvagres :
Sharb cala asma' Allah taC ala al-busna (commentaire sur [un ouv-
rage intitulé] Les plus beaux noms d'Allah).
Sharb cala 's-Sullam (commentaire sur un traité de logique).4
Nasab ash-shurafa' dhurriyyat mawlay ash-Sharif (la généalogie
des sharifcalawites marocains).
Ta 'lifftcilm as-siyar (ouvrage sur l'art des biographies).
Ta'lifftcilm at-tarfkh sur la science de l'histoire)
1 Biographie de l'auteur al-Bartilï.
2Voir les biographies 40, 46, 61, 62, 72, 110, 183.
3 Biographiede l'auteur.
4
As-Sul/am al-murawniq fi 'I-mantiq ; c'est un traité de logique, écrit par a$-Sadr
cAbd ar-Ral)man b. MUQ.ammadb. cAmir b. al-Walï a$-SaliQ.as-Sayyid a$-SaghIr
CSughayyir) al-Akhçlarï al-Buntyüsï al-MalikI, auteur algérien, né en 920/1514, mort
en 983/1575-76. G.A.L., Suppl., II, p. 705.
32Na?mfinadb as-siwiik (poème sur le cure-dents).
FatJ:zar-rabb ar-ra'uf fi sharJ:zQa$fdat macanf al-J:zuruf(com-
mentaire sur un poème de grammaire )1.
FatJ:zash-shakur fi macrifat aCyanculama' at-Takrur "La clé don-
née par [Dieu,] le Très-Reconnaissant pour connaître les lettrés célè-
bres du Takrür".
Ce dernier ouvrage est le seul qui soit parvenu jusqu'à nous.
Quant aux autres, je ne sais rien sur leur existence.
Parce qu'il avait des talents dans les sciences islamiques et sur-
tout dans les différentes sources de la loi islamique (sharC), les gens
venaient le consulter sur des questions juridiques et il était respecté,
écouté et redouté. L'exemple suivant montre à quel point l'autorité
d'al-BartiII était forte:
AI-BartHI racontait son histoire sur les deux juifs qui étaient venus avec le
sharifMawlay al-I:Iasan b. Mawlay cAbd al-Qadir lmamI. Une fois qu'il les
vit, il se mit à les haïr très fort; alors il rencontra le sharif précité et lui dit:
«Prends le dixième des biens des amis du Diable qui sont chez toi!» Le sharif
lui répondit: «Ce sont mes amis.» Le shaykh lui dit: «Si tu ne le fais pas,
j'exciterai quelqu'un des Mghafra contre eux, je lui dirai que c'est une chose
plus licite que de prendre le lait de sa mère.» Enfin le sharif accepta de le faire
lui-même,mais il dit au shaykh : «Tu seras présent pour que je puisse prendre
d'eux ce que tu m'as demandé.» Le shaykh lui répondit: «Assurément oui, par
Dieu, rien ne m'intéresse en eux [que remplir ce devoir].»2
On comprend d'après ce texte qu'al-BartiII avait conscience de sa
supériorité intellectuelle et de son habileté politique, qu'il savait uti-
liser ses atouts pour manier les autres y compris les Mghafra. Ce texte
montre également la haine et le mépris qu'il concevait pour les juifs.
AI-BartiII n'aimait pas non plus les bédouins (Arab et il leur don-
nait des épithètes telles que "voleurs ou pillards" (lu$u$) et "hommes
injustes ou oppresseurs" (?alama), voire parfois il les décrivait comme
des mécréants et il pensait qu'ils étaient derrière toutes les horreurs
des discordes et des troubles. L'exemple suivant, donné par son
disciple, illustre bien le comportement d'al-BartiII envers ces groupes:
Un de ses disciples l'informa que deux tribus des Mghafra s'étaient entre-tuées
1 L'auteur lui-même affmne avoir composé cet ouvrage. Voir biographie 160.
2 Biographie de l'auteur.
33et que celle qui avait été battue était la tribu qui leur faisait le plus de tort. Le
shaykh lui répondit: Ah ! Si seulement chacune avait tué deux cent personnes
1de l'autre!
La source de son pouvoir politique et même sa richesse était donc
le savoir. C'était un homme riche, il possédait des vaches et recevait
des cadeaux de partout, mais d'autre part, son disciple le décrit comme
un homme très généreux qui dédaignait les biens de ce monde et dont
la seule préoccupation était les livres. C'était un lettré qui a consacré
toute sa vie à l'étude, à l'enseignement et aux pratiques pieuses.
1 Biographie de l'auteur.
34L'arbre généalogique de Mul)ammad al-Bartili (l'auteur du Fatb),
d'après le Fatb.
Ragrag al-An~arI al-BartHI
I
Adghugh
I
clsa
I
IdrIs
I
cAlI
I
Tagaddi Naçlçla
I
IbrahIm
I
cAlI
I
YaQ.ya
I
At- T~lib JibrIl Ibr~Im
I I
MUQ.ammad N açlçla At-Talib cAli Bannan (b. 191)
I
I I I
cUmar (b. 179) MuhammadAI-I:Iajj cAli (b. 193)
I
I
CAbd AllahcAlI(b. 192)
I
Abu Bakr (le père de l'auteur b. 60)
I
At- Talib Muhammad. . .
(l'auteur du Fatb )III
LE FATlf PARMI LES RECUEILS BIOGRAPHIQUES
La littérature de recueils biographiques (tabaqiit)l est un genre très
développé en Islam, portant sur des sujets divers et exprimant des faits
d'ordre historique, religieux et intellectuel.
La raison qui a mené à la composition des biographies était le be-
soin des savants qui s'occupaient du badfth à connaître les transmet-
teurs des traditions du Prophète, sans oublier le modèle d'as-Sfra 'n-
nabawiyya, un ouvrage sur la vie du Prophète MUQ.ammad,composé
par Ibn Hisham2, un des pionniers dans cet art. Au fur et à mesure
apparaît l'intérêt d'écrire sur les grands savants du monde musulman
en établissant des dictionnaires biographiques. Sans Wafayiit al-aCyiin
(recueil biographique des personnages célèbres du monde musulman)
d'Ibn Khallikan (mort en 681/1282), ai-Waft bi- 'l-wafayiif d'a~-
Safadl (mort en 764/1363), Fawiit al-wafayiit (un grand dictionnaire
biographique des savants musulmans surtout des littérateurs syriens)
d'al-Kutubï (mort en 764/1363), Tabaqiit ash-shucarii' (les classes des
poètes) d'Ibn Sallam al-Jumahl (mort en 231/845-46), etc., une grande
partie du patrimoine islamique aurait disparu.
Les motivations qui poussent les biographes à composer leurs
œuvres et à faire la preuve de l'utilité de recueils biographiques, sont
ou profanes ou religieuses. Dans l'ordre religieux, on cite l'exemple
d'adh-Dhahabl (mort en 748/1347-48) qui composa Miziin al-iCtidiilfi
naqd ar-rijiil (le critère pour juger la valeur des rapporteurs des
traditions prophétiques) dans le but d'identifier les de
badfth. On peut également ranger dans cette catégorie les ouvrages
hagio-biographiques tels que: Tabaqiit al-awliyii' (les classes des
saints) d'Ibn al-Mulaqqin (mort en 804/1401-02), Dawbat an-niishir
1 1,Suppl., art. tabalsat, par Heffening.Voir E.1.
2 Ibn Hisham,Abu Mul)ammadcAbdAllah, lettré célèbrepar cet ouvrage,mort
en Egypte le 13 Rabt 11218/8 mai 833 ou en 213/828. Voir E.1.2,art. Ibn Hisham.
3
Idem.
37li-mal:zasin man kan bi- 'l-Maghrib min mashayikh al-qarn al-cashir
(un recueil biographique des lettrés marocains couvrant la période du
Xè/xvIè siècles) d'Ibn cAskar (mort en 986/1578), at-Tashawwuf ilii
rijiil at-ta$awwuf de Yusuf b. YaQ.yaat-Tadilï Ibn az-Zayyat (mort en
627/1229). Dans le domaine profane, on cite l'exemple d'Ibn Abï
U~aybiCa(mort en 668/1270) dans son ouvrage CUyünal-anbii' fttaba-
qat al-atibbii' (Sources d'informations sur les classes des médecins).
Cependant on remarque que les biographes musulmans relient
toujours leurs œuvres biographiques à la religion, quel que soit le sujet
abordé. A cet égard on cite ce qu'Ibn Abï U~aybiCa dit dans
l'introduction de rabaqiit al-atibbii ': «La science du corps humain est
liée à la science de la religion.»2 Cela s'applique pareillement à notre
auteur qui dit: «Les faire connaître [c'est-à-dire les lettrés du Takrür],
c'est attirer les bénédictions de Dieu et autres bienfaits. J'ai voulu
écrire I'histoire des Culama' notables du Takrur pour situer leurs
niveaux dans le droit musulman et dans la religion.»3
La méthode suivie dans les recueils biographiques est adaptée au
contenu de ces recueils et au sujet choisi. Généralement on trouve
deux catégories de biographies:
1- Les dictionnaires biographiques généraux qui parlent d'une
manière générale de tous les savants, quel que soit leur domaine
d'étude. Par exemple al-Wiift bi- 'l-wafayiit d'a~-Safadï et Wafayat al-
aCyiind'Ibn Khallikan. Celui-ci dit: «Non seulement je n'ai pas limité
ce résumé à une classe spécifique par exemple des culama " des rois,
des princes, des ministres ou des poètes, mais plutôt je l'ai consacré à
4
toute personne qui avait une renommée auprès du peuple.»
2- Les recueils biographiques traitant des personnages spécialisés
dans une discipline spécifique ou appartenant à un madhhab particu-
lier ou à une confrérie particulière, sont appelés les ouvrages des
1
C'est un recueil biographique consacré aux "saints" du Maroc méridional. Voir
l'édition de cet ouvrage par Ahmed Toufiq, Publication de la Faculté des Lettres et des
Sciences Humaines de Rabat, 1984.
2 Ibn AbI U~aybiCa, Tabaqiit al-atibbii " 1965, p. 7.
3 Biographiede l'auteur.
4 Ibn Khallikan A1)mad b. Mul)ammad, Wafayiit al-aCyiinwa anbii' abnii' az-
zamiin, 1948, vol. I, p. 3.
38"classes" (at-tabaqiit), par exemple: Mujam a/-udabii' (Dictionnaire
biographique des littérateurs) de Yaqiit al-Ijamawï (mort en 626/
1229), les classes des médecins d'Ibn Ab! U~aybiCa,Tabaqiit culamii'
al-hadïth (Les classes des savants du hadïth) d'Ibn Qudama (mort en
744/1343), Tabaqat ash-shafiCiyya al-kubra (les classes des docteurs
shafiCites)d'as-Subkï (mort en 771/1370), Kifiiya al-mubtaj li-macrifat
man laysafi 'd-Dïbiij/ al-Wa$ïffitariijim udabii' Shinqïf, (le meilleur
[livre] sur les œuvres des hommes de lettres de Shinqït) d'Al:nnad b. al-
AmIn ash-Shinqïtï (mort en 1331/1913), etc. On classe aussi le Fatb
dans cette catégorie parce qu'il traite d'une classe spécifique qui est
celle des culama' notables du Takriir.
Les biographes justifient leurs œuvres par différents arguments,
notamment dans l'introduction, souvent sous forme de prolégomènes.
AI-Bartilï pour justifier son entreprise invoque un argument pour
démontrer l'utilité de l'histoire, il écrit dans ses prolégomènes: «Celui
qui ignore la science de l'histoire est pareil à celui qui monte une bête
aveugle et hésite à trouver son chemin comme la chamelle qui ne voit
pas devant elle: il attribue l'information du prédécesseur au suc-
cesseur» .2 Cet énoncé est fréquemment utilisé par les auteurs avant
lui. Al:nnad Baba (1556-1627 A.D.) l'invoque dans le Nay/3 et dans la
Kifaya4. AI-Bartilï se contente seulement de stigmatiser les ignorants
de l'histoire sans étudier profondément la question évoquée.
Les biographes fournissent également les raisons qui les ont
poussés à composer des œuvres biographiques. On cite par exemple
les raisons confessionnelles chez Ibn Farbün dans son ad-Dïbaj al-
mudhahhab qui est un recueil biographique des savants malikites.
Pour notre auteur, c'est plutôt "l'intérêt régional" qui l'a incité à com-
1 Cet ouvrage (Documents suffisants pour connaître les personnages qui ne sont
pas mentionnés dans le Dfbaj) est l'abrégé du Nayl al-ibtihaj. Ce dernier est le
supplément au livre ad-Dfbaj al-mudhahhab fi macrifat aCyan culama' al-madhhab
(dictionnaire biographique des savants malikites) de Burhan ad-Dm Ibn Farb.un (XIVè
siècle).
2Biographie de l'auteur.
3 Al)mad Baba, Nayl al-ibtihaj bi-tatrfz ad-Dfbaj. En marge d'Ibn Farb.un : ad-
Dfbaj al-mudhahhab fimacrifat aCyan culama' al-madhhab, 1351/1932-33, pp. 25-26.
4 Kijaya, 1987, p. 96.
39poser le FatJ:z; il dit: «J'ai constaté qu'ils [c'est-à-dire ses prédéces-
seurs] n'avaient pas mentionné les culamii' du Takrür, à cause de
1l'éloignement géographique entre eux et nos culamii'.» Pour cette rai-
son, il entreprit la composition du Fatb pour faire connaître les sa-
vants takrürI. Le biographe Ibn cAskar, avant lui, exprima son senti-
ment patriotique dans sa Dawbat an-niishir en disant: «Cet ouvrage
est sur les lettrés du Maroc, parce que ce pays est ma patrie.»2
La plupart des biographes expriment dans leurs ouvrages une
reconnaissance pour les bienfaits des personnages qui font l'objet de
leurs biographies en ne mentionnant quasiment que leurs actes méri-
toires et leur rôle positif dans la société.
AI-BartiII a donc voulu écrire l'histoire de son pays en faisant
connaître ses savants. On peut conclure par là que la littérature bio-
graphique était la branche la plus importante de la "science" de l'his-
toire. Le biographe Ibn al-Muwaqqit dans son ouvrage as-Saciida al-
abadiyya allait jusqu'à dire: «Les biographies des grands personnages
valent mieux que l'histoire elle-même.»3 Comme le rapporte Lévi-
Provençal, les définitions classiques de I'histoire accordent une place
prépondérante à la biographie dans le genre historique.4 Et il donne
une appréciation intéressante sur ce genre de littérature [notamment au
Maroc] en disant:
Leur contenu apparaît infiniment plus riche, plus vivant, moins figé et, si l'on
peut dire, moins officiel que celui des productions de l'historiographie de cette
époque, qui sont presque toujours uniquement orientées vers le souverain et
son entourage de courtisans. La littérature relative aux cadis et à la judicature
accepte au contraire de se pencher sur les classes les plus humbles de la société
et de nous révéler à l'occasion quelques traits de leur condition et de leur
psychologie.5
Parmi d'autres historiens qui ont scruté la grande importance des
recueils biographiques comme source documentaire, citons également
Dominique Urvoy qui écrit dans son ouvrage Le Monde des Ulémas
1 Biographie de l'auteur.
2 DawaJ:zat an-nashir, 1977, p. 2.
3 Ibn al-Muwaqqit, as-Sacada al-abadiyya fi 't-taCrif bi-rijal al-J:zaçlraal-Marra-
kushiyya, 1918, vol. I, p. 9
4 E. Lévi-Provençal, Les historiens des Chorla, 1922, p. 45.
5 E. Histoire de l'Espagne Musulmane, 1967, 1.III, p. 114.
40Andalous du VIXle au VIIIXllle siècle:
Depuis quelques années s'est manifestée la tendance à ne plus chercher
seulement le détail immédiatement utile, mais à dépouiller la totalité de chaque
ouvrage bio-bibliographique de façon à avoir, par regroupements, une sorte de
tableau synoptique de «l'histoire» intellectuelle et religieuse musulmane.1
Dans cet ouvrage D. Urvoy établit une étude scientifique et socio-
logique des recueils biographiques suivants: Kitëib a$-$ila fi tarïkh
a 'immat al-Andalus d'Ibn Bashkuwal et Kitëib at-Takmila li-kitab as-
$ila d'Ibn al-Abbar. La section orientale de l'I.R.H.T., dans son ent-
reprise l' Onomasticon Arabicum, qui s'est développée à partir de l' an-
cien projet de Leone Caetani et Giuseppe Gabrieli, utilise les ressour-
ces de l'ordinateur pour le traitement des données biographiques
arabes. Ces moyens modernes permettent effectivement un manie-
ment facile des données biographiques et un accès rapide pour une
question donnée. Dans le but d'initier les chercheurs intéressés au
mode d'emploi de l'outil de travail constitué par l 'Onomasticon
Arabicum, cette entreprise a publié un manuel technique sous le titre:
Nouveaux documents sur la mise en ordinateur des données biogra-
phiques.2 Je signale également que dans une revue comme Islam et
sociétés au sud du Sahara,3 chaque numéro contient plusieurs biogra-
phies de personnages musulmans importants.
Rainer Osswald s'est bien servi du FatJ:zdans son ouvrage, en
langue allemande, intitulé: Die Handelsstadte der WestSahara: Die
Entwicklung der arabisch-maurischen Kultur von Sinqft, Wëidiin, Tfsft
und Waliita4. Il a tiré de cet ouvrage biographique des informations
intéressantes concernant les savants et les centres culturels, comme
1 D. Urvoy, Le Monde des Ulémas Andalous du VIXIe au VIIIXIIIe siècle, 1978,
p.8.
2 Nouveaux documents sur la mise en ordinateur des données biographiques,
établi par six chercheurs: Pierre Bichard-Bréaud, Geneviève Humbert, Marc Plancke,
Biancamaria Scarcia, Lakhdar Souami, Jacqueline Sublet, Paris, C.N.R.S., 1973.
3 Revuepubliéepar le "ProgrammeIslamTropical"de la Maisondes Sciencesde
l'Homme, avec le concours de l'Université Paris VII. Responsable de la publication:
Jean-Louis Triaud, professeur à de Paris VII.
4 Rainer Osswald, Die Handelsstadte der WestSahara: Die Entwicklung der
arabish-maurishen Kultur von Sinqf{, Wiidiin,TïSff und Waliita (Les cités commerciales
du Sahara de l'Ouest: le développement de la culture arabo-maure de Shinqlt, Wadan,
TIshït et Walata), Berlin, 1986.
41Shinqït1, Tishït, Walata, etc. Il a notamment dressé à partir du Fatl:z
une sorte d'arbre généalogique de la transmission du savoir islamique
à travers des chaînes d'enseignement, en distinguant les périodes, les
ethnies et les relations maître-disciple.
1 Le nom Shinqït est également prononcé Shinjït ou avec un j dur Shinguït ;
mais la façon la plus ancienne d'écrire ce nom était Shinjït. AI-Bartilï utilise Shinjït
par contre l'auteur d' al-Wasft utilise Shinqït. Dans mon analyse j'ai gardé les deux
orthographes selon chaque auteur.
42IV
LA STRUCTURE DE L'OUVRAGE
A. L'ordre alphabétique:
Il existe plusieurs présentations des recueils biographiques. La
plus pratique et la plus largement employée est l'ordre alphabétique.
La répartition selon les "classes" ou selon les régions géographiques
est rarement utilisée. La répartition originelle était ordonnée chrono-
logiquement. AI-BartilI explique dans son introduction la classifica-
tion des biographies suivie dans son ouvrage en disant: J'ai classé ces
biographies suivant les lettres alphabétiques du dictionnaire maghré-
bin, en ce qui concerne les homonymes, on les a classés dans l'ordre
chronologique. L'alphabet du dictionnaire maghrébin se présente ain-
si : " b, t, th, j, 1)., kh, d, dh, r, z, t, ?, k, l, m, n, ~, çl,c, gh, f, q, s, sh, h,
w, y.l Par contre l'alphabet du dictionnaire oriental qui est employé
dans tout le monde arabe actuellement, se présente de la façon sui-
c,gh, f, q, k, l, m, n,vante: " b, t, th, j, h, kh, d, dh, r, z, s, sh, ~, çl,t, ?,
h, w, y. Ce dernier est employé par la plupart de biographes même par
des Maghrébins et des Soudanais, par exemple par AlJmad Baba dans
le Nayl et la Kifiiya.
On observe un peu de désordre dans le classement alphabétique du
Fatb : les noms commençant par Abu sont classés sous la lettre b ;
cependant un nom par Abu (il s'agit d'Abu al-Qasim at-
Tuwatï) a été classé sous la lettre a. Deux noms commençant par
Anda-Agh-Mul).ammad sont cités sous la lettre m, mais dans ce cas, je
crois qu'al-Bartilï ne considère pas le préfixe Anda-Agh, mais le nom
original qui est Mu1).ammad. On trouve un autre exemple: Anda cAbd
Allah qu'al-Bartilï a classé sous la lettre Cayn. Ce classement alphabé-
tique ne prend en considération que l'initiale du nom, par exemple la
biographie commençant par le nom I:Iama Allah2 est placée avant celle
de Habïb Allflh3.
1 Pour en savoir plus, voir Silvestre De Sacy, Grammaire arabe, 1831, p. 9.
2Biographie 68.
3 69.
43B. L'onomastique
La plupart des noms des biographies dans le Fatb sont formés de
plusieurs éléments qu'il faut percevoir comme un tout (ce qui est le
cas dans tous le recueils biographiques) et comme le dit Jacqueline
Sublet dans son étude sur le nom propre arabe:
Ce nom élaboré, composite, que l'on espère complet, est enregistré dans les
répertoires de biographies comme un témoin, un ensemble de preuves qui
permet d'éviter les homonymies et les confusions d'identités entre les
personnages.1
Pour bien comprendre ce nom propre (anthroponyme), il faut bien
expliquer les principaux éléments qui le composent:
1- Le ism: est le nom donné à la naissance, qui est l'équivalent du
prénom. Ce ism est suivi par les ism du père et des ancêtres (nasab).
2- La kunya : est composé avec "Abü" qui signifie "père" comme
dans Abü l:Iasan ; "Abü" peut signifier également "possesseur" comme
dans Abü 'l-Macalï (qui a de grandes qualités). La plupart des biogra-
phies dans le Fatb n'ont pas de kunya.
3- Le laqab : signifie surnom ou titre reçu à la naissance ou
acquis. Dans certains noms des biographies du Fatb il y a un laqab,
par exemple "al-Khattat" qui signifie le calligraphe2.
4- La nisba : "nom de relation" ou "nom d'appartenance" ; c'est
un adjectif construit avec le suffixe ï qui marque l'origine ou l'appar-
tenance du personnage. Chaque personnage peut avoir une ou plu-
sieurs nisba qui indique l'appartenance à un lieu géographique (pays,
ville, quartier), à un groupe ethnique (une tribu, un ancêtre, appar-
tenance au groupe des Ansar "auxiliaires", les habitants de Médine qui
ont prêté leur appui au Prophète), à une école religieuse, etc.
Ce "nom de relation" révèle donc des renseignements importants
comme Jacqueline Sublet le décrit en disant:
Avoir un 'nom de relation' implique que l'on appartient à un groupe social
dont la généalogie est bien connue, cela signifie aussi que ce groupe est
islamisé, qu'il fait partie de la communauté musulmane. Cette tribu a un
territoire, éventuellement un point d'attache, une aire de nomadisation. Faire
1 Jacqueline Sublet, Le voile du nom. Essai sur le nom propre arabe, 1991, p. 8.
2
Voir biographie 182.
44référence à ce 'nom de relation', c'est évoquer l'aire géographique.l
Le "nom de relation" est hérité ou acquis; il est hérité surtout
quand il s'agit de l'appartenance à un groupe ethnique et il est acquis il s'agit par exemple d'avoir accompli un voyage dans un autre
pays musulman et d'y avoir demeuré un temps.
Dans tout le Fatl:z, on remarque qu'il y a seulement deux bio-
graphies où on trouve le nom composé de tous les éléments précités.
Il s'agit de :
Abü I:Iaf~ (kunya) cUmar (ism) al-Khattat (laqab) b. Mu1)ammad
b. cUmar (ism du père) b. Awbak (ancêtre) al-BartilI (nisba).2
cAlI (ism) b. Al:unad (ism du père) b. Mu1)ammad cAbd Allah
(ancêtre) al-An~arI al-Andalusï puis al-Mi~rï (trois "noms de rela-
tions") Nür ad-Dïn (laqab) Abü '1-I:Iasan(kunya).3
D'une façon générale le nom typique dans le Fatl:zest composé
des éléments suivants:
Souvent, titres honorifiques comme: SayyidI, (alib, shaykh,faqïh,
qaç/I, imiim, ou sharif, puis Ism (prénom), suivi par le nasab, c'est-à-
dire par les ism du père et des ancêtres; ce nasab trace la généalogie
patrilinéaire, en suite la nisba (nom de relation).
Voir l'exemple suivant: At-Talib SayyidI (deux titres honorifi-
ques) Al:unad (ism) b. al-Bashlr (ism du père) b. Mul).ammad b. Mu-
l).ammadb. Müsa (des ancêtres) al-Kalsükï (nisba).4
Les kunya et les laqab sont rares dans le Fatl:z.
AI-Bartilï, comme le biographe soudanais Al:unad Baba dans ses
ouvrages le Nayl et la Kifiiya, classe ses biographies en commençant
par le ism (nom) et ainsi de suite et non par le laqab comme chez a~-
Safadï. Aussi les deux biographes contrairement à a~-SafadI placent la
date de naissance et de mort (ensemble) tout à fait à la fin des
biographies.
La différence entre les biographes s'observe dans leurs manières
variées de traiter les renseignements et d'utiliser les sources, puis dans
leurs analyses et leurs interprétations. AI-Bartilï entreprend ses bio-
1 Jacqueline Sublet, 1991, p. 97.
2 Biographie182.
3 188.
4 Biographie 36.
45graphies d'une façon narrative et simple c'est-à-dire qu'il ne discute
pas et ne démontre que rarement ce qu'il écrit avec des citations docu-
mentaires. En revanche, AlJmad Baba illustre sa Kijaya par des infor-
mations documentaires en citant parfois les débats ou les correspon-
dances des personnages qui font l'objet de son ouvrage. AlJmad Baba,
dans son Nayl ou dans sa Kifiiya, commente souvent ce qu'il écrit et il
ouvre des commentaires sur des sujets différents comme le droit
musulman au cours de quelques biographies. On peut en déduire qu'il
y a un niveau culturel plus élevé chez AlJmad Baba que chez al-
Bartilï.
c. Le plan des notices
AI-Bartilï présente fréquemment ses biographies ainsi: le nom et
la nisba ; les qualités; les activités ou fonctions; les études; les maî-
tres ; les disciples; les œuvres; date et lieu de naissance et de mort.
On trouve parfois des anecdotes, des faits historiques, des
événements relatifs à certains personnages, des correspondances ou
des questions juridiques intercalées dans quelques biographies.
Ce plan de la présentation des recueils biographiques est resté
généralement quasi-identique dans les différentes régions du monde
arabe musulman et aux diverses époques. Le grand biographe a~-~a-
fadï (m. 764/1363) organise ses biographies en commençant par le
surnom honorifique (laqab) puis le nom patronymique (kunya) puis le
prénom (Calam)puis le nom de relation (nisba)1, ensuite, les activités,
les maîtres, les disciples, les œuvres et finalement la date de naissance
et de mort; il faut signaler que la date de naissance est souvent située
au début de la biographie, après le nom, tandis que la date de mort est
généralement située tout à fait à la fin.
Formellement cette méthode est similaire à celle d'AlJmad Baba,
mais au fond, il faut signaler qu'al-Bartilï ne donne que les renseigne-
ments biographiques proprement dits, accompagnés de quelques faits
historiques qui ont des rapports directs avec les personnages étudiés,
tout en négligeant ce qui se passait dans le contexte historique de
l'espace concerné. Surtout le reproche qu'on peut adresser à al-
Bartilï, c'est qu'il ne se donne pas la peine de préciser ses sources,
1 Voir a~-SafadI, aI-Waft bi- 'I-wafayat, 1931, vol. I, p. 33-34.
46contrairement au biographe Al}mad Baba qui précise parfaitement ses
sources dans ses ouvrages le Nayl et la Kifaya.
La documentation dans le Fatb est très modeste, parfois il ne
termine pas les citations, traditions du Prophète, versets qur '{iniques
ou paroles d'auteurs et il ne donne presque jamais de références
concernant l'authenticité de ces citations. C'est vraiment rare qu'il
mentionne le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage et souvent il ne que l'un d'eux et encore incomplètement.
AI-Bartilï décrit presque toujours ses personnages par des termes
stéréotypés comme: éminent, vertueux, pieux, etc. La formule (que
Dieu le Très-Haut lui accorde Sa miséricorde) revient à chaque instant
quasiment après chaque nom cité dans l'ouvrage. On trouve aussi des
mots et des phrases passe-partout qui sont des expressions qui se répè-
tent de temps en temps comme: "pieux", "vertueux", "il ne redoutait
aucune critique quand il s'agissait de ses devoirs envers Dieu", "(Dieu
le sait mieux [que nous])", etc.
Le style est parfois inégal, souvent le sens est clair, les idées sont
enchaînées, mais dans certains cas, on trouve des redites, l'emploi de
mots rares qui pousse à recourir aux grands dictionnaires; on trouve
également des tournures qui provoquent de l'obscurité à cause du sens
caché et du manque d'un mot clef, ce qui peut causer des risques
d'erreur dans la traduction.
On peut répartir le Fatb selon le degré d'importance des biogra-
phies en trois catégories:
1- Biographies d'une grande importance
AI-Bartilï fournit des informations abondantes sur ces person-
nages parce qu'ils étaient de grands savants, influents et ayant
beaucoup d'activités et d'œuvres et une présence marquante dans la
vie sociale, intellectuelle et religieuse. Exemple la biographie numéro
7 d'Al}mad Baba. Les biographies de cette catégorie dépassent une
page imprimée. Elles sont peu nombreuses.
2- Sujets d'une importance moyenne
AI-Bartilï fournit peu de renseignements sur ces personnages qui
représentent en réalité la classe des savants qui ont une participation
moyenne ou ordinaire dans la vie sociale et culturelle. Exemple la
biographie (4) d'Al}mad Baghyucu. Les biographies de cette catégorie
47ont une longueur comprise entre une demi-page et une page. Elles
représentent la majeure partie de l'ouvrage.
3- Sujets secondaires
Lorsqu'al-BartiII manque d'informations, il présente des biogra-
phies très courtes en ne mentionnant que le nom, quelques activités et
la date de mort de la personne concernée et parfois aucune date. Par
exemple la biographie (2) d'Abu al-cAbbas Al)mad. Cette catégorie ne
dépasse pas les six lignes et ne représente que peu de biographies dans
le Fath.
48v
LES SOURCES DU FA TH.
Apparemment, al-Bartilï a utilisé beaucoup de sources dans
l'établissement de son recueil biographique mais il ne les mentionne
que rarement. Ce sont souvent des indications indirectes qui nous
amènent à déduire dans quelle source il a puisé ses renseignements ou
recopié telle ou telle biographie; par exemple dans quelques biogra-
phies il cite Al)mad Baba mais sans dire de quel ouvrage il s'agit;
pour vérifier cela j'ai toujours comparé la biographie en question dans
le Fatb avec celle de la Kifaya et celle du Nayl al-ibtihiij.
Les ouvrages dont il a tiré des biographies entières ou résumées
ou légèrement modifiées ou dont il reproduit des passages relatifs aux
biographies de personnages du Soudan sont les suivants:
Tarïkh as-Sudan de cAbd ar-Ral)man as-Sacdï. Les biographies
qu'al-Bartilï a recopiées en entier ou en résumé sont au nombre de 37,
soit les numéros (dans le Fatb) 2, 8, 10, 12, 13, 15, 43, 51, 53, 56, 68,
82, 83, 84, 85, 86, 90, 91, 92, 94, 96, 97, 139, 148, 149, 153, 154, 155,
170, 173, 175, 176, 177, 184, 189, 190, 209.
Kifayat al-mubtaj li-macrifat man laysa fi 'd-Dïbaj d'AlJmad
Baba. Les biographies qu'al-Bartilï a recopiées en entier ou en résumé
de cet ouvrage sont au nombre de 5 ; elles portent les numéros 1, 3, 5,
7, 137.
Il s'ensuit que le reste est dû à al-Bartilï, c'est-à-dire 167
biographies.
Dans les notes qui accompagnent ma traduction du Fatb, j'ai con-
fronté toutes ces biographies avec celles qui se trouvent dans Tarfkh
as-Sudan ou dans la Kijaya et à chaque divergence rencontrée, j'ai
mentionné les variantes.
Les références secondaires classées selon l'importance de l'em-
prunt:
Le Qur 'an.
Le $abïl:z,recueil de traditions du Prophète, par al-BukharI (mort
en 256/870).
Irshad as-sarï fi sharb al-Bukharï, commentaire exhaustif du
49

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.