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La zone franc

De
480 pages
Ensemble fondé sur une coopération monétaire singulière qui a prouvé son efficacité ? Prémice favorable à une intégration régionale pluridimensionnelle ? Forme voilée de néo-colonialisme ? Fruit de l'histoire, la zone franc repose sur des relations ambivalentes, empreintes de rapports de domination et de coopération. A la suite des chocs pétroliers, la crise économique s'est généralisée dans cette zone, elle a été relayée par une crise financière et structurelle aux contours nationaux spécifiques. Les mutations en cours sont multiformes ; elles affectent la sphère réelle et la sphère financière, les structures internes et les relations externes ; elles sont perceptibles à travers les crises de l'intermédiation financière et l'essor de la finance informelle ; les désinvestissements et la montée du secteur non structuré ; les incidences de l'ajustement sur l'économie publique et les filières agricoles. Dans quelle mesure le système monétaire de la zone franc est-il apte à soutenir durablement les pays africains durant cette phase d'adaptation ? Confrontée à ses propres dysfonctionnements et au processus d'intégration économique et monétaire en Europe, la zone franc est à la recherche d'une nouvelle dynamique. Ce second tome retrace les évolutions économiques, monétaires et financières intervenues dans la zone franc depuis les indépendances. A travers de nombreux tableaux statistiques et des graphiques, cet ouvrage apporte des matériaux pour une analyse de longue période ; il fournit un état des lieux qui permet d'évaluer les enjeux des débats actuels (parité du franc CFA ; flux de capitaux ; choix de politique monétaire ; intégration européenne et africaine).
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LA ZONE FRANC Tome 2

Dans la collection Bibliothèque du développement

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Hubert Gérardin

LA ZONE FRANC

Tome 2 La dynamique de l'intégration et ses contraintes

monétaire

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur: Tome 1 : Zone franc, Histoire et Institutions

@ L'Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-2953-X

A Marion, Aude et Pierrick.

Tous nos remerciements, représentants des institutions françaises, africaines et internationales dont les apports ont contribué aux développements élaborés sur certains thèmes et dont la participation a permis de rassembler les matériaux présentés dans cette étude. - A l'Université Nancy II, pour l'obtention d'un congérecherches qui a facilité la réalisation de cet ouvrage. - Au Credes, de la Faculté de Droit, Sciences Economiques et Gestion de Nancy, pour les moyens matériels mis à notre disposition.

- Aux

"Si l'on soulève le «voile de la monnaie», c'est trop souvent que l'on trouve la finance au lieu de la contrepartie de biens et de services que l'on attendait" (F. Perroux, 1980).

INTRODUCTION

La crise économique s'est généralisée dans les pays de la zone franc depuis les chocs pétroliers; elle a été relayée par une crise financière et structurelle aux contours nationaux spécifiques. Les mutations en cours sont multiformes; elles affectent la sphère réelle et la sphère financière, les structures internes et les relations externes: elles sont perceptibles, notamment, à travers les crises de l'intermédiation financière et l'essor de la finance informelle; les mouvements de désinvestissements des entreprises étrangères et la progression des activités dans le secteur non structuré; les incidences contraignantes des politiques d'ajustement pour la gestion des finances publiques, le fonctionnement des secteurs publics et para-publics et l'organisation des filières agricoles. Dans quelle mesure le système monétaire de la zone franc est-il apte à soutenir, durablement, les pays africains durant cette phase d'adaptation? Confrontée à ses propres dysfonctionnements et au processus d'intégration économique et monétaire promu en Europe, la zone franc est à la recherche d'une nouvelle dynamique. 1. L'évolution de la situation économique, monétaire et financière des quatorze pays africains membres de la zone franc est tributaire des choix effectués à un double niveau par les autorités monétaires: au niveau institutionnel, ils se rapportent à l'organisation et au fonctionnement des circuits de financement; au. niveau des orientations de .la politique monétaire, ils conditionnent la quantité de monnaie mise à la diposition des agents économiques. Un des particularismes de la zone franc réside dans la responsabilité partagée, au plan de la définition et de l'application de la politique

monétaire, entre les autorités monétaires nationales et celles des zones d'émission: un cadre directeur est arrêté par référence au contexte d'ensemble prévalant dans chaque groupement régional; la politique est ensuite ajustée par pays, au regard de sa position monétaire, de ses résultats économiques - parfois singulièrement divergents - et, à plus long terme, de sa stratégie de développement. 2. La détermination de la politique monétaire est dépendante, en Afrique centrale et de l'Ouest, de la conjugaison de facteurs internes et externes. En premier lieu, la politique monétaire s'applique à des pays en développement, dont l'économie est diversement marquée par le dualisme et la désarticulation (F. PERROUX, 1978 et 1981)(1), deux facteurs qui exercent une forte influence sur les modalités de financement du développement. Une part prédominante de l'activité économique, et des ressources nationales, est liée à des éléments extérieurs; dès lors, au plan monétaire, le clivage ne s'établit pas systèmatiquement entre pays détenteurs de produits de base rémunérateurs et/ou à revenu intermédiaire et pays démunis à faible revenu: la situation des pays pétroliers s'est ainsi fortement dégradée à la suite d'investissements aux effets mal maîtrisés, alors que des pays moins avancés conservaient une position plus équilibrée. Au plan des institutions, l'insuffisante organisation des circuits de financement freine la mobilisation des ressources nationales en faveur du développement: les conditions dans lesquelles la fonction d'intermédiation financière (2) est assumée en Afrique constituent un handicap, face aux objectifs premiers fixés à la politique monétaire par zone d'émission. En Afrique centrale, par la mise en oeuvre des instruments de la politique monétaire, les autorités ont longtemps cherché à contrôler la distribution du crédit, en privilégiant les besoins financiers des entreprises; cette approche, d'inspiration micro-économique, a été partiellement remise en cause à la suite de la crise économique et financière consécutive aux chocs et au contre-choc pétroliers, au profit d'une régulation monétaire plus macro-économique (C. M. zone franc, 1991, p. 77). En Afrique de l'Ouest, face aux déficits conséquents enregistrés avec l'extérieur, depuis le second choc pétrolier la restauration de l'équilibre des balances des paiements nationales est devenue l'objectif central de la politique monétaire: afin de reconstituer progressivement les réserves de change de la zone d'émission, la politique monétaire a été 6

restrictive et, en dépit d'une importante réforme en 1989, l'encadrement du crédit constitue, actuellement, le facteur prépondérant de la régulation monétaire. 3. A de nombreux égards, les modalités de financement des économies africaines et les contraintes externes ont influé sur les orientations de la politique monétaire des pays de la zone franc depuis leur indépendance: le financement du développement est assuré par des ressources nationales et des apports de capitaux extérieurs, notamment sous forme d'aide; la coopération monétaire, très étroite, entretenue entre les pays africains et la France ne peut être dissociée de la coopération financière qui atténue certains effets destabilisants liés à l'intégration monétaire, en particulier, à la suite des variations de la valeur du franc français sur les marchés des changes. Au plan des effets externes, par l'organisation des relations monétaires à l'intérieur de la zone franc, et, spécialement, par le respect de la règle de la libre transférabilité des capitaux, la politique monétaire des pays africains demeure tributaire de la politique monétaire française. Les incidences des contraintes externes sont perceptibles, au plan de la création monétaire, par leurs effets directs sur l'évolution des avoirs extérieurs; par la garantie monétaire française attachée au mécanisme du compte d'opérations, l'appartenance à la zone franc exerce, également, une influence spécifique sur l'endettement extérieur des pays membres. 4. L'examen du fonctionnement de la zone franc fera apparaître les principaux effets de l'intégration monétaire sur le processus interne de création de monnaie, sur les modalités du financement des économies africaines et par ce biais, indirectement, sur la croissance et le développement de chaque pays. Les facteurs constitutifs de la politique monétaire seront appréciés à deux niveaux: d'une part, à travers le fonctionnement des gardes-fous érigés à l'intérieur de la zone franc, afin de. prévenir tout excès monétaire; par référence, d'autre part, à la maîtrise que les autorités monétaires de chaque zone d'émission s'efforcent d'exercer sur la création de monnaie. Nous montrerons, dans ce cadre, comment l'adhésion à la zone franc repose sur une ambivalence: elle est, conjointement ou alternativement, à l'origine d'effets stabilisateurs - liés à la dynamique de l'intégration - et de contraintes externes s'exerçant sur les politiques monétaires et financières des pays membres. 7

5. La méthodologie mise en oeuvre, afin d'évaluer les incidences des politiques économiques appliquées et celles de l'intégration monétaire pour les membres de la zone franc, repose sur l'utilisation de données chiffrées; cette approche a été confortée par la construction de séries longues, reconstituées parfois depuis les indépendances. Ce recours aux statistiques, nécessaire pour situer les évolutions économiques et monétaires nationales dans la zone franc, se heurte, cependant, à plusieurs types de difficultés: - Des réserves doivent être formulées sur les conditions d'élaboration des statistiques et des incertitudes sont attachées à l'obtention de nombreuses grandeurs: "les difficultés {de mesure J, qui existent de façon latente dans toute économie, atteignent dans les pays africains des niveaux qui tendent à faire perdre aux chiffres toute signification" (M. ANS ONMEYER, 1983, p. 90)(3). - D'autres réserves tiennent à "l'inadéquation du cadre comptable" (M. ANSON-MEYER, 1982, pp. 337-377 ; T. PACCOUD, 1991) au contexte socio-économique africain; pour l'essentiel, elles limitent la portée de certains indicateurs et des agrégats retenus. Dans les pays disposant d'appareils statistiques sophistiqués, les critiques sont nombreuses, par exemple, à l'égard des instruments de mesure de la croissance économique; ces critiques sont amplifiées lorsque ces instruments servent à apprécier les performances de pays en non structuré. Pour la zone franc, les réserves, diverses selon les pays et l'objet des mesures, concernent plusieurs catégories de statistiques, notamment celles relatives aux échanges extérieurs (quel est le poids du commerce clandestin et son évolution ?), à la formation de l'épargne (quel est l'impact de la finance informelle ?) et à l'inflation (quelle est la part de la consommation prise en compte par les indices des prix ?). - Un dernier élément d'incertitude se rapporte à l'inégale qualité des données statistiques dans le temps; d'une manière significative, la détérioration des outils statistiques est dénoncée par les responsables des travaux de synthèse conjoncturelle au ministère de la Coopération et à la Caisse française de développement: "La dégradation des statistiques africaines est devenue davantage perceptible depuis le début de cette décennie. Les ruptures de séries (souvent peu explicites), les corrections rétrospectives (d'une ampleur déconcertante), comme la fiabilité manifestement 8

développement dont une part des activités économiques variable, mais croissante avec la crise - provient du secteur

douteuse de certains relevés (voire leur abandon pur et simple), limitent de plus en plus les possibilités d'analyse économique" (E. JOURCIN, déco 1992, p. 1). Adoptant une démarche pragmatique, les statistiques seront. utlisées non pour leur précision, incertaine, mais comme ordres de grandeur; elles permettent, en particulier, au plan de la zone franc, d'apprécier les incidences des mécanismes communs et de cerner les disparités nationales, au plan du sous-continent sub-saharien et de l'ensemble des pays en développement, d'effectuer des comparaisons discriminantes (4).
*

*

*

L'étude des principales caractéristiques des liquidités de l'économie des pays africains mettra en évidence les interactions majeures unissant les composantes de la masse monétaire (partie I). Les facteurs institutionnels ayant exercé une incidence fréquemment déterminante sur les changements intervenus, de nouveaux aménagements apportés à l'organisation de l'intermédiation financière devraient permettre d'améliorer la mobilisation des ressources nationales en faveur du développement. Nous déterminerons comment l'Etat a influencé, par sa politique budgétaire, sous des formes différenciées par pays, la répartition des liquidités et a contribué à favoriser la monétarisation de l'économie. Face à la discipline et aux contraintes liées à l'intégration monétaire, "l'aide publique reste globalement.un complément quasi institutionnel de l'appartenance à la zone franc" (P. et S. GUILLAUMONT, 1984, p. 246). L'évolution des flux de capitaux extérieurs afférents aux économies africaines sera analysée, afin d'en évaluer l'impact sur le financement du développement (partie II). L'appartenance à la zone franc a favorisé des mouvements de capitaux de sens contraires; après avoir joué un rôle modérateur dans l'endettement extérieur des partenaires de la France, elle a contribué, de fait, au retournement de cette position après le second choc pétrolier. L'examen des facteurs à l'origine de la création monétaire permettra d'appréhender la politique monétaire pratiquée par les pays de la zone franc, d'en déterminer la 9

portée et le mode de régulation monétaire (partie III) : la contrainte extérieure affecte la conduite de la politique monétaire, qui demeure, par ailleurs, profondément empreinte de l'héritage colonial, au niveau du choix des instruments utilisés. L'adhésion à la zone franc imprimant des effets favorables ou contraignants selon les pays et selon la nature des moyens retenus - sur la conduite de la politique monétaire, nous rechercherons les voies d'une politique monétaire plus modulable par pays; une politique susceptible d'être mieux adaptée pour répondre à des situations nationales divergentes au sein des zones d'émission régionales et de s'insérer, au plan du système monétaire de la zone franc, dans un réaménagement plus vaste, fondé sur des monnaies nationales. Face aux asymétries perçues dans cette zone, il convient d'adapter l'instrument monétaire, afin de conforter la dynamique de l'intégration en cours et de renforcer ses implications les plus positives pour la sphère réelle.

-

NOTES
(1) Les références bibliographiques en italiques se rapportent à la bibliographie du tome 1, pp. 197-229. (2) "Au sens strict du terme, la fonction d'intermédiation du système bancaire consiste à collecter l'épargne des agents économiques, qui disposent d'une capacité de financement, pour la mettre à la disposition de ceux qui font valoir un besoin de financement. Cette intervention est justifiée par les divergences qui apparaissent entre les objectifs de rendement, de risque et de liquidité des prêteurs" (SECRETARIAT de la Commission de contrôle des banques, 1984, p. 16). (3) Ces difficultés se rassemblent autour de trois pôles: "la vaine recherche d'un étalon de mesure, l'absence ou les carences des services statistiques, lesfuites structurelles" (pp. 90-94). (4) Parmi les travaux statistiques relatifs à des comparaisons d'indicateurs zone franc-hors zone franc, voir BANQUE MONDIALE, 1994; B. LEENHARDT et M. F. L'HERITEAU, 1991 ; P. et S. GUILLAUMONT et P. PLANE, 1991 ; P. et S. GUlLLAUMONT, 1988.

10

PREMIERE PARTIE

INTERMEDIATION FINANCIERE ET LIQUIDITES DE L'ECONOMIE:
Quelle mobilisation des ressources internes pour financer le développement?

Dans les pays africains de la zone franc, le financement des économies repose sur des ressources d'origine interne et externe; afin de déterminer le rôle de la monnaie dans le développement, il est nécessaire d'étudier, pour chaque pays, l'évolution des liquidités de l'économie (1). Dans la mesure où ces liquidités sous-tendent l'activité et reflètent le comportement des agents économiques devant la monnaie, une analyse des agrégats monétaires permettra de montrer comment leur répartition par composantes diffère au sein de la zone franc, entre la France et ses partenaires, mais également, et quoique pour une moindre part, entre ces derniers. L'évolution monétaire des pays membres de la zone franc est très liée, dans le temps, au processus de monétarisation des économies (2) : sous la colonisation et durant les premières années après les indépendances, la monnaie fiduciaire a joué un rôle moteur dans l'accroissement de la masse monétaire de chaque pays, alors que l'épargne liquide ou à court terme était peu importante. Par la suite, le développement d'un secteur moderne influencé par l'étranger et les aménagements apportés à l'organisation des circuits monétaires et financiers hérités de la colonisation ont, peu à peu, accru le rôle de la monnaie scripturale et favorisé une meilleure mobilisation de l'épargne interne; à de nombreux égards, le volume de celleci demeure, toutefois, insuffisant au regard des besoins

considérables de financement. Les changements observés ne sont pas intervenus simultanément, ni sous une forme identique, dans tous les pays de la zone franc; au plan des institutions, cette évolution s'est traduite par une réorganisation de la fonction d'intermédiation financière qui a favorisé le dynamisme de certains organismes créateurs de monnaie et/ou collecteurs d'épargne: les principaux effets de ces modifications, en se conjuguant avec ceux résultant des choix de politique monétaire et ceux inhérents aux comportements des agents économiques demandeurs de crédits, ont contribué à accentuer les disparités monétaires et financières entre pays voisins. La crise économique, puis la crise financière ont remis en cause, au cours des dernières années, le rôle et la portée des circuits de financement dans la zone franc. Les difficultés des systèmes financiers ont provoqué de vastes mouvements de restructuration et la disparition de nombreux établissements; dès lors, face aux carences de l'intermédiation financière, la finance informelle s'est substituée, pour une part, aux circuits institutionnels défaillants. Après avoir examiné l'évolution de la monétarisation dans la zone franc (chapitre I), il conviendra de montrer comment les insuffisances de la fonction d'intermédiation financière en matière de mobilisation de l'épargne ont contribué à renforcer l'opposition entre finance formelle et informelle (chapitre II). L'analyse des principaux éléments constitutifs de la crise financière actuelle fera apparaître des voies moyennes susceptibles, en dépassant l'héritage colonial, de mettre, dans de meilleures conditions, l'outil monétaire au service du développement et de conforter, à terme, l'intégration économique et monétaire dans la zone franc (chapitre III).

12

CHAPITRE

I

DISPONIBILITES MONETAIRES ET MONETARISATION DANS LA ZONE FRANC: L'EMPREINTE DE FACTEURS INTERNES ET EXTERNES DIVERGENTS

En Afrique centrale et de l'Ouest, une monnaie commune à plusieurs pays circule à l'intérieur de chaque zone d'émission, mais la croissance économique et certaines modalités du développement différencient les pays partenaires. Au plan monétaire, après les indépendances, les organismes et les déposants étrangers ont conservé un rôle prépondérant dans la constitution des masses monétaires nationales: l'ancienne puissance coloniale a continué d'exercer une forte influence sur l'émission monétaire et sur les activités du secteur bancaire. Les autorités monétaires de chaque zone d'émission se sont efforcées d'accroître l'utilisation de la monnaie par les agents économiques
nationaux et de favoriser le passage sous la colonisation - d'économies

- timidement entrepris de subsistance à des

économies d'échange; dans ce but, elles ont procédé à des réformes, tant au niveau de l'organisation et du fonctionnement des instituts d'émission plurinationaux, qu'à celui des systèmes bancaires nationaux, qui ont connu des crises aiguës au cours des années récentes.

Les incidences de ces réformes ont été différentes selon les pays, mais, progressivement, les changements de comportement d'un nombre croissant d'agents devant la monnaie se sont traduits par leur insertion dans des circuits monétaires. La monétarisation des économies nationales s'est, notamment, concrétisée par d'importantes évolutions au niveau de la composition des disponibilités monétaires nationales.

SECTION I - LA MONNAIE FIDUCIAIRE LES INFLUENCES SAISONNIERES

ET

A. Une moindre

importance fiduciaire

de la monnaie

A l'instar des tendances observées dans les pays industrialisés depuis plusieurs décennies, la préférence du public pour la monnaie fiduciaire a diminué dans la plupart des pays africains membres de la zone franc jusqu'aux chocs pétroliers; des écarts importants demeurent, néanmoins, entre la France et ses partenaires: la monnaie fiduciaire rapportée à la masse monétaire [M2] atteint en effet, en 1992, un pourcentage plus faible en France (9,1 %) qu'en Afrique centrale (26,9 %) et en Afrique de l'Ouest (29,2 %). Depuis 1952, cette diminution a été plus régulière en France que dans les autres zones d'émission (graphique 1, p. 15). Des calculs de corrélation portant sur la période 1952-1982 mettent en évidence cette moindre préférence pour la monnaie fiduciaire ( H. GERARD/N, 1986-1, p. 576) ; les pentes des droites d'ajustement déterminées par ce biais sont voisines en France, en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest; la qualité de l'ajustement linéaire est bonne et proche dans les trois zones d'émission. Les courbes construites sur le graphique 1 ne sont cependant similaires pour l'Afrique centrale et pour l'Afrique de l'Ouest que de 1964 à 1979. La divergence observée entre 1979 et 1981 s'explique par une brutale dégradation de la 14

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situation économique des pays ouest-africains les plus importants, alors qu'en Afrique centrale, les recettes d'exportation du Congo, du Gabon et du Cameroun bénéficiaient, durant quelques années, des effets du second choc pétrolier; de surcroît, dans les deux derniers pays, de nouveaux gisements d'hydrocarbures étaient mis en exploitation, Entre 1985 et 1987, le contre-choc pétrolier a été à l'origine d'une nouvelle divergence, 15

Globalement, au cours de la décennie 1980, marquée par la mise en oeuvre de programmes d'ajustement structurel, la crise économique et l'essor de la finance informelle se sont traduits par une demande soutenue de monnaie fiduciaire; depuis quinze ans, celle-ci a représenté près du tiers de la masse monétaire des pays africains de la zone franc.

TABLEAU I - PREFERENCE
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LA MONAIE DE LA ZONE

FIDUCIAIRE ET PNB FRANC [1971-1991]

PAR

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(1) Mali inclus (2) Guinée équatoriale - M2 (4) Masse monétaire = M3 . SOURCES: - Statistiques monétaires. données brutes: Rapports annuels et bulletins mensuels des instituts d'émission; PNB/hbt : BANQUE MONDIALE, Atlas et Rapports sur le développement dans le monde.

4.9 incluse (3) Masse monétaire

-

16

B. Une évolution annuelle de la circulation fiduciaire contrastée selon les pays
LL'irrégularité des taux de croissance annuels
Au sein des deux zones d'émission régionales, la préférence pour la monnaie fiduciaire varie considérablement selon les pays; les séries statistiques font préssentir une relation de sens inverse entre cette préférence pour la monnaie fiduciaire et le PNB par habitant des pays de la zone franc (tableau I, p. 18). Les calculs de corrélation effectués donnent des résultats médiocres (H. GERARD/N, 1986-1, p. 268) et ne permettent pas de définir cette liaison par un ajustement linéaire suffisamment fiable.

TABLEAU Il. MONNAIE fiDUCIAIRE. TAUX DE CROISSANCE ANNUELS. AfRlOUE CENTRAlE ET fRANCE 1.961 . 1111121

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Dans chaque pays africain, l'évolution annuelle de la circulation fiduciaire est instable; ainsi, par exemple, le taux de croissance annuel de la monnaie fiduciaire a fortement varié dans les pays d'Afrique centrale de 1961 à 1992 (tableau II, p. 17). Ces variations sont principalement liées à l'activité économique de chaque pays et aux fluctuations, souvent conséquentes, de leurs recettes d'exportation. Les faibles écarts enregistrés entre pays au niveau de l'évolution des prix à la consommation contrastent avec la diversité des accroissements relevés pour la circulation fiduciaire pendant les deux dernières décennies: au cours de cette période, l'inflation n'a exercé qu'une influence secondaire sur la création de monnaie fiduciaire. Le cas du Gabon est révélateur des difficultés rencontrées par les pays les plus tributaires de leurs recettes d'exportation pour maîtriser l'évolution des contreparties de leur masse monétaire et met en évidence quelques-unes des contraintes pesant sur la définition de leur politique monétaire (3). 2. L'incidence des facteurs saisonniers Les principales activités économiques de chaque pays exercent une forte influence sur la demande mensuelle de monnaie fiduciaire sans qu'une loi générale puisse être déterminée pour l'ensemble des pays africains de la zone franc. Lorsque les ressources d'un pays sont dépendantes de la récolte d'un ou de quelques produits agricoles, des fluctuations saisonnières apparaissent sur les courbes représentant l'évolution mensuelle de la monnaie fiduciaire. L'exemple de la Côte d'Ivoire (graphique 2, p. 19) permet d'analyser les caractéristiques de cette évolution saisonnière: chaque année, la monnaie fiduciaire connaît une phase de croissance prononcée durant les premiers mois de la commercialisation du café et du cacao (sept. t-l - fév. t) ; la demande de billets atteint un maximum en février (4), diminue au fur et à mesure où les paysans effectuent leurs achats et acquittent leurs impôts, puis passe par un minimum à l'ouverture de la campagne de commercialisation suivante. Dans chaque pays, l'amplitude des fluctuations observées sur les courbes de ce type varie d'une année à l'autre en fonction de l'importance des récoltes et des rémunérations accordées aux producteurs, mais également, à plus long terme, des principaux effets de la politique de diversification agricole que les gouvernements s'efforcent de promouvoir (5). Depuis 1980, avec la récession, le volume de la monnaie 18

fiduciaire s'est réduit à diverses reprises, mais l'influence des facteurs saisonniers s'est prolongée. Lorsque les pays ne tirent pas l'essentiel de leurs revenus de quelques produits agricoles, par suite de l'exploitation de minerai(s) (Togo, Niger) et/ou d'hydrocarbures (Congo, Gabon), les facteurs saisonniers n'impriment plus une influence prépondérante à l'évolution mensuelle de la monnaie fiduciaire. Dans ces pays, de même que dans les pays les plus démunis en ressources naturelles (Burkina, Bénin), l'évolution mensuelle de la monnaie fiduciaire connaît de fortes variations certaines années, sans qu'une influence saisonnière durable puisse être discernée avec précision.

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SECTION II . LA MONNAIE SCRIPTURALE: UNE CROISSANCE PAR PAYS INEGALEMENT SOUTENUE

A. LIaccroissement des dépôts à vue: disparités nationales

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1. Seconde composante des disponibilités monétaires, ,la monnaie scripturale a augmenté, en moyenne, plus rapidement que la monnaie fiduciaire depuis les indépendances, en France et dans les deux zones d'émission régionales de la zone franc; cette progression différente entre les deux agrégats apparaît sur les graphiques 3 à 5 (pp.22-24)(6).
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21

-En Afrique de l'Ouest, de 1971 à 1992, le volume de la monnaie fiduciaire a été, en moyenne, multiplié par 6,3 pour l'UMOA, alors que ce coefficient multiplicatif s'élevait à 7,0 pour la monnaie scripturale. Les disparités relevé~s entre pays de l'UMOA sont importantes: la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale ont augmenté à un rythme voisin en Côte d'Ivoire (5,4 ; 5,3) et au Niger (6,7 ; 6,8) ; dans les autres pays, la monnaie scripturale a exercé une influence déterminante sur l'évolution des disponibilités monétaires, au Bénin (10,4 ; 11,7), au Togo (3,9 ; 5,7) et au Burkina (11,7 ; 14,3), à l'exception du Sénégal (6,7 ; 5,7).
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2. Dans les deux zones d'émission plurinationales, la monnaie scripturale est essentiellement constituée par les dépôts en banque à vue des particuliers et des entreprises et, dans une faible proportion, par les dépôts de ces agents aux centres de chèques postaux, aux caisses nationales d'épargne et au Trésor (7). 3. La répartition par types d'établissements collecteurs de l'ensemble des dépôts effectués en Afrique centrale montre comment une évolution commune à tous les pays de la zone d'émission a affecté, au cours des dernières années, les banques de développement et, quoique dans une moindre proportion, les caisses nationales d'épargne; désormais, plus de 90 % des dépôts à vue sont effectués auprès des banques commerciales. Jusqu'aux récentes crises des systèmes bancaires, la conjugaison de plusieurs facteurs expliquait l'attraction croissante exercée par ces banques sur nombre de déposants, en particulier l'ouverture de guichets bancaires dans des zones rurales et la possibilité d'obtenir, à terme, des prêts (8). Les politiques suivies par les banques de développement ont été longtemps révélatrices des principales options prises par chaque pays pour promouvoir son développement: ces banques étaient chargées d'assurer, à des conditions favorables, une partie du financement de projets de développement ou d'opérations d'intérêt général s'inscrivant dans le cadre d'objectifs politiques, économiques et sociaux regroupés dans un plan de développement; dès lors, ces banques ne pouvaient offrir à leurs déposants (9) une rémunération comparable à celle accordée par les banques commerciales. Afin de conserver aux banques de développement un rôle actif dans la fonction de transformation financière et dans le financement du développement, certains pays (Cameroun, Gabon) contraignaient les organismes détenteurs d'excédents financiers à en déposer une partie (de l'ordre de 10%) auprès des banques de développement, cette épargne forcée étant affectée, par priorité, au financement d'investissements souvent peu rentables; la nature de ces investissements, et de leurs effets, constituait une des particularités de la fonction d'intermédiation financière dans la zone franc. Cette spécificité a disparu, pour l'essentiel, au cours des dernières années avec la mise en liquidation de la plupart des banques de développement (infra, p. 95).

23

4. Les facteurs saisonniers n'exercent, dans l'ensemble, qu'une faible influence sur l'évolution des dépôts à vue; leurs variations mensuelles sont irrégulières et d'amplitude réduite; dans aucun pays, leurs fluctuations ne sont comparables à celles enregistrées pour la monnaie fiduciaire. Cette différence apparaît sur le graphique 6 (p. 25) relatif au Sénégal.

B. La répartition des dépôts à vue par catégories de déposants: une insuffisance des dépôts privés 1. Les dépôts à vue des particuliers et des entreprises
L'évolution des dépôts à vue dans le temps s'explique par les variations des principales catégories de dépôts, les dépôts à vue des particuliers et ceux des entreprises (10). Les premiers types de dépôts sont étroitement liés aux revenus des ménages; ils se caractérisent par leur relative stabilité et sont essentiellement constitués par les ménages résidant en milieu urbain. Les dépôts à vue des entreprises sont moins réguliers que ceux des ménages, des facteurs conjoncturels et/ou structurels, nationaux et/ou internationaux affectant leur formation. Un examen de la répartition des dépôts à vue dans les pays ouest-africains entre 1976 et 1980 (H. GERARD lN, 1986-1, p. 580) montre qu'à l'exception du Niger, la part des dépôts sur comptes de chèques (ménages) a été stable; elle a représenté, en moyenne, 27 % de l'ensemble des dépôts. Dans le même temps, la part des dépôts sur comptes courants (entreprises) s'est accrue de 46 % à 57 %, au détriment des autres types de dépôts, composés, principalement, des dépôts des organismes publics et para-publics; dans tous les pays
d'Afrique de l'Ouest, les entreprises

- privées

et publiques

-

ont tenu une place primordiale dans la formation des dépôts à vue, une situation différente de celle relevée en France (11). En Afrique centrale, durant la dernière période de référence [1971-1976], l'évolution observée a été du même ordre que dans l'UMOA (H. GERARDIN, 1986-1, p. 646) : au cours de cette période, les dépôts en comptes courants sont devenus supérieurs aux dépôts en comptes de chèques; les disparités nationales ont été, toutefois, plus accentuées en Afrique centrale. 24

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25

2. Les dépôts

à vue des organismes

publics

L'importance et le rôle des dépôts des organismes publics dans l'ensemble des dépôts à vue ne peuvent être appréhendés que pour l'Afrique de l'Ouest. Par rapport à l'ensemble des dépôts à vue, la part relevant des organismes publics a été la plus importante, en moyenne, de 1968 à 1991 (tableau III, p. 26), au Bénin (27,6 %), au Mali (24,6 % [1984-1991]), au Togo (24,2 %) et au Niger (23,4 %) ; cette part a atteint un pourcentage supérieur à celui de l'UMOA (18,8 %) au Burkina (20,4 %), ou lui a été égale en Côte d'Ivoire (18,8 %) ; elle a été plus limitée au Sénégal (7,9 %). Plusieurs facteurs expliquent ces écarts entre pays voisins et les variations annuelles: l'étendue et le rôle du secteur public diffèrent selon les pays; des facteurs nationaux (conditions de production, volume des récoltes) et internationaux (marchés mondiaux) exercent des effets, parfois opposés, sur l'activité économique et la situation des organismes publics nationaux. L'évolution des pourcentages de la Côte d'Ivoire et du Niger montre, notamment, l'impact de la crise économique et du retournement du marché de l'uranium sur les dépôts à vue effectués par les organismes publics.
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34 33 22 24 18 21 22 21 18 (5)

(1) Mauritanie exclue (2) Nouvelle série (3) Mali inclus (4) Juin (5) Sept. SOURCES des données brutes: BCEAO, NIS.

26

Les changements relevés dans la structure des disponibilités monétaires reflètent l'évolution de la monétarisation de chaque pays. Dans les pays les moins avancés de la zone franc, les activités d'une grande partie du secteur primaire reposent encore sur l'économie de subsistance, et les progrès de la monétarisation se sont fréquemment traduits, jusqu'au second choc pétrolier, par un taux d'accroissement plus élevé de la monnaie fiduciaire que de la monnaie scripturale. Dans les pays les plus avancés, certaines catégories de ménages ont progressivement substitué de la monnaie scripturale à une partie de leur monnaie fiduciaire, alors que le développement d'activités industrielles et de transformation favorisait un accroissement du volume des dépôts à vue. Après les deux chocs pétroliers, de nouvelles tendances sont apparues: d'une part, avec l'essor de la monétarisation, la monnaie scripturale a occupé une place plus importante dans certains pays moins avancés de la zone franc; par contraste, d'autre part, le contre-choc pétrolier et la crise économique qui ont marqué durablement certains pays africains plus avancés se sont traduits par une montée des activités et de la finance informelles, et par un recours accru à la monnaie fiduciaire. Le Cameroun et la Côte d'Ivoire constituent les exemples les plus significatifs à cet égard. Compte tenu des multiples facteurs exerçant une incidence sur la formation des disponibilités monétaires - parmi lesquels figurent les ressources de chaque pays, leurs options socio-politiques et leurs résultats économiques -, il ne paraît pas possible de définir un schéma rigoureux d'évolution monétaire applicable à tous les pays de la zone franc; des à-coups politiques (Tchad, Centrafrique) et des retournements de situation économique liés à la dépendance de ces pays vis-à-vis d'un ou de quelques produits d'exportation (Gabon, Cameroun, Côte d'Ivoire, Togo, Niger) modifient, en effet, parfois brutalement, les tendances antérieures.

NOTES
(1) Définition des agrégats retenus:

- Monnaie

fiduciaire =billets + monnaies divisionnaires. - Ml: Disponibilités monétaires = monnaie fiduciaire + dépôts à vue. - M2 : Masse monétaire = 27

+ disponibilités quasi monétaires [BEAC]. . Monnaie (= dépots à vue à la BCEAO, en banque, en CCP) + comptes d'épargne et dépôts à terme [BCEAO]. . Ml + placements à vue en francs (= comptes sur livrets) [masse monétaire au sens strict, France]. - M3 : Masse monétaire [au sens large, France] =M2 + Dépôts et titres du marché monétaire en devises + Placements à terme en francs + Titres du marché monétaire émis par les établissements de crédit et détenus par le public. -L : Liquidités de l'économie [France] = M3 + Epargne contractuelle gérée par les établisements de crédit (dont plans d'épargne-logement) + Titres du marché monétaire émis par les agents non financiers. En 1991, un nouveau cadre méthodologique a été mis en place; les changements concernent certains placements des agents non financiers inclus dans M3 ; leurs incidences sont minimes pour les comparaisons entre membres de la zone franc. (2) "Par monétarisation, on entend l'évolution des structures monétaires qui, elles-mêmes, reflètent l'exercice des fonctions de la monnaie.. grâce aux transformations des fonctions de la monnaie, les agents économiques bénéficient d'un temps et d'un espace économiques plus étendus, ce qui d'après la théorie économique permet la croissance et le développement" (M. SAINT-MARC, 1983, pp. 111-113 ; voir, également, M. SAINT-MARC, 1972). (3) La monnaie fiduciaire a fortement augmenté (+258 %) entre 1973 et 1976, à la suite de la revalorisation des prix des produits pétroliers, puis s'est brusquement contractée après l'apparition d'importants déséquilibres économiques (-9 %) entre 1976 et 1979. Après 1973, de nombreux projets de développement furent mis en chantier au Gabon et se traduirent par un accroissement rapide de la demande et du PIB (+346 % de 1973 à 1976) ; afin de faire face à de lourds déficits budgétaires (158 milliards FCFA en 1976, alors que les recettes budgétaires s'élevaient à 189 milliards FCFA) et à une dette publique dangereusement croissante (+75 % en 1978), le gouvernement gabonais, suivant les recommandations du FMI, dut prendre en 197778 des mesures d'assainissement monétaire et financier qui provoquèrent, notamment, une forte diminution du PIB (-14 % de 1976 à 1979) ; voir J. ODLING-SMEE, 1982. Le second choc, puis le contre-choc pétrolier ont eu, également, des effets sensibles, par la suite, sur l'évolution de la monnaie fiduciaire au Gabon (H. A. BARRO-CHAMBRIER, 1990). (4) En Côte d'Ivoire, environ 80 % des achats de cacao et 50 % des achats de café de chaque campagne sont réalisés fin février. Les 28

. Ml

difficultés rencontrées par l'économie ivoirienne au cours de la dernière décennie se sont traduites par de fréquentes contractions de la monnaie fiduciaire (infra, pp. 241 et 251). (5) Des choix nationaux, mais, également, des facteurs externes (dont la tenue des marchés et des cours mondiaux) expliquent les variations sensibles de la part du café et du cacao dans les exportations ivoiriennes; cette part a successivement atteint 56 % en 1970,45 % en 1972, 64 % en 1978, 47 % en 1983, 54 % en 1987, 47 % en 1988 et 52 % en 1989 (BCEAO, NIS). (6) Plusieurs changements intervenus dans les publications statistiques des banques centrales africaines limitent la portée des rapprochements entre celles-ci; des comparaisons peuvent néanmoins être effectuées entre pays membres d'une même zone d'émission. Les modifications statistiques, établies en collaboration avec le Bureau des statistiques du FMI, sont entrées en vigueur en 1979, 1985, 1989 et mai 1993 en Afrique centrale (voir BEAC, E. et S., n° 203, juin-juil. 1993, pp. 203-219) et en octobre 1979 en Afrique de l'Ouest. (7) Dans l'UMOA, la part des dépôts en CCP a diminué de 4,2 % (déc. 1974) à 2,2 % (déc. 1992) (BCEAO, NIS). Par constraste, en France, les dépôts reçus par le Trésor et les CCP se sont accrus au cours des dernières années et ont représenté 21,5 % des dépôts à vue en 1992 (Rapport CNe). (8) Jusqu'à la libéralisation des taux d'intérêt intervenue en 1990 (infra, p. 33), la rémunération des dépôts très importants à un taux négociable, et souvent attrayant, constituait, également, un avantage pour les banques commerciales, alors que les autres organismes étaient contraints, réglementairement ou pour des motifs économiques, de limiter leur rémunération.

En Afrique centrale, entre 1974 et 1987, la part des dépôts collectés
par les établissements bancaires est passée de 91,9 % à 93,9 % (de 82,6 % à 90,0 % pour les banques commerciales; de 9,3 % à 3,9 % pour les banques de développement) ; en 1987, les autres dépôts étaient réalisés, pour l'essentiel, auprès des CCP (4,4 %) et des caisses d'épargne (I,6 %). La répartition des dépôts selon la nature des établissements collecteurs n'est pas disponible pour les dernières années. Dans les faits, la crise économique et la crise bancaire se sont traduites par une sensible contraction des dépôts bancaires totaux (-34 % entre 1986 et 1990), l'effondrement des dépôts auprès des banques de développement et l'essor des circuits informels. (9) Essentiellement des organismes publics et para-publics (caisses de stabilisation des prix des produits de base, caisses autonomes d'amortissement, fonds d'investissement) et des investisseurs institutionnels (compagnies d'assurances) qui disposent, à certaines périodes, d'excédents financiers considérables. 29

(10) Les réfonnes intervenues dans les législations bancaires et dans la collecte des statistiques monétaires, ont mis un terme à la décomposition traditionnelle des dépôts à vue en "dépôts en comptes courants" (ouverts aux entreprises et pouvant devenir débiteurs) et "dépôts en comptes de chèques" (ouverts aux particuliers et devant présenter un solde créditeur). Les séries statistiques relatives à ces comptes ne sont plus publiées en Afrique centrale depuis 1977, et en Afrique de l'Ouest depuis 1981. Seuls demeurent disponibles, en Afrique centrale, les résultats d'enquêtes annuelles portant sur l'évolution des dépôts bancaires par catégories de déposants (infra, p. 58). (11) En France, en 1980, la part des dépôts à vue des ménages s'est élevée à 62 %, alors que celle des sociétés n'atteignait que 27 % (CNC, Rapport annuel).

30

CHAPITRE

II

LA MOBILISATION

DE L'EPARGNE:

DE LA FINANCE INSTITUTIONNELLE , A LA FINANCE INFORMELLE

En retenant une définition extensive de la quasimonnaie, les pays africains de la zone franc assimilent, de fait, ce type de disponibilité à l'épargne liquide ou à court terme (1). Cette option résulte de l'organisation - en partie héritée de la colonisation - de la fonction d'intermédiation financière au sein de laquelle, dans chaque pays, les organismes non bancaires occupent une place restreinte. Depuis les indépendances, les caractéristiques de cette fonction ont, toutefois, été remodelées, afin d'adapter, progressivement, au contexte socio-économique de pays en développement, le fonctionnement des institutions chargées d'assurer la collecte de l'épargne liquide ou à court terme et sa transformation en placements à moyen et long terme. Alors que le montant des disponibilités quasi monétaires augmente rapidement dans les pays les plus avancés de la zone franc, plusieurs mesures ont été prises à la suite des réformes statutaires de la BEAC et de la BCEAO de 19721973, puis lors de la crise bancaire, en 1989-1993, afin d'améliorer la mobilisation de l'épargne nationale: des dispositions ont, en particulier, été arrêtées dans le but de réduire certains flux de capitaux vers l'étranger et de favoriser les placements locaux, par le biais de nouvelles politiques de rémunération des dépôts et par une

diversification des actifs liquides et financiers proposés au public. Les effets de ces réformes ont été différents selon les pays car ils sont liés aux politiques économiques nationales, notamment aux politiques des revenus, ainsi qu'aux changements progressifs de comportement de la population face à la monnaie. Avec la montée de la crise économique, puis bancaire, consécutive aux chocs pétroliers, d'importantes mutations sont apparues en matière d'épargne dans la zone franc. La crise économique, en amputant les ressources publiques et les revenus des ménages a eu une incidence déterminante sur la formation de l'épargne nationale; en se doublant d'une crise bancaire, elle a considérablement freiné la collecte de l'épargne par les intermédiaires financiers: d'une part, l'intégration monétaire promue dans la zone franc, en permettant la libre transférabilité des capitaux, a favorisé leur fuite à l'étranger; d'autre part, les dysfonctionnements des systèmes monétaires et financiers et le développement des circuits parallèles ont fait apparaître, en contre-point, l'essor de la finance informelle.

SECTION I
DISPONIBILITES UNE DIVERSITE

-

L'EVOLUTION DES
QUASI MONETAIRES: DANS LA ZONE FRANC

A. Les réformes de 1972-1975, puis de 19891990, et la rémunération des dépôts
1. En Afrique de l'Ouest
a) Les pays de l'UMOA ont défini, en 1975, de nouvelles règles d'intervention pour leur Institut d'émission en lui fixant plusieurs objectifs, dont celui "d'assurer une meilleure utilisation des ressources des pays membres à l'intérieur de l'Union" (BCEAO, 1976, p. 7). Afin d'inciter les agents économiques disposant de liquidités excédentaires à les investir dans la zone d'émission, les autorités monétaires ouest-africaines ont profondément modifié les conditions de rémunération des dépôts à vue et à terme et des bons de

32

caisse; depuis le 1er juillet 1975, le système de rémunération en vigueur était le suivant: - "Dépôts publics ou assimilés" (2) : les taux de rémunération étaient librement fixés par conventions entre les parties. - "Dépôts privés" (= autres dépôts) : les taux de rémunération variaient selon les catégories de déposants: .Petits déposants: les dépôts à vue inférieurs à 200 000 FCFA n'étaient pas rémunérés; depuis 1985, les banques n'étaient plus tenues de rémunérer les dépôts à vue; les dépôts à terme et les bons de caisse étaient rémunérés en fonction de leur montant et de leur échéance (3) ; lorsque leur terme ou leur échéance étaient supérieurs à un an, seul un taux minimum de rémunération était fixé. .Autres déposants (dépôts ou bons supérieurs à 2 000 000 FCFA) : la rémunération faisait l'objet de négociations, un taux minimum étant également déterminé. .Comptes sur livret: la BCEAO définissait un taux fixe (7,5% en 1989) ; chaque Etat décidait d'un montant maximum. b) Depuis le 2 octobre 1989, face à la crise bancaire, d'importantes mesures de libéralisation financière ont été arrêtées au sein de l'UMOA : par le biais de la déréglementation, les autorités monétaires cherchent à affranchir les pays ouest-africains des principaux effets liés à la "répression financière" (infra, p. 99), dont une des causes réside dans la mise en oeuvre de taux d'intérêt faibles et administrés. Simultanément, les taux d'intérêt débiteurs (pour lesquels un taux plafond est uniquement déterminé) et les taux créditeurs ont été libéralisés, pour ces derniers, "l'objectif étant de favoriser les placements les plus longs et de consolider l'épargne" (BCEAO, NIS, n 0 404, mai 1991). -Tous les dépôts à vue sont librement rémunérés, de même que les dépôts à terme et les bons de caisse pour les montants inférieurs à 500 000 FCFA. -Au delà de 500 000 FCFA, trois taux minima sont modulés en fonction de la durée des dépôts (4). -Seule, la rémunération des comptes sur livret demeure fixée (7 %, le 27 novo 1989, 8,5 % depuis le 9 novo 1992). c) Le le octobre 1993, les autorités monétaires ont accentué la libéralisation des conditions de banques dans l'UMOA : les taux plafond ont été supprimés pour les opérations de crédit à la clientèle. Les conditions créditrices 33

ont été également libéralisées, à l'exclusion d'un taux fixe pour les comptes et livrets d'épargne (4,5%, le 1er oct. 1993 ; 8,0%, le 19 jan. 1994 et 5,0 % depuis le 27 juin 1994), et d'un taux minimum pour les produits d'épargne contractuelle. La rémunération de certains comptes à terme et bons de caisse est indexée sur le taux moyen mensuel du marché monétaire. Dans ce cadre, "les établissements de crédit sont vivement invités à mettre en place un système de taux de base bancaire" (BCEAO, NIS, n0430, oct. 1993).

2. En Afrique centrale
a) Après la réforme des statuts de la BEAC de 1972, les mesures prises par les conseils nationaux du crédit "visaient notamment à favoriser la rétention des capitaux au sein de la zone, la protection des petits épargnants, le maintien à un niveau modéré du coût du crédit et la stabilité des marges bancaires" (BEAC, Rapport d'activité 1979-1980, p. 103) ; pour l'essentiel, les mesures prises dans ce domaine en Afrique centrale furent similaires à celles relevées pour l'UMOA (5) ; toutefois, les taux de rémunération des dépôts étaient différents selon les pays. A cette époque, dans un contexte de taux administrés, pour le gouverneur de la BEAC, "il est difficile pour les banques d'offrir des conditions de rémunération attractives si elles sont tenues de pratiquer des taux débiteurs nettement inférieurs, ce qui du point de vue de leur compte d'exploitation serait suicidaire. On peut donc s'attendre à ce que les dépôts locaux prennent en partie le chemin de l'extérieur, et spécialement de la France, la transférabilité étant assurée sans risque de change.. la baisse des avoirs extérieurs sera alors inévitable" (c. OYE MBA, 1982, pp. 890-891). b) Les pays membres de la BEAC se sont également engagés, récemment, dans une politique de déréglementation des taux d'intérêt; à la suite du conseil d'administration du 16 oct. 1990, les conseils nationaux du crédit ont libéralisé les conditions de banque, quelle. que soit la durée du dépôt ou du crédit obtenu: un taux créditeur minimum est fixé à 9 % [depuis le 14 janvier 1994 ; 7,75 % avant la dévaluation du franc CF A] ; un taux débiteur maximum est fixé à 19 % [17,5 %]. Les comptes d'épargne sur livret sont rémunérés à un taux unique, déterminé par les autorités monétaires

34

nationales et situé, selon les pays, entre 7,75 % et 8,75 % [oct. 1993] (6). Initialement, les dispositions arrêtées par les pays africains de la zone franc en matière d'intérêts créditeurs, entre 1972 et 1975, devaient être rIde nature à réduire l'importance des fonds détenus à l'extérieur par les organismes publics et permettront aux banques de retenir à l'intérieur les liquidités placées précédemment à l'extérieur" (J. AL/BERT, 1975, p. 4). Dans les faits, les placements de capitaux à l'extérieur se sont multipliés durant la décennie 1980. Au cours des dernières années, alors que les pays africains connaissaient des difficultés budgétaires croissantes et que le volume de l'aide étrangère tendait à se contracter, de nouvelles mesures ont été prises en faveur de la mobilisation de l'épargne nationale; elles paraissent justifiées à de nombreux égards. Sont-elles pour autant suffisantes? Leurs effets doivent être appréciés dans le cadre du système monétaire dans lequel elles s'insèrent: l'appartenance à la zone franc et à des groupements monétaires régionaux est source de contraintes, dans la mesure où des taux d'intérêt identiques, ou proches, s'appliquent à un ensemble de pays dont la situation économique, et notamment les taux de croissance et d'inflation, diffèrent parfois; pour les pays les moins inflationnistes, des taux d'intérêt élevés constituent une lourde charge pour le système bancaire et risquent de ralentir le rythme des investissements. A la suite de la dévaluation des francs CFA de janvier 1994, les taux créditeurs et débiteurs ont été majorés dans la zone franc; plusieurs d'entre eux ont été réduits en juin 1994, lorsque les intermédiaires financiers ont disposé de liquidités accrues [voir Appendice, infra, p. 410, note (2)]

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Au sein de la zone franc, la liberté des transferts suppose un rapprochement continu entre les taux d'intérêt africains et français; par ce biais, elle favorise, par contrecoup, une influence des taux pratiqués sur les marchés internationaux de capitaux, aux Etats-Unis et en Allemagne, sur les taux retenus par les partenaires de la France: en Afrique centrale, "pour les montants importants, la rémunération s'aligne en fait sur les marchés monétaires étrangers" (BEAC, E. et S., n° 95, oct. 1982, p. 216). Lorsque les conditions d'octroi des crédits à l'économie dans la zone franc seront analysées (infra, p. 349), les principales conséquences de ces options et leur difficile compatibilité avec d'autres choix de politique monétaire seront examinées, particulièrement au niveau des conditions de financement du développement.

B. L'évolution

de la quasi-monnaie

1. La quasi-monnaie a considérablement et rapidement augmenté en Afrique centrale de 1971 à 1985 (tableau IV, p. 36) ; les graphiques 7 à 12 (pp. 38 - 43) à ordonnées logarithmiques font apparaître, pour chaque pays, les écarts existants entre les taux de croissance des composantes de leur masse monétaire de 1960 à 1992. Globalement, au cours de la période 1971-1992, l'accroissement de la quasi-monnaie a été plus important dans les pays les plus avancés de la zone d'émission, Gabon, Cameroun et, dans une moindre mesure, Congo: dans ces pays, la part de la quasi-monnaie dans la masse monétaire s'est fortement élevée (graphiques 13 et 14, pp. 46 - 47 ), alors qu'elle restait stable au Tchad et diminuait en Centrafrique. La croissance des disponibilités quasi monétaires fut particulièrement soutenue au Gabon, où, toutefois, ces disponibilités étaient très faibles en 1971 ; celles-ci ont plus que doublé en valeur certaines années (1973, 1975 et 1976) dans ce pays, essentiellement grâce à l'augmentation des ressources financières liées à l'exploitation du sous-sol et à l'application de la nouvelle politique de rémunération des dépôts: "Les grandes entreprises locales ont pu, à la faveur de la flambée des taux d'intérêt dans le monde, obtenir sur place auprès de leurs banquiers, des conditions de rémunération très favorables pour leurs placements à terme" (BEAC, Rapport d'activité 1979-1980, p. 78). 37

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Pour l'ensemble de la zone d'émission, une rupture de tendance apparaît à partir de 1985, à la suite du contre-choc pétrolier; la quasi-monnaie s'est contractée dans les deux pays pétroliers les plus importants (Cameroun et Gabon), entre 1985-1992, après une période de quinze années marquée par une croissance conséquente. Par opposition, dans les pays plus démunis (Tchad, Centrafrique, Guinée équatoriale), les chocs pétroliers et la crise économique internationale ont eu des effets récessifs sur les économies et l'évolution de la quasi-monnaie y a été moins régulière depuis deux décennies. 38

GRAPHIQUE 8

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43

2. En Afrique de l'Ouest, en 1992, les disponibilités quasi monétaires ont représenté, en moyenne, un pourcentage (38,9 %) de la masse monétaire proche de celui enregistré la même année en Afrique centrale (37,8 %) ; la part de la quasi-monnaie dans la masse monétaire a fortement augmenté, quoique d'une manière irrégulière, dans les pays ouest-africains (tableau V, p.44). Depuis 1974, les écarts initiaux entre pays partenaires se sont sensiblement réduits, entre la Côte d'Ivoire, où cette part est longtemps demeurée la plus élevée, et certains pays moins avancés (Burkina, Niger et surtout Togo). Cette tendance s'oppose à celle observée, durant la même période, en Afrique centrale; des crises politiques ont, notamment, déstabilisé les économies tchadienne et centrafricaine et la quasi-monnaie n'y représente qu'une faible part de la masse monétaire.
TABLEAU

V PART DE LA QUASI-MONNAIE
PAYS DE L'UMOA [1962

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44

La répartition de la quasi-monnaie par types de dépôts a été profondément modifiée en Afrique de l'Ouest à la suite de la nouvelle politique de la monnaie et du crédit appliquée par l'UMOA depuis 1975 ; la plus grande diversité des dépôts à terme offerts au public s'est, notamment, traduite par un accroissement important de cette forme de placement, dont la part dans la quasi-monnaie est passée de 10,3 % en 1974 à 75,3 % en 1980 au détriment des dépôts sur livret (BCEAO, épargne, 1981, p. 11). 3. Les dépôts en caisses d'épargne, habituellement comptabilisés dans les placements liquides ou à court terme effectués auprès des intermédiaires financiers non bancaires, sont répartis, depuis 1979, en Afrique de l'Ouest, entre les disponibilités monétaires, la quasi-monnaie et les autres liquidités. Afin d'apprécier la place de ces dépôts dans l'ensemble des liquidités, leurs montants sont rapportés à ceux de la masse monétaire. A l'indépendance des pays africains de la zone franc, les dépôts en caisses d'épargne représentaient un pourcentage de la masse monétaire situé entre 1 % et 5 % ; toutefois, dans de nombreux pays, ils constituaient une part importante de la quasi-monnaie. Durant la décennie qui suivit les indépendances, ces pourcentages se sont progressivement élevés, spécialement dans les pays les moins avancés, où le réseau des caisses d'épargne constituait le principal circuit de collecte de l'épargne hérité de la colonisation (en 1972, ils atteignaient 11 % et 7 %, respectivement au Burkina et au Togo). Dans les pays disposant des revenus moyens par habitant les plus élevés (Côte d'Ivoire, Sénégal, Cameroun), les banques commerciales étaient traditionnellement mieux implantées et plus actives que dans les pays moins avancés; elles ont rapidement développé leurs activités dans les premiers pays, alors que, simultanément, d'autres intermédiaires financiers étaient créés et que de nouvelles formes de placement étaient proposées au public. Une évolution de même nature, mais revêtant souvent une moindre ampleur, est intervenue, par la suite, dans tous les pays de la zone franc. Ces mutations et le dynamisme des banques commerciales se sont traduits, dans chaque zone d'émission, par une croissance très forte, en moyenne, des disponibilités quasi monétaires au cours des quinze dernières années; cette tendance contraste avec la faible croissance des dépôts en caisses d'épargne qui ne représentent plus que des pourcentages restreints (maximun, 6,0 % au Burkina en juin 1993). 45

Au plan des institutions, comme les autres intermédiaires financiers, les caisses d'épargne ont été affectées par la crise des systèmes bancaires dans la zone franc; des réaménagements sont intervenus, notamment au Cameroun en 1985, et le réseau des caisses d'épargne a été supprimé en Côte d'Ivoire en 1987.

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