Le Brésil et les Brésiliens

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296302013
Nombre de pages : 192
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LE BRÉSIL ET LES BRÉSILIENS
Guide de découverte

Recherches & Documents AMÉRI QUES LATINES Collection dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin et Pierre Ragon Dernières parutions:
DAVILA L. R., L'imaginaire politique vénézuelien, 1994. DESHA YES P., KEIFENHEIM B., Penser l'autre chez les Indiens Huni Kuin de l'Amazonie, 1994. DUCLAS R., La vie quotidienne au Mexique au milieu du XIXème siècle, 1993. GUICHARNAUD-TOLLIS M., L'émergence du Noir dans le roman cubain du XIXème siècle, 1993. GUIONNEAU-SINCLAIR F., Messianisme et luttes sociales chez les Guaymi du Panama, 1994. GRUNBERG B., L'Univers des conquistadores. Les hommes et leur conquête dans le Mexique du XVlème siècle, 1993. LOPEZ A., La conscience malheureuse dans le roman hispano-américain. Littérature, philosophie et psychanalyse, 1994. NOUHAUD D., Etude sur Maladron, de Miguel Angel Asturias, 1993. PEREZ-SILLER J., (sous la coordination de) La «Découverte» de l'Amérique? Les regards sur l'autre à travers les manuels scolaires du monde, 1992. RAGON P., Les Indiens de la découverte. Évangélisation, mariage et sexualité, 1992. ROUX J.-c., L'Amazonie péruvienne. Un Eldorado dévoré par laforét, /821-19/0,1994. SANCHEZ-LaPEZ G., (sous la direction de), Les chemins incertains de la démocratie en Amérique latine, 1993. SINGLER c., Le roman historique contemporain en Amérique latine. Entre mythe et ironie, 1993. VIGOR c., Atanasio. Parole d'Indien du Guatemala, 1993. WUNENBERGER 1.-1. (ed.), La rencontre des imaginaires entre Europe et Amériques, 1993. YPEZ DEL CASTILLO I., Les syndicats à l'heure de la précarisation de l'emploi. Une approche comparative Europe-Amérique latine, 1994. TATARD B., Juan Ruifo photographe, 1994. VASCONCELLOS E., Lafemme dans le langage du peuple au Brésil, 1994.

Gilles Maréchal

LE BRESIL ET LES BRESILIENS
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Guide de découverte

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

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L'Harmattan, 1995

ISBN: 2-7384-3205-0

Préface

Les publications éditées en France et qui traitent de la réalité brésilienne ont été très pertinentes ces dernières décennies. Dans ces ouvrages qui s'intéressent à notre vie sociale, économique et politique, les diverses représentations classent le Brésil comme un pays exotique, du futur, magique, triste et surtout pétri de contrastes. Ce dernier aspect, malheureusement, domine. Il est clair qu'on ne peut confondre une réalité et les diverses images qui la décrivent. Pourtant, il existe une relation très forte entre elles et, dans le cas du Brésil, il faut reconnaître que le terme contraste exprime de façon assez précise nos profondes différences. Le pays a beaucoup changé ces dernières années et malgré cela reste semblable à lui-même. Si le Brésil actuel postule au rang de pays riche, c'est ce même Brésil qui présente des indices d'inégalité et de misère qui le rangent parmi les nations les plus pauvres de la planète. Tout au long de son histoire, le Brésil a produit la richesse et la pauvreté. Mais nous nous sommes habitués à la pauvreté comme si elle était un fait absolument naturel. Avec le temps, elle s'est transformée en misère et la richesse s'est transformée en scandale. Et nous, maintenant, restons inquiets, inquiets du pays où nous vivons, du manque d'avenir, du présent qui fait de la vie dans les grandes villes un cauchemar et de la vie à la campagne une pauvreté sans fin.

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Les phénomènes qui ont rendu possible ce miracle ambigu sont relatés fidèlement dans cet ouvrage. Ce qui est présenté tout au long du livre, à partir d'approches sectorielles, permet une vision d'ensemble de la géographie politique du Brésil, de notre histoire récente, et des origines et causes de nos contradictions. Les données sont exactes et les informations dignes de foi. J'ajouterai ici mes attentes pour le futur, puisque se reconnaître Brésilien aujourd'hui, c'est découvrir le peu que l'on avait et la possibilité de l'abondance que l'on attend de demain. La fin de nos contrastes passe par des changements qui placent les valeurs démocratiques comme boussole de nos actions, .

comme inspiration d'une nouvelle stratégie nationale.

Le Brésil a rendez-vous avec la démocratie, car sinon il n'a pas de futur. Betinho Herbert de Sousa

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AVERTISSEMENT

Pour être né en Bretagne, je sens que la langue est l'élément moteur d'une culture. J'admire en cela les Brésiliens qui savent préserver leur génie propre tout en assimilant les mots étrangers, dont ils ont besoin ou qui leur plaisent. L'anthropophagie dont se réclamaient nombre d'artistes majeurs de ce siècle est devenu un ferment de créativité et d'ouverture sur le monde. J'ai donc voulu conserver dans le texte certains mots, difficilement traduisibles, ou d'un usage courant au Brésil, ou simplement agréables à entendre. Ils sont signalés en caractères italiques. Par exemple, j'emploie le très brésilien lider en lieu et place de son homologue francoaméricain "leader", bien que les sens en soient voisins. Mais les mots ne valent que par les hommes qui les emploient. Beaucoup de Brésiliens ont su conserver une capacité d'attention à autrui, même si paradoxalement elle se double d'une certaine indifférence à la misère structurelle. Il me semble donc important de les suivre dans cette voie en mettant en valeur ceux qui ont fait, font ou peut-être feront le Brésil. Les noms de personnes sont donc signalés en caractères gras. Termes brésiliens et noms propres peuvent être retrouvés en fin de volume dans un glossaire.

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Carte politique du Brésil

Région Norte

Région Nordeste

@Q)Tocantins ~ Rondonia (ill Para ~ Acre @IDAmapa ~ Roraima (ê) Amazonas

(ill Bahia
(!ID Sergipe

(!IDParaiba

@ Ceara

(!IDAlagoas @ Piaui (E) Pernambuco @) Maranhac @) Rio Grande do Norte

Région Centroeste CD Mato Grosso do Sul CD Mato Grosso do Norte (!IDGoias

Région Sul CD Rio Grande do Sul CD Santa Catarina @Parana

Région Sudeste CD Sao Paulo rI) Rio de Janeiro @ Minas Gerais CD Espirito Santo

SOMMAIRE

Préface Avertissement Carte administrative lE MILIEU lA FORET JOIES du Brésil ET SES RESSOURCES ET SES PEUPLES

page 5 page 7 page 8 page 11 page 19 page 29 page 37 page 49 page 59 page 67 URBAINE COllECTIVES ET EGLISES AGRAIRE page 77 page 85 page 95 page 109 page 119 page 129 page 137 page 147 DU BRESil HISTORIQUES des termes des noms portugais de personnes page 155 page 165 page 171 page 183

VIE QUOTIDIENNE DE VIVRE MUSIQUES LITTERATURE lES INEGALITES l'EXPLOSION VIOLENCES STRUCTURES RELIGIONS DETTE lA REFORME INDUSTRIE AGRICULTURE FORMATION REPERES Glossaire Glossaire

ET INFLATION

lE MiliEU ET SES RESSOURCES

Océan Atlantique

L'immense Brésil couvre 8,5 millions de km2, soit un peu plus de quinze fois la France. Du Nord au Sud et d'Est en Ouest, les points extrêmes en sont éloignés de plus de 4300 km. Il pointe dans l'hémisphère Nord jusqu'à une latitude de 5° et s'avance dans l'hémisphère Sud jusqu'à 33°. Rien d'étonnant donc que l'on y rencontre des paysages et climats extrêmement divers.

Il

UN PAYS HORIZONTAL

Une caractéristique assez générale est la platitude du pays: 40 % de la surface se situe au-dessous d'une altitude de 200 m et 90 % au-dessous de 800 m. Le géographe Hervé Théry parle de "pays horizontal". Le pico da Neblina, point culminant situé au Nord, près du Venezuela, dépasse de peu les 3000 m alors que les hauteurs du Sudeste comme le pico da Bandeira ou le pico das Agulhas Negras s'élèvent à environ 2800 m. Cette impression d'horizontalité n'est pas immédiate pour le voyageur qui souvent aborde le pays par la plaine côtière autour de laquelle s'est construit le Brésil des premiers âges et qui court de Recife à Rio de Janeiro. La présence de chaînes montagneuses suivant le littoral à quelques dizaines de kilomètres (le recôncavo de Bahia est plus large) est sensible dès que l'on s'éloigne du rivage. Du Nord au Sud se succèdent la serra do Espinhaço, la serra da Mantiqueira et la serra do Mar. Au-delà de ces hauteurs relevées au tertiaire, on retrouve le bouclier brésilien qui les a générées. Il s'exprime dans l'intérieur sous forme de chapadas ou tabuleiros. Dans le centre-ouest (Mato Grosso, GoÙis) ces hauts plateaux dessinent un paysage de grandes étendues horizontales. Ils sont découpés par des plaines, baixadas, fossés tectoniques où coulent les plus importants fleuves: rio Sao Francisco et Parnaïba dans le Nordeste, Parana dans le centreouest. Le bassin du Pantanal, traversé par le rio Paraguay, est une vaste zone inondable d'une extrême richesse biologique logée dans un bassin d'effondrement à l'ouest. Mais le plus grand bassin hydrographique est bien sûr celui de l'Amazone qui s'étend sur plus de 3000 km des Andes à l'Atlantique. La forêt équatoriale qui le recouvre s'enrichit aux abords du fleuve de paysages caractéristiques de varzeas, plaines inondables plus ou moins longtemps, et d'igapos, zones constamment inondées. La faible pente du fleuve provoque sa divagation dans de vastes régions où terre et eau s'interpénètrent au rythme des marées et des saisons. La région des îles à l'embouchure du fleuve présente des zones irrégulièrement

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émergées vastes de plusieurs milliers de km2, comme l'île de Maraj6. DE LA NEIGE A LA MOITEUR EQUATORIALE Ces vastes espaces ne souffrent pas de températures extrêmes, et ce sont surtout les précipitations qui fondent des climats bien différenciés. L'Amazonie se caractérise par le monotone climat équatorial, chaud (26° en moyenne), à faible amplitude thermique, régulièrement et abondamment arrosé (plus de 2000 mm). L'humidité de l'air y reste presque toujours supérieure à 90 %. Le voyageur qui descend d'un avion à Manaus ou Belém en fait une expérience physique marquante. Au Sud de l'Amazonie et jusqu'au tropique du Capricorne, le Brésil central jouit d'un climat tropical à saison sèche. Les températures y restent élevées (plus de 20°), avec des saisons plus marquées et des pluies abondantes d'octobre à mars mais rares pendant l'hiver. Aux mêmes latitudes se distingue cependant le Nordeste, dont le sertfio est connu pour la dureté de ses sécheresses. Il s'agit d'une zone semi aride où l'irrégularité interannuelle des précipitations aggrave un climat qui reçoit moins de 1000 mm d'eau par an, sur une période courte de moins de trois mois. Ce "polygone de la sécheresse" connaît des périodes totalement sèches: celle qui l'a frappé en 1992-1993 est la plus sérieuse depuis une vingtaine d'années. Presque 9 millions de personnes sur 60 % du territoire du Nordeste ont été touchées. Le Sud du pays connaît quant à lui des températures plus fraîches avec une amplitude thermique annuelle qui peut atteindre les 10°. Les trois états du Sud connaissent la neige sur leurs hauteurs au-dessus de 1000 m et l'on peut goûter aux plaisirs d'une gelée matinale dans les serras de Rio ou du Minas Gerais. C'est d'ailleurs le risque de gelée qui limite l'extension du café vers le Sud. Ces régions sont par ailleurs bien et régulièrement arrosées. DE LA PAMPA AU SERTAO Géologie et climats associés à l'action de l'homme déterminent un couvert végétal et des paysages où la qualité du sol

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est souvent détenninante. L'impact des activités humaines s'est révélé plus profond dans des secteurs où la richesse pédologique a favorisé l'installation et le développement de l'agriculture: terres noires massapés du Nordeste sucrier, terres violettes terras roxas du domaine du café et soja. La forêt équatoriale, constellée des caries des grands domaines, couvre encore plus du tiers du territoire. L'apparente unifonnité du milieu y cache une grande diversité de biotopes. La stratification de la végétation permet la vie sur des sols latéritiques fragiles et acides. La complexité naturelle culmine près des voies d'eau où la forêt de terra firme s'enrichit des espèces hydrophiles de la forêt de varzea. Les forêts subtropicales d'araucarias du sud du pays sont, quant à elles, menacées par la progression des cultures et l'exploitation "prédatrice" du bois au point que l'on peut craindre qu'elles ne disparaissent. Il ne subsiste de la mata atlântica de Rio de Janeiro ou de la zona da mata du Minas Gerais que moins de 5% de la surface primitive. Les cerrados, savanes arborées, couvrent la majeure partie du Brésil central. Le tenne générique recouvre une grande variété de fonnations végétales et de paysages, de la brousse rase agrémentée de loin en loin par un arbre jusqu'aux forêts-galeries aux endroits où l'eau le pennet. Les savanes sont désonnais un lieu de conquête pour les grandes exploitations mécanisées de soja, les intrants chimiques compensant la pauvreté des sols. A l'ouest, calé à la frontière de la Bolivie et du Paraguay, le Pantanal est un immense marais où les effets de lisière terre-eau génèrent des fonnations végétales et des paysages inédits. Vers l'est, les cerrados cèdent le pas au domaine sec de la caatinga, steppe clairsemée où dominent épineux et cactus sur un sol caillouteux. La pauvreté apparente du milieu révèle cependant à la moindre pluie une richesse végétale à la vigueur insoupçonnée (le cactus mandacaru est cité comme symbole de la résistance à tous les aléas). L'élevage ultra-extensif traditionnel parvient à tirer parti de ce milieu hostile, alors que les pratiques plus intensives trouvent à se développer près des brejos (points d'eau) ou sur les hauteurs plus arrosées. Une politique d'aménagement de barrages (açudes) sur le Silo Francisco tente depuis plus de trente ans de

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dynamiser la production agricole, avec un succès mitigé tant sur le plan technique qu'économique ou social. Entre la caatinga et la zone littorale du Nordeste s'incruste la frange de l'agreste, où un arrosage plus régulier a permis le développement de l'agriculture. Les plaines côtières sont depuis la naissance du pays le centre d'attraction des populations et à ce titre largement artificialisées et urbanisées. A leur extrémité sud, elles débouchent sur des campos limpos, paysages qui rappellent les pampas du Rio de la Plata, dans des régions fortement marquées par la présence de l'homme et les pratiques importées par les colons européens.
DES RESSOURCES A PROFUSION

Ce cadre naturel recèle pour le Brésil une importance dotation en ressources minérales, énergétiques et biologiques. Compte tenu de la taille du territoire, ces richesses ne sont pour l'instant que grossièrement évaluées. La serra dos Carajas, dans l'état du Para, est le plus important gisement de fer de la planète, mais le Brésil, au deuxième rang des producteurs mondiaux, peut se permettre de privilégier l'extraction dans le Minas Gerais, plus désenclavé. Et la serra dos Carajas contient aussi de la bauxite, du manganèse et du cuivre pour lesquels le Brésil figure parmi les "grands". L'étain du Rondônia et de l'état d'Amazonie place le Brésil au premier rang des extracteurs. Et le "rêve brésilien" de l'or perdure encore. Témoins les garimpeiros de la serra Pelada dans le Para, qui tentent leur chance au prix de conditions de vie extrêmes, pendant que le mythique Minas Gerais livre encore une production importante de pépites. Il reste par ailleurs riche d'autres minerais comme le manganèse ou le plomb. Les réserves de combustibles fossiles ne permettent pas de faire face à la consommation nationale. Elles ne sont pourtant pas négligeables, surtout si l'on tient compte des recherches qu'il reste à faire. L'extraction pétrolière est centrée dans la frange littQrale du Nordeste, autour de Salvador de Bahia, Aracaju et Maceio et surtout autour de Campos (à terre et offshore), qui fournit les trois quarts de la production. Le Brésil parvient à couvrir la moitié de ses besoins. La facture pétrolière reste cependant très lourde, bien ]5

qu'elle décroisse régulièrement et que les découvertes récentes laissent présager que ce mouvement se poursuivra. Les autres sources d'énergie restent peu importantes dans la consommation nationale. Malgré des découvertes prometteuses en Amazonie, le gaz naturel est peu utilisé. Les schistes bitumineux et le charbon de qualité médiocre du Sud conservent des coûts d'utilisation excessifs. Si le Brésil possède 10 % des réserves mondiales d'uranium (Ceara, Minas Gerais et Bahia), il ne l'exploite qu'assez peu. Cet attentisme est lié à l'échec du programme électronucléaire brésilien, dont la centrale d'Angra dos Reis n' a jamais fonctionné correctement. Il est pourtant poursuivi, bien que sur des bases réduites, pour des raisons de prestige et d'effet de démonstration ou d'arrière-pensées militaires. Surtout, la production nucléaire est toujours restée trois fois plus chère que par la voie hydro-électrique. L'hydro-électricité fournit au pays un apport énergétique comparable à celui du pétrole. Et seulement une part mineure en est exploitée jusqu'à présent. L'Amazone, malgré l'importance de son débit, est relativement peu intéressante, du fait de sa faible déclivité et des basses densités de population qui l'entourent. Son affluent le Tocantins a reçu le barrage de Tucurui, qui produit 4.500 MW pour les mines du programme grande Carajas et les villes de Sfio Luis et Belém. Son lac de retenue inonde 2430 km2. Dans la vallée du Sfio Francisco, la houille blanche entre en conflit avec l'usage de l'eau pour l'irrigation. Malgré cela, des réalisations "à la brésilienne" ont eu lieu dès les années 50 : le barrage de Sobradinho par exemple couvre une superficie de 4000 km2. Les villes du Nordeste bénéficient de 5.000 MW produits le long du fleuve. Mais les réalisations les plus importantes ont été implantées dans le Sud, plus près des grands centres urbains. Il peut s'agir d'équipements de faible dimension sur les fleuves côtiers à proximité des agglomérations mais surtout de grands projets. Le Brésil s'enorgueillit d'avoir construit avec Itaipu sur le Parana le plus grand barrage du monde. Long de plus d'un kilomètre et haut de près de 200 mètres il fournit 12.000 MW aux grands centres industriels.

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On ne saurait dans cette énumération oublier les trésors biologiques que recèle l'espace brésilien. La pharmacopée occidentale dépend encore pour une part importante des substances extraites de végétaux équatoriaux ou tropicaux et les forêts cachent sans doute des richesses insoupçonnées. Dans le domaine agricole, l'Amérique du Sud est la source de nombre de légumes de grande consommation: pomme de terre, haricots, tomates... La variété génétique nécessaire à l'évolution des plantes cultivées réside pour une bonne part dans le sous-continent. Il suffit de s'intéresser aux multiples haricots de la table brésilienne pour s'en convaincre. Enfin, des biens restent inévaluables comme l'existence d'espèces animales ou l'expérience accumulée des peuples de la forêt en ce qui concerne l'utilisation des disponibilités du milieu. La mise en exploitation des richesses du pays s'est souvent déroulée dans des conditions contestées. Les coûts écologiques, sociaux et financiers en sont en effet très lourds. Les mines à ciel ouvert ont déclenché de véritables saccages sur les sites même mais aussi tout autour pendant que les barrages ont englouti des milieux parfois exceptionnels, comme les chutes de Sete Quedas. Les retenues ont provoqué des changements climatiques ou biologiques notables pendant que l'agriculture industrielle appauvrissait la diversité biologique du pays. Les projets gigantesques engendrent aussi de profonds drames humains. Il en est ainsi pour les Indiens chassés par les compagnies minières ou les garimpeiros, pour les petits paysans délogés par les barrages, le tout-soja ou le tout-canne. Une localisation d'équipements n'est d'ailleurs pas innocente et on ne peut s'empêcher d'imaginer un lien de cause à effet entre l'implantation de Tucurui sur le Tocantins et la guérilla qui à l'époque y menait la lutte contre le régime militaire. Enfin, les seuls deux plus grands barrages pèsent pour plus de 20 milliards de dollars dans la dette du pays et les pertes en ligne sont énormes sur des réseaux électriques de plusieurs centaines de kilomètres.

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BIBLIOGRAPHIE
DOMINGO J. et GAUTHIER A., le Brésil - puissance et faiblesses d'un géant du Tiers Monde, Bréal, Montreuil, 1991, pages 17 à 36 MONBEIG Pierre, le Brésil, Que sais-je, P. U. F., Paris, 5ème édition, 1985, pages 5 à 32 PEBA YLE Raymond, le Brésil, Que sais-je, P. U. F, Paris, 5ème édition, 1992, pages 9 à 28 THERY Hervé, le Brésil, Masson, Paris, 2ème édition, 1989, pages 19 à31 et 153 à 164

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lA FORET ET SES PEUPLES

Poussés par la pauvreté et la violence fàncière, les petits paysans sont amenés d défricher des zonesfragiles : ce sont pa~fois des usurpateurs qui en profitent

Les problèmes d'environnement qui atteignent quotidiennement la majorité des Brésiliens sont ceux de l'industrialisation et de la concentration urbaine, amplifiés par le mal-développement du pays. La pollution atteint des niveaux intolérables dans les mégapoles, les normes sanitaires restent souvent laxistes, etc. Alors que la forêt atlantique a pratiquement disparu, le symbole des atteintes à l'environnement est pourtant la forêt amazonienne.

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