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Le Centre du Vietnam du Local au Global

De
280 pages
Ce livre traite des enjeux et des problématiques de développement du Centre Viêt Nam. Méconnue, cette région apparaît essentielle pour l'avenir d'un pays qui reste écartelé entre ses deux extrémités nord et sud vers lesquelles se dirigent toujours l'essentiel des investissements.
Privilégiant le rôle des acteurs, l'auteur montre que le Centre se retrouve tiraillé entre deux logiques. Celle des familles s'exerce avec pragmatisme et succès au niveau local, tant dans les villes que dans les campagnes. Cette de l'Etat met en oeuvre une stratégie de développement global du pays et conçoit de grands projets souvent irréalistes.
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Le Centre du Viêt Nam: du local au global
Un territoire et des hommes entre développement local et système monde

Collection Points sur ['Asie dirigée par Alain Forest

Déjà parus
Laurent METZGER, Les sultanats de Malaisie, 1994. Richard SOLA, Birmanie: la révolution kidnappée, 1996. Laurent METZGER, Stratégie islamique en Malaisie, (1975-1995), 1996. Firouzeh NAHAYANDI, Culture du développement en Asie, 1997. Frédéric GRARE, Le Pakistanface au conflit afghan, 1997. Kham YORAPHETH, Chine, le monde des affaires, 1997. Jacques HERSH, Les Etats-Unis et l'ascension de l'Extrême Orient.. Les dilemmes de l'économie politique internationale de l'après-guerre, 1997. Kham YORAPHETH, Asie du Sud-Est, 1998. Jérôme GRIMAUD, Le régionalisme en Asie du Sud, 1998. A. WILMOTS, La Chine dans le monde, 1998.

@ L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-6979-5

Collection "Points sur l'Asie"

Patrice COSAER T

LE CENTRE DU VIET NAM: DU LOCAL AU GLOBAL
Un territoire et des hommes entre développement local et système monde

avec le concours de l'Université

Ouvrage publié du Laboratoire de géographie humaine des Sciences et Technologies de Lille

L 'Hannattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur: "La France dans le monde et le monde en France, voies et moyens du maintien d'une situation privilégiée", éditions Ellipses (collection HISTEGE), Paris 1996, 176 pages, biblio., 3 cartes. ISBN 2-7298-9684-8.

Toutes les photographies

reproduites dans cet ouvrage lV

compris celle de la couverture), ainsi que les cartes et schémas, sont de l'auteur.
Photo de couverture: Hué. La porte orientale (Hiin Nhon), l'une des quatre entrées de la Cité impériale.

Avant propos
J'ai foulé pour la première fois le sol du Viêt Nam le 13 décembre 1971, débarquant à l'aéroport de Saigon un dimanche d'élections en pleine guerre... L'employé du Consulat de France venu accueillir dans une Traction hors d'âge le jeune VSN que j'étais alors, pestait contre "l'Administration" qui me faisait arriver un tel jour, si propice aux attentats. Il me déposa dans la cité où je devais loger et repartit chez lui au plus vite se mettre en sûreté (le malheureux eut moins de chance quelques années plus tard à Beyrouth I). Dans la tiédeur moite du soir, j'explorais le quartier, fort calme au demeurant, et dégustais ma première soupe viêtnamienne: il me fallut fort peu de temps pour adopter
les baguettes et me mettre au
nu'O'c

mifm...

Au cours des mois et des années qui suivirent, j'eus l'occasion, en dépit de la guerre, d'explorer tout le sud du pays. Même si je passais la plus grande partie de mon temps en ville, les campagnes ne me furent pas étrangères; celles des environs de Saigon ainsi que les plantations d'hévéas, celles du delta du Mékong, les petites plaines littorales jusqu'à Nha Trang, les hauts plateaux également, autour de Dalat, et les plantations de café et de thé de BIao animées par les populations minoritaires

Ayant vécu l'effondrement du régime de Saigon et la prise de
la ville par l'armée nord-viêtnamienne, le 30 avril 1975, je suis néanmoins demeuré en poste au Viêt Nam jusqu'en juillet 1977. Je fus alors le témoin, troublé mais impuissant, de la mise en place du régime communiste à Saigon, et je ressentis la chape de plomb qui s'appesantit progressivement sur la grande métropole du sud... Ce n'est qu'en 1993 cependant que je découvris le nord, Hanoi d'abord, sorte de château de la Belle au bois dormant reprenant vie et mouvement pour le meilleur et pour le pire à la suite d'une longue période de léthargie, la somptueuse baie de 5
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Ha Long ensuite, ainsi que les campagnes austères du delta du fleuve Rouge... En 1994 enfm, je me rendis pour la première fois dans le Centre, parvenant à Hué après deux journées fort éprouvantes de route depuis Hanoi, occasion de bien prendre la mesure du pays et de l'état déplorable de ses inftastructures essentielles. Il s'agissait pour moi de la réalisation d'un très vieux rêve, puisque, en 1972, alors que j'étais à Saigon et que j'avais déjà le billet d'avion en poche, j'avais dû renoncer à me rendre dans la mythique cité impériale par suite d'un ordre formel des autorités françaises qui craignaient pour ma sécurité. Ma découverte du Centre se poursuivit les années suivantes dans des conditions relativement privilégiées qui me permirent d'établir des contacts tant avec des responsables viêtnamiens qu'avec des experts ftançais de la DATAR. Je participai en effet de 1994 à 1996, avec trois promotions successives d'étudiants de la Maîtrise de Sciences et Techniques Environnement et Aménagement Régional (MST-ENVAR, Université de Lille 1) et son directeur, mon collègue Charles Gachelin, à la réalisation d'un plan stratégique de développement intégré pour le centre du Viêt Nam qui nous avait été commandé par la Région Nord - Pas-de-Calais. Dans le cadre nouveau de la coopération décentralisée, cette collectivité territoriale française venait en effet de signer un protocole de coopération avec le Quang Nam-Danang et le Thùa Thiêu-Hué. Elle souhaitait de ce fait acquérir une meilleure connaissance de ces deux provinces et identifier des actions concrètes susceptibles de bénéficier de son soutien.
I

Ayant pris, en 1996, la décision de solliciter une habilitation à diriger des recherches, ultime étape du cursus universitaire, il s'imposa évidemment à moi d'en consacrer le mémoire principal (dont ce livre est issu) à ce Viêt Nam auquel je me suis tant attaché, et plus particulièrement à ces provinces du centre dont l'insertion dans le processus de développement de l'ensemble de l'Asie orientale soulève bien des incertitudes et
1 L'action de la Région Nord

- Pas-de-Calais au centre du Viêt Nam est

détaillée au chapitre VI, dans le paragraphe intitulé "L'aménagement du Centre vu à travers le prisme français"

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même des polémiques. Elles n'avaient en outre pas encore fait l'objet d'une étude exhaustive. Cet ouvrage se veut cependant différent des multiples rapports rédigés sur le centre du Viêt Nam à la réalisation desquels j'ai du reste été amené à participer à plusieurs reprises. D'emblée, mon regard sur le Centre n'est pas ici celui de l'expert: il n'est ni neutre ni même innocent. J'aborde sur le tard une région essentielle du Viêt Nam, alors que je suis déjà imprégné par la culture et l'histoire récente du pays dans son ensemble, au moment où mon intimité avec l'homme viêtnamien est telle que je ne puis plus m'astreindre au détachement de l'observateur étranger qui se voudrait et se prétend impartial, qui se montre capable d'émettre sur commande un diagnostic abstrait... Mon approche des enjeux du développement est subjective au sens où je prends nécessairement parti pour les hommes et leur terre contre tous les systèmes, dogmatismes et modèles, que certains - officiels ou experts étrangers voudraient leur imposer, profitant d'une apparente passivité d'individus que la vie a conduits à devenir prudents dans l'expression de leurs sentiments et de leurs convictions profondes. Mon étude part donc des hommes et des milieux si divers au sein desquels ils évoluent, les campagnes, les bourgs, la ville, en un mot, le "local" aux multiples facettes (les images satellitales, auxquelles j'ai recours lorsque j'en dispose, permettent assez souvent de préciser les contours de cette mosaïque fort complexe). Il convient de bien connaître cette réalité, d'en mesurer les potentialités, les limites. La vision n'est cependant pas statique, car les Viêtnamiens du Centre, comme tous leurs compatriotes, font montre d'initiatives, cherchent à améliorer leurs conditions d'existence et pour cela s'efforcent de créer un environnement favorable à l'accroissement de leurs revenus selon des voies qui leur sont propres et par des actions qui sont à leur portée. Le Viêt Nam étant un pays méticuleusement administré, pour ne pas dire quadrillé et totalitaire, les individus et les familles ne sont cependant jamais complètement libres de leurs faits et gestes. Même à l'échelle locale l'Etat reste 7

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pesant. TIse manifeste par la présence et l'action de services et de cadres nombreux au niveau des communes, des districts ruraux ou des villes.2 La première moitié du livre porte donc sur l'espace de l'initiative locale qui est celui de l'aménagement du territoire réalisé par la population elle-même. Désormais, les familles ne sont plus contraintes d'appliquer scrupuleusement des directives émanant exclusivement des autorités, comme c'était le cas avant la décollectivisation des terres et la réhabilitation de l'entreprise privée. Elles n'en demeurent pas moins sous leur contrôle. Il y a donc deux catégories d'acteurs au niveau local: les familles et les autorités administratives (celles de la commune et celles du district). Nous verrons comment elles cohabitent au sein des trois milieux principaux qui se partagent le Centre: les milieux ruraux (de l'intérieur ou du littoral), les montagnes et les espaces urbanisés. Cette échelle n'est cependant pas unique, bien évidemment! Elle coexiste avec une échelle supérieure, que nous qualifions de globale et à laquelle nous consacrons la deuxième moitié du livre. Nous y distinguerons plusieurs niveaux, celui des provinces, celui encore largement virtuel des régions, celui de l'Etat omniprésent, mais maintenant aussi celui du monde entier, domaine des multinationales et de l'économie mondiale... A tous ces niveaux nous retrouverons les officiels et les représentants des grandes entreprises qui suivent leur propre
2

Au Viêt Nam, le premier échelon administratif est en milieu rural la commune (xi), qui rassemble plusieurs villages (làng). En ville, il s'agit du quartier

(phuètng). Le second est celui du district (huy~n), qui, en milieu urbanisé, peut être le chef-lieu ou une autre ville relevant de l'autorité provinciale; dans les grandes métropoles, c'est l'arrondissement (qu~). Il est à noter que le district tenait une place prépondérante à l'époque de la "grande agriculture socialiste" en raison de sa transformation en complexe agro-industriel. Tout l'espace rural viêtnamien avait alors été réorganisé autour des 500 districts que compte le pays... L'échec complet de cette organisation centralisée a entraîné le déclin du district ravalé, après 1988, à la fonction de simple relais de l'administration provinciale. On peut se reporter à ce propos au chapitre très édifiant de Nguyên Duc Nhuân "Le district rural viêtnamien ou l'Etat en campagne", dans Habitations et Habitat d'Asie du Sud-Est continentale, publié en 1992 aux éditions l'Harmattan sous la direction de 1. Matras-Guin et C. Taillard.

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logique. Certes, en théorie sinon toujours en pratique, leur objectif du moins pour les officiels est la recherche du bienêtre collectif. Les plans suivis, les actions entreprises et même les objectifs affichés ne sont cependant pas toujours, c'est le moins que l'on puisse dire, confonnes voire compatibles avec les buts poursuivis par les familles et les individus au plan local. Le bien public est censé ici comme ailleurs l'emporter sur les intérêts particuliers, ce qui serait à la rigueur admissible si la plupart des projets affichés n'étaient en fait critiquables et contraires à l'intérêt général. Nous serons donc amené à vérifier le bien-fondé à moyen ou long tenne des principaux projets et de la stratégie de développement mise en œuvre par les autorités... Ce constat nous conduira aussi à évaluer l'impact des conseils et recommandations des experts étrangers, français en particulier. Ces derniers proposent en effet des modèles conçus ailleurs et pour lesquels on n'a guère fait l'effort d'évaluer le degré d'adaptabilité aux milieux viêtnamiens. A ce moment de la réflexion il conviendra donc de rechercher d'autres approches susceptibles d'associer les différents niveaux d'action au sein d'une stratégie de développement qui puisse être durable, en particulier en méditant quelques enseignements tirés d'expériences vécues dans les pays voisins, tout spécialement à Taiwan dont la réussite, tout autant que celle de Singapour, impressionne fort les Viêtnamiens.

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Patrice COSAERT

Note: Pour des raisons pratiques de composition typographique, l'accentuation précise des noms propres viêtnamiens n'a généralement pas été respectée dans le texte (seuls les accents qui existent aussi en français ont été conservés). Que le lecteur viêtnamien veuille bien m'en excuser.

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Introduction
LE CENTRE, TROISIEME POLE DE DEVELOPPEMENT ET D'INTEGRATION DU VIET NAM?

Notre domaine d'étude n'est pas un telTÎtoire anodin. Il se situe au cœur d'un débat sur les dynamiques territoriales, en particulier sur la régionalisation du Viêt Nam, qui préoccupent de plus en plus les autorités du pays. L'avenir du Centre représente de ce fait un enjeu national. Notre sujet ne porte pas à proprement parler sur une analyse exhaustive des termes de ce débat, mais sur le jeu des différents acteurs du développement présents dans la région, leurs complémentarités, leurs oppositions, voire leurs incompatibilités. Il est néanmoins évident que ce contexte important ne peut être ignoré... Nous l'aborderons dans la deuxième moitié de ce livre et nous ferons en particulier une place aux implications de la régionalisation quant au futur du Centre dans son environnement asiatique, mais comme il pèse sur le comportement et les motivations des populations et a fortiori sur celui des cadres locaux, nous pensons qu'il est utile d'en présenter d'entrée de jeu, les principaux points. Notre démarche sera d'autant plus aisée que nous bénéficions des travaux de Vu Tu Lap et de Christian Taillard qui font autorité en la matière. 11

Dans le cadre d'une importante coopération scientifique franco-viêtnamienne, Vu Tu Lap et Christian Taillard ont alimenté la réflexion sur les dynamiques territoriales en publiant en 1994 un atlas socio-économique réalisé entièrement par des moyens informatiques à l'échelle de la province: l'Atlas du Viêt Nam. Celui-ci constitue désormais une référence par la somme d'informations qu'il contient et les problématiques qu'il met à plat. 3 A juste titre, il met d'abord l'accent sur la bipolarisation du Viêt Nam. L'organisation spatiale du pays est indiscutablement caractérisée aujourd'hui par un double processus de métropolisation, commandé au sud par Hôchiminhville, la capitale économique, et au nord par Hanoi, la capitale politique. Depuis l'ouverture du pays aux capitaux étrangers, ceux-ci se sont dirigés essentiellement vers ces deux seuls pôles de développement. A la date du 18 août 1997, sur un montant total d'un peu plus de 28 milliards de dollars d'investissements approuvés, environ 52,5 % concernaient la municipalité d'Hôchiminhville et les cinq provinces qui jouxtent celle-ci (approximativement le corridor reliant la rivière de Saigon à Vung Tau sur la côte), et un peu plus de 37 % le triangle métropolitain septentrional formé par Hanoi, Haiphong, le Quang Ninh (où se trouve la baie d'Ha Long) et sept autres provinces de moindre importance... Dans ces conditions, il peut être permis de douter des chances de voir s'édifier une région centrale autonome, les provinces du Thùa Thiên-Hué, du Quang Nam et Danang n'ayant attiré en tout et pour tout à la même date qu'à peine plus de 2,7 % des investissements étrangers approuvés! En outre, cette part ne s'améliore pas puisqu'elle était supérieure à 3 % un an plus tôt. Vu Tu Lap et Christian Taillard mentionnaient qu'à la fm de l'année 1991, le montant des investissements étrangers approuvés était huit fois plus élevé à
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La réflexion a été poursuivie par Christian Taillard notamment dans le

chapitre de la Géographie Universelle qu'il consacre au Viêt Nam et dans un article (écrit en collaboration avec E. Le Bris) à paraître dans la revue l'Espace géographique qu'il consacre à la régionalisation et à l'urbanisation au Centre

ViêtNam. 12

Hôchiminhville qu'à Danang; or au 18 août 1997 ils sont désonnais vingt fois plus importants (8 470 millions de dollars contre 427) ! La bipolarisation du pays peut paraîtTe logique et même inévitable lorsque l'on songe que le Viêt Nam. en fin de compte, est constitué principalement de deux grands deltas, celui du fleuve Rouge au nord et celui du Mékong au sud, reliés seulement par un liseré de plaines littorales fort étroites que n'empruntent aujourd'hui encore qu'une seule route et un chemin de fer à voie unique. Le Centre constitua à plusieurs reprises dans l'histoire une marche, une zone de confins, séparant deux entités politiques distinctes et antagonistes. Ce fut le cas d'abord lorsque coexistèrent un Dai Viêt émancipé de la Chine au nord et un état cham, le Champa, au centre et au sud. Ce fut encore le cas aux XVUe et xvnr siècles lors des luttes entre les Trinh (au nord) et les Nguyên (au sud), après que ces derniers eurent soumis les Cham, et enfm, plus près de nous, entre 1954 et 1975. Les traces de la dernière partition sont d'ailleurs bien loin d'être effacées aussi bien dans les esprits que sur le plan économique: plus de vingt ans après la proclamation officielle de la réunification subsistent toujours des différences plus que sensibles entre les deux parties du pays, même si, sur le l7e parallèle où l'on s'est tant battu, seul un monument édifié par les vainqueurs rappelle l'ancienne frontière. L'un des problèmes politiques majeurs du Viêt Nam actuel, généralement occulté, est que le pouvoir en place reste sans le moindre partage celui des vainqueurs du Nord. Les vaincus et leurs descendants, puisqu'il y a traditionnellement responsabilité héréditaire en Asie orientale, restent exclus de la vie politique et sont toujours tenus en suspicion individuellement et collectivement. Il n'y a pas eu, et il n'y a toujours pas vraiment volonté d'apaisement, même au niveau des cimetières militaires... Le Thùa Thiên et le Quang Nam furent dans l'histoire finalement plus fféquernment rattachés au Sud qu'au Nord comme ce fut le cas de 1954 à 1975, il ne faut jamais l'oublier ! Après la réunification du pays, le regroupement en une seule entité, le Binh Tri Thiêu, des provinces situées au nord et au sud 13

de l'ancienne ligne de démarcation fut un échec que les autorités admirent finalement: le découpage administratif traditionnel fut rétabli en 1989. Des nuances sont cependant à noter: au XIVe siècle, c'est à la suite d'un mariage que le Thùa Thiên fut rattaché pacifiquement au Dai Viêt, alors que, au contraire, le Quang Nam, situé au sud de la frontière naturelle que constitue le col des Nuages, dut être conquis militairement. Cette différence de traitement a laissé quelques traces qui contribuent à expliquer le climat de méfiance qui perdure entre gens de Hué et gens de Danang, tout autant que le découpage basé sur les données du milieu naturel opéré par les géographes viêtnamiens et repris par les fonctionnaires du service des statistiques, découpage qui introduit une coupure fondamentale entre Hué et Danang au niveau du col des Nuages... Cette coupure nord-sud se retrouve même au niveau des ethnies minoritaires, ce que montrent clairement plusieurs planches de l'Atlas du Viêt Nam (pages 110 à 117) : les minorités se différencient entre un système ethnolinguistique du nord (TayThaï, Hmong-Dao, Tibéto-Birmans) et un système du sud dominé par les Môn-Khmer et les Austronésiens. Depuis la fm du XVIIIe siècle pourtant l'organisation du Viêt Nam s'est généralement faite sur la base de trois entités (Bô ou Ky) dont les limites ont fluctué: le Bac Bô au nord, le Trung Bô au centre et le Nam Bô au sud. Ces divisions furent reprises par les Français sous les noms de Tonkin, Annam et Cochinchine. L'affmnation du centre doit aussi beaucoup au choix de Hué comme capitale par la dynastie des Nguyên... La tripartition continue à imprégner l'univers mental des Viêtnamiens, mais, en l'absence d'une régionalisation politique ou même simplement administrative, elle ne repose cependant sur aucune base tangible. Compte tenu du poids croissant des deux métropoles du nord et du sud, la question même de l'existence du Centre se pose, comme l'ont rappelé Vu Tu Lap et Christian Taillard. Non seulement Danang (ou Hué) ne peut rivaliser avec Hôchiminhville ou Hanoi, mais son rayonnement se trouve limité par l'existence d'autres villes qui s'égrènent tout le long du littoral et qui, dans la pratique, relayent l'influence de 14

Hanoi vers le sud et d'Hôchiminhville vers le nord, réduisant l'aire d'attraction de Danang à un centre médian assez étriqué, pour reprendre la judicieuse expression utilisée par les auteurs de l'Atlas. Il n'est dès lors pas surprenant que la priorité de l'aménagement du territoire au Viêt Nam soit la constitution d'une troisième zone de développement au Centre et que les pouvoirs publics mettent tout en œuvre pour y arriver... Si le bien-fondé de l'objectif n'est pas discutable, les moyens pour y parvenir sont multiples et ceux retenus par les autorités politiques ne sont pas nécessairement les seuls ni les meilleurs. Les éléments de ce débat incontournable enrichiront naturellement le présent mémoire...

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PREMIERE PARTIE

LA TERRE ET LES HOMMES: L'ECHELLE LOCALE

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Ce livre n'ayant pas pour but de détenniner les limites possibles ou souhaitables d'une quelconque région Centre, il n'y a pas lieu de lui fixer a priori un cadre géographique étendu qui inclurait toutes les déftnitions envisageables de celle-ci. Mon étude portera donc essentiellement sur les trois seules provinces du Thùa Thiên-Hué, du Quang Nam et de Danang 4. Je serai cependant amené à étendre occasionnellement mon champ d'investigation à l'extrême nord de la province du Quang Ngai en raison de l'importance du projet industrialo-portuaire que les autorités voudraient y implanter, juste à la limite du Quang Nam. Ainsi déftnie, mon aire d'étude est beaucoup moins étendue que le centre historique (qu'on l'appelle Trung Bô ou Annam) et elle ne correspond même pas à l'intégralité du centre médian évoqué par Vu Tu Lap et Christian Taillard dans leur Atlas du Viêt Nam. Cet espace relativement exigu (5% du territoire national) revêt cependant une grande importance, car il constituera nécessairement le cœur de la future région Centre, quelles que soient les limites qui seront en ftn de compte retenues pour celle-ci... il offre de plus, en condensé, un aperçu de pratiquement tous les milieux physiques et humains susceptibles d'être rencontrés entre le delta du fleuve Rouge et celui du Mékong...

4 L'ancienne province du Quang Nam-Danang vient d'être subdivisée (en novembre 1996) en une nouvelle province du Quang Nam et en une municipalité de plein exercice de Danang. L'ancienne Tourane rejoint ainsi Hanoi, Hôchiminhville et Haiphong dans la catégorie administrative des villes de 1ère catégorie, ou "ville-province", qui sont sous l'autorité directe du gouvernement central.

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Chapitre I LES DONNEES GENERALES

L'ensemble régional constitué par le Thùa Thiên-Hué, le Quang Nam et la municipalité de Danang couvre 16449 km2 et compte environ 3 millions d'habitants. La densité de population y est donc en moyenne de 182 hab.1km2, 150 si nous excluons la nouvelle municipalité de Danang qui rassemble à elle seule 663000 habitants sur 942 km2. Cette densité est considérable si l'on songe que la plus grande partie du tenitoire est constituée de collines et de montagnes peu peuplées aux ressources limitées. Occupant une des parties les plus étroites du Viêt Nam (il n'y a par endroit guère plus de 50 km entre le Laos et la mer), les provinces du centre sont adossées à la Cordillère Annamitique (Dm Truflng Sdn en viêtnamien) dont la ligne des crêtes constitue le plus souvent la frontière. Elles regardent vers la mer de Chine méridionale, appelée man EJông, c'est-à-dire mer Orientale, par les Viêtnamiens. C'est la zone du pays la plus exposée aux typhons et les précipitations y sont particulièrement abondantes (de 2500 à 3500 mm d'eau par an). A la différence du nord comme du sud du pays, les pluies se produisent surtout en automne (75 % des précipitations annuelles sont enregistrées de septembre à décembre à Hué), mai et juin présentant un 21

maximum secondaire assez peu marqué (10 % des précipitations annuelles au cours de ces deux mois). Aucun mois n'étant cependant complètement sec, l'humidité de l'air est en moyenne supérieure à 85 % .

La région peut être partagée en trois unités physiques parallèles à la côte: - un ensemble compact, très peu peuplé, de montagnes et de collines à l'ouest, une succession de plaines littorales étroites au nord, s'élargissant un peu au sud, d'autant plus surpeuplées que toutes les agglomérations urbaines et la plupart des activités économiques s'y trouvent rassemblées, - un littoral sableux constitué d'un cordon dunaire rectiligne au sud de Danang, d'un dessin plus sinueux au nord. Ce cordon laisse derrière lui tantôt de vastes étendues sableuses incultes, tantôt un chapelet de lagunes, tantôt des zones humides parcourues par des voies d'eau au cours incertain qu'on peut qualifier de deltaïques, bien qu'elles ne présentent pas une forme triangulaire caractéristique. C'est le secteur le moins étendu, mais le plus fi-agileet le plus menacé, car le plus convoité.

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Le Thùa Thiên-Hué est en outre séparé du Quang Nam et de Danang par une avancée de la Cordillère (la chaîne du B;;tchMà) qui atteint la mer au niveau du col des Nuages (dèo Hài Vân en viêtnamien). Ce col marque la limite entre le climat subéquatorial humide qui règne au sud et le climat subtropical humide qui prévaut au nord.

La présence de l'homme et ses activités revêtent des aspects très différents évidemment selon les unités physiques considérées: Les plaines, qui ne couvrent que 18 % de la région, correspondent à un écosystème fortement anthropisé qui a fait 22

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disparaître les milieux écologiques originels. Compte tenu de l'urbanisation, les densités dépassent d'ores et déjà les 700 hab.1km2. L'augmentation de la pression démographique aggrave continuellement la situation: les zones humides particulièrement étendues au sud de Danang par exemple sont grignotées, ce qui contribue à détruire les grands équilibres naturels. Ces zones jouent donc de moins en moins leur rôle de "réservoirs tampons", et en outre une production végétale d'appoint, vitale pour de nombreuses familles pauvres, disparaît ainsi progressivement... L'intensification des techniques culturales par utilisation d'engrais chimiques et de pesticides est d'ores et déjà de mise. Elle accroît la quantité d'effluents nocifs présents dans les cours d'eau et dans les lagunes. C'est particulièrement le cas dans les environs de Hué où se multiplient le jardinage, les plantations d'arbres furitiers, les productions maraîchères et l'élevage des volailles (on rencontre déjà des basses-cours de plus de 1000 canards I). - Le littoral est lui aussi soumis à une forte pression démographique qui peut compromettre la rentabilité à terme des activités traditionnelles. Thùa Thiên-Hué, Quang Nam et Danang disposent de près de trois cents kilomètres de côtes encore en construction qui sont d'une grande beauté et d'un indéniable intérêt. La montagne, en l'occurrence la chaîne du B~h Ma (du "Cheval Blanc"), ne rejoint la mer que sur une petite portion du littoral, juste au nord de Danang. Ses multiples chaînons qui forment des caps rocheux s'avançant dans la mer isolent deux dépressions au sud du Thùa Thiên-Hué, dans le district de Phu Lôc, la magnifique baie de sable fin de Canh Duong et le golfe d'An Cu (appelé aussi lagune Lâp An) presque fermé par le cordon littoral de Lang CÔ. Au sud du chaînon principal franchi par le fameux col des Nuages apparaît la somptueuse rade de Danang adossée à la presqu'île de Son Trà... Au nord de la chaîne du B:;tchMa, tout le littoral du Thùa ThiênHué est constitué par un immense cordon dunaire encore mobile qui isole un système lagunaire couvrant 22 000 hectares, peu profond et qui ne communique avec la mer que par deux passes 23

étroites, celle de Thuân An au nord, près de Hué, et celle de Tu Hiên au sud. La mobilité du littoral est soulignée par les changements de localisation de la passe de Thuân An et plus encore par la fermeture périodique de celle de Tu Hiên. Au sud de la rade de Danang, tout le littoral est constitué également d'un cordon dunaire, mais ici le système lagunaire cède la place (sauf à Ky Hà, à l'extrême sud de la province) à un ensemble de zones humides parcourues par des voies d'eau de Danang à Ky Hà. Ce cordon n'est interrompu d'une manière notable que par le large estuaire de la rivière de Hoi An. Tout au sud, à cheval sur les deux provinces du Quang Nam et du Quang Ngai, la baie de Dung Quât constitue le pendant de la rade de Danang, en plus évasé cependant, la presqu'île Nam Trâm n'ayant pas non plus la vigueur de celle de Son Trà. Les hommes ont exploité les ressources et subi les contraintes de ces unités physiques et de ces écosystèmes très variés et d'une grande richesse biologique. C'est selon un zonage transversal que se manifeste le mieux sur une très faible distance l'adaptation des activités humaines aux nuances des conditions naturelles par un usage spécifique de chacun des milieux. Le littoral est une zone d'échanges biologiques entre deux milieux distincts (salé et saumâtre), elle est aussi une zone d'échanges entre des populations ayant des genres de vie et des activités différentes qui peuvent être complémentaires (pêcheurs en mer ou en eau saumâtre, aquaculteurs, agriculteurs). - Les collines et les montagnes constituent par contre des espaces fort peu peuplés. Elles couvrent près de 80 % du territoire des deux provinces et culminent à 2598 mètres au mont Ngoc Linh à l'extrême sud du Quang Nam, à la limite de la province de Kontum. Les cours d'eau sont nombreux. ils présentent de fortes pentes et fréquemment des rapides. Les débits abondants sont particulièrement révélateurs de l'irrégularité saisonnière des précipitations qui demeurent cependant presque toujours supérieures à 60 voire 100 mm par mOIs... Au milieu du siècle ces collines et ces montagnes étaient encore presque intégralement boisées. Les cultures itinérantes 24

sur brûlis pratiquées par les minorités ethniques de la famille Môn-Khmer (Pa Ko, Ta Oi, Co Tu...) dont l'impact sur les forêts était initialement relativement négligeable, ont commencé à les affecter d'une façon beaucoup plus significative en raison de la croissance démographique de ces populations. Les défoliants déversés par l'aviation américaine durant la guerre (agents oranges contenant de la dioxine, substances blanches, substances bleues à base d'arsenic), ont en outre particulièrement ravagé la région. Selon certaines études (dont l'interprétation reste cependant sujette à caution) 41 % des zones bombardées l'ont été 2 ou 3 fois et 38 % plus de 3 fois, alors que l'on estime la forêt définitivement condamnée en cas de bombardements chimiques répétés plus de 2 fois... Vingt-cinq ans après la fm des opérations la majeure partie des zones traitées n'a toujours pas été réhabilitée. Celles-ci se sont, dans le meilleur des cas, transformées en un espace buissonneux sans valeur économique. Les secteurs épargnés par les raids américains ont ensuite bien souvent été victimes d'une surexploitation qui ne s'est modérée que depuis l'interdiction de toute exportation de bois brut en mars 1992 par le gouvernement. L'augmentation des densités de population due notamment à l'installation de colons de l'ethnie Kinh (Viêt) majoritaire, quittant les plaines surpeuplées, entraîne également une demande plus forte de bois de feu destiné aux usages domestiques ou artisanaux. En fin de compte, il est difficile aujourd'hui de faire la part des responsabilités en ce qui concerne la déforestation au centre du Viêt Nam et les controverses ne manquent pas à ce sujet! Parvenir à une évaluation précise et indiscutable des dommages causés par les Américains, outre l'intérêt pour la vérité historique, permettrait peut-être d'obtenir de ceux-ci une participation plus active aux programmes de reconstitution du couvert végétal... Reste que le plus important maintenant est d'agir, d'entreprendre à grande échelle des opérations de reforestation ou au moins de reboisement.

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L'urbanisation

Quoique en progrès, l'urbanisation ne concerne encore qu'une minorité de la population qui bien souvent ne connaît pas des conditions d'existence sensiblement meilleures qu'à la campagne. Deux grandes villes très différentes l'une de l'autre se disputent la prééminence: Hué, ancienne capitale impériale inscrite au Patrimoine de l'humanité, bénéficie d'un prestige certain. mais elle est la moins peuplée et la moins dynamique des deux, Danang, principal port du centre du Viêt Nam, compterait plus de 400 000 habitants. Inftastructures et industries devraient s'y développer, mais elle conserve les stigmates de l'importante fonction militaire qui fut la sienne durant la guerre... Les citadins sont entreprenants et font souvent montre d'esprit d'initiative. Ils doivent cependant se couler dans le moule des directives officielles et accepter des mesures d'urbanisme qui ne prennent guère en compte les intérêts particuliers les plus élémentaires...

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Chapitre II LES MILIEUX RURAUX : MISE EN VALEUR TRADITIONNELLE ET CAPACITE D'EVOLUTION

Il n'y a plus au centre du Viêt Nam de milieux qui puissent encore être qualifiés de naturels, même avec toutes les réserves d'usage concernant ce teffile. Tout au plus peut-on encore trouver quelques lambeaux de forêts sur les plus hautes montagnes, les plus difficiles d'accès, qui s'apparenteraient à une forêt primaire. Cependant, et c'est là le point le plus important, au cours de leur appropriation de l'espace, les hommes ont généralement scrupuleusement tenu compte des moindres nuances du milieu, de sorte que la région présente aujourd'hui l'aspect d'une extraordinaire mosaïque de paysages correspondant chacun à un milieu anthropisé tout à fait original et spécifique. Les limites sont souvent étonnamment précises, épousant la moindre rupture de pente ou le plus infime changement dans la nature des sols ou du drainage. Sur l'image satellitale d'une portion de la province du Thùa Thiên-Hué, que nous avons pu examiner, la région ressemble à un patchwork. TIfaut une bonne vue et un œil exercé pour l'interpréter... Plus qu'un long discours, l'image nous donne une idée de la complexité et de la 27

variété extrême des milieux. En dépit de la précision des relevés effectués par le satellite SPOT, toutes les nuances du paysage n'apparaissent pourtant pas ! Toute la question maintenant est de savoir si ces milieux peuvent évoluer, compte tenu de la pression démographique croissante, sans que les équilibres essentiels ne soient perturbés d'une manière insupportable, c'est-à-dire de façon telle que leur existence même en soit remise en question.

I-LESPLAllŒSRIZICOLESETLEURSABORDS
11Une agriculture intensive et très diversifiée
Les surfaces cultivées représentent moins de Il % de la superficie totale des trois provinces que nous étudions et elles ne s'accroissent plus. Bien que des cultures soient présentes sur les berges des cours d'eau, sur les collines et parfois même en montagne, les terres intensivement exploitées sont essentiellement confinées dans les plaines que nous qualifions par commodité de rizicoles, même si dans la pratique toutes les terres cultivées de façon permanente ne sont pas des rizières. Ces dernières accaparent quand même plus de 76 % des surfaces cultivées dans la province du Thùa Thiên-Hué et environ 52 % de celles du Quang Nam-Danang... Fréquemment les rizières donnent deux ou trois récoltes par an. Le directeur adjoint du Département de l'agriculture du Quang Nam-Danang, qui nous recevait en juin 1994, affirmait que sur les 53 000 hectares de rizières que comptait la province, 22 000 donnaient trois récoltes (en avril, juillet et octobre) grâce à l'irrigation de saison sèche, et 20 000 deux récoltes. Pour le total des trois récoltes les rendements seraient compris entre 80 (au sud) et 100 quintaux à l'hectare (au nord de la province). Il nous indiquait aussi que les autres terres cultivées portaient des patates douces (19 à 20000 ha), du manioc (14 à 15 000 ha), du maïs (10 000 ha), de l'arachide (environ 10000 ha), de la canne 28