Le franc CFA

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Publié le : samedi 1 janvier 1994
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EAN13 : 9782296288751
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LE FRANC CFA
Bilan et perspectives BIBLIOTHEQUE DU DEVELOPPEMENT
L'évolution de la pensée radicale ou "tiers-mondiste" sur le
sous-développement et la dynamique qui a prévalu au niveau internatio-
nal vingt ans après Bandoeng ont conduit à la constitution d'un corps
théorique globalisant. Toute l'analyse s'est organisée autour d'un
raisonnement simple : le tiers-monde, bloqué dans son développement
par l'impérialisme, n'a d'autre choix que de rompre avec le marché
mondial pour construire des économies autocentrées, évoluant irrésis-
tiblement vers le socialissme. Telle est la thèse du "dépassement
nécessaire du capitalisme par sa périphérie".
Depuis une décennie, le morcellement du tiers-monde est
devenu patent. Ce morcellement donne matière à de nouvelles classifi-
cations qui se reflètent dans les publications des organisations interna-
tionales (pays producteurs de pétrole, semi-industrialisés, au seuil de la
pauvreté absolue...). Unité et diversité du tiers-monde sont devenues
des réalités projetées dans des luttes politiques et idéologiques dont les
enjeux sont en perpétuelle redéfinition. Toutefois, quelle que soit l'ap-
partenance d'école, la référence à des "modèles" (chinois, algérien ou
brésilien, par exemple), est en recul.
Le renouveau de l'analyse sur le développement semble désor-
mais passer par un "retour au terrain" et la prise en considération des
spécificités régionales ainsi mises en lumière. Le cadre rigide de
spécialités scientifiques (économie, sociologie, anthropologie, écolo-
gie...) éclate et, par tâtonnements successifs, les recherches les plus
intéressantes s'enrichissent de nouvelles synthèses qui dépassent le
simple recensement des données factuelles.
Cette nouvelle collection consacrée au développement privilé-
giera, en dehors de tout préalable dogmatique, les travaux :
* portant sur l'analyse des mutations internes des régions du
tiers-monde,
* portant sur la méthode des sciences sociales appliquée au
développement, avec une prédilection pour les études qui, partant du
terrain, contribuent à la reformulation de l'appareil analytique domi-
nant, tant dkis les organismes d'études et d'intervention que dans
l'enseignement universitaire.
Ceux qui pensent que leur recherche pourrait s'exprimer
par le canal de cette collection peuvent prendre contact avec :
Elsa ASSIDON
c/o L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique
75005 Paris Alain DELAGE et Alain MASSIERA
LE FRANC CFA
Bilan et perspectives
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris Alain DELAGE Main MASSIERA
Docteur d'Etat ès-Sciences Docteur d'Etat ès-Sciences
Economiques et Maître de Economiques et Maître de
Conférences en Sciences Conférences en Sciences de
Economiques à l'Université Gestion à l'Université de
de Limoges (France), a été Nice (France), a été détaché
détaché au titre de la au titre de la Coopération
Française à l'Université Coopération Française à
l'Université de Port au C.A.Diop de Dakar au
Prince en Haïti, où il a Sénégal, et à l'Université de
ouvert et dirigé l'Ecole Bangui en République
Nationale Supérieure de Centrafricaine, où il dirige
Technologie (ENST), et à actuellement l'Institut
l'Université de Bangui en Universitaire de Gestion des
République Centrafricaine Entreprises (LUGE).
où il est actuellement
enseignant à la Faculté de
Droit et des Sciences
Economiques.
© L'Harmattan, 1994
ISBN: 2-7384-2496-1 Les idées contenues dans cet ouvrage n'engagent, bien
évidemment, que les auteurs.
Bonnes ou mauvaises, elles n'auraient cependant pu être
développées sans l'aide matérielle et amicale de nombreuses
personnes, dont Mme Eliette Germe-Tellez, Conseillère
Financière du Chef de la Mission Française de Coopération et
d'Action Culturelle de Bangui.
Elles n'auraient pu parfois être éventuellement modifiées et
réajustées en conséquence sans la relecture de MM. Pierre
Dempuré, Conseiller du Ministre des Finances de la
République Centrafricaine, Alain Leroy, professeur à l'Ecole
Normale Supérieure de Bangui et Abel Mazido, professeur à la
Faculté de Droit et des Sciences Economiques et à l'Institut
Universitaire de Gestion des Entreprises de l'Université de
Bangui, dont les remarques personnelles auront au moins
permis de vives discussions enrichissantes pour tous, à défaut
d'avoir été systématiquement reprises par les auteurs.
Que tous veuillent bien trouver ici l'expression de notre
profonde reconnaissance et de nos très sincères remerciements. INTRODUCTION
La zone Franc trouve son origine géographique et historique
dans l'empire colonial français et dans son repli sur lui même
au lendemain de la crise de 1929.
Elle n'est, cependant, véritablement institutionnalisée qu'en
août et septembre 1939, date à laquelle la France adopte le
contrôle des changes, qu'elle généralise, quelques mois plus
tard, aux territoires d'Outre-mer.
Elle constitue, initialement, une zone de contrainte
monétaire à relations de domination : ses principes et
mécanismes de fonctionnement ayant été, en effet, au départ,
déterminés autoritairement et unilatéralement par la France.
Avec les indépendances politiques, la zone Franc va se
transformer géographiquement et va changer de nature. Les
relations de domination vont être remplacées par des relations
de coopération entre la France et ses partenaires, et les
principes et mécanismes de la zone sont désormais librement
négociés et déterminés dans le cadre d'accords bilatéraux et
multilatéraux entre les Etats membres.
La zone Franc, l'une des dernières zones monétaires, avec la
zone dollar (qui groupe 32 pays derrière les Etats-Unis),
concerne, outre la France et ses DOM-TOM, 14 pays africains.
Au sein d'un système monétaire international en crise, la
zone Franc, havre de stabilité économique en Afrique
Subsaharienne durant les premières décennies des
indépendances, est brusquement entrée dans une zone de
turbulences au cours des années 90.
Ces dernières années, les pressions permanentes du FMI et
de la Banque Mondiale en faveur de la dévaluation du Franc
CFA, l'ampleur des problèmes économiques et sociaux
résultant des piètres politiques de développement ou
d'ajustement structurel, initiées en Afrique noire francophone,
tant par les bailleurs de fonds internationaux, que par les
gouvernements en place, mais aussi l'effondrement des cours
des matières premières comme ceux des produits primaires, et
la difficile émergence de régimes véritablement démocratiques
5 ont considérablement affecté les économies de tous les pays
membres de la zone Franc.
De plus, la proximité de puissants voisins à monnaies
fondantes et la quasi-permanence des rumeurs de dévaluation
ont entretenu et amplifié la spéculation contre le F.CFA qui
s'est traduite par une fuite de capitaux hors-zone sans
précédent, conduisant le 2 août 1993, la BCEAO et la BEAC à
suspendre le rachat systématique des billets CFA exportés hors
zone et qui ne correspondraient pas à des transactions
commerciales régulières.
Enfin, et ajoutés à tout cela, les récents changements
perceptibles dans la politique française de coopération à l'égard
des "pays du champ", conduisant notamment à se ranger
systématiquement aux recommandations des Institutions de
Bretton-woods dans la conditionnalité de l'aide, tout en
entamant un processus incontestable de désengagement partiel,
dû à un redéploiement de l'aide face à des moyens financiers de
plus en plus limités, ont abouti au Sommet de Dakar du
10/01/1994, durant lequel, sous couvert d'augmenter le capital
d'Air Afrique, se sont en fait, prises les dernières et importantes
décisions concernant la zone Franc.
Il y a été notamment décidé une dévaluation de 50% du
F.CFA et de 33% du Franc comorien, ainsi qu'un certain
nombre de mesures d'accompagnement de la part de la France
et l'assurance du soutien des Institutions de Bretton-Woods aux
programmes d'ajustement, auxquels la dévaluation ouvre la
voie.
Fallait-il en arriver là et quelles répercussions risquent
d'avoir ces mesures sur les économies déjà fragiles des Etats de
la zone Franc ? C'est à cette question et à beaucoup d'autres
qu'essaye de répondre cet ouvrage.
C'est ainsi qu'après avoir présenté la genèse de la zone
Franc, nous décrirons ses mécanismes et principes de
fonctionnement, avant de soulever son impact sur le
développement économique des pays membres et d'aborder la
problématique de la dévaluation du Franc CFA. Nous
examinerons, enfin, les récentes initiatives prises dans le cadre
du renforcement de l'intégration économique des pays qui la
composent .
6 PREMIERE PARTIE
GENESE DE LA ZONE FRANC
Durant tout le XIXe siècle, la France organise son empire
colonial notamment sur le plan monétaire. Elle procède à cet
effet à l'émission de billets de banque confiée à des banques
privées locales soumises au contrôle de l'Etat française,
parallèlement au retrait des monnaies étrangères et/ou
indigènes2.
Dès cette époque, des liens étroits et privilégiés sont ainsi
institués de fait entre le Franc français métropolitain et les
monnaies circulant dans les colonies françaises.
Le contrôle des opérations de toutes ces "banques
coloniales" va se renforcer après la Première Guerre mondiale,
en contrepartie de la possibilité qui leur était donnée d'échanger
à parité leur monnaie contre du Franc français (un pour un).
La zone Franc, proprement dite, peut être considérée comme
l'une des conséquences de la crise de 1929. Elle constitue, en
effet, le prolongement logique de la contraction brutale du
commerce international entre les grandes nations (dans les
quatre premières années de crise : la valeur du commerce
mondial diminue de plus des deux tiers) et de la fermeture des
marchés, corrélative à la montée des égoïsmes nationaux
1- La Banque d'Algérie, la Banque de la Martinique, celles de la Guadeloupe et de la
Réunion furent créées dès 1851, la banque de la Guyane voit le jour en 1854, la
Banque du Sénégal en 1853 (elle deviendra en 1901 la banque de l'Afrique
occidentale: BAO, ancêtre de l'actuelle BIAO), la Banque de Nouvelle-Calédonie en
1874, la Banque d'Indochine en 1875, et enfin, celle de Madagascar en 1925.
2- Il était courant à l'époque d'utiliser diverses denrées comme monnaie d'échange ou
comme monnaie de compte dans toutes les colonies françaises. C'est ainsi que les
peaux de castors et de rennes pour le Canada, la morue à Saint-Pierre-et-Miquelon,
le sucre et le tabac aux Antilles, enfin le mil, les noix de kola, le sel, les perles de
verre, les barres ou les bracelets de métal, le coton tissé (les guinées) et les cauris
pour l'Afrique noire ont longtemps servi d'instruments réels d'échange.
7 (élévation des droits de douanes, restriction des importations et
des mouvements de capitaux).
En effet, la France pour préserver ses débouchés extérieurs
et ses approvisionnements se replie alors sur son empire
colonial, transformé en un vaste marché protégé par des
mesures douanières appropriées.
L'instauration de ce marché privilégié a d'ailleurs favorisé
un essor considérable des échanges commerciaux entre la
métropole et ses colonies de 1931 à 1938. Au cours de cette
période, par exemple, les importations françaises d'Afrique
noire ont été multipliées par 3,43, celles d'Indochine par 4,68,
celles de Madagascar par 2,8 ; dans le même temps les
exportations de la France vers ces mêmes colonies ont été
respectivement multipliées par 2,55, 1,73 et 1,49.
La traduction monétaire de cette zone d'échanges privilégiés
ne se fait cependant qu'au début de la Deuxième Guerre
mondiale, avec l'institution par la France du contrôle des
changes (décrets d'août et septembre 1939 pour le territoire
métropolitain, et décret de février 1940, concernant l'extension
du contrôle des changes à l'Outre-mer) 3 .
"Conçu pour protéger la balance des paiements et les
monnaies de la zone contre les déséquilibres structurels nés ou
aggravés par l'économie de guerre, le cordon sanitaire du
contrôle des changes délimitait une zone protégée par une
défense commune, et à l'intérieur de laquelle la liberté
complète des transferts et l'interconvertibilité absolue des
monnaies permettaient de maintenir la liberté des échanges- 4 .
3 - "Historiquement, les zones monétaires ont eu une utilité circonstancielle majeure:
permettre les échanges internationaux malgré la généralisation du contrôle des
changes". A.Samuelson : "Economie monétaire internationale" Memento Dalloz, 4°
ed., 1986 (p.41).
4 - P.Ripoche : "La Zone franc", Institut pour le développement économique, Banque
internationale pour la reconstruction et le développement. Paris, 1963, (p. 4).
8 "La zone monétaire revêtait inévitablement le caractère d'un
ensemble autarcique, fondé sur une étroite solidarité et destiné
à assurer, sur la base de complémentarités économiques, la
défense du groupe vis-à-vis de l'extérieur" 5 .
Quatre grands principes régissaient alors les mécanismes
internes et externes de la zone Franc :
- parité fixe entre les diverses monnaies internes,
- liberté de transfert interne,
- mise en commun des ressources en avoirs extérieurs :
or et devises,
- réglementation des changes unique applicable dans
tous les pays de la zone vis-à-vis des autres pays.
L'organisation du contrôle des changes mise sur pied par la
France en 1939, s'est traduite également, à l'époque, par la
création d'un office des changes, chargé avec l'office national
du commerce extérieur, et en étroite collaboration avec lui, de
diriger les importations et les exportations de la zone Franc,
tant sur le plan des marchandises que sur celui des devises.
L'office national du commerce extérieur délivrait les
permissions d'exporter ou d'importer, et l'office national des
changes délivrait les permissions de régler les importations ou
d'encaisser le paiement des exportations.
Toutes les devises devaient donc être remises à l'office des
changes et il était interdit, sauf autorisation spéciale de la
Banque de France, de négocier l'or, de l'importer ou de
l'exporter sous ses différentes formes.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l'émission monétaire
dans les colonies françaises est transférée à des Etablissements
publics.
5 - B.Vinay : "Zone franc et coopération monétaire", Ministère de la Coopération,
1980 (pp. 13-14).
9 Les liens avec Paris sont cependant rompus dès 1942 pour
un certain nombre de colonies africaines notamment l'Afrique
Equatoriale Française (l'A.E.F.) : la France libre en ayant pris le
contrôle politique, y assume alors le contrôle monétaire avec la
garantie de la Banque d'Angleterre (en échange de quoi, le
Général de Gaulle au nom de la France libre offre à l'Angleterre
la moitié de la production d'or de l'A.E.F. pour aider à
financer l'effort de guerre).
La Caisse de la France libre créée en décembre 1941, qui
deviendra en février 1944 la Caisse Centrale de la France
d'outre-mer, ancêtre de la Caisse Centrale de Coopération
économique (CCCE) et donc de l'actuelle Caisse Française de
Développement (CFD), reprend ainsi en juillet 1942 le
privilège d'émission que détenait la BAO en Afrique
Equatoriale Française et au Cameroun.
L'amélioration des conditions économiques d'après-guerre
et le rétablissement corrélatif de la santé monétaire commune
ont conduit à un assouplissement du caractère autoritaire,
centralisé et rigide des mécanismes mis en place.
La zone Franc en Afrique subsaharienne est la zone CFA.
Son histoire suit celle du Franc CFA, qui survivra aux
indépendances et qui est aujourd'hui la monnaie commune d'un
ensemble géographique, cerné par de puissants voisins à
monnaie fondante.
I. LA NAISSANCE DU FRANC CFA
Le Franc CFA (la signification du sigle était à l'époque :
"Colonies Françaises d'Afrique") et le Franc CFP (Colonies
Françaises du Pacifique), ou francs coloniaux, naissent le 26
décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton
Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds
Monétaire International, avec un Franc français dévalué le
même jour, mais de deux façons différentes, afin de tenir
compte du fait que durant la guerre, la hausse des prix avait été
plus rapide en métropole que dans le reste de l'empire colonial.
10 Le Franc français se définit alors par rapport au dollar selon
le rapport :
1 $ = 119,50 FF,
et le Franc CFA, par rapport au FF selon la parité
1 F.CFA = 1,70 FF.
Il passera, trois ans après, à 2,00 FF suite à la dévaluation
du Franc français du 17 octobre 1948, parité qu'il a conservé
jusqu'au 12 janvier 1994, si l'on tient compte de l'instauration
du nouveau FF en 1958 et que l'on raisonne en centimes. En
1958 le Franc CFA devient le "Franc de la Communauté
Française d'Afrique" et valait, en effet, depuis cette date 0,02
FF. Depuis janvier 1994, le Franc CFA vaut 0,01 FF.
Le Franc CFP correspondait de son côté à 2,4 FF en
décembre 1945, et passera à 5,5 FF en septembre 1949, parité
qu'il conserve encore aujourd'hui, si l'on raisonne en anciens
Francs, après avoir connu trois dévaluations successives le
portant respectivement à 4,32 FF en janvier 1948, puis à 5,31
FF en octobre 1948, et enfin à 5,48 FF en avril 1949.
II. INDEPENDANCES POLITIQUES ET
TRANSFORMATIONS DE LA ZONE FRANC
Les données de l'émancipation politique ont accéléré
l'évolution de la zone Franc vers un régime contractuel,
volontaire, reposant sur une adhésion, liUrement consentie, à
une discipline commune fondée sur des habitudes et des
intérêts communs. La zone Franc a, en effet, profondément
6 . évolué depuis la décolonisation
L'organisation unitaire, qui avait été mise en place sous
l'autorité politique et monétaire de la France, a connu de
nombreux aménagements et de profonds changements à la suite
6- B.Vinay :op. cit. (pp 13-14).
11 de décisions arrêtées librement par les Etats souverains ayant
accédé à l'indépendance.
Certains pays ont ainsi décidé d'assurer leur personnalité
monétaire en rompant tous les liens antérieurs, avec l'ancienne
puissance coloniale, c'est le cas du Liban (1948) et de la Syrie
(1949), des pays de l'ancienne Indochine française (Cambodge,
Laos, Viêt-nam) (1954), et des pays du Maghreb (Tunisie,
Maroc, Algérie) (dès 1956).
Les pays francophones d'Afrique noire, à l'exception
cependant de la Guinée, ont décidé de leur côté de maintenir
avec la France des liens particuliers en matière monétaire, sur la
base d'une coopération organique et de relations contractuelles.
La France a ainsi su éviter, avec l'accord des nouveaux
pouvoirs, que l'indépendance ne consacre l'éclatement de la
zone Franc, comme cela fut le cas de la zone sterling.
Seul le Mali a interrompu cette coopération en 1962, pour
rejoindre la zone Franc en 1967, avec un Franc malien jusqu'en
1984, date à laquelle il intègre définitivement l'Union
Monétaire Ouest Africaine.
Plus récemment, en 1973, Madagascar a renoncé à maintenir
les rapports noués en matière monétaire avec la France, et la
même année, la Mauritanie rompait ses liens avec l'Union
Monétaire Ouest Africaine.
Des pays qui n'avaient jamais fait partie de la zone Franc, y
sont entrés, comme la Guinée Equatoriale en 1985, alors
qu'elle est une ancienne colonie espagnole.
Aujourd'hui, la zone Franc concerne ainsi, outre la France et
ses départements et territoires d'outre- mer, 14 pays africains
regroupés en unions monétaires.
12 Graphique 1 : La zone Franc aujourd'hui
ZONE FRANC AUJOURD'HUI
France Collectivités PAYS A COMPTE D'OPERATION
métropolitaine Départements Territoires territoriales
Principauté de d'outremer d'outre-mer à statut
Monaco particulier
Union Union
République monétaire monétaire
identique des GUADELOUPE NOUVELLE- MAYOTTE FRANCE ouest d'attique
Co mons MARTINIQUE CALEDONIE MO NA CO africaine centrale
GUYANE POLYNESIE
REUNION Fronçai»
BENIN CAMEROUN COMORES WALLIS ET St PIERRE et
BURKINA-FASO CENTRAFRIQUE MIQUELON FUTUNA
COTE D'IVOIRE CONGO
MALI GABON
NIGER GUINEE EQUATORIALE
SENEGAL TCHAD
TOGO
Franc CFP Franc FF Franc FF Franc FF Franc CFA Franc CFA Franc Comorien I
Banque Banque des BANQUE DE Institut Banque Institut Institut
centrale des Etats FRANCE de-einholen centrale dee d'émission d'imitation
Etatr d'Afrique d'Afrique des D.O.M doute-mer Comores d'outre-mer
de l'omet centrale
BF IEDOM IEOM IEOM BCEAO BEAC BCC
(PARIS) (PARIS) (PARIS) (PARIS) (DAKAR) (YAOUNDÉ) (MORONI)
1 FCFP 1 FCFA e 0,0IFF IF Comorien
st 0,055 FF ut 0,0133 FF
13
L'Institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM)
a été créé en 1959.
Il assure l'émission monétaire des FF des départements
d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion)
ainsi que Saint-Pierre-et-Miquelon (collectivité territoriale
depuis 1985). Son siège est à Paris où il agit en tant que
correspondant de la Banque de France.
L'Institut d'émission d'outre-mer (IEOM) a été créé en 1967
pour remplacer la Banque d'Indochine. Il assure l'émission
monétaire du Franc CFP dans les trois territoires d'outre-mer
(Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna) et
sert de correspondant à Paris de la Banque de France pour
Mayotte (collectivité territoriale à statut particulier utilisant le
FF).
La Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest
(BCEAO) a été créée en 1959 afin de remplacer l'Institut
d'émission de l'Afrique Occidentale Française et du Togo qui
avait été instauré en 1955.
La Banque des Etats d'Afrique Centrale (BEAC) a été créée
en novembre 1972, afin de succéder à l'Institut régional
d'émission de l'Afrique Equatoriale Française et du Cameroun
qui avait été instauré en 1955.
Le Franc CFA est devenu le "Franc de la Communauté
Financière en Afrique" pour l'Union monétaire ouest-
africaine, et le "Franc de la Coopération Financière en
Afrique centrale" pour l'Union Monétaire d'Afrique Centrale.
La zone Franc en Afrique se présente comme suit sur un
plan géographique :
14
Graphique 2: La carte de la zone Franc en Afrique
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5
Sur un plan général et économique, les pays africains
membres de la zone Franc se caractérisent de la façon suivante.
Tableau 1: Données générales sur les pays africains de la
zone Franc
Pays Superficie Population Densité Taux de PIB par
(millions croissance habitant en S (Hab./Km2) (Ktn2)
d'habitants) démographique (1990-1991)
(1980-1990)
Bénin 115 762 39,7 360
Burkina 274 122 32,9 330
322 463 36,3 834 Côte d'ivoire
Mali 1 240 190 6,8 276
Niger 1 267 000 5,9 335
Sénégal 197 161 38,0 790
Togo 56 600 642 462
Cameroun 475 442 12,10 22,0 2,9 % 1040
Centrafrique 620 COO 3,10 4,8 2,7 % 400
342 000 6,5 3,4 % 1100 Congo 2.30
Gabon 267 667 1,20 4,5 3,6 % 3540
28 051 0,42 14,9 2,0 % 430 Guinée Equ.
5,80 2,4 % 220 Tchad 1 284 000 4,5
Source : La zone Franc, rapport 1991 (Secrétariat du comité monétaire de la zone Franc)
16
Tableau 2: Répartition par pays de la masse monétaire,
en milliards de F.CFA, et en %, pour l'année 1991
Pays Masse Part dans la Part dans le
monétaire zone total
8,00% Benin 157,7 4,70%
Burkina 167,6 8,50% 5,00%
Côte 847,6 42,90% 25,30%
d'Ivoire
Mali 152,8 7,70% 4,60%
Niger 119,2 6,00% 3,55%
Sénégal 368,9 18,60% 11,00%
Togo 164,4 8,30% 5,00%
Total UMOA 1978,2 100,00% 59,00%
Cameroun 770,3 56,00% 23,00%
Centrafrique 59,5 4,30% 1,80%
Congo 160,8 11,70% 4,80%
Gabon 308,0 22,40% 9,20%
Guinée Equ. 3,3 0,24% 0,10%
Tchad 73,0 5,30% 2,20%
Total 1374,9 100,00% 41,00%
BEAC
Total Zone 3353,1 100,00%
Franc
(Source: "La zone Franc", rapport 1991,Secrétariat du
Comité monétaire de la zone Franc)
A titre de comparaison, en 1991, la masse monétaire de la
France (M2) s'élevait à 2857 milliards de FF soit à 142 850
milliards de F.CFA. La masse monétaire des pays africains de
la zone Franc ne représentait donc que 2,35% de la masse
monétaire de la France. La dévaluation de janvier 1994 aura
pour conséquence de diviser encore par deux cette faible
importance relative, toutes choses égales par ailleurs.
17

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