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Le Golfe des turbulences

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256 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296188198
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COMPRENDRE
Collection

LE MOYEN-ORIENT
dirigée par lean-Paul Chagnollaud

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Collection « Comprendre

le Moyen-Orient»

De la Méditerranée orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergence de prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique par l'importance extraordinaire de ce qu'elle a donné au monde. Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il paraît plus « compliqué» que jamais au point que beaucoup renoncent à y voir clair. Il est pourtant indispensable de chercher à comprendre ce qui s'y passe car le destin de cette région nous concerne directement: outre les liens religieux, culturels et politiques que l'histoire a tissés entre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques, nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori, cette collection entend contribuer à rendre plus intelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur le jeu complexe des relations internationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent cette nécessaire ambition intellectuelle.
lean-Paul CHAGNOLLAUD

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Comprendre

le Moyen-Orient»

Liesl Graz

LE GOLFE
DES TURBULENCES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

COLLECTION « COMPRENDRE LE MOYEN-ORIENT» Jean-Paul CHAGNOLLAUDET ALAIN GRESCH, l'Europe et le conflit israélo-palestinien. Débat à trois voix, 1989, 200 p. Doris BENSIMON, Les juifs de France et leurs relations avec Israël (1945-1938), 1989,288 p. Habib ISHow, Le Koweït: évolution politique, économique et sociale, 1989, 208 p. Firouzeh NAHAVANDI,Aux sources de la révolution iranienne, 1988, 278 p. NadinePlcAuDOU, Le mouvement national palestinien: genèse et structures, 1989, 285 p. Jacques SEGUIN, Le Liban-Sud, espace périphérique, espace convoité, 1989, 212 p.
DU MÊME AUTEUR:

L'Irak au Présent, Lausanne, Les Trois Continents, 1979. Les Omanis : Nouveaux gardiens du Golfe, Paris, Albin Michel, 1981.

@ L'Harmattan,

1990

ISBN: 2-7384-0466-9

A la mémoire de Rosy Rouleau. en pensant à tous les projets que nous avions échafaudés ensemble et qui ne verront, hélas, jamais le jour...

Remerciements
De nombreuses personnes m'ont aidée à faire ce travail. Qu'elles soient toutes ici remerciées, surtout mes amis sur place ou originaires des pays concernés, dont la plupart n'ont rien à voir avec des services d'information officiels: ils m'ont donné de leur temps, accordé leur confiance et partagé leur savoir. Je ne les nomme pas individuellement; tout d'abord, la liste serait très longue mais, plus important encore, je sais que la plupart d'entre eux préfèrent ne pas être nommés. Non pas qu'ils aient peur, mais simplement par discrétion, un trait caractéristique des gens du Golfe. Récemment, à la lecture d'une revue américaine consacrée aux études sur le Proche-Orient, j'ai vu un chroniqueur fustiger l'auteur d'ùn livre parce que celui-ci utilisait le procédé, qualifié de «journalistique », de ne pas identifier totalement toutes ses sources. C'est à se demander si, tout spécialiste qu'il soit, ce chroniqueur est déjà allé au ProcheOrient. On veut bien vous faire confiance, souvent plus spontanément qu'en Occident, et on partage même beaucoup de confidences à condition d'être sûr, absolument sûr, de ne pas être trahi. Je plaide coupable, non pas de trahison, mais de ce procédé dit journalistique; je suis fière d'être journaliste, et j'ai la prétention de n'avoir jamais trahi une confiance. Cela dit, chaque fois que cela m'était possible, j'ai donné mes sources. Les services des divers ministères d'Information des pays concernés m'ont beaucoup aidée, de l'obtention de visas aux fixations de rendez-vous, facilitant mille arrangements, aidant à la recherche de documentation, faisant office de port d'attache et tissant des liens qui, chez certains, ont dépassé les rapports de service pour devenir ceux de l'amitié; je les remercie tous, du ministre aufaraj, le« garçon-à-thé ». Mais-faut-ille préciser? - ce livre n'est nullement une production officielle. Dans 7

certains des pays concernés, heureusement pas dans tous, ce fait le rendait (et me rendait) presque suspect. Pour faire comprendre ce que peuvent être quelques-unes des difficultés rencontrées surtout en ce qui concerne l'Arabie Saoudite, où les visas s'accordent au compte-gouttes, je ne peux mieux faire que de me référer à l'introduction de l'excellent livre de Jonathan Raban, Arabia Through the Looking Glass (Londres, 1979). L'auteur y décrit ses démêlés avec les divers consulats et explique comment il a fait antichambre pendant des heures et des semaines avec des succès variables. La situation ne s'est guère améliorée depuis. Le désir d'indépendance, pour un livre comme celui-ci, m'a proscrit tout lien matériel ou financier avec quelque gouvernement ou organisation officielle que ce soit; néanmoins, je dois remercier Gulf Air et Air France pour leur précieux soutien, facilitant certains de mes voyages, et la Banque populaire suisse pour une aide d'appoint bienvenue. Merci encore à Dominique, Jean-Christophe et Bertrand Graz, à Olivier Da Lage, à Awad al-Jabry et surtout à Mauricette Gollut qui ont lu le manuscrit en partie ou en entier et m'ont énormément aidée par leurs précieux conseils. Merci aussi à Odile Kerouani de l'Institut du Monde Arabe à Paris (PMA) pour son travail de cartographie. Enfin, je remercie chaleureusement les rédacteurs chefs de rubrique de The Economist, merveilleusement compréhensifs, ainsi que toute ma famille, et particulièrement mon mari; une fois de plus ils m'ont tous soutenue et ont eux-mêmes survécu aux affres de l'accouchement d'un livre - encore plus pénible à vivre pour l'entourage que pour l'auteur lui-même. Epalinges-sur-Lausanne, avril 1989

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Préface
La guerre qui, pendant près de huit longues années, a opposé l'Iran et l'Irak dans une région stratégique puissamment explosive qui abrite près de la moitié des réserves pétrolières du monde, a démontré la vulnérabilité des pays du Golfe. Elle a non seulement coûté cher aux deux principaux protagonistes de ce drame sanglant et absurde, mais a également failli entraîner toute la région dans la conflagration, ce qui n'aurait pas manqué de créer les conditions d'un nouveau conflit à l'échelle mondiale. C'est d'ailleurs cette montée des périls qui a incité les Grandes puissances à dépasser leurs divergences pour éteindre les feux du brasier. Après une longue période d'attente et d'atermoiements, elles ont mis tout en œuvre pour contraindre les deux belligérants à accepter un cessez-le-feu qui en fin de compte a fait que le conflit n'a eu ni vainqueur, ni vaincu. Bagdad a beau crier victoire, les Irakiens n'ont en définitive réussi qu'à éviter une défaite qui aurait été inéluctable si Moscou et Paris ne les avaient pas aidés en les surarmant et si les Etats-Unis n'étaient pas intervenus presque directement dans la bataille à partir d'avril 1988 en envoyant les « marines» dans le Golfe. La paix ainsi obtenue demeure fragile et les germes d'un conflit futur subsistent. Le problème du Chatt al-Arabie, qui a été en grande partie à l'origine de la guerre, est resté sans solution - aucune des deux parties n'étant disposée à transiger - et constitue une bombe à retardement qui peut, dans une échéance plus ou moins lointaine, mettre à nouveau le feu aux poudres. Le Golfe demeure donc toujours une zone de turbulences, bien que le rapport des forces s'y soit considérablement modifié. L'apparition en 1979 de l'Iran khomeiniste et sa volonté affichée d'exporter sa révolution, avaient au fil des ans contribué à créer 9

autour de l'Irak - qui pourtant avait déclenché le conflit - une certaine sainte alliance en vue de contrer les ambitions de Téhéran et la menace que constituait pour les familles régnantes du Golfe l'exemple de la révolution chiite qui se proclamait fondamentalement anti-impérialiste et populiste. Avec les excès du khomeinisme, les revers subis par les militaires de Téhéran et la disparition de l'imam, le spectre du danger iranien s'est singulièrement estompé. Une autre menace se profile à l'horizon: la guerre qui vient de se terminer a fait de l'Irak la première puissance militaire non seulement du Golfe, mais également du monde arabe. Les pétro-monarchies se rappellent encore les avertissements que leur adressait le président Saddam Hossein au cours des années 1970, avant de recourir à leur aide au cours de la guerre de la Qadissiya contre
« l'ennemi persan».

La montée en puissance de Bagdad inquiète en particulier le petit émirat pétrolier de Koweit, jadis revendiqué par le général Abdel Karim Qassem comme faisant partie intégrante de l'Irak et dont l'existence autonome n'a été reconnue qu'à contrecœur par le Baath au pouvoir à Bagdad qui a depuis refusé de régler d'une manière définitive le lourd mais délicat contentieux frontalier qui oppose les deux pays.

Pressentant le « péril irakien », les six monarchies pétrolières
de la Péninsule arabique qui s'étaient regroupées en mai 1981 au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour faire face aux dangers inhérents à la guerre du Golfe qui venait d'entrer dans son neuvième mois, avaient tenu à écarter l'Irak de leur alliance, prétextant le souci de ne pas irriter l'Iran qui n'aurait pas manqué d'y voir un casus belli. L'exclusion du régime baathiste qui a toujours rêvé de remplir le rôle de gendarme du Golfe, profitait en fin de compte à l'Arabie Saoudite qui prétend également au rôle de première puissance régionale dans cette région. Bagdad n'a jamais pardonné à Riyadh cette mise à l'écart avec l'Iran, le Conseil de coopération arabe (CCA). Malgré sa vocation économique délibérément affichée, ce regroupement régional apparaît plutôt comme une alliance politique destinée à contrebalancer l'influence du CCGprésidé par Riyadh. Il est vrai que depuis, l'Irak et l'Arabie Saoudite ont conclu un pacte de non agression, mais ce dernier dissimule mal les divergences qui opposent le royaume wahhabite à l'Irak baathiste. La création du CCG en 1981 a en fait constitué un réflexe d'autodéfense des monarchies pétrolières du Golfe contre l'ingérence éventuelle dans leurs affaires provenant de l'Iran ou de l'Irak, une sorte de garde-fou contre les idéologit:s propagées 10

par la République islamique de Téhéran et les velléités expansionnistes du Baath irakien. En somme, les six monarchies pétrolières conservatrices du Golfe, tout récemment encore promues au rang d'Etat, ont

constitué pour reprendre une formule connue un « syndicat de
dynasties» destiné à les mettre à l'abri non seulement des contradictions de leurs propres sociétés fondées sur des rapports traditionnels et quasi-féodaux, mais également des convoitises de leurs puissants voisins qui se disputent le leadership du Golfe. Le grand mérite de l'ouvrage de Liesl Graz est de présenter d'une manière claire et exhaustive - dans les moindres détails et sous tous leurs aspects - les données fondamentales du problème du Golfe, facilitant ainsi la compréhension du lecteur qui découvre avec étonnement les multiples facettes d'une réalité fort complexe et souvent déroutante. Ouvrage de référence et lecture indispensable pour celui qui veut démêler l'écheveau des contradictions de la véritable terre de paradoxes qu'est devenue cette région du monde en constante transformation et où le passé moyenâgeux côtoie parfois le modernisme le plus outrancier.
Jean GUEYRAS

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Réalisation cartographique: Odile Kerouani, Centre de Documentation de l'Institut du Monde Arabe, Paris.

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INTRODUCTION: LA SCÈNE DE TOUTES LES EXTRAVAGANCES...
«Le Golfe»: drôle de nom; ce n'est ni le golfe de Gascogne, ni le golfe du Mexique, et pourtant tout un chacun sait de quoi on parle. La scène de toutes les extravagances des années folles est devenue le théâtre de toutes les peurs alors que deux de ses riverains se livraient une guerre qui n'en finissait pas, manquant de peu d'y engloutir les malheureux Etats neutres qui se trouvaient pris littéralement entre deux feux. Les belles eaux turquoises du Golfe avaient vu tant de marées noires, tant de pétroliers en flammes, qu'elles avaient presque oublié leur vocation première: véhiculer des richesses, des perles au pétrole. Ce golfe, bras septentrional de la mer d'Arabie, toujours si chaud, était devenu brûlant: de la tête du golfe d'Oman, il s'enfile par le détroit d'Ormuz jusqu'à l'embouchure du Chatt al-Arab, fleuve tellement contesté qu'il est devenu l'un des enjeux principaux de la dispute entre l'Irak et l'Iran. Pourquoi parle-t-on tant des pays qui bordent le Golfe, en les connaissant si peu? Soyons honnêtes. Près de la moitié des réserves pétrolières connues au monde sont enfouies sous ses deux rives, arabe et persane. L'Occident, et pas seulement lui, n'a pas encore appris à s'en passer; ni des revenus qui en découlent, car depuis bientôt vingt ans les économies des pays riverains sont inextricablement liées à celles du reste du monde. n n'est plus possible de dire: «Et après? ». Que les pays neutres, et pas uniquement des riverains, aient si longtemps accepté de se faire bombarder, de laisser démolir, brûler et envoyer par le fond leurs bateaux semble un signe clair de l'importance qu'ils continuent à accorder à cette région et témoigne en même temps de leur impuissance - ou peut-être de leur indifférence - à faire arrêter le carnage. La guerre aura duré presque huit ans et même au moment où ces lignes sont

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écrites. elles n'est pas formellement finie. Pourtant, même si l'état de non-guerre non-paix, se prolongeait pendant des mois, peut-être des années, il y a si peu de chance de voir se rouvrir des hostilités ouvertes, que le temps semble vraiment venu où il devient possible de faire un bilan, et d'aller au-delà des canonnières et des puits. Gênant pourtant, ce « Golfe» tout court; depuis des siècles, mais tant est les géographes l'appelaient le « golfe Persique devenue grande la hantise de vexer les Etats arabes qu'on hésite aujourd'hui à employer ce terme. A part les Américains; dans les communications officielles comme les journaux, ils parlent toujours du « golfe Persique D'autre part, peu d'étrangers se que les services officiels, sentent à l'aise avec ce « golfe Arabe surtout en Irak, essaient d'introduire depuis le début des années soixante-dix. Pour gênante qu'elle soit, la confusion traduit assez bien la situation sur place: vrai mare nostrum pour les riverains des deux côtés depuis des millénaires, le Golfe n'a jamais connu son unificateur indigène, n'a jamais été une mer ni vraiment perse ni franchement arabe 1. Les riverains ne se posaient guère de questions à ce propos jusqu'à très récemment. Une première interpellation contemporaine était inscrite dans les visées impériales du dernier chah d'Iran, qui aimait à se nommer« gendarme du Golfe )). Ensuite, ce fut au tour de M. Sadd am Hossein; avant d'accéder à la présidence de l'Irak, bien avant de se lancer dans la guerre, il caressait l'espoir de devenir lui-même le protecteur arabe de ce même golfe. Le premier enjeu proclamé de la guerre n'était-il pas la récupération de trois petits îlots « arabes )), près du détroit d'Ormuz, occupés par le chah en 1971 ? Dans cette guerre étrange, une des conditions pour que l'on cesse de se battre, la constitution d'une commission qui devait désigner l'agresseur, n'était pas la dernière des bizarreries. Pour les deux pays en guerre, l'autre est seul responsable, donc peu importe qu'il y ait eu des milliers, des dizaines de milliers de morts supplémentaires. L'honneur... et, du moins du point de vue de l'Iran, l'espoir de réparations en espèces, à faire payer en partie par des amis arabes de l'Irak. Après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, en août 1988, on tergiversa pendant des mois, notamment pour ne pas arriver trop vite à cet article épineux 2. En 1980, le déclenchement de la guerre semblait l'occasion rêvée pour Saddam Hossein de prendre la place du chah comme grand frère et protecteur arabe des monarchies du Golfe contre les velléités révolutionnaires iraniennes. La situation n'était pas exempte de paradoxe. Le baath irakien, parti qui se confond avec le pouvoir absolu depuis 1968, a régulièrement dénoncé ces
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monarchies « rétrogrades» et « corrompues», et y a dépêché des agents déstabilisateurs répandre la doctrine de sa révolution. L'Irak a soutenu les rebelles du Dhofar contre le sultanat d'Oman, puis les incarnations successives du Front populaire de libération d'Oman et du golfe Arabe. Des agents irakiens se trouvaient encore dans les Emirats arabes unis, du moins jusqu'à 1982; ils s'y affairaient à encourager des révolutionnaires potentiels, notamment à Ras al-Khaimah. Depuis que l'Egypte avait été évincée du centre de la scène arabe, en 1979, Saddam Hossein se posait en chef et défenseur des Arabes, tous les Arabes, à commencer par ses riches et vulnérables voisins du Golfe. Le sommet qui devait condamner l'Egypte, à la suite de la signature du traité de paix avec Israël, avait été convoqué à Bagdad. Sadd am était encore à quelques mois de la présidence de la république d'Irak, mais ce sommet marquait, en quelque sorte, le point culminant de sa puissance, et tous les espoirs lui étaient permis. Vue de Bagdad, la vulnérabilité politique des Etats du Golfe comptait plus que leur richesse. Avant de se ruiner dans la guerre, l'Irak n'avait pas besoin de conquérir plus de champs de pétrole pour faire tout ce qu'il voulait. Dans ce cas, ambition et orgueil pesaient plus lourd que les considérations économiques. L'espoir d'un triomphe idéologique qui aurait, à son tour, renforcé ces ambitions était présent dans les calculs, et sur le moment, le triomphe ne semblait pas du tout impossible. Les Etats du Golfe ne se sentaient pas vraiment menacés par l'Iran au moment du déclenchement de la guerre; ils craignaient tout autant l'Irak. L'empressement de Saddam à se proclamer défenseur de l'arabité, à propos des trois petites îles près du détroit d'Ormuz, contrastait si fortement avec le peu d'enthousiasme des ex-propriétaires
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à lui emboîter le pas qu'aucune

ambiguïté ne pouvait subsister. Avant la folie pétrolière qui commença en 1969-1970 (1973 en était la confirmation et non le début), la dernière fois que le Golfe se trouva au centre de l'actualité internationale fut autour des années 1514-1515. Alors, les Portugais, au faîte de leur puissance, s'en étaient assuré une suprématie fragile disputée par les Safavides et les Ottomans, deux autres empires en pleine expansion, et en pleine concurrence. Les Portug~is avaient installé des points d'appui, dont témoignent encore quelques beaux forts, mais ne restèrent que peu de temps. A l'intérieur du Golfe, le déclin de leur puissance se fit sentir dès le milieu de ce même XVIesiècle; ils se firent évincer de Mascate, leur dernière place forte en Arabie, cent ans plus tard. Les deux autres 19

puissances laisseront des empreintes plus durables. L'empire perse des Safavides a pu s'installer sur toute la rive nord-est du Golfe où, exception faite de quelques prétentions anglaises, la suprématie iranienne n'a jamais été disputée depuis. Les Ottomans ont étendu leur domination sur l'autre rive jusqu'à mi-hauteur, et assez légèrement. L'époque ottomane a laissé quelques problèmes de fron'ières qui troublent durablement les relations sur la rive arabe du Golfe, mais peu d'autres empreintes. Les siècles suivants furent marqués par de grandes migrations précédant un temps de sédentarisation. Vers 1700, Bahrein a retrouvé la vocation de centre de commerce qu'il avait connue épisodiquement depuis trois millénaires. Les sources d'eau douce et, conséquence naturelle, une richesse agricole relative, faisaient de Bahrein une terre convoitée et bientôt conquise par la famille AI-Khalifa. Les AI-Khalifa et leurs fidèles avaient passé du Nejd, au centre de la Péninsule arabique, au Qatar, puis à Koweit, avant de retourner au Qatar. Là, ils créèrent une industrie perlière à Zubara, puis repartirent pour s'établir sur les îles en 1783. Cette conquête par une dynastie sunnite venue du continent n'a pas été sans retentir sur l'histoire contemporaine de l'archipel. Le XVIIIesiècle a également fait sortir la ville de Koweit de l'anonymat complet. En 1764, Carsten Niebuhr, le voyageur

danois, la décrit comme « une ville active avec une population de
10 000 âmes, qui vit de la pêche de perles et de commerce et

possède 800 bateaux

4 ».

Cette description suit un modèle

classique de l'époque et ne correspond pas nécessairement à la réalité. Niebuhr n'a jamais été à Koweit, et se rapportait aux récits des marins rencontrés en route. Koweit n'a guère émergé de l'obscurité d'un tout petit port avant 1775, quand les Perses occupèrent la ville de Bassorah. Pendant les quatre ans qui suivirent, alors que la route commerciale de Constantinople aux Indes contournait Bassorah par l'ouest \ Koweit prit la relève, et du coup, fit la connaissance des Ottomans et des Anglais. Les seconds installèrent un comptoir commercial dans la petite principauté, tandis que les premiers faisaient des ouvertures politiques au cheikh local. Les liens que Koweit a tissés, dès ce moment, avec l'Empire ottoman allaient devenir les plus étroits du Golfe, s'intensifiant jusqu'au moment où Koweit s'est de lui-même rattaché à la vilayat de Bassorah. Pour remercier le cheikh de cet acte amical, en 1873 le gouverneur turc Midhat Pasha lui fit don de palmeraies libres d'impôt, sur le Chatt al-Arab, d'où le Koweit amenait par bateau la plus grande partie de ses provisions d'eau 20

douce. La pratique continua jusqu'à 1950. Un projet d'aqueduc pour remettre le Chatt al-Arab à l'honneur, après les décennies de dessalement, fut élaboré à partir de 1970, puis abandonné. A la fin de la guerre on recommença à en parler dans le cadre d'un projet grandiose comprenant un véritable détournement du Chatt al-Arab vers un nouveau chenal à l'ouest de Bassorah. Le rapprochement koweitien avec les Ottomans était facilité par un souci commun de contenir l'expansion des wahhabites. Le wahhabisme est un mouvement islamique réformiste et rigoriste fondé dans le Nejd au milieu du XVIIIesiècle par Mohammed ibn Abd al-Wahhab. Très vite, le fondateur s'est allié avec l'émir de Diriya, Mohammed ibn Saud, et de cette alliance est né un dynamisme qui fait sentir ses prolongements jusqu'à aujourd'hui 6. La nouvelle force wahhabite allait se lancer à la conquête du Golfe pendant une cinquantaine d'années, terrifiant habitants et dirigeants sur son passage. Au plus fort de la vague, toute la côte était soumise; seuls Koweit et Mascate - qui n'est pas vraiment dans le Golfe - n'avaient pas succombé. Les meilleurs alliés des wahhabites dans le sud du Golfe étaient les Qawasim, qui s'étaient taillé une renommée redoutable comme chefs d'un petit empire naval centré sur Ras al-Khaimah tout près d'Ormuz. Avec leurs rivaux acharnés, les Sultans d'Oman, eux-mêmes au sommet de leur pouvoir, les rapports oscillaient entre amitié méfiante et hostilité ouverte. Au cours du XIXesiècle, le clivage Nord-Sud s'est accentué

dans le Golfe. Les territoires au sud, le « Golfe inférieur », Côte
de la Trêve (les futurs Emirats arabes unis), Bahrein et finalement Qatar furent intégrés au système des territoires sous protection britannique - tutelle, diraient les nationalistes jusqu'en 1971. Le Koweit, malgré son statut formel de protectorat anglais, après la dissolution de l'Empire ottoman, n'a jamais été assimilé au même degré, et l'Arabie Saoudite pas du tout. Jusqu'à la veille de la guerre de 1914-1918, les frontières de tous ces territoires restaient floues. En 1913, une convention anglo-turque essaie pour la première fois de leur donner une définition juridique. La tâche était malaisée dans un monde où les territoires tribaux se délimitaient plus par la loyauté envers tel ou tel cheikh que par des lignes sur une carte. Les frontières fixées par la convention de 1913 (qui ne fut jamais ratifiée) ont un air de précision trompeuse. Comme le fait remarquer Salem al-Jabir al-Sabah, si la limite nord du Koweit est fixée à Khor al-Zubayr, cela signifie quelque part sur une baie de plusieurs

kilomètres de longueur 7. De toute façon, des frontières définies
n'avaient qu'un intérêt fort limité 'jusqu'au moment, vingt ans 21

plus tard, où l'on sut que des richesses immenses étaient enfouies dans le sous-sol. Anglais et Ottomans ont recommencé l'exercice de délimitation des frontières en 1915. Le traité de Qatif reconnaissait officiellement l'Etat wahhabite et, en échange, l'émir (pas encore roi) Ibn Saoud s'engageait à respecter les frontières entre son Etat, Koweit et les autres émirats du Golfe; bel idéal pratiquement impossible à faire appliquer tant les frontières en question étaient imprécises. Nouvel. essai de mise en ordre à Ugayr en 1922, avec des représentants de la Grande-Bretagne (en tant que puissance mandataire de l'Irak et puissance protectrice du Koweit) et du royaume du Nejd, future Arabie Saoudite. Jusqu'à aujourd'hui, les Koweitiens n'ont jamais pardonné au négociateur britannique, Sir Percy Cox, d'avoir donné les deux tiers de ce qu'ils considéraient comme les territoires koweitiens à Ibn Saoud, sous prétexte que le pouvoir des Al-Sabah de Koweit faiblissait et qu'Ibn Saoud, l'étoile montante, était plus apte à y garantir l'ordre. Traçant deux grands losanges sur la carte d'un trait de plume rouge, Sir Percy créa les zones neutres, copropriété de Koweit et du Nejd, d'une part, et de Koweit et d'Irak de l'autre. Les bédouins y avaient toujours le droit de passage - comme si une frontière tracée dans le désert pouvait les arrêter - et d'éventuelles richesses seraient partagées; aucune administration n'y était prévue. Au Sud, la Côte d'Oman, ou Côte de la Trêve, connut une tout autre histoire. L'appeler, comme l'ont fait les Anglais dès la fin du XVIIIesiècle, « Côte des pirates », n'était que partiellement justifié. D'après des recherches récentes, ce serait l'utilisation précoce d'une technique de désinformation pour justifier l'intervention anglaise dans un point vital sur la route des Indes, auquel, de surcroît, la France commençait à s'intéresser de près. L'historien-cheikh Sultan Muhammed al-Qasimi, émir de Charjah, s'avance très loin dans le« blanchissement » de ses ancêtres 8, mais son argumentation, à propos de la motivation de la British East India Company et des méthodes employées (la perpétuation du « mythe» des pirates pour une justification ex post facto), est convaincante. Après l'imposition du traité général de paix en 1820, on rebaptisera la région « Côte

de la Trêve» - remarquez la nuance. Autour de 1800, lorsque les Qawasim de Ras al-Khaimah

9

acceptèrent le wahabbisme et devinrent les alliés fidèles des cheikhs de Diriya, la situation, déjà compliquée, devint chaotique. Un Qasim dissident se déclarait cheikh indépendant de Charjah, soutenu par le Sultan de Mascate. En même temps, l'hostilité des deux branches rivales de la tribu des Bani Yas se

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concrétise: les AI-Nahayan tiennent ferme à Abou Dhabi, pendant que le clan rival de Maktoum ibn Buti, replié à Dubai, apprend rapidement l'art de s'allier en alternance avec l'un ou l'autre de ses voisins. La confusion semble généralisée mais, curieusement, les alliances régionales s'organisent peu à peu. En regardant bien, dès le milieu du siècle dernier on peut trouver la préfiguration de la carte politique du Golfe de 1988. Ce ne sont pas, et de loin, des Etats dans le sens occidental. Toute organisation d'un appareil d'Etat est inexistante et l'idée d'Etat-nation encore plus. En revanche, tout le réseau de loyautés directes, doublement fondé sur des liens de famille et de confiance, existait déjà ou était en train de se tisser. Ce réseau était soutenu par des échanges de protection et des partages: le fruit des razzias et le produit des oasis... relayés peu à peu par les subsides des revenus pétroliers. Notons que si les partages anciens et modernes - n'ont pas besoin d'être mathématiquement égaux, ils doivent néanmoins obéir à un minimum de justice; la loyauté est à ce prix - et les cheikhs le savent. Dans ce contexte, appartenir à un groupe social est plus important que se rattacher à un territoire donné; cette conviction se dédouble, jusqu'au début de ce siècle en tout cas, d'une autre: l'espace économique auquel on se sent attaché est plus important que l'espace strictement politique. Ainsi, l'influence ottomane à Koweit s'étendait jusqu'aux ports d'AI-Hasa - dont Al-Ahsa était le plus important - et tournait le dos aux territoires sous influence britannique. Combien l'India Office,

en même temps qu'il contribuait à morceler le territoire

10,

considérait toute la zone comme une seule entité se mesure aussi au fait que, depuis 1778, la Résidence anglaise du Golfe était installée à Bouchir, sur la côte persane. Elle fut transférée à Bahrein, en 1946, seulement quand l'influence britannique en Iran était déjà fortement érodée au profit des Américains. Avec l'indépendance de l'Inde, une année plus tard, le Golfe perdra une grande partie de son importance aux yeux de l'Angleterre. Deux événements, dont l'importance capitale allait être révélée par la suite, ont marqué l'entre-deux-guerres dans le Golfe. Le premier est la consolidation du pouvoir des AISaoud; l'étape décisive était la conquête du Hedjaz qui portait leur pouvoir jusqu'aux rives de la mer Rouge. En tant que maîtres du Hedjaz, les Al-Saoud devinrent les gardiens des villes saintes, La Mecque et Médine. Dans les années vingt et trente, les taxes et les dépenses des pèlerins apportaient des revenus bienvenus aux nouveaux seigneurs d'un territoire immense, mais - beaucoup plus important - être gardiens des lieux saints conférait prestige, légitimité et finalement pouvoir à la royauté 23

saoudienne, éléments aussi importants que la richesse à venir. Aujourd'hui ils sont devenus autant de points sensibles face aux courants de la contestation islamiste, en Iran pour commencer, mais aussi ailleurs. L'autre événement majeur de ces années est la découverte de pétrole en quantités commercialisables. Dès avant 1914 des gisements considérables étaient connus en Irak et en Iran; l'exploitation en avait à peine commencé quand Ibn Saoud conclut son premier contrat de recherche avec le Major Frank Holmes, aventurier néo-zélandais haut en couleur, en 1923. Sept ans plus tard, Bahrein fut le premier des petits pays à

signer une concession

11,

et le premier chargement commercial

quitta l'île en décembre 1933. Le Koweit conclut son premier contrat en 1934, mais la guerre a bloqué les recherches, et les premières exportations ne sont parties qu'en 1946. On connaît la suite: Qatar, premier chargement en 1949, Abou Dhabi en 1962, suivi de Dubai, Charjah et Ras al-Khaimah, en quantités beaucoup plus modestes; finalement, Oman, où les exportations commencèrent en 1969. Pendant la guerre de 1914, le pétrole était encore considéré d'importance mineure; ce n'était plus le cas au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Pourtant, cette période n'était pas particulièrement mouvementée dans le Golfe. Les puits de pétrole dont on se souciait, étaient plus au nord; en Iran, en Irak, en Union soviétique ou en Roumanie... A la fin de la guerre, quand vint le réveil des nationalismes, ce coin reculé de la conscience arabe ne s'est pas enflammé au même rythme qu'ailleurs. Le renversement de la monarchie égyptienne se passait au loin, et le discours nassérien n'avait pas du tout le même écho qu'au Levant ou en Afrique du Nord. Néanmoins, partout où avait pénétré le transistor, on en prenait conscience. Sans les débuts de l'opulence, les populations du Golfe n'en seraient peut-être pas restées si éloignées. Les Yémens, dont la situation au début des années 1950 n'était pas si différente, peuvent servir de témoins. Paradoxe de l'époque, après l'indépendance de l'Inde et la défaite de Suez en 1956, le Golfe apparut à l'Angleterre comme un dernier point d'appui pour la sauvegarde d'Aden. C'est seulement avec le retrait de la colonie de la Couronne que le gouvernement britannique annonça son intention de se retirer aussi du Golfe trois ans plus tard, invoquant des restrictions budgétaires. La décision fut remise en discussion à Londres après que les élections aient ramené les conservateurs au pouvoir. Elle fut maintenue malgré les offres discrètes de plusieurs cheikhs de prendre en charge les frais de stationnement des troupes anglaises. Les frais étaient évalués à vingt-cinq 24

millions de livres sterling par an

12.

Le ministre britannique de la

Défense a déclaré cette offre irrecevable car « il ferait des sujets de Sa Majesté des mercenaires ». Les cheikhs étaient peut-être inquiets, mais les citoyens ne l'étaient pas du tout. Cette très brève introduction à l'histoire du Golfe nous semble indispensable pour comprendre la suite: les années de folie et les ajustements difficiles qui se font depuis 1982. Je choisis délibérément 1982 comme année charnière, et non pas 1980, l'année du début de la guerre. Cette année-là vinrent les premières grandes discussions au sein des pays du Conseil de Coopération du Golfe sur l'attitude commune à adopter envers la guerre, et les premiers grands subsides à l'Irak. Ceux-ci se sont officiellement montés à trente et un milliards de dollars entre 1981 et 1984, surtout accordés par les trois pays les plus riches 13. Depuis lors, les émirats ont pratiquement cessé leurs subsides et les autres les ont fortement diminués; restent les transactions pétrolières consenties par le Koweit et l'Arabie Saoudite pour le compte de l'Irak. Personne n'ose hasarder une estimation des subsides versés par les mêmes pays à l'Iran mais ils ont certainement existé dans des proportions et sous des formes différentes. Après les attaques sur Koweit et les affrontements de La Mecque, en 1987, il est fort peu probable qu'il en reste, sauf peut-être de la part des EAU. Le but de cette longue introduction est d'éviter des répétitions fastidieuses au cours des chapitres qui vont suivre, consacrés aux huit Etats riverains du Golfe, et surtout à la situation actuelle des six Etats membres du Conseil de

coopération du Golfe (CCG) 14 : du nord au sud, Koweit, Arabie
Saoudite, Bahrein, Qatar, Emirats arabes unis et Oman, et à leurs relations avec leurs grands et parfois encombrants voisins, l'Irak et l'Iran. Ce survol historique aidera aussi, nous l'espérons, à mieux comprendre ce qu'il y a de commun à plusieurs ou à tous et ce qui est spécifique à l'un ou à l'autre. Ce faisant, il devrait aussi aider à dégager les facteurs d'unité et de diversité -les uns aussi importants que les autres. Car il ne suffit pas de parler, comme le font tant d'Occidentaux, des pays et surtout des gens du Golfe comme si l'on y trouvait une pâte homogène et une espèce particulière et unique de l'homo arabicus. Il existe, bien sûr, des traits communs. En ce qui concerne les pays membres du CCG, le premier en est une structure sociale qui reste fortement marquée par la double influence des traditions tribales et celles des vieilles familles marchandes. L'une et l'autre sont indissociables de l'acquiescement assez général au système monarchique, même parmi ceux qui aimeraient y voir 25