Le Japon 1993

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296279193
Nombre de pages : 360
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LE JAPON 1993

@ L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-1992-5

Collection du Bureau
de la Maison Franco

Français Japonaise

de Tôkyô

LE JAPON 1993

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Bureau Français Maison Franco-Japonaise 2-3 Kanda-Sarugadai Chiyoda-ku
Tôkyô 10 1

Le Japon 1993 est la plus récente édition d'un ouvrage annuel commencé en 1990 par le Service d'Information et de Presse de l'Ambassade de France au Japon. Ce travail est le fruit d'une collaboration entre le Service d'Information et de Presse et le Bureau français de la Maison franco-japonaise de Tôkyô, qui se charge en outre de son édition et de sa supervision par des spécialistes universitaires. L'objectif des rédacteurs est maintenant aussi bien de poursuivre le travail de mise à jour et de développement qui devient chaque année plus important que de transformer "Le Japon" en un véritable ouvrage de référence. L'édition 1993 n'atteint sans doute pas encore toutes ses ambitions en dépit de l'adjonction d'un index et d'une relecture minutieuse par des spécialistes extérieurs de nombreux chapitres. Comme pour les précédentes éditions donc, les rédacteurs sollicitent les réactions et les critiques de leurs lecteurs.
Pas plus que dans les précédentes au demeurant souvent très factuelles, éditions les analyses rapportées les institutions de tutelle. dans cet ouvrage,

n'engagent

Michel Founay

-

- SOMMAIRE
Le Japon, présentation
I LE JAPON AU QUOTIDIEN I. Le Japon en 1992 - la vie politique - la politique extérieure - l'économie - la culture et la société II. La vie des Japonais

... 1

générale

- la jeunesse
- le mariage et la famille - la vieillesse

- le travail - les revenus - l'épargne - les dépenses - les modes de vie

- les loisirs
- le logement II L'ETAT I. L'Empereur et le débat sur l'institution impériale II. Le système représentatif

... 7 ...7 ... 12 ... 13 ... 18 ...21 ... 21 ...23 ...24 ...26 ...29 ... 34 ...35 ...37 ... 39 ...43

...49 ...53 ...53 ...55 ... 58 ...66 ... 71 ... 71 ...75 ...78 ... 80 ...83 ... 91

- la Diète
- le
système électoral - les partis politiques - l'argent et la politique Ill. L'organisation des pouvoirs publics

- les ministères - l'administration locale - la fonction publique - le système judiciaire - la défense nationale
Annexe (Organigrammes, Statistiques)

III LA SOCIETE I. Les acteurs sociaux

- les organisations patronales - le mouvement syndical

- le monde agricole
- les médias - la condition féminine n. Structures et problèmes - l'éducation - la protection sociale - les droits de I'homme et les minorités

- la criminalité - la communication
III. La culture

inter-personnelle

- I'histoire
- la
culture - le shintoïsme - le bouddhisme

- le confucianisme - la littérature
- les
arts plastiques

- le théâtre
- le cinéma

- la musique traditionnelle Annexes (Statistiques)
IV L'ECONOMIE I. Le débat sur le Japon II. La puissance japonaise

... 103 ... 103 ...106 ... 111 ... 117 ... 125 ... 129 ... 129 ... 135 ... 139 ... 143 ... 147 ... 151 ... 151 ... 154 ... 156 ... 158 ... 161 ... 164 ... 168 ... 171 ... 173 ... 177 ... 179

- la puissance - la puissance
III. L'organisation financière

industrielle commerciale

- la puissance financière

- le budget de l'Etat - le système fiscal - le système financier - la bourse
IV. Les structures - le système de distribution

- la publicité - la planification

économique et l'aménagement du territoire

- fiches sectorielles Annexe (Statistiques)

... 191 ...203 ... 204 ...212 ...215 ...221 ...221 ... 227 ...230 ...239 ...245 ...245 ... 249 ...252 ...256 ... 277

V LES RELA nONS

EXTERIEURES

I. La diplomatie

- la politique extérieure du Japon - le Japon et sa contribution internationale
II. Le Monde occidental - les relations franco-japonaises - les relations nippo-américaines - le Japon et l'Europe - le Japon et la Russie

III. L'Asie
- les relations entre le Japon et la Chine

- les relations

entre le Japon et la péninsule coréenne

- le Japon et l'Asie du Sud-Est Annexe (Chronologie des visites, Villes jumelées, Investissements)
Index

...285 ...285 ...290 ... 295 ... 295 ... 302 ...310 ...314 ... 319 ... 3]9 ... 323 ... 326 ... 331
... 345

I

LE JAPON: PRESENTATION GENERALE

Quelques chiffres
SUPERFICIE: . ............................. POPULATION : ............................................................................................. PRODUIT NATIONAL BRUT (1991) : ............................................................................... RICHESSE NATIONALE : ......................................................................................... COMPOSITION DU PNB: PRIMAIRE 2,9% SECONDAIRE 40,7% TERTIAIRE 56,4% REPARTITION DE LA POPULATION: PRIMAIRE 7,9% SECONDAIRE 34, 1% TERTIAIRE 58,0% BUDGET (1993-1994) : ............................................................................................... RESERVES EN DEVISES : ............................................................................................... DETTE PUBLIQUE (fin 1993) : ..................................................................................... EPARGNE PRIVEE: .............................................................................................. 378.000 KM2 123 millions 3.391 MD $ 43.700 MD $

579 MD $ 68 MD $ 1.456 MD $ 5.439 MD $ 2.065 MD $ 383 MD $ 427 MD $ ] 10 MD $ 2.255 MD 477 MD 340 MD 233 MD ] 1 MD $ $ $ $ $

AVOIRS BRUTS A L'ETRANGER (1990) : AVOIRS NETS A L'ETRANGER (1990): .................................................................................. INVESTISSEMENTS A L'ETRANGER: PORTEFEUILLE : ............................................................................................ DIRECTS : ................................................................................................. CAPITALISATION BOURSIERE (Tôkyô en 1992) : ................................................................ TRANSACTIONS BOURSIERES (Tôkyô en 1992) : .................................................................... EXPORTATIONS (année calendaire 1992) : ...................................................... IMPORTATIONS (année calendaire 1992) : ...................................................... AIDE AU DEVELOPPEMENT (1991) : ..................................................................................

La géographie
L'archipel japonais est un étroit (maximum 250 km) et long (3.800 km) chapelet de 20.000 îles qui s'étendent du nord au sud, de la hauteur de Bordeaux à celle du sud du Maroc. D'une superficie de 377.889 km, il comprend quatre îles principales

(Hokkaidô, Honshû, Shikoku et Kyûshû) lesquelles vivent 122 M. de personnes.

sur

Le peuple japonais
Le peuplement de cet archipel, à en juger par les plus anciens ossements qui y ont été retrouvés, remonterait au moins au trentième siècle

qu'aux premiers siècles de notre ère. Trois grandes sources de migration ont façonné le peuple japonais: les influences caucasiennes par la Sibérie - dont ne subsistent plus aujourd'hui, même si sur le plan culturel, elles ont laissé des traces indélébiles, que les quelques Aïnous du Hokkaidô -, les influences du Pacifique sud, encore apparentes dans l'architecture et la cuisine, et celles bien sûr du continent chinois et de la péninsule coréenne.

ambitions et vivaient de plus dans les fiefs, éloignés du centre du pouvoir à Edo, tenus en suspicion par le Shogunat. Par ailleurs le shogunat semblait incapable de répondre à la menace étrangère -la Chine est à l'époque la proie des puissances impérialistes-. Les ères Taishô (1913-1926) et Shôwa (1926-1989) sont celles de l'industrialisation forcenée du pays, de la période d'expansion impérialiste puis, après la défaite de 1945, de la reconstruction nationale.

L'histoire
Avant les contacts systématiques avec la Chine des Tang, les Japonais vivaient en clans qui se fédéraient lentement sous l'autorité de la cour impériale du Yamato (près des villes actuelles de Nara et de Kyôto). Sous l'influence continentale, le Japon s'orienta vers la formation d'un Etat centralisé autour de Nara. Rapidement l'autorité impériale faiblit. Après le transfert de la capitale à Kyôto (794), apparaît une structure de pouvoir qui allait s'imposer définitivement: l'Empereur est progressivement réduit à un rôle symbolique, l'autorité réelle passant aux "seconds rôles": d'abord les régents Fujiwara puis les "shôgun", représentant les guerriers ou samouraïs. La perte du pouvoir effectif sauva sans doute la dynastie impériale et explique qu'elle ait pu perdurer jusqu'à nos jours, n'étant pas un enjeu des luttes pour le pouvoir. Pendant la période de Kamakura (13 et 14ième siècles), ce furent même des "troisièmes rôles", les régents Hôjô, qui assumèrent le pouvoir réel. Après une série de graves crises, le pays sombre aux 15 et 16ième siècles dans la guerre civile. Trois chefs de guerre le réunifièrent: ODA Nobunaga, TOYOTOMI Hideyoshi et TOKUGAWA leyasu. Ce dernier transféra le siège du gouvernement à Edo (aujourd'hui Tôkyô), l'Empereur et sa cour restant à Kyôto. En léguant le pouvoir à son fils, il inaugura le Bakufu (=shogunat) des Tokugawa ou période d'Edo qui ne disparut qu'avec la "restauration Meiji" en 1868.

La culture
Les communautés rurales traditionnelles, soudées par le besoin d'une gestion collective de l'irrigation des champs de riz, ont légué au Japon moderne ce sens du consensus, des relations et des obligations qui contribuent à l'effacement des personnalités mais aussi à l'extrême attention portée aux relations inter-personnelles. Le monde est approché de façon très pragmatique comme le veut le shintoïsme: sa métïance devant les spéculations abstraites sur l'au-delà explique l'attention exclusive que les Japonais portent à l'ici et au maintenant. Par ailleurs, du contact avec une nature imprévisible (tremblements de terre, typhons et incendies) et des influences religieuses extérieures (bouddhisme), les Japonais ont retenu un sens très vif de l'impermanence, de la fragilité et de la brièveté des choses qui a profondément marqué leurs conceptions esthétiques et qui, loin de les détourner vers la contemplation d'un au-delà meilleur, les ancre plus profondément dans l'attachement au présent.

La société
Le faible écart des salaires atteste de l'égalitarisme de la société japonaise. Ces dernières années cependant, les inégalités se sont creusées entre les patrimoines du fait de la spéculation foncière et .de la flambée des valeurs mobilières. Si, pressés de se situer eux-mêmes dans l'échelle sociale, près de 90% des Japonais déclarent encore appartenir à la "classe moyenne", la diversification commence à se faire jour: face à un coût de la vie qui dépasse celui de New-York ou de Paris et en raison de difficultés croissantes à accéder à la propriété immobilière, beaucoup de citadins se classent désormais dans les "couches inférieures de la classe moyenne". La société japonaise se caractérise aussi par un niveau élevé d'éducation -95% des enfanl~ poursuivent leurs études jusqu'à 18 ans pour terminer

Le Japon moderne
La restauration Meiji marque l'entrée du Japon dans les temps modernes. "Restauration", puisqu'elle se fait au nom de l'Empereur, elle ne marque cependant en aucune façon un retour de l'empereur et de la cour au pouvoir effectif: c'est "l'oligarchie Meiji", les samouraïs qui ont chassé le dernier shogun, qui prend réellement le pouvoir. Une double frustration facilite ce changement: ces samouraïs étaient de rang modeste, bloqués dans leurs 2

La société japonaise se caractérise aussi par un niveau élevé d'éducation -95% des enfants poursuivent leurs études jusqu'à 18 ans pour terminer le second cycle de l'enseignement secondaire-. L'acharnement et l'ardeur au travail constituent un trait particulier de cette société dont les membres ne comprennent pas toujours qu'ils bénéficient déjà, au moins en termes nominaux, de revenus parmi les plus élevés des pays industrialisés. La longue durée du travail cache cependant un rendement souvent médiocre, d'autant plus que l'esprit d'émulation ne joue que pour une petite élite.

chambre haute en juillet 1989 il a gagné haut la main les élections de la Chambre des Représentants de février 1990 et a, dans des conditions difficiles, effectué une bonne prestation lors du renouvellement partiel du Sénat en juillet 1992.

Les indicateurs économiques
Deuxième puissance économique du monde, le Japon disposait à la fin de l'année 1991 d'un PNB de 458.600 Mds de yens, soit un peu plus de 15% du PNB mondial. Son économie a crû au taux de 3,5% en 1991 (prévisions pour 1992: entre 1,5 et 2%); l'inflation était en 1991 d'environ 2,2% et le chômage ne dépassait pas 2,2%. Au cours de l'année fiscale écoulée au 31 mars 1992, les exportations japonaises se sont élevées à 311 Mds$, et les importations à 198 Mds$. Le Japon jouit ainsi d'un excédent (calculé sur la balance des paiements) de 113 milliards de dollars (une soixantaine l'année précédente). Ses principaux partenaires commerciaux sont les Etats-Unis (29% des exportations japonaises, 22,5% des importations), la CEE (19% des exportations, 13,4% des importations), le Moyen-Orient (4% des exportations, 13% des importations), la Chine (2,7% des exportations, 6% des importations) et les pays d'Asie du Sud-Est (30% des exportations, 24,8% des importations). La France a avec le Japon un déficit de 29 milliards de FF (chiffres français). Le taux de couverture, 39%, a enregistré cependant une détérioration inquiétante pendant le 1er semestre 1992.

La politique
Le statut juridique de l'Etat japonais (est-ce un empire, une monarchie, l'Empereur est-il le chef de l'Etat ?) est laissé dans une confortable ambiguïté: c'est un sujet d'âpres controverses entre Japonais. Sous l'autorité toute formelle de l'Empereur (régnant depuis le 7 janvier 1989), la Diète -parlement composé de deux chambres- élit un premier ministre pour la durée normale d'une législature, soit quatre ans. L'actuel premier Ministre est M. MIYAZAWA Kiichi en fonction depuis le 4 novembre 1991. Ses principaux ministres sont MM. WATANABE Michio (affaires étrangères), HAYASHI Yoshirô (finances) et MORI Yoshirô (Industrie et Commerce extérieur). La Chambre des Représentants compte 512 députés dont 279 élus du Parti Libéral-Démocrate au pouvoir sans interruption depuis 1955, 138 socialistes, 46 membres du Kômeitô, un parti d'obédience bouddhiste, 14 sociaux-démocrates et ]6 communistes. La Chambre des Conseillers compte 252 sénateurs dont 115 libéraux démocrates et 73 socialistes. Si PLD a perdu la majorité absolue à la

3

~

1. Le Japon au Quotidien

LE JAPON EN 1992

- LA POLITIQUE
Les élections sénatoriales M.Miyazawa avait commencé l'année 1992 en mauvaise posture. Peu après son élection en automne 1991, sa cote de popularité avait commencé à descendre et il avait senti le besoin, quitte à se mettre plus encore sous la tutelle encombrante de la faction Takeshita, de faire venir auprès de lui, pour mieux contrôler le Parti, M.Kanemaru, président de la faction Takeshita. M.Kanemaru, après s'être laissé plusieurs fois prié, accepta le 8 janvier. Lui-même fit venir un autre des barons de la faction Takeshita, M.Kajiyama, au poste délicat de chef du groupe parlementaire libéral démocrate à la Chambre des Représentants. Peu à peu, le Premier Ministre commença à remonter la pente et put tinalement se targuer d'un bon résultat lors des sénatoriales. Le renouvellement de la moitié des sièges de sénateurs, le 26 juillet 1992, avait pourtant été précédé par une série de partielles qui s'étaient le plus souvent terminées à l'avantage de l'opposition. Le 9 tëvrier, M.YOSHIDA Yukihisa, candidat de Rengô à l'élection du sénateur de Nara, remporta une large victoire sur son rival libéral-démocrate. Le 8 mars, c'était au tour, dans le département de Miyagi, du candidat Rengô, M.Hagino, de battre de peu son adversaire conservateur. Cette heureuse série pour Rengô fut interrompue par l'élection de deux députés conservateurs dans la circonscription de Gunma le 29 mars, et par le succès de M.Tsuchiya, ancien président du Sénat, qui se présenta le 21 juin, un mois avant le renouvellement du Sénat, aux fonctions de gouverneur dans le département de Saitama c'était la première fois qu'un ancien président des pouvoirs constitués se présentait à un poste de gouverneur-. Le PLD confirma ces succès lors de la consuhation nationale du 26 juillet. 38 formations

JAPONAISE

EN 1992

-

politiques (beaucoup moins finalement que les 62 un moment prévues) et 330 candidats pour le scrutin proportionnel, 311 pour le scrutin de circonscription, Ml s'étaient mis sur les rangs: 82 pour le PLD, 209 des partis d'opposition en place et 338 pour les minipartis. Le taux de compétition était de 1 à 5,05 en moyenne au scrutin roportionnel et de I à 4 pour le scrutin de circonscription. Au lendemain de la consultation, le Tôkyô Shimbun titrait "Victoire pour le PLD, défaite pour Rengô", en résumant bien les principales conclusions du débat. Le PLO, certes, perdait des sièges par rapport aux sortants, mais les sièges qu'il avait remis en jeu étaient ceux qui avaient été gagnés lors du cru extraordinaire des élections de1986; par contre, en dépassant l'objectif qu'il s'était fixé -64 sièges-, il se plaçait en bonne position pour retrouver trois ans plus tard la majorité à la Chambre Haute. Avec 68 sièges retrouvés à l'issue de ce renouvellement, le PLD effectuait donc une excellente performance: en 1986 il avait bien gagné 72 sièges, mais pendant les années 70, il avait rarement fait mieux: 71 en 1965, 69 en 1968,62 en 1971 et en 1974,63 en 1977,69 en 1980 et 68 en 1983. Lors de la déroute de 1989, par contre, il n'avait obtenu que 36 sièges. Le groupe des sénateurs Rengô, qui n'obtint aucun nouvel élu, enregistra par contre un échec sévère qui devrait forcer ce mouvement à quitter la confortable ambiguïté qui lui avait jusqu'alors si bien réussi. Le Kômeitô était un autre vainqueur de la consultation puisqu'après quelques inquiétudes il obtint 4 sièges supplémentaires. Un autre parmi les plus petits gagnants était certainement le Nouveau Parti du Japon de l'ancien gouverneur de Kumamoto, M.Hosokawa. Avec ses 4 sièges et ses 7,74% sur le scrutin proportionnel, ce parti semble être sorti de la catégorie des "mini-partis"; il a battu largement le record de 4,3% établi, pour une petite et nouvelle formation, par le Parti des Salariman en 1983. Dans

7

les gagnants toujours, on doit enfin mentionner la faction Takeshita qui fut la seule dans le PLD à gagner des sièges lors de cette consultation électorale: ce sont les autres factions, et d'abord celle de M.Miyazawa (-6), de M.Watanabe (-3) de M.Kômoto (-1), qui ont dû plus que se partager les 7 pertes de sièges, alors que la faction Takeshita passait de 107 à 109 élus dans les deux Chambres; les indépendants prenant le reste. Le taux de participation a été le plus bas jamais enregistré au cours d'un renouvellement du Sénat: 50.72%. Dans le scrutin proportionnel, le PLD a fait passer 20 candidats avec 34,28% des voix. Le Parti Socialiste a recueilli dans le même scrutin 17,83% des voix (10 sièges); le Kômeitô 14,60°,{,(6 sièges), le Parti Communiste 8,16% (4 sièges), le Nouveau Parti du Japon 7,74% (4 sièges), le Parti Démocrate-Social 4,85% (2 sièges), le Parti des Sports et de la Paix 3,03% et le Club du Sénat 2,89% et le Shaminren 1,46%. Le PLD dispose désormais de 107 sièges à la Chambre Haute (soit 4 pertes si l'on compare au chiffre juste avant la consultation, 7 si l'on considère plutôt les chiffres juste après la consultation de 1989, le PLD ayant bénéficié ensuite de plusieurs ralliements), loin des 126 nécessaires à son contrôle. Avec l'appui du Kômeitô. il arrive à 131 sièges, et avec celui du Kômeitô et du PDS, à 137 sièges. Le Parti Socialiste a maintenant 71 sièges (sans changement); le Kômeitô 24 (+4), le PC Il (-3), Rengô no Kai (II (-2). Ie PDS 7 (-2), Ie Nouveau Parti du Japon 4, le CIub du Sénat 5 (+ 1), le Shaminren 1, le Parti des Sports et de la Paix 1. Les divers sont trois, les indépendants 8. Après cet excellent résultat, cependant, M.Miyazawa, comme la faction Takeshita, connurent des heures moins heureuses alors que se développait le scandale Sagawa Kyûbin. A la fin du mois d'octobre, la cote de popularité du Premier Ministre perdait ainsi 10,5% sur le mois précédent (sondage du Yomiuri); 23,1% seulement des personnes interrogées déclaraient leur satisfaction devant le travail du chef du gouvernement, alors que 65,6% avaient un avis négatif. Ces deux cotes touchaient aux chiffres les plus extrêmes jamais enregistrés dans les sondages de ce journal. Le scandale de l'année L'année 1991 avait été celle de tous les scandales (cf. Le Japon 1992). 1992 n'a pas grand chose à lui envier. Au printemps de cette année. on parla beaucoup de l'affaire Kyôwa. Un ancien 8

secrétaire général de la faction Miyazawa, M.Abe, avait reçu plusieurs centaines de millions de yens de cette entreprise de charpente métallique qui espérait en retour obtenir la préfërence des autorités dans des contrats publics. Il fut inculpé de corruption. D'autres élus de la faction Miyazawa, MM.Shiozaki et l'ancien Premier Ministre Suzuki furent interrogés par leurs pairs sur les dons que leur aurait faits Kyôwa. L'affaire Kyôwa qui ne représentait que 80 millions de yens, fait pourtant pauvre figure auprès du scandale Sagawa dont l'ampleur était chiffrée par certains entre 500 et 1.000 milliards de yens pour ce qui concerne les déboursements financiers, et au moins 2,1 milliards pour les dons occultes aux politiciens (dans le scandale Recruit, une soixantaine de politiciens avaient reçu en tout 1,8 milliard de yens de Recuit et dans le scandale Lockheed les sommes étaient de 500 millions). Le scandale Sagawa Kyûbin avait pour la première fois fait la manchette des journaux en janvier 1992. Ils annonçaient alors qu'une compagnie de transports, Sagawa Kyûbin, avait, soit directement en reprêtant des sommes qu'elle s'était procurées auprès d'institutions financières, soit indirectement en fournissant sa caution aux demandes de prêts formulées par ses clients, fourni en tout 500 milliards de yens à des sociétés immobilières, des groupes de yakuza et des politiciens. Sur ces 500 milliards, 90 auraient été directement prêtés, 93 reprêtés à partir des prêts des banques et 345 milliards auraient été fournis directement par le secteur bancaire ou nonbancaire sur la foi des garanties de Sagawa. Qu'était donc le groupe Sagawa Kyûbin? Ce numéro deux des transports routiers, derrière Nippon Tsûun, avait en 1990 un chiffre d'affaires de 798 milliards de yens. La petite société fondée à Kyôto en 1957 par M.Sagawa, disposait alors de 20.000 employés et regroupait 270 établissements. Sagawa Kyûbin était une des composantes majeures du groupe et avait en 1990 un CA de 143 milliards de yens. Les premiers politiciens à tomber à cause de cette affaire furent des élus de l'opposition. Dans le parti socialiste, M.Yasutsune fut exclu le 17 mars pour avoir trempé dans le scandale Sagawa. En mars, par ailleurs, un autre député du PS, M.Uneo, présenta sa démission après que son implication dans une affaire -différente- de fonds secrets avait été dévoilée. Ensuite, ce fut la chute d'un élu régional libéral démocrate qui donna le signal de la crise dans le PLD. Le 1er juillet, M.Kaneko, gouverneur de Niigata, dut présenter sa démission, après que, plusieurs jours durant, la presse avait repris les allégations de M.Watanabe, ancien président de Sagawa Kyûbin Tôkyô, selon lequel il aurait reçu 100

millions de yens. Le 27 août 1992, M.Kanemaru annonçait à son tour qu'il démissionnait de ses fonctions de viceprésident du PLD. Il confirmait ainsi les rumeurs qui circulaient depuis plusieurs jours sur les fonds -500 millions de yens- que lui aurait remis Sagawa Kyûbin en remerciement du rôle qu'il avait joué dans l'unification du camp conservateur dans la bataille électorale pour le siège de gouverneur du département de Niigata. Au moment de la démission de M.Kanemaru, la presse parla beaucoup d'une liste de 12 destinataires de 2,26 milliards de yens de Sagawa. Les sommes par individu variaient, selon ces allégations, de 10 millions de yens à 800 millions. Parmi ces heureux destinataires, cette fameuse liste comptait des chefs de factions (les magazines parlaient de M. Kanemaru et de M.Mitsuzuka, qui aurait reçu les plus grosses sommes -800 millions de yens-), trois anciens Premiers Ministres (de 10 à 200 millions de yens), deux ministres en exercice dont l'un était un pivot du gouvernement (M.Watanabe? spéculait la presse, mais il s'en défendit vigoureusement) qui auraient reçu de 50 à 100 millions de yens, M.Okuda (que le Mainichi accusait d'avoir reçu 100 millions de yens), trois anciens

auprès du chef d'une des trois grandes bandes de mafieux, M.lshii, patron de l'lnagawa-kai, pour faire cesser cette campagne. Par la suite on apprit que d'autres membres du PLD avaient été impliqués dans des tentatives pour faire taire le Kômintô: le procureur du procès Sagawa, en donnant lecture le 5 novembre du témoignage de M.Oshima, président du Kômintô, déclencha un beau tollé parmi le PLD qui envisagea un moment de porter plainte: selon la déposition de M.Oshima, en effet, outre M.Kanemaru, MM.Obuchi, Kajiyama et Mori avaient eux aussi, en offrant parfois de grosses sommes d'argent (3 milliards de yens pour M.Kanemaru, 2 milliards pour M.Mori) au Kômintô de mettre tin à son mouvement. MM.Takeshita et Kanemaru ont été interrogés par leur pairs de la Chambre des Représentants les 26 et 27 novembre sur ces allégations. Le PLD dut se résoudre à accepter, début décembre, de nouvelles auditions, devant la Chambre Haute cette fois de MM.Takeshita, Sagawa et Watanabe Hiroyasu. Les partis d'opposition, non convaincus par la prestation de l'ancien Premier Ministre, demandèrent sa démission de son mandat d'élu national. Argent et politique Le scandale Sagawa Kyûbin fournit une nouvelle occa.<;ionde gloses et d'enquêtes sur les rapports entre la politique et l'argent. Les statistiques du Ministère de l'Autonomie Locale montraient qu'en 199 I, le total des fonds politiques recueillis (au niveau national) s'était élevé à 185 milliards de yens. Avec les contributions versées au niveau local (172,7 milliards de yens), on arrivait à 358 milliards, reçus par plus de 4.000 partis ou organisations politiques. L'augmentation au niveau national est faible sur l'année précédente (+0,6%) mais la somme représentait quand même un nouveau record historique. Les revenus des réceptions de collecte de fonds avaient atteint 4,1 milliards, retournant à la hausse pour la première fois depuis 4 ans de baisses consécutives au scandale Recruit. 139 réceptions de collecte de fonds avaient permis de ramasser ces 4 milliards, le double de l'année précédente. Les donations politiques des entreprises étaient de 40 milliards de yens, en baisse de 4,6 milliards sur l'année précédente. Les banques étaient les plus généreux donateurs (compte tenu uniquement des contributions de plus de 20 millions de yens): 30,1% du total, suivies par la construction et l'immobilier II,5%-, l'électricité et les communications -7,8%-, la sidérurgie -7,6%-, les assurances -6,5%-, l'automobile -6,5%-, les sociétés de commerce -6,2%- et les maisons de titres -4,2%-.

ministres CI 00 millions environ), un ancien secrétaire
général du PLD. MM.Kanemaru, Watanabe, Kakizawa, Nakayama Masateru, ancien ministre des P et T, Fujio Masayuki, ancien ministre du travail et de l'Education, Ozawa, Nagasue, ancien président du Parti Démocrate-Social, furent nommés à un moment ou un autre, tant, dans ces affaires, la rumeur, fondée ou non, court vite. Le 23 décembre 1992, cependant, le Parquet renonçait à poursuivre les "soixante et quelques" bénéficiaires des 500 millions de Sagawa Kyûbin distribués par M.Kanemaru, décevant vivement ceux qui espéraient de nouveaux et rapides développements du scandale.

Les liens entre la pègre et le monde politique
Un autre aspect du scandale Sagawa concernait les révélations des interventions faites sur un groupuscule de yakuza d'extrême droite, le Kômintô, par des politiciens influents du PLD. Ce mouvement, à la frontière de l'activisme politique et de la pègre, avait lancé avant l'accession au pouvoir de M.Takeshita une campagne contre ce dernier et contre M.Kanemaru. M.Takeshita (qui aurait reçu, selon le Sankei, 200 millions de yens de Sagawa) et M.Kanemaru auraient alors demandé à M.Watanabe, président de Sagawa Kyûbin Tôkyô, d'intervenir 9

Ces donations sont très souvent anonymes. Pour prendre l'exemple de la faction Takeshita, ses revenus s'élevaient à 820 millions de yens, dont 700 millions de dons: cependant l'origine de ces dons n'est explicite que pour 24% de cette somme. Ainsi, les revenus de M.Takeshita étaient transparents à 18,9%; ceux de M.Miyazawa à 56,9%. Les dispositions de la loi sur les financements politiques stipulent en effet que les donations inférieures à 10 milIions restent anonymes: il suffit alors de diviser sur plusieurs destinataires -fictifs puisqu'il n'yen a qu'un seul- les grosses dotations pour en assurer l'anonymat. Outre le problème de l'anonymat, il y a bien sûr celui des déclarations inférieures à la réalité. Pour prendre l'exemple de M.Kanemaru, il disposait d'au moins trois organisations de soutien politique. Son revenu annuel total était en 1991 de 150 millions, dont 100 mi lIions allaient à sa faction. Or le scandale Sagawa a montré qu'il avait reçu de cette entreprise l'année précédente 500 millions de yens; le total avoué de ses revenus l'année précédente n'était pourtant que de 240 miIlions et, en 1989, de 160 millions. Enfin, la presse notait que, calculées en yens et rapportées par habitant, les dépenses politiques officieIles étaient de 1.698 yens au Japon, 611 aux Etats-Unis et 751 en Allemagne et 160 en GrandeBretagne. L'affaire Kanemaru et l'éclatement de la faction Takeshita Après avoir démissionné de ses fonctions de vice-président du PLD, M.Kanemaru dut se résoudre à abandonner aussi la présidence de la faction Takeshita. La démission de son président, l'éminence grise de la politique japonaise qu'était M.Kanemaru, allait plonger la faction Takeshita dans une grave crise. Un groupe hostile au président suppléant, M. Ozawa, se déclara avec M.Kajiyama, président du groupe parlementaire PLD, et M.Hashimoto l'ancien ministre des Finances qui imposa le 28 octobre à la tête de la faction M.Obuchi, ancien secrétaire général du Parti. Les pro-Ozawa, qui avaient tenté en vain d'installer M.Hata au fauteuil laissé vacant par le départ de M.Kanemaru, fonnèrent ensuite un groupe de réflexion "Kaikaku Forum 21" en dissidence virtuelle de la faction. C'était, pour les journaux, la fin d'une faction qui avait pris une teIle ascendance sur les autres, rompant un équilibre traditionnel, que, alors même qu'elle n'était directement pas représentée à la tête du PLD, elle paraissait toujours en tirer les ticelles, mais qui incarnait aussi d'une 10

certaine manière l'extraordinaire pouvoir de l'argent dans la politique japonaise. M.Obuchi, en convoquant le 5 novembre une assemblée des membres de la faction Takeshita, réussit à rassembler autour de lui 59 personnes (25 députés et 34 sénateurs). Le Il décembre à l'aube, M.Hata annonça la création d'une nouvelle faction (officiellement constituée le 18 décembre), appelée par la presse de son nom, qui devenait la Sème du parti puisque, finalement, 44 représentants et sénateurs participèrent à sa réunion constitutive, devancée de peu par la faction Takeshita qui rétrogradait, en ordre d'importance numérique, à la 4ème place. Vers une recomposition des factions'! L'éclatement attendu de la faction Takeshita a relancé les spéculations sur une recomposition du paysage politique: certains, encouragés par des déclarations -nuancées par la suite- de ses dirigeants, ont estimé que le groupe Ozawa pourrait absorber certains membres de la faction Kômoto lors de la succession de son chef aujourd 'hui âgé de 81 ans, et surtout s'allier avec des éléments externes au PLD. Au sein des partis d'opposition aussi, des mouvements qui pourraient aboutir à une modification de la composition de l'échiquier sont en oeuvre: les jeunes élus réformateurs (c'est-à-dire de l'aile droite) du PS ont participé au "rassemblement politique" lancé par le chef du Shaminren, M.Eda Satsuki, sous le nom de Sirius. 27 jeunes parlementaires du PS et du groupe Rengô au Sénat ont rejoint ce groupe. Les représentants de la droite du Parti Socialiste ne craignent pas d'annoncer publiquement qu'ils sont en faveur aussi bien des centrales nucléaires que des Forces d'auto-défense. Des regroupements au-delà du clivage actuel entre majorité et opposition ont été plus ou moins explicitement envisagés par le président du PS. Par ailleurs, le succès du Nouveau Parti du Japon inspira des tentatives similaires vers la droite de l'échiquier politique: en novembre 1992, M.Omae Kenichi, économiste et président de Mc Kinsey Japon, forma une "Association pour la Restauration Heisei", dont le comité constitutif comprend cinq élus du PLD et deux du PS. La reprise des travaux de la Diète La session extraordinaire de la Diète fut donc convoquée dans des conditions difficiles pour le PLD; il réussit à imposer une durée de 40 jours (alors que le Sénat, fait exceptionnel, vota, mais en vain, pour une session de 50 jours). Cette session fut consacrée en grande partie à l'affaire Sagawa et les travaux furent longtemps suspendus aux progrès des

discussions entre la majorité et l'opposition sur la convocation des témoins (cf. plus haut). Le 10 décembre, la Chambre des Représentants put enfin adopter une proposition de loi du PLD sur une redistribution des sièges entre les différentes circonscriptions, le projet dit "+9, -10". Seul le PS et le PC s'y opposèrent. La proposition réduisait à moins de 1 à 3 (1 à 2,81) l'écart maximum de représentativité (entre la circonscription où un député représente le moins de votes et celle où il en représente le plus) entre les élus de la Chambre des Représentants. A la Chambre Haute, par contre, le problème s'est aggravé puisque l'écart maximum est passé de 1 à 6,53 en 1991 à 1 à 6,62 en 1992. Le 3 décembre, par ailleurs, la Chambre des Représentants avait adopté un projet de loi qui renforçait les dispositions du code électoral sur les financements des partis politiques, grâce à treize mesures d'urgence, telles que l'aggravation des pénalités prévues contre les infractions à la limitation quantitative des donations politiques, la suspension des droits civiques pour les condamnés, même avec sursis, pour corruption passive, la confiscation des donations illégales et l'interdiction pour les fonctionnaires de vendre des tickets de réceptions de collecte de fonds politiques. Le passage du projet de redistribution des sièges dans les circonscriptions avait été précédé de l'adoption du budget rectificatif, annoncé depuis l'été, sur lequel le gouvernement fonde ses espoirs de relance économique. Le nouveau gouvernement Miya7.3wa

devenait secrétaire général du gouvernement. Dans le nouveau gouvernement de M.Miyazawa, la faction Takeshita (Obuchi) obtenait 3 sièges, la nouvelle faction Hata 2, la faction Mitsuzuka 4, comme celle de M.Watanabe, celle de M.Miyazawa 3, la faction Kômoto 2; deux ministres enfin n'avaient pas d'affiliation factionnelle. Dans le PLD, le nouveau secrétaire général était M.Kajiyama Seiroku, le président du Comité des Affaires Générales M.Satô Kôkô et le président de celui des Affaires Politiques M.Mitsuzuka Hiroshi. Le PS doit aussi procéder à un remaniement de son équipe dirigeante, son président, M.Tanabe, annonçant sa démission le 24 décembre. Dépourvu de soutien solide dans le Parti, affaibli par la disparition de son ami M.Kanemaru, M.Tanabe n'avait guère dirigé le PS que pendant 18 mois. Popularité Alors que la cote de M.Miyazawa s'était mise à remonter lentement à partir du printemps, le développement du scandale Sagawa le ramena à des scores peu honorables: à la mi-décembre 1992, sa cote estimée par le Mainichi, était à 12% d'opinions favorables, soit le plus bas jamais enregistré derrière les 9% dont était crédité le gouvernement Takeshita peu avant sa chute. Si le taux des satisfaits avait dans ce sondage perdu en deux mois pas moins de Il points, celui des mécontents était passé entre octobre et décembre de 33 à 59%. D'autres sondages ont confirmé que les partis d'opposition traditionnels ne bénéficiaient guère de cet état de choses: seul le Nouveau Parti du Japon de M.Hosokawa prenait son envol et devancait, dans les sondages, le Kômeitô, avec 7% de soutien. Avant de quitter le chapitre sur la politique intérieure, on mentionnera les résultats de l'enquête rituelle sur la popularité des hommes politiques. A la mi-1992, cette enquête confirmait une hiérarchie déjà ancienne de la popularité des hommes politiques japonais: M.Hashimoto, l'ancien ministre des Finances, est toujours en tête avec 14,2% des suffrages, devant le romancier-politicien nationaliste Ishihara Shintarô (12%). Viennent ensuite MM.Kaifu (10%), Kôno Yôhei (8,1 %) et Watanabe Michio (5,7%).

Le Il décembre 1992, le Premier Ministre procéda au rituel remaniement du gouvernement et de l'équipe dirigeante du PLD. Dans un gouvernement où, grâce à l'éclatement de la faction Takeshita, il put apporter une touche plus personnelle, tout en respectant les inévitables considérations d'équilibre entre les factions, il appela plusieurs personnalités assez jeunes: M.Funada, 39 ans, devint Ministre de l'Agence de Planification Economique (et le plus jeune ministre de l'après-guerre devant M.Tanaka dans le cabinet Kishi); et une femme, Mme Moriyama Mayumi, ancienne secrétaire générale du gouvernement sous M.Kaifu, fut nommée Ministre de l'Education. Pour apaiser ceux qui réclament une réforme politique, l'un des plus ardents défenseurs d'une réforme radicale, M.Gotoda, 78 ans, fut appelé aux fonctions de Ministre de la Justice. M.Watanabe Michio demeurait vice-premier ministre et Ministre des Affaires Etrangères alors que M.Kôno Yôhei

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- LA POLITIQUE
Une voix mieux entendue'! A l'occasion du 18ème Sommet des pays industrialisés en juillet] 992 à Munich, le Japon a obtenu dans la Déclaration politique la mention du différend territorial avec la Russie. Bien que ce fût la première fois que les Sept ont évoqué le contentieux dans la déclaration politique, les deux derniers sommets avaient déjà vu des allusions très claires au différend nippo-russe: en 1990, d,ms la déclaration du Sommet de Houston, les participants "prenaient note de l'importance pour le Japon d'un règlement pacifique du contlit sur les Territoires du Nord". Cette année-là, le résumé de conclusions de la Présidence, de son côté, espérait "la résolution rapide du différend territorial avec la Russie, comme condition de la normalisation des relations nipposoviétiques". L'année suivante, les conclusions de la Présidence notaient que la normalisation des relations nippo-soviétiques, incluant le règlement du différend territorial, contribuerait beaucoup aux progrès de la détente en Asie. La rétërence faite dans la déclaration politique à Munich suivait ainsi une intense offensive diplomatique nippone et finalement satisfaisait les Japonais qui avaient placé le Sommet sous un angle très politique. M.Eltsine devait cependant s'en offusquer et enclencher un processus qui allait. conduire à l'annulation de son voyage prévu à Tôkyô en septembre. Le Japon devait aussi obtenir pour la première fois en ] 992 un strapontin à la CSCE. Ceci faisait droit à une vieille revendication japonaise et constituait pour la diplomatie du Gaimushô un nouveau succès. Les modalités de sa participation demeuraient cependant floues, et certains journaux remarquèrent que la France s'était opposée à ce que le Japon ait un droit automatique à siéger, alors que des pays également extérieurs à l'Europe, comme Israël ou l'Egypte, en restaient dépourvus. Le GATT Les pressions sur le Japon se renforcèrent à la fin de l'année 1992 lorsque les négociateurs américains et européens au GATT trouvèrent un accord. Le 12 décembre 1992, le Premier Ministre \2

EXTERIEURE

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indiquait à mots à peine couverts que le Japon accepterait la tarification et la libéralisation sans exception des marchés des denrées agricoles et qu'il se battrait seulement sur les conditions de son accord. L'adoption de la loi PKO

La 123ème session de la Diète commença le 24 janvier. Elle allait être dominée par le débat sur un projet de loi prévoyant la participation des troupes japonaises à une organisation onusienne de maintien de la paix, projet dit PKO. Cette loi devait autoriser le gouvernement à envoyer à l'étranger, pour participer à des actions de maintien de la paix des hommes des Forces d'auto-défense. Le cadre détini comporte certes de sévères restrictions: nécessité d'une demande des Nations Unies, participation limitée à des actions onusiennes de casques bleus sous le commandement onusien, et non à une armée multilatérale du type de celle qui fut mise en place lors de la Guerre du Golfe, refus d'engagement dans des opérations guerrières, etc. Cette clause particulière donna naissance à de longs débats sur l'autorité que pourrait avoir le commandement onusien sur le contingent japonais, et donc le pouvoir qu'il aurait d'engager au feu les soldats nippons contre les directives de Tôkyô. La question fut résolue du côté japonais par l'explication fournie le 18 avril à la Diète par le Ministre japonais des Affaires Etrangères: le Premier Ministre rédige un "code d'application", une sorte de lettre de mission qui définit les activités du contingent, excluant donc l'engagement au feu, sauf pour des cas d'autodéfense individuelle-. Ce texte en même temps reconnaît l'autorité des directives que produira le commandement onusien; mais ces directives (en anglais "command") sont traduites en japonais par "indication", et les Japonais affirment que le pouvoir de sanction appartient aux autorités militaires japonaises). Par ailleurs, des dispositions ont suspendu la participation du contingent japonais à toutes les activités de front. La participation au processus de désarmement est permise à titre individuel à des soldats japonais. Le résultat est que le travail des militaires japonais est avant tout un travail de reconstruction des infrastructures routières et que le contingent est essentiellement fait d'unités

du génie. Si le Parti Socialiste tenta par tous les moyens, y compris le fameux "pas de boeuf' qui voit les élus se diriger le plus lentement possible vers l'urne, de faire échec au projet dit PKO, il dut finalement s'incliner. Son ultime manoeuvre fut le dépôt d'une démission collective de tous ses élus, ainsi que de ceux de la petite formation Shaminren. Le Président de la Chambre les refusa finalement. En octobre, le Japon put ainsi pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale envoyer des troupes -800 soldats environà l'étranger, dans le cadre des opérations onusiennes au Cambodge. En avril 1993, au moment de la relève, ils y seront même brièvement 1.800. Ce texte de loi ne permettait cependant guère d'emboîter le pas aux Etats-Unis et à l'ONU en Somalie: tout en votant le projet de résolution au Conseil de Sécurité sud'envoi d'une force multilatérale dans ce pays, le Japon ne pouvait qu'y apporter un appui financier, même si était relancé à nouveau un débat sur l'opportunité d'un engagement plus humain. Le 20 décembre, ainsi, le Ministre des Affaires Etrangères affirma que la Constitution n'empêchait nullement les forces d'auto-défense nippones de prendre part à des opérations du type de celle faite en Somalie avec leurs armements. Transport de plutonium

Le 7 novembrel992, le bateau japonais Akatsuki-Maru a quitté le port de Cherbourg emportant dans ses cales environ une tonne de plutonium retraité en France. Cette affaire suscita une polémique dont l'ampleur surprit les autorités japonaises. Outre une opposition résolue à l'intérieur des frontières du pays, de nombreux pays dont l'espace maritime était susceptible d'être emprunté par le navire japonais firent connaître leur hostilité résolue. Débat sur la constitution Cette année encore, le débat sur la constitution revint à plusieurs reprises à la surface de l'actualité. En février, la Commission spéciale sur le rôle du Japon dans la Société Internationale, que préside M.Ozawa et qui est appelée pour cette raison "Commission Ozawa", publia un rapport qui fit couler beaucoup d'encre. Le document préparé en février indiquait que l'article 9 de la Constitution n'empêchait nullement une participation des Forces d'auto-défense japonaises à une armée onusienne, cette participation étant distincte des accords de défense collectifs qui resteraient, eux, interdits au Japon. Cette nouvelle vision des choses se heurte évidemment à la position traditionnelle du gouvernement qui considère, depuis l'adoption de la loi PKO, que la Constitution n'autorise l'envoi de troupes japonaises à l'étranger que pour des actions de maintien de la paix de l'ONU.

- L'ECONOMIE -

L'éclatement de la bulle La crise du "endaka" -le yen fort- avait paradoxalement débouché sur des taux de croissance tout à fait exceptionnels pour un pays aussi développé: 6,2% en 1988,4,7% en 1989 et 5,6% en 1990. Dans le même temps, l'indice Nikkei de la bourse de Tôkyô avait triplé passant de 13.034 yens le 9 janvier 1986 à 39.985 yens le 29 décembre 1989. La capitalisation boursière progressait aussi de 4.200 milliards de dollars, soit presque le PNB annuel des Etats-Unis. Les actifs immobiliers de leur côté avaient progressé de 8.000 milliards de dollars entre 1985 et 1989. Si les entreprises profitèrent les 13

premières de ce qu'on appelle justement "la bulle", les ménages, ou du moins ceux qui ont quelques actifs mobiliers ou immobiliers, n'étaient pas en reste puisque le ratio patrimoine/revenu progressa de 75% dans la deuxième partie de la décennie 1980. Or, de juillet 1989 à octobre 1990, le taux d'escompte passa de 2,5 à 6%: la Banque du Japon souhaitait contenir la spéculation. Dès le début 1990, l'indice Nikkei baissa de 12% en 3 semaines. Cette fragilisation de personnes et de sociétés qui s'étaient engagées sur des opérations spéculatives à fort endettement allait amener au grand jour une série d'''affaires''. En été 1991 éclatèrent des scandales qui

touchèrent d'abord les maisons de titres mais aussi plusieurs banques. Nomura, Yamaichi, Daiwa et Nikkô, les quatre plus grosses des maisons de titres japonaises, mais aussi les petites et moyennes des maisons de courtage, avaient offert à 230 clients des compensations à hauteur de 175 millions de yens pour couvrir les pertes essuyées sur le marché. Une partie de ces sommes avaient été déduites des revenus pour diminuer l'impôt. A cela s'ajoutaient pour Nomura et Nikkô, des liens trop complaisants avec les Yakuza: des accords de prêts pour des manipulations de cours. La Banque Sumitomo était la première à connaître aussi des ennuis: réputé pour son goût de la spéculation, cet établissement en fit les frais quand la presse révéla qu'il appuyait une société de commerce homan, compromise dans des spéculations hasardeuses dans l'immobilier, et un spéculateur connu, M.Kotani. Par la suite, les banques Fuji, Kyôwa Saitama, Tôkai et la Banque Industrielle du Japon, se trouvèrent à leur tour compromises dans des scandales de fausses attestations de dépôt qui avaient été émises pour permettre à leurs clients de trouver dans le secteur non-bancaire des financements pour des achats immobiliers. L'économie en 1992 Commencée sous ces auspices, l'année 1992 allait continuer dans la même direction. Certes, l'inflation 0,9% dans la région de Tôkyô en 1992) et le chômage (un peu au-dessus du seuil de 2%) sont demeurés faibles, mais, en 1992, l'économie est restée aussi placée sous le signe de l'éclatement de la bulle. L'indice Nikkei a crevé le 18 août 1992 le plancher des 15.000 yens. Le price earning ratio à Tôkyô descendit à 30 après avoir été à 80 en décembre 1989 (mais resta supérieur aux taux européennes -15- et américain -25-). Si la situation se redressa quelque peu par la suite, les effets sur la croissance furent sévères. Sur le trimestre avril/juin, la progression du PNB -déduction faite de la hausse des prix- sur le trimestre précédent n'avait été que de 0,3%, ou en moyenne annualisée de 1,1%. Les résultats ne furent guère plus brillants lors du trimestre juillet/septembre: le recul pour la deuxième période consécutive de la demande intérieure, comprima la croissance annualisée à 1,6% en termes réels. Bien que la consommation des ménages, qui avait baissé entre avril et juin de 0,8% en glissement trimestriel, ait renoué avec l'expansion en progressant de 0,7% entre juillet et septembre, l'investissement productif du secteur privé continue depuis trois trimestres à diminuer et l'ampleur de la baisse, 2,2%, a été la plus forte depuis 1974. La demande extérieure, pour sa 14

part, qui avait contribué entre avril et juin pour 0,4% à la croissance, n'a joué aucun rôle au cours des trois mois suivants. Prenant note de ces résultats, les experts gouvernementaux tablent maintenant sur une croissance entre 3.3 et 3,5°k,. L'inflation reste cependant modérée puisque l'indice du coût de la vie en septembre à Tôkyô avait augmenté de 2,2% sur les douze derniers mois. La plupart des prévisionnistes estiment que ce ralentissement est une phase temporaire qui précède le retour à des taux de croissance élevés (voir plus bas); certaines voix minoritaires pensent pourtant que les entreprises japonaises se sont lancées dans des investissements trop importants dont les coûts vont maintenant durablement peser sur la croissance. Il reste, comme le tableau secteur par secteur qui est dressé ci-dessous le montre, que dans la plupart des cas, on assiste à une contraction spectaculaire des bénéfices plutôt qu'à des pertes.

La situation par secteur
On a donc assisté en 1992, dans tous les secteurs ou presque, à l'amplitication des tendances amorcées l'année précédente. 1992 aura été une année dure pour la Bourse de Tôkyô, Kabutochô, du nom du quartier où elle est installée. A la fin du mois d'avril 1992, la capitalisation boursière à Kabutochô passa pour la première fois depuis 5 ans sous le seuil de 300.000 milliards de yens avec 282.116 milliards. La baisse par rapport au sommet (590.000 milliards en novembre 1989!) atteignait 300.0000 milliards soit près de 4 fois le budget national. Le 18 août 1992, l'indice Nikkei touchait, à 14.309,41, un record historique à la baisse. Le lendemain, le Ministre des Finances devait annoncer un plan d'urgence qui tendait notamment à dissuader les banques et les investisseurs institutionnels de vendre les actions en leur possession pour assurer l'équilibre de leurs comptes semestriels: ils étaient autorisés à reporter jusqu'en mars 1993 l'inscription de leurs pertes en bourse dans leurs comptes. Une étude de Meiji Seimei (Asahi, 20-08-92) soulignait les effets de cette baisse pour les actionnaires, en montrant que les décotes des actions en possession des investisseurs individuels s'élevaient au 31 décembre 199 t à 11.000 milliards de yens. Il est vrai que ces mêmes investisseurs avaient bénéficié d'importantes surcotes pendant les années de la bulle, évaluées par la même compagnie d'assurance-vie à 47.830 milliards de yens tin 1989. La dévaluation par la suite a fait subir à ces individus des pertes potentielles de 13.500 milliards alors que les plus-values réalisées par les

investisseurs individuels par la vente de leurs actions ont représenté entre 1986 et 1990 un total de 55.970 milliards. Pour les institutions financières, aussi, la baisse des cours en bourse entraînent des conséquences importantes: alors que les bénéfices potentiels s'élevaient à la mi 1989 à 50.650 milliards de yens, ils n'étaient plus, après la baisse de l'indice Nikkei à moins de 17.000 yens, que de l'ordre de 10.000 milliards. D'autres victimes du ralentissement sont à la Bourse les sociétés étrangères: cinq d'entre elles, General Motors, Avon, Philips, News (australien) et le holding américain FPL, ont décidé de retirer leurs titres de Kabutochô en invoquant la morosité du marché. La situation des banques est difficile après l'éclatement de la bulle. Le Ministre des Finances, M.Hata, rendit publics le 1er novembre les résultats officiels des établissements bancaires (151 banques, dont Il commerciales d'importance nationale, 3 banques de crédit à long terme, 7 banques de gestion de patrimoine, 64 banques régionales et 64 banques locales). Pour les 21 premières banques, les mauvaises créances étaient estimées à 12.300 milliards de yens dont 4.000 jugées irrécupérables. D'autres sources font état cependant de chiffres beaucoup plus importants: 40.000 milliards de yens ainsi selon le Sankei du 2 novembre 1992. Contraintes de se conformer au ratio de fonds propres fixé par la Banque des Règlements Internationaux, les banques japonaises sont obligées par ailleurs de ralentir sensiblement l'octroi de nouveaux crédits: l'encours des prêts intérieurs ne progresserait en 1991 (année fiscale) que de 7 à 8.000 milliards de yens, soit un rythme de 20 à 30% moins rapide qu'en 1990. Pour éponger leurs énormes dettes (cf. plus haut), les établissements bancaires ont mis sur pied un mécanisme de rachat des mauvaises créances. Cette société, dotée d'un capital de 5 à 6 milliards de yens, financée par tous les établissements financiers importants du pays, commencera ses activités au début de 1993. Créée pour une durée de dix ans, elle devrait cesser au bout de 5 ans le rachat de garanties foncières. Elle se bornera à racheter des créances avec hypothèques et n'entrerâ pas directement en possession des biens immobiliers offerts par les débiteurs en garanties. Plusieurs analystes se sont montrés sceptiques sur l'efficacité de ce système: les mauvaises créances (celles dont l'intérêt n'est pas payé depuis au moins 6 mois) en possession des 21 15

établissements bancaires s'élevaient tin septembre à 12.3000 milliards de yens dont le tiers irrécupérable; ainsi disparaissent chaque année du marché financier 700 milliards de yens représentant l'intérêt de ces mauvaises créances. Or, ce dernier chiffre correspond à 3()Cjo des bénéfices bruts des 21 banques concernées. L'énormité de cette somme explique aussi les réticences des banques à prêter de l'argent, réticences qui sont une des causes de la crise. Si la future société de rachat des mauvaises créances doit permettre de rendre liquides les biens pour l'instant immobilisés, puisqu'elle dépendra pour le financement de ses activités des établissements bancaires eux-mêmes, seuls les plus gros de ces derniers seront en mesure de profiter de sa création, les moins importants ne disposant pas de moyens nécessaires pour présenter à son rachat les créances hypothéquées entre leurs mains. Par ailleurs, contrairement à ce qui avait été imaginé à l'origine, les interventions de la future société de rachat ne porteront pas sur les garanties immobilières mais seulement sur les créances hypothéquées entre leurs mains. Le marché immobilier est un des plus affectés par le ralentissement: pendant le premier semestre 1992, la superficie totale des terrains résidentiels mis en vente a été de 80,7 hectares, en baisse de 10% sur les mêmes chiffres au premier semestre 1991. Les grandes sociétés de promotion immobilières ont enregistré sans exception des reculs à deux chiffres, allant de 10,7 à 48,9%, de leurs bénéfices d'exploitation. Dans l'industrie, la crise se manifeste aussi bien par une baisse des cadences et un ralentissement de la production que par une diminution des profits. Plusieurs entreprises procédèrent à des dégraissages importants: le numéro deux de la sidérurgie japonais, NKK, a dû annoncer pour les trois prochaines années une réduction de 20% des ses effectifs dans son activité principale. JYC, dans un domaine vulnérable, l'électronique grand public, a réduit son personnel de 700 sur 16 500. La faiblesse du marché intérieur, pour des entreprises qui, même si elles exportent énormément, se sont toujours appuyées sur un grand marché intérieur, est la première responsable de cette situation: Hitachi, Tôshiba ou Nihon Denki (NEC) réalisent moins d'un tiers de leur chiffre d'affaires à l'étranger. Hitachi a dû mettre en chômage technique (en fait, le personnel concerné continuera à travailler 2 jours par mois à partir de septembre et continuera à percevoir 90% de sa rémunération normale) 2.200 personnes travaillant dans son secteur audiovisuel. Et dans le secteur automobile, des 5 principaux constructeurs, seul Mitsubishi continue à faire

fonctionner ses chaînes 24 heures sur 24. Souvent donc les secteurs industriels retrouvent leurs plus mauvais résultats depuis le choc du endaka en 1986: ainsi, la construction mécanique ne progresserait en 1992 que de 1,3ck, (à 92.424,6 milliards de yens de production). Dans ce secteur ne surnageraient que les machines électriques et les matériels de transports (+2,8% et + 1,5°k) el la construction navale (12% -chiffre sans doute optimistes si l'on considère les commandes du premier semestre-). Quant à la production automobile, elle a enregistré une baisse de 4,6% sur le premier semestre de l'année fiscale 1992 (avril-septembre). Les profits des entreprises de leur côté sont en baisse généralisée. NEC et Tôshiba, par exemple, enregistreront dans leurs comptes de mars prochain des chutes des bénéfices d'exploitation de 15 à 25°k, et le numéro un de la sidérurgie, Shin Nittetsu, verra ses bénéfices fondre de 60%. La chimie s'attend à line baisse de ses bénéfices de 14Vk, our l'exercice p 1992. Une étude prévisionneIle (NK, 18-10-1992) sur les bilans des principales entreprises japonaises à la clôture de l'exercice actuel (mars 1993) suggérait que les bénéfices d'exploitations, tous secteurs confondus (sauf banques et compagnies d'assurances), baisseraient de 15,3% par rapport à l'année précédente, pendant laquelle ils avaient déjà diminué de 14,7%. La croissance des services s'est nettement

d'emplois non satisfaites, qui avait atteint en mars 1991 le plafond de 1,47, est ainsi passé en octobre 1992, pour la première fois depuis bientôt 4 ans et après une baisse continue de 19 mois, en dessous de la barre de 1, à 0,96. Les nouvelles offres d'emploi ont diminué de 28,9% dans les industries de transformation, de 15,3% dans le secteur du commerce de gros et de détail et la restauration, de 13,5% dans celui des transports et des communications et de 12% dans les services. Le taux de chômage cependant restait en octobre dernier inchangé, à 2,2% de la population active. Il était malgré tout de 2,5% entre 25 et 34 ans. Pour les diplômés d'universités (cycles courts compris), le ratio entre les offres et les demandes d'emploi non satisfaites était d'ailleurs dès la fin de l'été passé à 0,93 -c'était la première fois qu'il est passé sous le seuil de 1 depuis 8 ans-. Il est vrai que si l'on excluait les cycles courts et qu'on ajoute les troisièmes cycles, le rapport remontait à 2,22. LES PERSPECTIVES A la fin 1992, plusieurs instituts de prospectives donnaient des chiffres de croissance pour 1992 et 1993 bien inférieurs aux prévisions officieIles: ils évoluaient pour 1992 entre 1,6 et 2,8%, et pour 1993 entre 2,3 et 3,4%, traduisant donc quand même un relatif optimisme sur les chances d'une reprise en 1993. Derrière ces analyses, on trouve d'abord la morosité des programmes d'investissements productifs des entreprises japonaises: tous secteurs confondus, ils semblent en baisse de 3,2°,f,cette année et pourraient diminuer plus encore, de 5,4%, l'année prochaine. Cette baisse devrait, selon une enquête de la Banque IndustrieIle, entraîner à la baisse, à raison de 0,5 point le taux de croissance du PNB en volume. Le gouvernement, par ailleurs, est gêné pour relancer l'économie par son endettement. L'encours de la dette publique représentera à la fin de l'année fiscale en cours 44,7% du PNB, contre 54,4% aux Etats-Unis et, depuis 1979, la part du service de la dette dans les dépenses de l'Etat est plus élevée au Japon que de l'autre côté du Pacifique. * *

ralentie en 1991. Ainsi, pour les 2.100 sociétés
appartenant à 51 branches des services, pour lesqueIles des comparaisons sont possibles avec les années précédentes, le chiffre d'affaires global n'a augmenté en 1991 que de 7,8%, contre 15,3% l'année précédente. Parmi les activités dont la croissance a été particulièrement rapide, on a en ordre décroissant les réseaux câblés urbains (+35,3°k), la location de voitures (+26,5%), les télé-achats (+25%) et les soins médicaux à domicile (+24,9%); les branches qui ont, au contraire, souffert d'une forte contraction de leur activité sont ceIles d'agences immobilières (-23,1%), de transactions de droits de membres de clubs de golfs (-12%), de promotion de spectacles (-4,2%) et de radios FM (-2,4%). La situation de l'emploi Les faillites laissant un passif de plus de 10 millions de yens, augmentent; elles étaient au cours du premier semestre de l'année calendaire de 38,5% plus nombreuses que lors de la même période de l'année dernière. ParaIlèlement, le marché de l'emploi se tend. Le ratio entre les offres et les demandes 16

ENVIRONNEMENT Grâce sans doute au Sommet de Rio, les questions d'environnement ont été très débattues au Japon en cette année 1992. L'idée d'un "Fonds de

l'Environnement terrestre" a été fréquemment discutée en 1992 et devrait être mise en application. La question centrale de ces débats concernait bien sûr les moyens de réduire les émissions de gaz carbonique. Selon le Ministère de l'Industrie et du Commerce Extérieur, la réalisation de l'objectif gouvernemental de réduction des émissions de gaz carbonique -ramener en l'an 2000 leur niveau à celui de 1990- nécessiterait un investissement annuel de 3.000 milliards de yens jusqu'en 2010. Et pour ne pas dépasser 2,6 tonnes par habitant en l'an 2000, il faudrait comprimer l'augmentation de la consommation énergétique à 1% par an, ou, selon d'autres estimations encore, réduire la consommation dans le secteur industriel de Mf;, dans le secteur grand public de 7% et dans les transports de 10%. Selon les experts du Ministère, la réalisation de cet objectif dépend cependant aussi d'une modification de la structure des sources d'énergie et d'une forte augmentation des installations nucléaires et hydrauliques et de l'utilisation des énergies alternatives. Mesures réglementaires. En juin, le Ministère de l'Industrie et du Commerce Extérieur a décidé d'imposer aux constructeurs automobiles de nouveaux objectifs en matière de consommation: par rapport aux normes aujourd'hui en vigueur, elles prévoient une réduction de 8,5% en moyenne de la consommation, qui devrait se situer entre 19,2 kilomètres par litre pour les véhicules de moins de 702 centilitres et 5,8 pour ceux de plus de 2015. Si les constructeurs nationaux ne se disposent à s'y conformer que de mauvaise grâce, ces nouvelles directives risquent de provoquer de vives réactions à l'étranger, puisqu'elles s'appliqueront aussi aux véhicules importés, généralement plus gourmands. Energie hydraulique. Il est ainsi prévu de construire un millier de nouvelles centrales hydrauliques d'ici l'an 2010 et d'accroître la capacité nationale de 6 millions de kilowatts. Aujourd'hui, le Japon compte 1.750 centrales hydrauliques qui totalisent 20 millions de kilowatts de production, soit ]2% de l'électricité produite au Japon. Nouvelles énergies. Par ailleurs, le Ministère de l'Industrie et du Commerce Extérieur a mis au point un nouveau programme en matière d'énergie et d'environnement. Baptisé "New Sunshine Project", le programme prévoit, selon le Nihon Keizai du Il juillet, 1.550 milliards de yens d'investissements d'ici l'an 2020 pour développer des

technologies permettant d'utiliser de nouvelles sources d'énergie et d'économiser les sources existantes (500 milliards), pour favoriser dans ces domaines les recherches conjointes avec l'étranger (900 milliards) et pour encourager les transferts technologiques vers les pays du tiers-monde. Grâce à une utilisation accrue de l'énergie solaire, le développement de la production et l'acheminement de l'électricité par la supraconductivité, et la récupération accrue d'énergie, les objectifs sont de réduire de plus de 6% la consommation nationale d'énergie et de plus de 9% les émissions de gaz carbonique au Japon et, à l'échelle mondiale, de réduire celles-ci de 10% d'ici 2030 et de 20% d'ici 2050. Nucléaire. Le 12 mai a été inaugurée à Rokkasho-mura, dans le département d'Aomori, l'usine d'enrichissement de l'uranium, la première des installations dont la construction est prévue dans cette localité au nord du Honshû pour en faire le centre national du cycle du combustible nucléaire. Projets des électriciens. Cependant, les orientations des électriciens et la compagnie publique pour le développement de ressources électriques semblent ne pas toujours coller à ces directions. Ceux-ci se proposent de se doter d'ici 2001 de 75,25 millions de kilowatts de capacités nouvelles, dont 63% d'énergie thermique et 25°k;d'énergie nucléaire. La part relativement basse des centrales nucléaires s'explique par les difficultés auxquelles continuent de se heurter les compagnies pour trouver de nouveaux sites. En revanche, la part de gaz naturel liquéfié comme source d'énergie est appelée à s'accroître sensiblement, passant de 22% aujourd'hui à 25% en 200 l, tandis que celle du pétrole reculera de 28 à 19%. Par ailleurs, le programme à long terme, à I'horizon de 200 l, d'approvisionnement électrique du Japon prévoit que les besoins en énergie électrique en l'an 2001 atteindront 883,8 milliards de kw-heure, en augmentation de 25% par rapport aux résultats de 1991. Pour les satisfaire, le Conseil pour l'Energie souligne la nécessité de construire avant l'annéeobjectif des capacités de production correspondant à 75,95 millions de kw, ce qui portera la puissance installée de 179,6 millions de kilowatts à la fin mars 1992 à 253,6 millions de kw à la fin mars 2002. Sur ce total, 61,2% devraient provenir de centrales thermiques, 18,4% de centrales hydrauliques et 20,5% de centrales nucléaires.

17

- LA CULTURE
Les nouvelles religions Les nouvelles religions ont à nouveau fait à plusieurs reprises parler d'elles en 1992. En septembre, par exemple, la presse et la télévision se sont passionnées pour une cérémonie de mariages en groupe de la secte de l'Eglise Unifiée, plus connue sous le nom de la secte Moon. Deux des Japonaises parmi les plus connues, la chanteuse Sakurada Junko et l'ancienne "reine" de la gymnastique rythmique, Yamazaki Hiroko, y convolaient en justes noces. Le Tôkyô Shimbun a consacré une enquête à ces religions, qualifiées d"'inquiétant fascisme mou" et noté l'attrait qu'elles exerçaient sur le monde du "show biz": la secte Shinnyôen, par exemple, est réputée autant par les fraudes fiscales que par la rumeur lui altribue, ses liens avec le monde politique, que par les recrues qu'elle fait dans le monde du cinéma ou de la chanson: Shimada Yôko, Ishihara Mariko, Sawaguchi Yasuko, toutes des vedettes connues des 124 millions de Japonais, sont ses fidèles. Une des plus anciennes de ces nouvelles religions, la Soka Gakkai, compte parmi ses adeptes, Yamamoto Linda, Yukimura Izumi, Kishimoto Kayoko, Izumi Pinko. etc. La Science du Bonheur, une des plus agressives de ces sectes, a converti Ogawa Tomoko; Reiyûkai se targue de la présence du Président du Conseil du Sumo, Futagoyama; et la secte Ma no Hikari, enfin, compte parmi ses fidèles le catcheur-politicien Inoki. La palme 1992 en matière de cynisme parmi les sectes revient sans aucun doute à la secte Honkaku-ji qui se spécialisait, dans le département d'Ibaraki, dans la vente des exorcismes. Elle demandait à des personnes un peu crédules, sous peine de gros ennuis sinon de mort rapide, de 600.000 à 8 millions de yens pour des prières et des services funéraires pour les ancêtres ou les enfants avortés. Après avoir reçu 448 plaintes de croyants lésés, les autorités publiques ont mis en garde leurs concitoyens contre cette association religieuse qui avait déjà eu maille à partir plusieurs fois avec les autorités, des querelles entre ecclésiastiques sur des questions d'argent ayant fait un mort, des déclarations erronées de revenus ayant entraîné un redressement fiscal de 190 millions de yens et le paiement d'arriérés de 500 millions. La même secte s'était

ET LA SOCIETE

-

signalée aussi par la falsification de garanties pour obtenir des prêts bancaires en 1990, et la vente des listes de ses fidèles en 1992 à des associations de mailing. Le responsable de ce mouvement, le Révérend Nishikawa, lui avait donné 5 ans à peine après sa création un revenu annuel de 8 milliards de yens. Le Révérend avait commencé sa carrière comme patron d'un réseau de vente à domicile de préservatifs masculins. Il s'avisa que la faillibilité de ce moyen de contraception pouvait lui procurer des ressources complémentaires: il se mit en cheville avec des temples pour vendre aux femmes ayant dû avorter des services funéraires pour leurs enfants -qui ont au Japon des sortes de cimetières-: à 50.000 yens l'office, le Révérend, alors laïque, ne donnait aux temples qu'une commission de 10.000 yens. Il s'avisa cependant que, s'il se faisait bonze, il pourrait à la fois empocher la totalité des 50.000 yens, lancer d'autres formules d'offices et d'exorcismes pour apaiser les esprits des morts en taxant les défunts, et échapper enfin à l'impôt sur le revenu.

Le problème de la peine de mort
Le 6 août 1992, le Japon a fêté son millième jour sans exécution capitale. En 1975 et 1976, le Japon exécutait encore 17 et 12 condamnés à mort. Depuis le début de la décennie 1980, le chiffre avait baissé à quelques personnes par an. C'est pourtant dans l'indifférence générale que le pays semble s'orienter vers l'abolition de fait de la peine capitale: l'opinion publique, qui soutient fortement le principe, reste quasiment muette sur le problème lorsque les instituts de sondages ne lui demandent pas son avis. Sida En septembre 1992, le chiffre des nouvelles infections détectées a dépassé sur deux mois (juilletaoût) la centaine. Le chiffre des contaminations détectées depuis le 1er janvier avec 326, a déjà dépassé le chiffre constaté l'année dernière (238) et devrait lui être deux fois supérieur à la fin de l'année: parmi ces 100 personnes, la majorité sont des étrangers (70 dont 61 femmes). Ces chiffres amenèrent les autorités à renforcer leur travail d'information, appelant à la rescousse des vedettes du petit écran, distribuant dans les établissements

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d'enseignement des dépliants d'information. Le débat sur le décès Le 22 janvier, la Commission gouvernementale sur la Mort Cérébrale et les transferts d'organes a remis son rapport au Premier Ministre. Ce document préconisait l'adoption du critère de l'encéphalogramme plat comme définition de la mort de l'homme, ouvrant, à la seule condition que soient respectés les désirs exprimés par les défunts de leur vivant, la voie à de plus fréquents transferts d'organes. Des opinions minoritaires ont tenu cependant à marquer, dans le rapport même, leur opposition. Par ailleurs, lel8 mars 1992, l'Association japonaise des Médecins préconisa que soit mis fin à l"'acharnement thérapeutique" et que, lorsque tel est le désir des patients, les soins soient interrompus pour leur permettre de mourir natureHement et en paix. Enfin, les questions d'éthique médicale sont restées au coeur du débat public, avec un procès intenté -ouvert le 28 septembre- à un médecin de la faculté de l'université de Tôkai, accusé d'avoir pratiqué une euthanasie, à la demande de la famille, sur un patient en phase terminale de cancer. La Littérature En 1992 disparut un des grands noms de la littérature japonaise, NAKAGAMI Kenji, emporté à 46 ans, à peu près au même âge qu'un des ses écrivains préférés, Mishima Yukio, sans, lui, avoir jamais souhaité disparaitre si jeune. Pour cette raison, sans doute, sa disparition fut un choc plus considérable que celles des doyens qu'étaient MATSUMOTO Seichô et INOUE Mitsuharu. Avec "Le Cap" (prix Akutagawa) qui avait établi sa renommée, Nakagami s'était acquis un public de passionnés, séduits par un style extraordinairement puissant, enraciné dans sa province natale de la presqu'île de Kii. Sa dernière oeuvre "le mépris" (Keibetsu) fut sans doute une des plus importantes parutions l'année dernière. Dans un style traditionnel, la critique littéraire a noté "Hon'ami kôjô ki" de NAKANO Kôji et Ki (arbre) de KODA Aya. Le premier est une méditation sur l'univers intellectuel de Kôetsu; le second une réflexion sur la vie à travers le thème, décrit avec beaucoup de minutie, de l'arbre. La production littéraire en 1992 ne livra cependant pas d'ouvrage unanimement salué, comme le montre la comparaison des listes des choix des premiers critiques littéraires: le seul ouvrage évoqué par plusieurs est "Le pont de la 16ème nuit" (Izayoi 19

bashi) de ISHIMURE Michiko, drame qui se passe dans la mer de Shiranui (près de Minamata). Plusieurs écrivains déjà bien en place se sont rappelés à leurs lecteurs: OE Kenl.aburô a produit "Quand j'étais vraiment jeune", collection de courts essais, alors que YOSHIMOTO Takaaki (Ryûmei) est réapparu avec "Le nouveau démontage de l'oeuvre littéraire" . Parmi les traductions, on peut signaler le grand succès que rencontrent les livres traduits du français d'Agota Kristoph.

Le Cinéma
Le déclin, amorcé au milieu des années 1980, de la production cinématographique japonaise se poursuit: 333 films en 1984, 286 en 1987, 255 en 1989 et 230 en 1991. Le plus grand succès du cinéma japonais en 1992 fut un dessin animé, "Le porc cramoisi", curieuse histoire d'un homme d'âge mûr représenté sous les traits d'un porcin; oeuvre destinée aux hommes plus très jeunes, cette animation a fait les plus fortes entrées de l'année. Le reste des oeuvres remarquées par la critique, ou le public, est de facture plus classique. Au rayon des grandes productions, on notera Gô-hime de TESHIGA WARA Hiroshi, avec la jeune coqueluche du cinéma japonais, Miyazawa Rie, qui devait annoncer plus tard dans l'année son mariage avec le lutteur de sumo Takahanada. La prestation de Miyazawa Rie, qui incarne dans le même film un personnage, une princesse du Moyen Age, entre ses 10 et 40 ans, lui a gagné de nouveaux fans. Le monde du sumo est décrit précisément dans un autre succès du box-office nippon, "Shiko Funjatta" (nom d'un exercice du sumo), histoire qui se déroule dans le milieu des étudiants lutteurs de sumo. Le réalisateur SUHO Masayuki a fait une oeuvre pleine d'humour avec de bons acteurs comme Takenaka Naoto et Kimoto Masahiro. ITAMI Jûzô a terminé en 1992 son dernier film, dénonciation virulente des interventions de la pègre japonaise dans les litiges civils. "Minbô no onna" lui valut d'ailleurs d'être attaqué par quelques voyous qui le balafrèrent pour manifester ce qu'ils pensaient de son oeuvre. A côté de ces films qui firent couler beaucoup d'encre, la critique a remarqué des oeuvres plus discrètes dont certaines traitent de thèmes difficiles. SATO Sumiya a réalisé "Tiens-moi dans tes bras et embrasse-moi" (Tôei) sur les problèmes du sida, problèmes sur lesquels le Japon en 1992 leva enfin le voile du tabou. Dans le même genre des films à thème, "Okoge" du réalisateur NAKAJIMA Takehiro décrit un curieux ménage de deux homosexuels et d'une jeune femme. TASHIRO Hirotaka fit "Des larmes chaudes" pour décrire la vie

de jeunes Philippines venues au Japon prendre époux. Enfin, NAITO Taketoshi avec "Hikarigoke" traite des actes de cannibalisme qui eurent lieu pendant la seconde guerre mondiale (avec KUMAI Kei). Les critiques ont aussi relevé des oeuvres plus "littéraires" avec "la Rivière Sans Pont" (Hashi no nai kawa) de AZUMA Yôichi Ichi, film bâti sur un roman fleuve de Sumii Sue qui mélange curieusement, mais avec succès, les paysages traditionnels du Japon et la musique sud-américaine. SHINDO Kaneto termina en 1992 "Une curieuse histoire à l'Est de la Sumida" sur un chef-d'oeuvre de NAGAI Kafû. MURaTA Hideo de son côté réalisa "Et pourquoi pas mourir" (avec Otake Shinobu, Nagase Masatoshi). Enfin,

OBA YAS HI Nobuhiko donna "Seishun denke deke deke" (Adolescence + onomatopée du bruit des guitares électriques), histoire, tournée avec sensibilité, de la vie d'un groupe de jeunes qui font de la musique rock dans une ville tranquille. Une particularité des succès de salles au Japon en 1992 est la très bonne tenue des films français: si "l'Amant" fut un véritable succès populaire, "les Amants du Pont Neuf', "Madame Bovary", "la Double vie de Véronique", "la Belle Noiseuse", "Indochine", "Atlantide" firent aussi de très honorables prestations.

20

II

LA VIE DES JAPONAIS

LA JEUNESSE

Au début 1992, la population japonaise atteignait 124 millions de personnes. On comptait aussi 663.000 Japonais vivant à l'étranger pour une période de plus de 3 mois dont 412.000 pour des séjours de longue durée; 42% de ces résidents vivaient aux Etats-Unis. La colonie japonaise autrefois importante en Amérique du Sud vieillit et ne représente plus aujourd'hui que 19,2% des Japonais expatriés; ceux, non comptabilisés dans ces chiffres, qui ont acquis la nationalité de leur pays de résidence seraient 1,39 million. La progression démographique enregistrée en 1991 (augmentation de 0,35% sur l'année précédente, soit une très légère amélioration par rapport à l'augmentation de 1990 -0,34%- qui était la plus faible jamais enregistrée) est illusoire: elle est largement due au solde des migrations. L'augmentation naturelle de la population Pyramide n'a été que de 394.000 contre 417.000 en 1990. C'est pourquoi la jeunesse Hommes japonaise se fait rare, les écoles sont désaffectées et les futurologues s'inquiètent. Au rythme où vont les choses, il n'y aurait plus que 45.000 Japonais en l'an 3000!

naissances ont été enregistrées au Japon. Ce chiffre était en hausse (de près de 3.000) sur celui de l'année précédente pour la première fois depuis 18 ans. Le nombre des jeunes femmes entre 20 et 34 ans progressant actuellement, de même que le nombre des mariages, il est prévu que cette reprise continuera encore quelque temps. Ceci n'est cependant sans doute pas suffisant pour remettre en cause ni les prévisions pessimistes des démographes, ni l'idéologie du "ichiji-gôka-shugi" ("un enfant-le luxeisme"!). Le taux de natalité est actuellement estimé à 10,1 (à comparer avec 10,5 en Allemagne, 13,2 en Grande-Bretagne, 13,8 en France et 15,7 aux EtatsUnis). Quant à l'indicateur conjoncturel de fécondité (nombre moyen d'enfants que mettrait au

des âges au Japon (1990)
pl""

d.

85
80 70 60 50 40 30 20

La natalité
L'âge moyen du millions de personnes premier accouchement a été de 27,1 ans en 1992 (contre 25,6 ans en 1970). Cette année, 1,24 million de 21

10 ans

millions de personnes

monde chaque

femme d'une

génération

fictive

pendant sa vie féconde), qui devrait être au moins de 2, I pour assurer la reproduction démographique, il a été de 4,54 en 1947, de 2, I environ dans la première moitié des années 1970, avant de tomber à 1,57 en 1988 et 1989. En 1991, cet indice est tombé à 1,53, perdant encore un centième de point sur l'année précédente. Il pourrait être de 1,43 en 1993 et de 1,35 en 1996 avant de reprendre à 1,85 en 2022 (mais peut-être aussi de redescendre à 1,80 en 2025). La Fête des Enfants le 5 mai 1992 était l'occasion de la publication de statistiques démographiques qui, comme chaque année, mettaient en relief la baisse de la population des moins de 16 ans: sur un an, elle avait perdu 570.000 personnes à 21,64 millions et ne représentait plus que 17,4% de la population totale (19,2% en 1989). Les prévisions démographiques Le Ministère de la Santé a publié en 1992 la dernière version de son ouvrage sur les prévisions démographiques: en 1997, le nombre des personnes de plus de 65 ans sera pour la première fois supérieur à celui des moins de 15 ans. La population du Japon sera de 130.440.000 personnes en 2011 (dont 21% seraient âgés de plus de 65 ans) avant de commencer à diminuer: en 2025 elle devrait être de 125.810.000, alors que la proportion des plus de 65 ans aura atteint 25% dès 2018, et devrait passer sous le seuil des 100 millions entre 2069 et 2074. Si l'on prend l'hypothèse d'une baisse abrupte de la natalité, la population en 2090 serait la moitié de ce qu'elle était aujourd'hui, à 60 millions de personnes. Tous ces chiffres largement répandus dans la presse et maintenant bien connus de l'opinion ont suscité un certain émoi qui a conduit les législateurs à mettre en place des mesures destinées à enrayer le mouvement. Outre le fait, cependant, que l'exiguïté des logements constitue une barrière très physique à un retournement du taux de natalité, le caractère dérisoire de ces mesures est souvent souligné. En mai 1991 était par exemple adoptée une réforme du système des allocations familiales: les prestations étaient étendues aux famiIIes à un seul enfant, l'allocation doublait, passant de 2.500 à 5.000 yens par mois, mais l'âge maximum ouvrant droit au versement des prestations était rabaissé de 6 à 3 ans. Ces allocations sont les seules aides aux famiIIes au Japon.

la médiocrité des infrastructures pour accueillir les très jeunes enfants fait généralement qu'ils sont contraints de rester à la maison. Si la plupart des écoliers japonais vont dans des établissements publics où l'instruction est gratuite, le taux des établissements privés tend à croître rapidement avec l'âge: au niveau de l'enseignement primaire, plus de 5,5 millions d'élèves sont dans les établissements publics, moins de 200.000 seulement fréquentant l'enseignement privé; par contre, pour l'éducation secondaire, les chiffres respectifs passent à 3,5 et 1,5 millions. L'enseignement privé est prédominant pour les universités: moins d'un quart des étudiants peuvent fréquenter les établissements publics.
.

Le taux de scolarisation

est élevé. Au

niveau de la première année du second cycle de
l'enseignement secondaire (kôtôgakkô), c'est-à-dire à l'âge de 15-16 ans, il est de 95,4%. Selon les statistiques rendues publiques en août 1991 par le Ministère de l'Education, cette année-là pour la première fois, plus de la moitié (50,2%) des diplômés de l'enseignement secondaire ont essayé de poursuivre leurs études au niveau supérieur. Le nombre des étudiants (universités, "universités de cycle court", ou "tandai". et troisième cycle compris) a atteint 2,7 I miIIions, dont 2,2 millions inscrits dans les seules universités (cycle de 4 ans). Le taux de scolarisation au niveau de la première année de l'enseignement supérieur s'établit globalement à 37,7% ; il est plus élevé chez les jeunes filles (39,2) que chez les garçons (36,3%), encore que la situation change si l'on met à part les étudiantes des universités de cycle court, essentiellement fréquentées par les jeunes filles. La baisse de la natalité et ses répercussions sur le nombre des jeunes pourraient d'ici quelques années provoquer des crises financières dans les établissements d'enseignement privés; ceuxci sont donc enclins à favoriser une amélioration des taux de scolarisation: avec un taux d'entrée à l'université de 40% en l'an 2000, les universités japonaises auraient 90.000 étudiants de moins qu'aujourd'hui. Les frais de scolarité La part croissante prise ainsi par l'enseignement privé au fur et à mesure que les élèves progressent dans leur scolarité n'est bien sûr pas sans incidences financières importantes pour leurs parents. Les ménages avec des enfants d'âge scolaire ont dû dépenser en 1991 par mois près de 100.000 yens pour l'éducation de leurs enfants dont 55.000 pour les frais de scolarité, 30.000 pour les boîtes à bachot et le reste pour les leçons particulières. Le coût d'un lycéen (frais de scolarité uniquement,

L'éducation
A partir de quatre ans, les petits Japonais peuvent aller à la maternelle publique; avant cet âge, 22

enseignements public et privé confondus) est de 240.520 yens; cependant, un étudiant dans une université privée, logé en pension, représentera pour ses parents un coût de plus de 2 millions de yens par année d'étude (4 en principe). Les ménages d'employés (salariman) aux revenus moyens (6-8 millions de yens annuels) sont de moins en moins nombreux à pouvoir envoyer leurs enfants dans les universités de la capitale alors que la proportion dans ces établissements des rejetons des familles aisées (plus de 10 millions de revenus) dépasse pour la première fois un tiers du total. Les frais de scolarité publique varient de 200.000 yens par an pour l'école primaire à 300.000 environ pour le lycée; dans l'enseignement privé, les frais sont de 370.000 et 645.000 yens respectivement. Par ailleurs, une enquête de l'Agence des Affaires Générales et de la Coordination Administrative montrait en mai 1991 que la charge financière que représente l'éducation des enfants a été multipliée par 1,8 en 10 ans. Alors que le nombre des enfants a diminué, la croissance des frais liés à l"'éducation complémentaire" ("juku", cf. plus bas, qui commencent maintenant dès l'école primaire, et les professeurs particuliers) est la cause de cette augmentation. Si la période scolaire est ainsi un lourd fardeau pour les parents -- qui consentent de bon coeur des sacrifices qui feraient sans doute reculer leurs homologues occidentaux -elle peut aussi être fort pénible pour les adolescents. La discipline est souvent sévère: plus que les tristes uniformes hérités, dans les écoles publiques, de ceux des écoles prussiennes du siècle dernier, les règlements tatillons (sur la coupe des cheveux par exemple, de nombreux établissements imposent la "boule à zéro" pour les garçons, en relançant une querelle permanente), et les intrusions dans la vie privée (en septembre 1991, la Cour Suprême confirma le droit des établissements scolaires à interdire à leurs élèves d'acquérir le permis de conduire moto) entretiennent un débat acrimonieux. Un système scolaire très compétitif

et universités sont rigoureusement répertoriés sur une échelle dont les meilleurs établissements sont d'un accès très difficile - en est la cause. Pour entrer dans les meilleurs lycées, marche-pieds obligés vers les meilleures universités, il est indispensable, dit-on, de fréquenter les boîtes à bachot - dont la particularité est de commencer pour certaines d'entre elles au niveau du jardin d'enfants- : 16,5% des enfants des écoles primaires fréquentent ces "juku" comme on les appelle; ils sont 44% dans le premier cycle du secondaire. Happés dans cette course à l'éducation, la plupart des Japonais terminent leurs études secondaires (94%) et 24% sont diplômés de l'université. Les suicides d'adolescents, dont on veut en Occident qu'ils témoignent de l'inhumanité du système éducatif japonais, sont un phénomène largement commenté: 77 entre 10 et 14 ans, 476 entre 15 et 19 ans en 1988. Les chiffres cependant sont en baisse constante depuis 1958 (2 700) -même s'ils sont étrangement sujets à des effets de mode: le suicide le 8 avril 1985 de la chanteuse Okada Yukiko entraîna une augmentation de 40% des suicides des jeunes de 15 à 20 ans-. Les chiffres occidentaux cependant ne sont pas substantiellement différents. Par ailleurs, la chronique est souvent défrayée par des scandales autour des examens d'entrée ou de sortie: les plus récentes affaires furent, en 1992, à l'université Tsurumi, une histoire de fuite des sujets d'examen pour le diplôme national de dentiste, et, en 1991, celle des examens en substitution de l'université Meiji: au mois de mai 1991, des étudiants firent passer leur examen d'entrée par des collègues plus doués pour les études, à l'aide de complicités dans l'université. Les jeunes Japonais qui ont traversé l'enfer des examens et se retrouvent sur les bancs de l'université ont devant eux cependant 4 années de félicité: il est notoire que la période universitaire est une période de détente plus que d'études. Un étudiant dispose en moyenne, grâce au système des petits boulots ("arubaito"), d'un revenu mensuel de 86.000 yens.

- lycées

LE MARIAGE ET LA FAMILLE

Le mariage

Le taux de mariage pour 1.000 habitants est 23

de 5,8 (9,9 aux Etats-Unis, 4,8 en France); mais si les Japonais se marient plus fréquemment (711.000 mariages en 1989), ils divorcent aussi plus qu'auparavant (159.000 divorces en 1989, soit 5.000 de plus qu'en 1988) et le taux de divorce est passé pour 1.000 habitants de 1,26 à 1,3. Ces dernières années, le phénomène des "divorces Narita" -fait de jeunes couples, mariés sans bien se connaître, qui décidaient de divorcer dès le retour, à Narita, de leur voyage de noces- a été abondamment commenté par la presse, mais la catégorie la plus nombreuse est celle des couples de quarante/cinquante ans qui divorcent une fois les enfants élevés, le seul lien qui les retenaient ensemble ayant disparu. L'âge moyen du mariage a encore reculé ces dernières années; c'est l'une des causes directes majeures du déclin de la natalité: il est passé pour les hommes de 26,9 ans à 28,4 ans entre 1970 et 1988, alors que pour les jeunes femmes il passait pendant la même période de 24,2 ans à 25,8 ans. En 1990, il était de 25,9 pour les jeunes femmes et de 28,4 toujours pour les hommes. Une autre facette du même phénomène est l'augmentation spectaculaire du célibat que montre le tableau ci dessous de l'évolution de la proportion des célibataires. Age 20-24 ans homme femme 25-29 ans homme femme 30-34 ans homme femme 35-39 ans 1950 1980 1990

homme femme

8% 5%

19% 7%

L'institution du "0 miai", le mariage arrangé (mais normalement pas imposé), est en déclin : à la fin des années 1980, moins d'un quart des Japonais (22,6%) trouvaient encore de cette façon leur partenaire. Au début des années 1980 ils étaient encore 30% à le faire. Le mariage est encore une occasion de dépenses somptuaires importantes: la Banque Sanwa évaluait à 7 millions de yens les coûts moyens engagés à l'occasion d'un mariage: 40,3°k; pour la cérémonie elle-même et 13,6% pour le voyage de noces. Il est vrai que tous les invités à la cérémonie apportant une importante somme d'argent, les jeunes mariés s'y retrouvent généralement. La famille Le nombre moyen de personnes par foyer, qui diminue régulièrement, a pour la première fois en 1990 été inférieur à 3: 2,98 au 31 mars de cette année. fi a continué à baisser depuis, puisqu'au 31 mars 1992, il était de 2,91. A Tôkyô et à Hokkaidô, les moyennes étaient les plus faibles avec 2,36 et 2,61 personnes. La "famille nucléaire" (kaku kazoku) est maintenant la règle: sur 100 familles, 79 répondent à cette définition alors que celles qui abritent sous un même toit trois générations ou plus ne représentent plus que 19% du total des foyers. 60% du total sont composés des deux parents et des enfants. 10,9% des foyers japonais sont uniquement composés de une ou deux personnes âgées vivant seules (voir section suivante). En 1991, le nombre des foyers avec au moins un enfant a baissé de 38,3% alors qu'en 1990 il était pour la première fois passé sous le seuil des 40%. Les ménages sans enfant sont passés de 47% en 1976 à 61,3% en 1990.

55%

78%

85%

55% 24%

64% 40%

21% 9%

32% 14%

LA VIEILLESSE

Il Y a dix ans, la plupart des Japonais partaient en retraite à 55 ans. Ces dernières années 80% des entreprises, sous la pression essentiellement 24

du manque de main-d'oeuvre, ont fait passer l'âge du départ de 55 à 60 ou 65 ans. Pour les entreprises de plus de 500 employés, la proportion est même de

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