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Le Maghreb : enlisement ou nouveau départ ?

De
240 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 92
EAN13 : 9782296313408
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LE MAGHREB: ENLISEMENT OU NOUVEAU DEPART?

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-3928-4

Sous la direction de Samir Amin
R. Abdoun, A. Abouhani, H. Ben Hammouda, A. EI-Kenz, A. Jabi, F. Yachir

LE MAGHREB: ENLISSEMENT , OU NOUVEAU DEPART?

FORUM DU TIERS-MONDE/DAKAR L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Présentation de Samir Amin
CONTRIBUTIONS DE:

Rabah ABDOUN Abdelghani ABOUHANI Hakim BEN HAMMOUDA Ali EL KENZ Abdennaceur J ABI Fayçal YACHIR

Remerciements
Cet ouvrage a été produit dans le cadre du programme du Forum du Tiers-Monde (Dakar) intitulé «Au-delà de l'ajustement, l'alternative d'un développement autonome, populaire et démocratique ». Ce programme, qui couvre l'ensemble de l'Afrique et du Moyen~Orient, a été partiellement financé par les soutiens généreux de la coopération norvégienne, des Pays-Bas, du CRDI et de l'ICCAF (Canada), de Christian Aid (Londres) auxquels nous adressons ici nos remerciements. Cependant, selon la formule consacrée, les opinions exprimées ici n'engagent que leurs auteurs et en aucune manière les institutions mentionnées.

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Collection FORUM DU TIERS MONDE

H., FOUNOU-TCHUIGOUA B.: (sous la direction de): Agriculture africaine en crise dans ses rapports avec l'Etat, l'industrialisation et la paysannerie, L'Hannattan, 1989, préface de S. Amin. - AIT AMARA H.: L'Agriculture méditerranéenne dans les rapports Nord-Sud, L'Hannattan, 1992. - AMIN S., FAIRE A., MALKIN D.: Avenir industriel de l'Afrique, L'Hannattan, 1981. - AMIN S.: La Faillite du développement en Afrique et dans le Tiers Monde, une analyse politique, L'Harmattan, 1989. - AMIN S.: Les Enjeux stratégiques en Méditerranée, L'Harmattan, 1992. - AMIN S.: Mondialisation et accumulation, 1993. - CASANOVA P. G.: Etat et politique dans le tiers-monde, 1994. - CAPRONM.: L'Europe face au Sud, les relations avec le monde arabe et africain, L'Hannattan, 1991. - FOUNOU-TCHUIGOUA B.: Fondements de l'économie de traite au Sénégal, Silex, 1981, préface de S. Amin. - KHENASS I.: Le Défi énergétique en Méditerranée, L'Harmattan, 1992. - LAMINE GAKOU M.: Crise de l'agriculture africaine, Silex, 1984. - YACHIR F.: Crise des théories et des idéologies de développement. - y ACHIR F.: Crise et redéploiement dans la sidérurgie, Silex, 1984, préface de S. Amin. - y ACHIR F.: L'Europe du Sud et le Monde arabe, au défi des technologies nouvelles, L'Harmattan, 1992. - YACHIR F.: La méditerranée dans la révolution technologique, 1992. - ZAROUR C.: La Coopération arabo-africaine, bilan d'une décennie 1975-1985, L'Harmattan, 1989, préface de S. Amin. - ZAROUR C.: La Coopération arabo-sénégalaise, L'Hannattan, 1989, préface S. Amin.

- AIT AMARA

SOMMAIRE

1- S. Amin: Présentation

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2- H. Ben Hammouda : Crise économique et contestation du Politique en Tunisie
3- A. Abouhani : Le Maroc: crise du modèle de développement et perspectives de changement.. 4- F. Yachir : Algérie: L'ajustement inachevé

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.47 89

5- R. Abdoun: L'endettement externe de l'économie algérienne 6- A. EI-Kenz, A. Jabi : Le mouvement social et les forces politiques dans l'Algérie des années 90
7- H. Ben Hammouda : L'idée maghrébine entre développement économique et légitimation politique 8- A. EI-Kenz: Le Maghreb, d'un mythe à l'autre

163 183
195 209

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Présentation

SAMIR AMIN

Au terme des quatre décennies du développement de l'après-guerre, le bilan des résultats est si fortement contrasté qu'on est tenté de renoncer à l'expression commune de tiers monde pour désigner l'ensemble des pays qui ont été l'objet des politiques de développement de ces décennies. On oppose aujourd'hui, non sans raison, un tiers monde nouvellement industrialisé, compétitif, au quart monde marginalisé, auquel appartiennent le monde arabe et l'Afrique dans leur l'ensemble. On fait remarquer, non sans arguments, que le premier groupe de ces pays n'est pas frappé par la crise générale du capitalisme contemporain, qu'on y enregistre des taux de croissance élevés, particulièrement en Asie orientale, tandis que le second groupe, frappé par la crise, paraît incapable de répondre aux défis auxquels il est confronté. L'objectif des politiques de développement déployées en Asie, en Afrique et en Amérique latine au cours de toute l'après-guerre, a été rigoureusement identique pour l'essentiel, en dépit des différences du discours idéologique qui les a accompagnées. Il s'est agi partout d'un projet nationaliste qui s'est assigné l'objectif d'accélérer la modernisation et l'enrichissement de la société par son industrialisation. On comprend sans difficulté ce dénominateur commun si l'on rappelle simplement qu'en 1945 pratiquement tous les pays d'Asie (Japon excepté), d'Afrique (y compris l'Afrique du Sud) et - bien qu'avec quelques nuances - d'Amérique Latine étaient encore dépourvus de toute industrie digne de ce nom - sauf d'extraction minière ici ou là -, largement ruraux par la
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composition de leur population, régis par des régimes archaïques (les oligarchies latifundiaires d'Amérique, les monarchies sous protectorat de l'Orient islamique, la Chine etc...) ou coloniaux (le Maghreb, l'Afrique, l'Inde, l'Asie du Sud-Est). Par delà leur grande diversité, tous les mouvements de libération nationale s'assignaient les mêmes objeçtifs de l'indépendance politique, de la modernisation de l'Etat, de l'industrialisation de l'économie. Il ne serait pas correct de dire qu'ils ne l'ont pas tous tenté, dès qu'ils ont été en mesure de le faire. Certes les variantes ont été pratiquement aussi nombreuses que les pays, et il demeure légitime, de ce fait, de tenter de les classer en modèles qui les regroupent. Mais on risque alors d'être victime de critères choisis en fonction, sinon nécessairement de préférences idéologiques, du moins de l'idée qu'on se fait, ou plutôt qu'on se faisait à l'époque, du déroulement des expériences en question, des possibilités et des contraintes externes et internes. Au contraire, en mettant l'accent sur le dénominateur commun qui les réunit, j'invite à prendre quelque distance à l'égard de ces classifications et à voir l'histoire à partir d'aujourd'hui, à relire donc ce qu'elle fut à la lumière de ce à quoi elle a conduit. Industrialiser impliquait avant tout de construire un marché intérieur et de le protéger des ravages de la concurrence qui en empêcherait la formation. On partait, pour ce faire, d'observations de bon sens: on disposait ici de matières premières, d'origine agricole (le coton, des produits alimentaires, le bois etc...) ou minière, de ressources naturelles déjà connues et exploitées, ou mal connues, qui permettraient la production d'énergie, de matériaux de construction, d'acier, de produits chimiques essentiels, comme on avait déjà un marché - interne alimenté par des importations de produits manufacturés de consommation courante (textiles, ameublement, ustensiles et appareils etc...). Il n'y avait aucune raison de ne. pas mettre à profit ces potentialités pour refaire ce que les Occidentaux avaient fait en leur temps: une révolution industrielle. Les formules pouvaient varier selon les circonstances - la taille du marché intérieur, les disponibilités en ressources - ou même selon des thèses plus ou moins théoriques, ou idéologiques, donnant la priorité à la production rapide d'industries légères de consommation ou à celle de biens permettant plus tard d'accélérer la première (comme le proposait la thèse des « industries industrialisantes» qui

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rationalisait les thèses soviétiques). L'objectif final était identique. Ce même bon sens, exprimé dans le langage commun de tous les technocrates de l'époque, inspirait des choix pragmatiques analogues dans une large mesure. La technologie nécessaire à l'industrialisation ne pouvait être qu'importée, mais il n'était pas nécessaire pour le faire d'accepter la propriété des installations à construire par le capital étranger. Cela dépendait du pouvoir de négociation dont on disposait, ou croyait pouvoir disposer. Du capital financier devait donc à son tour soit être invité à s'investir dans le pays, soit être emprunté. Ici encore la formule - propriété étrangère privée, financement public assuré grâce à l'épargne nationale, à l'aide extérieure en dons et crédits pouvait être ajustée à l'estimation qu'on se faisait des moyens et des coûts. Les besoins d'importation que ces plans d'accélération de la croissance par l'industrialisation impliquaient fatalement ne pouvaient être couverts - dans un premier temps - que par les exportations traditionnelles connues, qu'il s'agisse de produits agricoles, pétroliers ou miniers. Aucune stratégie de développement connue n'a été d'emblée orientée vers l'exportation, c'est-à-dire déterminée principalement par des objectifs de percée sur le marché mondial par l'affirmation de prétendus avantages comparatifs. La lecture que la Banque Mondiale propose aujourd'hui, associant le succès des uns à un choix «ouvert à l'exportation» et l'échec des autres à leur repliement sur le marché interne, est une lecture a posteriori, qui n'a pas été faite à l'époque, ni par les autorités locales responsables des choix en question, ni par la Banque Mondiale elle-même (ou d'autres lecteurs, plus futés, de ces politiques). L'attention première était, dans tous les cas, le marché interne, et les exportations un moyen nécessaire pour financer les importations. L'expérience démontrait d'ailleurs que le raisonnement était efficace. Dans une phase de croissance générale comme l'était l'aprèsguerre la demande de presque tous les produits possibles était elle-même en augmentation continue, qu'il s'agisse d'énergie, de matières premières minérales ou de produits agricoles spécifiques. Les termes de l'échange fluctuaient, mais n'annulaient pas systématiquement par leur détérioration les effets de la croissance des volumes exportés. L'avantage comparé «naturel », assis sur les ressources minérales ou la spécificité agricole, avait un sens. Plus que cela d'ailleurs l'expansion des marchés mondiaux ouvrait
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des créneaux permettant d'exploiter «l'avantage» de la main-d'œuvre à bon marché dans certaines gammes de production manufacturières pour ceux qui ne disposaient pas d'avantages fondés sur leurs ressources naturelles. La multiplication des zones franches à la fin de la période de l'essor de l'après-guerre témoigne de la réalité de ces calculs, à l'époque réalistes. La construction du marché interne, axe de toutes les politiques de développement de l'époque, n'est pas synonyme de stratégie d'industrialisation par substitution d'importations, comme on l'a trop souvent dit, trop vite, pour l'opposer à une stratégie orientée vers l'exportation qui n'existait pas. L'industrie envisagée s'ouvrait à elle-même son propre marché autant qu'elle remplaçait des importations antérieures. A la demande de consommation finale, elle-même en expansion, s'ajoutait toujours celle de biens intermédiaires, parfois de biens d'équipement simples dont on pouvait envisager la production locale, enfin celle occasionnée par la dépense publique courante et les travaux d'infrastructure. La modernisation, bien qu'axée sur l'industrialisation, ne se réduisait pas à celle-ci. L'urbanisation, les travaux d' infrastructure de transports et de communications, l'éducation et les services sociaux avaient certes pour objectif, en partie, de servir l'industrialisation en moyens et en main-d' œu vre qualifiée convenablement. Mais ces objectifs étaient égal,ement poursuivis pour leurs fins propres, pour construire un Etat national et moderniser les comportements comme on le lit dans le discours du nationalisme transethnique par nature presque à l'époque. Bien entendu également, à l'époque, l'opposition q,u' on fait aujourd'hui si souvent entre «l'intervention de l'Etat» - toujours négative parce que par essence en conflit avec ce qu'on prétend être la spontanéité du marché - et « l'intérêt privé» - associé aux tendances spontanées du marché n'avait pas cours. Cette opposition n'était ni faite, ni même remarquée. Au contraire le bon sens partagé par t9us les pouvoirs en place voyait dans l'intervention de l'Etat un élément essentiel de la construction du marché et de la modernisation. La gauche radicale - d'inspiration socialiste dans sa propre lecture idéologique - associait certes l'expansion de cet étatisme à l'expulsion graduelle de la propriété privée. Mais la droite nationaliste, qui ne s'assignait pas cet objectif, n'en était pas moins interventionniste et étatiste : la construction des intérêts privés qu'elle proposait 12

exigeait selon elle, et à juste titre, un étatisme vigoureux. Les billevesées dont se nourrissent les discours dominants aujourd'hui n'auraient eu aucun écho à l'époque. La tentation est donc grande, aujourd'hui, de lire cette histoire comme celle d'une étape de l'expansion du capitalisme mondial qui aurait accompli, plus ou moins bien, certaines fonctions attachées à l'accumulation primitive nationale, créant par là même les conditions de l'étape suivante, dans laquelle on entrerait maintenant, marquée par l'ouverture au marché mondial et à la compétition sur ce terrain. Je ne proposerai pas de céder a cette tentation. Les forces dominantes dans le capitalisme mondial n'ont pas « spontanément» créé le ou les modèle du développement. Ce « développement» s'est imposé à elles. Il a été le produit du mouvement de libération nationale du tiers monde de l'époque. La lecture que je propose met donc l'accent sur la contradiction entre les tendances spontanées et immédiates du système capitaliste, qui sont toujours guidées par le seul calcul financier à court terme qui caractérise ce mode de gestion sociale, et les visions à plus long terme qui animent les forces politiques montantes, en conflit par là même avec les premières. Certes ce confit n'est pas toujours radical: le capitalisme s'y ajuste, avec profit même. Mais il s'y ajuste seulement, il n'est pas à l'origine de son mouvement. J'ai donc, pour cette raison, proposé de qualifier la période de l'après-guerre - notamment pour les deux décennies 1955-1975 - de période de «l'idéologie du développement », ou encore de celle du projet national bourgeois de Bandoung (par référence à la Conférence de Bandoung qui inaugure la période). Dans ce cadre le conflit entre les forces dominantes du capitalisme mondial et celles qui ont animé le projet « développementaliste » de Bandoung, a été plus ou moins radical selon que l'étatisme mis en œuvre était envisagé comme devant supplanter le capitalisme ou le soutenir. L'aile radicale du mouvement se ralliait à la première thèse, et, de ce fait, entrait en conflit avec les intérêts immédiats du capitalisme dominant, notamment par les nationalisations et l'exclusion de la propriété étrangère. L'aile modérée par contre acceptait de concilier les intérêts en conflit, offrant par là même des possibilités plus grandes à l'ajustement. Au plan international cette distinction épousait facilement les termes du conflit Est-Ouest entre le soviétisme et le capitalisme occidental. Nous retrouvons sur ce terrain à la fois les éléments du dénominateur commun du projet national bourgeois de
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développement et les caractéristiques de l'opposition entre ses tendances radicales et modérées. Tous les mouvements de libération nationale ont partagé cette vision moderniste, par la même capitaliste et bourgeoise. Cela n'implique en aucune manière qu'ils aient été inspirés, encore moins dirigés, par une bourgeoisie, au sens plein du terme. Celle-ci n'existait pas, ou à peine, à l'heure des indépendances et, trente ans plus tard, n'existe encore qu'à l'état embryonnaire, dans l'hypothèse la plus favorable. Mais l'idéologie de la modernisation par contre existait bel et bien et constituait la force dominante donnant un sens à la révolte des peuples contre la colonisation. Cette idéologie était porteuse d'un projet, que je propose de qualifier du nom - curieux à première vue - de «capitalisme sans capitalistes ». Capitalisme par la conception qu'elle se faisait de la modernisation, appelée à reproduire les rapports de production et les rapports sociaux essentiels et propres au capitalisme: le rapport salarial, la gestion de l'entreprise, l'urbanisation, l'éducation hiérarchisée, le concept de citoyenneté nationale. Sans doute d'autres valeurs, caractéristiques du capitalisme évolué, comme celle de démocratie politique, faisaient cruellement défaut, ce qu' 0 n justifiait par les exigences du développement initial préalable. Presque tous les pays du tiers monde - radicaux et modérés optaient pour la même formule du parti unique, des élections-farces, du leader-fondateur de la Patrie etc..., sans capitalistes dans la mesure ,où, en l'absence d'une bourgeoisie d'entrepreneurs, l'Etat - et ses technocrates était appelé à s'y substituer, mais aussi parfois dans la mesure où l'émergence de la bourgeoisie était tenue suspecte, du fait de la primauté que celle-ci donnerait à ses intérêts immédiats sur ceux du plus long terme en construction. La suspicion devenait, dans l'aile radicale du mouvement de libération nationale, synonyme d'exclusion. Cette aile radicale concevait alors naturellement que son projet était celui de la «construction du socialisme ». Elle retrouvait alors le discours du soviétisme. Celui-ci était lui aussi parvenu, par ses dynamismes propres, au projet d'un «capitalisme sans capitalistes », ayant fait de l'objectif de « rattraper» le monde occidental développé l'essentiel de ses préoccupations. Quels qu'aient été les objectifs - communs - de l'ère de Bandoung, de son idéologie du développement, de son projet national et bourgeois de « capitalisme sans capitalistes », des modalités de sa mise en œuvre, des vicissitudes de ses rapports au conflit des superpuissances, les résultats n'en sont
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pas moins différents parfois à l'extrême d'un groupe de pays à l'autre. L'appréciation des résultats est évidemment fonction des critères choisis pour définir le « développement », un concept idéologique dont le contenu reste toujours vague. Mais le critère conforme à la logique de l'expansion capitaliste est celui de la capacité d'être compétitif sur les marchés mondiaux, De ce point de vue les résultats sont contrastés à l'extrême et opposent brutalement le groupe des principaux pays d'Asie et d'Amérique Latine, devenus exportateurs industriels compétitifs, à celui de l'ensemble des pays arabes et africains, qui restent cantonnés dans l'exportation de produits primaires. Les premiers constituent le nouveau tiers monde (la périphérie de demain dans mon analyse), les seconds ce qu'on appelle désormais le «quart monde », qu'on dit appelé a être marginalisé dans la nouvelle étape de la mondialisation capitaliste. L'explication de cet échec arabe et africain dans son ensemble doit mettre en œuvre toute la complexité des interactions entre les conditions internes spécifiques et la logique de l'expansion capitaliste mondiale. Parce que ces interactions sont trop souvent ignorées, les explications courantes - tant celles avancées par les économistes de « l'économie internationale» conventionnelle que par les nationalistes du tiers monde - restent superficielles. Les premières mettent l'accent sur des phénomènes qu'elles isolent de la logique d'ensemble du système, comme la corruption de la classe politique, la fragilité de ses fondements économiques, la productivité faible de l'agriculture etc... Présentées de la sorte ces analyses appellent inexorablement à préconiser leur solution par une plus grande insertion dans le capitalisme mondial. Le tiers monde aurait besoin de « vrais» entrepreneurs capitalistes; il faudrait briser le carcan de l'autosuffisance du monde rural par la promotion systématique d'une agriculture commerciale etc... Il s'agit de raisonnements courts parce qu'ils font abstraction du système d'ensemble dans le cadre duquel les réformes proposées opéreraient. Ils ignorent par exemple que la voie capitaliste dans l'agriculture produirait des masses gigantesqties de populations excédentaires, qui, dans r état actuel des technologies, ne pourraient pas être employées dans l'industrie, comme elles le furent au XIXc siècle en Europe. L' histoire ne se répète pas. Les secondes mettent l'accent sur d'autres phénomènes, non moins réels, comme le fait que les prix des matières 15

premières dont dépendent les capacités de financement au décollage se détériorent systématiquement. Les nationalistes du tiers monde invoquent aussi, à juste titre, les innombrables interventions politiques, et même parfois militaires, des puissances occidentales, toujours hostiles aux forces du changement social progressiste, toujours venues au secours des forces réactionnaires et archaïques. Mais ces arguments ne sont pas structurellement reliés à la logique des conflits internes et, de la sorte, opposent « l'extérieur» a la « nation» dont on escamote les contradictions. Pour le monde arabe dans son ensemble et le Maghreb en particulier les taux de croissance du PlB, en termes réels, sont demeurés modestes, de l'ordre de la moitié de ceux obtenus en Asie orientale. De surcroît à l'essor de la décennie des booms pétroliers (1973-1984) succède une stagnation tenace. Je ne reviendrai pas ici sur l'analyse que j'ai proposée ailleurs (dans la présentation d'un autre ouvrage de cette collection, H. Ben Hammouda, La Tunisie) de l'évolution économique des pays arabes (Maghreb et Mashrek) au cours des 25 dernières années, de la faible efficacité de leurs investissements, de la fragilité des sources et formes du financement de leur croissance ou des déficits associés à la stagnation, des illusions et des gaspillages que le boom pétrolier a nourris. La conclusion évidente qu'on doit tirer de l'analyse de l'évolution économique des pays arabes au cours des 25 dernières années est l'échec de leur insertion active dans le système capitaliste mondial. Celle-ci avait pourtant été préparée, dans la phase antérieure de l'essor nationaliste, par l'amorce d'une industrialisation et d'une modernisation de l'État, assises sur des transformations sociales (réformes agraires, progrès de l'éducation etc...) qui avaient à la fois réduit les inégalités dans la répartition du revenu et élargi la base sociale des couches moyennes, assurant par là même la cohésion de la société et son adhésion au projet ~ociétaire de modernisation. L'intervention active de l'Etat les nationalisations en ont été l'expression la plus avancée avait rempli des fonctions essentielles dans la mise en œuvre de ce projet de «rattrapage dans l'interdépendance négociée»; elle en avait constitué la condition préalable incontournable. Certes le projet lui-même était loin d'être exempt de contradictions internes graves qui devaient en limiter la portée et en épuiser le potentiel plus rapidement qu'on le pensait généralement à l'époque. La raison en était pour 16

l'essentiel, à mon avis, que le projet était dans son essence même un projet national bourgeois. Les méthodes de la gestion politique populiste du système, la dépolitisation des classes populaires auxquelles le droit d'organisation et d'initiative était refusé, en somme l'absence de démocratisation de la société et de la politique, sont l'expression des limites historiques de ce projet. Il faut ajouter que ce projet national bourgeois arabe a été combattu systématiquement pa.r les forces extérieures dominantes: les puissances occidentales. L'alliance passée par le mouvement national arabe avec l'Union Soviétique n'était nullement la cause de cette hostilité, mais au contraire la réponse à celle-ci: les raisons véritables de l'hostilité occidentale tenaient aux craintes que l'Etat arabe modernisé et unitaire, riche de ses ressources pétrolières, situé sur le flanc Sud de l'Europe, devienne dans le système mondial un partenaire avec lequel il aurait fallu compter. Quoi qu'il en soit cette page est aujourd' hui tournée. Le discours libéral prétend que les politiques nouvelles dites « d'ouverture» sont venues pour mettre un terme aux « errements du passé» et permettre donc le démarrage d' un développement véritable, dit «sain ». Il n'en est pas ainsi. Tout au contraire ces politiques brisent l'élan du développement, cassent le monde arabe et accentuent les rivalités en son sein, pour finalement plonger la région dans un désastre social anéantissant son potentiel de renaissance. La recompradorisation de,s pays arabes, qui est l'objectif véritable de stratégie des Etats-Unis et, derrière eux, de l'Europe comporte différents volets économiques, politiques et stratégiques. Cette stratégie s'emploie à casser la région arabe en sous-régions distinctes soumises à des logiques de compradorisation qui leur sont particulières. Dans cet esprit les pays du Maghreb sont abandonnés aux aléas d'une négociation éventuelle de leurs rapports avec l'Europe, l'adhésion pure et simple de ces pays à l'Union Européenne étant exclue bien entendu. On ne peut donc ici parler que de projets qui restent vagues à l'extrême, bien qu'un discours soit développé, ici ou là, de temps à autre, sur la question de l'opportunité d'un «projet méditerranéen », plus ou moins complémentaire de l'Union Européenne. On connaît la formule dite du 5 + 5 (les cinq pays de l'Union maghrébine: la Mauritanie, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye, et les cinq pays méditerranéens de l'Union européenne: le Portugal, l'Espagne, la France, l'Italie et la 17

Grèce), mais elle reste vide de toute précision quant à la nature des rapports économiques privilégiés considérés éventuellement, à leur compatibilité avec le traité de l'Union Européenne etc... Il ne s'agit donc que d'une formule d'attente puisqu'aussi, par ailleurs, bien des questions concernant la région sont loin d'être réglées: l'avenir de l'Algérie, celui de la Libye toujours soumise au blocus imposé par les États-Unis, la question du Sahara occidental. L'ensemble des projets proposés au nom du libéralisme ne se sont jamais donné l'objectif de sortir le monde arabe de son enlisement. Il s'agissait, comme ailleurs, de politiques à courte vue de gestion de la crise, et rien de plus; il ne s'agissait pas d'établir un ordre mondial nouveau stable audelà de la crise. D'ailleurs la prospérité des années fastes de la rente pétrolière (1973-1984) était fondée sur l'illusion de la consommation, sans que la base productive n'ait été renforcée à cette occasion. Certes cette illusion a rempli des fonctions politiques décisives, à l'époque celles de donner un semblant de légitimité à 1'« infitah », d'y faire adhérer de larges opinions. Cependant, comme il fallait s'y attendre, l'illusion devait être sans lendemain. Reprenant l'offensive, les États-Unis ont imposé leur diktat ,en réduisant drastiquement la rente pétrolière, soumis les Etats du Golfe au statut de protectorats occupés militairement, séquestré leur fortune placée sur les marchés financiers, imposé à la Libye un blocus dévastateur. La régression économique que ces politiques de gestion de la crise ont entraînée pour l'ensemble du monde arabe fait de lui un candidat à la «quart mondialisation », c'est-à-dire à la marginalisation dans le système mondial, aux côtés de l'Afrique subsaharienne et de certains pays d'Asie (Iran, Afghanistan, Pakistan et Bengladesh).

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CRISE ÉCONOMIQUE ET CONTESTATION DU POLITIQUE EN TUNISIE

HAKIM

BEN HAMMOUDA

Introduction

L'économie politique doit chercher à comprendre la genèse et la crise de ses dynamiques de croissance. Ceci passe par l'étude des régimes d'accumulation définis comme étant les modalités concrètes d'accumulation du capital. Cette étude nous permettra d'analyser le processus de structuration d'une cohérence productive au sein des économies sousdéveloppées ainsi que les blocages et les contraintes rencontrées. La stabilité du processus d'accumulation passe par la structuration et la maîtrise de certaines normes de reproduction sociale dont on a identifié, à la suite de la théorie. de la régulation, trois à savoir: la monnaie et les modalités de financement, le système des prix et la norme technique. La question des normes, longtemps marginalisée par les théories hétérodoxes car considérées comme le propre des approches normatives et plus particulièrement de la théorie économique néo-classique, est aujourd'hui au centre du renouvellement des sciences sociales. L'objectif n'est pas de construire des normes de fonctionnement social et d'en faire un principe ou une règle de conformité des comportements sociaux. Mais l'intérêt accordé à l'idée de norme dérive de la réflexion sur les modalités de socialisation des individus au
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sein d'une société. Dans cette perspective, l'étude historique a montré que les sociétés ont cherché à structurer, parfois de manière inintentionnelle, des lois et règles de fonctionnement leur permettant d'éviter le «chaos» et d'assurer une relative cohérence des intérêts individuels entre eux nécessaire à la reproduction sociale. Ainsi dans une optique positive, l'étude des normes revient à analyser le processus de structurationdéstructuration des règles et lois de fonctionnement social. La théorie de la régulation s'est intéressée depuis son apparition à l'idée de normes. En effet celle-ci apparaît déjà dans les premières définitions données à l'idée de régulation. Ainsi G. Canguilhem définit la régulation comme « l'ajustement, conformément à quelque règle ou norme, d'une pluralité de mouvements ou d'actes et de leurs effets ou produits que leur diversité ou leur succession rend d'abord étrangers les uns aux autres» I. A partir de là, l'analyse de l'évolution des sociétés et de leur régulation revient à étudier et à identifier les normes auxquelles elles étaient soumises. Dans cette perspective, l'analyse des normes, leur genèse, leur codification sociale et leur déstructuration se trouvent au centre des démarches théoriques régulationnistes. Cette démarche nous paraît d'un grand intérêt dans la mesure où elle constitue une critique fondamentale à la théorie de l'équilibre économique général qui conçoit le marché comme seule forme de socialisation des agents rationnels. L'originalité de la réponse hétérodoxe réside dans la prise en compte de la pluralité des formes et des modalités de socialisation des individus au sein d'une société à une période bien déterminée. C'est cette diversité des formes de socialisation qui permet aux sociétés contemporaines de canaliser les projets individuels et privés dans une dynamique globale qu'on pourrait appeler synthèse sociétale et qu i n'exclut pas le conflit. Cependant, en dépit de cet intérêt, la conception des normes telle qu'elle est envisagée par les théories de la régulation nous paraît porteuse d'un déterminisme économique dans l'analyse de la reproduction sociale. En effet dans l'étude du processus de socialisation on constate une prédominance des critères ou normes économiques dans la définition de la synthèse sociétale. Il serait vain de discuter de la place des aspects économiques dans la régulation
I.
G. Canguilhem, « Régulation
14. Paris 1980. », Encyclopaedia Universalis. volume

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d'ensemble des sociétés, mais réduire la socialisation des agents et individus à la structuration d'une série de normes économiques nous paraît déficient. Plus particulièrement l'élimination de la sphère politique ainsi que du contenu et des modalités de légitimation du politique appauvrit énormément l'analyse théorique. Dans cet article on s'intéressera à ce processus de structuration et de déstructuration des normes politiques et économiques dans les années 70 et 80 en Tunisie.

I. Insertion à l'économie économiques en Tunisie

internationale

et

normes

J. Une nouvelle dynamique d'accumulation l'insertion dans l'économie internationale

basée

sur

La fin des années 60 et le début des années 70 correspondent en Tunisie à la remise en cause de l'expérience d'autonomisation à travers la structuration d'un appareil productif cohérent et autocentré menée par A. Ben Salah et à la tentative de structuration d'un nouveau mode d'accumulation basé sur une insertion privilégiée à l'économie internationale. Cette volonté est exprimée très clairement dans la déclaration gouvernementale du 17 novembre 1970 qui précise que la «croissance industrielle doit être recherchée par l'amélioration de la productivité, l'élargissement des bases de l'industrialisation et l'insertion dans les marchés extérieurs ». La structuration de ce nouveau mode d'accumulation se fait dans un contexte historique caractérisé par la crise qui sévit au centre et la remise en cause de la stabilité du processus d'accumulation. Cette crise a entraîné, au niveau international, la déstructuration de l'ancienne insertion agroexportatrice des « périphéries» dans les systèmes productifs centrés sur les pays capitalistes développés et d'une recherche autour de la mise en place d'une nouvelle division internationale du travail. Cette nouvelle DIT devait entraîner une nouvelle distribution des activités industrielles au niveau international à travers la délocalisation d'unités industrielles intensives en travail et standardisées vers les périphéries pour faire face à la crise de rentabilité de ces industries. Dans cette perspective les faibles coûts de main-d'œuvre au Sud 21

constituaient une réponse à l'abaissement des gains de productivité au Nord suite à l'épuisement de la norme technique dominante. L'économie tunisienne s'est inscrite, comme plusieurs économies du tiers monde, dans cette logique d'accumulation et a cherché à travers un certain nombre de mesures à encourager ladélocalisation des activités industrielIes du Nord intensives en travail et l'implantation du capital transnational. Ce renoncement à l'indépendance économique peut s'observer à travers l'ouverture croissante sur le capital transnational. Ainsi dès 1972, le gouvernement Nouira a institué la loi n° 72-38 qui accorde aux entreprises étrangères exportatrices le principe d'extraterritorialité leur permettant une libre importation des biens nécessaires à leur production ainsi que le transfert des résultats de la production. Ces mesures ont permis une nette accélération des investissements directs étrangers qui ont été multipliés par 10 entre 1970 et 1981. Durant les années 70, l'économie tunisienne a enregistré des résultats spectaculaires. En effet le taux de croissance du PIB a été de 9,6 % en moyenne annuelIe entre 1970 et 1980. Par ailleurs les investissements ont crû à un rythme annuel de 8,6 %. Cette dynamique de croissance a entraîné une nette

progression du revenu par tête avec un taux annuel de 7 % et
une augmentation de la consommation à 12 % en moyenne annuelIe. Cependant, cette nouvelle dynamique, en dépit de ses résultats quantitatifs spectaculaires et qui ont permis à certains de parler de miracle tunisien, s'est traduite par l'émergence de nouvelIes formes de dépendance et l'accroissement de l'extraversion de l'appareil productif. 2.Le contenu sectoriel de cette dynamique Cette nouvelIe dynamique de croissance a entraîné un accroissement de la désarticulation de l'appareil productif qui s'observe à travers l'évolution sectorielle de l'économie tunisienne et plus particulièrement dans la marginalisation de l'agriculture, la dépendance accrue de l'industrie vis-à-vis des importations et la faiblesse des rapports agriculture/ industrie.

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En effet dans l'agriculture, la politique de l'Etat a cherché depuis les années 60 à effectuer des ponctions sur le surplus agricole afin de financer le développement industrief Ainsi l'Etat a pratiqué, par le biais des sociétés nationales, une politique de fixation autoritaire des prix des produits agricoles qui lui a permis d'opérer des prélèvements importants sur le surplus agricole. En dépit des révisions successives des prix nominaux, les prix réels des produits céréaliers ont connu une chute vertigineuse entre 1961 et 1979 estimée à 47 % pour le blé dur, le quintal passant de 4,2 dinars à 2,850 dinars, à 31 % pour le blé tendre, de 3,45 dinars à 2,6 pour le quintal et à 22 % pour l'orge avec un quintal de 2,5 à 2,05 dinars3. Cette baisse des prix a entraîné une stagnation de la production qui s'est traduite par un recours de plus en plus important à l'extérieur pour satisfaire les besoins d'une population dont les taux de croissance dépassaient de loin ceux de la production agricole et «de pays agricole excédentaire, la Tunisie, écrit M. Ben Romdhane, s'est

transformée en pays de plus en plus déficitaire »4. Ainsi le
taux de couverture des importations alimentaires, qui était de 200 % en 1960, devient déficitaire à partir de 1967 et inférieur à 50 % dès 1977. Au début des années 1980, ce taux est devenu inférieur à 1/3 et le déficit de la balance alimentaire est estimé à 141 millions de dinars par an, ce qui représente près de 22 % de la production nationale. Mais la dépendance alimentaire, au-delà des chiffres globaux, est encore plus marquée si on examine le déficit en produits stratégiques. En effet, la production locale ne couvre que 55 % des besoins en céréales, 40 % des besoins en produits laitiers et une faible partie de ceux en sucre. Ces trois produits représentent plus des 2/3 des importations alimentaires totales et les 9/10 du déficie. Durant la même période, le secteur industriel a connu une croissance très forte. En effet, les taux de croissance annuels de l'investissement dans le secteur industriel sont passés de 8 % entre 1962 et 1971 à 9,5 % dans les années 70. Par
2.
Voir M. Ben Romdhane, «L'Etat, la paysannerie et la dépendance alimentaire en Tunisie », H. Aït Amara et B. Founou-Tchigoua (sous la direction de), L'agriculture africaine en crise, L'Harmattan, Paris 1989. Voir M. Ben Romdhane, op. cit. M. Ben Romdhane, op. cit., p. 296. M. Ben Rorndhane, op. cit., p. 296. 23

3 4. 5.

ailleurs la part des investissements dans le secteur manufacturier est passée de 10 % dans la décennie 60 à 19 % dans la décennie 70 dans le total des investissements. Cet accroissement de l'investissement industriel s'est traduit par une progression rapide de la place et du rôle de ce secteur dans l'économie nationale. Ainsi la part des industries manufacturières est passée de près de 7 % en 1961 à plus de 13 % dans le PIB. Par ailleurs la part des industries manufacturières dans les exportations totales est passée de 55 % en 1962 à plus de 60 % au début des années 80 et ce en dépit d'une forte croissance des exportations pétrolières. Cependant, ces exportations sont dominées par les industries textiles et chimiques dont la part dans le total des exportations manufacturières est passée de 23 % en 1970 à 80 % en 1983. Enfin en matière d'emploi, le secteur industriel est devenu dans les années 70 le principal créateur d'emplois avec près de 42,4 % du total durant le cinquième plan (1977- I981) soit près de 87 400 sur 206 000 emplois créés. Ainsi la part de l'emploi dans les industries manufacturières est passée de 15,6 % en 1971 à 2 1,2 % en 198 I du total de la population active. Cependant, ce développement industriel s'est caractérisé dans la décennie 70 par la faiblesse des échanges interindustriels. En effet, la réorientation du développement industriel vers le marché externe n'a pas favorisé les relations inter-industrielles mais a, au contraire, entraîné pour certains secteurs, comme le textile, une baisse sensible du taux d'intégration. Ainsi, pour les entreprises de confection, créées dans le cadre de la loi d'avril 1972, l'ensemble des matières premières, des produits semi-finis sont importés et le taux d'intégration est proche de zéro. Pour les industries mécaniques et électriques, le taux d'intégration moyen est certes supérieur à celui de l'industrie textile mais ne dépasse guère 20 %. Ainsi, les nouvelles industries mécanique et électromécanique créées dans la décennie 70 sont peu intégrées à l'unité sidérurgique El Fouladh développée dans les années 60 et dont la production du rond à béton est destinée essentiellement au secteur du bâtiment. Par ailleurs, les importations de produits sidérurgiques comme les barres en fer ou acier, les profilés, les laminés et tôles dépassent largement la production nationale. En matière de construction métallique (chaudronnerie, charpente et menuiserie métallique), le taux d'intégration des grandes entreprises est inférieur à 50 %. Le sous-secteur de la mécanique, composé essentiellement d'unités de montage 24