Le Pakistan

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EAN13 : 9782296225602
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LE PAKISTAN Economie et développement

Du même auteur: L'automobile, Editions Le Sycomore, Paris, 1982 (en collaboration). Planification, socialisme et IX' plan, Editions L'Economie en Questions, Paris, 1983 (Editeur). L'Europe entre l'autonomie et la déPendance,Editions L'Economie en Questions, Paris, 1984 (Editeur). Histoire des pensées économiques, les contemporains, Editions Sirey, Paris, 1988 (en collaboration). Le système monde en question, Editions Magnard, Paris, 1989 (en collaboration). Indo-European cooperationin an interdependentworld, Centre for European Policy Studies, Bruxelles, printemps 1989 (en collaboration). L'Economie Française, mutations: 1975-1990, Co-éditions Sirey-Le Monde, préface d'André Fontaine, octobre 1989 (en collaboration). Le Pakistan: évolution politique, sociale et économique. Notes et Etudes Documentaires, La Documentation Française, décembre 1989, en collaboration avec Annie Kriegger-Krynicki, 1990. Découvrir l'entreprise, Editions Sirey, Paris, 1990 (en collaboration).

Jean-Joseph BOILLOT

LE PAKISTAN

Economie et développement

Priface de Gilbert Etienne

(!)
Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique
75005 PARIS

@ L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384-0845-1

PREFACE

En 1956, une grande entreprise parisienne adressait une offre en français au gouvernement indien pour la création d'une usine. Aujourd'hui nous n'en sommes plus là ! Les exportations et les investissements français progressent en Asie, mais il reste beaucoup à faire. Depuis une décennie, ce ne sont pas seulement les quatre dragons qui bougent. La Chine, la Malaysia, la Thaïlande, l'Indonésie suivent le peloton de tête. Plus près de nous le sous-continent de l'Asie du sud hâte le pas. Ces mutations qui constituent le début d'une redistribution des cartes économiques au niveau planétaire ont beau nous interpeller de plein fouet, elles ne sont pas toujours bien perçues dans nos opinions publiques. En effet, la France souffre -sauf pour la Chine- du manque de spécialistes de l'Asie contemporaine. Il a fallu, par exemple, des décennies pour que, même les franges éclairées de nos sociétés prennent acte que l'Inde est une puissance industrielle de taille, et pas seulement le pays des mendiants et des vaches. Jean-Joseph Boillot a eu le grand mérite par de nombreux travaux, sa thèse de doctorat d'Etat, des articles, des notes pour le CEPII, de nous éclairer sur les récentes tendances de l'économie indienne. Fort de cette première expérience, J.J. Boillot s'attaque aujourd'hui au Pakistan. Homme de cabinet rompu aux techniques modernes d'analyses économiques et financières, c'est aussi un homme de terrain. Au cours de diverses missions au Pakistan, il a rencontré de nombreux industriels et des hauts fonctionnaires, percevant sur le vif les réalités du pays. Ce faisant, l'auteur comble une énorme lacune. Les ouvrages en français sur le Pakistan sont encore plus rares que sur d'autres pays d'Asie. Or, comme l'écrit J.J. Boillot, il s'agit "d'une économie dynamique qui commence à compter". La décennie écoulée se caractérise par une forte croissance. Même si aujourd'hui le Pakistan est entré dans une phase très délicate, notamment du fait d'un grave et double endettement intérieur et extérieur, il dispose à long terme de plusieurs atouts, fort bien mis en relief dans ce' livre. Tout en présentant une analyse économique rigoureuse, l'auteur accorde aux facteurs sociaux leur juste place: l'inquiétante pression démographique, les faiblesses des systèmes d'éducation et de santé, insuffisances que les planificateurs pakistanais s'efforcent de corriger. II est non moins révélateur d'observer le processus de réformes économiques qui, par bien des traits, rappelle celui de l'Inde et d'autres pays d'Asie: assouplissement des interventions de l'Etat, plus grande ouverture sur l'étranger. Enfin, il faut rendre hommage' à la personnalité de l'auteur, sa vivacité d'esprit, ses remarquables capacités de travail, son absence de dogmatisme. Nous avons besoin de chercheurs de cette trempe afin de nous aider à comprendre tout l'intérêt que représente l'Asie pour nos économies. Sinon, à Islamabad, à New Delhi, à Jakarta, à Séoul... nos interlocuteurs continueront, comme c'est le cas aujourd'hui, à qualifier l'Europe de bien timide face au dynamisme des japonais et des américains.
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GIlbert ETIENNE Professeur aux Instituts Universitaires des Hautes Etudes Internationales d'Etude du Développement, Genève.

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LE PAKISTAN EN QUELQUES CHIFFRES Les indicateurs géographiques Superficie: 796 095 km2 Capitale : ISLAMABAD Population: 1989 - 107 miIlions Projection démographique : 156 millions en l'an 2000 286 miIIions en 2025 Densité (1988): 123 hab/km2 Les indicateurs sodo-démographiques Population urbanisée (en %) : 31 % (1987) Croissance démographique: 3,1 % par an (1980~87) Composition ethno-linguistique (1987) en milIions . Balouchistan 4,3 . Pashton (NWFP) 11,0 . Pandjab 47,3 . Sind 19,0 Appartenances religieuses (1986) : . Musulmans à 97 % Taux d'analphabétisme (en %) : 26,2 Espérance de vie (années) : 55 Salaire mensuel moyen dans l'emploi moderne (en dollars) : 100 (1986-1988) Répartition de la population active (en % du PIB) (1986-1988) : .

. agriculture

55 %

. industrie et mines 18 % . services 30 % Les indicateurs économiques et financiers Produit National Brut: (1988) 37,3 milliards de dolalrs PNB/habitant: 360 dollars (1988)
Monnaie: Roupie 1$

IFF = 3,30 roupies Les structures de production (en % du PIB (1986-1988) : . agriculture 24 % . industrie et mines 28 % . services 47 % Dette extérieure totale: 17 miIIiards de dollars (1988) (231 % des exportations de biens et services) 8

= 20

roupies

INTRODUCTION

Pour celui qui connaît l'Asie au sens où nous l'entendons souvent en France, la découverte du Pakistan est comme un nouveau saut dans l'inconnu. Une première raison est évidente: l'Asie se décompose en grands ensembles ayant certaines racines communes par-delà les spécificités de chaque puzzle. Le Pakistan est là qui se cherche. Ainsi, le monde sinisé n'a rien d'une construction purement imaginaire. Depuis des millénaires, Confucianisme, Bouddhisme ou Taoïsme forment les piliers communs d'ethos certes bien différents mais bâtis sur un même socle. Le monde indien, ou "indou" -sans H- pour reprendre la transcription assez justifiées de Guy Deleury (1978) forme également à n'en pas douter le même exemple de kaléidoscope aux fragments similaires mais qui, en se réfléchissant sur un jeu de miroirs angulaires, produisent d'infinies combinaisons d'images aux multiples couleurs. Que la hiérarchie y soit par exemple fondée dans l'ordre brahmanique sur une échelle de pureté sacrée comme le montre Louis Dumont (1966), et non sur une loyauté réciproque reposant sur l'autorité, les liens de sang et l'âge comme au Japon, explique peut-être la pérennité du monde des castes ou jatis en Inde alors qu'elles furent abolies sans grandes difficultés au Japon lors de la mise en place du gouvernement Méiji au siècle dernier. Pour qui a lu ou vu l'épopée du Mahabharata, notamment sa version cinématographique par Peter Brooks qui en accentue les traits par la contraction temporelle d'une si longue histoire, nul doute que l'on est bien en Inde dans un "Monde" à part. Un monde qui dispose de ses propres échelles de valeurs, d'un "ethos", et dont le Mahatma Gandhi formula une des réformes parmi tant d'autres. On peut d'ailleurs dire aujourd'hui qu'elle a probablement échouée alors qu'elle fut si longtemps la seule clé d'accés de l'Inde moderne retenue par les occidentaux. Elle n'en a pas moins influencé grandement le visage de l'Inde moderne qui lui doit cette symbiose avec les valeurs du socialisme démocratique occidental qu'a longtemps représentée la dynastie des Nehru-Gandhi. Entre ces deux grands ensembles sinisé et indien, le sud-est

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Asiatique apparaît comme un troisième kaléidoscope où les terreaux animistes se sont croisés avec les deux courants précédents et "l'intrus musulman" qui emprunta dès le Xo siècle le détroit de Malacca. Sans compter ensuite avec la pénétration catholique qui trouva aux Philippines une étrange terre d'accueil qui lui donne aujourd'hui cet accent latino-américain dans la zone. Bref, l'ASEAN est bien une pâte brisée culturelle à la dimension de ces chapelets d'îles et de jungles encore vierges pour beaucoup. Et le Pakistan ou le Bangladesh? La thèse qui prévaut souvent est celle de leur assimilation culturelle au monde indien après tant de siècles où l'islam se serait indianisé de sorte qu'ils partageraient la même histoire, les mêmes rites à défaut d'avoir des religions formelles différentes. Au point que s'exprime encore souvent le regret de la partition de 1947. Pas seulement pour son caractère sanglant car tout le monde regrette aujourd'hui vivement ce drame dont Arianne Mouchkine a tenté de remonter le cours. Certains pensent également que les Britanniques ont joué d'une fibre religieuse pour dépecer un ensemble homogène qui avait pris l'habitude de cohabiter sans trop de heurts. Et pour prouver cette thèse, ou celle de la vanité des hommes qui décidèrent de la partition, on exhibe ces quelques 120 millions de musulmans censés vivre en harmonie avec leurs "frères hindous" jusqu'à en partager leur système de castes. Et on n'hésite pas non plus à dire qu'il n'y a pas de différence de nature entre les pays de l'ex-empire des Indes. Mettons à part le Sri-Ianka puisqu'il n'est pas vraiment concerné par la partition. Au Bangladesh, on trouve d'abord une population plus bengalie qu'indienne. Son identité musulmane comme son histoire propre et son organisation sociale créent cependant des différences très sensibles entre ces deux parties du sous-continent. Mais il est vrai ensuite que les Bengladeshis se comportent bien différemment des Pakistanais dont la proximité avec les Indiens du nord paraît plus grande par certains aspects. Ne partagent-ils pas cette culture indo-moghole qui fait la splendeur des forteresses de Lahore ou de Delhi jusqu'à partager encore aujourd'hui les danses et chansons populaires de la TV indienne captée avec engouement dès le matin par les Panjabis pakistanais condamnés à une ascèse islamique télévisuelle par des dirigeants en mal d'identité. Pourtant, si la revanche des Indiens sur leurs conquérants moghols et arabes puis britanniques est légitime, de même il paraît bien impossible de faire coexister dans un même espace de souveraineté nationale ceux qui se sont identifiés à l'islam des "envahisseurs" et ceux qui s'en sont toujours défendus en préservant leur culture, sans créer aussitôt un rapport dominants-dominés comme le vivent vraiment beaucoup de musulmans de l'Inde. Certes, la démocratie indienne est tolérante dans ses institutions, mais c'est une démocratie "majoritaire". Certes, les droits des musulmans sont totalement garantis par la constitution, jusqu'à l'absurde même: reconnaître que la shariat peut 10

s'appliquer en Inde dans les rapports inter-personnels entre musulmans même si elle contrevient manifestement à la constitution. Mais dans le quotidien, comment ne pas souffrir la honte lorsque des fondamentalistes hindous viennent revendiquer la destruction d'une mosquée édifiée il y a des siècles sur l'emplacement présumé du temple d'Ayodhya, berceau du dieu Râma; comment ne pas souffrir l'exaspération -de part et d'autre d'ailleurs- devant des pratiques quotidiennes extraverties où s'exprime parfois un prosélytisme plus que militant. Des militants hindouistes n'ont-ils pas tenté en vain de faire interdire le Coran par la justice, sous prétexte de son intolérance; surtout, comment ne pas avoir peur à chaque crise inter-ethnique quand les morts atrocement mutilés ou brûlés vifs se comptent parfois par centaines comme par hasard dans les villes où en général les musulmans sont majoritaires dans le centre. Comme le dit bien Olivier Roy (1986) dans un excellent article: "En somme, les enjeux autour de la communauté musulmane sont de moins en moins politiques et diplomatiques (excepté dans les cas du Cachemire et de l'Assam) et de plus en plus culturels et sociaux, posant le problème du développement économique et culturel d'une communauté restée en retard, crispée sur son passé et dont les élites modernistes sont souvent en porte en faux

par rapport à la masse des croyants."
Il aurait fallu en effet que l'indépendance fut l'occasion d'un aggiornamento des traditions alors que sa dualité est de l'avoir dessinée au nom du "Hindu swaraj", de valeurs de non-violence très nobles mais bien extérieures à la pratique des communautés, à la passion notamment chez les musulmans. Nehru était de cette trempe, sa fille également. Moins déja chez Rajiv Ghandi qui lors des dernières élections a glissé dans ses discours des références religieuses ou mythologiques du type Râmayana. Mal lui en a pris car le vote musulman est en Inde un vote "stratégique" capable de faire les majorités au parlement de New Delhi même si les musulmans ne constituent pas un lobby proprement dit. Mais que se passe t-illorsque tous les partis décident de jouer la fibre nationaliste hindoue? Combien sont-ils en fait de la trempe des Nehru à côté de cette masse inombrable qui vit par et pour un ordre cosmique hanté de milliers de dieux, d'avatars, tous aussi extraordinaires et sympathiques au demeurant. Les massacres de la partition de 1947, les trois guerres de 1948,1965 et 1971 ne sont pas des "accidents" de l'histoire pas plus que les fanatismes musulmans et hindous. A moins de les surmonter par une religion de degré supérieur comme la société de consommation a tenté de la faire, ces fanatismes ne sont que l'expresion aiguisée des identités de masse sans lesquelles toute vie sociale est impossible. Or, pour qui a silloné longtemps l'Inde et le Pakistan, il ne fait aucun doute qu'on est en présence de deux fortes identités, passionnantes toutes deux, mais assez largement incompatibles dans la vie quotidienne d'une nation. André du Castel (1986) va jusqu'à dire 11

que "Les deux systèmes philosophiques sont irréductibles en leurs principes, comme le sont l'immanence et la transcendance". Et cela ne tient pas seulement à une affaire de "religion" au sens étroit du terme. C'est un tout, un "empire des signes" pour reprendre l'image de Roland Barthes à propos du Japon. Que la guerre soit inéluctable est une toute autre chose. La menace permanente de conflit entre les deux pays, comme vient encore de nous le rappeler l'affaire du Cachemire, n'est que l'expression de la non reconnaissance réciproque du bien-fondé, de la légitimité des deux entités. Pour reprendre une autre expression d' André du Castel, les religions ou les guerres de religion ne sont que l'expression sacralisée de la recherche d'un équilibre dans la constitution d'entités modernes. Autant parce qu'il y a des problèmes de frontières non réglées entre les deux Etats, que par le refus de reconnaître l'autre dans sa quête d'une pureté plus nette au Pakistan mais non moins présente dans une Inde à 93% hindoue. Le Pakistan d'ailleurs semble en être parfois encore à l'âge juvénile face à la "Mother India", puissance tranquille et tutélaire d'un sous-continent qu'elle considére comme sa zone de sécurité et d'influence. Combien d'Indiens savent en fait qu'ils font l'objet d'une admiration refoulée de la part de leurs voisisns pakistanais, et ne retiennent que les provocations répétées du petit David contre le grand Goliath. L'Europe aussi a connu ses passions et ses guerres de religion sont constitutives de son passage à l'ère modeme. Mais c'était entre Etats de taille relativement comparable, et l'expérience amère de guerres sauvages est venu exciter le développement économique comme un contournement des passions politiques au point que l'industrialisation, l'urbanisation ou la scolarisation sont venues germer des structures sociales et culturelles de plus en plus proches qui atténuent un peu les identités toujours bien vivaces qu'on ne s'y trompe pas. Dans le cas indo-pakistanais, les différences de taille, le poids des traditions et de l'histoire récente, rendent un processus à l'européenne plus difficile à mettre en oeuvre. Pour poursuivre l'analogie, le Pakistan va jusqu'à entrevoir la possibilité d'un éclatement possible de l'Inde sous l'effet de ses contradictions internes effectivement nombreuses. Et il n'est pas sans les aviver quand il en a l'opportunité au Panjab ou au Cachemire. On comprend la réaction agacée, parfois franchement nerveuse de l'Inde comme en 1989 lorsqu'elle déploie un immense cordon militaire le long de sa frontière avec le Pakistan. Existe t-il alors une solution entre deux Etats si légitimement fiers? C'est ce que laisse augurer la création de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) en décembre 1985 largement à l'initiative du Président du Bangladesh, le général Zia ur-Rahman. La première réaction indienne fut assez dure: "une fraction des dirigeants de l'Inde avait le sentiment qu'un mouvement avait été lancé pour encercler l'Inde par les forces hostiles à notre pays", écrivait ainsi le Hindustan Times du 1er mai 1981 (cité par J.A. Bernard (1988)). L'évolution de ces dernières années est 12

indéniablement positive au point que le sommet d'Islamabad de décembre 1988 vit pour la première fois depuis bien longtemps les dirigeants indiens et pakistanais profiter d'un tel sommet pour mener des discussions bilatérales avancées et conclure même des accords historiques pour le respect des installations nucléaires civiles et l'ouvenure des échanges commerciaux. Il faut dire que les dirigeants en question étaient Rajiv Gandhi et Benazir Bhutto, deux très jeunes Premiers Ministres modernistes et conscients que la guerre froide dans le sous-continent n'a pas d'autre avenir que le risque d'un cataclysme nucléaire. Cette longue digression pour introduire un livre essentiellement consacré à l'économie peut surprendre. Moins il faut préciser combien la grille d'interprétation utilisée doit à l'oeuvre d'un des grands pionniers de l'économie du développement: Albert O. Hirschman, et aux réflexions critiques sur 40 ans d'expérience dans cette sous-discipline. Face à l'orthodoxie d'un Sanjaya Lall pour qui il n'existe aucune spécificité au développement, donc pas d'espace théorique propre en dehors de l'application de la théorie économique stand art, mes préférences vont à l'hétérodoxie d'un Amyana Sen (1989) qui à l'instar d' A.O. Hirschman (1984) pense l'économie comme une "science morale et politique", c'est à dire que les catégories du marché ou de l'équilibre général standart ne sont que des catégories instrumentales et non fondatrices. Seraient fondateurs par contre de grands choix de société comme l'idéal de démocratie ou non, la préférence à l'équité ou non, et plus largement les catégories du socle social qui enserre l'économique dans l'étau d'une consistence d'ordre supérieur ainsi que le montre magistralement Karl Polanyi (1944). De ce point de vue, l'histoire des passions est inséparable du travail de l'économique. De même que la mise en place des institutions économiques ne répond pas souvent à une rationalité économique supérieure, mais aux agencements institutionnels que les hasards de l'histoire créent dans une société donnée. C'est ce qui explique finalement que toutes les tentatives de réduire les configurations de développement à une simple typologie de variantes d'une même fonction de développement se sont avérées un échec total pour prédire, donc pour expliquer les modes de développement suivis par les pays en développement. Tout au plus ces typologies - on pense ici à celle de Chenery (1979)- sont un outil rigoureux nécessaire pour aborder une réalité insaisissable de prime abord, donc sans catégories logiques de départ. Ensuite l'outil doit savoir s'effacer devant le constat évident pour ceux qui s'intéressent au développement: rares sont les cas "logiques", linéaires, où la croissance équilibrée s'avère le sentier de croissance suivi. Plus souvent, la régIe générale est celle des processus évoluant bien loin des équilibres optimaux de la théorie économique standart, sans qu'ils conduisent à des catastrophes forcément économiques. Et lorsqu'on tente d'introduire par 13

force des éléments d'un ordre économique censé être supérieur, combien d'expériences s'avèrent des désastres politiques. Dans le cas pakistanais, deux traits semblent traduire parfaitement tout ce qu'il y a d'original dans l'expérience unique de ce jeune pays: une croissance frustrée et un processus de développement antagoniste. Le premier s'intéresse aux résultats. Il exprime une frustration vis à vis d'une espérance de départ, de fortes potentialités naturelles et humaines, comme il traduit les situations quotidiennes qui frustrent ces potentialités. Le terme n'est pas nouveau. On le trouve utilisé dans une étude de l'économiste John Power publiée en 1963. Depuis, il semble avoir été oublié par les économistes. Le quasi-manuel de Viqar Ahmed et Rashid Amjad (1984) ne le mentionne jamais. Et pourtant, le retour du PPP au pouvoir correspond -par quel hasard ?- à sa remise à l'honneur dans de très nombreux commentaires sur la vie politique et ses conséquences sur l'économie pakistanaise. Ainsi "Pakistan&Gulf ECONOMIST", le grand hebdomadaire économique de langue anglaise du Pakistan, livre t-il dans son numéro 19 de 1990 ce commentaire amer mais réaliste: "The administrative and political confrontation had already been frustrating national objectives a good deal and even threatening democracy itself... ". Ou encore, dans l'éditorial du très écouté Ibnul Hasan, à propos de la crise du Cachemire: " And again, just the other day Mr Rajiv Gandhi frustrated our Prime Minister Benazir Bhutto's attempt of trying to take at least two steps before he could take even one". Il faut toujours se méfier du sens commun, des évidences trompeuses. Mais cette fois, la sémantique paradigmatique est d'un secours precieux. On voudrait ici donner quatre domaines d'application de cette frustration: - C'est d'abord, répétons le, une grande déception par rapport à l'idéal qu'avait fait naître le poéte Mohammed Iqbal en 1930 lorsqu'il lança l'idée, utopique alors, d'un Etat séparé pour tous les musulmans. Un Etat que l'étudiant Chaudhry Rahmat Ali appellera "Pakistan" ou pays des Paks, ceux qui sont spirituellement purs et propres. L'intérêt dans le cas pakistanais c'est qu'on n'observe pas le cycle mis en lumière par Hirschman (1982) dans "Bonheur privé, action publique". Dans son modéle, les passions publiques naissent autour de grands idéaux et suscitent des attentes exagérées. Aussi, face aux difficultés qui ne peuvent manquer de naître, la déception intervient un jour ou l'autre à la mesure de l'emphase initiale. Et Hirschman note que les individus se replient alors sur la sphère privée, materielle, jusqu'à ce que l'ennui ou le déficit de collectif ne refassent sortir les gens de leur cocon. Dans l'histoire du Pakistan, un tel cycle ne semble pas s'être produit. Et peut-être pour des raisons assez simples: la catégorie individu n'a pas sa place pour l'instant tout du moins dans un tel pays. La religion musulmane est ensuite une religion de l'Etat-nation, de type monothéiste donc aux liens communautaires très forts. On a bien sûr quelques 14

exemples intéressants de repli sur soi dans l'islam sous la forme de courants méditatifs comme le soufisme, une doctrine mystique qui s'est développée à l'intérieur de l'islam et lui a donné ses plus belles poésies ou musiques. Le terme vient de l'arabe "laine", du nom du vêtement porté par ces ascétes qui n'ont été cependant qu'en très faible nombre toujours. En outre, pour qui a participé aux concerts des heures durant de musique qawwali avec le prince incontesté Nusrat Fateh Ali Khan sent combien ce chant des confréries soufies né à Lahore au XIO siècle provoque une émotion si intense à la gloire d'Ali que la foule des fidèles est progressivement prise d'une passion intérieure qui ne tarde pas à se répandre collectivement dans toute l'assistance et à s'extérioriser sous des formes que d'aucuns en occident jugeront "intégristes". Car c'est probablement dans ce sens qu'évolue finalement le balancier du cycle d'Hirschman dans un bain culturel non occidental. Comme en Inde peut-être dont la déception de 40 années de développement en ce moment hésite entre des formes de repli individuel ou au contraire de fanatisme hindou avec cette "armée de Shiva" ou "Shiv Sena" qui par bien des aspects n'a rien à envier au Front National en France. Ce qu'il y a d'intéressant dans le cas pakistanais, c'est qu'on n'y observe pas de dérive "intégriste" d'ensemble comme en Iran même si les courants intégristes sont assez forts pour avoir été parmi les premiers à ameuter les foules dans l'affaire Rushdie. Comme le montre bien Maxime Rodinson (1966) dans "Islam et capitalisme", les controverses théologiques entre les deux musulmans pakistanais que sont le chef de la puissante Jamâ'at-i-Islâmî (la Société musulmane), Aboû I-A'là Mawdoûdi, et l'homme d'affaires qui théorise sur l'économie musulmane, Nasir Ahmad Sheikh, ne sont qu'un des reflets des oppostions théologiques permanentes entre deux interprétations du Coran. Le conflit entre Z.A. Bhutto, aujourd'hui sa fille, et le Général Zia qui tenta d'islamiser le Pakistan dans un sens très conservateur, est le reflet au sommet d'une division profonde de la société pakistanaise par-delà sa référence commune à l'islam et au Coran. Il suffit de monter sur les toits des faubourgs de Karachi et Lahore pour voir par exemple chaque maison afficher qui son drapeau vert étoilé blanc, qui son drapeau rouge noir vert traversé de la flèche du PPP, et voir que les forces s'équilibrent dans le pays. La frustation est alors l'expression d'un conflit interne qui ne semble pouvoir trouver de solution dans un quelconque mouvement de balancier, sauf de type antagoniste on le verra.

- La frustration, c'est le sentiment d'avoir été le pays du "miracle économique" dans les années soixante où la croissance du grand secteur industriel s'envole à 17% par an de 1958 à 1964, précédant même les fameux Nouveaux pays industrialisés d'Asie qui suivront apparemment les éléments du même modèle de croissance décrits dès 1963 dans "Strategy of economic planning" par un de ses inspirateurs:
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Mahbub-ul-Haq, futur ministre de la planification et des finances.

- Troisième frustration, l'isolement, la non reconnaissance internationale d'un pays qui pourrait compter la troisième population du monde au milieu du siècle prochain, et qui dès à présent figure parmi les "puissances presque nucléaires". La simple observation d'une cane mondiale physique montre que des facteurs naturels contribuent à cet état de fait. Son enclavement au sud-est de l'Asie centrale est total. D'un côté, les montagnes infranchissables du Karakorum, de l'Hindou Kouch et la chaîne du Makran dessinent un demi-cercle qui l'isole de ses voisins musulmans. De l'autre, la mer d'Oman, un accès aux mers chaudes, mais trop décentré par rapport au barycentre humain du pays, comme aux grands flux maritimes planétaires. Reste sa voisine naturelle, l'Inde, a quelques kilométres de Lahore, mais c'est une autre frontière qui se dresse alors. En outre, l'Inde connaît les mêmes problèmes d'isolement qui expliquent en partie qu'elle n'a pas le même poids géopolitique que la Chine en dépit de nombreuses caractéristiques communes. Bref, frustration d'être "entre deux mondes" comme le dit Céline Debayle (1978) dans une des meilleures introductions au Pakistan, de ne pas être un monde à soi, pour soi.
- D'où cette quatrième frustration qui explique notre longue entrée en matière: le complexe vis à vis de l'Inde. Imaginons un instant le Pakistan en Asie du sud-est ou du nord-est, et son avenir aurait été totalement différent sur la base de sa dynamique propre comme de la dynamique régionale dont on sait qu'elle joue un rôle majeur dans le développement économique. Qui ne connaît l'Indonésie, Jakarta ou Bali ? Qui saurait situer d'emblée le Pakistan sur une carte du monde, Islamabad ou le fameux site archéologique de Moenjodaro en dépit de la passion qu'y met le téméraire conservateur du musée Guimet de Paris, Mr Jarrigue. Ces frustrations, on les sent bien dans l'univers quotidien d'une population à tous les niveaux de la .société. Dans l'élite, des demeures sobres à Karachi ou à Islamabad abondent de tableaux d'une peinture contemporaine de qualité cachés par peur de déroger à la calligraphie islamique que l'on cherche parfois à promouvoir comme l'art officiel du pays au nom de son identité musulmane. Les enfants de ces élites brillantes vont très souvent à l'étranger et en reviennent peu. N'est-ce pas le parcours suivi par Benazir Bhutto avant que le meurtre de son pére ne l'améne à se découvrir un destin pakistanais. Autre exemple, la famille d'industriels de Lahore Noon, s'est réfugié longtemps en Espagne où ils ont désormais un des plus grands Hôtels de la Costa Brava auquel leur fils identifie davantage son avenir que les usines

textilesqui périclitent.

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Dans les classes populaires, on y trouve la fierté d'être Pakistanais. 16

On n'a pas le choix de "l'exit", il faut être loyal en silence ou crier ses passions. Mais la Begum ne peut que reposer le Coran qu'elle devrait lire à longueur de journée après le décés de son mari lorsque vient l'heure des émissions de variétés indiennes dont les actrices "infidéles" font danser les yeux des femmes et frémir les moustaches des quatre fils. Toutes ces frustrations forment un tout imbriqué qui s'enchaîne dans un ensemble de comportements socio-économiques. C'est ce que nous appelons ici la "croissance frustrée". La dérive démographique nous en semble une des manifestations concrètes essentielles dans la mesure où cette variable tend à structurer toutes les autres quand on en arrive à un "multiplicateur transitionnel de population" qui pourrait atteindre un facteur 30 contre 4 dans les pays d'Asie à croissance rapide. Le concept en un mot tente de rendre compte de cette ambivalence reconnue par tous d'un potentiel extraordinaire dont le moindre n'est pas l'ardeur au travail, mais ausi hélas peut-être dans la vie politique, et d'un autre côté, des résultats décevants si l'on prend en compte les indicateurs du développement qui ne sauraient se réduire à ceux de la croissance. Bref, nulle image traditionnelle du sous-développement par entropie, mais alors pourquoi cette situation après 43 ans de développement indépendant où l'on a certes largement répondu aux "besoins essentiels" de la population mais sans franchir -et de très loin- le rubicon de la société industrielle. Là réside tout l'intérêt du concept de "croissance antagoniste" comme processus économique où chaque progrès ne peut pas se faire dans un domaine sans une régression -parfois importante- dans d'autres domaines, d'où un gaspillage d'énergie pour aller chercher le "bon vent", au lieu d'aller en ligne droite. Cette "navigation contre le vent" comme l'appelle Hirschman est-elle une nécessité fonctionnelle tenant à tant de vents contraires internes ou externes? Ce serait à démontrer, nous ne l'avons pas fait ici. Le fait est que le retour de Benazir Bhutto s'est traduit par deux années si conflictuelles qu'on a totalement découragé l'investissement industriel privé. Une situation qui commence à faire réfléchir les élites pakistanaises que l'on voit pour la première fois discuter de la nécessité d'un "compromis" stable, d'une conciliation entre le Centre et les Provinces. Pourtant sur le long terme, le Pakistan n'apparaît pas sur une mauvaise voie. Ses progrès sont significatifs. Comment aurait-il pu sinon absorber une population qui a triplé et qui a vu son ordinaire s'améliorer d'année en année. Telle est la signification de ce concept de "croissance antagoniste". On distingue bien à ce propos quatre phases marquées dans l'histoire économique du pays qui entretiennent d'ailleurs un lien étroit avec les quatre régimes politiques que le pays a connu depuis 1947: le démarrage lent et assez anarchique de la période 17

1947-55~puis le décolage autoritaire du généal Yaqub Khan et le boom de 1959-64 qui s'effiloche après la guerre de 1965 avec l'Inde~ ensuite la défaite de 1971 et la démocratie autoritaire de Z.A. Bhutto qui prend le contrepied de la théorie des "inégalités fonctionnelles" ~enfin le coup d'Etat du général Zia en 1977 et la tentative d'islamiser la fiscalité et la vie bancaire jusqu'à passer la "Shariat", c'est à dire un ensemble de lois censées exprimer le retour à Dieu, la réforme des moeurs, le 15 juillet 1988 avant de disparaître dans un "accident" d'avion le 17 avril suivant. S'il est vrai que la croissance économique s'est ravivée dans cette dernière phase, la plupart des indicateurs financiers s'affolent au point qu'un plan d'ajustement est signé en catimini avec le FMI à la veille des élections de novembre 1988 et avec deux ou trois semaines de réserves de change à peine. La victoire du PPP de Benazir Bhutto annonce t-elle un nouveau changement de cap à 110° ? Tout le discours de cette Antigone des temps modernes tendait à le prévoir. Et voilà que deux ans après, le tableau du réglement de compte laisse place à une interrogation profonde des élites pakistanaises sur le bilan du développement dans leur pays. D'autant que pour la première fois peut-être aucune coalition politique ne semble en mesure de l'emporter vraiment. Au total, quatre couples d'antagonisme deviennent l'enjeu d'un débat dont l'issue déterminera celle de l'expérience Benazir Bhutto. Le premier est l'articulation entre les passions politiques et la stabilité relativement nécessaire au développement économique. Notamment pour donner confiance à des entrepreneurs dont l'investissement est essentiellement de nature "autonome" au sens keynésien et non induit par des interactions macroéconomiques quasi automatiques comme dans un pays développé en temps normal. Vient ensuite l'antagonisme avec sa voisine l'Inde qui absorbe tant d'énérgie. Le type d'interprétation de l'Islam est un troisième antagonisme majeur dont dépend finalement l'existence d'une identité commune profonde, non face à l'extérieur, mais dans les grands choix de la vie interne. Vient ensuite la question de la démocratie et de la tentation autoritaire permanente qui entretient ici des liens étroits avec la "filière militaire" et le débat sur l'islam. J'appelle "filière militaire" cet enchaînement qui part du rôle essentiel de l'armée au Pakistan dans sa confrontation avec l'Inde et d'où découlent un ensemble de séquences économiques comme les choix budgétaires, politiques puisque rien ne saurait se faire sans l'accord tacite de l'armée comme Z.A. Bhutto en fit l'amère expérience et comme sa fille semble bien l'avoir compris. C'est cette grille que l'on trouvera utilisée implicitement dans les chapitres qui vont suivre. De façon plus empirique, ceux-ci tentent de donner une image assez complète d'un pays que nous connaissons peu en France alors qu'il recèle d'énormes potentialités et que son expérience est un exemple passionnant de la longue histoire du développement qu'on a tendance à oublier en ces moments de repli européen. 18

Chapitre 1

L'ECONOMIE PAKISTANAISE DEPUIS 1947 ET DANS LE MONDE
DEVELOPPEMENT ET CHANGEMENT DE STRUCTURES

La description du développement pakistanais peut se faire au travers des grilles d'analyse de François Perroux (1966) et Hollis Chenery (1979). Cela suppose de choisir une batterie d'indicateurs sodo-économiques qui expriment en statique la couverture des besoins essentiels, puis de confronter la situation du Pakistan avec celle d'autres pays dans la mesure où le développement est aussi très relatif. En dynamique, la couverture des "coûts de l'homme" ne se fait que grâce à des changements de structures comme la montée progressive de l'industrialisation et la diminution de la population active agricole. Assez universels, ces changements prennent cependant des formes toujours très originales selon les pays et les périodes. L'analyse comparative doit alors céder la place à la recherche des traits originaux du modèle pakistanais. Le premier est une image paradoxale: un pays figurant encore dans le groupe des pays les plus pauvres de la planète alors qu'il présente dès les années soixante les caractéristiques d'un "nouveau pays industrialisé" (NPI) et qu'aujourd'hui encore, le visiteur trouve tous les indices d'un pays dynamique. . Le deuxième est une image dichotomique: "un pays riche avec un

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Etat pauvre". On y estime par exemple les revenus occultes

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19

Le troisième est une image antagoniste: le conflit permanent entre la croissance avec inégalités ou l'égalité avec croissance, deux stratégies qui s'opposeront pour donner un profil bien heurté au développement économique pakistanais depuis 1947. Le quatrième est l'image du déséquilibre: rarement un pays aura tenté de se développer avec une si faible épargne intérieure et en gonflant même la part relative de la consommation dans le revenu national. Inversement, l'investissement, fruit du "décollage" pour les économistes orthodoxes, reste assez faible et largement alimenté par l'endettement externe comme aime à le faire remarquer la "Mother India" si fière de son taux d'épargne domestique et de son indépendance financière. Où se situe donc le Pakistan dans l'économie mondiale et quelles sont les formes prises par son changement structurel?

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A) LE PAKISTAN DEVELOPPEMENT

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Les indicateurs du développement sont finalement peu discutés. Ils sont de deux types: économique et social. Au plan économique,le Pakistan est un pays inspirant l'optimisme. Depuis la fin des années soixante-dix c'est même un pays qui rejoint les performances exceptionnelles des NPI d'asie. Hélas, le dynamisme démographique semble parfois absorber tout le dynamisme économique tandis que les indicateurs sociaux montrent qu'il reste beaucoup de chemin à faire. Cenes, le Bangladesh est relégué assez loin derrière et des structures ou des mentalités plus égalitaires qu'en Inde y ont largement éliminé le spectre de la pauvreté de masse. 1) Une économie qui commence à compter

...

Le tableau 1.1 des indicateurs économiques comparés permet de situer l'économie pakistanaise dans l'économie mondiale aujourd'hui comme sur la durée si l'on remonte à 1965. Cette date n'est évidemment pas favorable au Pakistan dans la mesure où un net retournement de l'expansion intervient alors. De même la comparaison à l'aide d'une monnaie commune, le dollar courant, incite à la prudence. Les prix intérieurs dans les PVD sont souvent bas alors que le taux de change n'exprime que la valeur relative des biens échangés dans le commerce mondial où l'avantage n'est pas au tiers monde peu industrialisé. Il faut donc se méfier d'une comparaison en niveau absolu avec un pays comme la France. Un PNB de 350 $ par tête comme au Pakistan en 1987 représente en effet un pouvoir d'achat supérieur à la même somme en France où le PNB par habitant s'établissait à 12 790$ à la même date, soit 36,5 fois celui d'un Pakistanais. Des relevés de prix intérieurs ont ainsi permis en 1975 d'évaluer le pouvoir d'achat réel des habitants de chaque pays, et 20

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donc d'obtenir des taux de change dit de "parité de pouvoir d'achat". Une opération fastidieuse qui ne peut être renouvelée tous les ans mais qui en 1975 montre qu'il faut multiplier par 3,4 le PNB Pakistanais pour pouvoir le comparer au pouvoir d'achat d'un Francais. De la sorte, le PNB du Pakistan ne valait plus seulement 3,35% du PNB français mais 11,4%. Non plus un trentième, mais un dixième. L'écart méritilit de faire cette précision. Si on applique cette correction aux données par habitant de 1987, on obtient un PNB par tête de 7140FF par Pakistanais au lieu de 2100FF au taux de change courant, contre 76 740FF pour un Français. L'écart de pouvoir d'achat serait donc de 1 à 11 et non de 1 à 36,5 ! Le tableau comparatif contourne ce problème en se restreignant à des pays en développement qui connaissent tous ce genre d'écart quoiqu'il aille en diminuant au fur et à mesure qu'un pays s'élève dans la hiérarchie mondiale ( c'est le cas de la Corée dont le taux de change courant s'élève fortement depuis plusieurs années). Si l'on raisonne sur les 120 pays retenus par la Banque Mondiale et classés selon leur revenu par habitant, le Pakistan présente bien l'image paradoxale d'un pays pauvre mais qui compte de plus en plus dans l'économie mondiale. - C'est d'abord le 92e pays pour le PNB par habitant, par ordre décroissant, ce qui le classe dans la catégorie des pays à faible revenu, à six places devant l'Inde et sept places derrière l'Indonésie, un pays limitrophe du groupe des pays intermédiaires. L'écart avec le Bangladesh est par contre considérable, plus du double. Ce n'est pas sans expliquer pourquoi certains Pakistanais se félicitent finalement de s'être séparés de ce qu'ils considèrent comme un poids mort économiquement. - C'est ensuite le 60e pays exportateur et le SSe importateur. Mais en fait son poids commercial est microscopique avec moins de 0,2% du commerce mondial et à peine le dixième de la puissance coréenne alors qu'il en pesait presque le double en 1965. L'Inde, pourtant réputée très fermée, exporte même trois fois plus que son voisin. Il y a bien dans ce domaine commercial un des indices les plus sûrs de la faible industrialisation du pays relativement au reste du monde et aux nouveaux pays industrialisés. - Le poids du Pakistan commence à s'affirmer dès lors qu'on prend en compte l'effet population. C'est en effet la ge population des 120 pays, la 10° du monde juste après le Bangladesh et le Nigéria qu'il pourrait rattraper en l'an 2000 lorsqu'il aura dépassé le Japon pour se rapprocher du Brésil. Il n'y aura alors plus que l'Indonésie devant lui avant les quatre grands du monde. De ce fait, le Pakistan est dès aujourd'hui au 37e rang mondial pour la taille de son PNB, soit près de 35 Milliards $. Hélas, au taux de change courant cela ne 22

reprèsente pas plus que le PNB de l'agriculture française où travaillent directement moins d'un million d'actifs contre 26 au Pakistan. C'est tout de même comparable au PNB d'un pays comme les Philippines, la Grèce ou les trois-quarts de celui de la Thaïlande qui compte la moitié d'habitants. - Si l'on se restreint au PIn manufacturier, élément décisif du développement, notamment pour un pays ne disposant d'aucune rente à l'inverse du pétrole pour l'Indonésie, le Pakistan monte même à la 34e place et se compare ainsi à la Nouvelle-Zélande. Mais il pèse moins que l'Algérie cinq fois moins peuplée, et la moitié seulement de la Thaïlande ou de l'Indonésie dont la rente pétrolière n'a pas empêché un gros effort d'industrialisation. Voilà autant d'indicateurs qui justifient dans l'ensemble ce caractère très marginal du Pakistan dans l'économie mondiale même si l'on sent confusément que ce pays a dépassé le stade de la simple pauvreté. Mais c'est justement dans les indicateurs de tendance qu'on décèle des signes beaucoup plus favorables surtout dans la dernière décennie. - Le Pakistan bondit en effet au Se rang mondial pour le taux de croissance de son PIB depuis 1980, en fait depuis 1977. Et ce après la Chine, le Cameroun,la Corée et Taïwan. Il renoue ainsi avec la décennie de forte croissance des années soixante où il enregistrait +6,8% par an, soit un des taux records dans le tiers monde. Mais cette croissance exceptionnelle puisque "comparable à celle des quatre «dragons» asiatiques" pour reprendre l'expression des économistes de la banque Indosuez (1989) peut-elle durer? Tel est le défi ouvert à la fille du Président Bhutto dont on verra par la suite les atouts et contraintes. - Défi majeur puisque le revers de la médaille démographique est de ramener le pays au 3ge rang mondial pour la croissance du PNB pa.r habitant, très loin derrière les «dragons» asiatiques en fin de transition démographique là où le Pakistan est vraiment au milieu du gué. Il peut tout au plus s'enorgueillir d'avoir le plus fait progresser le revenu de ses habitants dans le sous-continent indien après Sri Lanka. C'est ce que confirment tous les voyageurs en Asie du sud. Mais les indicateurs économiques ne sont pas tout comme vient nous le rappeler l'espérance de vie des Chinois identique à celle des Coréens (69 ans) alors que leur revenu par habitant serait dans un rapport de 1 à 9.

23

2)

... Des

indicateurs

sociaux qui laissent

à désirer.

Pour s'en tenir ici à l'approche comparative dans quatre domaines sociaux, on mesure le chemin qu'il reste à parcourir par le Pakistan (tableau 1.2):

- Côté démographie, il est sans conteste le numéro un de notre échantillon pour l'accroissement naturel de la population, quelle que soit la période retenue. On verra plus loin (chapitre 8) les déterminants complexe de cette particularité. Contentons nous d'observer que c'est le pays qui a vu son indice synthétique de fécondité - le nombre moyen d'enfants par femme pour une année donnée- se stabiliser à un niveau élevé alors que partout ailleurs dans notre échantillon cette variable essentielle enregistrait un ralentissement notable. Y compris au Bangladesh dont l'indice de 5,5 enfants par femme en 1987 serait tout juste atteint par le Pakistan à l'aube du prochain siècle. Le contraste est particulièrement saisissant avec la Corée qui rejoint les comportements démographiques des pays les plus développés, mais surtout avec la Thaïlande dont la fécondité atteint le stade coréen alors que son revenu par tête est à égale distance entre les «dragons» asiatiques et le Pakistan. Sa voisine, l'Inde, paraît également beaucoup plus avancée puisque le décalage atteint vingt ans pour la fécondité. On a parfois eu tendance à rapprocher cette forte fécondité des comportements natalistes des musulmans et d'autant plus ici qu'il y aurait une stratégie consciente ou inconsciente de cette comunauté à vouloir rattraper la population hindoue (du Castel et alii -1986). Tout n'est pas faux dans ces assertions. Pourtant, sur le premier point, l'exemple de l'Indonésie et même du Bangladesh musulmans montrent qu'on peut être islamique sans avoir une transition démographique à l'Africaine (Léon Tabah - 1989). Sur le deuxième point, les projections démographiques des deux pays pour l'an 2000 montrent tout ce qu'il y a d'illusoire dans l'inconscient collectif de nombreux Pakistanais persuadés que leur dynamisme démographique peut contenir le poids de l'Inde. L'écart de fécondité depuis 1950 aura certes diminué le fossé relatif entre les deux voisins: de 1 pour Il à 1 pour 6,5. Toutefois l'écart absolu rend vain le rattrapage puisqu'il passerait de 327 millions d'habitants en 1950 à 854 millions en l'an 2000. Les estimations du niveau de stabilisation de la population pour le prochain siècle ont beau confirmer la bombe démographique pakistanaise, l'écart absolu reste considérable: 513 millions d'habitants au Pakistan, mais 1 766 en Inde. Ce n'est plus qu'un écart relatif de 1 à 3,5, mais l'écart absolu équivaudrait la population Chinoise de l'an 2ooo! Inversement, la puissance économique de l'Inde progressera plus vite si l'on considère que ce qui compte est davantage la croissance du revenu par habitant puisqu'elle favorise l'investissement humain, sa productivité, et la diversification de l'appareil productif.
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