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Le problème Tamoul au Sri-Lanka

De
532 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 29
EAN13 : 9782296324947
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LE PROBLÈME TAMOUL
A SRI LANKADU MÊME AUTEUR
Revue « Défense nationale », Paris
« Naissance d'une nation: la Papouasie Nouvelle-Guinée », février 1975.
« La Chine et le Pacifique », novembre 1975.
« L'Inde et son environnement géo-stratégique », A. BELLAMAL (anagramme de
A. LAMBALLE), aofit-septembre 1981, mars 1982, avril 1982.
Revue «.Études Polémologiques », Paris
« L'Inde et les situations belligènes », avril et juillet 1974.
« L'Indonésie et les situations belligènes », juillet 1976.
Revue « France-Asie », Paris
« Pour une politique française dans le monde malayo-indonésien », A. BELLA-
MAL(anagramme de A. LAMBALLE), 1974/2.
Revue « La banque des mots », Paris
«Évolution et rÔle des langues. Application à l'hindi, langue nationale de
l'Inde », 1975.
Revue « L'Afrique et l'Asie modernes », Paris
« Les facteurs de tension et d'unité dans le monde malais », 4e trimestre 1975.
« Sri Lanka: un socialisme asiatique », 1er trimestre 1978.
« Le Népal entre le modernisme et la tradition », 2e trimestre 1978.
« Le Bhoutan ou un royaume bouddhiste dans l'Himalaya », 3e trimestre 1979.
« Le Cachemire ou un paradis convoité », 1er trimestre 1980.
Revue « Projet », Paris
« L'Inde et l'Océan Indien », février 1978.
Revue « Civilisations », Bruxelles
« La France et l'Océan Indien », juin 1980.
Institut d'Histoire des Pays d'Outre-Mer, colloque sur les minorités et gens de mer
en Océan Indien, XIX' et XX' siècles, «Études et documents n° 12 », Aix-en-
Provence.
« L'attitude politique et la place des musulmans dans la nation ceylanaise »,
1979.
«Encyclopaedia Universalis », Paris
« Bhoutan », mise à jour 1980, 1985.
« Cachemire », mise à jour 1980, 1984.
« Népal », mise à jour 1980, 1984.
Revue « Vikrant », New Delhi
« China and the Pacific », mai 1976.
« India and the Indian Ocean », juin 1978.
Publication spéciale du C.N.R.S. (Sixth European conference on modern South
Asian Studies) Paris
« The Indian Tamils in Sri Lanka », juillet 1978.
« India and Sri Lanka: relations between a sub-continent and an island », juillet
1978./.H.P.O.M. - A.C.O./.
Collection « Peuples et pays de l'Océan Indien », n° 6
G.RE.CO. - OCÉAN INDIEN
"
LE PROBLEME
TAMOUL
A SRI LANKA
par
Alain LAMBALLE
Université Aix-Marseille
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris@ L'Harmattan, 1985
ISBN: 2-85802-460-7A Yvonne pour son travail, sa patience et sa dignité dans l'épreuve.
A Jacques et Jean-François pour leur sourire perpétuel.
A Philippe pour son courage dans l'adversité.TABLE DES MATIERES
PREFACE .. ........... 1
AVANT-PRO PO S ......... 3
INTROD UCTION........................................................................... 5
PREMIERE PARTIE
LE PROBLEME TAMOUL DES ORIGINES A L'INDEPENDANCE....... 15
INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE................................... 17
CHAPITRE l
LE PROBLEME TAMOUL AVANT L'ERE COLONIALE............. 19
CHAPITRE Il
LE PROBLEME TAMOUL PENDANT L'ERE COLONIALE......... 23
Immigration de travail Jeurs.. ......... 24-
Place des TamouJs indiens et des Tamouls ceylanais dans la vie
économique . 24-
EvoJution constitutionnel Je... ..... 26
Les acteurs politiques et syndicaux.......................................... 28
Actions gouvernementaJes à J'égard des Tamouls indiens et des
Tam ouJs cey lanais .............................. 30
CHAPITRE III
LES ASPECTS INTERNA TIONA UX.......................................... 4-1
CHAPITRE IV
ESSAI DE DIFFERENCIATION DES CINGHALAIS ET DES
TA M0 ULS .................................... 4-7
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE................................. 50
DEUXIEME PAR TIE
LE PROBLEME TAMOUL DEPUIS L'INDEPENDANCE
ASPECTS INTERIEURS ... ............. 55
INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PAR TIE................................... 57
CHAPITRE l
59DE 194-8 à 1970, VERS LA CINGHALISA TION..........................
VIILa constitution de 1948 (constitution de 1946 amendée)
et ses implications pour les minorités...................................... 59
Les acteurs politiques et syndicaux.......................................... 62
. les grands partis nationaux.......................................... 62
. les groupes extrémistes cinghalais................................ 63
. les partis et syndicats tamouls..................................... 65
. les partis marxistes ........................... 71
Les grands problèmes ... 75
. la question indienne ...... 76
. le prob lème linguistique .......... 83
. le problème scolaire, universitaire, culturel et artistique 95
. l'accès à la fonction publique...................................... 100
. ethnicité, économie et politique.................................. 102
. centralisation et décentralisation du pouvoir............... 106
La place du problème tamoul dans les élections de 1947 à 1970 108
CHAPITRE Il
L'ERE DE 1970, LE TRIOMPHE CINGHALAIS ET LA COLERE
TAMOULE OU LA FIN DES ILLUSIONS ET LA MONTEE
DESPERl LS ........... 139
La constitution de 1972 et ses implications pour les minorités. 139
Les acteurs politiques et syndicaux.......................................... 143
. les grands partis nationaux.......................................... 143
. les groupes extrémistes cinghalais................................ 143
. les partis marxistes .......... 144
. les et syndicats tamouls..................................... 144
Les grands problèmes ............ 147
. la question indienne ................. 147
. le problème linguistique ............... 149
. le scoJaire, universitaire,cuJturel et artistique 150
. l'accès à la fonction publique...................................... 156
. ethnicité, économie et politique................................... 157
. centralisation et décentralisation du pouvoir................ 159
La place du problème tamoul dans les élections de 1977.......... 160
CHAPITRE III
1831977-1982, L'ATTENTE...........................................................
La constitution de 1978 et ses implications pour les minorités.. 183
Les acteurs politiques et syndicaux.......................................... 185
. les grands partis nationaux.......................................... 185
185. les groupes extrémistes cinghalais................................
185. les partis marxistes .....
. les et syndicats tamouJs..................................... 186
187Les grands problèmes .......
. la question indienne , ...................... 187
187. les problèmes linguistique, scolaire et universitaire......
VIII. l'accès à la fonction publique....................................... 188
. ethnicité, économie et politique................................... 188
. centralisation et décentralisation du pouvoir................ 188
CHAPITRE IV
L'IMPACT DE LA MINORITE TAMOULE SUR LES PROBLEMES
DE SECURITE ET DE DEFENSE.............................................. 197
CHAPITRE V
LE ROLE DES MINORITES NON-TAMOULES DANS LES RAP-
POR TS ENTRE CINGHALAIS ET TAMOULS............................ 203
Les Veddas............................................................................. 204
Les Européens......................................................................... 204
Les Eurasiens.......................................................................... 204
Les Maures et les Malais......................................................... 205
CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE...................................... 213
TROISIEME PARTIE
LE PROBLEME TAMOUL DEPUIS L'INDEPENDANCE
225ASPECTS INTERNA TIONA UX ..........................
INTRODUCTION DE LA TROISIEME PARTIE.................................. 227
CHAPITRE I
LA QUESTION INDIENNE OU LES RELATIONS BILATERALES
229ETA TIQUES ENTRE SRI LANKA ET L'INDE............................
231La rencontre au sommet de juin 1953......................................
232L'accord du 18 janvier 1954....................................................
235Les discussions d'octobre 1954.................................................
235L'évolution de 1954 à 1964 dÙ..........................
238L'accord du 30 octobre 1964...................................................
241La mise en oeuvre de l'accord d'octobre 1964..........................
L'accord du 27 janvier 1974 et la poursuite de la mise en oeu-
244vre de l'accord du 30 octobre 1964..........................................
245L'accueil des rapatriés en Inde................................................
Les implications financières internationales de la question
247indienne .
248La politique cey lanaise d'immigration......................................
249L'immigration clandestine ....
IXCHAPITRE II
LA FASCINATION D'UN DRAVIDASTAN OU LES RELATIONS
BILATERALES NON ETATIQUES ENTRE SRI LANKA ET
269L'I NDE...................................................................................
Les relations culturelles et socio-économiques......................... 269
Les politiques et syndicaJes....................................... 270
Sri Lanka et le Dravidastan..................................................... 271
272L'Inde et Jes Tamouls ceylanais...............................................
CHAPITRE III
LE PROBLEME TAMOUL DANS LE MONDE ET DANS LES
INSTANCES INTERNA TIONALES............................................. 283
L'attitude du monde arabe .......................... 285 des pays ouest-européens......................................... 285
L'attitude de J'U.R .S. S ..................... 286 de la République Populaire de Chine........................ 287
L'attitude des Etats- Unis ............... 287 de l'O.N.U. et de ses institutions spécialisées.......... 288
L'attitude du gouvernement ceylanais à l'égard de l'O.N.U. et
de ses institutions spécialisées ........... 290
L'attitude des Tamouls à l'égard de l'O.N.U. et de ses institu-
tions spécialisées et des autres organisations internationaJes,
gouvernementales et non-gouvernementaJes ............ 291
CONCLUSION DE LA TROISIEME PAR TIE...................................... 297
CO NCLUSION GENERA LE... ..... 313
*
INFORMA TIONS D'ORDRE GE NE R AL ............................. 325
CARTES
. Cartel: carte politique...................................................... 331
. Carte 2 : carte politique, physique et économique................ 332
. Carte 3 : carte ethnique, religieuse et économique............... 333
. Carte 4 : composition ethnique des districts......................... 334
. Carte 5 : pourcentage de locuteurs en cinghalais et tamouJ
par district........................................................... 335
. Carte 6 : circonscriptions électoraJes des TamouJs ceyJanais
et indiens en 1947................................................ 336
x. Carte 7 : carte .électorale de Ceylan en 1970 : remarques sur
les modifications de la carte électorale de 1948
337à 1978 : ........
. Carte 8 : "Tamil Ealam" selon RAJARA THNAM, auteur du
Iivre
"Tamils need a nation, why? The historyof
Thamirapani"........................................................ 344
. Carte 9 345: les Tamouls à Sri Lanka et en Inde.......................
ANNEXES
. Annexe 1 : Composition de la population par ethnie.............. 349
. Annexe 2 : Distribution des différents groupes ethniques par
360prov ince ......
. Annexe 3 : Composition ethnique par district....................... 362
. Annexe 4 : Répartition par religion de la popuJation ceyla-
365naise .
. Annexe 5 : Migration des Tamouls indiens travaillant dans les
plantations (des origines de l'immigration à J'in-
dépendance) . 366
. Annexe 6 : Tamouls indiens des plantations (des origines de
368l'immigration à l'indépendance)..........................
. Annexe 7 : Composition ethnique de l'organe législatif avant
l'indépendance (Conseil Législatif de 1833 à 1924,
369puis Conseil d'Etat à partir de 1931)..................
. Annexe 8 : Relations Ceylan-Inde au sujet du probJème tamoul
370des origines à l'indépendance..............................
. Annexe 9 : Tableau synoptique des principaux événements
372concernant les Tamouls depuis l'indépendance.....
. Annexe 10 : Constitution du 15 mai 1946,amendée en 1948
et en vigueur jusqu'en mai 1972. Clauses
concernant les minorités, directement ou indi-
385rectement .
. Annexe Il : Tableau des partis politiques et des syndicats
Idepuis I indépendance ............. 388
. Annexe 12 : Elections générales et gouvernements de Sri
Lanka depuis l'indépendance............................... 390
. Annexe 13 : Sièges obtenus par les partis politiques tamouls
aux diverses élections depuis 1947...................... 391
. Annexe 14 : Vote des circonscriptions électorales des provin-
ces Nord et Est, lors des élections générales...... 393
. Annexe 15 : Composition ethnique de la chambre basse de-
puis l'indépendance............................................ 398
XI. Annexe 16 : Participation des Tamouls aux différents gouver-
nements depuis J'indépendance............................ 400
. Annexe 17 : Lois de 1948-1949 sur la citoyenneté................. 403
. Annexe 18 : Pacte Bandaranaike-Chelvanayakam du 26 juiJIet
1957 ....................................... 405
. Annexe 19 : Tamouls indiens et Cinghalais kandyens travail-
lant dans les plantations depuis l'indépendance.... 407
. Annexe 20 : "Officiai Language Act" n033., 1956................... 408
. Annexe 21 : "Tamil (special provisions) Act" n028,
1958 ........... 408
. Annexe 22 : "Pacte Senanayake-Chelvanayakam du 24 mars
4101965..................................................................
. Annexe 23 : "Tamil Language (special provisions) Regulations",
1966 . 411
. Annexe 24 : Evolution du pourcentage de Cinghalais dans les
provinces Nord et Est (par circonscription électo-
raJe) . 412
. Annexe 25 : Constitution du 22 mai 1972. CJauses concernant
Jes minorités directement ou indirectement........ 414
. Annexe 26 : Résolution adoptée le 14 mai 1976 par Je "Tamil
420United Liberation Front" ...........
. Annexe 27 : Recrutement d'enseignants tamouJs................... 424
. Annexe 28 : Visites des Premiers Ministres ceyJanais dans Ja
province Nord ... ......... 425
. Annexe 29 : Niveau de notes exigé pour entrer à J'université,
par et hnie.......................................................... 426
427. Annexe 30 : Admissions à l'université par district en 1967....
. Annexe 31 : Système des quotas par district et discipline pour
429J'admission à J'université....................................
431. Annexe 32 : Admissions dans J'enseignement supérieur..........
. Annexe33 : Représentation des Tamouls dans les emplois du
secteur public .......... 447
. Annexe 34 : Développement économique des provinces tamou-
Jes . 449
. Annexe 35 : Projections démographiques jusqu'à J'an 2001..... 451
. Annéxe36 : Constitution du 13 août 1978. CJauses concernant
Jes minorités directement ou indirectement........ 453
. Annexe37 : Admissions des Maures et des MaJais à J'univer-
sité, par année et discipline............................... 462
XII. Annexe 38 : Rencontre entre les Premiers Ministres ceylanais
et indiens (discussions du problème tamoul indien) 464
. Annexe 39 : Accord indo-ceylanais du 18 janvier 1954.......... 466
. 40 : Permis de résidence accordés ou renouvelés de
1954 à 1967 .................................... 4ii8
. Annexe 41 : Accord indo-ceylanais du 30 octobre 1964......... 469
471. 42 : Naturalisations et rapatriements.......................
474. Annexe 43 : Immigration clandestine....................................
. 44 : Extraits concernant le problème tamoul de docu-
ments de l'O.N.U. et de ses institutions spéciali-
sées. 475
NOTICES BIOGRAPHIQUES
. A MIR T HALINGAM A ppapiJlai.. ............. 483
483. AZIZ Abdul.........................................................................
484. CHEL VANAY AKAM Samuel James Ve/upi/Jai........................
484. PONNAMBALAMGanapathipiJJai Gangaser...........................
485. SIVA SITHAMPARAM M. .........
486. SUNTHARALINGAMC .....
486. THONDAMAN Savumiamoorthy .........
BIBLIOGRAPHIE
491. Bibliographie générale ..............
491. Encyclopédie .......................................
491. Etudes générales en langue française....................................
491. Etudes en langue anglaise.....................................
492. Thèses en langue française....................................................
. Thèses en langue anglaise.................................................... 492
. Ouvrages sur les pays d'Asie Méridionale, autres que Sri
Lanka, en langue anglaise ............... 493
. Ouvrages sur Sri Lanka en langue française.......................... 493
. sur Sri Lanka en langue anglaise............................ 493
. Articles sur les pays d'Asie Méridionale, autres que Sri Lanka
en langue française... ... ~... ....... 495
. Articles sur Sri Lanka en langue française............................ 495
. sur Sri Lanka en langue anglaise............................. 496
. Articles sur Sri Lanka, en langue hindie............................... 501
XIII. ArticJes sur Sri Lanka, sans nom d'auteurs, parus dans des
pub Iications pér iodiques....................................................... 501
. Communications à des co/Joques, séminaires, conférences, en
505langue angJaise ... .......
505. Documents officieJs britanniques .............
506. cey lanais..............................................
. PubJications des formations poJitiques, para-politiques et syn-
dycaJes cey Janaises.. ....... 508
. PubJications et décJarations de personnalités politiques cey-
509Janaises...............................................................................
510. Documents officie Js indiens ....
510. DécJarations de personnalités poJitiques indiennes.................
. Accords indo-ceyJanais au sujet des TamouJs indiens............. 511
. Ouvrages et articJes sur Jes reJations entre Sri Lanka et
J'Inde, en langue angJaise .............. 511
. Chartes, décJarations, résoJutions, pactes et conventions de
l'O.N.U. et des organisations internationaJes gouvernementa-
Jes, intéressant les minorités en général............................... 511
. Publications de J'O.N.U. et des organisations internationaJes
gou vernem entaJes................................................................ 512
. PubJications des organisations internationaJes non-gouverne-
menta les............................................................................. 513
. Di vers ................................. 514
XIVPREFACE
La grande vague des migrations qui, au XIXème siècle, lança
à travers les océans et jusqu'aux Caraïbes des millions de coolies indiens
n'épargna pas l'lie de Ceylan voisine. Appelés, à partir des années
1830, par le développement des cultures de plantation (café complété
par le thé), puis par la mise en place d'une infrastructure économique,
les Tamouls venus en masse du sous-continent s'ajoutèrent au petit
nombre de ceux, anciennement établis, pour constituer un élément
important de la population. Depuis l'indépendance de l'île en 1948,
ils constituent dans le Sri Lanka une forte minorité (20 % des habitants)
luttant pour préserver son identité et acquérir ses droits.
Cette minorité n'avait fait l'objet d'aucune étude globale de polit.o-
logie. L'ouvrage de Monsieur LAMBALLE comble cette lacune. Avec
qualité. Tous les aspects sociaux, idéologiques, politiques sont examinés
avec finesse et pertinence. Au-delà de cette situation très particulière
de l'île, c'est l'ensemble des problèmes auxquels sont confrontés la
plupart des indiens immigrés en Afrique, en Asie, aux Antilles qui
sont abordés et à travers eux, posés les fondements juridiques de l'exis-
tence d'immigrants du Tiers Monde au sein d'autres pays du Tiers Monde.
L'ouvrage de Monsieur LAMBALLE fait ainsi remarquablement
suite et complément à celui, déjà publié par l'Institut d'Histoire des
Pays d'Outre-Mer, de Madame LY TIO FANE sur la Diaspora chinoise
dans l'Océan Indien.
Il marque un jalon dans la série d'études entreprises par l'Institut
sur ce thème. Il souligne aussi particulièrement ce que peuvent être
les résultats de la coopération inter-universitaire puisqu'il peut paraître
grâce aux efforts conjugués du G.R.E.C.O. 15 Océan Indien, de J'Asso-
ciation des Chercheurs de J'Océan Indien et de l'Institut.
J.L. MIEGE
)-A VANT-PROPOS
Mes premiers contacts avec J'Asie du Sud, en décembre 1965,
furent des moments de profonde émotion. Tous les Européens, sans
doute, éprouvent des sentiments semblables tant Je dépaysement est
total et la découverte de J'Asie envoûtante. Un séjour de pJus de trois
ans, de Ja fin 1965 au début 1969, à New-DeJhi, m'a permis de parcourir
J'Inde et de découvrir queJques autres pays de ce vaste sous-continent,
un autre monde qui ne peut Jaisser indifférent. Des voyages uJtérieurs,
d'une durée variabJe, dans Jes années 1970 et 1980 n'ont fait qu'aviver
mon intérêt pour cette région du monde.
L'Asie du Sud constitue un champ d'études exceptionneJ pour
tous Jes chercheurs, historiens, archéoJogues, géographes, linguistes,
artistes, ethnographes, naturalistes, spécialistes de Ja vie sauvage et
bien sûr politoJogues. Partout cohabitent en Asie du Sud des popuJations
d'ethnies, de langues et de religions différentes. L'existence de minorités,
souvent puissantes et structurées, a donné naissance au Pakistan puis
au BangJadesh ; eUe conditionne Jes relations entre les Etats du sous-
continent et empoisonne la vie politique intérieure de ces jeunes nations
qui n'ont accédé à J'indépendance qu'à Ja fin de la seconde guerre
mondiale après avoir été coJonisées par la Grande-Bretagne.
C'est sans difficuJté que je m'étais laissé convaincre de choisir
comme thèse de doctorat le probJème tamouJ à Sri Lanka, sans me
douter aJors que cette minorité dravidienne aUait défrayer Ja chronique
au début des années 1980 et tout particulièrement en 1983 et 1981+.
La minorité tamouJe de Sri Lanka présente en effet un double intérêt
pour le politologue. EJJe comprend, d'une part un groupe autochtone
(les Tamouls dits de Sri Lanka sont arrivés dans Je Nord de l'île il
y a plus de 2000 ans) et d'autre part une communauté récemment
immigrée (Jes Tamouls dits indiens ont peuplé Jes zones de pJantations
coJoniaJes essentieJJement à partir du milieu du XIXème siècJe). De
plus Jes TamouJs vivent en grand nombre dans la province du Tamil
Nadu au Sud de J'Inde et forment un fort pourcentage de la diaspora
indienne dispersée à travers Je monde. Tout ce qui concerne la minorité
tamoule de Sri Lanka trouve donc des proJongements dans J'Inde voisine
mais aussi dans le monde, y compris et de plus en plus, en Europe
de l'Ouest et aux Etats-Unis. La question tamoule a désormais acquis
une dimension internationaJe.
Sans Jes encouragements et J'aide de mon ami, l'écrivain indien
MANMATH NATH GUPTA qui a guidé mes premiers pas dans la décou-
verte de son pays et notamment mes premières recherches linguistiques,
3de certains spécialistes français de l'Asie comme le général J.
GUILLERMAZ et le colonel P. BOURGEOIS puis de mes professeurs
parisiens, Monsieur Jacques VERNANT, Monsieur Georges FISCHER,
Madame Annie KRIEGEL et Monsieur Eugène FLEISCHMANN, il aurait
été pour moi difficile de faire cette étude. Je les remercie tous.
Mais les travaux que j'ai effectués pendant plusieurs années,
en Europe et en Asie du Sud, n'auraient jamais trouvé leur forme défini-
tive sans l'intervention du Professeur Jean-Louis MIEGE de J'Université
d'Aix-en-Provence. Je lui exprime ma reconnaissance pour l'aide décisive
qu'il m'a apportée, avec ses coJJaborateurs pour publier cet ouvrage.
Puisse ce livre clarifier, pour les lecteurs peu familiers de l'Asie
du Sud, Jes complexités des données politiques, socio-économiques et
cultureJJes d'un pays muJti-ethnique comme Sri Lanka. Puisse-t-iI contri-
buer, dans un contexte international passionné, au rapprochement entre
les cinghalais bouddhistes, majoritaires dans l'Île et les Tamouls hindous.
Ce sont les voeux les plus chers que je formule en pensant à tous les
Cinghalais et Tamouls, queJJes que soient leurs idéologies et leurs reli-
gions qui m'ont décrit, par leurs travaux ou au cours d'entretiens,
Jeurs griefs, leurs doléances, leurs souffrances, leurs joies, leurs décep-
tions, leurs espoirs. Puissent Sri Lanka et le Sud de l'Inde ne jamais
s'embraser à cause des différends entre ces ethnies qui, toutes les
deux, ont légué des trésors d'architecture et de littérature.
A. LAMBALLE
4INTRODUCTION
Indépendante depuis le 4 février 1948, Ceylan a été fortement
marquée par les colonisateurs successifs, Portugais, Hollandais et surtout
Britanniques. A l'échelle de l'Asie, cette île, qui a repris son ancien
nom de Sri Lanka (l) en 1972, forme une entité de modeste dimension
65 000 km2 et 14 500 000 d'habitants (appelés Ceylanais).
Sur le plan ethnique, Sri Lanka semble une Inde en miniature.
La majorité cinghalaise (plus de 70% de la population) et la minorité
tamoule (moins de 20%.) dominent les autres groupes (Maures 6,9%,
Malais 0,3%, Burghers et autres Eurasiens 0,4%, Européens, Veddas.
0,1% (2). .
Les Cinghalais, (aujourd'hui plus de 10 000 000), de peau claire,
ont une origine indo-aryenne. Leurs ancêtres seraient venus du Nord
de l'Inde, vraisemblablement du Bengale aux Vème et VIème siècles
avant J.-c. ou du Goujarat (3). Les Cinghalais côtiers, très tôt influencés
par les Européens, se distinguent des Cinghalais de l'intérieur qui ont
su longtemps conserver leurs traditions au sein du royaume de
Kandy (4).
Toutefois les Cinghalais côtiers (62% de l'ethnie cinghalaise soit
43% de la population totale) et les Cinghalais kandyens (38% de l'ethnie
cinghalaise, soit 26% de la population totale) (5) partagent le même
destin depuis 1815, date de l'annexion du royaume de Kandy par les
Britanniques, parlent la même langue, le cinghalais, et pratiquent,
depuis leur conversion au IIlème siècle avant J.-c., la même religion,
le bouddhisme Theravada, dit du petit véhicule (Hinayana). Ils habitent
la région humide et riche de l'île, c'est-à-dire le Centre et le Sud-Ouest,
et constituent la majorité de la population dans 7 des 9 provinces du
pays.
Les Tamouls (environ 2 700 000), d'origine dravidienne, donc de
peau sombre, se subdivisent en "Tamouls ceylanais" venus. dans l'île
à partir du mème siècle avant J.-C. et en "Tamouls indiens" arrivés
beaucoup plus tard aux XIXème et XXème siècles à l'époque britannique.
Sensiblement en nombre égal, les premiers peuplent la zone aride c'est-
à-dire les deux provinces Nord et Est, (Jaffna est leur "capitale" et
Trincomalee le pôle économique), les seconds se rencontrent surtout
en pays kandyen où dans un district, celui de Nuwara Eliya, ils forment
la majorité de la population. Unis par la même langue, le tamoul, et
une religion unique, l'hindouisme, originaires du Sud de l'Inde, ils se
différencient par leur degré d'assimilation; les Tamouls ceylanais se
sentent "fils de la terre" beaucoup plus que leurs coréligionnaires tamouls
indiens (6) bien qu'il existe maintenant des générations d"'Indiens" nés
dans l'île (7).
5Les Maures (nom donné par les Portugais), de confession musulma-
ne, se subdivisent aussi en deux sous-groupes: les Maures ceylanais
(environ 950 000) et les Maures indiens (environ 50 000) (8). Les pre-
miers, plus ou moins métissés d'Arabes et de Tamouls puis, depuis
leur arrivée à Ceylan entre le Vnème et le XVème siècles, de Cinghalais
se trouvent essentiellement sur les côtes Ouest et Est. Les seconds,
originaires du Goujarat et de ses confins, qu'ils ont quittés aux XIXème
et XXème siècles, et dont une partie, environ le cinquième, reçoit
parfois l'appellation de Pakistanais, sont donc différents ethniquement;
leur habitat est dispersé. Les Maures Ceylanais, proches des Tamouls
par leur culture, parlent généralement leur langue mais une proportion
non négligeable utilise le cinghalais. Les Maures indiens parlent le gouja-
rati ou l'ourdou (9).
Les Malais, également musulmans, forment un groupe plus homogè-
ne. Au nombre approximatif de 50 000, ils descendent de soldats originai-
res d'Indonésie (Java, Amboine et autres îles) venus dans l'île aux
XVnème et XVmème siècles avec les colonisateurs hollandais (0).
Descendants de colons hollandais restés dans l'île après la conquête
britannique et de femmes indigènes, les Burghers forment, avec les
autres Eurasiens notamment ceux d'origine britannique, une communauté
d'environ 55 000 personnes. Généralement de confession chrétienne,
catholique ou protestante, et de langue anglaise, très occidentalisés,
ils vivent dans les grandes ville$, surtout à Colombo {11).
Les Européens, en majorité Britanniques, ne constituent plus avec
6 000 personnes, qu'une infime minorité. Ils travalllent dans la banque
et les affaires à Colombo ou encore de façon très marginale dans les
plantations (12).
Les Veddas, de race australoide, sont les premiers habitants de
l'île. Considérés comme des être primitifs ils ont été refoulés dans
les régions montagneuses les plus pauvres des provinces d'Uva et Centre-
Nord. Ne dépassant sans doute pas le nombre de 2 000 personnes la
communauté pratique une agriculture rudimentaire. Par la langue et
la religion ils sont acculturés aux Cinghalais (13).
Une analyse par religion de la société ceylanaise fait apparaître
que l 'hindouisme ne possède d'adeptes que parmi les Tamouls (seulement
0,1 % des Cinghalais et 0,3 des Maures se sont convertis) et que le
bouddhisme, prépondérant chez les Cinghalais, a néanmoins entamé
la communauté tamoule (2,6% des Tamouls ceylanais et 2,3% des Ta-
mouls indiens, généralement de basses castes, ont fui le système hiérar-
chique hindou pour se réfugier dans le bouddhisme). L'islam ne concerne
guère que les Maures et les Malais. La seule véritable religion trans-
ethnique est le christianisme <Catholicisme et protestantisme) puisque
16,5% de Tamouls ceylanais, 8,1% de Tamouls indiens, 7,9% de Cingha-
lais et la majorité des Burghers appartiennent à cette confession (14).
Le gouvernement ceylanais ne fournit aucune statistique concernant
les langues. Il est donc impossible de connaître, avec exactitude, le
nombre de locuteurs pour chaque parler. Néanmoins il apparaît claire-
ment que les Cinghalais et les Tamouls sont ethnophones c'est-à-dire
qu'ils parlent la langue de leur groupe ethnique (5). Les Burghers et
les Européens adeptes de l'anglais le sont également, mais les Maures,
les Malais et les Veddas sont allophones c'est-à-dire qu'ils ne parlent
6pas la langue de leur ethnie (15). Les Maures parlent généralement
le tamoul mais, lorsqu'ils habitent dans des zones cinghalaises, ils adop-
tent le cinghalais, comme les Veddas et les Malais. Ainsi les tamoulopho-
nes regroupent les Tamouls et la majorité des Maures, les cinghalophones
les Cinghalais, une minorité maure, les Malais et les Veddas. Trois
régions linguistiques se distinguent donc: l'une prèsque unilingue, tamou-
le, couvrant le Nord et l'Est, une autre unilingue également mais cingha-
laise au Sud et à l'Ouest et une dernière bilingue, à Pintérieur (16).
Le cinghalais et le tamoul n'ont aucune affinité linguistique et utilisent
des alphabets différents. Le cin&halais appartient à la branche indo-
iranienne de la famille indo-europeenne tandis que le tamoul se rattache
à la famille dravidienne (17).
Quelque soit le critère choisi (ethnie, religion, langue), la société
ceylanaise apparaît divisée. En bonne approximation, il est possible
d'affirmer, tout au moins pour la majorité cinghalaise et la minorité
la plus importante, les Tamouls, que chaque groupe se différencie à
la fois par l'ethnie, la religion, la langue et aussi l'habitat. Les Britanni-
ques ont utilisé ces divergences profondes pour imposer leur volonté;
les dirigeants de l'île indépendante s'efforceront, au- prix de sérieuses
difficultés, de créer une nation ceylanaise.
Certes le caractère scientifique des divisions de la société insulaire
peut être remis en cause. "De nos jours il est absurde" affirme Michael
BANTON (18)" en génétique humaine, de considérer les races comme
des unités séparées. En termes de statistique, les variations humaines
sont considérées comme une série de différences de degrés. De ce
point de vue, les groupes de populations sont généralement hétérogènes,
ils ont une unité politique plutôt qu'une unité génétique, aussi a-t-on
raison de parler de groupes ethniques plutôt que de races". Une ethnie,
affirme de son côté Roland J.L. BRETON (19) est, in lato sensu, une
communauté sociale et territoriale unie par des caractères culturels,
historiques, et physiques et, in stricto sensu, _une communauté sociale
et territoriale unie par l'usage d'une même langue maternelle. Ces
remarques et définitions s'appliquent à Ceylan. Bien 9ue l'endogamie
ait, en général, été de rigueur et le demeure, il est evident que des
brassages ont eu lieu, notamment dans le cas des Maures, des Malais,
des Burghers et autres Eurasiens et des Vedd9-s mais même entre Cingha-
lais et Tamouls (20). Des ethnologues ont même repéré parmi les Maures
et aussi parmi les Cinghalais de véritables Tamouls de souche (21)
qui, en se convertissant à l'islam ou au bouddhisme, "changeaient"
d'ethnie (22) ; de même certains "Tamouls" sont en fait des Cinghalais
(23). C'est un phénomène comparable au mouvement entre gens de
castes, intouchables et aborigènes dans le sous-continent voisin. L'ethno-
génèse n'est donc pas simple.
De même on peut admettre que les différences de religions et
de langues s'estompent grâce à des emprunts réciproques. L'élite parle
plusieurs langues vernaculaires et même une langue étrangère, l'anglais.
Dans certaines régions de contact entre les deux communautés cingha-
laise et tamoule les populations parlent un dialecte mixte (24). Il n'en
demeure pas moins que les membres de chaque communauté restent
conscients de leur profonde ori~inalité sinon physique, du moins culturelle
et psychologique. Les inégalites sociales ne rapprochent pas les ethnies
7mais renforcent au contraire leur particularité; l'analyse marxiste
des phénomènes sociaux se complique singulièrement. Le fait communau-
taire domine la vie politique; il aboutit au "communalisme" fréquent
dans toute l'Asie méridionale (25). Jusqu'en 1911, les recensements
ceylanais faisaient état de "nationalités"; depuis ils mentionnent l'apparte-
nance par "races" (26).
Dans l'évolution politique et économique de l'île, la minorité ethni-
que, linguistique et religieuse tamoule a toujours joué un rôle essentiel.
L'histoire ancienne et contemporaine se résume dans une large mesure,
avant et pendant la colonisation à celle des rapports entre la majorité
cinghalaise et la minorité tamoule. Depuis l'indépendance, les relations
entre les deux communautés envahissent le champ de la politique inté-
rieure ceylanaise et conditionnent les options gouvernementales. A
l'inverse les décisions prises au sommet ont des répercussions inter-
ethniques. Il est impossible de traiter la situation intérieure et la politi-
que étrangère de l'île sans se heurter aux questions communautaires.
L'avenir de Sri Lanka dépend de sa cohésion nationale.
C'est au problème tamoul, examiné sous un angle politique, que
nous consacrons cette étude. Le comportement individuel des membres
de chacune des deux communautés cinghalaise et tamoule ne nous inté-
resse pas ici; ce que nous nous efforcerons de comprendre, c'est l'atti-
tude globale des groupes. Autrement dit, délaissant la "micro-sociologie"
politique, nous nous pencherons sur la "macro-sociolo~ie" politique.
Un rappel historique semble, en premier lieu, necessaire pour
définir l'origine du problème, l'attitude adoptée dans la marche vers
l'indépendance par les Cinghalais et les Tamouls, (alors placés les uns
comme les autres sous la domination britannique), la participation des
deux communautés dans l'administration coloniale et la vie économique
et l'importance de la minorité tamoule dans les relations entre les
gouvernements "indien" et "ceylanais".
Dans une seconde partie consacrée au problème tamoul en politique
intérieure depuis l'indépendance nous distinguerons trois phases: celle
qui, de 1948 à 1970, s'efforce de régler, par tâtonnement, et non sans
heurt, une série de problèmes nationaux relatifs à la citoyenneté, à
la langue officielle, à l'ensei&nement, à l'essor économique ... ; celle
qui, à partir de 1970, aboutit a la promulgation de la Constitution répu-
blicaine de 1972, institutionnalise la primauté cinghalaise et provoque
une réaction offensive de la communauté tamoule, plus décidée que
jamais à défendre ses droits; enfin celle qui, à partir de 1977, engendre
une nouvelle réforme constitutionnelle. Les répercussions du problème
tamoul sur la sécurité et la défense ainsi que le rôle joué par les petites
minorités dans les relations entre Cinghalais et Tamouls seront égale-
ment examinés.
Une troisième partie traitera de l'impact international du problème
tamoul, depuis l'indépendance, plus précisément des négociations entre
Sri Lanka et l'Inde sur le rapatriement de certains "Tamouls indiens",
et l'immigration illicite dans l'île, mais aussi des actions entreprises
à l'étranger par les Tamouls pour faire connaître leurs revendications
et de l'écho qu'elles rencontrent dans les instances internationales,
les Etats voisins et les grandes puissances.
8de répondre à une difficile question:En conclusion nous tenterons
peuvent-elles cohabiter au sein d'uncomment les deux communautés
même Etat?
La question tamoule est-elle un classique problème de minorités?
Il s'agit certes d'un groupe minoritaire aux prises avec une majorité
dirigeant le pays depuis le départ des administrateurs coloniaux, mais
la situation à Sri Lanka présente, à notre avis, des caractéristiques
.particulières et complexes pour différentes raisons:
- Si l'arrivée d'ouvriers tamouls à Ceylan aux XIXème et XXème
siècles est un phénomène semblable à l'afflux de travailleurs indiens
dans les autres possessions britanniques autour de l'Océan Indien (Birmanie,
Malaisie, Kénya, Maurice ...) ou ailleurs (Antilles ...) ou de travailleurs
chinois en Asie du Sud-Est, elle prend dans l'île des proportions et
des caractéristiques inconnues ailleurs. La proximité du pays hôte favo-
rise des départs massifs et continuels, mais aussi le maintien de liens
quasi-permanents avec les membres de la famille restés sur place
dans l'Etat de Madras. De plus, fait capital et unique, les récents immi-
grés viennent grossir une communauté tamoule autochtone. Cet apport
nouveau apparaît d'autant plus important que l'île est petite et peu
peuplée. Il en résulte un bouleversement ethnique considérable à l'époque
coloniale mais Tamouls ceylanais et Tamouls indiens ne se fondent
pas en une communauté unique et conservent leur identité propre.
Les Tamouls ceylanais enracinés dans l'île depuis plus de deux millénai-
res, riches et cultivés, se distinguent des Tamouls indiens, partagés
entre leur pays d'origine et leur pays d'adoption, présents dans l'île
depuis quelques décennies, généralement pauvres et parfois illettrés.
- Aujourd'hui comme hier, la minorité tamoule n'est pas un groupe
social attardé. La culture tamoule hindoue ne le cède en rien à la cultu-
re cinghalaise bouddhiste. Ainsi s'explique la fierté des Tamouls minori-
taires et aussi un certain sentiment d'infériorité de la communauté
cinghalaise majoritaire.
- Depuis l'indépendance, plusieurs gouvernements appartenant
à des tendances différentes ont exercé le pouvoir dans un cadre relative-
ment démocratique pour un pays décolonisé. De ce fait, s'il existe
une apparente continuité pour promouvoir les droits de la majorité
et réduire ceux de la minorité, des contre-temps se sont produits, semant
une certaine discorde au sein de la communauté cinghalaise et encoura-
geant les réactions du groupe tamoul.
9NOTES
(1) Sri signifie prospère; c'est aussi le synonyme de Lakshmi, déesse
de la richesse, d'où Lanka "la resplendissante", nom donné à l'île
dans le Rama yana.
(2) Voir Annexes nOI, 2 et 3, cartes nOI, 2, 3 et 4.
Area Handbook for Ceylon ~ p.66, 71 et 75.
(3) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.6.
Encyclopédie Alpha Le million n° 46, p.292.
(4) Area Handbook for Ceylon - p.44 et 80.
(5) Area Handbook for Ceylon - p.79.
(6) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.143.
The Tamils of Sri Lanka - SCHWARTZ Walter, Minority Rights Group,
report n025, p.7 et 8.
Ceylan NED n° 3 442 - 1er décembre 1967, p.9.
(7) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.13 et 104.
(8) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.143.
The Tamils of Sri Lanka - SCHWARTZ Walter, Minority Rights Group,
report n025, p.7 et 8.
Ceylan NED n03 442 - 1er décembre 1967, p.9.
(9) Area Handbook for Ceylon, p.36, 84 et 85.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.4, 22 et 23.
Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.14.
Ceylan NED n0982 du 26 août 1948, p.6 et 7. NED n° 3442 du 1er décembre 1967, p.9.
(l0) Area Handbook for Ceylon p.85.
Ceylon, A divided nation - FARMER B.H., p.30.
Communalism and Language in the politics. of Ceylon - Kearney Robert
N., p.14.
(11) Area Handbook for Ceylon, p.85 et 86.
Ceylan NED n° 982 du 26 août 1948, p.7.
Ceylon, dilemmas of a new nation -WRIGGINS W. Howard, p.23 et 24. a divided nation - FARMER B.H., p.20, 29 et 31.
Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.58.
Il(12) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.29.
Ceylan NED n° 982 du 26 août 1948, p.7.
(13) Ceylan NED n0982 du 26 août 1948, p.6. NED n03 442 du 1er décembre 1967, p.9.
Area Handbook for Ceylon - p.13, 86 et 87.
Géographie des langues et des ethnies de l'Inde et du sub-continent -
BRETON Roland J.L. - Thèse de doctorat d'Etat, Université de Nice,
1973, p.378.
(14) Voir annexes n° 1 et 4. La conversion des Tamouls intouchables au
bouddhisme et au christianisme obéit aux même mobiles que celle
des intouchables de l'Inde; il s'agit dans les deux cas d'échapper
à une discrimination.
Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert, p.9.
(I5) Définition donnée par BRETON Roland J.L. dans son ouvrage Géographie
des langues et des ethnies de l'Inde et du sub-continent, p.547.
. Voir carte n05.
(16) Géographie des langues et des ethnies de l'Inde et du sub-continent -
BRETON Roland J.L., p.38l.
(Il) Area Handbook for Ceylon, p.95 et 96.
(I8) Sociologie des relations raciales - BANTON Michael, p.63.
(I9) Géographie des langues et des ethnies de l'Inde et du sub-continent -
BRETON Roland J.L., p.547.
(20) Sur un total de 62 103 mariages en 1963, seulement 997, soit 1,4%
étaient des unions entre membres de communautés ethniques diffé-
rentes. Area Handbook for Ceylon, p. 77, 84 et 115. A l'intérieur
même des communautés tamoules et cinghalaises il y a endogamie
par castes ou sous-groupes.
(21) Ceylan NED n03 442 du 1er décembre 1967.
Géographie des langues et des ethnies de l'Inde et du sub-continent
BRETON Roland J.L., p.377 et 378.
Area Handbook for Ceylon, p.84.
(22) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.ll.
(23) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.30.
At the crossroads - article de ABAYASEKARA H.E.R., paru dans
la Far Eastern Economic Review du 5 juin 1969, p.559.
(24) Area Handbook for Ceylon, p.77 ; certains groupes de la région de
Chilaw et Negombo utilisent un dialecte mixte, tamoul et cinghalais.
12(25) Terme couramment employé dans les dépêches diplomatiques, formé
à partir de l'anglais communal traduisant l'appartenance à une commu-
nauté ethnique, et/ou re!igieuse et/ou linguistique.
(26) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.5.
*
13PARTIEPREMIERE
LE PROBLEME TAMOUL DES ORIGINES
A L'INDEPENDANCECette première partie consacrée à la période qui précède l'indépen-
dance se subdivise en quatre chapitres. Le premier décrit le problème
tamoul avant l'ère coloniale et le second étudie son évolution avec
les colonisateurs; les aspects internationaux forment le troisième chapi-
tre et les essais de différenciation des Cinghalais et des Tamouls le
dernier.
L'histoire pré-coloniale et coloniale maintient à Ceylan comme
en Inde les particularismes indo-aryen et dravidien. Intermédiaires
du pouvoir impérial, dynamiqués et travailleurs, les Tamouls attirèrent
bien vite les jalousies des Cinghalais et le gouvernement de Sa Majesté
dut adopter des mesures restrictives à l'égard de la communauté tamoule
ceylanaise autochtone et indienne immigrée. Cette opposition entre
ethnies a peut-être favorisé la tâche des Britanniques mais compliqué
l'évolution constitutionnelle et vicié les relations inter-étatiques de
part et d'autre du détroit de Palk.
Aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan international, la
présence de Tamouls a constitué un facteur de perturbation pendant
toute l'histoire de l'île.
17CHAPITRE
LE PROBLEME TAMOUL AVANT L'ERE COLONIALE.
Les Dravidiens dont on ignore l'origine exacte peuplent l'Inde
à l'arrivée des Aryens, vers 2 500 ans avant J.-c. Les envahisseurs
colonisent le Nord du sous-continent où ils assimilent les populations
autochtones pour former ce que l'on a appelé les Indo-Aryens tandis
que les Dravidiens, parmi lesquels se distinguent surtout les Tamouls,
se concentrent dans le Sud, à l'exception de quelques poches qui subsiste-
ront jusqu'à notre époque, dans le Nord. Des colonies "indiennes" s'instal-
lent dès les premiers siècles avant l'ère chrétienne sur les pourtours
asiatiques de l'Océan "Indien" (1).
Indo-Aryens et Dravidiens vont prendre pied dans l'île de Sri Lanka,
peuplée de primitifs Veddas, les premiers, pas encore convertis au boud-
dhisme, aux VIème et Vème siècles, les seconds déjà hindouisés, aux
Ivème et IIIème siècle avant J.-C. (2). Certains savants prétendent
que les Dravidiens ont précédé les Indo-Aryens (3). Quoi qu'il en soit,
l'émigration tamoule s'est poursuivie jusqu'au XVIIème siècle (4). Le Moyen-
Age vit l'arrivée massive d'immigrants. L'installation de Dravidiens
dans le Nord et l'Est de l'île prit diverses formes, tantôt pacifiques,
tantôt guerrières. Pour se débarrasser de rivaux, certains princes
cinghalais n'hésitaient pas à faire appel à des Tamouls du sous-continent
(5). Les conflits entre les Tamouls dravidiens, hindous shivaites et les
Cinghalais, d'origine indo-aryenne, bouddhistes du petit véhicule, prirent
parfois "des allures de guerre de religion, impitoyables et féroces"
(6). L'antique et prestigieuse capitale cinghalaise, Anuradhapura, fut
détruite au XIème siècle et les Cinghalais se replièrent dans les monta-
gnes. A certaines périodes une partie de l'île fut administrée comme
une province indienne par les Tamouls du sous-continent (7). Mais il
y eut des retours offensifs, les Cinghalais repoussant les Tamouls et
pénétrant même au Dekkan indien (8). Au début du XIIIème siècle un
royaume tamoul s'installa dans le Nord de l'île, centré sur Jaffna;
il se maintint jusqu'en 1618, date de sa conquête par les Portugais,
à l'exception toutefois d'une courte période (1450-1467) au cours de
laquelle un prince cinghalais l'administre après s'en être emparé (9).
Pendant de nombreux siècles, Tamouls et Cinghalais vécurent séparés,
les premiers dans le Nord de l'île, les seconds dans le Sud. Isolées par
un genre de no man's land (10) les deux communautés étaient cependant
parfois dirigées par des rois appartenant à l'autre ethnie. Ainsi lorsque
les Britanniques s'emparèrent du royaume cinghalais de Kandy en 1815
ils mirent fin à une longue lignée de souverains tamouls. Situation compa-
rable à celle de l'Inde où la Grande-Bretagne déposa un empereur mogol
19musulman qui régnait, au moins nominalement, sur des sujets, hindous
dans leur immense majorité.
Le problème tamoul à Sri Lanka a donc une origine lointaine.
Les Tamouls, comme les Cinghalais, se considèrent comme "fils de
la terre" mais n'ont jamais réussi à s'entendre. Les Cinghalais ont
toujours perçu un danger venant du Nord, du sous-continent indien et
considéré les Tamouls comme des envahisseurs, responsables de la des-
truction de la civilisation en zone sèche. En fait d'autres raisons expli-
quent ce déclin: avant même les invasions tamoules les dissensions
des princes ruinaient le pays et la malaria avait c9mmencé à décimer
la population (11). Depuis l'antiquité les Cinghalais estiment qu'ils
font partie d'une race privilégiée et que leur île est un lieu sacré du
bouddhisme au même titre qu'Israël est la terre promise des Juifs (12).
De leur côté, les Tamouls sont fiers d'appartenir à une grande civilisa-
tion qui a donné à l'Inde des chefs d'oeuvre architecturaux et littéraires.
20NOTES
(1) Les Etats hindouisés d'Indochine èt d'Indonésie - COEDES Georges.
(2) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.6.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H. p.7.
Ceylan NED n0982 du 26 août 194-8, p.5.
(3) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.6.
Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.ll.
)(4- Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISCHER Georges. Revue Civilisation nOl-2, Bruxelles, 1963,
p.139.
(5) Area Handbook for Ceylon, p.35.
(6) Ceylan NED n0982 du 26 août 194-8, p.5.
(7) Area Handbook for Ceylon, p.35.
Ceylan NED n03 4-4-2du 1er décembre 1967, p.5.
. Ce fut le cas pendant la dynastie des Chola. Voir encyclopédie Alpha
Le million n°4-6, p.292.
(8) Ceylan NED n0982 du 26 août 194-8, p.5.
(9) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.8.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.ll.
(10) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.ll.
(11) Area handbook for Ceylon, p.37 et 38.
(12) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.8.
*
21CHAPITRE I I
LE PROBLEME TAMOUL PENDANT L'ERE COLONIALE
La colonisation européenne a sauvé, affirment certains historiens (1),
les Cinghalais d'un anéantissement par les Tamouls qui, depuis des
siècles, déferlaient par vagues successives. Arrivés dès le XVlème
siècle les Portugais ne vont pas modifier profondément la carte ethnique
de l'île; la province de Jaffna, une fois conquise, conservera son autono-
mie (2) mais la persécution imposée aux Maures pousse ceux-ci à quitter
la côte Ouest où ils vivaient avec des Tamouls et à se réfugier sur
la côte Est et à l'intérieur des terres, dans le royaume de Kandy (3).
Les Eurasiens de sang lusitanien, dénommés curieusement plus tard
"Burghers portugais", moins nombreux que pourrait le faire croire la
généralisation de noms portugais, s'assimileront progressivement aux
basses castes de la société cinghalaise de Colombo.
L'influence des Hollandais qui succèdent aux Portugais sera plus
durable sur le plan ethnique. Les Eurasiens de sang hollandais, les vérita-
bles Burghers, conserveront leur particularité tandis que l'arrivée. de
Javanais, d'Amboinais et d'habitants des autres îles de l'archipel indoné-
sien renforce la communauté musulmane maure locale. Enfin l'intérêt
que portent les nouveaux colonisateurs à la mise en valeur des terres
les amène à recruter des Tamouls du sous-continent dans la région
de Tanjore (4), mais en faible nombre. L'autonomie de la province tamou-
le subsiste sous l'administration hollandaise (5). Les Hollandais re-
cueillent et codifient le droit tamoul, comme d'ailleurs le droit mu-
sulman (6).
Par la foi chrétienne, Portugais et Hollandais avaient commencé
à faire naître une élite occidentalisée interethnique à la fois cinghalaise
et tamoule, qui se développera, lorsque les Britanniques vont imposer
leur domination aux XVIIIème et XIXème siècles. La colonisation britanni~
que provoque des bouleversements ethniques considérables: l'arrivée
massive de Tamouls originaires du sous-continent voisin accroît la commu-
nauté tamoule locale. Tamouls indiens récemment immigrés et Tamouls
ceylanais autochtones prirent une part essentielle dans la vie politique
et économique de l'île. Ce furent des auxiliaires précieux pour les
Britanniques, au même titre que les Indiens et les Chinois de Malaisie
et de Singapour.
Lorsque de 1796 à 1802 les provinces maritimes ceylanaises, alors
seules conquises, furent administrativement rattachées à la Présidence
de Madras, de nombreux Madrassis ou Tamouls de Madras servirent
dans l'île comme fonctionnaires subalternes. Soustraits en 1802 à la
Compagnie des Indes, les territoires ceylanais occupés devinrent une
colonie de la couronne (7). Le reste de l'île fut conquis entre 1815
et 1818 (8).
23Immigration des travailleurs (9)
L'exploitation des plantations de café puis de thé et de caoutchouc,
créées par les Britanniques au cours du XIXème siècle, nécessita l'utilisa-
tion d'une main-d'oeuvre étrangère puisque les Cinghalais des hautes
terres de l'ancien royaume de Kangy refusaient d'y travailler. Les
Britanniques firent venir les bras qui leur manquaient du sous-continent
voisin; ce furent des Tamouls qui, spécialement recrutés, s'expatrièrent
avec l'intention, tout au moins au début de l'émigration, de revenir
au pays natal après avoir amassé un pécule. La plupart s'installèrent
en zone cinghalaise kandyenne, dans la partie centrale et méridionale
de Sri Lanka, lieu de travail, et ne retournèrent en Inde que momentané-
ment pour y prendre femme. Les premiers émigrés arrivèrent en 1827-
1828 mais, traités comme de véritables esclaves, beaucoup désertèrent.
L'abolition de l'esclavage en 1833, l'essor des plantations déclenchent
de vastes migrations (0). Celles-ci, très irrégulières au cours des
XIXème et XXème siècles, seront fonction de la situation politique
et des conditions économiques en Inde et à Ceylan, et de l'importance,
sur le marché international, des produits des plantations (1). Le nombre
des travailleurs indiens dans les plantations augmente régulièrement
jusqu'à l'indépendance. A la fin de l'époque coloniale, il approche de
500 000 (2). Dans certaines régions, les Indiens représentent jusqu'à
20% ou plus de la population, dans d'autres (districts de Nuwara Eliya
et quelques parties des districts de Kandy et Badul1a) ils furent les
premiers occupants (3).
Place des Tamouls indiens et des Tamouls ceylanais dans la vie écono-
mique.
Les ouvriers indiens vivaient sur le domaine des plantations, à
l'écart des paysans cinghalais résidant dans leurs villages. Ils conservèrent
ainsi leur langue, leur religion et leurs coutumes. Les compagnies euro-
péennes exerçaient sur leurs employés une véritable tutelle paternaliste,
construisant habitations, écoles, dispensaires, magasins... Si les besoins
fondamentaux étaient ainsi assurés, les conditions de vie restaient
précaires. Une certaine jalousie naquit cependant chez les Cinghalais
kandyens qui, au début du XXème siècle, commencèrent à s'engager
dans les plantations. Dès lors une concurrence sur le marché du travail
sépara encore davantage les deux communautés (14).
La plupart des immigrés rejoignaient les plantations; toutefois
un quart travailla pour la construction de routes et de chemins de fer
(au sein de la "Pioneer Force", organisation paramilitaire, chargée,
au début de la colonisation tout au moins, des travaux publics), comme
manutentionnaires dans les ports, éboueurs des villes... Il s'a~issait
là, dans les plantations comme ailleurs, d'une main-d'oeuvre non-speciali-
sée (5).
De plus une cohorte de commerçants venant de Madras, la capitale
tamoule, mais aussi des autres grands ports indiens, Bombay et Calcutta
s'installèrent à Ceylan. Grâce à des réseaux familiaux de part et d'autre
du détroit de Palk, ils monopolisèrent rapidement le commerce de gros
international dans certains secteurs. C'est ainsi que les Borah et les
Chettyar contrôlèrent l'importation et l'exportation des produits alimen-
taires. Les Nattukottai Chettyar, banquiers et financiers du Sud de
24l'Inde, fournirent les capitaux nécessaires au développement de Colombo
et des plantations de cocotiers de la côte Sud. D'autres marchands
indiens, tamouls ou non, de moindre envergure, se répandaient dans
les villages et contrôlaient progressivement le commerce de détail,
tout en devenant usuriers. Ainsi les Baratha et les Nadar tenaient des
petites boutiques, les Marwari, les Sindhi et les Menon prenaient une
part active dans le commerce des textiles et les Musulmans originaires
de la côte de Coromandel créaient l'industrie du sel à Puttalam (16).
Selon une estimation officielle indienne de 1944., environ 90%
de commerçants en gros, 60% de commerçants intermédiaires et 40%
des détaillants de toute l'île étaient des indiens (17). Selon une autre
estimation de 1945, il y avait 750 firmes chettyar dans l'île, repré-
sentant un capital de 100 millions de roupies dans la banque et le com-
merce (18).
Les Indiens ne travaillant pas dans les plantations, généralement
des Tamouls, dépassaient le nombre de 200 000, voire de 250 000 au
moment de l'indépendance (19). Grands ou petits capitalistes, exploitant
sans vergo~ne leur clientèle, s'immiscant dans la plupart des 'rouages
de la vie economique en évinçant leurs concurrents, ces Indiens s'atti-
rèrent vite l'antipathie des Cinghalais (20).
Travailleurs des plantations, ouvriers des travaux publics, commer-
çants, les Tamouls indiens dépassent par le nombre les Tamouls ceylanais
pour la première fois, vers 1910. Le premier recensement qui établit
la différence entre Tamouls ceylanais et Tamouls indiens, celui de
1911, mentionne en effet: 530 983 Tamouls indiens et 528 024 Tamouls
ceylanais (21).
La colonisation britannique fut donc dans l'ensemble favorable
à la communauté indienne, sans que cela résultât nécessairement d'une
action délibérée. Les Tamouls ceylanais du Nord et de l'Est de l'île
surent également mieux tirer profit des "bienfaits" de la colonisation
que leurs compatriotes cinghalais. Des écoles missionnaires chrétiennes
créées à Colombo et à Jaffna, se dégagea une élite cinghalaise et
une élite tamoule mais en 1921 le nombre de diplômés de l'université
est relativement plus important chez les Tamouls ceylanais que chez
les Cinghalais (22). Grâce à leur éducation de bon niveau, incités au
départ par la faiblesse des ressources d'un sol ingrat, les Tamouls ceyla-
nais essaimèrent dans les grands centres urbains du reste de l'île où
ils trouvèrent sans difficulté des emplois lucratifs dans la fonction
publique et le privé (23). Le recensement de 1911 signale déjà que
14,8% des Tamouls ceylanais résident en dehors de leurs provinces
Nord et Est d'origine ;à l'indépendance le chiffre est voisin de 20%
(24). Dans la plupart des administrations et des professions libérales,
on trouve en 1921 autant de Tamouls que de Cinghalais (22). En 1946
la fonction publique comprenait, dans son ensemble, presque toujours
autant de Tamouls que de Cinghalais et dans l'administration judiciaire
on trouvait deux Tamouls pour trois Cinghalais (25).
Cette prépondérance de la minorité tamoule, indienne et ceyla-
naise, dans le domaine économique, se traduisit sur le plan politique
par des oppositions communalistes qui s'amplifièrent au fur et à mesure
qu'approchait la date de l'indépendance.
25Evolution constitutionnelle
La cohabitation d'une ethnie majoritaire, les Cinghalais, et d'ethnies
minoritaires dont la plus importante était celle des Tamouls posa des
problèmes aux réformateurs. La pluralité ethnique de l'île fut toujours
présente dans l'esprit de ceux qui étaient chargés de promouvoir des
changements constitutionnels. En 1833, la région tamoule de Jaffna
perd son autonomie et se fond dans l'ensemble ceylanais (26). Cette
même année voit l'unification politique de l'île, puisque la province
kandyenne cesse également d'exister (27). Le code hindou tesawalamai
se maintiendra cependant (28). Le 28 septembre 1833, 31 ans après
le traité de la Paix d'Amiens qui reconnaissait la souveraineté britan-
nique sur Ceylan, étaient créés un Conseil Exécutif ne comprenant que
des fonctionnaires de Sa Majesté et un Conseil Légistatif aux pouvoirs
restreints. De nouvelles réformes vont ponctuer la vie politique jusqu'à
l'indépendance accordée en 1948 : 1883, 1889, 1910, 1920, 1923, 1931
et 1946 (29) ; elles donnent à l'organe législatif un rôle de plus en
plus grand en réduisant le pourcentage de fonctionnaires nommés et
en augmentant celui des non-fonctionnaires nommés ou élus (30). Les
membres non-fonctionnaires nommés par le Gouverneur représentent
les différentes communautés, au prorata de leur nombre et de leur
rôle: le premier Conseil Législatif comprend ainsi 3 Britanniques,
1 Burgher, 1 Cinghalais et 1 Tamoul (29).
Ultérieurement seront nommés des représentants appartenant
à d'autres groupes ethniques, maures et malais puis la désignation tiendra
compte de l'appartenance à des sous-groupes ethniques: Cinghalais
côtiers ou kandyens, Tamouls ceylanais ou indiens. A aucun moment
les Veddas ne seront associés à la vie parlementaire.
Sans que soit supprimée la désignation par nomination en fonction
de l'origine ethnique, le nombre de membres élus s'accroît progressi-
vement mais cette démocratisation complique le mode de représentation
des minorités ethniques. En 1910 les réformateurs créent des électorats
séparés pour les Européens et les Burghers; pour les autochtones un
électorat restreint est constitué au bénéfice des intellectuels qu'ils
soient d'ethnie cinghalaise ou tamoule (31). En 1920, les Européens
sont élus par la Chambre de Commerce et l'Association des Planteurs
tandis que, pour la première fois, les Cinghalais côtiers et les Tamouls
le sont sur des bases territoriales, l'électorat "intellectuel" étant suppri-
mé ; en fait comme les habitats se distinguent nettement, les circons-
criptions territoriales s'identifient à des circonscriptions communa-
listes (32). Tous les systèmes précédents cherchaient à sauvegarder
les droits des minorités et en conséquence renforçaient les distinctions
entre la majorité cinghalaise et les minorités.
La réforme suivante prendra le contrepied. En 1927, une commis-
sion royale dirigée par le Comte de DONOUGHMORE séjourna dans
l'île pour mettre au point une constitution. Le Secrétaire d'Etat pour
les colonies accepta certaines conclusions du rapport et en modifia
d'autres. Il fut admis en 1931 qu'un Conseil d'Etat remplacerait le
Conseil Législatif et exercerait à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir
législatif. La Commission Donoughmore estima, d'autre part, préférable
de ne pas créer une chambre haute, susceptible, selon elle, de devenir
26une caisse de résonance des intérêts ethniques, qu'il fallait justement
réduire (33).
Le Conseil d'Etat comprendrait 50 membres élus, et seulement
8 membres désignés par le Gouverneur auxquels s'ajoutaient 3 fonctionnai-
res ayant le simple statut d'observateur. L'élection de 50 membres
se ferait pour la première fois au suffrage universel (hommes et femmes)
sur des bases non pas communalistes mais territoriales. La désignation
des 8 membres nommés permettrait éventuellement, en cas d'anomalie,
de représel1ter des minorités. Cependant les minorités tamoules et
non-tamoules manifestèrent leur mécontentement car elles n'étaient
pas assurées que le découpage des circonscriptions électorales leur
donnerait une représentation proportionnelle à leur nombre. Elles regret-
tèrent l'abandon de la représentation ethnique (34). Au contraire la
majorité cinghalaise qui avait toujours réclamé la représentation territo-
riale exprima sa satisfaction (35).
Les premières élections se déroulèrent en 1931. En dépit du boycott
des Tamouls de Jaffna dans le Nord de l'île et de certains Musulmans,
la participation électorale fut presque de 60% ; deux Tamouls ceylanais
firent partie du Conseil des Ministres (36). Les secondes élections eurent
lieu en 1936 avec participation de tous les groupes ethniques de la
population; mais les 7 Ministres issus du Conseil d'Etat furent tous
des Cinghalais (36), (37). La guerre empêcha la convocation des électeurs
en 1941. Cependant à la fin de 1942, un Tamoul entra dans le gouverne-
ment en qualité de Ministre de l'Intérieur (38).
Cette constitution ne donna pas satisfaction. Aussi, en 1944, une
commission envoyée à Ceylan et présidée par Lord SOULBURY, commen-
ça à préparer un projet de réforme. Simultanément les membres du
cabinet de Colombo envisageaient de modifier la constitution Donoughmo-
reo La nouvelle commission royale chercha à rétablir les droits des
minorités, bafoués depuis 1931, en préconisant la création d'une seconde
chambre (39) et l'établissement d'un système électoral reposant à la
fois sur des bases territoriales et communalistes (40). C'était reconnaître
l'insuccès de la constitution Donoughmore et faire preuve de réalisme
en accordant à chaque communauté importante de la société pluri-
ethnique ceylanaise l'assurance d'être représentée au parlement.
Le projet de Lord SOULBURY, très proche de celui du cabinet
mis au point par D. S. SENANA YAKE et son conseiller juridique Sir
Ivor JENNINGS (41), fut accepté par une large majorité du Conseil
d'Etat (51 voix pour - 3 contre). Parmi les opposants se trouvaient
2 membres de la communauté tamoule indienne dont les intérêts avaient
été quelque peu sacrifiés (42). En mai 1946, la nouvelle constitution
entrait en vigueur.
L'évolution constitutionnelle s'est donc poursuivie pendant plus
d'un siècle par tâtonnements. Il faut constater que la représentation
de la minorité tamoule au Conseil Législatif puis au Conseil d'Etat
s'est peu à peu érodée de 1833 à 1936. Jusqu'en 1912, Cinghalais et
Tamouls se retrouvèrent à peu près en nombre égal. Au début des années
1920, un accord conclu entre les leaders des deux communautés prévoyait
un rapport de un Tamoul pour deux Cinghalais; cette proportion fui
réalisée en 1924 (43). Les élections de 1931, après l'adoption de la
27constitution Donoughmore, voyaient le déclin des Tamouls: un Tamoul
élu pour sept Cinghalais. Si les Tamouls de Jaffna n'avaient pas boycotté
ces élections, la proportion aurait néanmoins été de un pour quatre,
comme elle le fut lors de la consultation de 1936. En 1947, le parlement
comprend 1 Tamoul pour 3,4 Cinghalais.
Un jugement de valeur ne peut être porté que si l'on garde présent
à l'esprit la répartition ethnique de la population. Ainsi, au début de
la période britannique, la communauté- tamoule, composée presque exclusi-
vement de Tamouls ceylanais, était sur-représentée. Même avec l'arrivée
des Tamouls indiens, elle le resta jusqu'en 1932, date à partir de JaqueJJe
elle devint plus ou moins sous-représentée.
Les acteurs politiques et syndicaux
Le bon vouloir britannique avait conduit l'évolution constitutionnelle
de l'île en ménageant les intérêts de la métropole et en dosant savam-
ment la représentation de chaque communauté. Cependant à la fin
du XIXème siècle et plus encore au XXème siècle des groupes apparurent
sous des formes diverses, religieuses, politiques, syndicales. Nés parfois
de l'évolution constitutionnelle elle-même, ils devaient ensuite, à leur
tour, orienter cette dernière en exerçant des pressions diverses sur
le pouvoir de Sa Majesté dont la liberté de manoeuvre devint de plus
en plus réduite.
. Le bouddhisme et l'hindouisme servirent de supports à l'expression
de sentiments nationalistes. Un officier américain, le Colonel OLCOTT,
arrivé à Ceylan en 1880, se convertit au bouddhisme et fonde peu de
temps après la Société Théosophique Bouddhiste. Celle-ci développe
rapidement ses activités et en 1890 contrôle une cinquantaine d'écoles
bouddhistes où mûrit l'opposition à J'occident, au christianisme et au
laicisme, mais aussi la méfiance à l'égard des Tamouls (44). Comme
en Inde, des fonctionnaires britanniques mettent en valeur les richesses
passées de la civilisation locale: des recherches entreprises dans les
anciennes capitales d'Anuradhapura et Polonnaruva stimulent le "patrio-
tisme" cinghalais (45).
Simultanément, on assiste à un renouveau hindou dans les milieux
tamouls, quelque peu inquiets de la flambée bouddhiste au Sud de l'île
et du prosélytisme chrétien dans la péninsule de Jaffna. Créée en 1888,
la Société de Propagation du shivaïsme fonde des écoles. Cet effort
dans le domaine de l'éducation se poursuit, d'abord au cours de la décen-
nie suivante, grâce à la Mission Ramakrishna puis grâce à l'organisation
laïque parallèle, la Société Vivekananda, créée en 1902 (46).
Toutefois ces initiatives ne débouchent pas immédiatement dans
le domaine politique. Mise à part la fondation en 1865 de la "Ceylon
League" par les Européens et les Burghers qui défendent avant tout
leurs intérêts (47), il faudra attendre la fin de la première guerre mon-
diale pour que naissent une sé-rie d'organisations communalistes : "Euro-l'
pean Association" en 1918, le "Tamil Maha Jana Sabha",. en 1921, l' "All
Ceylon Malay Association" en 1922 et la "Ceylon Muslim League" en
1924 (48).
28Cette prolifération montre déjà1'échec du "Ceylon National Congress",
cree en 1919 (par l'union de la "Ceylon Reform League" née en 1917"
et de la "Ceylon National Association") sur le modèle de l' "Indian Natio-
nal . Congress" (49) et: qui se proposait de réunir, face aux Anglais,
un front commun regroupant des gens de toutes ethnies, notamment
des Cinghalais et des Tamouls, sur la base de revendications minimales
<Circonscriptions territoriales mais assurance d'une représentation de
toutes les minorités) (50).
-Des 1921, le "Tamil Maha Jana Sabha" draine la majeure partie
des Tamouls ceylanais qui s'intéressent à la politique; seule une fraction
de ces derniers reste au sein du "Ceylon National Congress", dont
l'élite aussi bien cinghalaise que tamoule est issue des écoles britanniques.
De leur côté, les Tamouls indiens défendent leurs droits au sein
de syndicats créés à la fin des années 1920 : l"'AlI Ceylon Indian Estate
Labour Workers' Federation" et la "Ceylon Indian Workers' Federation".
Le nombre de syndicalistes s'accroît dans la décennie 1930 (51) à la
fin de laquelle, en 1939, naît le "Ceylon Indian Con~ress", véritable
organisation politique de la communauté indienne, dirigee par des com-
merçants mais regroupant aussi et surtout des ouvriers de plantations (52).
En 1946 le "Ceylon Indian Congress" se crut assez fort pour déclencher
une "hartal", ou grève générale, pour protester contre les projets de
y (53). En février 1947 il déclenche une autreréforme de SOULBUR
"hartal" en guise de protestation contre la nouvelle constitution qui
ne définit pas l'avenir des Tamouls indiens (54).
Entre temps le "Tamil Maha Jana Sabha" périclitait mais un parti
tamoul ceylanais prenait la relève, l"'All Ceylon Tamil Congress" ou
"Tamil Congress", créé en 1944 (55). Au moment où s'élaborait la consti-
tution Soulbury celui-ci proposa en vain une réforme prévoyant une
représentation égale au parlement pour la majorité cinghalaise d'une
part et l'ensemble des minorités d'autre part (56).
Le "Ceylon National Congress" qui recrutait essentiellement parmi
les Cinghalais côtiers était presque devenu un parti communaliste au
moment où la constitution Donoughmore, favorable à la majorité ethni-
que, avait provoqué la naissance de nouvelles organisations communalis-
tes, outre celles du "Ceylon Indian Congress" en 1939 et du "Tamil
Congress" en 1944 : l'''AH Ceylon Moors Association" en 1935, la "Burgher
Political Association" en 1938 et surtout le "Sinhala Maha Sabha" (Grand
Conseil des Cinghalais) en .1937 (57). S.W.R.D. BANDARANAIKE, membre
du Conseil des Ministres et leader du "Ceylon National Congress", diri-
geait le "Sinhala Maha Sabha" qui, en dépit de la modération relative
de ses jugements sur les problèmes communalistes, recrutait uniquement
en milieu cinghalais (58). Dès lors le "Ceylon National Congress" était
condamné.
En septembre 1946 c'est-à-dire quelques mois après la promulgation
de la constitution Soulbury, naissaitl"'United National Party", véritable
parti de coalition comprenant des membres de l'ancien "Ceylon National
Congress" et du "Sinhala Maha Sabha" (59). L' "United National Party",
contrôlé par les Cinghalais, possédait néanmoins dans seS rangs quelques
Tamouls et membres des autres minorités ethniques. Les partis marxis-
tes, restés en dehors des querelles communalistes et qui recrutaient
dans le prolétariat urbain et rural, en milieux cinghalais et tamoul,
29rejoignaient, après les élections en 1947, dans l'opposition, 1"'All Ceylon
Tamil Congress" et Ie "Ceylon Indian Congress" (60).
Cette kyrielle de partis qui s'étaient efforcés de modifier, chacun
à son avantage, les amendements et réformes constitutionnels influença
aussi les décisions des dirigeants britanniques dans les domaines courants
.
de la vie politique et économique.
Actions gouvernementales à l'égard des Tamouls indiens et des Tamouls
ceylanais.
Le gouvernement s'était préoccupé du sort des travailleurs indiens
qui, soit dans les entreprises de travaux publics et les ports, soit dans
les plantations privées jouaient un rôle dans l'économie de l'île. Des
ordonnances votees à la fin du XIXème siècle amélioraient les conditions
de vie des ouvriers des plantations; la législation sociale poursuivit
son oeuvre dans ce domaine jusqu'à l'indépendance (61).
La démocratisation des institutions, l'élargissement progressif
du corps électoral jusqu'au suffrage universel accordé en 1931 aboutirent
à définir avec plus de précision la notion de citoyenneté. Certes il
n'y avait, en droit, que des sujets britanniques (62) mais sous la pression
des Cinghalais qui craignaient que, dans la région kandyenne, les voix
tamoules submergent les leurs, le pouvoir colonial dut formuler des
restrictions pour l'obtention du droit de vote. Ces concessions seules
permirent l'approbation, par le Conseil Législatif dominé par les Cinghalais,
de la constitution Donoughmore.
Le "Ceylon State Council (elections) order in Council" de 1931
accordait le droit de vote à tous les citoyens britanniques de plus de
21 ans, ayant les qualifications suivantes:
- avoir toujours été domicilié, ou avoir élu domicile à Ceylan
depuis au moins cinq ans (Article 7) ;
- ou être éduqué, posséder des biens et des revenus suffisants
(Article 8) ;
- ou posséder un "certificat d'établissement permanent" qui ne
peut s'obtenir qU'après un séjour dans l'île d'au moins cinq ans, sans
interruption superieure à huit mois et qu'après avoir proclamé son désir
d'y demeurer. Toute absence hors de l'île pendant plus d'un an annulait
le certificat (Article 9).
Ces mesures restreignaient donc les droits civiques de l'ensemble
de la communauté tamoule indienne. Toutefois elles portèrent les effec-
tifs de l'électorat indien de 12 438 (sous la constitution précédente
de 1924) à 100 000 en 1931, 145 000 en 1936 et plus de 225 000 en
1939 (sur une population active, à cette date, d'environ 670 000). A
partir de mars 1938 les nationalistes cinghalais, notamment les membres
du "Sinhala Maha Sabha", critiquèrent l'application libérale de l'ordre
en conseil et obligèrent le gouvernement à faire preuve de plus de
sévérité, à partir de 1940. Ainsi le nombre des électeurs indiens inscrits
tomba à 168 000 en 1943 (63).
Les travailleurs indiens des plantations avaient déjà été écartés
pour l'élection des "comités villageois", vieille institution pré-coloniale,
à laquelle les Anglais avaient donné de nouvelles structures par l'ordon-
nance nOD de 1889. Dès cette date étaient exclus du repistre électoral,
les Européens, le~ Burghers et les Indiens, sous le pretexte qu'ils ne
30participaient pas à la vie villageoise et ne payaient aucune taxe locale.
Les Tamouls indiens ne se plaignaient pas de cette exclusion car ils
y trouvaient des avantages. Mais lorsqu'en 1937 le Ministre des affaires
locales fit voter une réforme accordant le droit de vote à tous les
résidents sauf aux Indiens, ceux-ci dénoncè"rent la discrimination raciale
qui les visait. Les Britanniques tranchèrent; l'amendement voté en
1938 refusait le droit de vote à tous les travailleurs des plantations,
tamouls comme cinghalais. En fait la loi, même mOdifiée, touchait
surtout les Tamouls qui formaient l'essentiel de la main-d'oeuvre dans
les plantations. Toutefois les Indiens employés à d'autres travaux notam-
ment les commerçants qui payaient normalement leurs impôts locaux
bénéficièrent du droit de vote, comme les membres des autres commu-
nautés (64).
Dans le domaine de l'emploi et des activités économiques, le
gouvernement colonial adopta, la plupart du temps à l'insti&ation des
Cinghalais, une série de mesures anti-indiennes destinées a réduire
la part trop importante occupée par les immigrés.
Cette politique nouvelle s'appliqua surtout dans l'administration
et les entreprises para-publiques. En 1928 des négociations entre une
organisation syndicale et la direction du port de Colombo aboutirent
à briser le monopole du recrutement des dockers en milieu indien;
désormais 25% de ces ouvriers seraient ceylanais. L'année suivante,
les Chemins de fer s'engageaient à embaucher de préférence de la
main-d'oeuvre ceylanaise ; c'était l'aboutissement de revendications
faites dès 1910 (65). A partir de 1930, de nombreux Ceylanais entrent
dans la fonction publique. De 1930 à 1933 presque 9 000 employés indiens
sont licenciés par l'administration. En 1933 une note interministérielle
précise que l'administration doit recruter de préférence des citoyens
ceylanais et seulement exceptionnellement des Indiens. Des mesures
radicales, comme le licenciement de 6 400 ouvriers journaliers indiens
des ateliers de chemins de fer et du port de Colombo et la mise à
la retraite d'office de 2 500 fonctionnaires indiens (en fait 1 250 partirent
de leur plein gré) s'attaquèrent en 1939 et 1940 aux gens en place.
Les résultats prouvent les succès de la "ceylanisation" de l'administration:
en 1936 les Indiens constituaient 26 % des employés de la fonction publique
mais seulement 19 % en 1939 et 12 % en 1941 (66). Cela ne signifie
pas une prépondérance cin&halaise car, à cette epoque, les Tamouls
ceylanais, citoyens de l'île a part entière, restent très nombreux parmi
les "cols blancs". Parfois, notamment dans les emplois manuels, la "ceyla-
nisation", s'identifie cependant à une "cinghalisation".
Hors de l'administration, la "ceylanisation" et la "cinghalisation"
se font à un rythme moins rapide; elles ne sont en général pas encouragées
par le gouvernement mais des circonstances fortuites les favorisent.
Lorsque la crise économique des années 1930 atteint l'île, le chômage
frappe d'abord les Tamouls indiens des plantations et du commerce
et certains rejoignent l'Inde; à la reprise, les Ceylanais, plus précisé-
ment cette fois les Cinghalais kandyens trouvent plus facilement l'embau-
che. Pendant la seconde guerre mondiale, l'Etat devient, par nécessité,
plus interventionniste dans les secteurs commerciaux et financiers;
des sociétés coopératives dirigées par des fonctionnaires ceylanais
(cinghalais ou tamouls) contrôlent l'importation et l'exportation de
31denrées rares, ce qui affecte les activités des firmes indiennes de façon
temporaire ou définitive (67).
Dans certains secteurs privés l'Etat est cependant intervenu très
tôt pour limiter le champ d'activités des Indiens. La création de banques
et coopératives d'Etat, dans les années 1930 et 1940, supprime le mono-
pole des Nattukottai Chettiar, jusqu'alors seuls pourvoyeurs de fonds
et dispensateurs de prêts (68).
La faillite de petits et moyens planteurs cinghalais provoquée
par la crise de 1930 incita les banquiers indiens Chettyar à acquérir
des terres et à se lancer dans les activités agricoles. La "Land Develop-
ment Ordinance" n019 de 1935 limite l'ambition des Indiens en leur
interdisant d'acquérir des terres de la Couronn~ (appartenant à l'Etat).
La "Land Redemption Ordinance" n061 de novembre 1942 permet au
gouvernement de récupérer les terres acquises par les marchands et
banquiers indiens, notamment les Nattukottai chettiar (69). De plus
la "Fisheries Ordinance" n024 de 1940 et 1"'Omnibus Service Licensing
Ordinance" n047 de 1942 réservent aux Cinghalais les pêcheries et les
transports publics automobiles (70). La boulimie commerciale des Indiens
ne peut désormais s'assouvir qu'avec de plus en plus de difficulté dans
l'île; une page de l'histoire se tourne.
"Dans le domame culturel, une discrimination sévit à l'encontre
des Tamouls indiens des plantations. La législation prévoit l'existence
d'écoles dans les domaines mais le taux de scolarité. et la qualité de
l'enseignement restent insuffisants (71).
Ainsi la participation des Cinghalais au gouvernement à partir
de 1931 se traduit par un durcissement net et brutal à l'é~ard de la
communauté tamoule indienne, à peine temperé par le
pouvoir britannique en déclin. Les Tamouls ceylanais, dans l'ensemble
épargnés par les mesures adoptées dans le domaine économique, mais
non dans le domaine politique, voient monter avec inquiétude le natio-
nalisme cinghalais susceptible de remettre en cause leurs privilèges.
Dès 1944, M. J. R. JA YEWARDENE, un des futurs leaders de l'''United
National Party", propose au Conseil d'Etat de faire progressivement
du cinghalais la langue officielle de Ceylan; à la demande des Tamouls
ceylanais le projet fut amendé et reconnut deux langues officielles,
le cinghalais et le tamoul (72). L'emploi des deux était prévu
dans les écoles, les examens d'admission dans la fonction publique et
au parlement. Le nouveau projet fut voté par vingt-sept voix contre
deux. En septembre 194-5 le Conseil d'Etat nommait, à la demande
de S.W.R.D. BANDARANAIKE, une commission comportant des Cinghalais
et des Tamouls chargés d'étudier le changement de langue. Dans son
rapport de 1946, accepté par le Conseil d'Etat, la commission présidée
par J.R. JA YEWARDENE préconisàit l'abandon progressif de l'anglais
au profit des deux langues vernaculaires ("swabhasha") pendant une
période de dix ans mais déjà se montrait davantage concernée par
le sort du cinghalais (73). Le désir de ne pas compromettre un accès
rapide à l'indépendance, beaucoup plus que la sincérité de promouvoir
une langue minoritaire, motivait l'importante concession faite par les
32Cinghalais. Si les Tamouls ceylanais affichaient dejà ouvertement leur
inquietude, les indiens, non pas les riches marchands mais
les ouvriers deshérites des plantations, et les petits employes, laissaient
percer un profond desarroi. La peur leur fit rechercher des appuis en
Inde, là où eux-mêmes ou bien leurs parents étaient nes. A vrai dire
les relations entre les immigrés et leurs familles de l'Etat de Madras
n'avaient jamais cesse. Mais le gouvernement de New-Delhi s'interessa
davantage à. ses expatriés d'Outre-Mer lorsque la constitution de 1935
laissa davantage de pouvoir aux Indiens eux-mêmes et que la politique
du gouvernement de Colombo à l'égard des. Tamouls indiens se précisa.
33NOTES
(l) Area Handbook for Ceylon - p.38.
(2) Ceylan NED n03 442 du 1er décembre 1967, p.ll.
(3) Area Handbook for Ceylon, p.85.
(4) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.30.
(5) Manifeste du Tamil United Liberation Front pour les éjections générales
de 1977.
. Voir la revue ceylanaiseLogos vol.16, n03, septembre 1977, p.12.
(6) Ceylan - Sri Lanka - MEYER Eric, Que sais-je ? p.37.
(7) Ceylon, report of'tt1e Commission on constitutional reform, rapport
SOULBURY, 11 juillet 1945, re-édité en 1955, p.7.
The emerging elite, a study of political leadership in Ceylon - SINGER
Marshall R., p.26 et 27.
(8) The Tamils of Ceylon under Western rule, communication de BASTIAM-
PILLAI B., faite lors de la IVe conférence internationale sur les
études tamoules, Jaffna, janvier 1974. Voir p.21 des annales, publiées
en 1980.
(9) L'immigration de travailleurs indiens dans l'empire britannique a
été étudiée dans de nombreux ouvrages. Voir, en particulier, Indians
overseas 1838-1949 - KONDAPI C.
. Pour le cas de Ceylan, voir, notamment, Unindentured Indian labour
overseas: plantation labour in British Ceylon - WESUMPERUMAD.,
VIe conférence européenne sur l'Asie. du Sud contemporaine.
(10) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.40, 41, 42.
.
Les indiens à Ceylan - DEVILLERS Philippe, Revue Française de
Science Politique, vol. XVII, n04, août 1967, p.727.
(1l) Voir annexe n05.
(12) Voir annexe n06.
(13) Ceylon, a divided nation.. FARMER B.H., p.46.
(14) Ceylon, dilemmas of a new nation -WRIGGINS W. Howard, p.27 et
28.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.48 et 49.
Le travaillisme anglais et. la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISCHER Georges, revue Civilisation nOl et 2, Bruxelles, 1963,
p.139.
35(15) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.40 et 41.
Les Indiens à Ceylan - DEVILLERS Philippe, Revue Française de
Science Politique, vol. XVII, n04, août 1967, p. 727.
(16) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.28,
29 et 214. .
Indo-Ceylon relations since independence - KODIKARA S.U., p.165.
Les Indiens à Ceylan - DEVILLERS Philippe, Revue Française de
Science POlitique, vol. XVII, n04, août 1967, p.727 et 728.
. Ces marchands peuvent être comparés à ceux qui s'établissaient
en Afrique orientale à la même époque.
(17) Review of important events relating to or affecting Indians in different
part of the British empire during the year 1944-1945.
(18) Indian overseas 1838-.1949- KONDAPI C., p.344.
(19) Labour conditions in Ceylon, Mauritius and Malaya, report by Major
G. St. J. ORDE-BROWNE (md 6 423 p.1!).
Statistical abstract of Ceylon,Department of census and statistics, 1963
et 1965.
(20) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.29.
(2!) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.42.
(22) Déclaration du Tamil Maha Jana Sabha reproduite dans Great 8ritain-
colonial office, correspondence relating to the further revision of
the Constitution of Ceylon (md 1809, London, His Majesty's stationery
office, 1923, p.19).
(23) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISHER Georges, revue civilisation n° 1 - 2, Bruxelles,
1963, p.140.
Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.234
et 235.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.51, 52.
(24) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.12.
(25) Commmalism and language in the politics of Ceylon - KEARNE Y
Robert N., p.70.
(26) Manifeste du Tamil United Liberation Front pour les élections générales
de 1977.
. Voir la revue ceylanaise Logos, vol.16, n03, septembre 1977, p.12.
(27) Tbe emerging elite, a study of political leadership in Ceylon - SINGER
Marshall R., p.31 et 32.
(28) Tesawalamai, the laws and customs of the inhabitants of the provinœ
of Jaffna - RAMANATHAN T. Sri, p.3.
36(29) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISHER Georgest revue civilisation n° 1-2,Bruxelles, 1963, p.137.
Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.82.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.53.
(30) Voir annexe n07.
Ceylon, report of the Commission on constitutional reform, rapport
SOULBURY, 11 juillet 1945, ré-édité en 1955, p.7 à 39.
(31) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISHER Georges, revue civilisation, nOl-2, Bruxelles, 1963,
p.13!.
Ceylon, a divided nation -FARMER B.H., p,53.
(32) Ceylon, a divided. nation - FARMER B.H.,p.55.
(33) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISHER Georges, revue civilisation nOl-2, Bruxelles, 1963,
p.144.
(34) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISCHER Georges, revue civilisation, n° 1-2, Bruxelles, 1963,
p.149.
Ceylan NED n0982 du 26 août 1948, p.26.
(35) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.12.
(36) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISHER Georges, revue civilisation., nOl-2, Bruxelles, 1963,
p.140, 141 et 146.
Area Handbook for Ceylonp.55 et 56.
(37) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.13.
(38) Ceylon, report of the commission on constitutional reform,. rapport
SOULBURY, 11 juillet 1945, ré-édité en 1955, p.31.
(39) Le travaillisme anglais et la réforme constitutionnelle de 1931 à
Ceylan - FISHER Georges, revue civilisation n° 1-2, Bruxelles, 1963,
p.145.
(40) Area Handbook for Ceylon, p.57.
Indo-Ceylonrelations since independence - KODlKARA S.U., p.403.
(41) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.13et
14.
(42) AreaHan<lbook for Ceylon, p.57.
Indo-Ceylonrelations since independence - KODlKARA S.U., p.403.
(43) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N.., p.33.
Ceylon, report of the commission on constitutional reform -rapport
SOULBURY, 11 juillet 1945, ré-édité en 1955, p.66 et 67.
37(44) Commmalism and language in the politicsof Ceylon - KEARNEY
Robert N. p.43 et 51.
The Tamils of Sri Lanka - SCHWARTZ Walter, Minority Rights Group,
report n025, p.9.
Ethnic identity: cultural continuities and change - DE VOS G. et
ROMANUCCI ROSS L., éditeurs, partie III, chapitre 9, p.244, 251
et 252.
Electoral politics in an emergent state. The Ceylon general election
of May 1970 - WILSONA. Jeyaratnam, p.lO.
(45) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.44.
(46) Commmalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.49.
(47) Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.53.
(48~ Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.13.
(49) Ceylan NED n0982 du 26 août 1948, p.29.
Area Handbook for Ceylon, p.53.
Ceylon, a divided nation - FARMER B.H., p.55 et 56.
(50) Area Handbook for Ceylon, p.55.
(51) Area Handbook for Ceylon, p.378.
(52) Les Indiens à Ceylan - DEVILLERS PhiHppe, Revue Française de
Science Politique, vol. XVII, n04, août 1967, p.730.
Ceylan NED n0982 du 26 août 1948, p.29.
(53) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.222.
(54) Indians overseas 1838-1949 - KONDAPI C., p.403.
(55) Area Handbook for Ceylon, p.269.
(56) The Constitution of Ceylon - Sir Ivor JENNINGS, p.lO;
Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.49.
Ceylon, a divided nation.,. FARMER B.H., p.57.
The Tamils of Sri Lanka - SCHWARTZ Walter, Minority Rights Group,
report n025, p.9.
Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.36 et 37.
(57) Politics in Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam~ p.l3.
(58) Communalism and language in the politics of Ceylon - KEARNEY
Robert N., p.35 et 36.
Politics of Sri Lanka, 1947-1973 - WILSON A. Jeyaratnam, p.l30.
38(59) 8irth of a r~publi<: Publicity Division of the Government Informàtion
yDepartment, 1972, (artkle de eOORA J.A.L. since 1815, p.44).
(60) Area. Handbook fQr C~ylon, p.30.
. Howard, p.221.~ylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W.
(61) Area Handbook for ~ylon, p. 37~.
(62) Indo-Ceylon relations since independence - KODIKARAS.u., p.IOI.
(63) Les Indiens à ~ylan - DEVlLLERS Philippe, Revue française de Scierœ
Politique, vol. XVII, n04, aôut 1967, p.728.
The Constitution of ~ylon - Sir Ivor JENNINGS, p.47.
~ylon, a divided nation - FARMERB.H., p.59.
Indo-~yl... relations since independence - KODIKARA S.U., p.76, 77 et
78.
~ylon, dilemmas of a new nation - WRIGGlNS W. Howard, p.220
et 221.
(64) Indo-~ylon relations since independence - KODIKARA S.U., p.79
et 80.
(65) Area Handbook for Ceylon, p.52.
(66) Indo-~ylon relations since independence - KODIRAKA S.U., p.86,
89 et 90.
Les Indiens à ~ylan - DEVILLERS Philippe, Revue Française de
Science Politique, Vol.XVII, n04, août 1967, p.729.
(67) Ceylon, dilemmas of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.284.
(68) The Nattukottai Chettiar, merchant bankers in ~ylon - WEERASOORlA
W.S., p.XX.
(69) Indians overseas, 1838-1949 - KONDAPl C., p.30L
The Nattukottai Chettiar, merchant bankers in ~ylon - WEERASOORIA
W.S., p.XX.
(70) Indo-~ylon relations since independence - KODIKARA S.U., p.91,
92 et 190.
~yloo, dilemmas. of a new nation - WRIGGINS W. Howard, p.220.
Les Indiens à Ceylan - DEVILLERS Philippe Revue Française de Science
Politique, vol. XVII, n04, août 1967, p.729.
. Des restrictions identiques sont impos~es aux Indiens d'Afrique orien-
tale. Voir The Asian minorities of East and Central Africa (up to 1971),
GHAI Yash, GHAI Dharam, Minority Rights Group, report n04, p.9
et 10 et Problems of a displaced minority: the new position of East
Afriais Asians-TANDON Yash, Minority Rights Group, report n016, p.IO.
(71) Indians overseas 1838-1949 - KONDAPI C., p.148, 149, 150 et 153.
(72) The Tamils of Sri Lanka - SCHWARTZ Walter, Minority Rights Group,
report 25, p.9 et la.
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