Le Régionalisme en Asie du Sud

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L'Asie du Sud possède une forte identité régionale qui s'affirme dans ses caractères géographiques, sociaux et culturels. En 1985, le Bangladesh, le Bhoutan, l'Inde, les Maldives, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka décident de concrétiser cette union sous forme institutionnelle en lançant la SAARC, Association d'Asie du Sud pour la coopération régionale. Dans quel contexte s'est créée la SAARC ? Quels sont ses objectifs, son fonctionnement ? Quel rôle ont joué les conditions politiques, et notamment l'incontournable asymétrie entre l'Inde et ses six partenaires, dans la jeune et tumultueuse histoire de l'Association ?
Publié le : mardi 1 septembre 1998
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EAN13 : 9782296367043
Nombre de pages : 264
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LE RÉGIONALISME EN ASIE DU SUD
L'expérience de la SAARC (1985-1997)

Collection Points sur l'Asie dirigée par Alain Forest

Déjà parus Laurent METZGER, Les sultanats de Malaisie, 1994. Richard SOLA, Birmanie: la révolution kidnappée, 1996. Laurent METZGER, Stratégie islamique en Malaisie, (1975-1995), 1996. Firouzeh NAHAVANDI, Culture du développement en Asie, 1997. Frédéric GRARE, Le Pakistanface au conflit afghan, 1997. Kham VORAPHETH, Chine, le monde des affaires, 1997. Jacques HERSH, Les Etats-Unis et l'ascension de l'Extrême Orient.. Les dilemmes de l'économie politique inte rnationale de l'après-guerre, 1997. Kham VORAPHETH, Asie du Sud-Est, 1998.

Jérôme Grimaud

LE RÉGIONALISME EN ASIE DU SUD
L'expérience de la SAARC (1985-1997)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6795-4

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage est tiré d'un premier travail de recherche réalisé en Inde, durant une période de huit mois. Une expérience enrichissante à plus d'un titre. D'une part pour la découverte des méthodes et du monde de la recherche. D'autre part, pour la découverte déstabilisante mais révélatrice d'une réalité indienne que j'aspire à vivre encore. Merci donc à mon directeur de recherche, Monsieur Jacques Weber, de m'avoir proposé d'étudier en Inde. Merci également à Bruno Dorin et à l'équipe du Centre de Sciences Humaines de New Delhi (CSH). Ils se sont montrés attentifs à mes démarches, ce qui, dans le milieu élitiste de la recherche, n'est pas si fréquent. Mais il y a plus. On trouve au CSH la richesse d'une recherche vivante et pluridisciplinaire en prise avec le réel, ne perdant jamais de vue sa finalité: proposer les outils conceptuels d'une action humaine plus efficiente. Merci également à Indra Nath Mukherjee et Peter d'avoir facilité mon intégration à l'Université Jawaharlal Nehru (JNU) et d'avoir contribué à faire de mon séjour en Inde une expérience inoubliable.

Introduction

LE REGIONALISME ET L'ASIE DU SUD

LE REGIONALISME La notion de régionalisme désigne la création d'entités régionales de tailles variables et de natures diverses, de l'association à l'union, caractérisées par une solidarité entre les États membres qui s'affirme dans un développement institutionnel. Parfois décrite comme « un compromis entre le nationalisme et l'universalismel », une entité régionale cherche à répondre de façon collective aux aspirations et aux desseins définis par l'ensemble des États membres. Cet objectif peut s'exprimer dans des domaines aussi divers que le développement économique, le progrès social, voire même la coopération politique et militaire. Le régionalisme n'est pas un mouvement uniforme. Les raisons qui ont motivé ce processus sont nombreuses et les formes qu'il a prises ont varié2. Depuis que la rivalité idéologique des armées de guerre froide a laissé place à une rivalité d'ordre économique, le principal moteur du régionalisme est le processus de mondialisation. L'intégration progressive de l'économie monde depuis les années cinquante, l'accélération croissante des flux de biens et de capitaux, conjuguée au développement exponentiel des échanges d'informations et au progrès technologique, sont aujourd'hui les données essentielles de la coopération régionale. Face à cette mutation formidable, les États semblent désormais à eux seuls incapables de répondre aux nouveaux défis, comme l'intensification de la compétition économique, les flux migratoires ou les problèmes environnementaux. L'État-nation, entité jusque-là souveraine semble être profondément remis en question, à la fois dans sa capacité à organiser la société à l'intérieur de ses propres frontières et dans sa faculté de répondre aux grands défis sur la scène internationale. Le régionalisme doit donc répondre à un nouvel objectif, permettre aux «nations [de] développer leur propre puissance au moyen d'une solidarité élargie3 ». La finalité des organisations régionales est aujourd'hui avant tout
I Verma S.P., South Asia is a region: Problems and prospects, in Mistra K.P., Foreign Policies in South Asia. issues, models and methods, Orient Longmans, 1969, p.345. In Krishan G., Geopolitical Relations and Regional Cooperation, a Study of South Asia, Trans Asia Publications, New Delhi, 1996, p.ll. 2 Durant la Guerre froide, les considérations qui ont motivé le régionalisme étaient principalement stratégiques et militaires (par exemple l'OTAN, l'OTASE ou encore Pacte de Varsovie). 3 Assayag 1., in Boquérat, G., Mukherjee LN., SAARC, Economic and Political Atlas, Pondy Papers in Social Sciences, French Institute of Pondicherry, Pondicherry, 1996, p.vi.

Il

économique. Parmi les organisations de ce type, on trouve notamment, regroupant des pays développés d'économie de marché, l'Organisation européenne de coopération économique (OECE) créée en 1948 pour organiser la reconstruction du vieux continent avec l'aide du plan Marshall, l'Union Européenne (VE) créée en 1957 sous le nom de Communauté économique européenne (CEE), l'Association européenne de libre-échange (AELE) établie en 1958 ou encore l'Association nordaméricaine de libre-échange (NAFTA) créée en 1994. Pour les pays du Sud, dont la plupart comptent parmi les moins développés, les enjeux de la coopération sont posés en des termes un peu différents. Elle doit répondre à la double exigence de la mondialisation et du développement. Les années 1960 avaient été marquées par la mise en place d'un dialogue Nord-Sud pompeusement appelé Nouvel Ordre Economique International (NOEl) avec la création de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCEDt et avec elle, du groupe des 77 réunissant alors tous les pays du Sud sauf la Chine. Très vite cependant, c'est la déception. La rhétorique généreuse des pays développés reste en effet sans conséquence et la crise vient vite renforcer, selon les propres mots de Willy Brandt, lors de CNUCED V en 1979, le gouffre entre nations riches et nations pauvres. La récession et l'inflation touchent de nombreux pays du tiers monde, lesquels sont qui plus est confrontés au développement de nouvelles barrières non-tarifaires de la part des pays du Nord5. Dans ce contexte, le groupe des 77 développe le concept de« collective self-reliancl », une notion qui repose sur la double idée que c'est par une coopération «Sud-Sud» accrue que les pays en voie de développement parviendront à rompre leur dépendance vis-à-vis du Nord et que c'est aussi grâce à cette coopération qu'ils pourront atténuer les tensions bilatérales et faire émerger la paix. Dans ce contexte, de nombreuses associations régionales regroupant des pays en voie de développement vont apparaître des années soixante à nos jours. Les tentatives sont nombreuses et les fortunes diverses. On compte
4 En 1964, l'Assemblée Générale des Nations Unies se prononce pour la création de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement. Son but était alors d'initier une coopération Nord-Sud pour le développement avec pour objectifs principaux la stabilisation des prix des matières premières, un contrôle accru des activités des multinationales, une plus grande ouverture des marchés aux exportations du Sud et l'accès aux nouvelles technologies. 5 Citons pour exemple, les clauses sociales ou environnementales évoquées lors des négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). 6 il Entraide mutuelle ».
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aujourd'hui 34 associations régionales concernant des pays en voie de développement dont 19 en AfTique, Il en Amérique latine et 4 en Asie. En Auique, on trouve notamment l'Union douanière et économique de l'Auique centrale (UDEAC) créée en 1964 ou encore la Communauté économique des États d'Auique de l'Ouest (ECOWAS). En Amérique latine, le Caricom, ou Communauté des Caraïbes, est créé en 1973 et le Mercosur, ou Marché commun du Sud de l'Amérique, est constitué en 1995. En Asie, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) est créée en 1967, et la South Asian Association for Regional Cooperation (SAARC) ou Association de l'Asie du Sud pour la coopération régionale, qui fait l'objet de cet ouvrage, apparaît en 1985. LE REGIONALISME EN ASIE DU SUD: LA SAARC Si l'Asie du Sud fait régulièrement parler d'elle, c'est plus en raison de son instabilité politique, de ses conflits internes, de ses confTontations ethniques et religieuses, ou encore de ses cataclysmes climatiques que de son association régionale, l'Association d'Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC). La SAARC compte parmi les plus jeunes organisations régionales. Officiellement lancée en décembre 1985, lors du 1er sommet des chefs d'État et de gouvernement à Dacca, elle comprend depuis son origine les sept États d'Asie du Sud: le Bangladesh, le Bhoutan, l'Inde, le Népal, les Maldives, le Pakistan, le Sri Lanka. Si d'autres associations régionales comme l'Union européenne ou l'ASEAN sont devenues des entités reconnues, voire des références en matière de performances économiques ou d'influence politique, la SAARC, elle, n'a toujours pas gagné sa place sur la scène internationale. Or, comment ne pas s'étonner que cette entité, qui concerne II5 de l'humanité, soit à ce point absente des grands forums internationaux? Comment expliquer que son existence même soit souvent ignorée? Si l'Asie du Sud peut clairement être défmie comme une région à part entière, elle n'a toutefois que tardivement concrétisé son unité sous forme institutionnelle. Alors que l'Europe a poursuivi son intégration pendant les cinquante dernières années, le sous-continent paraît dans la même période être passé de l'union au déchirement. Des tensions, qui précédaient la mise sur pied de l'Association, vont en marquer la jeune existence, rendant le dialogue difficile entre les pays membres. Elles sont d'abord d'ordre politique, mais en Asie du Sud le politique, l'ethnique et le religieux, par leur imbrication, compliquent encore la situation. Elles s'avèrent également économiques: la pauvreté touche l'ensemble du souscontinent, s'y ajoute un inégal degré de développement entre les nations 13

de la SAARC. Ce contexte difficile semble donner raison à ceux qui au moment de la création de la SAARC jugeaient que la mise en place d'une telle institution était artificielle et sans avenir. Faut-il avec ceux-là aller jusqu'à mettre en doute la capacité de l'Association à répondre à son principal objectif, à savoir celui du développement, et ne voir dans la SAARC qu'une vaine initiative? LA SAARC EN QUESTIONS Aborder la SAARC, c'est inévitablement aborder des questions touchant au régionalisme en général, interroger ses fondements et ses enjeux: comment défmir une région, une identité régionale? Une identité régionale est-elle une condition suffisante à la coopération? L'idée de nation s'oppose-t-elle à celle du régionalisme? Qu'en est-il de la région Asie du Sud, quelles en sont les particularités, les facteurs d'unité et de division? Il s'agit alors d'analyser la cohérence à la fois géographique, historique, sociale et économique de l'Asie du Sud. Il convient également d'en présenter les caractères politiques, à la fois facteurs de déchirement mais aussi révélateurs des interdépendances régionales entre l'Inde et ses voisins. Cette définition de la région Asie du Sud s'achèvera sur la description et l'analyse des différentes initiatives de coopération qui, de 1947 à 1977, ont cherché à organiser l'unité régionale jusqu'à la création de la SAARC. C'est en gardant à l'esprit les caractères de la région Asie du Sud, notamment les conflits politiques et les asymétries entre l'Inde et ses partenaires, que l'on doit analyser l'histoire de l'Association, de son origine à nos jours. Les différentes phases de la jeune histoire de la SAARC sont en effet marquées par les tensions et les frictions entre les Etats membres même si on ne peut faire fi d'avancées notables. C'est notamment à travers l'analyse des neuf sommets des chefs d'État et de gouvernement de la SAARC tenus entre 1985 et 1997 qu'on soulignera les articulations et les ruptures qui rythment l'histoire de la SAARC. Après douze ans de coopération, quel visage revêt l'Association d'Asie du Sud pour la coopération régionale? Sa trame institutionnelle et son fonctionnement technique répondent-ils adéquatement aux exigences de la coopération? Cette analyse permettra de mettre en valeur les analogies et les différences fonctionnelles entre l'Union européenne, l'ASEAN et l'Association d'Asie du Sud. On cherchera enfm à dresser et expliquer le bilan de la SAARC et à saisir les perspectives qui semblent se dessiner pour l'Asie du Sud.

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Partie I

L'ASIE

DU SUD ENTRE UNITE ET DECHIREMENT

LA REGION

ASIE

DU SUD

Il existe une variété de défmitions de la notion de région, les critères variant selon les analystes et évoluant dans le temps, en fonction de la conjoncture. Pour Boutros-Boutros Ghali, ancien secrétaire générale des Nations Unies les régions se définissent comme « des organisations permanentes regroupant plus de deux États dans une région géographique donnée, qui, en raison de leur proximité, de leurs affinités et de leurs intérêts communs, établissent une association pour le maintien de la paix et de la sécurité et pour le développement d'une coopération économique, sociale et culturelle, avec l'objectif de constituer une entité politique! ». Pour les deux analystes Cantori et Steven, une région ((... consiste en au moins deux États proches en interrelation, qui possèdent des traits ethniques, linguistiques, culturels, sociaux et historiques communs et dont l'identité commune est renforcée par l'action et l'attitude des États extérieurs au systèmi ». On le voit, deux défmitions du même terme mènent à des réalités et à des logiques bien différentes. Il apparaît de surcroît difficile d'analyser l'Asie du Sud à travers ces deux modèles. La première implique des velléités politiques, absentes en Asie du Sud. La seconde évoque l'action des États extérieurs à la région comme facteur de cohésion. Or, l'action des puissances extérieures a au contraire joué en défaveur de la coopération en Asie du Sud3. La notion de région n'est donc pas réductible à un schéma théorique strict et uniforme tant les expériences sont multiples. De plus, l'apparition d'un nouveau type de régionalisme dit « ouvert », tel l'Association pour la coopération économique en Asie-Pacifique (APEC) ou l'lndian Ocean Rim (lOR) vient complètement bousculer les modèles précédemment cités4. Sur quoi repose alors le régionalisme? Qu'est-ce
1 In Sudhakar E., SAARC. origin. growth and future, Gyan Publishing House, New Delhi, 1994, p.ll. 2 Cantori L.J., Spiegel S.L., International Politics of the Regions: a comparative approach, Eaglewood Cliffs, 1970. Ibid. ; p.II. 3 Voir « une region sans regionalisme », p.65. 4 Ce régionalisme est dit « ouvert» car les entités régionales nouvel1ement créées regroupent en leur sein des membres d'associations régionales déjà existantes. L'APEC comprend notamment les membres de l'ASEAN et de l'Accord de libreéchange nord-américain (ALENA). L'IOR comprend lui des membres de l'ASEAN, de la SAARC ou encore du Conseil économique du Golfe (GCC). L'IOR, lancée en mars 1995 se caractérise en effet par une grande hétérogénéité. Si l'Inde, l'Australie, l'Afrique du Sud, Singapour, Oman, et le Kenya ont en 17

réellement qu'une région? En dégageant les dénominateurs communs aux différentes expériences, on doit semble-t-il résumer cette notion à deux points: la proximité géographique et l'intérêt commun. Ensuite cependant, apparaît une gradation entre les différentes organisations régionales à travers leur degré d'homogénéité historique, culturel, social. On peut ainsi distinguer plusieurs types d'associations aux fondements et aux objectifs distincts. L'APEC et l'OIR se justifient par exemple par l'appartenance à un espace géographique commun et l'ambition de créer une zone de libre échange. Faute d'unité culturelle ou sociale, leurs objectifs n'ont de fmalité qu'économique. D'autres sont sous-tendus à la fois par une proximité géographique, un patrimoine historique commun, et une certaine homogénéité économique, politique et sociale, elles peuvent donc nourrir des ambitions dans ces différents domaines. C'est le cas par exemple de l'Union européenne. Qu'en est-il de la SAARC ? Diversité. Voilà résumé en un mot le trait le plus caractéristique de l'Asie du Sud. Une diversité qui s'affIrme au quotidien dans les paysages, dans le langage, sur les visages et autour des lieux de culte. L'image couramment utilisée est celle d'une série de mosaïques géographiques, ethniques, religieuses et linguistiques qui viendraient se superposer sur l'ensemble du sous-continent. Un agencement étonnant, une infmité de combinaisons dont on ne trouverait d'équivalent nulle part ailleurs. En 1980, deux chercheurs américains, Werner et Gavin, affIrment d'ailleurs que c'est à cause de cette impressionnante diversité culturelle que l'Asie du Sud n'avait pu développer d'organisation régionale: « la diversité des systèmes de valeurs nationaux (".J, a certainement constitué un obstacle majeur à la coopération et à l'intégration5 ». Cependant, ce qui apparaît parfois comme une désarmante confusion des genres et des espaces est dans le même temps l'essence même de l'unité sud-asiatique. C'est ce qu'on désigne couramment sous le concept « unity in diversity ». Selon l'analyste anglo-saxon East, « ...Ie
commun de faire partie de l'océan Indien, il est toutefois difficile de dégager un identité culturelle aux membres de l'IOR. De plus, cette organisation est marquée par une grande disparité des conditions socio-économiques des pays membres (en 1995, la part du Produit Intérieur Brut par Australien atteignait 15 000$, celle d'un Indien était de 320$). Cette absence d'identité commune et d'homogénéité socio-économique explique sans doute que l'objectif de cette organisation régionale se résume au groupement des trente États riverains de l'océan Indien pour créer une zone de libre échange. S Werner J.F., Gavin B., Comparative Regional Systems, West and East Europe, North America, The Middle East, and Developing Countries, Pergamon Press, New York, 1980, p.263. 18

climat, la végétation, les caractères démographiques, les modes de vie au moins montrent une certaine corrélation entre les pays de la région6 ». Cette unité tient dans le fait que, quel que soit le facteur considéré, celuici ne limite jamais son étendue aux frontières des États. Au contraire, qu'on s'intéresse aux traits géographiques, religieux ou ethniques, ou encore historiques, chacun d'eux s'applique toujours à au moins deux États de la région. Ainsi se tissent des liens qui créent des identités entre les pays de la région et les rendent plus ou moins indissociables les uns des autres. Ainsi se dessine clairement l'unité du sous-continent indien. Les trois premiers chapitres de cette étude ne proposent pas simplement une présentation générale de l'Asie du Sud, ils cherchent plus précisément à mettre en exergue l'identité régionale, celle qui justifie et sous-tend l'initiative de coopération. En m'appuyant sur différents caractères, géographiques, historiques, linguistiques, religieux et socioéconomiques, j'essaierai donc de montrer qu'ils sont à chaque fois partagés, sinon par tous, au moins par la majorité des sept partenaires de la SAARC. Bien que liées par leur culture et par leurs caractéristiques socioéconomiques, les sept nations d'Asie du Sud ont pourtant développé des identités nationales bien distinctes. Celles-ci s'affirment dans les modes de gouvernements et dans les relations entre les nations. Ainsi se dessine la carte politique du sous-continent marquée par une impression générale de désunion et de déchirement. L'analyse des rapports de force entre l'Inde et ses partenaires révèle pourtant de multiples interdépendances qui font de l'Asie du Sud une région politique à part entière.

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East G.W., The changing map of Asia: a political geography, Methuen, London, 1971, p.7. In Krishan G., Geopolitical Relations and Regional Cooperation, A Study of South Asia, Trans Asia Publications, New Delhi, 1996, pp.14-15. 19

1. CARACTERES

GEOGRAPHIQUES
GEOGRAPHIQUES

ET CULTURELS

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1.1 CARACTERES

A cheval sur le tropique du Cancer, l'Asie du Sud s'étend, du Cachemire aux îles Maldives, des latitudes méditerranéennes aux latitudes équatoriales. Séparé de la Chine par l'imposante chaîne himalayenne, le sous-continent indien est isolé, à l'ouest, de l'Asie centrale par les massifs de l'Hindou Kush et, à l'est, de Myanmar, première marche de l'Asie du Sud-Est, par une jungle dense dominée par les montagnes Naga. L'océan Indien, la mer d'Oman et le golfe du Bengale baignent les flancs Ouest et Est de la région et viennent en accentuer l'isolement relatif. Circonscrit par ces barrières naturelles, le sous-continent, fort de ses 4 490 000 km2, s'impose comme une partie distincte du reste de l'Asie2. Longtemps détachée du continent asiatique, l'Asie du Sud a gardé une unité propre sans toutefois être isolée des territoires contigus, comme le démontrent les vagues de migration successives qui ont touché la région. Si l'on excepte l'Afghanistan et ce, bien que ce dernier soit parfois considéré comme une partie intégrante de la région au sens géographique, les sept nations qui constituent l'Asie du Sud sont les deux royaumes himalayens du Népal et du Bhoutan, l'île de Sri Lanka et l'archipel des Maldives, le Pakistan, le Bangladesh et bien sûr l'Inde, pays corps du sous-continene. Les caractères géographiques de l'Asie du Sud offrent une illustration concrète du concept «unity in diversity» évoqué en introduction. Des cathédrales himalayennes du Népal aux plages sablonneuses de l'archipel des Maldives, l'Asie du Sud impressionne en effet par la pluralité de ses paysages. La géologie, la topographie, le climat, la végétation se conjuguent inlassablement, créant ainsi une multitude de décors et de sites naturels. Mais que l'on ne s'y trompe pas, si cette variété permet de défmir des espaces distincts, elle contribue aussi à unifier les sept nations de la région. Derrière une diversité bien réelle, on distingue en effet clairement des identités géographiques communes entre les espaces nationaux contigus. Il en est par exemple ainsi de la région himalayenne qui s'étend à la fois sur une partie du Pakistan, de l'Inde, du Népal et du Bhoutan. Il en est également ainsi du climat, qui
I Pour une présentation géographique de l'Asie du Sud, voir Norton J.H.K., South Asia, The Dushkin Publishing Group, Guilford, 1984. 2 Le sous-continent sud-asiatique représente 3,3% de la surface terrestre. Sinha H.K., India's Role in SAARC, Rahul Publishing House, New Delhi, 1994, p.4. 3 Voir la Carte politique de l'Asie du Sud, p.49. 20

malgré des variations conséquentes du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est, place la totalité de la région sous le régime caractéristique de la mousson. L'Asie du Sud représente donc une région géographique aisément identifiable. Une continuité claire qu'on peut subdiviser en sous-ensembles ne respectant jamais le tracé des ftontières, tissant ainsi des liens entre les différents États de la région. Or, ces conditions géographiques déterminent l'implantation et l'activité des hommes. EUe créent donc des modèles de civilisations qui sont ici partagés. Ceci s'avère d'une importance fondamentale dans la perspective de la coopération régionale, qui trouve ainsi ses fondements communs dans des caractères tangibles4. La barrière naturelle himalayenne La région himalayenne est constituée par la plus haute chaîne de montagnes du monde, culminant à 8882 mètres au niveau de l'Everest. Elle borde le nord du sous-continent indien sur une longueur d'environ de 2500 kilomètres et une largeur de 200 à 500 kilomètres. EUe comprend ainsi une partie du Pakistan, de l'Inde du nord (Himachal Pradesh, Uttar Pradesh, Arunachal Pradesh), le Népal et le Bhoutan, ces derniers États étant presque totalement enclavés dans les massifs montagneux. Accès difficile, climat rude, topographie escarpée et ftagmentée par de nombreuses vallées font de cette région un espace peu habité par rapport à l'ensemble du sous-continenë. Une population qui vit principalement de l'agriculture dans les vallées et de l'élevage à plus haute altitude. Cette région constitue un rempart contre l'Asie du nord et l'Asie centrale procurant au sous-continent une barrière de sécurité mais contribuant aussi à son relatif isolement. La plaine centrale La grande plaine centrale est située au sud de la barrière himalayenne. Elle est alimentée par trois grands fleuves, le Gange (et son influent le Yamuna), le Brahmapoutre, et l'Indus qui traversent les ftontières et constituent de précieuses ressources naturelles pour les États

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Notamment dans la perspective de programmes de développement

sous-régionaux, centrés par exemple sur la région himalayenne commune au Népal, au Bhoutan et à L'Inde du Nord ou sur l'espace maritime et côtier commun aux Maldives, l'Inde du Sud et Sri Lanka. 5 Voir Boquérat G., Mukherjee LN., SAARC, Economic and Political Atlas, Pondy Papers in Social Sciences, French Institute of Pondicherry, Pondicherry, 1996, p.2? 21

concemés6. Dans cette plaine sont concentrées les principales terres arables du sous-continent et logiquement, la densité de la population y est aussi la plus forte. Ceci est particulièrement vrai dans les deltas du Gange et du Brahmapoutre. Les grandes villes portuaires de Karachi (Pakistan), Calcutta (Inde), Dacca (Bangladesh) se sont constituées au niveau de ces deltas. Comme c'était le cas pour la région himalayenne, la plaine centrale s'étend donc sur plusieurs pays de la région ce qui leur confère, au moins localement, une identité de paysage et souvent d'activité ou de mode de vie. Ainsi le Pakistan, l'Inde, le Bangladesh mais aussi la partie Sud du Népal (le Terai, où se concentre 30% de la population du pays) présentent des traits communs marqués par cette vaste plaine. Comme on le verra plus loin, cette région fertile va donner naissance à une civilisation spécifique commune aux trois plus grands pays de la région. Le plateau du Deccan Située au sud de la plaine gangétique, principalement dans l'Inde péninsulaire, la région du Deccan est un vaste plateau flanqué de deux chaînes de montagnes appelées Ghâts, plus petites mais plus vieilles que la chaîne himalayenne, qui tombent à l'Ouest et à l'Est sur la plaine littorale. La région des Ghâts occidentaux est alimentée par la mousson du sud-ouest qui va gonfler les principaux fleuves du plateau du Deccan: Godavari, Krishna et Kavery vont se jeter ensuite dans le golfe du Bengale. Le plateau du Deccan est également le berceau de grandes villes indiennes telles Hyderadad, Bhopal et Bangalore. Il convient de remarquer à nouveau que l'île de Sri Lanka, pourtant séparée du souscontinent par le détroit de Palk, partage des traits topographiques avec l'Inde péninsulaire puisque l'île était initialement attachée à la masse continentale. Une fois encore, la géographie représente un lien entre deux pays de la région. La plaine côtière La plaine côtière constitue la quatrième zone géographique de l'Asie du Sud. Elle est caractérisée par ses côtes basses et lagunaires que l'on retrouve en Inde au niveau des côtes de Malabar et de Coromandel coincées entre les Ghâts et les eaux de l'océan Indien, au Sri Lanka et également aux Maldives. Les villes portuaires de Bombay et de Madras en Inde, de Colombo au Sri Lanka et de Malé aux Maldives sont parties intégrantes de cette région.

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Ainsi, le Brahmapoutre et le Gange traversent l'Inde et le Bangladesh et l'Indus

le Pakistan et l'Inde.

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Cette description est succincte et générale. On trouvera bien sûr de nombreux contrastes d'altitudes, de températures, de précipitations et de topographies. Cependant, une fois encore, ces caractères ne s'arrêtent jamais aux ITontières des États et sont partagés, sinon par tous les pays, du moins souvent par deux, trois, ou plus des différents partenaires. Ainsi, on peut voir dans cette mosaIque géographique le premier pilier de l'identité régionale: les facteurs géographiques défmissent bien un espace proprement sud-asiatique. A ce stade, un fait important mérite d'être souligné: l'Inde est le seul pays de la région à posséder des ITontières communes avec chacun de ses six autres partenaires, qui n'ont en revanche aucune délimitation commune entre eux. Logiquement c'est aussi le seul pays de la région à posséder des traits géographiques communs avec chacun de ses voisins. Une spécificité encore renforcée par de nombreux liens culturels.
1.2 CARACTERES CULTURELS

Lorsqu'on évoque les fondements de la construction européenne, on souligne généralement le patrimoine culturel commun partagé par la plupart des membres de l'Union européenne. On évoque ainsi l'héritage de la Grèce antique, de la Chrétienté médiévale ou l'influence de la pensée des Lumières à travers les siècles. Face à ce bilan élogieux,
7 certains universitaires opposentcelui de l'Asie du Sud et affirmentque la

diversité culturelle, que l'hétérogénéité linguistique ou religieuse sont des facteurs de dissensions insurmontables à la fois au sein des États pris individuellement et de la région dans son ensemble. Une position qui doit beaucoup aux affrontements ethniques ou religieux qui marquent régulièrement la région. Les exemples ne manquent pas il est vrai. La destruction de la mosquée Ayodhya par les fondamentalistes hindous en décembre 1992 a été suivie de représailles violentes sur les lieux de cultes hindous au Pakistan et au Bangladesh8. Mais n'est-ce pas oublier que l'Europe aussi a été le théâtre de nombreux affrontements. Sans remonter au Moyen âge, témoin des premières guerres entre États, il suffit
7 Voir Werner J.F., Gavin B., Comparative Regional Systems, West and East Europe, North America, the Middle East, and Developing Countries, Pergamon Press, New York, 1980. Dans cet ouvrage, les deux auteurs expriment qu'il n'y a rien en Asie du Sud qui ne ressemble à la tradition chrétienne en Europe ou à la tradition musulmane en Asie du Sud-Est et en Afrique du Nord. Cette analyse révèle sans doute avant tout une méconnaissance de la réalité sud-asiatique. 8 The Hindu (Madras), 12 décembre 1992. 23

d'évoquer les trois guerres franco-allemandes qui ont vu s'affronter deux nations pourtant héritières d'une civilisation commune. L'Asie du Sud possède-t-elle une culture commune? Cette question apparaît insoluble au premier abord tant la diversité apparaît être la règle dans cette région du globe. Cependant, l'analyse qui ferait de l'Asie du Sud un agencement tumultueux d'incompatibilités culturelles apparaît caricaturale. En réalité, comme c'est le cas pour les principaux caractères géographiques, la répartition religieuse, ethnique ou linguistique se révèle aussi un facteur d'unité. Unité encore renforcée par un héritage historique commun. Une histoire commun? Parmi les caractères utilisés pour défmir la notion de région, l'héritage historique est souvent mis en valeur. De nombreux ouvrages sur la SAARC débutent par un paragraphe succinct qui souligne, peut-être trop brièvement, que les nations d'Asie du Sud partagent une histoire, une culture et donc des valeurs communes. Il convient à mon sens de pousser un peu plus loin l'analyse et de montrer combien l'histoire, porteuse de nombreux échanges entre les communautés, les croyants et les penseurs, participe entièrement à l'identité de la région. Il apparaît aussi important d'insister sur le rôle de l'histoire dans cette région où l'évocation du passé est une réalité quotidienne et où le souvenir de conflits centenaires est régulièrement rappelé à des fms politiques. On met par exemple souvent en exergue l'opposition entre musulmans et hindous qu'on s'efforce de caractériser par des batailles maintes fois séculaires. Mais c'est là faire fi des échanges intercommunautaires qui ont progressivement fait des musulmans, des hindous ou encore des bouddhistes les membres d'une même civilisation sud-asiatique. Cette civilisation est généralement désignée sous l'expression « civilisation indienne». Avant d'employer indistinctement les deux termes, il convient de préciser qu'il serait injuste et erroné de faire de l'Inde l'unique héritière d'une civilisation partagée aussi bien par le Bangladesh, le Bhoutan, les Maldives, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka. Ainsi, la notion de « civilisation indienne» ne porte ici aucun caractère d'exclusivité.
9 Sur l'héritage historique commun entre différents pays de la SAARC, voir l'excellent article The Cultural Heritage of South Asia, de Ravinder Kumar in Sankar G., Mukerjee S., Emerging South Asian Order, Hopes and Concerns, Media South Asia, Calcutta, 1995, pp.247-256. Voir également le second chapitre de Krishan G., Geopolitical Relations and Regional Cooperation, A Study of South Asia, Trans Asia Publications, New Delhi, 1996, pp.44-52. 24

Il est bien sûr impossible d'évoquer en quelques pages les détails d'une histoire millénaire et la richesse d'une civilisation dont l'originalité et le rayonnement ont considérablement influencé le progrès de l'humanité. J'évoquerai ainsi modestement quelques périodes clefs en cherchant avant tout à souligner qu'elles représentent un héritage partagé par l'ensemble des nations d'Asie du Sud. La civilisation de l'Indus (-3000, -2500) Grâce aux découvertes substantielles réalisées au début du siècle, on peut dire que la plus ancienne civilisation sud-asiatique, la civilisation harapéenne ou civilisation de l'Indus, date du troisième millénaire avant J.C.. Les sites de Harappa et de Mohenjo Daro constituent les vestiges principaux de cette civilisation. Ils sont situés sur l'Indus dans une région qui se trouve aujourd'hui au Pakistan. D'autres sites sont situés en Inde comme ceux de Manda, d'Alamgirpur ou de Daimabad, respectivement en Jammu et Cachemire, en Uttar Pradesh et au Maharastra. Une révolution agricole s'est effectuée autour des ressources de la plaine indo-gangétique et très vite, cette région d'Asie du Sud va devenir l'un des espaces les plus peuplés au monde. Il faut également noter qu'à la même époque, le SriLanka développait aussi une technologie d'irrigation très poussée, basée, comme dans la plaine indo-gangétique, sur l'exploitation des ressources hydrauliques. L'âge védique (-1600 -500), L'influence bouddhique (-500, +300) et la période classique (+500, + 750) A partir de 1600 avant notre ère, l'Asie du Sud subit les invasions des tribus indo-européennes aryennes, venues des steppes de la Russie méridionale. Commence alors l'âge védiquelO. A travers la littérature védique en Sanskrit, principal héritage de la migration aryenne, on trouve des informations sur les tensions et les échanges qui se sont établis entre les nouveaux arrivants et les indigènes de culture dravidienne: « ...quelques particularités du langage sanskrit (...) qui n'existaient pas dans l'indo-européen, résultent certainement d'une influence des langues aborigènes et dravidiennes!! )}.De façon plus surprenante, on y perçoit aussi des influences des aires tibeto-mongoloYdes, négritos et mundaris qui incluent aujourd'hui le Népal, le Bhoutan, le Sri Lanka et les Maldives.
10On parle Age védique en raison des textes sacrés les plus anciens, les Veda ou d' « Savoir », rédigés à cette époque. C'est également durant cette époque que furent rédigés les grands poèmes épiques indiens que sont les Ramayana et le Mahabharata. I! Frédéric. L., Histoire de l'Inde et des Indiens, Criterion, Paris, 1996, pA 7. 25

Malgré leur dispersion géographique, les différentes populations du souscontinent étaient donc déjà en interaction. De l'arrivée des Arabes à l'empire Moghol: l'influence musulmane (708-1707) Suivant les Aryas, de nombreux autres peuples vont gagner la région, empruntant également les couloirs du Nord-Ouest. Il en fut ainsi des Perses, des Macédoniens, des Grecs, des Huns et bien sûr des Arabes au début du VlIIe siècle. En quelques siècles, les aventuriers arabes d'Asie centrale allaient établir une suprématie politique sur le nord de l'Inde12 et l'étendre sur la quasi totalité du sous-continent durant la domination moghole érigée par Babur en 1526. La conséquence en fut une nouvelle configuration de la société sud-asiatique durant la période médiévale. L'influence significative des musulmans allait se concrétiser dans les domaines sociaux et religieux. Outre ces influences, l'apport des musulmans dans le domaine des techniques, de l'art, du commerce et de l'économie permettait une hausse qualitative du niveau de vie des populations. Dans tous les domaines, que ce soit au plan religieux, social, artistique, architectural, littéraire et musical, un héritage indo-musulman était en cours de formation. On ne peut cependant faire fi des confrontations qui ont entaché les relations entre les communautés religieuses. Ce n'est cependant que tardivement que celles-ci vont réellement se détériorer. Aurangzeb (16581707), dernier grand empereur Moghol et fidèle sunni, se comporte en effet en musulman intransigeant et intolérant, compromettant ainsi l'œuvre de conciliation de ses prédécesseurs. L'hostilité qu'il fait naître entre ses sujets sape l'unité du royaume et favorise l'entrée des Européens. « Le plus beau joyau de la couronne» Si les Britanniques ne sont pas les premiers Européens à gagner le sous-continent, ils vont progressivement dominer leurs concurrents et imposer leur influence sur l'ensemble de la région. De conquêtes en traités, ils vont mettre sous tutelle directe ou indirecte l'ensemble de la région que couvre aujourd'hui la SAARC. L'Inde (qui comprend alors le Pakistan et le Bangladesh) est gagnée dès le XVIIe par l'East India Compagny qui y ouvre des comptoirs à Madras, Bombay et Calcutta. Puis, au cours du XVIIIe, ils s'immiscèrent dans les rivalités entre les États indiens afm d'en tirer le meilleur parti économique puis politique. En s'alliant aux princes locaux alors engagés dans des luttes intestines, la Compagny accapare peu à peu le pouvoir
12 Le sultanat de Delhi est crée en 1206.

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