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Les Activités Informelles en République Centrafricaine

De
168 pages
Enclavée au cœur du continent noir, très peu peuplée, mal organisée, la République centrafricaine semble condamnée à végéter en dépit de ses richesses naturelles. Pourtant aux confins des quartiers populaires urbains s'inventent de nouvelles formes de production. Ces activités dites informelles ne peuvent-elles pas peu à peu être prometteuses d'intégration ?
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Les activités informelles en République centrafricaine

Collection Études Africaines

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Borgou

- regards

sur une région ouest-africaine.

@ L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-7032-7

Pierre Pigeon

Les activités informelles en République centrafricaine

Préface de Marc Penouil

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Articles du même auteur
Micro-entreprises du circuit informel à Bangui (R.CA.). Obstacles de caractère légal et institutionnel. Document de travail. Bureau international du travail. Genève. 1993. Micro-entreprises des pays en développement: l'illusion institutionnelle. Notes de recherche n° 94-45. Université des réseaux d'expression française. Paris. 1994. Bangui: l'inconséquence des bailleurs de fonds. Confluences n° 15. Nouvelle série. Paris. Juillet-août 1996. Contribution à la modélisation macro-économique de l'économie centrafricaine. Notes de recherche n° 96-56. Université des réseaux d'expression française. Paris. 1996. Enigme historique à Saint-Jean-d'Angély: la mort d'Henri I de Condé. Le Pieton n° 122. Poitiers. Mars-avril 1997. François Quesnay, le premier économiste. Info Eco n° 13-97. Poitiers. 18 mars 1997. Adam Smith, le père de l'économie politique. Info Eco n° 15-97. Poitiers. Il avril 1997. Jean-Baptiste Say, précurseur de l'école néoclassique. Info Eco n° 17-97. Poitiers. 25 avril 1997. Dette publique. Info Eco n° 18-97. Poitiers. 2 mai 1997. Karl Marx, le dernier des classiques. Info Eco n° 19-97. Poitiers. 9 mai 1997. Saint-Martin-de-la-Coudre: sur les traces oubliées du Maréchal d'Aubeterre. Le Pieton n° 126. Poitiers. Novembredécembre 1997. Le renouveau du caviar de Gironde ou la renaissance d'une économie ancienne et patrimoniale in Les jardiniers de la mer. Editions de l'aube / Institut Atlantique d'Aménagement des Territoires. La Tour d'Aigues. 1998. République centrafricaine in Contraintes institutionnelles et légales au développement du secteur informel en Afrique. Carlos Maldonado. Bureau international du travail. Genève. A paraître.

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A mon Père

Préface

Sous l'influence des multiples difficultés rencontrées par les économies en développement au cours des dernières décennies, les économies informelles ont connu une certaine « mode» dans les études économiques sur le développement. Un lien a été souvent établi entre la multiplication de ces activités et les conséquences sociales et économiques des politiques d'ajustement structurel mises en place à l'instigation du Fonds monétaire international. Le lien ainsi établi est partiellement exact à cela près qu'il peut reposer sur un contresens majeur si l'on fait de l'informel une conséquence de la mondialisation et de la pensée unique des instances monétaires internationales. L'informel est apparu dès qu'une relation étroite a existé entre les économies « traditionnelles» africaines et l'économie « moderne» du colonisateur. Par exemple, sur la côte occidentale d'Afrique, le développement de la cueillette du caoutchouc de liane au début du siècle s'est accompagné de l'apparition fréquente de commerçants, intermédiaires entre les récoltants et les firmes coloniales, dont les comportements économiques paraissent voisins de ce qui peut encore être observé dans l'informel contemporain. Il est donc essentiel de mieux connaître l'informel et ses évolutions pour comprendre le développement. Mais une telle étude est toujours délicate et difficile. Le livre de M. Pierre Pigeon est donc un apport intéressant à la connaissance de cet ensemble complexe,

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hétérogène et évolutif que l'on appelle, faute de mieux, secteur informel. La recherche économique sur l'informel est difficile par manque de données sûres, précises et renouvelées permettant de suivre l'évolution de cette structure. Trop de travaux, en ce domaine, reposent sur une vision intellectuelle, sinon idéologique, mais avec une connaissance réduite du terrain. M. Pigeon a eu le grand mérite de se plonger dans un milieu bien difficile, celui de la République centrafricaine, dans une période troublée de son histoire (ce qui n'est pas exceptionnel...). Bien que reposant sur un recensement général des activités économiques, l'enquête effectuée n'a pas la prétention d'assurer une couverture parfaite du milieu étudié, mais elle fournit cependant des renseignements intéressants et riches. Alliant les informations sociologiques et économiques, elle nous permet de saisir cette diversité des activités informelles, limitée ici par la pauvreté générale et la désorganisation économique qui rendent encore plus précaires les possibilités de croissance du secteur moderne. L'informel centrafricain est quasiment le seul moyen de subsistance dans le milieu urbain, en raison de la quasi-disparition des activités modernes et des structures administratives. Seules des enquêtes comme celle-ci peuvent nous permettre aujourd'hui d'entrevoir comment fonctionne l'économie centrafricaine, au moins dans la zone urbaine. Ce travail nous fait réfléchir aussi sur le développement en Afrique. L'afro-pessimisme a conduit certains à mettre en doute le développement de l'Afrique sub-saharienne. Dans cette zone, la République centrafricaine est certainement l'un des pays où les blocages au développement ont été les plus forts: blocages naturels du fait de l'enclavement, blocages humains du fait de la sous-population et de la sous-scolarisation, blocages politiques du fait de l'instabilité et de la non gestion

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politique$ du pays, blocages économiques, du fait de l'absence de moyens financiers et des difficultés d'exploiter les ressources naturelles en raison de l'absence de transports valables et de structures aptes à utiliser ces ressources. Les productions « modernes» sont donc restées marginales et leur importance a même décliné au fil des dernières années. Pourtant, il me semble qu'il est discutable de parler de non-développement. Certes, en terme d'augmentation du produit national le bilan est peu glorieux, certes le revenu n'augmente pas et la pauvreté règne, certes les indicateurs sociaux du développement sont plutôt au rouge, mais pourtant la société change sur le long terme (seul référentiel temporel valable pour parler de développement). La société centrafricaine change (pas toujours en bien) en intégrant des éléments de la société technicienne mondiale. Cette intégration se fait, presque uniquement et mal, par l'intermédiaire du secteur informel.
Certes. il n

y

aura de véritable

développement

global que

lorsque les activités modernes se diversifieront à nouveau. Mais l'informel contemporain entretient à sa manière les mutations démographiques (urbanisation), économique (consommations nouvelles), sociales qui avaient été amorcées. Il était intéressant de montrer que les sociétés africaines, malgré des handicaps énormes et des crises tragiques, étaient capables de conserver un dynamisme d'adaptation et de survie sur lequel pourrait se greffer demain (ou après-demain) un dynamisme de développement. C'est bien à une réflexion sur le développement que
nous conduit cet ouvrage.

Trop d'auteurs

et trop d'Africains

se sont enfermés longtemps dans une vision idyllique du développement. Ils y ont vu une mécanique économique dans laquelle la fonction de production régnait en maîtresse. Certes, ilfaut respecter la fonction de production et reconnaître ses mérites incontournables pour expliquer la croissance économique, mais le développement est aussi

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partout ailleurs... Il n'a certainement rien d'automatique et de mécanique, il ne résulte pas de la seule combinaison de facteurs de production, parce qu'il est changement de société global. Or un tel changement ne se décrète pas, la continuité de la mutation sociale n'est jamais garantie, les blocages peuvent se multiplier, le développement peut s'arrêter et même régresser. La question est alors de savoir comment la société réagit, s'adapte pour franchir ces périodes de crise et de blocages, quels moyens elle utilise pour survivre. L'informel est certainement aussi l'une de ces réponses. On pourra certes faire valoir que l'informel n'existe pas ou qu'il ne saurait à lui seul fonder le développement. Cela est peut-être vrai. S'il s'agit de montrer la diversité de l'informel, l'existence de modalités de fonctionnement et d'évolution très différentes, nous ne pouvons qu'approuver. S'il s'agit de montrer l'existence d'une continuité entre informel et moderne avec absence de toute barrière, nous sommes encore plus d'accord. S'il s'agit d'évoquer la dépendance des activités informelles par rapport aux activités modernes, cela est largement exact. S'il s'agit enfin de penser que le développement dépend plus de la croissance des activités modernes que de la présence des activités informelles, il faut aussi le concéder. Mais tout cela n'enlève rien au fait que dans la réalité quotidienne pour des dizaines de millions d'Africains, la vie passe par l'informel; la vie avec son double sens de « survie» et de « dynamique ». C'est pour cela que l'informel est une partie intégrante du développement. L'avoir montré, avec toutes les limites de cette relation, dans l'un des pays les plus défavorisés du continent, est l'un des mérites du livre de M. Pigeon. Je voudrais, en terminant, dire également le plaisir que l'on peut prendre à la lecture de cet ouvrage. On y sent un dosage de sérieux académique et de passion pour le sujet et

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le pays étudié. Quoi de plus sympathique et de plus réellement scientifique que le mélange, ô combien humain, du savoir et de la passion?

Marc Penouil Professeur émérite à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV Ancien Président de l'Université Bordeaux I

Introduction

Depuis le milieu des années 1980, en République centrafricaine, l'effondrement des cours du coton et du café, ainsi que la compression partiellement volontaire du volume de la solde des fonctionnaires', ont provoqué une importante récession de tous les secteurs de l'économie. Dans ce climat fortement dépressif, seules les activités informelles ont continué de se multiplier, préservant sans doute l'équilibre du système social tout entier. Partant de I'hypothèse de l'existence d'une dynamique propre à une partie au moins de ces activités, ce livre en présente les facteurs d'émergence et d'intégration à partir d'un échantillon d'établissements susceptibles d'opérer une transition. Pour l'Organisation internationale du travail, inventrice du concept de «secteur informel », celui-ci révèle la segmentation du système d'emploi des pays en développement, provoquée par un excédent structurel de la main d'oeuvre et par l'échec du «secteur moderne» à l'absorber (Maldonado; 1987). Cependant, partie du constat que la division du travail dans les pays en développement, induite par la confrontation avec la société moderne, a eu une dimension régressive contrairement aux sociétés où le développement industriel a commandé cette division, l'Organisation internationale du travail s'est progressivement rapprochée de la théorie du développement spontané, selon laquelle certaines activités informelles seraient des activités de transition (Penouil, 1978 ; Lachaud,

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Penouil, 1985). Au milieu des années 1980, un second courant de pensée, d'obédience libérale, a proposé une nouvelle définition du « secteur informel », sur des bases juridiques et non plus socio-économiques, qui recouvre toutes les activités illégales, qu'elles soient criminelles ou qu'elles ne respectent pas le droit fiscal, du travail ou commercial (De Soto; 1994). Selon cette approche, c'est en réglementant à outrance que l'Etat entraînerait une flambée du coût de la légalisation condamnant les microentrepreneurs à l'irrespect de la légalité par simple instinct de survie. Cependant, même si cette thèse présente le mérite de révéler les freins institutionnels au développement des activités informelles, initiant par là les travaux contemporains autour du concept de « gouvernance » (Banque mondiale, 1992; Leftwich, 1994; Van Arkadie, 1994; Moore, 1995; Demers, 1996; Programme des Nations-Unies pour le développement, 1997), nous ne l'avons pas retenue pour notre recherche. En effet, la définition juridique de l'informel nous semble beaucoup trop réductrice (il n'existe pas de barrière juridique très précise entre le moderne et l'informel mais toute une palette de situations intermédiaires entre légalité et illégalité totales) et porteuse d'illusions (Pigeon; 1994). Nous lui avons donc préféré une approche empirique multi-critères (nature et valeur du capital, type de comptabilité, degré de respect de la légalité, fonctionnement patrimonial ou non de l'activité, faiblesse ou non de l'investissement en capital humain) pour notre étude de terrain. A partir d'un répertoire automatisé des établissements, issu du Recensement des unités économiques de Bangui de 1989 (Division des statistiques et des études économiques; 1990), nous avons réalisé, en 1992, une enquête pour le Bureau international du travail, qui inaugurait une nouvelle série d'études du Programme mondial de l'emploi et visait à évaluer les potentialités de développement de la micro-

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