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Les Casques Bleus au Rwanda

De
288 pages
La mort de 800 000 personnes et de 10 casques bleus durant le génocide rwandais a retenu beaucoup l'attention des auteurs. Cet ouvrage porte surtout sur le rôle joué par les missions des Nations Unies, avant, pendant et après ces événements. Il apporte ainsi de nombreuses précisions sur les renseignements que possédait la mission de maintien de la paix de l'ONU sur divers faits et opérations. Basé non seulement sur des témoignages recueillis sur le terrain, mais aussi sur une documentation largement inconnue, ce livre porte également sur la contribution du Canada dans cet important dossier.
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Les Casques

bleus au Rwanda

Du même

auteur

Psychologiede la mémoire, 2e édition, Montréal, Éditions du Lévrier, 1964, 264 pages. Le Fort Saint-Jean, Montréal, Éditions du Lévrier, 1965, 96 pages. The Unknow Fort, Montréal, Éditions du Lévrier, 1966, 104 pages. Unsung Mission, Montréal, Institut de Pastorale, 1968, 176 pages. Dictionnaire de la Psychologie et des sciences connexes (français-anglais et anglais-français), Paris, Maloine S.A., 1972, 316 pages. Collège militaire royal de Saint-Jean. Les premiers vingt ans, Saint-Jean, 1972, 44 pages. Les bataillons et le dépôt du Royal 22' Régiment, 1945-1965, Québec, Régie du R. 22e R., 1975,288 pages. Les défis du Fort Saint-Jean, Saint-Jean, Éditions 188 pages. du Richelieu, 1975,

La Seigneurie de Philippe Aubert de Gaspé, Saint-Jean-Port-Joli, Montréal, Fides, 1977, 166 pages. La psychologie au secours du consommateur, Montréal, 158 pages. Fides, 1978, CFB

Histoire de la base des forces canadiennes Montréal, Saint-Hubert, Montréal, 1981, 335 pages.

Le régiment de la Chaudière, Lévis, Q.G. du régiment de la Chaudière, 1983, 656 pages. Lady Stuart, Montréal, éditions du Méridien, 1986, 128 pages. Les Voltigeurs de Québec, Premier régiment canadien-français, Québec, Q.G. des Voltigeurs de Québec, 1987, 528 pages. Le Collège militaire royal de Saint-Jean, Montréal, éditions du Méridien, 1989, 290 pages. Philippe Aubert de Gaspé, seigneur et homme de lettres, Sillery, Septentrion, 1991, 204 pages. Le collège militaire royal de Saint-Jean. Une université à caractère différent, Sillery, Septentrion, 1992, 274 pages. Le 'f' Régiment d'artillerie légère du Canada, Courcelette Valcartier, 1993, 238 pages. (Québec), BFC

La 16' escadre Saint-Jean. Ses antécédents - ses unités, Saint-Roch-desAulnaies, La Beaucassière, 1994, 208 pages.

@ L'Harmattan,

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1998
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ISBN:
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2-7384-6472-6

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Jacques

Castonguay

Les Casques

bleus au Rwanda

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Mise en pages Zéro Faute, Outremont (Canada)

Table des matières

Remerciements
Abréviations

11 13 15 des Nations Unies 17 17 18 19 20 26 29 29 31 33 35 35 39 39 41 43 45 46 49 49 50

Introduction
Chapitre 1: La Mission d'observation Ouganda-Rwanda (MONUOR)

Deux demandes d'aide des Nations Unies L'envoi d'une mission technique sur les lieux Le Conseil de sécurité crée la MONUOR Les ressources, la planification et le déploiement de la Mission Une mission utile, mais non sans entrave Chapitre 2 : Les accords d'Arusha et l'envoi d'une mission de reconnaissance Les accords d'Arusha L'envoi d'une mission de reconnaissance Le mandat et les tâches de la force internationale L'organisation et les composantes de la force Les principales recommandations Chapitre 3 : La création d'une mission de maintien de la paix (MINUAR) Retard dans les institutions de transition La réaction du Secrétaire général La création de la MlNUAR et son mandat La structure de la force et l'effectif proposé La formation de la force recommandée Chapitre 4: Déploiement déchiré par les rivalités dans un pays

neutre

Le plan d'opérations Une phase satisfaisante selon Boutros-Ghali

8

Les Casques

bleus

au Rwanda

Massacres et assassinats au Burundi et au Rwanda Tensions ethniques et blocage des accords Chapitre 5 : La MINUAR en présence d'une troisième foree La phase 2 selon le plan d'opérations Réalisations notables dans un plan perturbé Le marché et la distribution des armes Les milices et la troisième force Le général Dallaire rencontre les parties Chapitre Du La La La 6: Les médias, la haine et la MINUAR

54 58 61 61 62 67 69 74 81 81 83 85 90 95 95 96 98 100 101 105 105 109 11l 113 119 120 127 127 130 133 135 138 139

Kinyamateka au Kangura Radio-télévision libre des Mille..collines MlNUAR également malmenée MlNUAR perd la guerre des médias 7: L'avion présidentiel abattu par un missile

Chapitre

Crash à l'aéroport de Kigali Les premiers accusés: des Casques bleus belges Les extrémistes de la CDR mis en cause Le FPR au nombre des suspects D'autres thèses non dépourvues d'intérêt Chapitre 8 : Le Premier ministre et dix Casques bleus massacrés Les membres de l'opposition démocratique les premiers visés Aider à prévenir les débordements de violence populaire À la résidence du Premier ministre et au compound des volontaires de l'ONU Au tour des Belges d'être massacrés Les conclusions des commissions d'enquête « Un procès qui a quelque chose de choquant» Chapitre 9 : Massacres généralisés et réactions de la MINUAR Des massacres de grande ampleur Le mandat et les capacités de la MlNUAR Une contribution précieuse malgré les contraintes Des massacres prévisibles ou imprévisibles? Le commandant réagit aux événements Des rapports instructifs, mais peu rassurants

Table des matières Chapitre 10: Les opérations terrestres et aérielUles

9 145 145 148 150 154 155 158 161 161 162 168 169 171 175 175 177 180 183 185 193 193 198 200 206 209 209 212 215 216 219 219 220 223

L'offensive du FPR et la résistance des forces gouvernementales L'évacuation du personnel civil de l'ONU L'évacuation des ressortissants ou expatriés Massacre à l'École Technique Officielle de Kicukiro Autre intervention de la Force aérienne du Canada Chronologie sommaire des évacuations Chapitre Il : Nouvelles priorités et nouvelles responsabilités La formation d'un gouvernement intérimaire La recherche d'un cessez-le-feu Démonstration de bonne foi et retraite stratégique Le mandat de la MlNUAR modifié (21 avril 1994) L'utilisation de la force pour faire cesser les massacres Chapitre 12 : L'humanitaire, et l'opération Turquoise la MINUAR n

Le Conseil de sécurité approuve la MlNUAR II Reprise et réorganisation de l'aide humanitaire De nombreux civils sous la protection de la MINUAR L'aéroport point d'entrée des secours humanitaires L'opération Turquoise et la fin de la guerre Chapitre La La Le au La 13 : Les premières semaines de l'après-guerre

fin des hostilités et l'exode massif des populations MlNUAR II et la fin de l'opération Turquoise Canada envoie un premier contingent Rwanda (Opération Lance) MlNUAR change de commandement et sécurité

Chapitre 14: Stabilisation dans toutes les régions

Les principales tâches et les secteurs de la MINUAR Situation instable au sud-ouest La sécurité dans les camps de réfugiés hors du Rwanda Préparatifs en vue du retour des personnes déplacées Chapitre 15: Les opérations Homeward et Retour et la tragédie de Kibeho Les personnes déplacées et l'opération Homeward L'opération Retour prend la relève L'armée prend l'initiative des opérations

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Les Casques

bleus

au Rwanda

Kibeho, 22 avril: le pire massacre de l'après-guerre Impossible estimation du nombre des victimes Enquête par une commission internationale indépendante Bilan sommaire de la contribution de la MINUAR à Kibeho Chapitre 16: Le Canada envoie un second contingent (janvier 1995) Le retour au Canada du Régiment des transmissions Le 95" GSLF prend la relève Le complexe Trafipro accueille les Canadiens Des initiatives humanitaires valables Chapitre 17: Consolidation et réduction de la force du pouvoir

225 228 230 231 233 233 234 236 238 241 241 243 244 246 249 250

La MINUAR porte ombrage à l'Armée patriotique rwandaise Le Conseil de sécurité renouvelle le mandat de la mission (9 juin 1995) Le Secrétaire général secoue les autorités rwandaises Le 95" GSMM arrive à Kigali Le gouvernement affirme son autorité Le Canada décide de retirer son contingent APPENDICE Repères chronologiques

253

Notes:

Un certain nombre de textes cités dans cet ouvrage sont des traductions libres de l'auteur. C'est le cas pour les citations apparaissant aux pages 39, 65, 72, 73, 91, 110, 121, 125, 132, 133, 140, 145, 147, 174,205,215,232,235,243 et 251.

Remerciements

L'auteur remercie pour leur collaboration les personnes dont les noms suivent par ordre alphabétique: brigadier-général Moeen U. AHMED; brigadier-général Henry ANYIDOHO; colonel Jan ARP; chef d'escadrons François AUFFRAY; lieutenantgénéral Maurice BARIL; major Brent BEARDSLEY; Marthe BEAUCHESNE-CASTONGUAY; lieutenant-colonel BEM Baudoin BRIOT ; docteur Serge BERNIER; Colette BRAECKMAN ; Alphonse BREAU; Susanne J. BREZINA; major-général Roméo A. DALLAIRE; capitaine André DEMERS; sergent Jacques DEMERS; Marius DION; Lise GAGNÉ; Uzziel GAPIRA; colonel Ousmane GOUDIABY; colonel Tadele GEBRESELASSIE; capitaine Gordon HAGAR; Henryk HOSER; major Serge JEAN ; Leonard KAPUNGU ; Shaharyar KHAN ; adjudantmaître Robert LANTEIGNE; M. Claude LATULIPPE; Georges-Henri LEVESQUE; colonel Luc MARCHAL; Patrick MAZIMPAKA; major Jean-H. MORIN; sergent Francis MUGIRAZINA; Augustin B. MUKAMA; Bernardin MUZUNGU ; Raoul OLIVIER; lieutenant (M) Kent PAGE; major Jean-Guy PLANTE; Graham POOLE; capitaine Bruce POULIN; colonel R.J. POWELL; Gérard PRUNIER; Filip REYNTJENS ; Denise RODRIGUE; lieutenant-colonel Andrew RWIGAMBA; capitaine Pierre SIMARD; brigadier-général KS. SNAKUMAR; Astri SURKE; najor-général Guy TOUSIGNANT; capitaine Nelson TURGEON; Faustin TWAGIRAMUNGU; FrançoisXavier VERSCHAVE et capitaine N.K WALDEN. L'auteur remercie également le ministère de la Défense du Canada, en particulier le Commandement de la Force terrestre, le secteur du Québec et, pour l'appui qu'il lui a donné, le Service historique des Forces canadiennes. Il remercie aussi le Secrétariat général des Nations Unies, en particulier l'unité «Lessons learned» des Opérations de maintien de la paix.

Abréviations

APC APR BYUBAT CAO CDR CND CTM DAMI DMZ DPKO ESM FAR FPR GOM GOMN 3e GSC
95e GSLF

Armoured
Armée Byumba

Personal Carrier

patriotique rwandaise Battalion (Bn ghanéen)

Chief administrative officer Coalition pour la défense de la République
Conseil national de développement (parlement)

Coopération Détachement
Demilitarized

technique militaire d'assistancemilitaireà l'instruction
zone

Department École Forces Front Groupe Groupe 3e Groupe 95e Groupe 95e Groupe
Gouvernement

of Peacekeeping militaire

Operations

supérieure armées

rwandaises rwandais militaires militaires neutres du Canada (95e FLSG) (95e CMSG)

patriotique

d'observateurs d'observateurs de soutien de soutien de soutien
de

logistique de la Force mixte de la Mission
à base élargie

95eGSMM

GTBE H.C.R. HQ/QG KIBAT KWSA MDR MINUAR MINURSO MONUOR MRND NGO

transition

Haut-Commissariat Headquarters/ Kigali

des Nations général

Unies

pour

les réfugiés

quartier (Bn

Battalion

belge) Area républicain pour pour l'assistance au Rwanda le référendum au Sahara

Kigali Weapon Mouvement Mission Mission

Secure

démocratique des Nations des Nations Unies Unies

occidental Mission d'observation des Nations Unies Ouganda-

Rwanda
Mouvement républicain national pour le développement

Non-Governmental

Organization

14

Les Casques

bleus

au Rwanda
non gouvernementale Unies africaine

ONG ONU OUA PDC PL PNUD PSD Q.G. RAND RDR RPA RPF RSSG RTLM RUTBAT UNAMIR
UNCIVPOL

Organisation Organisation Organisation

des Nations de l'Unité

Parti démocrate-chrétien
Parti libéral

Programme

des Nations Unies pour le développement

Parti social-démocrate Quartier général Rwandese
Rassemblement Rwandese Rwandese Représentant

National Union
pour Patriotic Patriotic spécial le retour Army Front du Secrétaire général (SRSG) de la démocratie

Radio-télévision libre des Mille-Collines
Rutongo United Police Battalion Nations (Bn du Bangladesh) Mission to Rwanda

Assistance

Civile de l'ONU

UNREO

United Nations Rwanda Emergency

Office

Introduction

IJ extermination rapide d'environ 800 000 Rwandais en 1994 a fait couler beaucoup d'encre. Les rayons des librairies qui contenaient peu d'études sur le Rwanda avant cette année-là exposent depuis déjà quelque temps plusieurs ouvrages importants sur ce sujet. IJattention de la plupart des auteurs est dirigée, il va sans dire, sur les questions relatives aux massacres qui prirent en quelques semaines la forme d'un véritable génocide et transformèrent ce petit paradis de l'Afrique centrale en un enfer. Il est aussi question dans le présent travail de ce génocide, mais aussi et avant tout du rôle joué par les Casques bleus dans ce pays de 1993 à 1996. IJauteur traite d'abord de la Mission d'Observation des Nations Unies envoyée à la frontière de l'Ouganda le 22 juin 1993, puis des diverses péripéties de l'histoire de la Mission de maintien de la paix (MINUAR) qui séjourna au Rwanda du 5 octobre 1993 au 8 mars 1996. Le présent ouvrage, qui ne prétend pas apporter des réponses à toutes les questions soulevées par la présence des Casques bleus, espère apporter toutefois des précisions relativement à plusieurs questions qui ont retenu l'attention des spécialistes et du public en général durant toute cette période. Est-il vrai qu'on pouvait prévoir les massacres qui dégénérèrent en un authentique génocide? Que pouvait faire la MINUAR pour y mettre un frein? IJassassinat du président Habyarimana avait-il pour objectif de liquider la force de l'ONU? Pourquoi le général Dallaire et ses troupes n'ont-ils pas secouru les dix Casques bleus belges massacrés honteusement? Pourquoi la MINUAR ne s'estelle pas interposée entre les belligérants? IJopération Turquoise a-t-elle mis en péril la mission de l'ONU? Comment l'armée rwandaise vaincue a-t-elle pu trouver refuge au Zaïre? Qu'ont fait les Casques bleus à Kibeho dans le sud-ouest du Rwanda? À la recherche de réponses à ces questions et à beaucoup d'autres, l'auteur a dépouillé une somme importante de documents manuscrits et imprimés, sillonné le Rwanda du nord au sud

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Les Casques

bleus

au Rwanda

et de l'est à l'ouest, rencontré des témoins et des spécialistes à Washington, à New York, à Ottawa et à Kigali. Quatre officiers généraux, dont deux canadiens, ayant assumé d'importantes responsabilités au sein de la MlNUAR, ont ainsi accepté de rencontrer l'auteur et de répondre avec bienveillance à ses nombreuses questions, soit le Major-général Roméo A. Dallaire, qui a mis sur pied la MONUOR et commandé la MINUAR au moment de sa formation et durant toute la guerre et le génocide, le majorgénéral Guy Tousignant qui a succédé à ce dernier et présidé durant seize mois au retour dans leurs communes de milliers de personnes déplacées et de réfugiés, le brigadier-général Henry Kwami Anyidoho, commandant adjoint de la MlNUAR et finalement le brigadier-général K. S. Sivakumar qui a assumé la tâche ingrate de présider au redéploiement des troupes dans leurs pays respectifs à l'expiration du mandat de la mission. À cette liste il faut ajouter le nom du général Maurice Baril, également de nationalité canadienne, qui en qualité de conseiller militaire du Secrétaire général a vécu à sa manière les différentes péripéties de cette histoire dramatique. Les circonstances ayant voulu que deux généraux canadiens commandent ainsi successivement cette mission et que plusieurs spécialistes également canadiens y jouent un rôle de premier plan durant de longs mois, le présent travail met naturellement en lumière ce que fut en réalité l'apport du Canada à cette mission. Les recherches faites sur l'opération Lance par le capitaine Bruce Poulin ont été ici particulièrement utiles pour la période d'après-guerre. Plusieurs auteurs ont étudié les événements qui ont précédé l'invasion de 1990, c'est pourquoi nous ne l'avons pas fait ici. Le lecteur qui désirerait en savoir davantage sur cette période, peut également consulter les repères chronologiques apparaissant en appendice à cet ouvrage. Pour ce qui est de l'auteur, disons qu'il s'intéresse à l'histoire du Rwanda depuis 1969, année où il fut invité à succéder au père Georges-Henri Lévesque à la direction de l'Université nationale de ce pays. Disons aussi qu'il a servi avec l'Armée canadienne durant la Deuxième Guerre mondiale, puis avec l'Aviation royale du Canada de 1958 à 1970, enfin qu'il a été recteur du Collège militaire royal de Saint-Jean, une université militaire canadienne, et qu'il a publié ,une douzaine de volumes sur des sujets d'histoire militaire.

La mission d'observation des Nations Unies Ouganda-Rwanda (MONUOR)

Deux

demandes

d'aide

des

Nations

Unies

La révolution et l'accession du Rwanda à l'indépendance en 1962 amenèrent des milliers de Tutsis à trouver refuge en Ouganda. Cherchant à réintégrer leur pays, ils fondèrent le Front patriotique Rwandais (FPR) qui, à l'aide de ses troupes, attaqua le nord-est du Rwanda le 1eroctobre 1990. Cette invasion marqua le début d'affrontements sanglants entre les troupes gouvernementales et les troupes du FPR, affrontements qui furent suivis de massacres et de nombreuses arrestations. Malgré la signature d'un accord de cessez-le-feu au Zaïre, puis en Tanzanie, les hostilités n'avaient pas cessé au mois de février 1993. Insatisfait des progrès réalisés dans la recherche d'un accord de paix équitable, le FPR maintenait toujours la pression qu'il exerçait avec ses troupes dans le nord du pays. Quoi qu'il en soit, le 22 février 1993, deux semaines après le début d'une importante offensive au cours de laquelle le FPR perdit plusieurs hommes, l'Ouganda, ainsi que le Rwanda, demandèrent au Conseil de Sécurité, dans deux lettres séparées, le déploiement d'observateurs des Nations-Unies le long de la frontière qui sépare leur pays. Que le Rwanda demande l'intervention des Nations Unies n'eut rien de surprenant. Que l'Ouganda, qui donnait asile au FPR, le fasse également fut plutôt surprenant. Des observateurs conclurent que la démarche de l'Ouganda était une façon de manifester sa non ingérence ou sa neutralité face à la société internationale relativement aux événements qui se déroulaient au Rwanda et son désir de voir ce conflit résolu rapidement. La réaction du Secrétaire général à ces demandes ne tarda pas à venir. Deux jours après leur réception, il décida d'envoyer une

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Les Casques

bleus

au Rwanda

mission de bonne volonté dans les deux pays concernés. Dirigée par M. Macaire Pédanou, cette mission demeura dans la région du 2 au 17 mars. Concurremment, l'Organisation de l'Unité africaine et la Tanzanie réussirent à réunir les belligérants à Dar-es-Salaam. Après trois jours de pourparlers, ces derniers, dans un communiqué mettant fin à leur rencontre, réaffirmèrent leur intention d'en arriver à une solution négociée et s'engagèrent à reprendre les pourparlers de paix et à respecter les modalités d'un cessez-le-feu devant prendre effet le 9 mars 1993. En vertu de cette entente, les forces rwandaises consentaient à demeurer sur les positions qu'elles occupaient à ce moment-là et le FPR s'engageait à regagner les positions qu'il occupait avant le 7 février. Quant à la zone située entre les forces des deux parties, elle allait devenir une zone neutre démilitarisée à l'usage d'une force internationale appelée à contrôler la mise en œuvre du cessez-le-feu. Les parties s'engagèrent également à veiller à la sécurité et à la protection des personnes déplacées. Prenant note de ces déclarations, le Conseil de sécurité adopta dès le 12 mars une résolution comportant les paragraphes suivants: (Le Conseil de Sécurité) invite le Secrétaire général à étudier, en consultation avec l'OUA, la contribution que les Nations Unies, en appui des efforts de l'OUA, pourraient apporter afin de renforcer le processus de paix au Rwanda, notamment la possibilité d'établir une force internationale sous les auspices de l'OUA et des Nations Unies, chargée entre autres de l'assistance humanitaire et de la protection de la population civile et du soutien de la force de l'OUA pour le contrôle du cessez-le-feu, et à lui faire rapport dans les meilleurs délais sur cette question. Invité également le Secrétaire général à examiner la demande du Rwanda et de l'Ouganda pour le déploiement d'observateurs à la frontière entre ces deux paysl.
L'envoi d'une mission technique sur les lieux

Le Secrétaire général répondit à l'invitation du Conseil de sécurité à examiner la demande du Rwanda et de l'Ouganda en envoyant dans ces pays une mission technique chargée de recueillir des informations pertinentes. Dirigée par le brigadier-général Maurice Baril, un Canadien occupant le poste de conseiller mili1. S/RES/812 (1993), 12 mars 1993, paragraphes 2 et 3.

La mission

d'observation

des Nations

Unies

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taire auprès du Secrétaire général, cette mission séjourna en Ouganda du 2 au 5 avril et au Rwanda le 6 de ce mois. Accueillie avec bienveillance par les autorités ougandaises, la mission put effec~er des reconnaissances aériennes et au sol du côté ougandais. A Kigali, où elle fut aussi accueillie favorablement, elle put s'entretenir avec le président du Rwanda, le premier ministre et le ministre de la Défense, de même qu'avec des membres de la communauté diplomatique, le commandant adjoint du Groupe d'observateurs militaires neutres et des représentants du FPR auprès de ce dernier organisme. De ces visites et entretiens, la mission technique arriva à la conclusion « qu'il serait possible de déployer des observateurs militaires des Nations Unies pour contrôler la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda et vérifier qu'aucune assistance militaire n'est fournie par la frontière entre les deux pays2 ». Tôt au mois d'avril et jusqu'au 28 mai, le colonel C. Ross, un officier canadien, séjourna aussi dans cette partie de l'Mrique à la demande de l'ONU pour faire une étude technique préparatoire à ce possible déploiement. Spécialiste des missions de maintien de la paix, cet officier rendit plus d'une fois service aux Casques bleus canadiens. Le Conseil de
sécurité

crée la MONUOR

Le 20 mai, soit environ un mois et demi après la visite au Rwanda de la mission technique dirigée par le brigadier-général Baril, le Secrétaire général annonça, dans un rapport intérimaire, que le Conseil de sécurité «envisagera peut-être d'autoriser la création d'une mission d'observation des Nations Unies qui sera déployée sur le côté ougandais de la frontière entre le Rwanda et l'Ouganda, pour une période de six mois au maximum.» Cette mission, précise le document, « pourrait contribuer à promouvoir le processus de négociation à Arusha et encourager les parties à poursuivre activement leurs efforts pour assurer la paix et la

réconciliation nationale au Rwanda.3»
La décision d'aller de l'avant avec ce projet fut présentée au Conseil de sécurité le 22 juin. Approuvée à l'unanimité, la résolution reprit presque mot à mot les termes de l'annonce faite par Boutros Boutros-Ghali le 20 mai:

2. Conseil de sécurité, S/25810, 20 mai 1993, paragraphe 10. 3. Ibid., paragraphe 23.

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(Le Conseil de sécurité) décide de créer la Mission d'observation des Nations Unies Ouganda-Rwanda (MONUOR) qui sera déployée du côté ougandais de la frontière pour une période initiale de six mois, conformément au rapport du Secrétaire général (S/258!O et Add.!) et susceptible d'être revisée tous les six mois; Décide que la MONUOR devra observer la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda, virifier qu'aucune assistance militaire ne parvient au Rwanda, l'accent étant mis essentiellement à cet égard sur le transit et le transport à travers la frontière, par des routes ou des pistes où peuvent passer des véhicules, d'armes meurtrières et de munitions ainsi que de tout autre matériel pouvant être utilisé à des fins militaires4. Compte tenu du fait que la MONDOR était appelée à être déployée en territoire ougandais, un accord avec l'Ouganda relativement à son statut, incluant la sécurité, la coopération et le soutien escomptés, s'imposait. Il donna lieu à plusieurs échanges de vues, mais finalement mis au point, il entra en vigueur le 16 août. C'est ainsi qu'au moment de son déploiement, la MONDOR comptait des représentants de l'Ouganda aux points de passage possibles. Quant à la zone démilitarisée, elle fut confiée au Groupe d'observateurs militaires neutres (GOMN), dont l'effectif et les ressources furent augmentées. Responsable en particulier de la surveillance du cessez-le-feu, elle n'eut pas la vie facile. Le secrétaire général des Nations Unies voulut bien l'aider en lui adjoignant deux spécialistes, mais son manque d'équipement, qui était par surcroît hétéroclite, son manque de leadership et d'expérience, sans oublier la présence de deux officiers du FPR et des Forces armées rwandaises, affectèrent son rendement. L'obscurité venue, selon un observateur de la MONDOR, les contrôles dans la zone démilitarisée n'impressionnaient personne.
Les ressources, et le déploiement la planification de la Mission

À son retour à New York, le brigadier-général Baril présenta le 14 avril un rapport préliminaire dans lequel on pouvait lire le passage suivant: Tous les représentants de gouvernement et les diplomates consultés par la mission technique ont fait remarquer que si une force d'observateurs était déployée à l'intérieur de la frontière de l'Ouganda, elle
4. Conseil de sécurité, S/RES/846 (1993), 22 juin 1993, paragraphes 2 et 3.

La mission

d'observation

des Nations

Unies

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devrait l'être rapidement. Ils ont aussi souligné le fait que les missions antérieures n'ont pas réussi à évaluer la sitUationadéquatement parce qu'elles n'étaient pas assez nombreuses (la France n'a envoyé que trois observateurs) ou pas suffisamment équipées (les observateurs de l'OUA)5. Ces désirs furent partiellement exaucés. Il n'est pas douteux que le Secrétaire général fut de l'avis qui précède, mais encore fallait-il qu'il réussisse à obtenir les éléments nécessaires à la mise en œuvre de cette entreprise et aussi l'appui des membres du Conseil de sécurité que les événements en Somalie commençaient à bouleverser. Il fallut en fait attendre deux mois et demi, soit au 29 juin, avant que Boutros Boutros-Ghali puisse fournir des informations au Conseil de sécurité sur la formation de cette mission. Ce jour-là il fit part de son intention de nommer le brigadiergénéral Roméo A. Dallaire, alors commandant du 5e Groupebrigade mécanisé du Canada, chef du Groupe d'observateurs militaires qui allait compter 81 membres venant du Bangladesh, du Botswana, du Brésil, du Canada, des îles Fidji, de la Hongrie, des Pays-Bas, du Sénégal, de la Slovaquie et du Zimbabwé. Cette proposition fut acceptée par le Conseille lendemain7. En plus de ces militaires 17 fonctionnaires internationaux devaient aussi prendre part à cette mission.

C'est ainsi que le 1er juillet 1993, à la Place George- V face au
Manège militaire Grande-Allée de Québec, on fut témoin d'une passation de commandement inusitée. Cette cérémonie marquant le 25e anniversaire du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada comportait une prise d'armes mettant à l'honneur trois généraux dont la carrière fut ou allait être associée à une ou plusieurs importantes missions des Nations Unies. Sous la présidence du major-général Armand Roy, qui avait commandé la Mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO), le brigadier-général Dallaire appelé à commander la MONUOR et, on le verra, la MINUAR, cédait son commandement au brigadier-général Alain Forand, un vétéran des missions des Nations Unies à Chypre et en Croatie et qui avait par surcroît dirigé une mission technique préparatoire au déploiement de la MINURSO au Sahara.
5. Preliminary Report of the Technical Mission to Uganda & Rwanda, 14 avril 1993, n° 12. Le paragraphe 17 reprend la même idée. 6. Lettre du Secrétaire général au Conseil de sécurité; 29 juin 1993 (5/26019). 7. Lettre du président du Conseil de sécurité au Secrétaire général, 30 juin 1993 (5/26029).

22

Les Casques

bleus

au Rwanda

Major-général de la Mission Ouganda/Rwanda

Roméo Dallaire. commandant d'observation des Nations Unies et de la Mission des Nations Unies au Rwanda <1993-1994)

Reconnu pour son dynamisme, son engagement et son leadership peu commun, le général Dallaire fit rapidement sienne la MONUOR, malgré le peu d'intérêt manifesté par la communauté internationale pour cette partie de l'Afrique. Le temps de saluer les membres de son groupe-brigade, de dire adieu à ses amis et de déménager sa famille dans le Vieux-Québec et il se rendit à New York pour assister à une première réunion d'information et rencontrer le Secrétaire général et le personnel affecté aux opérations de maintien de la paix. Mis au courant du mandat de la mission, il apprit également que les démarches entreprises auprès du gouvernement ougandais en vue de conclure avec lui un accord sur le statut de la Mission n'étaient pas encore terminées et qu'il importait qu'elles le soient avant de passer à l'action. Les désagréments rencontrés l'année précédente au Mozambique qui avait réclamé, entre autres, des droits de douane sur le matériel destiné à la mission des Nations Unies dans ce pays, incitait le Conseil de sécurité à la prudence. Enfin, du général Baril il reçut une copie du rapport de la mission technique et quelques documents relatifs à l'Ouganda et au Rwanda.

La mission

d'observation

des Nations

Unies

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BIOGRAPHIE
Major-général OMM, Roméo CSM, A. Dallaire CD

le major-général Roméo A. Dallaire naît à Denekamp, en Hollande, le 25 juin 1946. Il s'enrôle dans l'Armée canadienne an 1964 après quatre années dans les Cadets et la Milice. Il fréquente le Collège militaire royal de Saint-Jean et le Royal Military College de Kingston (OnU d'où il obtient un baccalauréat ès sciences en 1969. Il fréquente également le Collège de commandement d'état-major des Forces terrestres canadiennes de Kingston (OnU et le United States Marine Corps Command and Staff College en Virginie. le major-général Dallaire occupe différents postes de commandement, d'étatmajor et d'instruction au Canada et en Allemagne. De 1983 à 1985, il est commandant à Valcartier (Québec> du 5e Régiment d'artillerie légère du Canada. e, Muté à Ottawa et promu au grade de colonel le 1 juillet 1986, il est nommé Directeur des Besoins en ressources terrestres et est responsable de tous les besoins en équipement opérationnel pour la Force terrestre. Il est de plus nommé directeur de l'Artillerie.

Promu au grade de brigadier-général le 3 juillet 1989, il est nommé commandant du Collège Militaire Royat de Saint-Jean. A la suite d'un stage au British Higher
Command and Staff Course à Camberly, au Royaume-Uni au printemps 1991, il prend le commandement du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada à Valcartier e, le commandele 5 juillet 1991. Il quitte Valcartier le 1 juillet 1993 pour assumer ment de la Mission ObseNation des Nations Unies Ouganda-Rwanda (MONUOR) et de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR). C'est pour cette mission qu'il reçoit la décoration de la Croix du seNice méritoire. Il est promu à son grade actuel le 1e~janvier 1994. En septembre 1994, il est nommé commandant adjoint de la Force terrestre du Canada, puis au mois e, d'octobre 1995, commandant du Secteur du Québec. Depuis le 1 juillet 1996, il assume au quartier général des Forces canadiennes la responsabilité de chef du personnel militaire, puis celle de chef d'état-major du sous-ministre adjoint (personnel). Il a épousé Élizabeth Roberge Willem, Catherine et Guy. de Québec en 1976. Le couple a trois enfants:

De retour bien malgré lui à Québec, au milieu de juillet, le général Dallaire auquel on avait confié qu'il pourrait être appelé bientôt à commander une mission de maintien de la paix au Rwanda (MINUAR), advenant la signature prochaine des accords d'Arusha, profita de ce contretemps pour mettre au point la planification nécessaire à la mise en œuvre de sa mission d'observation. On espérait aux Nations Unies qu'au nombre des 81 observateurs prévus pour cette mission se trouveraient une dizaine de Canadiens. Or, il n'en fut rien. Le ministère des Affaires étrangères du

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Canada, réfractaire à l'idée d'envoyer également des troupes au Rwanda, limita la contribution du pays à l'envoi du général Dallaire et à un observateur militaire, en l'occurance le major Brent Beardsley du Royal Canadian Regiment. Plus tard, le général éprouvera une déception analogue lorsqu'on refusera même de mettre à sa disposition un chauffeur pour faciliter ses nombreux déplacements au pays des Mille Collines. Les circonstances voulurent toutefois qu'il put compter sur un officier fidjien expérimenté, le colonel J. Tikoca. Après avoir assisté aux négociations des accords d'Arusha en qualité de représentant militaire du Secrétaire général, ce dernier travailla en étroite collaboration avec les officiers canadiens à la préparation des missions de l'ONU au Rwanda, où il assuma la responsabilité de chef du groupe des observateurs. Commencé à New York le travail de planification de la MONUOR se continua donc à Québec, plus précisément au célèbre Cercle de la Garnison. Durant de longues heures, le général et son adjoint, penchés sur le rapport de la mission technique, des cartes de l'Ouganda et du Rwanda et quelques rares documents de l'ONU, cherchèrent à préciser la façon dont le déploiement allait se faire et selon quel échéancier. On avait d'abord prévu qu'il se ferait en quatre phases, la première avant même l'adoption par le Conseil de sécurité de la résolution créant la mission8, la seconde, qui consistait en l'arrivée d'un détachement précurseur de 21 observateurs, une semaine après, la troisième un mois après et la quatrième et dernière, qui comptait l'addition d'un appui aérien, quarante-cinq jours après l'adoption de la résolution en question. Or, cette résolution fut adoptée le 22 juin et il fallut attendre jusqu'au 16 août pour la mise au point et l'entrée en vigueur de l'accord avec l'Ouganda qui rendait possible le déploiement. La phase 2 prévue pour le 29 juin n'eut donc lieu que le 18 août9 et le déploiement de la Mission en tant que telle le 17 septembre 19931°. Dans un rapport du Secrétaire général des Nations Unies en date du 22 octobre 1993, on pouvait lire le passage suivant sur la MONUOR, exactement quatre mois après sa création par le Conseil de sécurité:
8. Deux observateurs, dont un Canadien, le capitaine C. Gagnon, servirent alors à la frontière ougandaise. 9. Conseil de sécurité, 5/26618. 22 octobre 1993, paragraphe 3. 10. From MATIWAZA, DCMOIONOMUR to ANNAN for BARIL, UN New York, 8 October 1993.

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J'ai le plaisir de signaler que la MONDOR est à présent intégralement déployée et que son effectif autorisé de 81 observateurs militaires est au complet. Onze fonctionnaires internationaux de la composante civile ont également été déployés. Au cours des trois dernières semaines qui ont suivi son déploiement, la MONDOR a procédé à une reconnaissance complète de la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda, mis en place un réseau de communications et établi son quartier général et un quartier général de secteur à Kabale, et un second quartier général de secteur à Kisoro. Conformément au plan d'opérations exposé dans son rapport du 20 mai (5/25810), la Mission a également établi des postes d'observation à proximité de deux points de passage importants du côté ougandais de la frontière, à Katuna et à Cyanika. La MONDOR surveille aussi la frontière en effectuant des patrouilles. La MONUOR se prépare à établir d'autres postes d'observation à proximité de trois points de passage moins importants et à renforcer ses capacités opérationnelles par des patrouilles aériennesll. Au plan des ressources matérielles la mission technique avait' recommandé de mettre à la disposition de la MONUOR une voiture d'état-major, un camion, une ambulance, quatre hélicoptères et trente-trois véhicules de transport. Le général Dallaire se souvient que ses observateurs furent relativement bien équipés pour cette mission. Au début du mois d'avril 1994, ils disposaient de quatre hélicoptères Huey munis d'un système de détection nocturne, mais le hic est que le contrat signé entre l'ONU et le fournisseur ne prévoyait pas de vol de nuit... Les documents du Secrétaire général indiquent par ailleurs que le coût brut des premiers six mois d'opération de la MONUOR s'éleva à 4 392 000 dollars, ce qui était relativement peu élevé dû au fait qu'on put déployer en Ouganda de l'équipement provenant d'autres missions des Nations Uniesl2.
Une mission utile, mais non sans entrave

Aux yeux du général Dallaire, la MONUOR s'est acquittée de son mandat de façon satisfaisante. Avec son personnel et son équipement elle constituait à la frontière un facteur de dissuasion
11. Conseil de sécurité, S/26618, 22 octobre 1993, paragraphes 4, 5 et 6. 12. Conseil de sécurité, S126878, 15 décembre 1993, paragraphe 11. Au mois de décembre 1993, existaient également des postes d'observation à Bigaga, Kafunzo et Lubirizi. Voir la carte ci-jointe.

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non négligeable. Elle n'avait pas le droit d'arrêter ceux qui y passaient, mais pouvait les fouiller et aussi, au besoin, les confier aux représentants des forces ougandaises qui se trouvaient là obligatoirement. Il n'est pas impossible que du matériel destiné au FPR ait échappé à l'attention des observateurs. Réaliste, le général Dallaire reconnaît qu'en dehors des passages importants, il existait de nombreux sentiers, échappant à l'observation, que pouvaient utiliser des cyclistes capables de transporter jusqu'à 50 kilos de matériel chacun. Il existait aussi un certain nombre d'endroits minés où le personnel de la MONDOR n'allait pas. Il faut ajouter à cela qu'aussi bien l'arrivée du matériel que l'aménagement des postes de contrôle accusèrent plusieurs mois de retard. Le terrain lui même constitua un obstacle important. Non seulement étaitil montagneux, mais le personnel de la mission était limité dans ses mouvements à 100 kilomètres à l'intérieur du territoire ougandais et à 20 kilomètres à l'intérieur du territoire rwandais. Enfin, le commandant lui-même était limité d'une certaine façon dans ses déplacements. Il possédait bien un visa permanent pour l'Ouganda, mais encore fallait-il qu'il avertisse les autorités avant de se présenter à la frontière, ce qui constituait un avertissement non négligeable pour le secteur visité. Il faut enfin ajouter qu'il y eut à l'occasion des altercations à la frontière entre le personnel de la MONUOR et celui du FPR. Le 5 octobre 1993, le Conseil de sécurité en adoptant la résolution 872 (1993) créa la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda. Du même coup il intégra la MONDOR à cette . nouvelle mission.