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Les États-Unis et l'ascension de l'Extrême-Orient Depuis 1945

De
176 pages
Le thème central de cet ouvrage est de mettre en perspective la tentative américaine, dans la période suivant la Seconde Guerre mondiale, de surmonter les contradictions entre les principaux pays capitalistes en établissant une économie politique mondiale sous l'hégémonie des USA. L'idée centrale de cette architecture était basée d'une part sur la perception du " danger rouge ", et d'autre part sur la conviction que la complémentarité économique entre les membres de l'alliance occidentale serait permanente.
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Jacques

HERSH

Les Etats-Unis et l'ascension de l'Extrême-Orient depuis 1945
Les dilemmes de l'économie politique internationale de l'après-guerre

Éditions L'Harmattan
5-7,rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Points sur l'Asie dirigée par Alain Forest

Dernières parutions
Laurent METZGER, Les sultanats de Malaisie, 1994. Richard SOLA, Birmanie: la révolution kidnappée, 1996. Laurent METZGER, Stratégie islamique en Malaisie, (1975-1995), 1996. Firouzeh NAHAVANDI, Culture du développement en Asie, 1997. Frédéric GRARE, Le Pakistanface au conflit afghan, 1997. Kham VORAPHETH, Chine, le monde des affaires, 1997.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6299-5

Sommaire
Remerciements

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..

. . . . . . . ....

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Introduction. I.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . :. . . . . . . .

La réorganisation du système mondial de l'après-guerre et l'affirmation d'une hégémonie "bienveillante" ......................... L'approche de Roosevelt. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le plan Marshall. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'idée d'une Europe unifiée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'émergence de la compétition européenne. . . . . . . . . . . . La diplomatie nucléaire et l'Extrême-Orient. .......... Les réformes américaines imposées au Japon. . . . . . . . . . La reconstruction japonaise: une pierre angulaire de la politique américaine en Asie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le Sud-Est asiatique comme zone d'influence. . . . . . . . . . La création de la base pour une industrialisation japonaise liée à l'exportation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La guerre de Corée et l'absorption de la production. . . . . . Les premières frictions politiques et économiques entre les Etats-Unis et le Japon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Développement inégal et déclin américain. . . . . . . . . . . . .

15 15 18 20 23 26 28 31 34 36 38 41 47

II.

Le contexte international et les économies de l'Est asiatique orientées vers

l'exportation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La crise du dollar-or. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le Tiers-Monde: entre import-substitution et orientation exportatrice ............................ La stratégie de promotion des exportations en Asie de l'Est: le contexte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'héritage japonais. .............................. Des contextes différents pour les pays de l'ASEAN. . . . . . La périphérisation de l'Asie de l'Est: une zone d'influence pour le Japon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les perspectives futures de la stratégie orientée vers l'extérieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

51 52 54 60 63 71 76 80

III.

L'ordre économique international de la fin du siècle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L'érosion de la complémentarité de l'après-guetre ....... Le dysfonctionnement du commerce extériem et la montée du protectionnisme. . . . . . . . . . . . .. ... .... La militarisation de l'économie politique. .... La politique américaine entre l'Europe et l'A~'k' ......... La dimension géopolitique dans J'évolution de l'Extrême-Orient. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La dernière approche du régime soviétique. . . . . . . . . . . .

87 87 96 103 112 133 136 141 142 148 153 157
160 167

IV. Les perspectivesfutures. . . . . . . . . . . . . . . . .
Le Japon au centre de la scène. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Des tendances contradictoires: la transnationalisation et le nationalisme. ............................... Les différents scénarios du nouvel ordre international. . . . L'impact du facteur russe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'instabilité du monde d'après Guerre Froide. . . . . . . . . . .

Bibliographie.

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REMERCIEMENTS
Je souhaite exprimer ma gratitude au centre de Recherche sur la Paix et les Conflits de l'Université de Copenhague pour son aide qui a facilité ce travail de recherche. Un remerciement particulier au Docteur Ellen Brun pour son soutien inestimable et l'aide qu'elle m'a apportés durant la rédaction de cet ouvrage. De même je tiens à remercier Mme. Ellen Nyrup Pedersen qui avec patience nous a assisté à la preparation du manuscrit. D'autre part je remercie M.Hakim Ben Hammouda pour sa persévérance et ses efforts dans la rédaction du texte français.

Jacques Hersh

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INTRODUCTION
A l'approche du XXlème siècle, le monde occidental sera obligé de confronter les dilemmes et les contradictions créés par ses propres réussites - et en particulier celui concernant les problèmes écologiques. Mais il en est de même, à un niveau différent, pour les résultats sociaux, politiques, économiques du "sous-développement" et du "sur-développement" à l'échelle globale. Le "développement correct", pour reprendre le titre de l'ouvrage de C. Wright Mills (n.d., 150ft), reste une vision presque utopique dans le monde matérialiste d'aujourd'hui. L'expression d'une dichotomie présente partout entre le développement scientifique et les attentes humaines peut être mieux saisie dans les questions de désarmement et de guerre ou de paix. Bien que la technologie ait créé des systèmes d'armement qui rendent crédible la possibilité d'une guerre moderne presque inimaginable entre les pays industrialisés, le commerce et la production d'armes prospèrent néanmoins. Il existe un sentiment d'insécurité grandissant dans beaucoup de parties du monde, exacerbé par des problèmes qui semblent insolubles. Dans le contexte des relations internationales, l'insécurité et la méfiance continuent à affecter les liens entre les Etats-Nations. Ceci est vrai même dans les pays où les élites politiques adhèrent à une même idéologie, participent à une même alliance politique et à un système économique identique. De même que l'inquiétude est présente chez les individus qui, sous la menace du chômage, sont en concurrence pour préserver leurs moyens d'existence, les Etats rivalisent entre eux pour atteindre ou maintenir une position 9

privilégiée dans la communauté mondiale. Les philosophes grecs comme Platon pensaient que l'équilibre interne d'une société (qui signifie qu'elle est en paix avec elle-même) était une condition préalable à la coexistence pacifique entre voisins. Ainsi, le potentiel des conflits à l'intérieur des nations reste une préoccupation souvent imperceptible des conflits internationaux. Le manque d"'imagination sociologique", notion que nous devons à C.Wright Mills (1959), est devenu de plus en plus caractéristique de l'action aussi bien dans le domaine de l'organisation sociale que dans celui des relations internationales. Les Etats continuent d'adhérer à des principes qui appartiennent à un autre temps. Même si les défauts des sociétés et ceux des relations d'Etat à Etat peuvent être considérés comme étant interdependants, la présente étude se consacrera principalement à analyser les difficultés liées à l'établissement d'une construction internationale plus harmonieuse dans les conditions présentes. Dans l'histoire européenne, l'instabilité créée par la compétition entre les pays pour obtenir une place de choix dans le système mondial a été le moteur de l'évolution de l'économie politique internationale. Depuis l'époque du mercantilisme, période durant laquelle on a combiné richesse et pouvoir, les Etats européens ont bataillé entre eux pour une place au soleil. Un statut plus élevé pouvait être obtenu, tout d'abord avec l'expansion territoriale, et plus tard par l'association de l'industrie et du commerce (cf. Rosencrance, 1985, 43). Dans cette perspective, l'établissement d'un ordre mondial hiérarchisé dans l'histoire des relations internationales n'a pas été le résultat exclusif des forces de marché. La mobilisation des nations derrière un Etat capable d'opérer avec des instruments à l'intérieur d'un environnement international est aussi importante et offre des opportunités qui influencent la force ou la faiblesse relative des acteurs concernés. C'est la conjonction spécifique de ces facteurs qui, après la Seconde Guerre mondiale, permis aux Etats-Unis d'obtenir la place indiscutée de leader du camp occidental. Leur force, en comparaison avec les alliés et les vaincus, s'est manifestée dans les domaines politique, culturel, économique et militaire.

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Non dénuée de tensions, la "Pax Americana" qui est apparue après 1945, a fonctionné avec une relative stabilité jusqu'à la fin des années 60. Dans le contexte d'après-guerre, le leadership américain du système capitaliste mondial était à l'avantage des Etats-Unis, mais également bénéfique aux autres membres de l'Alliance occidentale, ainsi qu'au Japon. Durant cette période, les Etats-Unis ont utilisé des moyens économiques et politiques pour empêcher les suites de la guerre de déboucher sur des changements sociaux et politiques radicaux dans ces pays. L'influence américaine était importante aussi dans le processus de décolonisation. La politique des Etats-Unis favorisant la décolonisation n'était pas soutenue par les puissances coloniales européennes. Cependant, en s'opposant aux transformations radicales dans les pays du Tiers-Monde, les Etats-Unis ont pu conserver la division internationale du travail, faisant du redressement d'après-guerre un processus moins douloureux pour les nations affaiblies du centre qu'il aurait pu être autrement. Les politiques américaines d'après-guerre qui furent couronnées de succès en bloquant l'émergence d'alternatives sociales radicales lors des luttes anti-colonialistes dans le Tiers-Monde, ont arrêté l'évolution vers un ordre mondial moins hiérarchisé. Le renforcement de l'Occident sous le leadership américain a de même aidé à contenir le défi soviétique et à conduire l'URSS à choisir un développement qui la ménerait à son éventuel déclin. Néanmoins, l'histoire montrera probablement que la rivalité entre les Etats-Unis et l'URSS, dans le contexte de la Guerre Froide, a affaibli les deux protagonistes. Car dans les deux cas d'autres forces étaient également en jeu. L'ouverture de l'économie mondiale, sous hégémonie américaine, a contribué à la prospérité des nations capitalistes du centrel. Cependant leur reconstruction, avec l'aide américaine, était destinée à remettre en cause l'hégémonie américaine. En effet, la prospérité économique des alliés des Etats-Unis pouvait menacer la domination économique américaine. Par ailleurs l'Est asiatique, avec le Japon et

'Les tennes "centre" et "périphérie" à l'intérieur du système capitaliste mondial sont utilisés pour distinguer les pays développés et le Tiers-Monde.

Il

les Pays Nouvellement Industrialisés (PNI), est devenu Je centre le plus dynamique de la croissance capitaliste mondiale. Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est la transition d'un ordre mondial dominé par les Etats-Unis à un monde caractérisé par une nouvelle structure hiérarchique en gestation. Cette évolution met en évidence des questions fondamentales, dont les conditions d'une future organisation du système mondial et l'interaction entre nations du centre. Pour identifier ces enjeux et avancer quelques éléments de conclusion, l'accent dans cette étude sera mis sur l'Extrême-Orient, spécialement sur les rapports entre les Etats-Unis et le Japon, et l'on cherchera de quelle manière ces rapports influencent la liberté de manoeuvre des autres acteurs mondiaux: l'Europe occidentale et la Russie. Une analyse globale pourrait révéler de nouvelles perspectives pour le XXIème siècle, qui diffèrent considérablement des conceptualisations en vogue dans les affaires internationales. L'accent mis sur les "pays industrialisés" dans les chapitres suivants, ne signifie pas que l'on sous-estime l'importance du TiersMonde dans la mise en place d'un nouvel ordre international. Les relations avec la périphérie sont cruciales pour les nations du centre et la crise du Tiers-Monde ajoute une autre dimension aux contradictions des pays industrialisés. Même sans prendre compte des inconnues face à la situation mondiale, l'ordre international apparu après 1945 appartiendra bientôt au passé. Cela soulève un certain nombre d'interrogations: le protectionnisme et la compétition comme issues conduiront-ils à une plus grande compatibilité économique entre les pays industrialisés et l'ancienne Union Soviétique? L'intérêt américain pour le Pacifique mènera-t-il à un étranglement de l'Europe? Les Etats-Uniss'allierontils à l'Europe face à l'expansion japonaise? Ou bien chercheront-ils, en obligeant leurs alliés politiques à continuer à accepter leur hégémonie, à exiger des concessions contraires aux intérêts des membres de l'Alliance Atlantique? Avant de commencer à discuter de ces problèmes, nous devons regarder l'histoire de la situation internationale de l'après-guerre: Quels intérêts ont été à l'origine de ces transformations, non 12

seulement en Europe et au Japon, mais aussi dans le système mondial? En prenant comme point de départ une analyse de ces forces, nous devrions être capables de percevoir l'émergence des convergençes et des contradictions qui façonneront un avenir très proche.

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I. La réorganisation du système mondial de l'aprèsguerre et l'affirmation d'une hégémonie "bienveillante"

La situation chaotique issue de la Seconde Guerre mondiale a contribué à la création d'une coopération des nations du centre dans le cadre d'une association. Ce groupement nommé "AlIiance Atlantique" devait durer plus longtemps que son prédécesseur historique du XIXe siècle, la Sainte Alliance. Les dispositions d'après-guerre ont transformé les rapports entre les pays impliqués. Sous domination américaine, les vainqueurs et les vaincus s'unirent dans une nouvelIe alliance, alors que l'ancien alIié, l'Union soviétique, devint leur adversaire. L'APPROCHE DE ROOSEVELT Cette "évolution des événements" contrastait nettement avec la conception américaine de l'organisation future du monde d'avant 1945. Avec Franklin Delano Roosevelt comme président, l'attitude envers les alliés et les ennemis était caractérisée par une approche punitive envers les Forces de l'Axe et une disposition bienveillante envers l'Union Soviétique. A la Conférence de Téhéran en décembre 1943, le Président Roosevelt faisait comprendre à Joseph Staline que l'URSS pouvait espérer être récompensée pour son éventuelIe participation à la défaite militaire du Japon en Extrême-Orient. L'URSS récurpérirait les territoires que la Russie avait perdus lors de sa défaite dans la guerre rosso-japonaise de 1905 (Armstrong, 1983,

31ft). Le président américain, n'ayant peut-être pas une confiance totale envers son entourage, a conduit, dans les dernières années de guerre, sa diplomatie d'une manière de plus en plus personnelle. Ainsi, à la conférence de Yalta en février 1945, avec la victoire en vue, la compréhension entre les deux chefs d'Etat était bien établie. Afin d'éviter des discussions internes, comme sur l'avenir de l'alliance en Extrême-Orient, le président Roosevelt se garda d'informer les niveaux subalternes responsables de la politique étrangère, alors que Staline - lors d'un quiproquo - fit voeu d'entrer rapidement en guerre contre le Japon sur la promesse de privilèges spéciaux en Mandchourie, et sur le consentement américain pour un retour des îles Kouriles et du sud de Sakhaline sous juridiction soviétique. Ces informations furent transmises par un traducteur américain à la conférence, et ainsi les plans de la politique étrangère américaine furent connus des responsables de la diplomatie américaine (Schaller, 1985, 7). Concernant la guerre en Europe et la défaite imminente de l'Allemagne nazie, le président américain accepta la requête soviétique sur les réparations allemandes, pour un montant d'environ 20 milliards de dollars. Un accord fut conclu pour que cette question soit résolue avec l'instauration d'une administration économique en Allemagne à la fin de la guerre. Au début de l'année 1944, le président Roosevelt confia à son ami, le secrétaire au Trésor Henry Morgenthau Jr., la tâche de préparer des projets pour l'Allemagne d'après-guerre. Les recommandations du comité politique informel sur l'Allemagne (IPCOG), sous la responsabilité de celui-ci, étaient centrées sur l'élimination de l'autorité politique centrale, le démantèlement des industries lourdes et la division du pays en zones occupées sous administration alliée. L'idée dominante, derrière ce schéma, était de réduire l'Allemagne à un état "pastoral" incapable de participer à de futurs conflits. En pratique, cependant, cette conception politique fut affectée par la mort soudaine du Président Roosevelt et la perte d'influence de son architecte. Le nouveau président, Harry S. Truman, approuva la directive JSC 1067 envoyée au chef du gouvernement militaire américain, 16

responsable de l'administration du pays vaincu. Le document reflète les ambiguïtés des objectifs et des méthodes à suivre. En fait, la politique de Roosevelt comprenait des objectifs opposés: d'un côté, la restauration d'une économie stable pour éviter la famine, la maladie et l'agitation sociale, et de l'autre un démantèlement de l'industrie allemande avec des usines et une infrastructure fonctionnant à nouveau mais sans le personnel nazi, afin d'empêcher l'inflation mais sans recourir à des contrôles financiers. La nature contradictoire de ces politiques est révélatrice des désaccords qui existaient à l'intérieur du gouvernement américain plutôt que le fruit d'inexpériences. Deux positions divergentes sur la manière de s'occuper des nations vaincues étaient apparues. Une tendance favorisait un châtiment, tandis que l'autre faisait de la reconstruction de ces pays une priorité de la stratégie américaine. Dans le cas du Japon, la confrontation entre ces deux objectifs politiques put être observée avant la fin de la guerre. Quand les rumeurs selon lesquelles Henry Morgenthau espérait appliquer au Japon un plan similaire à celui de l'Allemagne ont atteint le Département d'Etat, une sous-commission du Comité de coordination Etat-Guerre-Marine (SWNCC) sur les affaires de l'Extrême-Orient a formulé un contre-programme, nommé "US Initial Post-Surrender Policy". Ce plan ne prévoyait aucune division territoriale (à la différence de l'Allemagne), mais la mainmise du Japon sous autorité exclusivement américaine et, en collaboration avec le gouvernement japonais, la réalisation d'une rapide démilitarisation, la démocratisation des structures politiques et la réforme de l'économie. Le SWNCC s'est opposé à un démantèlement important de l'industrie lourde japonaise. Comme prévu, avec le décès de son patron, l'influence de Morgenthau a décliné. Le Président Truman, entouré d'une nouvelle équipe de conseillers, adopta une attitude plus indulgente envers les vaincus, mettant l'accent plus particulièrement sur la reconstruction économique de leur pays, afin de soulager le fardeau américain. Cette position fut encore renforcée au début de la Guerre Froide avec l'Union soviétique. La division de facto de l'Europe entre Est et Ouest, résultat de la victoire sur l'Allemagne, créa des tensions. Par 17

ailleurs, dans de nombreux pays de l'Europe de l'Ouest les conditions politiques étaient instables dans les années d'après-guerre. L'arrivée au pouvoir des communistes et de gouvernements de gauche, potentiellement susceptibles de subir l'influence soviétique, était un cauchemar non seulement pour ces Européens qui voulaient tjsser des liens avec les Etats-Unis, mais aussi pour les hommes politiques américains et les mi\jeux d'affaires. La réhabilitation de l'Europe avec l'aide américaine et parallèlement les efforts européens pour l'intégration économique étaient perçus comme les éléments d'une stratégie destinée à faire échouer le défi communiste. LE PLAN MARSHALL Le 5 juin 1947, le nouveau Secrétaire d'Etat George C. Marshall proposa un programme de reconstruction de l'Europe qui sera connu sous le nom de Plan Marshall. Proclamé en loi américaine en avril 1948, ses buts étaient de fournir aux pays européens une assistance économique, et aussi de les encourager entre eux à une plus grande coopération et à une plus grande solidarité. Toutefois, ce projet suivait avec inquiétude la menace politique de la Gauche dans quelques pays européens.l Cependant, les critiques du Plan Marshall ont souligné le fait que cette générosité cherchait principalement à soutenir les exportations des Etats-Unis. Cet argument n'était pas entièrement dénué de substance. Vers la fin de 1947, le Conseil des responsables économiques du président américain a prévenu que, sans un programme d'assistance significatif à l'étranger, les exportations américaines pourraient diminuer de 21 milliards à 13 milliards de

'Telle était la perception d'une partie importante de la classe politique américaine. Dans ce contexte, il est notoire que la CIA à travers des personnes, à l'intérieur des syndicats américains, a apporté un soutien financier aux unions syndicales anticommunistes en Europe. Des centaines d'organisations étaient infiltrées ou établies sur place et à l'étranger pour devenir les outils de l'anticommunisme et du proaméricanisme. Cette infiltration concernait non seulement les syndicats, mais aussi les mass média, les organisations culturelles ou pacifistes, les boy-scouts et les groupes et associations "de gauche" (Julien, 1968,337-41). 18

dollars (Kolko et Kolko, 1972, 375). Le secrétaire d'Etat George Marshall a avoué à l'époque tout l'intérêt pour l'économie américaine d'une participation dans la reconstruction du continent. "C'est idéaliste de penser que l'Europe laissée à ses propres efforts...pourrait rester ouverte aux affaires américaines de la même façon que nous l'avons connu dans le passé" (Ibid, 376). En d'autres termes, le plus grand programme d'assistance gouvernementale de l'histoire, était perçu comme un outil de la politique économique internationale des Etats-Unis. Sur une période de trois ans, une somme totale de 13 milliards de dollars a été distribuée (à l'origine, une somme de 19 milliards de dollars avait été estimée nécessaire). L'accord a exigé l'établissement d'un fonds dont 5% étaient disponibles aux EtatsUnis, surtout pour les achats de matériel stratégique, et 95% utilisés pour des projets intérieurs à condition qu'ils soient approuvés par le donateur américain. De cette manière, les Etats-Unis ont exercé une influence sur les politiques intérieures des pays récepteurs et beaucoup d'Européens ont considéré le plan comme un moyen de leur lier les mains. En fait, le Plan Marshall était un projet à multiples facettes. Trois préoccupations ont dominé l'esprit des stratèges américains. La première concernait la relance de la croissance avec l'aide américaine afin de s()ulager les tensions sociales et, de cette façon, réduire la menace interne du communisme. La seconde idée était de faire face au problème du manque de dollars au niveau international pour acheter des produits américains. Cette question était autant un problème américain qu'un problème européen. Avant la fin de la guerre, les hommes politiques de Washington étaient conscients qu'une fois la paix revenue la prospérité américaine dépendrait d'une augmentation substantielle des achats à l'étranger. de biens américains. La mise en place d'un marché européen capable d'absorber les exportations américaines nécessitait donc de répondre au manque de dollars à l'échelle internationale, d'où la stratégie à court terme de subventions pour financer les importations européennes de marchandises américaines. Dans ce cadre, l'Europe devait exporter aux Etats-Unis pour payer les produits américains. La reprise de la production européenne était par conséquent un objectif 19