Les mines et la recherche ninière en Afrique occidentale Francaise

Publié par

Publié le : mardi 1 janvier 1991
Lecture(s) : 618
EAN13 : 9782296232969
Nombre de pages : 368
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LES MINES ET LA RECHERCHE MINIÈRE EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE

@L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-09474

Pierre

LEGOUX et André

MARELLE

LES MINES ET LA RECHERCHE MINIÈRE EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE Histoire et Témoignages

Textes réunis par Jean SERVANT

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

LES AUTEURS

Qui sont les auteurs? Ils sont énumérés ci-après par ordre alphabétique, en mentionnant simplement le corps de fonctionnaires auquel ils appartenaient lors de leurs séjours dans les pays décrits (ou, pour les non-fonctionnaires, leur profession) et les périodes pendant lesquelles ils ont été actifs pour ces pays au cours de la période couverte par les souvenirs. Gilbert ARNAUD, ingénieur du corps des mines, en service en AOF de 1934 à 1948, puis en poste à Paris au Bureau minier de la France d'outre-mer de 1948 à 1957, et directeur général de la Compagnie sénégalaise des phosphates de Taïba à partir de 1957. Jean AUDIBERT, ingénieur du corps des mines, directeur général de la Société des mines de fer de Mauritanie (Miferma) à partir de 1956. Guy BERTHOUMIEUX,ingénieur des mines de la France d'outremer, en service en AOF de 1945 à 1953. André BLANCHOT, géologue de la France d'outre-mer, vice en AOF de 1945 à 1960. en ser-

Roger CAUSSE, ingénieur des mines de la France d'outre-mer, en service en AOF de 1945 à 1960. Alexis CHERMETTE, géologue de la France d'outre-mer, actif en AOF avant 1932 dans « le privé », en service en AOF de 1932 à 1951 (de 1948 à 1951 au titre du Bureau minier de la France d'outre-mer) et de 1954 à 1956, puis chargé de mission à partir de Paris au Bureau minier devenu en 1959 Bureau des recherches géologiques et minières. Casimir COIN, ingénieur des travaux publics de l'État (mines), en service en AOF de 1949 à 1960. Jean-Yves EICHENBERGER, ingénieur civil des mines (Paris), directeur des affaires africaines de la Société des Bauxites du Midi de 1949 à 1956, et président de cette société très active en Guinée, à partir de 1956. 4

Guy GUÉRIN-VILLEAUBREIL,géologue de la France d'outre-mer, en service en AOF de 1952 à 1957, directeur de la mission de prospection pétrolière de la société PREP A au Djado de 1960 à 1964. Jean-Marie LAMBERT, ingénieur teur du syndicat d'études et Akjoujt (Mauritanie) de 1952 Société des mines de cuivre de de 1956. civil des mines (Paris), direcde recherches de l'Inchiri à à 1956, directeur local de la Mauritanie (Micuma) à partir

Pierre LEGOUX, ingénieur du corps des mines, en service en AOF de 1934 à 1939, en poste à Paris au ministère de la France d'outre-mer de 1945 à 1953, administrateur directeur général de la Compagnie minière de Conakry de 1953 à 1960. René MALAURENT, ingénieur civil des mines (Nancy), chef de mission de 1945 à 1949 pour la Société anonyme de recherches et d'exploitations minières en Côte d'Ivoire (Saremci) et directeur de cette société à partir de 1949. André MARELLE, ingénieur du corps des mines, en service en AOF en 1948, en poste à Paris au ministère de la France d'outre-mer à partir de 1952. Alphonse OBERMULLER, géologue de la France d'outre-mer, en service en AOF de 1934 à 1945, en poste à Paris au ministère de la France d'outre-mer à partir de 1946. Jacques PECCIA-GALETTO, ingénieur du corps des mines, directeur de la Compagnie de Mokta pendant l'étude et la mise en valeur du gisement de manganèse de Grand Lahou (Côte d'Ivoire) à partir de 1956. Hervé ROBIN, géologue puis ingénieur des mines de la France d'outre-mer, en service en AOF de 1945 à 1960 avec une interruption pour un séjour au Togo en 1956-1957. Jean SERVANT,ingénieur du corps des mines, en service en AOF de 1951 à 1956. Jean-Paul SPINDLER, géologue de la France d'outre-mer, vice en AOF de 1945 à 1960. en ser-

5

SOMMAIRE

-

L'Afrique Occidentale Française avant la Seconde Guerre mondiale (P. Legoux). . . . . . . . . . . . . . . . ..

9

- L'Afrique Occidentale Française de 1944 à 1960 (A. Marelle). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . 31 - Témoignages. . . . . . . . . . . . . .. . .. . . . .. . . . . . . . . ..
123

1. Difficultés d'un géologue inexpérimenté débutant en AOF (A. OBERMULLER).. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 125 . 2. Quelques réflexions sur la vie du géologue en brousse et à Dakar (A. CHERMETTE) 133
3. Le fer et le titane dans le Haut-Dahomey (A. CHERMETTE). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 139

4. Les premières reconnaissances du gîte aurifère de Hiré (Côte-d'Ivoire) (A. CHERMETTE) 141 5. Quelques notes sur le Togo (A. CHERMETTE)
6. Dakar, capitale de la géologie de l'ouest africain 1945-1960 (C. COIN) 7. Le placer de la Perma (A. CHERMETTE)

143
147 154

8. La vie dans un cercle de brousse; mission d'exploration et de prospection dans la région du Bas-Cavally (H. ROBIN)

158 7

9.La Mission minière du Cavally et l'École de Moniteurs de mines (R. CAUSSE) 10. L'or en Guinée (A. CHERMETTE) Il. La découverte du premier indice de cuivre natif d'Ity (R . CAUSSE) 12. Souvenirs de bauxite et de Guinée Midi (J.- Y. EICHENBERGER) 13. Le diamant en Guinée (situation (R. CAUSSE)

164 167 171 173

-

Les Bauxites du

en 1957-58) 213

14. Chronique de la Saremci (1945-1962) ou le diamant en Côte-d'Ivoire (R. MALAURENT). . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 230 15. Compagnie minière de Conakry (P. LEGOUX) 261 275 278 280 de 288 298 16. Découvertes des gisements de fer d'Idjill (A. BLANCHOT) 17. La vie à Fort-Gouraud 18. Souvenirs sur Miferma en 1948 (A. BLANCHOT) (J. AUDIBERT)

19. Mission à Fort-Gouraud (février 1952 :naissance Miferma) (1. SERVANT) 20. Les débuts de Miferma (J .-P. SPINDLER) 21. La découverte 22. D'un puits à l'autre: (J .-M . LAMBERT) 23. Les phosphates mes années 50 en Mauritanie

du gisement de Taiba (G. ARNAUD). 305 313 329 332

au Sénégal (G. BERTHOUMIEUX)

24. Découverte des indices de manganèse de Grand Lahou (R. CAUSSE)

25. Le manganèse de Grand Lahou (J. PECCIA-GALETTO) 335 26. Le Djado : un bassin sédimentaire... qui aurait pu être pétrolier (G. GUÉRIN-VILLEAUBREIL).. . . . . . . . . . . . .. 339

- Index des noms cités

353

8

L'Afrique Occidentale Française avant la Seconde Guerre mondiale
Pierre Legoux (Juin 1985)

La reconnaissance géologique et le développement minier de l'Afrique Occidentale Française ont connu, pendant de longues décennies, un énorme retard par rapport aux territoires britanniques de la même région. La raison en est double. D'un côté les milieux d'affaires français étaient dans ces pays beaucoup plus orientés vers des préoccupations commerciales qu'industrielles. En France on pensait surtout aux industries lourdes, houillères, sidérurgie, grosse industrie chimique; et il n'existait pas d'entreprise française possédant à la fois la technique, le goût du risque et les moyens financiers nécessaires pour s'attaquer aux énormes problèmes posés par la reconnaissance géologique et l'exploration minière d'un sous-continent mal connu et peu équipé. Ce fut le mérite de Fernand Blondel d'essayer d'attirer l'attention des milieux d'affaires sur ces problèmes dans des conditions sur lesquelles nous reviendrons. Il fallait changer des mentalités et créer un état d'esprit nouveau. Cette constatation est d'autant plus surprenante que le Maroc à la même épo9ue ne souffrait pas des mêmes réserves; mais, à l'initiative d'Eric Labonne, l'attention avait été attirée par la création en 1928 du Bureau de Recherches et de Participations minières, initiative d'inspiration socialisante étonnante pour l'époque, mais bien dans 9

la ligne de la création quelques années auparavant de l'Office Chérifien des Phosphates. Du côté de l'Administration coloniale, imprégnée de conceptions humanitaires et assez peu ouverte aux considérations économiques, la même conversion était nécessaire. C'est l'époque où, non sans raison, Delavignette chantait le « paysan noir ». Au cours des années 30, à un moment où un petit groupe travaillait déjà à cette évolution, un gouverneur dit un jour à un agent du service des mines rentrant de tournée: « Et surtout ne trouvez pas de mine; vous allez prolétariser ces pauvres gens ». Peut-être n'avait-il pas aussi complètement tort qu'il peut paraître ; mais l'évolution mondiale en a voulu autrement et l'on en voit aujourd'hui les effets heureux et moins heureux. La première initiative fut donc individuelle. Un homme seul, Henry Hubert, à qui on ne rendra jamais assez hommage, encouragé par les universitaires auprès de qui il avait pris sa licence ès sciences naturelles, et tout spécialement par Alfred Lacroix, avait été en 1904 engagé comme « adjoint des Affaires indigènes » bien qu'il fût diplômé de l'École coloniale. Affecté au Dahomey, il fut chargé par le gouverneur Liotard de lever la carte du pays et recueillit les éléments d'une thèse de doctorat préparée pendant ses congés et soutenue en 1908. Affecté ensuite à Dakar il trouva le même soutien auprès des gouverneurs généraux Roume et William Pont y qui lui permirent d'étendre ses investigations à l'ensemble de l' AOF. Ainsi commença une merveilleuse épopée. En vingt ans, il parcourut seul, à pied et quelquefois à cheval, sans autres moyens que ceux que ses camarades administrateurs pouvaient lui prêter, des milliers de kilomètres (1) à travers toute l' AOF. Une première carte de l'AOF paraît en 1911 à l'échelle du 1/5 000 oooe suivie d'une révision en 1919. Il crée à Dakar une collection-musée. C'est lui qui dégagea les grandes lignes de la structure de l'Afrique occidentale et les fit connaître au monde scientifique par de nombreuses notes et études et par la publication de cartes de reconnaissance au 1/1 000 OOOe. ien que simples cartes d'itinéraires, ces cartes consB tituèrent longtemps le seul document cartographique géologique disponible, et ses analyses la seule interprétation structurale du pays. A son retour de congé en 1924, Henry Hubert est chargé du Service météorologique de l'AOF (2) et ses nouvelles fonctions lui interdisent désormais les longs et lents déplacements; il doit alors abandonner le travail de reconnaissance qu'il avait entre(1) A la fin de son séjour au Dahomey il estime avoir déjà parcouru quelque 7 000 km. (2) H. HUBERT s'intéressait depuis longtemps à la météorologie et avait publié des notes scientifiques de cette discipline et notamment dès 1916 un ouvrage sur la météorologie du Soudan. 10

pris avec tant d'opiniâtreté et de mérite. Il ne retrouve pas ses collections et les mauvaises langues racontent qu'elles auraient servi à remblayer les rues de la ville de Dakar - qui en avaient bien besoin! (3) - La dernière contribution d'Henry Hubert fut la publication en 1932, grâce à F. Blondel, d'une conférence faite au Muséum et en 1934 d'une carte au 1/5 000 000 dans l'Atlas des Colonies françaises de G. Grandidier. Il est remarquable que la préoccupation centrale d'Henry Hubert a toujours été scientifique et qu'il s'est fort peu soucié de prospection minière, ce que personne n'aura le mauvais goût de lui reprocher. A partir de 1923, toute activité géologique d'ensemble, même modeste, cesse. Certes des géologues ou bien parcourent certaines régions à l'occasion de missions (on peut citer André Lenoble au Soudan en 1926, Raymond Furon au Soudan en 1927/28, Théodore Monod en Mauritanie en 1928, Enzo de Chételat au Dahomey et en Haute-Volta en 1928, Aubert de la Rüe en Côted'Ivoire en 1930), ou bien sont affectés à certains territoires (Victor Pérébaskine au Soudan et au Dahomey, Alexis Chermette au Dahomey). Mais tous n'ont que peu de moyens, et l'on raconte même l'histoire d'un géologue qui, en raison de sa compétence sur le sous-sol, aurait été chargé d'établir un plan des égouts d'Abidjan. C'est alors que débarque à Dakar, en 1927, un jeune ingénieur des mines, Jean Malavoy, qui constate le vide auquel il est confronté (4). Affecté à la Section des Mines de l'Inspection générale des travaux publics, il se sent fort peu motivé pour les travaux administratifs dans un pays où l'industrie minière est presque inexistante; il entreprend à son tour de parcourir ce vaste pays, passant de longs mois en brousse, rapportant de nombreuses notes et d'abondants matériaux qu'il ne prit que rarement le temps de mettre en forme et d'étudier, pressé de repartir sur le terrain. Le service géologique, formellement créé en 1921 du temps d'Henry Hubert, est réorganisé en 1930, chichement doté (sur une subvention (5) de la Banque de l'Afrique occidentale versée en contrepartie du privilège d'émission) en 1930 ; cela permet de recruter des géologues contractuels. Dans cette tâche, il avait été fortement aidé par Fernand Blondel. En 1928 ce dernier avait quitté le Service géologique de l'Indochine (où il avait pris la suite de Charles Jacob et qu'il avait laissé à Fromaget)
(3) Dix ans plus tard, ma voiture s'est encore ensablée dans des rues du Plateau; mais les broussards savaient comment s'en sortir. (4) Lors du départ, en 1935, de J. MALAVOY,épuisé et excédé par les difficultés et l'incompréhension administrative, un haut fonctionnaire dakarois annota son rapport, fort peu administratif il faut le reconnaître: « Enfin Malherbe vint». Il ne croyait pas si bien dire. (5) 2 millions de F. Il

et le Service des Mines (où il avait succédé à Lochard peu de temps auparavant). Au lieu de rentrer directement en France, il avait visité Java, l'Afrique du Sud (où, auprès de Charles Jacob, il avait représenté la France au Congrès géologique de Prétoria, et lui avait fait confier la préparation de la carte géologique internationale de l'Afrique contre l'avis des Allemands, candidats à cette tâche (6», les Rhodésies, le Congo, puis l'AEF et l' AOF. Il est utile d'ouvrir ici une parenthèse qui dépasse l'AOF. Au cours de son voyage de retour, Fernand Blondel avait été frappé par le contraste entre les pays administrés par la Grande-Bretagne et par la France. Rentré à Paris, il s'adressa directement aux milieux d'affaires, leur reprochant leur désintérêt pour les possibilités minières africaines; on le prit au mot en le chargeant. de mettre en place un organisme de promotion et en tout premier lieu de rassembler une documentation. C'est ainsi que furent créés par le Comité des Forges, le Comité des Houillères et la Chambre syndicale des Mines métalliques, en 1930 le Comité 'd'Études minières pour la France d'outre-mer, puis en 1931 le Bureau d'Études géologiques et minières coloniales (7) ;que furent organisées des conférences au Muséum à partir de l'hiver 1931-32, et les stages précoloniaux de l'École des Mines de SaintÉtienne (8). Il apparaissait en effet nécessaire de donner aux jeunes chercheurs appelés à travailler en Afrique ou en Asie un complément de formation car l'enseignement traditionnel scientifique français ne les y préparait pas suffisamment. C'est ainsi que ceux qui eurent à travailler sur le craton ouest-africain durent découvrir une géologie dont l'enseignement officiel français faisait peu état et que probablement il connaissait mal. A partir de 1932, le BEGMC publie une revue nouvelle pour la diffusion des informations (9) et la série classique des livres à couverture bleu ciel
(6) « On ne verra jamais cette carte », avaient-ils aimablement conclu. En fait, grâce à l'obstination de F. BLONDEL,le travail était très avancé en 1939 et la dernière feuille fut présentée au Congrès d'Alger en 1952. (7)Le BEGMC subsiste aujourd'hui sous la forme du Centre d'Études géologiques et minières devenu depuis 1981 le Centre international pour la formation et les échanges géologiques (CIFEG). Inutile de dire que, créé sous la forme juridique d'un fondation, il a vu fondre sa dotation initiale et ne vit plus que de subventions, ce que le Conseil d'État eut du mal à admettre lorsque le Bureau reprit son activité en 1946 après la guerre. (8) Transférés ensuite à l'École des Mines de Paris, ces stages sont à l'origine de la Quatrième Année de l'École des Mines (l'année Raguin puis Pelissonnier) . (9)La chronique des Mines coloniales, après avoir plusieurs fois changé de nom pour s'adapter à l'environnement politique, subsiste aujourd'hui sous la forme de Chronique des Mines et de la Recherche Minière publiée par les soins duBRGM. Cette longue collection constitue aujourd'hui une source irremplaçable pour l'histoire de la recherche géologique et minière en Afrique, que l'on peut consulter au CIFEG - 103, rue de Lille à Paris. 12

sur la géologie et les mines de la France outre-mer, qui, pour l'essentiel, reproduisent les conférences du Muséum. Dans cette série, le livre de F. Blondel sur les « Vieilles Plateformes » (10) comble les déficiences d'un enseignement français alors beaucoup plus orienté vers la stratigraphie et la tectonique hercynienne ou alpine que vers l'étude de ces terrains trop anciens pour que l'on y trouve des fossiles bien conservés. On ne manquera pas de remarquer que toute cette documentation, rassemblée à la suite d'une initiative privée, est rendue intégralement publique; tout ce travail de collecte de l'information, de synthèse et de diffusion s'est révélé extrêmement utile et a probablement permis de sauver des informations éparses et de les coordonner. Il faut ajouter que les fondateurs du Comité et du Bureau continuèrent à se désintéresser des affaires d'outremer. La déficience du ministère des Colonies est flagrante; une Section des Mines y végète, rattachée à l'Inspection générale des travaux publics et confiée à des agents subalternes, alors que la forte personnalité de F. Blondel, et les contacts directs qu'il établit avec l'Afrique et ceux qui y travaillent, apportent à ceux-ci, outre les informations dont ils ont besoin, un solide soutien moral. Le ministère devait à plusieurs reprises en prendre ombrage. Revenons à l'AOF en 1931. Jean Malavoy peut recruter. Au début il trouva peu de candidats et les premières équipes furent formées des fils de Russes blancs ayant fait leurs études en France; certains d'entre eux se révélèrent d'excellents géologues. Par la suite la formation précoloniale fournit des éléments de valeur en provenance soit des facultés, soit de l'Institut de géologie appliquée de Nancy (11), soit de l'École des Mines de Paris. A partir de 1934, le Service géologique reçoit une nouvelle source de financement: sur un emprunt de l'AOF d'un montant de 1,7 milliard, la géologie reçoit 12 millions soit 0,7 °70; à défaut de la richesse, c'était la sécurité pour plusieurs années, mais les frais locaux des missions géologiques restaient à la charge des territoires, alors appelés colonies, où ils opéraient. En 1932 le Service compte Il géologues (12). Le travail commence à s'organiser en vue d'un levé de la carte géologique au
(10) F. BLONDELtenait beaucoup à ce que l'on écrivît « Plateformes » et non « Plates-formes» comme le dictionnaire l'exige. (11) Fondé bien auparavant par le père de Maurice Nicklès qui devait consacrer toute sa carrière à la géologie de l'AOF et l' AEF, devenu par la suite l'École Nationale supérieure de Géologie appliquée et Prospection minière qui fut une pépinière de géologues africains et malgaches, ces « mining geologists» dont on avait tant besoin. (12) DOBJANSKY,C. SKAWICH,R. GOLOUBINOW, . de CHÉTELATremplacé E par J. GOOR, M. BOLGARSKY,J. POSTOVOY, J. SAGATZKY, R. PROKOPENKO remplacé par A. CHERMETTE,Louis BAUD, S. SERPOKRYLOF, . REFORMATSKY N remplacé par R. LAMBERT.Voir à ce sujet le témoignage n° 2 A. CHERMETTE: quelques réflexions sur la vie du géologue en brousse et à Dakar. 13

III 000 OOOeavec détails au 1/500 OOOesuivant un programme qui avait été mis au point lors du passage de F. Blondel. On avait défini des régions d'intérêt prioritaire qui devaient être couvertes par un quadrillage d'itinéraires à une maille moyenne de 25km. A Dakar, Pierre Faucheux veille sur la documentation et crée le laboratoire de minéralogie-pétrographie, l'équipe de matériel optique et le complète d'un atelier de fabrication de lames minces de roches. Plus tard un naturaliste, Marcel Combier, sera extrait par Malavoy des paperasseries de la direction des finances pour assister P .Faucheux.Le laboratoire de chimie est confié à Paul Rose qui y consacrera toute sa carrière. Le Service géologique publie en 1932 son premier rapport annuel imprimé et largement diffusé. En 1933, venant de Rabat où il avait appris auprès de la Direction des Mines et de la Géologie du Maroc comment fonctionne un service bien organisé et équipé, Pierre L.egoux arrive à Dakar pour seconder J. Malavoy et assurer la continuité du service pendant les longues tournées de brousse de ce dernier (13). En 1933, le personnel scientifique est largement renouvelé: pour remplacer les partants arrivent Jean Archambault, Daniel Bonnault,Lucien Bouige, Fernand Jacquet, Maurice Nicklès ; à la minéralogie, André Choubersky remplace Marcel Combier (14). Un dessinateur cartographe diplômé de l'IGN, R. Lemonnier est recruté. Les publications comme.ncent de façon assez désordonnée, soit à la Société géologique, à l'Académie des Sciences ou sous forme de thèses. La reconnaissance géologique est réorientée ;on commence à se préoccuper de prospection à l'occasion des itinéraires géologiques; et tout spécialement de prospection alluvionnaire. La prospection géochimique n'est pas encore inventée et l'on espère par l'étude des minéraux lourds recueillir des indications sur certaines possibilités régionales ;des quantités de concentrés seront ainsi recueillies qui, malheureusement, ne seront pas toujours étudiées, faute de temps et de moyens, au laboratoire. Avec l'arrivée en 1934, d'un second adjoint, Gilbert Arnaud, et du géologue Alphonse Obermuller, l'équipe est constituée. Elle était complétée par les prospecteurs Beaulaton, Camusat, Pinget, Cambay. Jusqu'à l'après-guerre, le service resta médiocrement installé dans un vieil immeuble de l'Avenue Roume, dont il occupa pro(13) Il trouve au Service, pour l'ensemble de la Section des Mines de Dakar et des Services locaux MM. LAVILA,NALIN, ENGLER, TRÉLIS, SAY, BARDIN, DURIN, QUATREBRAS,LOCHET, tous anciens des Écoles Techniques des Mines d'Alès et de Douai. (14) Qui laisse une remarquable carte de détail de la ville de Dakar publiée deux ans plus tard. 14

gressivement les divers étages. C'étaient les anciens bureaux du Trésor et P. Legoux commença sa carrière derrière un guichet. Collections et laboratoires étaient au fond de la cour (que nous ne traversions pas sans prendre la précaution de mettre notre casque !).Les géologues, absents la plus grande partie du temps, n'avaient pas, au moins au début, de bureaux. Cette époque fut pour ceux qui la vécurent une expérience exaltante et dure dont les géologues d'aujourd'hui peuvent difficilement imaginer les conditions (15). Il n'existait pour ainsi dire pas de routes en AOF ; les postes administratifs de l'intérieur étaient reliés par des pistes de terre ou de latérite impraticables aux voitures en saison des pluies; les ponts de bois étaient chaque année emportés par les pluies; le service n'avait pas de voitures. Les géologues partaient pour des tournées de 8 à 9 mois, ne revenant à Dakar que pour l'hivernage, au cours duquel ils mettaient leurs notes en ordre, étudiaient leurs échantillons, dessinaient leurs cartes et rédigeaient leurs rapports avant de repartir. Chaque jour ils parcouraient à pied avec une équipe nombreuse recrutée sur place une vingtaine de kilomètres, relevant leurs itinéraires à la boussole et à la roue de bicyclette (car il n'existait pas de fond topographique précis), couchant chaque soir dans un nouveau village; car les villages africains étaient tenus par l'administration de maintenir en bon état une case africaine, le « campement» ou « case de passage» à la disposition des visiteurs ; en fait il en passait fort peu ; seuls les forestiers, les géologues et mineurs, et les géographes là où l'on commençait à lever la carte régulière, parcouraient ces pistes de brousse, et bien entendu les administrateurs lors des tournées de recensement ou à l'occasion de la collecte de l'impôt de capitation (le « limpo » comme disaient les gens du pays, ce qui leur posait bien des problèmes car les échanges monétaires étaient rares). Ces longues étapes dans un environnement qui n'avait pas bougé depuis des siècles étaient pour le nouveau venu une occasion d'incessantes découvertes, mais il se lassait vite de ce pittoresque pour ne songer qu'à son travail et à la peine du jour. Levé avant l'aube, solidement restauré, on partait au point du jour pour profiter des heures fraîches; à cette heure les animaux ne se cachent pas encore sous les feuillages, la brousse est bruis sante et les ombres encore longues. Quelque temps plus tard le gros de l'équipe, resté pour lever le camp, dépasse le géologue que ses observations retardent. Puis le soleil monte. Vers dix heures un arrêt-cassecroûte permet de mettre un peu d'ordre dans les cailloux, qu'il faut numéroter sans tarder; puis on repart et l'on marche bien
(15) Voir témoignages nos 1 et 2 : A. OBERMULLER,Difficultés d'un géologue inexpérimenté débutant en AOF et A. CHERMETTE,Quelques réflexions sur la vie du géologue en brousse et à Dakar. 15

au-delà du moment où le soleil vertical ne porte plus d'ombre et l'on arrive au village où le campement est déjà installé. Les villageois ont apporté du bois, le poulet, des fruits, du miel ou du lait suivant les ressources locales; les femmes sont allées à la rivière et rapportent l'eau sur les têtes dans des calebasses couvertes de feuilles. La nourriture pour les porteurs est préparée par le village. Après une sieste, une douche dans un tub pliant, il faut sans plus tarder classer et étiqueter les échantillons, rédiger un compte rendu sommaire de la journée. Si l'endroit s'y prête, quelques coups de fusil permettent de varier le menu, ou même de donner aux Africains un peu de viande; et puis la nuit tombe brusquement. On mne à la lueur de la lampe à pression. Et le lendemain matin, après avoir essayé d'indemniser le chef de village par un cadeau correspondant à une estimation de ce qu'il a fourni (car on n'achète pas, on échange de bonnes manières), on repart pour une nouvelle ~tape ; il n'est pas question de frigidaire, ou de vacation radio; tout au plus raconte-t-on l'histoire probablement apocryphe de 'ce géologue qui cultivait de la salade dans une calebasse portée d'étape en étape sur la tête d'un de ses hommes. Et l'on trouvera, peut-être, du courrier (et une circulaire de Dakar) lorsque l'on reviendra dans deux ou trois semaines au poste administratif. Là, dans ce pays où passent peu d'étrangers, celui qui vient d'ailleurs est toujours accueilli avec l'hospitalité africaine; on remercie en apportant un peu de distraction à ces gens isolés, en racontant les potins du chef-lieu ou les histoires que l'on a pu recueillir au cours des étapes précédentes. En forêt le rythme est le même, mais l'ambiance différente; on souffre moins du soleil, plus de lourdeur humide. Piste glissante, absence de vues rendant l'orientation difficile, et quelquefois le soir une fausse fraîcheur trompeuse qui regroupe les porteurs autour de feux de camp. Ajoutons, pour revenir à la géologie, l'immensité et la monotonie du pays, la rareté des affleurements. Dans les pays à cuirasse latéritique, on peut parcourir des dizaines de kilomètres sans trouver un caillou sain et il faut observer les variations subtiles d'aspect et de structure de la latérite; dans les pays de forêt l'altération peut atteindre des dizaines de mètres d'épaisseur; aussi faut-il profiter des rivières et marigots, seuls endroits où des affleurements existent peut-être ; on y fera aussi quelques battées, mais on ne peut trop s'attarder car l'étape est longue. C'est ainsi que travaillent dans des conditions sévères des géologues contractuels mal payés, sans garantie de carrière, mais attachés à leur recherche; les plus brillants en tireront une thèse de doctorat. La question d'un statut se pose déjà mais ne sera réglée que plus tard. 16

A partir du momeIltoù il s'agit d'un travail collectif, se pose une question délicate. La géologie n'est pas une science exacte et l'interprétation y joue un grand rôle, tout spécialement dans des pays où les affleurements sont très discontinus. Si la géologie ne s'arrête pas aux frontières, il n'y a pas non plus nécessairement de failles sur les limites des terrains dévolus à l'un ou à l'autre. Une certaine coordination doit être assurée et la tâche en revient, à cette époque, à des garçons qui n'ont pas la même formation que les géologues de terrain, mais possèdent des vues d'ensemble. Il en résulte inévitablement des tensions (16). Celles-ci furent particulièrement vives quand il fallut mettre toute l'équipe d'accord sur un mode uniforme de rédaction des cartes, puis plus tard, quand il s'agit de préparer une présentation synthétique de l'avancement des travaux. Mais l'arbitrage, pour n'être pas toujours facile, n'empêcha jamais la publication des résultats des uns et des autres; bien au contraire, ils y étaient encouragés et de nombreuses notes scientifiques virent le jour comme en témoigne la bibliographie que publie chaque mois la Chronique. Henry Hubert avait clairement caractérisé les grands ensembles géologiques: un complexe de roches éruptives et métamorphiques tectonisées, surmonté de « grès siliceux horizontaux », série compréhensive (silurien à carbonifère) et enfin, dans les régions sahariennes et au voisinage des côtes, des dépôts secondaires et tertiaires. Dans le premier ensemble, il distinguait des « gneiss» considérés comme « archéens» suivis par des « schistes et quartzites redressés» assimilés à l'algonkien, et des roches sédimentaires métamorphisées. Il fallait débrouiller ce complexe. Les Anglais de Gold Coast (l'actuel Ghana) étaient beaucoup plus avancés sur ces sujets que les Français, mal préparés à ces problèmes par l'enseignement reçu. Une première option consista à reconnaître que les gneiss d'Henry Hubert, désormais désignés comme « granito-gneiss », car largement d'origine ortho, étaient intrusifs dans les « schistes et quartzites» (l'actuel birrimien) et non antérieurs. Le fait, pressenti par Malavoy, fut confirmé par des observations de P. Legoux en Guinée. L'existence providentielle dans la documentation du Service de certains travaux finlandais fournit les éléments de comparaison nécessaires et le mot de migmatite fut alors pour la première fois employé en Afrique occidentale, et des faciès de grande profondeur décrits un peu plus tard (17). H. Hubert avait pressenti l'extension possi(16) Un cas extrême et un peu caricatural fut la fureur d'un géologue qui n'avait pas été autorisé à publier des traces de glaciation récente en HauteGuinée; on parla de « science officielle ». (17) Il est remarquable de constater que, dans le livre jubilaire de la Société géologique de France, publié en 1980 à l'occasion du cent cinquantenaire de cette société savante, certaines notes sur ce sujet furent relevées comme des faits nouveaux importants pour l'époque (1937-1938). 17

ble du tarkwaïen de Gold Coast en AOF ; c'est également à cette époque que L. Bouige et D. Bonnault le reconnurent en Côted'Ivoire sous le nom de « série arénacée » et que l'on commença à décrire des manifestations d'une phase tectonique antérieure au dépôt des grès horizontaux sous le vocable de « séries plissées intermédiaires». Mais à l'époque on ne possédait pas encore les moyens de datation indispensables pour y voir clair dans le complexe debase. C'est pendant cette période que se place l'histoire amusante et assez ridicule de la météorite de Chinguetti. Dans le courant des années 20, un officier méhariste avait rapporté au Muséum un échantillon météoritique et raconté avoir été conduit par des Maures dans des conditions mystérieuses sur l'emplacement où il l'avait recueilli, une montagne toute noire qui paraissait constituée du même matériau. Lors de sa longue et périlleuse tournée mauritanienne de 1930, Jean Malavoy avait cherché cette énorme météorite et, n'ayant rien trouvé, avait conclu, un peu rapidement, qu'elle n'existait pas. En 1934 arrive à Dakar, pour une nouvelle exploration en Mauritanie, Théodore Monod; il est chargé de mission par des organismes prestigieux (Académie des Sciences, Université de Paris), par les ministères de l'Éducation nationale et des Colonies, qui tous lui ont accordé leur patronage mais très peu de moyens. Il est notamment chargé de retrouver la météorite, à la suite d'un vœu émis par un congrès international d'astrophysiciens qui pensaient à une seconde météorite de l'Arizona. Il se présente au Service pour demander le patronage - et l'aide matérielle - du Gouvernement généraL A ma grande confusion, tout ce que l'Administration offrit à cet explorateur saharien fut la gratuité des transports sur les voies fluviales exploitées par l'administration (18). Cet incident courtelinesque donne la mesure de la façon dont l'exploration du sous-sol était prise au sérieux par certains cercles administratifs de Dakar. La mission de Th. Monod fut une des plus fructueuses de celles que ce prestigieux explorateur polyvalent fit au Sahara occidental, notamment la découverte du gothlandien daté des graptolites et la datation du dévonien du synclinal de Taoudéni. Monod nonplus ne trouva pas la météorite et, beaucoup plus tard, m'avoua qu'il doutait de son existence. Les photographies aériennes dont on dispose maintenant tendent à confirmer cette opinion. Jean Malavoy part donc en 1935, épuisé physiquement et moralement. Il avait eu le mérite de prendre conscience des problèmesposés par la reconnaissance de cet immense pays, de rassembler une première équipe et de lui donner l'exemple en payant
(18) Sur l'intervention restriction. du service, on finit tout de même par lever cette

18

de sa personne.. Dur pour lui-même, il était exigeant pour ses collaborateurs et les anecdotes abondent d'instructions qui, prises à la lettre, peuvent paraître excessives aujourd'hui dans la forme très directe qu'il leur donnait (19) ;mais sa propre rigueur, l'unique pensée dont tous le savaient animé, son style original de vie lui méritaient d'être considéré par les géologues comme l'un d'eux et faisaient accepter ce que l'on n'aurait pas toléré d'un autre. Il était unanimement aimé et respecté de son équipe (20). Il partait lassé par les entraves administratives de tout ordre, par l'étroitesse des crédits et les traitements médiocres des géologues et prospecteurs, par la mesquinerie tatillonne des services administratifs. Mais surtout il était écœuré par l'incompétence et l'incompréhension des services des Travaux Publics auxquels il était subordonné, aussi bien à Paris qu'à Dakar; des pers onnalités importantes ne lui faisaient pas confiance et lui donnaient des instructions pour le moins contestables. A juste titre, il pensait qu'avant de faire de la prospection de détail il faut connaître le terrain pour savoir quoi et où rechercher et qu'au point où l'on en était on pouvait tout au plus relever des indices au cours du levé de la carte géologique. Paris lui reprochait de faire un travail « scientifique» alors qu'il avait conscience de la méthode et du temps nécessaires pour obtenir des résultats. Mais il souffrait surtout des manœuvres qu'il subodorait, des cachotteries qu'il découvrait. Jean Malavoy parti en 1935, cet homme de terrain qui croyait à sa tâche, méprisait les gens sans caractère, ne s'arrêtait guère aux problèmes d'intendance et d'administration (21) - il avait des adjoints pour ces paperasseries - fut remplacé par des organisateurs, successivement André Guillanton et Pierre Seyer. Le programme que F. Blondel avait établi en 1929 prévoyant une carte générale de reconnaissance géologique à l'échelle du 1/1 OOOOOOe vec détails au 1/500 OOOe il estimait à une cena ; taine de géologues-ans le travail sur le terrain, soit huit ans pour une douzaine de géologues; c'était une estimation optimiste. A la suite d'une longue visite (février - juin 1936) au cours de laquelle F. Blondel parcourut l'ensemble de l' AOF, accompagné successivement par un et l'autre adjoint (22), le nouveau chef de
(19) Quand il envoyait à l'Inspection générale des Travaux Publics, dont il dépendait, des papiers dont on lui faisait remarquer la forme peu administrative, il répondait: «l'Inspecteur général torchera cela à sa manière ». (20) Après une courte et brillante carrière dans l'administration métropolitaine, J. MALAVOY, patriote et résistant actif, mourut en février 1945 déporté à Mauthausen et Elensee. (21) On raconte qu'il aurait dit ou écrit, mais je ne l'ai ni vu ni entendu: « Vous marcherez jusqu'à la limite de vos forces». (22) On jugera de la bonne humeur et de l'humour dont Fernand BLONDEL savait colorer ses relations avec ses jeunes camarades par le procès-verbal 19

service, A.Guillanton, établit un nouveau plan des travaux: publication de la carte en coupures régulières a.u 1/500000e au Sud du 16e parallèle (1,5 degré sur 2) et 1/1000 DOOeau Nord (3 degré sur 4 degrés), c'est-à-dire des demi-feuilles des cartes du Service géographique. Il y a à ce moment au Service dix géologues (23) et quatre prospecteurs (24), mais le jeu des congés empêche l'équipe d'être jamais complète, car le cycle théorique de 5 mois de congé après 19 mois de séjour n'était. jamais respecté. Cette systématisation du levé géologique entraîne une conséquence : plus que jamais une certaine homogénéité du travail s'avère nécessaire, tous doivent accepter certaines conventions terminologiques, zonéographiques ou stratigraphiques communes. A cet effet est établie en 1937 une légende-type, ce qui n'alla pas sans quelques tiraillements. C'est maintenant possible caron commence à avoir des vues précises sur la structure d'ensemble du pays (bien que la structure du socle ouest africain pose encore bien des problèmes qui ne seront débrouillés que beaucoup plus tard, quand on n'en discute pas encore maintenant). Une originalité des cartes qui commenceront à être rédigées puis publiés avec notices explicatives fut de figurer, aussi bien dans les teintes roses des granito-gneiss que dans le vert birrimien, des lignes continues (25) soulignant l'orientation générale des formations redressées et leurs flexures. En outre à partir de 1938 commença à paraître, avec une périodicité irrégulière, le Bulletin du Service qui publiait des études originales. De plus continuaient d'être encouragées les publications extérieures qui faisaient connaître l'activité du jeune service, principalement notes à l'Académie des Sciences et à la Société géologique de France. On doit signaler ici la découverte, dans le Haut-Dahomey, en 1935, par A. Chermette (26) d'un gisement de fer qui, examiné en 1958, se révéla trop pauvre et trop éloigné de la côte, et la découverte en 1936 du placer aurifère de laPerma, qui produisit quelque 900 kg d'or à partir de 1939. Il examine les indices de rutile signalés dès 1908 par H. Hubert.
en bonne et due forme par lequel les adjoints se sont transmis à Bamako « un ingénieur des mines en bon état de conservation d'un poids approximatif de 90 kilogrammes ». (23) D. BONNAULT,L. BOUIGE, A. CHERMETTE, R. GOLOUBINOW,F. JACQUET,R.LAMBERT, M. NICKLÈS,A. OBERMULLER J. ARCHAMBAULT ; vient de partir remplacé par P. THIBAUT. L. BAUD a été affecté à la mission d'études du fleuve Sénégal. (24) BEAULATON,CAMBAY, CAMUSAT,PINGET. (25) Plaisamment appelées « ténias ». (26) Voir témoignages nOS3 et 4 : A. CHERMETTE,Le fer et le titane dans le Haut-Dahomey, Les premières reconnaissances du gîte de fer de Hiré (Côted'Ivoire).

20

On doit noter aussi, fin 1939, une mission de prospection minière au Togo (qui cependant, territoire sous mandat, ne relève pas de Dakar) confiée par P. Seyer à Chermette et Pinget (27). L'année 1937 est marquée par un événement tragique, la disparition en Mauritanie du géologue Jacquet que ses qualités appelaient à une carrière brillante. Après un premier séjour où il avait travaillé au Sénégal, pays qui l'avait déçu par la rareté des affleurements et l'obligation d'examiner systématiquement les puits, puis en Mauritanie méridionale, F. Jacquet était rentré en Europ.e par la voie mauritanienne et le Maroc. A son retour en 1937 il reprend ses travaux en Mauritanie et décide d'entreprendre la traversée directe Tidjikja Akjoujt au lieu de suivre la ligne des points d'eau. Le 8 avril 1937 il quitte Tidjikja avec deux guides maures ; on a trace de son passage à Hassi el Motla. Il n'est jamais arrivé à Akjoujt. Inquiet du retard le résident d'Akjoujt rend compte .par télégramme au Gouverneur général; une indiscrétion commise dans les bureaux du Cabinet permet à la presse de prendre connaissance de ce télégramme et un journal du soir annonce en France la disparition d'un géologue en Mauritanie. Je reçois alors du père de F. Jacquet un télégramme affolé implorant des nouvelles; alors commence une correspondance pénible avec M. Jacquet et le Professeur Maurice Gignoux. Des recherches sont entreprises par les méharistes et l'aviation. Sans y croire, je fournis des éléments à un radiesthésiste qui offre ses services. F. Jacquet n'a jamais été retrouvé, maison a recueilli quelques objets épars lui ayant appartenu. On a su que ses deux guides ont fui l'un au Rio de Oro et l'autre au Soudan. Il est presque établi qu'il fut assassiné, probablement autour de ce qui restait d'eau dans la dernière guerba. A l'époque les réactions officielles donnaient régulièrement raison à l'Africain contre l'Européen et le Cabinet essaya de me faire dire que Jacquet était brutal avec son personnel. Énergique oui; il faut l'être pour faire ce métier; brutal, non. Justice a été rendue à la mémoire de Fernand Jacquet : citation à l'ordre de la Nation, Légion d'Honneur à titre posthume, et plus tard une plaque commémorative dans les locaux modernes du Service construits après la guerre à Fann près de Dakar. J'ai eu récemment la grande satisfaction de constater que cette plaque est toujours à sa place dans ce qui est maintenant le hall du ministère des Travaux Publics et des Mines de la République du Sénégal. Pendant ce temps les stages de formation précoloniale et les conférences du Muséum organisées par F. Blondel continuaient leurs cycles, couvrant les différents pays et les divers produits minéraux. C'est dans ce cadre que P. Legoux fut chargé de pré(27) Voir témoignage n° 5: A. CHERMETTE, Quelques notes sur le Togo. 21

parer une synthèse des connaissances acquises en vue d'exposés qu'il fit pendant un congé en France en février 1939 ; il ne s'agissait pas de présenter des vues personnelles, mais d'être aussi objectivement que possible le porte-parole d'une équipe, tout en rendant à chacun ce qui lui revenait. Ce travail remplit la quatrième livraison du Bulletin du Service sortie peu de temps avant la guerre; une carte géologique en couleurs à l'échelle du 1/5 000 OOOe est insérée. Assurément cette synthèse et cette carte y sont aujourd'hui largement dépassées, mais cette publication a constitué une étape dans la connaissance de la constitution du sous-sol africain. ParallèlementF. Blondel et son adjoint le Cornmandant Daumain continuaient la mise au point patiente des feuilles de la carte géologique internationale de l'Afrique et notamment de la partie saharienne de l'AOF où les géologues dakarois, centrés sur le pays « utile », avaient eu peu d'activité, mais où des savants comme Conrad Kilian et Théodore Monod avaient fait des découvertes importantes. *

*

*

Jusqu'à la mise en place du FIDES (en 1946-1947) l'activité originale du Service des Mines et de la géologie fut donc surtout géologique. On aura noté au passage que le levé de la carte géologique était complété par le prélèvement des concentrés de minéraux lourds, d'ailleurs insuffisamment étudiés, faute de moyens; et les quelques « prospecteurs» contractuels servaient plus à assister les géologues qu'à conduire des travaux proprement dits de prospection, qui auraient requis des moyens lourds dont on ne disposait pas. Cependant on peut signaler en pays désertique, là où les affleurements sont mieux exposés, la découverte par F. Jacquet des gisements de cuivre d'Akjoujt et de fer de Fort-Gouraud en Mauritanie, qui ne devaient donner que beaucoup plus tard lieu à travaux miniers; on peut mentionner aussi en Mauritanie des phosphates sur la rive droite du fleuve Sénégal (Civé) et une petite couche de phosphate riche au Nord de Gao sur le bord de la piste transsaharienne (Tamaguilel). De son côté A. Chermette avait trouvé dans le Nord du Dahomey le petit gisement alluvionnaire d'or de la Perma. Avant 1930, l'activité de recherche privée était restée très limitée. Une importante mission de prospection n'avait obtenu aucun résultat en Côte-d'Ivoire. Dès 1928 des indices de cuivre avait été trouvés en Haute- Voltapar la Compagnie Équatoriale des Mines (dont l'activité principale, aurifère, s'exerçait en Oubangui-Chari), indices qui donnèrent lieu en 1936-37-38 à une petite production. 22

Au début des années trente, les seules exploitations minières actives étaient de dimensions très modestes. Les sables noirs à ilménite et zircon de la Petite Côte du Sénégal étaient recueillis et concentrés par simple criblage. A l'embouchure de la Casamance, des sables noirs étaient également récoltés et traités par séparateurs magnétiques et tables à secousses. Une société s'efforçait de draguer les alluvions de la rivière Falémé à la frontière du Sénégal et du Soudan ; c'était la seule exploitation subsistant de plusieurs tentatives de dragage de l'or dans les années 1910-1920, dont on retrouvait encore parfois les vestiges rouillés sur les rives des fleuves. Parmi bien d'autres raisons, les teneurs insuffisantes et surtout l'absence de grands flats expliquent ces insuccès. D'autres minéralisations, qui ne devaient donner lieu à travaux que beaucoup plus tard, étaient déjà connues; citons:

-

-

les les des les

phosphates de la falaise de Thiès (Sénégal) (28) ; sables bitumeux d'EboÏnda (Côte-d'Ivoire) (29) ; indices très étendus de bauxite en Guinée (30) ; latérites ferrifères de Conakry (31).

Sur les phosphates du Thiès, le gouvernement général avait fait venir en 1932, contre l'avis du Service, un sourcier. Pierre Faucheux fut chargé de l'accompagner, ce qui donna lieu à plusieurs situations cocasses. La meilleure anecdote se rapporte à un jour où le Dr Moineau perdit sa montre. Pince-sans-rire, P. Faucheux lui suggéra d'employer ses méthodes pour la retrouver. « Vous n'y pensez pas, Monsieur; l'importance de ma mission ne me permet pas de m'en détourner pour des fins personnelles» . En 1933, le Gouvernement général charge à nouveau un sourcier de travaux - cette fois à distance, sur carte -pour phosphates et pétrole; à mes protestations auprès de l'Inspecteur Général des Travaux Publics (<<Consultez plutôt une chiroman(28) Les phosphates alumineux et calciques de Thiès ont été mis en exploitation après la guerre. Voir témoignage n° 21: G. ARNAUD, La découverte du gisement de Taiba. (29) Dont pendant la guerre A. SAVORNINétudia une éventuelle exploitation (c'est là qu'il fût arrêté pour sympathies gaullistes). (30) Les bauxites de la région de Boké ont été mises en exploitation de date récente. (31) Ce gisement d'un minerai abondant, mais relativement pauvre (environ 50 070de fer) et surtout d'une composition chimique inhabituelle, sera équipé après-guerre et son exploitation continuera quelques années après l'indépendance de la Guinée. Voir témoignage n° 15 : P.LEGOUX, Compagnie minière de Conakry.

23

cienne »), celui-ci répond: «Vous prêchez un converti... mais il y a des phénomènes... et puis c'est la volonté du gouverneur général, on verra bien, ce sera curieux... ». Ces anecdotes ne sont rapportées ici que pour illustrer les rapports mines- TP, mais l'incompréhension était la même sur des questions plus sérieuses. Dans les années 1933-35 d'assez nombreuses initiatives se sont manifestées, favorisées par le régime des « permis généraux» qui permettait d'octroyer des droits sur d'assez grandes surfaces, tout en imposant au titulaire des conditions adaptées au cas particulier. Le plus souvent il s'agissait de personnalités dont il était difficile de savoir quels intérêts elles recouvraient. Bien peu de chose résulta des permis qui furent alors créés. Pour l'or, les gisements alluvionnaires d'Afrique occidentale, à la différence de l'Afrique équatoriale, sont souvent profonds et latéritisés et presque toujours ont été connus et exploités déjà par les habitants du pays. On doit citer ici la réexploitation des tailings d'un filon qui avait été exploité anciennement par les Africains à Poura en Haute-Volta. Pour le diamant, on doit signaler deux initiatives sérieuses, d'une part les missions Ordia derrière lesquelles se trouvaient des diamantaires hollandais désireux de tailler un jour des pierres qu'ils n'auraient pas achetées à Londres (32). Et d'autre part, les initiatives de Charles de Breteuil qui couvraient des intérêts anglais, mais apportaient une compétence qui nous manquait. En Guinée, l'étude des bauxites des lIes de Los (33), au large de Conakry, a été commencée avant la guerre par une filiale française de l'Alcan canadien. Sur le continent, de nombreux indices de bauxite dans les plateaux bowé (33) étaient couverts par une multitude de permis sur lesquels aucune activité n'était exercée et que l'on savait détenus par des personnes privées en liaison les unes avec les autres. Les latérites ferrifères de la presqu'île de Conakry (Kaloum) avaient été signalées dès 1904 par le géologue J. Chautard, au moment de la construction du chemin de fer, puis étudiées à la fin de la Première Guerre mondiale (1917-1918) par l'Américain Sinclair puis de 1919 à 1922 par le Français La Bouglise. En avril 1936, un article de M. de la Bouglise paru à la Chronique attira à nouveau l'attention sur les réserves importantes de ce gisement et une compagnie entreprit d'en compléter le cubage. En 1938 et 1939 une trentaine de milliers de tonnes fut envoyée en Sarre et en Belgique pour essais métallurgiques (34).
(32) Ils y réussirent plus tard en AEF. (33) Voir témoignage n° 12 : J. Y. EICHENBERGER,Souvenirs de bauxite et de Guinée. (34) Voir témoignage n° 15 : P. LEGOUX, Compagnie minière de Conakry. 24

Mais la principale production minière du pays provenait de ce que l'on appelait 1'« orpaillage indigène ». Contrairement aux habitants de l'Afrique équatoriale, les habitants d'Afrique occidentale ont connu l'or de temps immémorial; et l'or de Galam et du Bambouck faisait déjà l'objet d'un trafic transsaharien au Moyen Âge. Dès la fin du XIXe siècle les droits coutumiers des autochtones sur les gîtes superficiels d'or avaient été reconnus mais ce n'est qu'en 1924 qu'on leur donna un caractère exclusif ; des réserves furent définies en 1925 sur les confins guinéosoudanais (Siguiri) et en 1931 en Haute-Volta (pays Lobi) (35). En outre, des activités sporadiques d'orpaillage ne cessèrent jamais en divers autres endroits (bassins de la Falémé et de la Haute-Gambie au Sénégal, région de Bouaflé et Dimbokro en Côte-d'Ivoire). Citons enfin des traces d'importantes exploitations filoniennes, non datées, à Poura en Haute-Volta dont une entreprise européenne essaya de retraiter les abondants tailings. De toutes ces exploitations africaines les plus importantes sont de loin celles de Siguiri (36) ; leur étude à montré que, contrairement aux apparences, elles étaient organisées sous la direction d'un chef de mine, le kountigui et n'étaient pas conduites au hasard. Bien entendu les moyens utilisés pour extraire ce gravier aurifère de lits anciens recouverts de dix à vingt mètres de latérite étaient purement manuels; l'exploitation conduite par des puits individuels de faible diamètre était dangereuse et la proportion de minerai abandonné notable; on n'a jamais su combien d'hommes ont pu être ensevelis sous les éboulements. La production atteignait trois ou quatre tonnes par an, extraites par une centaine de mille travailleurs et laveuses d'or à la calebasse. Non sans quelque présomption, mais aussi sans succès, le Service des Mines essaya de 1933 à 1935 de «moderniser» ces exploitations et créa une « mine-école» sur un chantier à ciel ouvert. En fait il s'agissait plus d'un essai d'exploitation de gisements inaccessibles aux Africains; il y eut même une galerie de reconnaissance des gisements primaires. Avec le recul du temps, on peut estimer que de bonnes intentions ne peuvent suppléer au manque de moyens et, pour dire, à une certaine inexpérience. A cela s'ajoutèrent de malencontreuses initiatives de l'Office du Niger, soutenues par les Travaux Publics en cachette du Service des Mines. Cela commença en 1934 par la recherche du prolongement en Haute-Volta d'un filon d'or connu en Gold Coast
(35) La même réglementation s'appliquait en Mauritanie au sel de Sebkhra et au Niger au sel et au natron; curieusement, au Sahara soudanais, le sel de Taoudéni n'était pas mentionné. (36) Avant la Première Guerre mondiale, des entreprises avaient essayé d'exploiter l'or dans cette région; en 1914 l'Administration fit fermer ces chantiers, ce qui donna lieu à un contentieux qui ne se termina qu'en 1929. 25

(Ghana)... à 15kilomètres de là. Puis, en 1936, à un moment où les travaux d'irrigation touchaient à leur fin, une tentative d'exploitationpardrapagedes gisements d'or de Siguiri ; on parla même de restreindre les droits coutumiers indigènes. Mais ces gisements sont trop profonds pour des appareils capables d'excaver au plus 6 à 8 mètres en terrain meuble et leur recouvrement est trop induré pour se prêter à ce genre d'opération. Inutile de dire combien ces manœuvres pouvaient exaspérer Jean Malavoy qui craignait d'y voir fondre ses maigres crédits. Mais la grande découverte des années 30 fut le diamant de Guinée. Ce minéral avait été trouvé en Sierra Leone en 1931 et la production commencée 2 ans plus tard. Dès 1933-34, trois prospecteurs, M. Wilmarth et les frères Dermody, parcoururent la Haute-Guinée forestière limitrophe de la région diamantifère sierra-leonaise. Les premières pierres furent trouvées en 1934 sur la rivière Makona et des permis de recherches couvrirent ces découvertes. C'est alors que le Gouvernement de Sierra Leone invita le Gouvernement général à envoyer deux personnes visiter ce pays, simple relation de bon voisinage, semblait-il. L'hiver 1934-35 P. Legoux et A.Choubersky y reçurent un accueil chaleureux. Au cours de ce voyage, d'un vif intérêt pour l'AOF à un moment où les Français avaient les yeux tournés vers les réalisations minières britanniques dans les pays voisins et y cherchaient exemples et enseignements, l'administrateur délégué du Selection Trust, Nicklaus prit un jour P. Legoux à part et lui dit: « Nous savons que des diamants ont été trouvés en Guinée; vous avez vu l'importance de nos gisements; nous pouvons faire tomber à un penny le cours du carat (37) ; il faut que nous nous entendions». Les autorités de Dakar n'attachèrent aucune importance à cette ouverture; cependant le Gouvernement général plaça le diamant de Haute-Guinée sous le régime de la réserve qui suspendait l'attribution quasi-automatique des permis miniers et lui substituait un régime d'attribution discrétionnaire de permis de grande surface après négociation d'une convention. Celle-ci pouvait notamment poser certaines rè,gles sur la composition du capital, stipuler une participation de l'Etat aux bénéfices et placer auprès du Conseil d'Administration un Commissaire du Gouvernement chargé de veiller au respect de la convention. Celle-ci fut négociée par P. Legoux avec Charles de Breteuil, descendant d'une grande famille qui dirigeait un journal dakarois. On ne cachait pas une participation britannique, mais la convention limitait celle-ci à 35 070.L'exploitation de la Soguinex s'organisa rapidement et pendant de nombreuses années la production annuelle tourna autour de 60 000 carats sans que l'Administration française réussît à obtenir un développement des
(37) Il se vantait. 26

travaux de recherche, ni à se faire communiquer l'estimation des réserves connues (38). Pendant la guerre, Pierre Faucheux, qui s'occupait au ministère des Colonies de la Section des Mines (et d'ailleurs avait réussi à faire passer en Suisse des lots de diamants pour les soustraire aux Allemands) reçut un jour la visite de la Gestapo qui lui montra des documents découverts lors de perquisitions dans des banquesparisiennes ; un grand nombre d'actionnaires de la Soguinex n'étaient que des prête-noms qui avaient signé des transferts en blanc. Il réussit à en prendre des photographies et ne donna évidemment pas suite à l'affaire (39). Lorsqu'en 1945 je découvris le dossier, je me rendis à Londres et allai voir Chester Beatty, président du puissant Selection Trust. Documents en main je lui reprochai le manque de fairplay (j'étais mieux placé que d'autres pour le faire, ayant pendant les hostilités été avec de Gaulle, allié des Britanniques, et ayant même passé deux mois en 1943-44 dans Londres bombardé) ; je lui expliquai que je pouvais saisir les actions irrégulières (40), mais qu'étant ami des Anglais je lui proposais une transaction. La part britannique autorisée était augmentée, mais le Gouvernement français rachetait un important paquet d'actions à leur valeur à casser du bilan, c'est-à-dire pour un montant sans rapport avec la valeur de l'entreprise, car elle avait été remarquablement gérée et les immobilisations étaient largement amorties. C'est ainsi que le Gouvernement général de l'AOF et la colonie de la Guinée devinrent actionnaires et administrateurs de la Soguinex, après élimination de la plupart des hommes de paille. Inutile de dire que les relations entre Ch. de Breteuil, président de la Soguinex, et le commissaire du Gouvernement que j'étais devenu, furent plus d'une fois tendues. Revenant après cette digression à la période qui nous occupe, il faut mentionner rapidement l'activité administrative du Service des Mines qui restait subordonnée, à Paris et à Dakar, à l'Inspection des Travaux Publics dont les préoccupations étaient différentes (41). Les chantiers dont on vient de parler étaient visités une fois par an par un ingénieur de Dakar; dans chaque « colonie », des ingénieurs étaient placés, dans le cadre de la
(38) On devait s'apercevoir, beaucoup plus tard, lorsque, après la guerre, des Africains venus d'ailleurs de l'étranger pour la plupart, envahirent la région et la couvrirent de chantiers clandestins, que les minéralisations étaient beaucoup plus étendues que ce que l'on pensait. (39) Pierre FAUCHEUXavait une activité clandestine sur laquelle nous sommes peu renseignés. Arrêté et déporté par les Allemands, il n'est jamais revenu. (40) Pur bluff; cette fois c'est moi qui me vantais. (41) C'est ainsi que, par exemple, une circulaire ministérielle recommande de trouver des mines auprès des chemins de fer, alors qu'au contraire il faut const.ruire des voies ferrées pour desservir les mines. 27

direction des Travaux Publics auprès du «LieutenantGouverneur» et sous son autorité, ce qui ne facilitait pas les relations' avec Dakar. Bien que les activités privées de prospection et de production fussent limitées, la gestion des permis miniers, que l'on accordait et renouvelait généreusement, la surveillance des carrières et quelques activités annexes, constituaient le train-train quotidien. A Paris, la Section des mines de l'Inspection Générale des Travaux Publics, confiée à des agents subalternes, manquait d'autorité; à Dakar le Service se débattait avec les grandes directions: Finances, Affaires politiques et économiques, qui ne le prenaient pas beaucoup au sérieux. Il fallut attendre l'après-guerre pour que les responsables politiques prissent conscience du rôle que le sous-sol peut jouer dans le développement d'un pays neuf. Dès 1899, pour l'ensemble des pays d'outre-mer administrés par la rue Oudinot, une législation minière (42) très libérale, imitée de l'Australie, était fondée sur l'idée que la mine doit revenir à celui qui l'a découverte et donc que le permis de recherches doit être attribué au premier demandeur; cependant celuici devait avoir été préalablement agréé (autorisation personnelle). En 1924 un décret régla le détail de ces questions pour l' AOF. Mais on s'aperçut assez rapidement que ce régime, fait pour le prospecteur isolé, ne permettait pas l'organisation de missions d'exploration régionale dotées de moyens scientifiques et techniques et d'un personnel diversifié (43). C'est pourquoi en 1927 un décret créa les zones réservées et les permis généraux de recherches dont nous avons vu une application au diamant. En 1934 Paris refondit cette législation en précisant les obligations des titulaires de permis et renforçant les pouvoirs de contrôle de l'Administration. Fort maladroitement, les dispositions de 1927, qui permettaient de suspendre l'attribution automatique des permis et ouvraient la voie à une orientation nouvelle de la politique minière, furent reléguées dans deux petits articles du décret de 1934 perdus dans les dispositions diverses. Progressivement on plaça sous le régime de la réserve les minéraux les plus prometteurs sur des surfaces de plus en plus étendues; et l'on aboutit à ce résultat - paradoxal et finalement très peu incitatif d'un texte dont la plus grande partie restait lettre morte, et où tout reposait sur deux articles, sybillins, dont l'interprétation supposait que l'on appartînt au sérail. Le Service eut la charge de
(42) Dans ces pays, par application d'un senatus-consulte du Second Empire (3 mai 1854), le pouvoir législatif était exercé par le Président de la République qui légiférait par décret sur proposition et avec le contreseing du ministre des Colonies; c'est pourquoi on a longtemps parlé de « réglementation» alors qu'il s'agissait d'une « législation ». (43) La priorité de l'enregistrement aurait même été l'occasion de courses sur les pistes de Côte-d'Ivoire et de Haute-Volta. 28

préparer (et de faire accepter par les grands services dakarois et par Paris) les textes d'application. Un autre texte notable fut un décret de 1937 entièrement préparé à Dakar (44) à la suite de la visite de la Sierra Leone et organisant la protection des exploitations diamantifères contre les vols. La contrebande a été une préoccupation constante des producteurs de diamant, et des pays où cette exploitation revêt quelque importance. Ce décret fut imité l'année suivante par l'AEF. Mais une politique minière ne peut pas être le fait du seul Service des Mines; il peut en être l'inspirateur, et ensuite le bras séculier. A l'époque que nous évoquons, les préoccupations politiques étaient tou.rnées ailleurs. Si l'on essaie, avec le recul des décennies et l'expérience acquise depuis lors, de prendre une perspective cavalière de ce que furent ces années trente, on observe une administration des mines en Afrique occidentale assez bien pourvue en hommes, manquant complètement de moyens matériels, peu considérée par les dirigeants et appliquant de son mieux une législation ésotérique intelligible aux seuls initiés (45). Et de la part de tous un grand dévouement à la chose publique et une inépuisable bonne volonté (46). En symbiose avec l'administration des mines, la seule activité d'avenir, - et aussi la plus intéressante -, était la patiente reconnaissance systématique de la géologie d'un pays vaste comme huit fois la France par une équipe d'hommes jeunes, deprovenances diverses, profondément motivés, devant acquérir par euxmêmes l'expérience de terrains et d'altérations superficielles bien différents de ce que leurs études supérieures leur avaient appris. Le retard vis-à-vis des pays britanniques voisins était énorme. Il ne put être comblé que beaucoup- plus tard, lorsque, la guerre finie, le Fides dégagea les ressources financières sans lesquelles aucune reconnaissance minière sérieuse d'un vaste pays n'est possible.

(44) L'ambition de tout fonctionnaire dakarois d'un certain rang était d'avoir « son» décret. (45) Une revue allemande se permit la remarque obligeante que l'Afrique française se caractérisait par plus de règlements miniers que de mines. (46) Certaines initiatives locales bien intentionnées mais maladroites, car manquant à la fois de bases et de moyens, méritent ici une mention. Julian par exemple essaya seul une exploration minière de la Guinée qui donna naissance à un long rapport plus poétique que scientifique; c'est lui aussi qui anima, dans des conditions d'inconfort inimaginables, la mine-école de Siguiri. 29

L'Afrique Occidentale Française de 1944 à 1960
André Marelle (Mai 1985)

En dehors d'un court passage au travers du Niger en rejoignant par la voie de terre mon poste au Cameroun, en février 1945, et d'un échange de correspondance avec Gilbert Arnaud au printemps 1945, mon premier contact avec l'Afrique Occidentale Française (AOF) s'est situé lors d'une rapide mission d'étude en avril 1948. Quelques mois plus tard, il me revint d'assurer pendant « l'hivernage» (c'est-à-dire la saison chaude) l'intérim de la direction des mines au départ de Gilbert Arnaud, nommé directeur général adjoint du Bureau minier de la France d'outre-mer. Mis ainsi « dans le bain », j'ai gardé une affection particulière pour les hommes d'AOF et pour leur travail. De 1952, date à laquelle je me suis trouvé attaché au ministère de la France d'outre-mer comme adjoint puis comme successeur de Pierre Legoux à l'Inspection générale des mines de la géologie, jusqu'en 1960 et après, de nombreuses mais brèves visites, d'abondants échanges de vues et des correspondances volumineuses ont donné à cet attachement des occasions variées de s'exercer. La présentation générale de la vie et de l'activité des géologues et mineurs d'AOF pendant la période 1944-1960 est une nouvelle manière de leur exprimer mon affection. Au-delà de mes quelques souvenirs personnels d'acteur ou de témoin, une telle présentation ne pouvait résulter que de la consultation des correspondances et des souvenirs des vrais acteurs de cette période exceptionnelle de développement géologique et minier. C'est à eux qu'il appartient de rectifier et de compléter, s'ils le souhaitent, l'essai d'un ami ayant surtout vécu de l'extérieur leurs espoirs et leurs souffrances. 31

I

-

1944

La guerre n'est pas finie, et pourtant l'après-guerre est déjà commencée. La Conférence de Brazzaville, tenue entre gouverneurs des colonies françaises sous la présidence du général de Gaulle, a lieu du 30 janvier au 8 février 1944. Un processus de réformes y est annoncé, qui sera mis en train dès la fin des hostilités, en faveur des ressortissants français et des pays administrés par la France. La libération de la plus grande partie de la métropole à la suite des débarquements des forces armées alliées intervient ensuite, et permet la réinstallation du Gouvernement et de ses ministères à Paris, M. René Pléven, commissaire aux colonies du Gouvernement d'Alger gardant son portefeuille. Au service des mines du ministère des Colonies, André Savornin vient dès septembre 1944 prendre les fonctions que Pierre Faucheux, arrêté par les Allemands et mort en déportation, avait dû abandonner. Entre André Savornin, qui avait .quitté l'AOF en 1942 étant alors inculpé de contacts avec les Anglais et la France libre, et Gilbert Arnaud, demeuré à Dakar comme directeur des mines, les contacts reprennent dès l'automne, en même temps que se déclenche depuis la France le mouvement de relève du personnel bloqué outre-mer depuis fin 1942. La situation minière de l'AOF est alors peu brillante:

- tous les travaux miniers menés par des particuliers sont arrêtés, sauf l'exploitation alluvionnaire d'or de la Perma, menée par la Société minière du Dahomey, qui arrivera à produire 185 kilogrammes d'or dans l'année, et l'exploitation alluvionnaire de diamants de la Société guinéenne d'exploitation minière (Soguinex) qui fournira 70 000 carats pour 1944 ; il s'agit de records d'autant plus méritoires que la main-d'œuvre « a terriblement augmenté de prix », et que les Alliés n'ont pratiquement rien fourni comme matériel; - l'orpaillage traditionnel, surtout développé dans la région de Siguiri, est presque arrêté, la priorité ayant été donnée par l'administration aux cultures vivrières et au caoutchouc dans ces régions, aux confins du Soudan (actuel Mali) et de la Guinée; - la société Alais, Froges et Camargue poursuit avec un seul ingénieur, M. Brocard, ses recherches de bauxite en Guinée et de phosphate au Sénégal, près de Thiès; - parmi les travaux arrêtés se trouvent les ramassages de sables à ilménite sur les plages du Sénégal, et les dragages d'or alluvionnaire de la compagnie minière de Falémé-Gambie, comme 32

l'exploitation de bauxite des lIes de Los et les recherches de la société Bauxites du Midi, filiale du groupe canadien de l'aluminium, ainsi que les projets anciens d'exploitation du minerai de fer de la presqu'île de Conakry, également en Guinée; - une petite exploitation administrative de bitume a bien lieu à Eboïnda, qui fournira aux besoins de Côte-d'Ivoire environ 120 tonnes dans l'année, mais avec les pires difficultés : le ravitaillementy est très difficile, les moyens de transports à peu près nuls, et surtout le matériel tombe en panne à tout bout de champ, si bien que la production est très irrégulière et le prix de revient « astronomique» ; - quatre missions de prospection administrative, lancées par Gilbert Arnaud conformément aux principes qui découlent pour lui des analogies géologiques avec des pays producteurs voisins (la Gold Coast, actuellement devenue le Ghana, pour l'or et le minerai de manganèse ; le Nigeria pour l'étain, le wolfram et la columbite), fonctionnent avec des moyens faibles: - Alexis Chermette travaille dans le Nord-Est de la Guinée entre Kouroussa et Kankan, il amis la main sur « un énorme faisceau filonien qui ressemble beaucoup à ceux de GoldCoast », et il y a trouvé quelques teneurs intéressantes, mais l'or est tellement fin que, si l'on opère avant titrage une concentration à la batée, on en perd les trois quarts sinon plus; en fait, il s'agit, comme l'indiquera en 1949 le Docteur R. lunner, d'énormes imprégnations de quartz, tout à fait différentes des filons exploités en Gold Coast; d'autre part, les teneurs intéressantes trouvées étaient très probablement erronées, en raison des conditions d'analyse au laboratoire de Dakar: l'activité courante y entraînait la manipulation pour essais d'or de bijouterie, et donc la présence de poussières susceptibles de « polluer» les échantillons de minerai; - Louis Baud commence à prospecter pour manganèse au Nord de la Côte-d'Ivoire, cependant que M. Molly, chargé de prospecter au sud-ouest de Bouaké, également en Côte-d'Ivoire, a déjà trouvé un gîte de manganèse au nord-ouest de Yaouré, dans le prolongement d'indices repérés par Lucien Bouige ; - M. Raulais, arrivé d'Algérie au printemps 1944, commence à peine à étudier pour étain les granites du Niger susceptibles d'être classés comme hyperalcaclins.
La participation de l'Afrique Occidentale Française à l'effort de guerre est donc très réduite du point de vue minier. Les travaux géologiques sont également restreints. A. Obermuller, qui avait pu remettre au point des notices de carte géologique de ses collègues pour permettre leur publication, est rapatrié sanitaire en octobre 1944. M. Roques, venu d'Algérie, se passionne en 1943-44 pour la pétrographie de l'AOF et ébauche, 33

grâce à ses études sur les séries anciennes de la Boucle du Niger, une théorie sur la stratigraphie générale du précambrien qui servira de guide à ses jeunes collègues. Il sera malheureusement bientôt amené à rentrer en France, après de dures périodes de maladie. Le programme de lever de la carte géologique de reconnaissancene pourra reprendre qu'après l'arrivée de la « relève ». Le rôle de la Direction des mines de l'AOF, responsable des travaux géologiques, des prospections et des exploitations administratives, est alors prépondérant dans la vie géologique et minière, et Gilbert Arnaud a confiance dans l'avenir minier, qu'il voit brillant une fois menées à bien les prospections qu'il compte exécuter, dans un délai de cinq à dix ans. Et sur ce point, avec les échecs inévitables, l'avenir lui sera fidèle. La Direction des mines n'est pourtant en 1944 qu'un service de la Direction générale des travaux publics d' AOF, mais les relations amicales maintenues par Gilbert Arnaud avec les ingénieurs des Ponts et Chaussées qui sont ses supérieurs hiérarchiques lui laissent en fait une grande autonomie sur le plan technique et scientifique, et lui donnent sans doute un accès plus facile au budget des grands travaux de l'AOF pour financer les prospections menées par sa direction. Les installations dont dispose la Direction des mines, Avenue Roume à Dakar, paraîtront bientôt trop petites et mal adaptées. En 1944, on y est au large faute de personnel, pour les bureaux, les laboratoires et les chambres de passage (où résident en fait les géologues au retour de leurs missions, faute de logements en ville). Le laboratoire de chimie, dirigé par Paul Rose, ne dispose que de moyens modestes, que Gilbert Arnaud estime à peu près réduits à néant: pour les analyses d'or dans les échantillons recueillis par la mission d'Alexis Chermette, l'appui de laboratoires spécialisés de la métropole est recherché dès que la reprise des relations le permet. Depuis le départ d'Henri Nicolas, mobilisé fin 1942 comme les autres citoyens français, jusqu'à la classe 1930, Gilbert Arnaud n'a plus d'adjoint et assume donc personnellement la charge de l'ensemble des parties de la direction, avec la seule aide d'un chef de bureau. Cette situation de départ, jointe à l'énorme capa... cité de travail de Gilbert Arnaud et de ses successeurs, retardera en fait l'organisation interne de la direction, malgré le nombre de plus en plus élevé de scientifiques et techniciens qui lui seront affectés. Relevant du Gouverneur général et de son Secrétaire général par l'intermédiaire du directeur général des travaux publics, Gilbert Arnaud n'a aucune autorité sur les sections des mines existant au sein des directions ou services des travaux publics dechaque colonie. Là encore, les bonnes relations avec les collègues des Ponts et Chaussées, et le pouvoir réel du Gouverneur géné34

raI arrangent en fait les choses, et, tant que le personnel venant de France vient par bateau, on le fait s'arrêter à Dakar pour y recevoir une information et des « instructions ». Ces sections des mines sont au reste peu fournies en 1944. Elles n'ont à traiter que d'application au sein de la colonie de réglementations pour lesquelles un cadre unique existe pour l'AOF : réglementation minière, appareils à pression de vapeur ou de gaz, code de la route. Parfois, les questions d'eau leur sont confiées. Vis-à-vis de Paris, où le pouvoir de la République passe par le ministère des Colonies, les relations hiérarchiques, seules valables juridiquement, sont doublées par des relations personnelles avec le chef d'u service des mines du ministère; elles sont facilitées pour G. Arnaud par l'autonomie de fait donnée à A. Savornin par rapport à l'Inspection Générale des travaux publics, qui avait dans le passé eu les questions géologiques et minières dans ses attributions. Composée surtout d'anciens d' AOF, la petite équipe du service des mines de la « rue Oudinot» n'épargne pas ses efforts pour faciliter la vie de ses collègues, mais ce n'est qu'un élément d'un grand ministère affronté, dans la pénurie de moyens, à la remise en marche de la relève coloniale avec des services encore répartis entre Paris et Alger. La Direction des mines ne recevra que début 1945 son premier contingent de géologues et d'ingénieurs mis en route après la Libération de la métropole. Les projets, cependant, ne manquent pas. Gilbert Arnaud a rassemblé dans une étude qui sera publiée dans la livraison de novembre-décembre 1945 de la revue « Annales des Mines », ses constatations et pronostics sur les minéralisations que peut recéler l'AOF. Simultanément, de Paris, est évoquée l'idée de créer dans les colonies un ou des bureaux miniers, par analogie avec le Bureau de recherches et de participations minières du Maroc: une souplesse de fonctionnement, supérieure à celle que permet la réglementation des services administratifs, permettrait de développer plus rapidement et plus efficacement la recherche minière financée par la puissance publique, seule ou en association avec des capitaux privés. Enfin, dans le vent de réformes qui souffle à Paris, on envisage de retoucher la réglementation minière. Gilbert Arnaud approuve l'idée de créer un « Bureau minier» qu'il puisse diriger pour l'AOF : à son avis, il faut décupler les recherches, et seuls des organismes administratifs ou paraadministratifs auront la compétence et le courage voulus pour le faire.Gilbert Arnaud se demande par contre s'il est bien nécessaire de changer une fois de plus la réglementation minière. Le but à atteindre est de trouver des gisements miniers et de les exploiter ensuite ;conscient de la faiblesse des efforts menés antérieurement par le secteur privé, il est persuadé que les prospections préliminaires doivent être faites par l'Administration quitte à céder 35

les gisements découverts à des entreprises privées si on le juge utile. La seule réforme souhaitable serait d'obliger les titulaires de permis de recherches à travailler, comme le fait notamment le service des mines du Nigeria; l'ingénieur de Péchiney, M. Brocard, lui a montré les fiches de renseignements qu'il devait fournir périodiquement, et il serait facile, en même temps qu'équitable, d'appliquer une mesure analogue en AOF : il est inadmissible que l'on prenne un permis pour n'en rien faire... Il semblerait bien utile à Gilbert Arnaud, pour activer la mise au point du nouveau projet, de le faire discuter point par point dans une conférence réunissant les chefs de service ou directeurs des mines des colonies; cette conférence n'aura pas lieu, et le projet ne sera repris que bien plus tard, pour aboutir en 1954. Le Bureau minier de la France d'outre-mer, en revanche, sera créé en 1948.

II -

1945..1948

La guerre s'achève, les premières réformes sont décidées et mises en œuvre et, malgré les difficultés de l'après-guerre, l'activité minière et géologique se développe rapidement, sauf pour la production, pendant les quatre années 1945, 1946, 1947 et 1948. Après l'armistice de mai 1945 sur le front européen, l'explosion des bombes nucléaires américaines sur Hiroshima et Nagasaki entraîn,e la fin de la Seconde Guerre mondiale. Du même coup, les minerais d'uranium et les substances utiles aux recherches et réalisations intéressant l'énergie atomique sont considérées dans le monde entier comme hautement « stratégiques ». Tel est le cas pour la France et les pays qu'elle administre: leCommissariat à l'énergie atomique est créé à l'automne 1945 avec une compétence étendue à l'ensemble des pays français, en particulier pour l'approvisionnement de ces substances. Mais aucun indice notable de telles substances n'est alors connu en AOF et les travaux du CEA ne s'y attachent donc pas en premier lieu. La nationalisation des charbonnages de la métropole n'entraîne pas de conséquence dans les colonies, où elle n'est pas applicable. Au reste, les travaux faits sur les indices de lignite connus, en particulier au Dahomey, ont été arrêtés avant 1944, car il n'y avait pratiquement plus aucune chance d'obtenir un résultat positif.. Par contre, le Bureau de recherches de pétrole (BRP), créé pendant l'automne 1945, a pour tâche d'établir et de promouvoir un programme de recherche de pétrole dans l'ensemble des pays français, quel que soit leur statut. Là encore, la priorité 36

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.