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Les premiers musulmans face à la tradition biblique

De
320 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 70
EAN13 : 9782296317260
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LES PREMIERS MUSULMANS FACE A LA TRADITION BIBLIQUE
Trois récits sur Job

Jean -Louis DtCLAIS

LES PREMIERS MUSULMANS FACE A LA TRADITION BIBLIQUE
Trois réclés sur Job

Préface de Camille TAROT

L'HARMATI'AN 7, rue de L'École Polytechnique.

75005 Paris

à L. de PRÉMARE, dernier chalnon de l'isnâd qui m'a transmis les pages de Wahb b. Munabbih à ceux et celles qui, en Algérie et ailleurs, endurent comme Job les coups de la vie et de la mort

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@L'Harmattan 1996 ISBN: 2-7384-4136-X

PRÉFACE

Parce que la religion en général et l'islam en particulier sont aujourd'hui d'actualité, beaucoup sentent le besoin d'en savoir plus sur ces sujets que leur culture, religieuse ou latque, classique ou moderne, a souvent laissés en friche. En même temps, ils sentent que la matière est difficile, qu'on n'entre pas du jour au lendemain dans des débats, séculaires parfois, qui ont divisé de bons esprits.. qu'une religion, comme une langue ou une civilisation, ne s'apprend pas en quelques heures et que les guides qui se proposent pour les initier méritent inégalement leur confiance. Il y a donc aujourd'hui un réel problème pédagogique de la et des religions, pour les jeunes, les enseignants, les immigrés ou les autochtones, l'honnête homme ou le citoyen. Ce problème, aucun bavardage sur le retour du religieux non plus que les médias ne pourront le résoudre. Autant demander à des aveugles surchargés par d'autres tâches de vous enseigner la peinture. Quand il s'agit de comprendre en ejJèt, ilfaut répéter qu'il ny a pas de chemin court et qu'on ne doit pas compter son temps. Le premier mérite du travail de Jean-Louis Déclais, c'est sa grande valeur pédagogique. Je la souligne d'emblée, d'autant plus qu'elle risque de ne pas apparaître tout de suite à qui se laisserait rebuter par une ou deux difficultés de surface. Par un souci justifié de précision philologique, l'auteur a respecté une très exacte transcription des mots arabes. Cela complique un peu la lecture au début, mais on sy habituera vite. Peut-être aussi sera-t-on submergé par la quantité de personnages dont les noms au moins (et l'onomastique arabe classique n'est pas simple pour un Occidental moderne) traversent le texte: Un tel fils d'un tel, qui a entendu d'un tel fils d'un tel, qui citait un tel... Mais là, nous sommes déjà au cœur du sujet, du fonctionnement social et culturel. Comment faire l'impasse sur lui alors qu'il fait

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Préface
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partie de l'objet, de ce qui est à comprendre? Découvrir une autre tradition religieuse qui s'exprime dans une autre langue, au long d'une autre histoire, dans une société qui ne fonctionne pas comme la nôtre, c'est comme débarquer dans une capitale étrangère.. en général on y croise d'abord des visages inconnus. Mais quel dommage pour qui, par rejùs de ces petits obstacles, sy priverait du bénéfice d'une longue promenade et d'une vraie découverte! Cette qualité pédagogique du travail de Jean-Louis Déclais est donc exigeante pour des raisons scientifiques élémentaires. Il a aussi choisi de réduire les introductions historiques et les commentaires au minimum, juste à ce qu'il faut pour mettre le lecteur le plus vite possible au milieu des choses mêmes, en l'occurrence, des textes musulmans sur Job et quelques autres textes, juifs et chrétiens, traitant du même sujet et plus ou moins contemporains. Il y a là un métier et un pari. Le pari, c'est justement qu'il faille mettre les gens dans le texte. Et en effet qu'est-ce que connaître une autre religion? Y croire? Mais alors, ce n'est plus exactement une autre religion puisqu'elle est devenue la vôtre, et le problème se reposera pour les autres, - car il semble difficile de se convertir sinon à toutes, du moins à plusieurs.. or il le faudrait si on ne pouvait comprendre ou savoir qu'en croyant. Il n'est d'ailleurs pas évident qu'on connaisse celle à laquelle on adhère, car le lendemain d'une conversion, même si tout est changé, tout reste à faire et on est aussi ignorant que la veille. Qu'il y ait croyance ou pas, savoir et comprendre sont d'un autre ordre, pour lequel encore unefois il ny a pas de chemin de raccourci. Disons donc que connaître une religion, c'est au moins rencontrer les hommes qui la vivent et c'est ce que fera l'ethnologue qui se rendra sur son terrain. Mais pour l'historien, conscient du poids du passé sur le présent, de l'emprise impensable des habitudes sur la vie collective actuelle, des prestiges de l'origine, toujours rêvée plus que pensée, quand il en a la chance comme avec la civilisation musulmane qui en est si riche, c'est entrer dans les œuvres, les "monuments" - aimait-on à dire au XJ.XOsiècle - qu'elle a produits. Monument, un beau mot si on songe que c'est tout ce qui avertit, rappelle, donne à penser en se ressouvenant, monument bâti ou écrit, dit ou fait. De même que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, que c'est en fréquentant ses habitants et en habitant ses monuments qu'on découvre une ville, c'est aussi in parcourant ses textes pour y revenir, sy perdre, sy heurter qu'on découvre une religion, et d'autant plus qu'elle est une religion de l'écriture. Mais cela ne suffit pas, dira-t-on, puisque seuls les lettrés écrivent et souvent, comme on le verra aussi ci-dessous, luttent contre la religion popu-

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Préface
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laire ! Assurément, rien n'est suffisant.. seulement, pour pouvoir le dire à bon escient, il est nécessaire d'en passer par là. Or, ce pari de mettre le lecteur dans les textes, de lui confier le dossier, ne va pas de soi. Car dans une traditionre/igieuse et d'autant plus qu'elle est plus dogmatique ou qu'elle le devient, à un moment donné de son histoire, les /ivres ne sont pas toujours faits pour être lus. Savoir ce qu'il faut en penser ne suffit-il pas et ne vaut-il pas mieux que de savoir ce qu'ils disent? Le protestantisme causa une révolution dans la tradition catho/ique en proposant, en exigeant que tout croyant puisse /ire, et donc interpréter, la Bible. L'islam n'a jamais interdit ou déconseillé l'accès au Coran. Les obstacles étaient ou sont des obstacles de fait (comme l'analphabétisme) plus que de droit. Mais on trouvera ci-dessous que maints de ses docteurs, qui ont eu bien des comparses dans les autres traditions, n'encourageaient pas du tout - et c'est un euphémisme - la lecture des Écritures des autres
confessions. A quoi bon /ire les Écritures juives et chrétiennes quand on a le Livre qui justement dit ce qu'il faut en penser et qui remplace tous les autres /ivres? Ce sont des écrits corrompus, falsifiés, obscurs. Quand le dogmatisme n'est pas ad intra, il risque donc de s'exercer ad extra. Ainsi, le premier pari, c'est encore de dire qu'il faut toujours revenir aux textes et à tous les textes. D'ailleurs, l'histoire critique moderne depuis le XVIlo siècle est née de cette exigence. Vous voulez connaître un peu l'islam, n'étant pas en terre d'islam? Plongez-vous donc dans des textes musulmans d'abord, en voici quelques-uns et de choix, allez-y et passez à ceux qui leur ressemblent, à leurs cousins. L'autre volet du pari est plus difficile à gagner. Entendu, on a dépassé l'interdit dogmatique, la barrière confessionnelle, on veut bien lire et on a le droit de le faire. Mais qu'est-ce qui garantit qu'on va comprendre le texte? Car ce n'est pas seulement par méchanceté ou passion du pouvoir que les institutions autoritaires et les dogmatismes suspectent ou interdisent le retour et donc le recours aux textes. C'est aussi instruits par une vieille et sage expérience qui montre que plus on /it, plus on risque d'abord de voir s'éloigner la solution à la question posée (et il y a toujours une ou des questions au départ d'une lecture, même si tout lecteur, comme le mythe, cherche la réponse à une question qu'il ne sait ou ne peut pas toujours formuler). Plus on /it, plus on risque ensuite de voir naître mille problèmes qu'on ne se posait pas. Diderot disait à peu près, et pas seulement à propos des grandes querelles idéologiques: Plus vous vous expliquerez, moins vous vous comprendrez. Plus on /ira, plus on découvrira qu'un texte n'est jamais ce qu'on croit, jusqu'à voir le texte lui-même perdre ses frontières. Scriptura

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Préface sola, avait dit la révolution protestante, un peu naive et imprudente aussi comme toutes les révolutions, car très vite on vit les frontières du texte biblique, malgré le canon, se défaire en amont et en aval. En aval, le texte, inerte et muet comme la chose morte qu'il est, ne redevient vivant que d'être subjectivisé par le souffle du lecteur. Toute lecture est le don d'une voix à des morts. Mais alors autant de lectures que de lecteurs et le protestantisme y a perdu pour toujours son unité, comme les catholiques du XV/Jo siècle ne cesseront de le lui reprocher. On se demande parfois si l'unité de l'islam, toujours plus apparente que réelle, ne vient pas du fait que le Coran y paraît plus célébré, chanté, psalmodié, respiré que modestement lu. Quel visiteur d'une ville musulmane d'aujourd'hui n'est frappé par cette clameur et ces incantations de haut-parleurs à tous les coins de mosquée et qui semblent aussi là pour couvrir d'autres voix qu'on craindrait d'entendre? Mais en amont, c'est le texte qui semble se vider en s'ouvrant sur les béances du contexte de sa production et sur l'intertextualité. Il ny a pas, Bible ou Coran, de texte né ex nihilo, tombé du ciel. Tout texte réagit à un contexte où l'on parle déjà quotidiennement, ou bien constitue une réponse à un texte antérieur. On le verra ici, le Coran a cru prudent d'éviter Job, six versets seulement, c'est peu, mais c'est quand même une réponse et une attache aussi certaine qu'un cordon ombilical. Les historiens du XV/Io au XJXO siècle étaient partis chercher le texte originel, faute de l'original, la première version d'Homère ou du Pentateuque de Moise ou de l'Évangile de Marc.. ils ont trouvé des cycles épiques, des "documents" ou des collections de péricopes et des homélies et des midrash, etc. qui eux-mêmes renvoient à d'autres cycles, versions, etc. Tout écrit est le produit d'une rhapsodie, recoud du déjà dit quelque part, ce qui ne veut pas dire qu'il n'en tire pas du neuf! Puis les historiens ont engendré les archéologues qui ont labouré le Proche-Orient pour trouver les bibliothèques à partir desquelles et contre lesquelles s'est faite la Bible. Par une intimidation étonnante, les "orientalistes" ont tant souffert, semble-t-il, de se voir mal aimés qu'on évite encore aujourd'hui en Europe, dans des publications qui se veulent scientifiques, de mettre systématiquement en parallèle le Coran et toutes les littératures proche-orientales disponibles. On n'en manque pourtant pas! Jean-Louis Déclais, sans doute parce qu'il ne lui viendrait pas à l'esprit de se targuer d'être orientaliste, n'a donc pas mauvaise conscience et, sagement, il fait son métier d'exégète en rapprochant tous les textes, toutes les versions. Aujourd'hui, le relai des historiens et archéologues passe aussi par les ethnologues qui savent que l'oralité précède toujours le texte et

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Préface

qu'aucun texte ne peut rendre fidèlement l'oralité, la tradition vivante. Jamais l'écriture n'écrit vraiment même ce qui se dit (pour ne pas parler de ce qui se fait et se vit), heureusement, sinon l'apparition de l'écriture ou la mise par écrit couperaient la parole! Le travail qu'on va lire illustrera éminemment et surabondamment tous ces points, depuis la préhistoire proche-orientale de Job en passant par les Job bibliques, puis les midrash, les commentaires chrétiens et les lectures et réécritures musulmanes, jusqu'aux lectures modernes, peut-être pas assez situées, sur lesquelles s'appuie l'exégète qui ne peut pas ne pas appartenir à son siècle, même quand il le quitte pour se faire historien. On en arriverait à transposer aux cycles d'un personnage comme Job la solution structuraliste à la vieille et impossible question de la vraie version du mythe: Job, si l'on veut respecter toutes les époques, tous les milieux, toutes les traditions et toutes les familles spirituelles, c'est d'abord tout ce qu'on a dit et écrit sur Job. Voilà le puzzle qu'il faut reconstituer d'abord et dont le livre qu'on va lire fournit beaucoup de belles pièces. Pourquoi donc est-ce si important? Mais parce que Job n'est vivant que s'i! est lu et relu. Quelque part, Jean-Louis Déclais fait la remarque qui commencera par en choquer quelques-uns, mais qui est très profonde, que le souci de traiter Job en personnage historique a stérilisé la lecture et la réflexion. C'est l'évidence. Traiter Job en personnage historique, c/est l'éloigner de nous, ce qui peut être utile. Mais le traiter en texte, c'est faire de lui notre contemporain. Voilà les deux grandes avenues de lecture qui se croisent constamment dans ce travail. Il y a une histoire du texte qu'il faut restituer et le texte surnage tant bien que mal à son histoire puisqu'il vient toucher notre présent de lecteur. Chacun pourra tester lUi-même les mérites respectifs de ces deux modes de lectures, leurs valeurs libératrices différentes. Un des grands mérites de Jean-Louis Déclais en concevant son travail comme un dossier, c'est d'abord de l'avoir ouvert, puis d'avoir commencé de le constituer à partir des sources juives, chrétiennes et musulmanes. Il n'est sûrement pas clos. Son auteur ou d'autres auront tout loisir de le compléter par d'autres versions encore. Sans épuiser le sujet, car entre ces sédimentations de textes, on en devine des débats et des combats, des exégèses bien-pensantes ou sauvages, des légendes et des polémiques évanouies avec leur oralité. Les textes ne sont que la pointe d'un iceberg, mais c'est assez pour voir la force et parfois la violence des conflits qui se nouent autour d'eux. Rêvons que Jean-Louis Déclais et beaucoup d'autres chercheurs, des équipes, nous donnent, dans toutes les versions, tous ces prophètes d'Adam à Jésus - communs si l'on peut dire aux trois religions. Je gage que

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Préface les regards croisés en seraient heureusement changés et autrement instruits et que le dialogue que nous devons appeler de nos vœux prendrait une autre tournure, plus éclairée, plus réaliste, plus diverse. Chacun y gagnerait une vue autrement riche de sa tradition en même temps que de celle des autres. On verrait mieux les spécificités de chacune et les contraintes qui pèsent sur toutes. Il faut absolument se confronter à cette pluralité des traditions et à cet empilement des lectures au sein de chacune, lectures productrices de tant de figures de Job que Jean-Louis Déclais a justement parlé, à ce propos, de "jeux de miroirs à l'infini". N'est-ce pas aussi de la peur de ces jeux de miroirs et de leur renvoi du sens et du vrai "à l'infini" (mais n'est-ce pas un attribut divin ?) que naissent les crispations intégristes et fondamentalistes sur un texte, sur un verset, sur un mot d'un verset? Voici quelques jours, des intégristes catholiques "lefebvristes" expliquaient, sans sourire on s'en doute, qu'eux seuls avaient les vrais sacrements dont ne disposait plus l'Église romaine. Pourquoi? On s'attendait à de grandes objections sur l'aggiornamento conciliaire. sur la politique du Vatican ou la moralité de son clergé. Pas du tout! Parce que le saint chrême employé par les catholiques n'est pas du vrai chrême, faute d'être préparé avec le vrai baume d'Arabie. De quoi, je pense, réjouir le Prophète en sa tombe de Médine! Intégrismes et fondamentalismes ont ceci de commun d'être des blocages sur le "vrai" signe, qu'il soit sacramentel, verbal ou scripturaire. Une maladie du signe! Le fondamentalisme, c'est le texte moins l'exégèse, le texte sans intertexte, donc sans autre en amont et en aval. C'est aussi un double bind où se rencontrent une sourcilleuse passion du vrai et une vraie peur de la lecture, qui reste à expliquer. Mais à lire ce seul dossier, on verra de quelles richesses se privent ces peurs. On verra aussi qu'il n'est pas question d'opposer un vrai Job à des faux Job, par exemple que le vrai Job serait celui des juifs et/ou des chrétiens, opposé à celui des musulmans. ou l'inverse, puisque chacune des grandes familles religieuses a fait et refait Job à son image, mais sans qu'on puisse dire non plus, tant les auteurs à l'intérieur de chaque confession sont divers et parfois divergents, qu'il y a un vrai Job chrétien ou juif ou musulman. Nous tempérerons tout à l'heure cette première conclusion qui peut paraltre excessivement relativiste, mais par laquelle il est absolument nécessaire de passer et où il faut demeurer, car c'est la constatation de ce relativisme qui autorise et exige, en permettant qu'elle s'énonce, la responsabilité personnelle du lecteur (et donc pour le croyant la responsabilité

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Préface

personnelle de sa foi) : Et toi, que lis/dis-tu de Job? Comme quoi un simple dossier de bien vieux textes rejoint les questions les plus actuelles. On saura donc gré à Jean-Louis Déclais d'avoir mis à notre service sa double compétence de pédagogue et d'exégète. Bien avancé dans une carrière où il a longtemps enseigné (et pour une fois, c'est l'enseignant qui a suivi le disciple puisque Jean-François Legrain a déjà publié des Variations musulmanes sur le thème de Job), il sait comme personne se promener, comme il dit, ou flâner dans les textes, comme on ferait une promenade en montagne, en repérant d'abord son chemin quand on ne connaît plus, en herborisant et en devisant sur les oiseaux. Sa prédilection de lecteur va indéniablement aux midrash, à leur liberté, à leur questionnement, à leurs rapprochements inattendus, à leur ouverture perpétuelle sur le travail du sens, à leur mastication des bizarreries du signifiant. Et c'est pourquoi, quand la matière devient aride. son humour prend lui aussi l'allure d'un midrash.. il actualise. Les malheurs de Job atteignent-ils forcément son épouse? La voici réduite "à faire des ménages". Exégète nourri des Écritures chrétiennes, mais spécialisé dans l'Ancien Testament, sa compétence d'hébraïsant lui a permis d'être l'un des ouvriers de la Traduction Œcuménique de la Bible. Très vite, il s'est intéressé aux écrits juift d'après la Bible. domaine trop souvent négligé par les chrétiens, comme si après l'ère néo-testamentaire, le judaïsme n'avait plus eu rien à dire. Ayant ajouté l'arabe à son bagage de sémitisant et vivant depuis bientôt vingt ans dans un pays arabe, il se trouve bien équipé pour fournir une approche originale des relations entre les trois religions. Ce travail d'exégèse et d'histoire des textes ne procède donc pas en comparant les systèmes de croyances explicitement formulés. Sa démarche n'est pas celle de ce qu'on pourrait appeler la théologie comparée, qu'a pu fort bien et fort utilement illustrer Roger Arnaldez par exemple (Trois messagers pour un seul Dieu). Convaincu que le poids des origines est immense, Jean-Louis Déclais s'attache plus à ces périodes décisives, mais toujours plus obscures, des genèses. quand les choses sont en cours, quand elles se jouent sur des faits apparemment infimes et qu'elles n'apparaissent pas encore avec la clarté des grands courants et des doctrines constituées. Critique et historien, on voit qu'il ne moule pas non plus le rapport des trois religions dans les catégories toutes faites d'un discours théologique acquis. A quoi sert-il, en effet, de parler des trois religions du Livre, si on ne nous fait pas voir ce qu'est un livre pour chacune d'elles et comment elles s'en servent ou ne s'en servent pas? Or même là-dessus il ny a pas accord, et pas seulement parce qu'elles n'ont pas sacralisé les mêmes livres, mais

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Préface parce qu'elles conçoivent différemment l'écriture, la parole, la lecture, les fonctions du texte, etc. comme on le verra encore ci-dessous. A quoi sert-il de parler de religion abrahamique, sinon pour faire plaisir aux musulmans qui sont les inventeurs de cette catégorie, qui traduit peut-être bien l'idée musulmane de retour à quelque chose de plus originel, mais justement en gommant et en interdisant a priori l'originalité mosaïque du judaisme et la nouveauté christique du christianisme? Pourquoi une religion serait-elle plus pure ou plus vraie parce qu'elle nierait davantage les accrétions et les surprises de l'histoire? Voilà ce qu'il faudrait nous expliquer d'abord A quoi sert-il de parler de monothéisme, alors qu'il yen a durablement trois et que deux ont des doutes (devenus certitude proclamée en islam) sur l'unicité dans le christianisme? L'intérêt de la méthode de Jean-Louis Déclais, c'est de contourner ces classements pour faire voir que, derrière les discours acquis, retenus, sacralisés, il y a la fabrication des textes et des imaginaires, qui est bien plus intéressante parce que plus complexe encore et par là possiblement libératrice. Il ne se risque pas non plus aux vastes synthèses, comme Jean Lambert (Le Dieu distribué. Une anthropologie comparée des monothéismes, Paris 1995) vient d'en donner un exemple risqué dans une perspective dumézilienne fort enhardie d'ambitions plus déconstructivistes et plus éloignées de la philologie que n'en eut jamais la circonspection du maître. L'intérêt, que d'autres lui reprocheront comme une timidité, de la démarche de Jean-Louis Déclais, c'est son empirisme et son pragmatisme d'artisan consciencieux. Voilà une des bases de sa valeur pédagogique: il faut se frotter aux choses et les manier avant de vouloir en parler. Il n'encourra pas le reproche plusieurs fois fait à son héros "d'avoir trop parlé". Mais du coup n'élude-t-il pas certaines des questions les plus brûlantes de son dossier? Même si on sent ses sympathies, nulle part il ne prend parti sur l'aspect philosophique et théologique des questions de Job: l'origine et la cause du mal, la responsabilité de l'homme et celle de Dieu, la souffrance du juste et de l'innocent. Certes, n'est pas métaphysicien qui veut. En exégète, il déploie et rapproche imperturbablement les textes. Le procédé laisse voir quelques évidences, dont une massive: presque tous les commentaires de Job sont un détournement de Job, une récupération conjointe à un évitement. On enrôle le saint homme et on se débrouille pour ne pas entendre ses questions. Voilà qui corrige le relativisme dont nous parlions à l'instant. L'unité de Job n'est pas dans l'identité des figures de Job. Elle n'est pas positive et dans les textes, mais en quelque sorte négative et hors du texte, dans la non-réception quasi-unanime de ses questions et de son refus de se laisser culpabiliser pour

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Préface

que Dieu soit absous. Job dérange tout le monde et est inclassable, comme le retour du tragique en monothéisme. Et donc si on me demandait mon sentiment, je ferais comme les autres en soulignant sur quelques points l'actualité de Job. Job d'abord est un païen, comme nous. Mais curieusement, ce païen parle d'un ou à un dieu monothéiste. Comme nous encore, que nous soyons croyants ou athées, il reftse de se laisser culpabiliser. Il n'accepte pas l'explication du mal par la faute cachée, que ce soit la sienne propre ou sa version ancestrale, à laquelle on reviendra en christianisme avec au moins saint Augustin jusqu'à la modernité du XV/Io et du XV/Ho siècle, modernité qui est fondamentalement un refts de se laisser culpabiliser pour justifier Dieu. Ses questions ne sont pas celles d'un "soumis ", même dans la version soufie. Job n'est pas athée non plus. Faut-il risquer

cette monstruosité, il est, par sa liberté de parole - sa parrhésia aurait dit saint Paul - et par son refts de se laisser culpabiliser, la plus moderne de

toutes les figures de l'Ancien Orient. Il existe sans doute un critère qui permettrait de classer les lectures de Job. Toutes n'ont pas eu la même liberté d'oser l'entendre, de siouvrir à ses questions. D'où vient une telle liberté, je ne sais, même si je me doute qu'elle se gagne et que ce livre pourra y aider en servant bien le texte de Job. Un texte, fût-il sacré, ne faillirait pas à sa mission, s'il Permettait à chaque lecteur, voire à des courants entiers, de tester où sont leurs défenses et leurs surdités à une parole dont ils disent, par ailleurs, qu'elle vient de Dieu.
Camille TAROT.

Blainville-sur-Ome, 7 janvier 1996

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TRANSCRIPTION DES MOTS ARABES Nous avons suivi la règle: une seule lettre latine pour chaque lettre arabe. Les arabisants s'y retrouveront aisément. Noter que: 4 t ~ ?-= prononciation emphatique de la lettre. 9 = th anglais comme dans the. l = th anglais comme dans thing. g (gh en transcription courante) = rà la française. b (khen transcription courante) = ch allemand (achtung) oujespagnol b = son spécial à l'arabe, comme dans MulJammad. r = toujours roulé. s = toujours dur, même entre deux voyelles. ~ = ch français.

(Juan).

Nous n'avons pas marqué le i long à la fin des noms propres (Tabari, pour Taban) Traditionnellement, le nom des Arabes comportait quatre éléments: -la kunya ou "filionyme", c'est-à-dire la mention "père (ou mère) d'un tel",

- le nom

de la personne eUe-même,

-le patronyme, c'est-à-dire la mention "fils (ou fille) d'un tel", un ou plusieurs sumoms désignant une particularité physique (le Grand, le Chauve...), la tribu ou la ville d'origine, etc. (Exemple: Abü Ja'far I Mnbammad I ibn Jarïr I at-Tabari)

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ABRÉVIATIONS

ARN, ATB, PRE : voir ci-après: Termes techniques de la tradition rabbinique. EP : Encyclopédie de l1slam, 2° édition. PG : Patrologie Grecque, Migne. PL : Patrologie Latine, Migne. TOB : Traduction Œcuménique de la Bible. Les abréviations des Livres bibliques sont celles de la Bible de Jérusalem.

~ l, ~ 2, ~ 3 etc.

: renvoient aux divisions du texte de Tabari, chapitre 4.

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QUELQUES TERMES TECHNIQUES

Tradition

biblique

et rabbinique

La Septante est la traduction de la Bible (AT) en grec (cf. p. 35). La Vulgate est la traduction latine réalisée par saint Jérôme. Les Targums sont les traductions de la Bible en araméen (éventuellement paraphrasées) en usage dans les synagogues. Le mot Midrash (= recherche) désigne l'activité des commentateurs et les textes qu'ils produisent (cf. p. 38-39). Ceux-ci peuvent être du genre haggada (récit . édifiant) ou du genre halaka (précision juridique). La collection Midrash Rabba rassemble des commentaires rabbiniques d'époques diverses sur le Pentateuque et sur les Cinq Rouleaux (Rt, Ct, Qo, Lm, Est). - On la cite en faisant suivre le livre biblique de la lettre R (GnR = Genèse Rabba, c'est-à-dire Midrash Rabba SUTla Genèse) Trad. anglaise chez Soncino Press. Trad. française commencée aux éd. Verdier. Les Pirqê de-Rabbi Éliézer (PRE) sont une collection de 54 chapitres, née au 8° ou au 9° siècle et probablement inachevée, qui forme une sorte de 'Bible réécrite". Trad. anglaise par G. Friedlander (1916). Trad. française par M.A. Ouaknin et É. Smilévitch, éd. Verdier 1983, rééd. 1992.

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La Mishna (de shana, 'répéter, apprendre par cœur') est la codification en 6 Ordres et 63 Traités des règles de vie élaborées depuis plusieurs siècles ('10i orale" ou 'tradition des Anciens", cf. Mt 15,2) réalisée sous l'autorité de R. Juda ha-Nasi à la fin du 2° siècle de notre ère. - Une tradition qui n'a pas trouvé place
dans la Mishna mais a été conservée ailleurs s'appelle une baraïta (de bara

a:

"dehors"). La Mishna accompagnée de son commentaire composé dans les académies juives de Palestine constitue le Talmud de Jérusalem (abréviation: la lettre j. suivie du Traité de la Mishna). Accompagnée du commentaire réalisé par les académies de Mésopotamie, elle forme le Talmud de Babylone (b. + Traité de la Mishna + page de l'édition standard). Nous renvoyons généralement au volume de '\norceaux choisis" composé au 16° siècle par R. Jacob ibn Habib et intitulé La Source de Jacob, dont la traduction a été publiée chez Verdier (1982) sous le titre Aggadoth du Talmud de Babylone (= ATB). Les Abot de-Rabbi Natan (ARN) sont un commentaire du traité Abot (= les 'Dits des Pères') de la Mishna. Il existe en deux recensions (A et B). Trad. française par É. Smilévitch (Leçons des Pères du Monde, Verdier 1983).

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Tradition musulmane
Selon la tradition, après l'hégire à Médine (622), la communauté réunie autour de MuI}.ammad comprenait les Muhajirün (Émigrés qui avaient quitté la Mekke comme lui) et les An~r (partisans, auxiliaires, c'es-à-dire les habitants de Médine qui se rangeaient sous son autorité. Le Coran est divisé en 114 sourates. Il a été et continue d'être l'objet de "commentaires" (tafsïr) compOsés par des mufassirün ("commentateurs"). Un t,adït (hadith) est un texte de longueur variable qui rapporte une parole, un acte ou une attitude du Prophète ou de ses Compagnons, ou bien un récit concernant les prophètes anciens. Il se compose de deux éléments: l'isnad c'est-àdire la chaîne des garants qui se sont transmis le hadith les uns aux autres et le matn, soit le texte lui-même. L'ensemble des hadiths reconnus comme canoniques constitue la sunna, ou "tradition, coutume". Parmi les devoirs fondamentaux du musulman: la Sahada (profession de foi en l'unicité de Dieu et en la mission de Mul.tammad), la ~Iat (prière officielle) composée de plusieurs rak'a (ensemble de paroles et de gestes rituels), et la zakat (prélèvement sur les revenus au bénéfice des besoins communautaires, cf. chapitre 5, note 4).

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La réflexion sur les problèmes de théologie fondamentale a pris le nom de kalam ('tangage'). Le kalam a connu plusieurs écoles de pensée. Sur les partisans du jabr et ceux du qadar, cf. p. 217, note annexe ~ 25. Les mu'tazilites formaient une école doctrinale soucieuse de réflexion rationnelle. Ceux qui ont une connaissance ('ilm) dans les sciences religieuses sont des 'ulama'(pluriel de 'alim, francisé en uléma). Ceux qui sont plus spécialisés dans le droit religieux (fiqh) sont des fuqaha' (pluriel de faqïh). Un soufi (~) est un adepte de mouvements spirituels mystiques. On y pratique en particulier le dikr, cf. p. 243. Le qa~a~ consiste à raconter les histoires saintes du passé dans le cadre de réunions religieuses. Un récit est une qi~~a (pluriel qi~a~, d'où le genre littéraire des Qi~a~ al-Anbiya', 'Histoires des Prophètes'). Le narrateur est un q~~ (pluriel qu~~). Cf. ch. 6, p. 275. Sur la fitna, cf. chapitre 4, note 12.

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AUTEURS ARABES ANCIENS cités dans l'ouvrage

BAYI;>AWIm. 1286) : auteur d'un commentaire du Coran, Anwar at-Tanzil wa-Asrar at( Ta'IW/(les Lumières de la Révélation et les Secrets de l'Exégèse). B~ARI (810-870) : auteur de l'une des plus importantes collections de hadiths (al-Jâmi' a~$a/:1i/:1, Collection Authentique), classés en 97 "Livres". Nous le citons en indiquant le la titre du Livre avec le n° du "chapitre" (bâb) dans le Livre et en renvoyant à la traduction française en 4 volumes rèalisée par O. Houdas et W. Marçais (Paris 1903, 1906, 1908, 1914; rééd. 1977). GAZALI (m. 1111) : un des plus importants théologiens de l'islam, auteur en particulier de f/:1yâ' 'ulûm ad-Din (La Revivification des Sciences Religieuses). IBN al-'ARABI (Mul)yî d-Dîn, 1165-1240) : célèbre soufi d'origine andalouse, auteur de nombreux ouvrages, dont al-Kawkab ad-durri fi manâqib l)i-I-Nun al-Mi~ri (l'Astre éclatant des titres de gloire de I)ü-l-Nün l'Égyptien), traduit par R. Deladrière (La vie merveilleuse de Dhû-l-Nûn l'Égyptien, Paris Sindbad 1988). IBN HISAM (m. 828) : historien, auteur de as-Sira an-nabawiyya (la Vie du Prophète) dans laquelle il édite en la commentant l'œuvre qu'IBN ISijAQ (m. 768) écrivit à la demande du calife Abü Ja'far al-Man;;ür. Nous citons l'édition en 6 tomes de Taha Ra'üf Sa'd, Beyrouth Dar al-Jïl1991. IBN IjALLIKAN (1211-1282) : historien et juriste, auteur de Wafayât al-A yiin wa-Anbâ' Abnâ' az-Zamiin (les Décès des hommes illustres et les Nouvelles des fils du temps), éd. Dr I/:1san'Abbas, 8 vol., Beyrouth Dar ~adir 1972. IBN al-JAWZI (1116-1200) : auteur du Kitâb al-QU~~â~ wa-l-Muç!akkirfn (Livre sur les Conteurs et les Prêcheurs), édité, traduit en anglais et commenté par Merlin L. Swartz, Beyrouth Dar al-Machreq 1969. IBN KATIR (v. 1300-1373) : historien et traditionniste de Damas, disciple d'Ibn Taymiyya. Auteur de al-Bidâya wa-n-Nihâya (le Commencement et la Fin), grande histoire de l'islam de laquelle on publie parfois un extrait : Qi~a~ al-Anbiyâ' (Histoires des Prophètes), Alger 1981. IBN QUTAYBA (828-889) : juriste, traditionniste et auteur littèraire. Son Kitâb ta'lWl mubtalif al-Jfadi! a été traduit par G. Lecomte, Le Traité des divergences du /:1adî!dlbn Qutayba, Damas 1962. IBN SA'D (m. 845) : traditionniste et historien, auteur de a!-Tabaqât al-Kubrâ (les Grandes Séries), éd. Dr I/:1san'Abbas, 9 vol., Beyrouth Dar ~iidir, s.d.

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JÂI;II~(v. 775-868) : Wl des plus grands écrivains de la langue arabe. Des extraits de son Kitab al-Ifayawiin (le Livre des Animaux) ont été traduits par L. Souami sous le titre Le Cadi et la Mouche, Paris Sindbad 1988. K.ALÂBAJ;>I 995) : auteur du plus ancien traité de soufisme Kitab at- Ta 'arruf li-madhab (m. ahl at- Ta~wwuf (la Découverte de la Doctrine des Soufis), traduit par R. Deladrière (Kalabadhi, Traité de Soufisme, Paris Sindbad 1981). KISA'I : voir ch. 5. MAKKI (Abû Tâlib, m. 996) : auteur de Qüt al-Qulüb (la Nourriture des Cœurs), Le Caire 1892. MAQDISI : auteur (vers 966) d'une encyclopédie historique, Kitab al-Bad' wa-t- Ta no, publiée et traduite par CI. Huart, Livre de la Création et de l'Histoire, attribué à Abou-Zéid alBalkhî, Paris 1899-1919. MAS'ÛDI (m. 956) : historien, géographe et voyageur; auteur de Murü) arJ-f)ahab WaMa'adin al-Jawhar(les Prairies d'or et les Mines de pierres précieuses). MUSLIM (m. 875) : auteur d'un recueil de hadiths intitulé a~-$a/Jll)(l'Authentique), comme celui de Buhâri.
QURTUBI (m. 1272): voir ch. 6. TABARI (v. 838-923) : voir ch. 3.

I A'LABI (m.

1035); auteur d'Wl recueil de Qi~a~ al-Anbiya: intitulé 'Arii'is al-Ma)iilis (les Séances les plus précieuses).

WAQIDI (747-822) : historien, auteur de Kitab al-Magazl (le Livre des Expéditions), édité par M. Jones, The Kitâb al-MaghâZi of al- Waqidi, 3 vol., London Oxford University Press 1966. ZAM~SARI (m. 1144) : auteur d'un commentaire du Coran, al-Kassaf 'an I;aqa'iq at-Tanzi} wa- 'uyûn al-Aqawll fi wu)üh at- Ta 'wH (le Découvreur des vérités de la Révélation et les sources des opinions dans les divers aspects de l'exégèse).

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INTRODUCTION

Cette étude s'organise autour d'un texte de rabari, traduit et commenté, ou plutôt autour d'une collection de trois textes qu'il a recueillis dans son grand Commentaire du Coran pour illustrer les deux versets qui parlent de Job dans la sourate al-Anbiya'(21, 83-84). Mort en 310 de l'hégire (soit 923 de l'ère chrétienne), rabari est un des auteurs les plus représentatifs du troisième siècle de l'islam. A son époque, l'édifice politique des' Abbassides commençait à se lézarder; mais dans ce grand ensemble qui avait pour centre Baghdad et où on échangeait dans la même langue depuis l'Asie centrale jusqu'à l'Andalousie, l'activité culturelle restait brillante. Éminemment conservateur, c'est-à-dire transmetteur des traditions antérieures selon la norme antique de la littérature religieuse musulmane, rabari n'a pas la prétention de proposer une interprétation originale des figures du passé. Comme ses maîtres et ses

collègues,il veut transmettre ce qu'il a reçu (sans s'interdire de faire quelque tri ou de donner quelque appréciation) et c'est ainsi qu'il nous donne à lire trois récits sur Job qui, eux, ont pris forme au cours du premier sièclede l'islam. - 25-

Introduction

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S'intéresser à de tels textes, c'est entrer dans un jeu de miroirs à l'infini. Ils font d'abord référence (et chacun de manière différente) à un texte source, qui est le Livre biblique de Job, lequel d'ailleurs a lui-même des racines dans la culture de l'Orient antique. Ils reflètent davantage encore tout ce qui a bourgeonné à partir et autour du texte biblique et de ses traductions. Des mises en scène (par exemple, la femme de Job réduite à faire des ménages), des rapprochements de mots ou de situations (par exemple, le parallèle entre le couple Adam et Ève et le couple Job et Ra1}ma),des suggestions édifiantes, des manières d'éluder les questions délicates ont pu voir le jour dans une école midrashique juive, se glisser dans une homélie monastique ou épiscopale, se propager par les soins de prédicateurs itinérants avant de trouver place dans un récit musulman. S'il est impossible de reconstituer tous les circuits, on peut encore repérer les traces du courant qui est passé, ce que nous allons essayer de faire. Textes composés et transmis par des musulmans, ils reflètent naturellement les convictions de la jeune communauté musulmane, avec les débats et les discussions qui l'agitaient. Nous aurons également l'occasion de le constater. Le jeu de miroirs a continué après Tabari. Les récits ont été redits, lImés, enjolivés, combinés, critiqués, réadaptés dans le cadre de la littérature des "Histoires des Prophètes" (Qip~ aJ-Anbiya'). Certes, il ne s'agit pas du secteur le plus important de la théologie musulmane; mais c'est un genre littéraire qui existe toujours, à la fois suspect et vivant. Les jeunes esprits qui peinaient sur le chemin de l'éducation classique ou de la fonnation chrétienne pouvaient s'édifier à la lecture des "Vies d'Hommes Illustres" à la manière de Plutarque ou de Cornélius Népos et dans les innombrables "Vies de Saints". En offrant des exemples mémorables à l'admiration ou à l'indignation de leurs lecteurs, elles cherchaient à structurer l'affectivité et elles procuraient un langage pour saisir et dire la réalité. Les Qip~ aJ-Anbiya' jouaient un peu ce rôle, et sans doute le jouent-elles encore. Quelques sondages dans la littérature concernée pourront nous donner un aperçu de la question. Toutes les figures bibliques assumées par la tradition musulmane pourraient faire l'objet d'une étude semblable, depuis Adam jusqu'à Jésus et ses disciples, en passant par Caïn et Abel, Noé, Abraham avec ses fils et pe-

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Introduction
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tits-fils, Moïse, David et Salomon, Élie, Esdras, etc. Il faudrait y ajouter ces personnages absents de la Bible et empruntés à la tradition arabe (Hüd, Su'ayb, ~ali~) ou orientale (Luqman), quelques martyrs issus de la légende chrétienne (comme les Dormants d'Éphèse) et même Alexandre le Grand, dont les conquêtes avaient été célébrées dans un ROman qui connut un énonne succès et fut constamment traduit et adapté. Dans chaque cas, on pourrait vérifier le même jeu de miroirs où les images se reflètent toujours, mais jamais totalement et jamais à l'identique.

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Le cas de Job présente un intérêt spécifique. En effet, Job n'est pas une personnalité de l'histoire d'Israël ou des peuples voisins dont on conterait la vie édifiante. C'est le personnage d'un dialogue fictif qui se déroule entre lui et plusieurs interlocuteurs dont à la fin Dieu lui-même. Le sujet du dialogue, c'est un deôa( de théodicée. Et la théodicée cherche à mettre en place un discours raisonnable sur Dieu, à évaluer ce qui peut et ce qui ne peut pas se dire; elle se demande si Dieu est ''juste'' (dikaios) ou non, si telle parole sur lui est ''juste'' ou non. Généralement, à l'horizon des dialogues de théodicée, se profile ce qu'on appelle le "scandale du mal", avec la célèbre question logique: Comment concilier les trois propositions suivantes: Dieu est tout-puissant - Dieu est juste et bon - le mal est une réalité? Peut-on affinner la puissance et la justice de Dieu sans conclure que le mal.n'est qu'apparence? Peut-on affinner la puissance de Dieu et constater la réalité du mal sans être contraint de nier la justice de Dieu? Peut-on affinner la bonté de Dieu et constater la réalité du mal sans conclure à l'impuissance de Dieu? Telles sont les questions qu'il est bon d'avoir à l'esprit pour aborder le dialogue entre Job, ses amis et Dieu. Un débat sur ces questions n'est certes pas une affaire de tout repos, ni pour les personnes, ni pour les sociétés. On ne s'étonnera donc pas si les prédicateurs et les commentateurs ont, chacun à sa manière, adouci et même occulté la question que le Livre de Job avait ouverte au cœur du Canon biblique. Beaucoup ont préféré célébrer la patience inouïe du "saint homme Job" qui perturbait moins la tranquillité des esprits. Nous en rencontrerons de nombreux exemples. Mais le débat de théodicée n'est pas toujours oublié. Nous le verrons par exemple avec Saadia Gaôn qui, pour sa communauté juive, entreprend la traduction arabe et le commentaire du livre de Job ou avec Wahb b. Munabbih qui réécrit les dialogues bibliques en les condensant.

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Introduction

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On parle souvent de relectures, de réinterprétations, etc. A moins d'avoir en tête des exemples concrets capables de constituer de véritables dossiers, on risque d'agiter des idées générales et de tourner à vide comme des moulins privés de grain à moudre. Les pages qui suivent pourront fournir quelques poignées de grain à ceux qui s'intéressent à la question des "réinterprétations", de l'appropriation d'un héritage traditionnel par un nouvel héritier. Signalons un simple exemple: Jb 19,25-27. Tous les exégètes connaissent les problèmes que pose la traduction du texte hébreu de ces paroles fortes et solennelles, où le héros affinne sa conviction que le malheur n'aura pas le dernier mot car, à la fin, son défenseur sera debout à ses côtés et lui, Job, verra Dieu. Ils ont l'habitude de suivre les transformations du sens dans la Septante, le Targum et jusque dans la Vulgate qui a produit le texte devenu fameux dans tout l'Occident chrétien: Scio enim quod redffllptOT meus vivit et in novissimo die de tena SllTI'OCtUJ1JS ("Je sais que mon Rédempteur sum est vivant et qu'au dernier jour, je me lèverai de la terre"). Ils pourront ajouter le texte de Saadia Gaôn (Afin que je sache que mes amis survivront...) et celui de Wahb b. Munabbih (IJ me voit, mais je ne Je vois pas...) et s'interroger sur le mélange de souplesse et de fragilité qui caractérise les textes sacrés. Ils ne sont jamais muets, on n'arrête pas de les faire parler, mais sont-ils maîtres de ce qu'on leur fait dire? Le chrétien qui connaît et habite sa tradition se sent chez lui dans l'Ancien Testament, ou dans une bonne partie de cet Ancien Testament. Dans beaucoup d'oratoires, l'icone de Roublev rappelle que la Trinité était déjà présente sous le chêne de Mambré. Dans la nuit de Noël, ceux qui chantent Un enfant nous est né... (Is 9) savent que le prophète Isaïe a annoncé l'enfant de la crèche avec huit siècles d'avance et il leur en coûte d'admettre que l'oracle visait à l'origine l'avènement du jeune Ézéchias sur le trône de Jérusalem. Le vendredi saint, entendre le chant du Serviteur souffrant (Is 53), c'est entendre un récit de la passion de Jésus. Rencontrer un judaïsme vivant qui, par son existence même, conteste le bien-fondé de la lecture chrétienne des Écritures, c'est déjà une expérience féconde, puisqu'elle oblige à regarder le pourquoi de choses dont on croyait qu'elles allaient de soi. En apprenant comment l'islam a résolu le problème pour lui-même, on découvre que les choses sont encore un peu plus complexes. Le chrétien est

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Introduction

convaincu que le message dont il vit accomplit la tradition d'Israël~ il découvre que d'autres ont une conviction semblable: leur propre message accomplit et rectifie aussi bien la Bible des synagogues que celle des églises. A ce titre, certains textes que. nous citons ici doivent au moins être connus. Pour la théologie chrétienne, il n'est pas sain de parler de ces questions en feignant d'oublier l'existence d'un rival à la fois semblable et tellement différent. Et il n'est pas plus sain de parler de l'islam à partir de schémas doctrinaux puisés dans des manuels scolastiques, en ignorant les textes vivants qui sont toujours là, témoins des débats de l'origine. Il est souhaitable que l'islamologie sorte de son isolement. Beaucoup d'exégètes chrétiens ont appris désormais à se familiariser avec les lectures juives de la Bible. Pourquoi ne commenceraient-ils pas à découvrir le travail de lecture que l'islam des premiers siècles a fourni? A notre époque où l'exégèse biblique s'intéresse à l'histoire de la "réception des textes" (Wirkungsgcschichte), il y a là tout un domaine à explorer.
.

Inversement, il serait souhaitable que ceux qui étudient les textes fon-

dateurs de l'islam n'ignorentpas le travail des exégèteset des historiens sur le
texte de la Bible, sur les traditions juives et sur les littératures chrétiennes. * Cela dit, nous voulons simplement souhaiter au lecteur une agréable promenade dans des textes parfois déconcertants peut-être, mais qui invitent à sortir des sentiers battus. Se promener gratuitement dans les textes les plus

divers, et mêmey flâner, peut être une source de plaisirl . A partir des textes
qui nous sont offerts par Tabari, nous nous sommes permis beaucoup d'escapades dans la littérature rabbinique, dans les commentaires chrétiens et dans la tradition musulmane, découvrant avec plaisir quelque midrash astucieux ou l'étonnant Anastase du Sinaï ou encore l'intrépide 'Urwa b. Zubayr. Au lecteur de profiter s'il le désire des quelques sentiers ainsi balisés, et surtout de continuer l'exploration.

Que le lecteur ne se laisse pas lUTêter,dès le chapitre premier, par quelque texte midrashique dont la logique lui échapperait. A qui veut d'abord se dégourdir les jambes, nous suggérons d'ailleurs de commencer le parcours par la lecture du chapitre 5.

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CHAPITRE PREMIER

RACONTER

JOB

Le Très-Haut a recueilli pour nous le récit d'un juste quïl avait soumis à l'épreuve. (Saadia Gaôn)