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Les Représentations de la Santé et de la Maladie chez les Ivoiriens

208 pages
Cet ouvrage étudie les représentations de la santé et de la maladie chez les Ivoiriens, les attitudes et comportements qui les accompagnent, les institutions à travers lesquelles elles s'expriment, l'évolution de ces représentations, de ces attitudes et de ces institutions. L'objectif étant d'éclairer les politiques de santé publique à travers la réévaluation du degré d'efficacité de la médecine africaine.
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Harris MEMEL-FOTE "

Sous la direction de

LES REPRÉSENTATIONS DE LA SANTÉ ET DE LA MALADIE CHEZ LES IVOIRIENS

L'Harmattan
5-7,ruede l'École Polytechnique 75005 Paris.. FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2YIK9

-

Collection Sociétés Africaines et Diaspora dirigée par Babacar SAU

Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à vocation pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa diaspora. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la recherche africaine tout en restant ouverteet s'appuie,de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes qu'elle initie.

Déjà parus
Patrice YENGO (sous la direction de), Identités et démocratie, 1997. Mickaëlla PERINA, Citoyenneté et sujétion aux Antilles francophones. Post-esclavage et aspiration démocratique, 1997. I. VANGU NGIMBI, Jeunesse, funérailles et contestation socio-politique en Afrique. Le cas de l'ex-Zaïre, 1997. Marlella VILLASANTE DE BEAUVAIS, Parenté et politque en Mauritanie, 1998. P. NOUDJENOUME, La démocratie au Bénin 1988-1993,1998.

o Editions L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6494-7

Co-auteurs:

GADOU Dakouri M, YAO y. Léopold. BOUA Assemien. SILUE Clément. COULIBAL Y D. Alice. AMALAMAN Koutoua. DJÔME y. Solange, N;GUESSAN A Amélie

Le GIRESCA est le Groupe Ivoirien de Recherche sur J'Economie, la Société et la Culture Africaines. Son siège est à Abidjan, Côte d'Ivoire. Organisation indépendante, régie par l'article 37 de la loi 60-315 du 2 J septembre 1960, le GIRESCA a été créé le Il août 1993 sous J'impulsion du Professeur Harris MEMEL-FOTÊ par un groupe de huit jeunes chercheurs en Sciences SociaJes. Reconnu officiellement sous le N° 315 du 29 septembre 1995, il est inseré au Journal Officiel de la République de Câte d'Ivoire (JORCI) N° 24 du jeudi 13 juin 1996. Si son objet est l'étude des différents aspects de l'économie, de la société et de la culture africaines, le GIRESCA a pour but d'offrir: - une expertise aux entreprises, aux décideurs et agents de développement dans tous les domaines, aussi bien au niveau local, national, régional qu'international; - une formation continue d'ordre méthodologique et théorique à ses membres; - et de coopérer avec tous les organismes nationaux ou internationaux, gouvernementaux ou non gouvernementaux, privés ou publics en vue de la réalisation des activités de recherches.

AVANT

-

PROPOS

A la fin de l'année 1993, une Convention d'étude se rapportant à la médecine africaine traditionnelle a été signée à Abidjan entre l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), représentée par le Docteur Diégo T. BURIOT et le GIRESCA (GroupeIvoirien de Recherche sur l'Économie, la Société et la Culture Africaines), représenté par le Professeur Harris MEMEL- FOTÊ, son Directeur Scientifique. Selon les termes de référence de cette Convention, il s'agit d'étudier «les représentations de la Santé et de la Maladie chez les Ivoiriens, les attitudes et comportements qui les accompagnent, les institutions à travers lesquelles elles s'expriment, l'évolution de ces représentations, de ces attitudes et de ces institutions». L'objectif était d'abord théorique: réévaluer le degré d'actualité et d'efficacité de ces aspects de la médecine africaine. En effet, connaître les mentalités et les pratiques venues du passé, c'est bien entendu donner à la société les moyens pour comprendre le recours à la médecine africaine traditionnelle, la permanence et la vitalité de ce recours, c'est pouvoir saisir la signification des itinéraires thérapeutiques des malades, celle des rapports complexes d'évitement, d'hostilité ou de coopération entre cette médecine et la médecine moderne, rapports qui traversent la vie des millions d'individus souffrants dans toute la société. Mais, l'objectif théorique peut déboucher sur un objectif pratique. Identifier les tendances de l'évolution en cours autant que les facteurs de ruptures et de permanences, c'est en effet ouvrir des perspectives aux diverses actions de développement en matière de santé publique, aux diverses politiques s' y rapportant: politique des institutions et des projets de recherche, politique de formation en matière de cette médecine, politique de prévention, politique de soins, politique de coopération entre recherche, formation, prévention et soins, voire politique d'industrialisation touchant la pharmacopée. L'étude a été effectuée par deux équipes de jeunes chercheurs qui ont sillonné chacune deux «régions culturelles» de la Côte d'Ivoire, sous la vigilance du Directeur Scientifique. L'Équipe A qui a parcouru les régions gur et akan se compose de: AMALAMAN Koutoua (31 ans, en Doctorat de 3e cycle, sociologie de

la médecine), BOA Assémien (32ans, également en Doctorat de 3e cycle, sociologie de la médecine), COULIBAL Y Digonayéni Alice (27 ans, en Maîtrise d'anthropologie sociale), Y AO Yao Léopold (32 ans, en Doctorat de 3e cycle, sociologie de J'économie rurale, Secrétaire général du GIRESCA, responsable de l'équipe). Dans L'Équipe B, exploratrice des régions mandé et kru, se trouvent DJOME Y vette Solange (31 ans, DEA, sociologie du développement rural), GADOU Dakouri Mathias (32 ans, Docteur de 3e cycle, anthropologie et sociologie de la religion, Coordonnateur du GIRESCA, responsable de J'équipe), N'GUESSAN Ahou Amélie (28 ans, en Maîtrise de sociologie de J'environnement urbain, Trésorière du GIRESCA), SILUE Clément (31 ans, en Doctorat de 3e cycle, anthropologie économique) qui a remplacé AKA Ahoutou Cyrille, boursier en Europe (en Doctorat de 3e cycle, anthropologie économique). Ont assuré pour le GIRESCA, en tant que membres du Comité Scientifique ad hoc l'administration de la Convention, DJOME Yvette Solange et BOA Assémien. Quatres principales étapes ont marqué l'étude. Les préliminaires de l'enquête ont été accomplis du 1er juillet au 25 octobre 1994 en trois temps: premier temps, élaboration du protocole d'enquête (guides d'entretien et questionnaire) du 1er juillet au 7 août; deuxième temps, préenquête pour tester la validité et l' opérationnalité du protocole du 8 au 25 août; troisième temps, amendements apportés au protocole (26 août - 25 octobre). L'enquête proprement dite en ses deux volets, anthropologique et statistique, s'est déroulée du 26 octobre 1994 au 15 février 1995. Deux modes de contrôle ont accompagné cette étape: c'est d'une part la supervision des équipes qu'a effectuée le Directeur Scientifique (cel1e de l'Équipe B, à Man, du 8 au 10 novembre 1994 et cel1e de J'Équipe A, à Agboville, du 4 au 6 janvier 1995); c'est d'autre part le Séminaire de méthodologie à trois reprises organisé à l'antenne OMS de Bouaké au bénéfice des équipes: Bouaké I, 12 - 14 novembre 1994; Bouaké II, 7 8 janvier 1995; Bouaké III, 18 - 20 février 1995.

Le traitement informatique des données statistiques, s'est effectué d'avril à juin 1995, paral1èlement au dépouillement de la documentation écrite; il a préparé les derniers matériaux indispensables à J'analyse.

L'analyse des contenus s'est poursuivie du 1er juillet au 15 septembre concurremment avec la rédaction du Rapport de Synthèse que voici. Nous tenons à exprimer la profonde gratitude de tous les chercheurs du GIRESCA à Monsieur le Directeur Régional de l'OMS pour l'Afrique qui a octroyé un financement à cette étude. A cette expression nous associons Monsieur le Ministre de la Santé Publique et des Affaires Sociales du Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire et en particulier Monsieur le Représentant de l'OMS en Côte d'Ivoire. L'agrément du premier a offert au jeune Groupe l'opportunité d'apporter sa contribution aux capacités des Sciences Sociales à comprendre les problèmes nationaux de Santé Publique pour aider à mieux les résoudre. Du second, la largeur d'esprit, la confiance, la disponibilité et les conseils ont été une ressource et un encouragement pour les chercheurs. Nos remerciements vont également aux deux chaînes de solidarité qui ont concouru à l'accomplissement de l'entreprise; dans l'ordre de la solidarité administrative: - à l'équipe si pleine de sollicitude de Monsieur le Représentant de l'OMS, notamment à Madame Hélène NABOLLE, Administrateur, à Monsieur SORO Adama, Journaliste, Assistant chargé de l'Information Sanitaire et aux Secrétaires de la Représentantion de l'OMS, en particulier Mademoiselle Michelle OKEI qui a assuré la saisie informatique du

Rapport de la pré-enquête et concurremment avec Madame Jeannine
GNAGBO du Rapport de synthèse. - aux Chefs de secteurs OMS d'Odienné, de Bondoukou et singulièrement à Monsieur MAMADOU Sarr, Chef de secteur de Bouaké qui a accueilli généreusement les trois séminaires du GIRESCA sur le terrain;
- aux Directeurs régionaux de la Santé; - au Directeur du Centre ORS TOM de Petit-Bassam, Bernard CONT AMIN et à tout le personnel, singulièrement Monsieur YEO, Administrateur; - aux Préfets des Départements, aux Sous-Préfets Circonscriptions et aux Maires des Communes parcourus; - aux Chefs des cantons, des tribus et des villages visités; des

dans l'ordre

de la solidarité

scientifique

et technique:

- aux personnels de santé modernes (médecins-chefs des bases de santé rurale, médecins-chefs des hôpitaux, pharmaciens, infirmiers et sages- femmes); - aux autorités religieuses (imams, prêtres, évêque, pasteurs);

- aux personnels de santé traditionnels;
- aux guides et interprètes; - au démographe-statisticien, CIRES; DRAMANE Bakary, chercheur au

- aux informaticiens de l'ENSEA, DIA YEOLA B. Mathurin, FESSAS SI Raïmi et SOUMARE Issouf; - au dessinateur-cartographe de l'ORSTOM, GROUPESSIE Baba. Après une Introduction consacrée à la mise en place du cadre méthodologique de l'étude, ce Rapport comprendra deux parties principales:
le PARTIE: Les visions du monde des Ivoiriens et leurs représentations de la Santé et de la Maladie

lie PARTIE: Les représentations, les pratiques et les institutions dans la société et I'histoire

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INTRODUCTION
LE CADRE MÉTHODOLOGIQUE DE L'ÉTUDE

Un objet complexe soulevant des problèmes de fond, qu'il a fallu cerner par des concepts reprécisés et résoudre par une méthode pluridisciplinaire et comparative, appliquée à une population différenciée, telles sont les caractéristiques de cette étude aux résultats modestes mais porteurs. 1. Un objet complexe qui soulève des problèmes de fond
La complexité de cet objet réside non seulement dans l' hétérogénéité des éléments constituants (psychologiques, sociologiques, historiques), mais encore dans les rapports qui structurent ces éléments. Une première série de prob]èmes qui en décou]e ressortit au domaine de l'idéologie, comme système de croyances, de sentiments et d'idées propre à un groupe, à une société, dans]e temps, comme enjeu de ]utte, et résultat de rapports de force. La représentation, dans un premier sens, en est une forme. La psycho]ogie sociale la définit comme «une construction sociale» en tant que processus et résultat, où se mê]ent perception, sentiment, réflexion et signification; elle appartient aux acteurs sociaux (ordre de l'émique); lorsqu'elle touche à peu près à tous les aspects de la vie humaine (personne, sacré, connaissance, valeurs, temps, mort, etc.), on peut la nommer vision du monde; quand eUe est religieuse, la vision peut être, soit polythéiste ou en terme ]axiste, animiste, soit monothéiste, chrétien ou islamique, soit syncrétique associant les é]éments de J'une et l'autre religion. Dans le second sens cependant ]e concept renvoie à une construction théorique, destinée à rendre compte du premier sens (ordre de J'étique). Une deuxième série de problèmes concerne le domaine de la pratique auquel se trouve intégrés les trois concepts suivants. Le comportement (ex: se soigner) réfère à toute conduite manifestée dans le rapport socia] et qui présente une signification globale pour]' auteur et l'observateur. L'attitude (teHe la peur de]a mort) désigne une disposition permanente à agir, <<uneconstruction hypothétique» destinée à rendre compte des opinions, des sentiments et des comportements; l'enquête par

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questionnaire a vocation à la dévoiler (G. Thines et A. Lempereur, 1975). Quant au concept d'institution, il est justiciable d'une sociologie à trois dimensions, selon la théorie d'E. Durkheim: sociologie des valeurs socio-culturelles incarnées dans des choses physiques tel un hôpital (P. Bourdieu, 1980), sociologie des pratiques telle l'euthanasie et sociologie des organisations du type collège des guérisseurs; ces valeurs, ces pratiques et ces organisations reposent sur un consensus qui justifie des sanctions (R. Boudon et F. Bourricaud (1982/86). Un concept d'anthropologie englobe tous ces aspects de la vie sociale: c'est la culture: effort d'une collectivité pour maîtriser l'environnement naturel, héritage collectif de techniques, d'institutions et de représentations qu'une société se transmet d'une génération à l'autre (J. Maquet). En ce sens, la culture nationale ivoirienne désigne, comme tendance, la communauté des héritages ethniques et des innovations intervenues dans et par l'histoire du nouvel État depuis la colonisation. Nous nommons région culturelle une division de géographie culturelle, fondée sur deux hypothèses, l'une qui distingue en Côte d'Ivoire quatre ensembles linguistiques reliés à la famille Niger-Congo (mandé, gur ou anciennement voltaïque, kru et kwa), l'autre qui admet l'existence d'un rapport nécessaire entre langue et culture, culture et niche écologique. La troisième série de problèmes traite de l'évolution. Qu'il s'agisse de l'évolution sociale, c'est -à-dire des transformations à l'oeuvre dans la longue durée des générations et observables «à haute altitude», ou qu'il s'agisse du changement social, entendons les transformations localisées dans l'espace connu et le temps court (Guy Rocher), le problème revient à identifier dans leur nature et leurs tendances les transformations en cours voire les ruptures, par opposition aux permanences et d'en rendre compte. Cela ne peut se faire, qu'en reliant les représentations, et les pratiques à l'organisation sociale et à son histoire, aux divers groupes qui, à travers les rapports de production, de reproduction, de pouvoir, de communication et de sens, constituent la société et sa culture: régions, ethnies, professions, classes sociales, communautés religieuses, âges, sexes.
Par quelle méthode avons-nous construit cet objet et avons-nçms tenté d'en rendre compte?

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2. Une méthode pluridisciplinaire

et comparative

On la voit d'abord à la diversité des sources, ensuite à l'approche aussi bien qualitative que quantitative, enfin au comparatisme intrarégional et inter-régional. La diversité des sources. A un niveau primaire, la littérature gnomique (dictons et proverbes) nous informe sur la santé et la maladie selon les Ivoiriens. A un second niveau, c'est à l'ethnologie de la religion

et de la magie, née avec le Père Loyer au XVIIIe s, que nous devons ces
premières informations ivoiriennes sur la maladie et la santé, en quantité plus considérable sur les régions culturelles de la forêt que sur celles de la savane, et dans ce dernier cas, davantage chez les polythéistes (Senufo/ Lobi) que chez les monothéistes islamisés (Malinké). Parallèlement, l'anthropologie et l'histoire des prophétismes, de Jean Rouch à JeanPierre Dozon en passantparG. M. Haliburton (1971), M. Augé (1975) et J. Girard (1986), ont accru la connaissance des phénomènes du malheur et de la guérison chez les Ivoiriens des régions forestières lors des grandes crises de leur histoire: colonisation, décolonisation, développement. En comparant la médecine africaine traditionnelle avec la médecine moderne, médecins et ethnologues ont apporté une contribution à cette problématique (J. Kerharo, 1950, 1975, Attia Yao, 1975). La dernière décennie marque cependant un tournant. D'abord une véritable histoire de «la Santé en Côte d'Ivoire» est inaugurée à propos des «réalités coloniales», même si, ayant pris en compte la conception et les pratiques africaines, elle a omis le moment arabo-islamique (D. Domergue-Cloarec, 1986). Ensuite, dans une conjoncture favorable à l'échelle africaine (Atelier de Bamako! janvier 1994) et à l'échelle nationale (Association des tradipraticiens, ASSIMENAT, AGUECI), un intérêt endogène s'est éveillé pour une anthropologie de la santé et de la maladie, qu'illustrent quelques enquêtes régionales sur les Gur (Atin aria, 1988, Michèle Cross, 1990, Diarrassouba Mamadou, 1993), sur les Kru (H. Biho, 1993, B. Yoro, 1993). Dans la présente étude, l'approche qualitative que commandent l'histoire et l'anthropologie est complétée par l'approche quantitative, justiciable de la psychologie sociale et de la sociologie. Du premier point de vue, deux populations ont été soumises à des entretiens. La première, une population-témoin, rurale et exclusivement masculine (maires ou adjoints, chef de canton, de tribu, de village), des quatre régions, a été invitée à présenter et à rendre intelligibles la société,

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sa culture et son histoire. La population-cible, rurale et urbaine (personnels de santé traditionnels et personnels de santé modernes d'une part, autorités religieuses de toutes confessions d'autre part) exprime ses opinions sur les principaux thèmes de référence en les justifiant. Du second point de vue, c'est un échantillon de la population qui aété soumis à un questionnaire. Nous avons retenu 12 villes et 12 villages comme sites d'enquête dans toute la Côte d' l voire, à raison de 3 villes et 3 villages par région culturelle. La population autochtone âgée d'au moins 15 ans de ces villes et villages s'élève à112.981 habitants. Sur la base de cette population-mère a été constitué à l'aide de la technique des quota un échantillon de 600 individus: Akan : 278 (46,30 %), Gur: 166 (27,70 %), Mandé: 91 (15,10 %), Kru : 66 (19,90 %). Cinq variables précodées ont été retenues et appliquées: région culturelle, ethnie, résidence (ville/village), sexe, âge divisé en trois tranches (15-30 ans, 31-45 ans, 46 ans et plus). Elles sont complétées par cinq variables post-codées : religion, situation matrimoniale, niveau d'instruction, nombre de personnes à charge et profession. Au traitement informatique, 607 individus se trouvent avoir été effectivement interrogés, le surplus étant justifié par l'option d'arrondir certaines valeurs, telles les valeurs relatives à l'âge. Le questionnaire comprend 67 questions groupées autour de quatre chapitres: identification, représentations, comportements et attitudes, institutions. L'exploitation des résultats appelle deux remarques. Chaque fois que les questions sont fermées, les réponses aux questions suivantes ont été traitées sur la base des réponses de l'effectif réel, soit des réponses positives, soit des réponses négatives; cet effectif devient, au contraire de l'effectif global (607), le nouvel échantillon (100%) relativement auquel sont évaluées les réponses justificatives. S'agissant des questions ouvertes à plusieurs réponses, elles comportent des items qui sont des propositions de réponses parmi lesquelles l'enquêté est libre de choisir une ou plusieurs. L'effectif des répondants par items est aussi évalué par rapport àl'échantillon global (607, soit 100 % de la population totale interrogée). C'est ce qui explique l'absence de la totalisation de tous les répondants dans les tableaux statistiques relatifs aux questions à plusieurs réponses possibles. a. Un comparatisme intra-régional et inter-régional Deux modes de comparaison ont été appliqués. Dans le mode intra-régional, et afin d'identifier les similitudes et les différences des 14

discours entre les ethnies, ont été comparées les dénominations linguistiques, les notions, les définitions, lesperceptions et les significations énoncées par les acteurs sociaux; l'ont également été les discours des agents de la santé traditionnels, ceux des agents de la santé modernes et ceux des autorités religieuses; ont été enfin comparés les écarts entre les discours et les pratiques. Selon le mode inter-régional, les représentations, les pratiques et les institutions ont été comparées entre les régions culturelles, les sexes, les âges, voire les croyances religieuses, les niveaux d'instruction, les professions et les situations matrimoniales. b. Les limites des résultats Malgré la fécondité de ces méthodes et la richesse des résultats, nous sommes conscients cependant que les résultats obtenus de l'application de ces méthodes présentent certaines limites. Les unes ont tenu à la qualité des moyens de l'enquête. En effet, la plupart des 32 interprètes de 22 à 56 ans dont une femme ont été fournis par les autorités administratives, politiques, sanitaires ou locales (Korhogo, Bondoukou, Bouna); cette dépendance relative qui n'exclue pas la compétence explique non seulement leur défaillance à certains rendez-vous, mais encore leur penchant zélé à se substituer trop souvent aux informateurs; en outre, du niveau du premier cycle de l'enseignement secondaire généralement, ils ont souvent fait des catégories linguistiques une traduction approximative revue et corrigée pard' autres locuteurs. D'autres limites ont dépendu de la durée: le temps, écourté par ailleurs par les difficultés de transport, nous a manqué pour approfondir l'enquête sur certains thèmes, tel l'art comme moyen de thérapie, et chez certains groupes (Koulango, Malinké). Il ne suffit pas dans ce cas de déplorer les difficultés du déplacement, on peut incriminer aussi bien l'étendue de notre champ d'étude et notre ambition. Certaines des limites enfin sont objectives: l'information manque là où les anciennes traditions n'ont plus de véhicules et où de nouvelles traditions idéologiques ont pris place (Adjamé, Songon-Dagbé); on notera enfin le déséquilibre de la documentation médicale dû au travail des enquêteurs relativement aux régions Gur - Akan et régions MandéKru. Ce déséquilibre ne porte pas préjudice cependant aux conclusions de l'enquête dans la mesure où Gur et Akan constituent la majorité de l'échantillon.
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PREMIÈRE PARTIE

LES VISIONS DU MONDE DES IVOIRIENS ET LEURS REPRÉSENTATIONS DE LA SANTÉ, DE LA MALADIE ET DE LA MORT

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I LA POPULATION INTERROGÉE: LA POPULA TION- TEMOIN ET LA POPULATION-CIBLE Cinq catégories d'individus la composent. La population-témoin, comprend les autorités «traditionnelles» : chefs de canton, de tribu ou de village et maîtres de terre. 48 individus de toutes les régions culturelles (Gur 8, Akan 19,Mandé 12, Kru 8), exclusivement de sexe masculin, tous du troisième âge (62 à 80 ans), en majorité illettrés; traditionnistes informant de manière idéologique sur l'histoire générale du groupe, ils sont des «politiques» qui donnent accessoirement leurs opinions sur les représentations. La population-cible est celle des personnels de santé traditionnels. Ce sont 62 individus (12 Gur, 31 Akan, 10Mandé, 9 Kru), principalement de sexe masculin (48 hommes, 14 femmes, dont 1Gur, 8 Akan, 3 Mandé, 2 Kru), adultes et vieux, de (45 à 80 ans), polythéistes (1 musulman et 1 catholique Gur, 5 harristes, 3 catholiques et 2 protestants Akan), en majorité analphabètes (6 formation primaire et 1 secondaire parmi les Gur et Akan) ; résidant pour la plupart en milieu rural, ils sont les agents de la santé traditionnels qui expriment leurs opinions comme gens de culture traditionnelle et experts. Les patients dont le nombre dérisoire ne présente aucune signification: 7 individus, 1 Gur, 2 Akan, 4 Mandé dont 5 hommes et 2 femmes (1 Akan, 1 Mandé). Les personnels de santé modernes sont au nombre de 37 individus (14 en pays gur, 10 en pays akan, 16 en pays mandé et kru) dont 21 docteurs en médecine et en pharmacie, 13 infirmiers et infirmières, 3 sages-femmes; au contraire des deux catégories précédentes, celle-ci, dont l'âge oscille entre 27 et 56 ans, est une population jeune, puisque Il médecins sur les 21 ont moins de 40 ans; en outre, 15 parmi eux résident et exercent en ville, 6 seulement à la campagne. Eux aussi s'expriment en tant que gens de culture moderne et experts. Viennent enfin les autorités religieuses. Consacrées institutionnellement à la prédication des Écritures saintes (Bible et 19

Coran). Elles sont au nombre de 23: Il pasteurs de toutes obédiences (1 Église protestante méthodiste, 2 Églises des Assemblées de Dieu, 1 Église Baptiste libre, 4 Église Baptiste Oeuvres et mission, 2 Église protestante CMA : mission pour l'Alliance, 1 Église du Dieu de la prophétie), 7 imams (dont 1imam-adjoint), 4 membres du clergé catholique (1 évêque et 3 prêtres), le Chef Suprême de l'Église Adae de Divo. Tous des hommes, tous lettrés, en majorité adultes (33 à 74 ans), ils émettent des opinions sur la santé et la maladie inspirées de leurs doctrines théologiques, telles que inculturées dans la civilisation africaine contemporaine. Quelles sont donc dans leur pluralité ces visions du monde et ces représentations de la santé et de la maladie que l'enquête qualitative auprès de cette population a rapportées?

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II LES VISIONS DU MONDE ET LES REPRESENTATIONS DE LA SANTE, DE LA MALADIE ET DE LA MORT A. LES VISIONS DU MONDE, FONDEMENTS REPRESENT AnONS DES

L'analyse comparée des résultats de l'enquête qualitative, c' est-àdire des visions ethniques qu'offrent les informateurs dans chaque région culturelle et celles des régions culturelles dans l'espace national laisse apparaître, au-delà des différences mineures, une unité profonde d'inspiration, de structure, de fonctionnement et de sens. Cette unité réside en premier lieu dans la constitution et la formation du monde. En effet, à ce monde correspond d'abord une catégorie linguistique: dunia (Malinké), kouro (Wê), péo (Bété), man ou mein (Baoulé), gbamladodo (Dida)... Ensuite quatre éléments, selon la mythologie lobi, entrent dans sa fonnation. L'élément premier, c'est le feu, énergie céleste, manifeste dans le chaud et le sec, correspondant à la saison sèche; le feu engendre le deuxième élément, l'air, manifeste dans le chaud et l' humide et qui correspond à la saison humide; c'est de l'air que vient sous forme de pluie, le troisième élément, l'eau, synthèse de l'humide, du chaud etdu sec, l'eau, «élément essentiel à la vie, viefoetale, vie avant la vie, vie avant la vie extérieure» (Atin Oria, 1988:19-20); de l'eau, sort, le quatrième élément, la terre, autre synthèse des trois éléments. Enfin, de la terre sont nés par ordre chronologique, le végétal, l'aîné, l'animal, le cadet et 1'homme, le benjamin, parmi les êtres animés. Deux sphères composent ce monde, l'une, invisible, et l'autre, visible. Dans la sphère invisible, le niveau céleste, l'au-delà du ciel, est la demeure de Dieu, créateur lointain 1 entouré, selon les Senufo, des iguefobele, les créateurs dépendants de Dieu ou la demeure de l' Homme
1 Mandé: zlan (Dan), Bali (Kweni), Mansa Dembali (Malinké), Gur: Koulotiolo «Senufo); Tangba (Lobi), Akan : Gnamien (Baoulé), Gnakan (Ebrié), oro (Abê), Kru Lagotapê (Dida) 21

primordial, aïeul de tous les êtres2; le niveau souterrain comporte entre autres deux agglomérations: le village des morts3, séjour des ancêtres, et le village des génies4, domiciliés dans les montagnes, les rivières, les arbres et les rochers. Le monde de l'invisible est celui des causes et le monde visible celui des effets. La sphère visible où le village des humains5 jouxte la brousse, héberge les minéraux, les végétaux, les animaux et les humains. Deux temps s'y succèdent, lejour où le soleil crée la visibilité et la nuit qui rend tout invisible, sauf pour les nyctosophe6, (devin, guérisseur, sorcier), ces derniers sont héritiers de la clairvoyance laissée par Dieu lorsqu'il s'est exterritorialisé . Cette unité réside en second lieu dans la substance du monde: la vie au sens non pas de la science, mais de la métaphysique. Le caractère principal de la vie est son universalité. Dieu, le minéral, la plante, l'animal et l'homme possèdent la force vitale. Voilà pourquoi la vie et le monde se confondent parfois dans le même mot chez les Baoulé, les Bété, les Wê. Vivre, mendilè en baoulé, littéralement «manger le monde», c'est s'approprier les ressources extérieures qui assurent et font prospérer l'existence: air, feu, logis, vêtement, nourriture, art: en Dieu, on retrouve la vie sous les idées de sexualité sous la forme du féminin, du masculin et de génitalité. Si le Ciel est constitué de feu et d'air, le feu qui est énergie associé à l'air engendrent le souffle. Le Ciel et la Terre, couple primordial, géniteur et génitrice, mettent au monde tous les êtres qui sont ainsi frères utérins et consanguins. Que les minéraux sont des êtres vivants parmi les autres, la mythologie akan de l'or suffit à l'attester. «Véritable être vivant au pouvoir surnaturel, l'or est censé pouvoir donner bonheur, réussite, santé, longévité et fortune à tous ceux qui
2 Gnonsoa (Wê) 3 Kuséé, champ des morts ou kubelekaha (Senufo), leglu (Wê), Kubie (Bété), Kuduko (Dida), Blolo (Baoulé). 4 Mandebele-Kulo (Senufo), Zri (Bété), Ziri (Wê) Zlanbenu (Dan).

5 Kaha (Senufo), glo ou gro (Bete), Kro (Baoulé), akube (Ebrie), duo (Lobi), fia (kweni), peu ou pieu (Dan). 6 Dominique Zahan : du grec nux, nuktos, la nuit, et sophos : qui détient un savoir ou une sagesse se rapportant à la nuit. 22