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Les Vikings

De
240 pages

Sous la plume alerte de Jean Mabire, voici, superbement contée, la fabuleuse histoire des Vikings, rois des mers.

Ici sont rassemblés les exploits d'Erik le Rouge, Harald Dent Bleue, Harald Belle Chevelure et tant d'autres, fils de la tempête et du feu, guerriers de la race des aigles et des loups.

De la Baltique à la Méditerranée, franchissant l'Atlantique, explorant le futur Canada, ils déferlent sur le monde connu, dont ils repoussent les limites.

Jean Mabire a pris le parti de ressusciter, pour l'émotion et le plaisir du lecteur, des scènes et dialogues vivants, retraçant les épisodes les plus extraordinaires de cette épopée.

Bien qu'elle s'adresse à notre imagination, cette narration est impeccablement documentée, historiquement solide. Jean Mabire au sommet de son art.


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Contenu

  1. Chapitre I
  2. Chapitre II
  3. Chapitre III
  4. Chapitre IV
  5. Chapitre V
  6. Chapitre VI
  7. Chapitre VII
  8. Chapitre VIII
  9. Chapitre IX
  10. Chapitre X
  11. Chapitre XI
  12. Chapitre XII
  13. Chapitre XIII
  14. Chapitre XIV
  15. Notes
  16. Du même auteur
  17. BIBLIOGRAPHIE
  18. Cahier photos

Jean MABIRE

Les Vikings

à travers le monde

Editions l’Ancre de Marine

2, rue des 4 Moulins

27400 LOUVIERS

FRANCE

www.ancre-de-marine.com

ISBN : 9782841412952

Chapitre I

Dix ans après le massacre des païens saxons par Charlemagne, les moines subissent à Lindisfarne la fureur des Normands.

Le sang appelle le sang.

Ils sont quatre mille cinq cents guerriers saxons vaincus, entravés comme des bêtes fauves. Les soldats francs viennent de les rassembler dans l’immense clairière de Sachsenheim. Sur toutes les lisières de la forêt ténébreuse, veillent des hommes d’armes, engoncés dans leurs broignes de cuir aux anneaux de fer. Des croix s’écartèlent sur les boucliers de bois clouté. D’autres croix frissonnent sur les étendards, rouges comme le feu ou bleus comme la nuit. Ceux qui viennent de remporter la bataille, non loin de la bourgade de Verden, sur les rives de l’Aller, au sud de Brême, en pleine terre rebelle, servent le futur empereur d’Occident — que les clercs vont appeler Charlemagne.

En cette année 782, se poursuit la guerre inexpiable des Francs et des Saxons, la lutte de la croix du Christ contre le marteau de Thor. Les chrétiens de Karl der Grosse ont vaincu les païens de Widukind. Ceux qui croient en Jésus fils de Dieu tiennent à leur merci ceux qui nomment Dieu le secret des bois. Les Saxons vaincus n’ont qu’un choix, le baptême ou le massacre. Sur leur nuque roide : l’eau du Ciel ou le fil de l’épée. Autour des captifs, se préparent ceux qui vont maintenant accomplir le geste décisif. Les soldats et les moines s’impatientent. Depuis des semaines que dure cette campagne épuisante dans les pays du Nord, ils attendent ce moment. L’heure de la vérité est venue. Les soldats ricanent. Les moines psalmodient. Immense murmure qui couvre soudain le chant des oiseaux tournant sous les nuages sombres du crépuscule. De longues minutes s’écoulent. Interminables. Les Francs grondent d’impatience et de colère. Les Saxons les défient du regard et se taisent. Leur silence semble déjà une réponse :

— Nous resterons fidèles à la foi de nos pères. Déçus, les moines se regroupent autour de leur évêque. Ils n’auront personne à baptiser aujourd’hui. Ils entonnent à pleine gorge un cantique :

Gloria in excelsis Deo.

Les voix des tonsurés s’affermissent. Ils se serrent l’un contre l’autre, dans leurs longues robes de bure marron. Le prélat brandit une croix d’or qui étincelle de tout l’éclat de ses joyaux. Gloire à Dieu au plus haut des cieux.

Et in terra pax hominibus bonae voluntatis.

Paix aux hommes de bonne volonté ! Mais les païens ne sont pas de cette race qui accepte de plier le genou et de courber la tête pour recevoir l’eau divine du Seigneur devenu homme. Ils s’obstinent à adorer les dieux des sources et des arbres. Et ils saluent ce cavalier borgne qui chevauche les soirs d’orage sur un cheval à huit pattes galopant dans les nuages et les éclairs : Odin.

Quatre mille cinq cents têtes de païens tranchées net.

Les Saxons refusent la parole du Dieu unique. Alors, ils subiront la loi du roi des Francs. Les soldats s’avancent. Les moines forcent encore leur chant :

Per Christum dominum nostrum.

Un geste du chef vainqueur lance les bourreaux à la besogne. Un ordre :

— Au nom du Père…

Tranchée net, la première tête roule aux pieds de l’évêque. Cette terre de Sachsenheim ne sera pas arrosée par l’eau de la rédemption, mais par le sang dupaganisme.

— Et du Fils…

Sifflement de l’épée dans l’air devenu soudain silencieux entre deux cantiques. Dans un grand battement d’ailes les oiseaux s’abattent sur la cime des chênes.

— Et du Saint-Esprit !

Une troisième tête tombe dans l’herbe haute qui s’emperle de grosses gouttes rouges. Les Saxons regardent les trois corps étendus que n’agite plus aucun frémissement.

— Ce soir, lance un prisonnier, ils participeront au festin des guerriers dans le Valhalla du dieu Odin.

Le chant des moines a repris. Comme un grondement de tonnerre, il emplit maintenant toute la clairière. Les soldats se mettent aussi à chanter entrecoupant les pieux versets de terribles « Han ! » de bûcherons chaque fois qu’une épée s’abat sur une nuque païenne.

Gloria et honor Petri et Filio et Spiritui sancto in saecula saeculorum !

Tranchez les têtes, glaives du Christ ! Tranchez quatre mille cinq cents têtes de païens. Tranchez-les ces têtes dures qui ne veulent pas comprendre que les dieux de leurs ancêtres sont devenus maudits sur le sol où vivent leurs enfants.

Alleluia ! Alleluia ! Alleluia !

Dans la nuit, à la lueur des torches, les soldats du roi Charles vont longtemps poursuivre leur terrible besogne. Le fer a raison de ceux qui refusent la croix.

Bénies soient les armes qui assurent la victoire de la vraie foi. À l’aube, la forêt est redevenue silencieuse. Les soldats et les moines peuvent reprendre leur marche. Verden brûle avec des flammes immenses et de lourds panaches de fumée que chasse un vent froid venu de la mer du Nord.

Soudain, dans le ciel, on croit entendre le galop d’un cheval.

Le chef Widukind se réfugie dans le libre pays du Nord.

Vaincu par Charlemagne, Widukind réussit à s’enfuir. Il chevauche à bride abattue à travers les bois et les landes de son pays dévasté et vaincu. Il franchit l’Elbe, arrive en Nordalbingie, relance son coursier fourbu, traverse l’Eider. Voici enfin le chef saxon au pays du roi danois Godfred. Il va même épouser la sœur de son hôte.

Dans le Jutland entre deux mers, les marais et les tourbières, les hêtres et les étangs défendent les approches de la presqu’île sacrée où reste inconnue la loi de Rome. Là vivent les libres païens du Nord. À tous, Widukind va dire et redire le sanglant baptême subi par les guerriers de son peuple :

— Tous les miens ont été exterminés jusqu’au dernier captif. Quatre mille cinq cents nobles guerriers ont péri. Les vieillards, les femmes, les enfants, tous ceux qui ne portaient pas d’armes, ont été déportés en terre étrangère où les attendent la misère et le mépris.

Et le chef saxon répète :

— Les Francs nomment leur crime : la loi du fer de Dieu.

Partis du Rhin vers les infinis rivages sablonneux et les sombres forêts du pays saxon, les soldats et les moines du roi Charles vont imposer leur ordre implacable. Celui qui règne à Aix-la-Chapelle prétend n’être que le représentant sur cette terre au Dieu tout-puissant et éternel qui règne dans les nuées invisibles. C’est au nom du Christ de Jérusalem et de son vicaire de Rome qu’un terrible capitulaire vient imposer sa loi au pays des vaincus :

« Tout Saxon non baptisé qui cherchera à se dissimuler parmi ses compatriotes et refusera de se faire administrer le baptême sera mis à mort.

« Quiconque refusera de respecter le saint jeûne du Carême et mangera alors de la chair sera mis à mort.

« Quiconque livrera aux flammes le corps d’un défunt suivant le rite païen, et réduira ses os en cendres sera mis à mort.»

Et se succèdent les articles dans une interminable litanie, où reviennent sans cesse les mêmes mots : « sera mis à mort ».

Tout le pays entre la Weser et l’Elbe connaît le feu du ciel et le fer du roi. La paix de la mort règne en pays saxon.

Pour plus de deux siècles et demi la fureur des Normands.

Chez les païens qui ont donné asile à Widukind, le récit des massacres et des exils frappe les imaginations populaires. De vieilles haines s’attisent comme cendres sous la brise. Au fer de Dieu doit répondre le fer d’Odin. Un mot jaillit, s’enfle, emporte tout dans un ouragan de feu : Vengeance !

Depuis la nuit des temps, de blonds géants aux yeux clairs, venus de cette « terre d’Hyperborée » où les Anciens plaçaient la demeure des dieux solaires, déferlent sur l’Occident conquis par les guerriers du pays de l’ambre et du bronze. Cimbres, Teutons, Vandales, Burgondes, Lombards, Angles ou Jutes, ils ont fait crouler l’empire romain et trembler le monde chrétien. Maintenant, les Vikings vont prendre la grande relève du sang. Ce sera la dernière vague du monde norois.

La plus terrible et la plus fantastique. Pendant plus de deux siècles, les hommes du Nord, les Northmen ou Normands, vont faire payer aux abbayes et aux cités d’Occident le crime de Charlemagne. Terrible retour de l’Histoire. Les païens ont été vaincus dans la forêt, c’est sur la mer que d’autres païens vont venger leurs frères. Les Saxons et les Frisons semblent tous soumis à un joug implacable ; mais déjà les Danois, les Norvégiens et les Suédois forgent leurs armes pour d’autres combats. Vague après vague, les Vikings vont s’abattre sur le monde chrétien terrifié. C’est un nouveau cantique que vont désormais chanter les clercs et les nonnes :

A furore Normannorum

Libera nos, Domine !

Mais le ciel se tait. Pendant des années et des années, les rivages du monde chrétien n’entendront que le fracas des flots qui se brisent, le cri des Normands qui se lancent, l’épée haute, dans l’écume, le choc du fer qui tranche, égorge et achève. Toute une jeunesse impatiente va déferler du Nord et imposer une seule loi : celle des héros aventureux et solitaires, dont le domaine n’aura plus désormais que la seule limite de leur force. Voici le prodigieux printemps des peuples avides d’espace et de butin. Ceux qui partent en expéditions vikings sont les meilleurs de leur lignée, les plus braves guerriers et les plus hardis marins. Ils sont les fils de la tempête et du carnage. Ils sont de la race des aigles et des loups. Leurs raids évoquent le vol de rapaces ou la meute de carnassiers. Soudain, le monde appartient à leur épée et jamais ce monde n’aura été si beau, sous le grand tournant du soleil.

Les Vikings ne représentent pas la masse de leurs peuples. En Scandinavie — dans les premières décennies de la grande aventure, du moins — restent les vieillards, les femmes et les enfants, les légistes, les marchands et les paysans. Ceux qui partent ne sont que l’écume bouillonnante. Ecume blanche comme la neige qui va devenir rouge comme le sang.

Le massacre de Lindisfarne venge le crime de Verden.

Le sang appelle le sang.

Nul ne sait le nom du premier chef qui va venger les Saxons massacrés par les moines et les soldats du roi Charles. L’Histoire n’a gardé que la date le 8 juin 793. À peine dix ans ont passé. Et Lindisfarne va payer pour Verden l’imprescriptible tribut de la mort violente.

Le drame se déroule à la fin d’un printemps paisible. Depuis cent soixante ans, des moines venus de l’île sainte d’Iona, dans les Hébrides, ont établi un monastère-évêché sur cet îlot de la côte nord-est du Northumberland, non loin de l’embouchure de la rivière Tweed, qui sépare le pays des Angles de celui des Scots. Peuples rivaux depuis que la Grande-Bretagne est une île et que des envahisseurs ont abordé ses rivages, mais peuples unis, en cette fin du VIIIe siècle, par une même croyance au Christ venu de l’autre monde. Les moines irlandais ont défriché les forêts et labouré les âmes depuis longtemps. Leurs croix se dressent sur le rivage, face aux flots d’un vert sombre de la mer du Nord. Ici commence le pays des fidèles du Dieu fait homme et mort supplicié pour le salut des humbles. Des murs de pierres sèches délimitent le domaine sacré. Quelques huttes sous leur toit de chaume entourent une église au clocher carré. Le froc serré à la taille par une corde de chanvre, les manches de grosse bure relevées jusqu’aux coudes, suant de grosses gouttes noires de crasse sous le rude soleil de ce début d’été, les tonsurés rentrent les foins. L’air sent l’herbe fraîche coupée. Les vaches de monseigneur auront de quoi ruminer dans leur étable quand viendra la mauvaise saison. Lindisfarne, paisible communauté chrétienne, vit au rythme des labeurs et des prières. Les chants d’église rythment les travaux de la terre.

Benedicam Dominum in omni tempore

Semper laus ejus in ore meo

Les faucilles coupent l’herbe avec des éclairs d’argent. À pleines brassées, les moines l’entassent sur des toiles de lin, dont ils feront tout à l’heure de gros ballots, avant que le soleil ne disparaisse derrière les côtes sombres de la grande île d’Albion, dont Lindisfarne semble une sentinelle avancée, une île sainte Holy Island dans l’océan du Dieu miséricordieux.

Soudain, une cloche tinte. Est-ce l’angélus du soir ? Alleluia ? Non, alerte ! Un moine, du haut de la tour, s’époumone :

— Au large, je vois de longues barques aux voiles rayées de rouge. Ce sont les Normands !

A furore Normannorum…

Cette fois, ce n’est plus un cantique ni une menace. C’est un fait. Terrible dans sa brutale réalité. La flotte grandit sur l’horizon. Les moines aperçoivent à la proue des navires des têtes monstrueuses de serpents et de dragons. Le Diable et tous ses démons surgissent de la mer.

…Libera nos, Domine !

Mais aucune prière ne peut arrêter ces étraves qui glissent sur les vagues de la mer du Nord. Les Vikings ont mis le cap sur le monastère-évêché. Les voiles carrées, soudain, semblent couvrir le ciel. Les bateaux deviennent gigantesques et ce sont des colosses qui franchissent, d’un saut, leur bordé. Ils ont de l’eau jusqu’à la taille. Mais ils s’avancent en hurlant. Ils brandissent des haches et des torches. Les moines s’écroulent, le crâne fendu jusqu’au menton. Des flammes jaillissent. Les meules de foin et les huttes de chaume brûlent avec de grands panaches de fumée grise. Les portes de bois de l’église volent en éclats. Les Normands abattent tout ce qui leur résiste et s’emparent de tout ce qu’ils trouvent. Des tonneaux de vin, des ciboires, quelques moutons. La brise du soir emporte les pages déchirées des livres saints, avec leurs dorures et leurs entrelacs. En riant, les Vikings mettent le feu à la grande croix de bois autour de laquelle les moines s’assemblaient aux beaux jours pour écouter la Parole de leur Dieu descendu du ciel. La communauté de Lindisfarne n’est plus que cadavres dans le foin frais coupé. Le clerc Alcuin, conseiller de Charlemagne, écrit au roi Ethelred de Northumberland « Voici cette église de saint Cuthbert aspergée du sang des prêtres de Dieu, ce lieu saint par excellence de la (Grande) Bretagne abandonnée aux crimes des païens. » Et le serviteur du Christ fait appel au livre saint du prophète Isaïe : « Les renards ont dévasté la vigne d’élection. »

lona, l’île sainte ravagée par le fer et par le feu.

Les renards ont regagné leurs terriers, les longues barques chargées à ras bord de butin. Et dans son palais d’Aix-la-Chapelle, Charlemagne laisse couler ses larmes. Il a unifié les terres d’Occident sous le signe de la croix. Mais les Vascons massacrés, les Bavarois domptés, les Saxons déportés viennent de trouver des vengeurs. Le sang appelle le sang. Et désormais ce seront les Vikings qui le feront couler, le beau sang clair des chrétiens où viennent étancher leur soif les corbeaux d’Odin.

Le raid sur Lindisfarne n’a été que le premier coup de tonnerre. Maintenant, l’orage se déchaîne. Les Normands, jaillis de leurs repaires du Hordaland et du Rogaland, au pays des fjords, occupent les Féroé entre la Norvège et l’Écosse, puis les Shetland et les Orcades. Ils déferlent sur la côte occidentale du pays des Scots. Dans l’archipel des Hébrides, isolé sur une île sauvage, se dresse le plus célèbre monastère de tout le monde celtique : Iona. Sur cette terre sacrée entre toutes, les moines chrétiens ont repris la tradition des druides celtiques : ils enseignent aux jeunes gens les lois divines. Mais la foi en l’Agneau a remplacé le culte du taureau. Ici, saint Columba a fondé la métropole d’où rayonnera la Parole du Christ sur la Calédonie et l’Hibernie du Nord.

Charlemagne a été couronné empereur en 800. Mais, dès l’année suivante, un gigantesque brasier s’allume sur la mer. Le monastère d’Iona disparaît dans les flammes.

Les Vikings repartis dans la brume, les survivants du raid reconstruisent le sanctuaire. Il flambera à nouveau l’année suivante. Après une trêve de quatre ans, retentit une fois encore le cri fatidique :

— Les Normands !

Cette fois, ils brûlent, avec les bâtiments conventuels, soixante-huit tonsurés ou serviteurs. Rares sont les hommes de Dieu qui parviennent à échapper au massacre. Mais ils ont compris que désormais l’île sainte des druides et des moines va faire retour à la foi primitive du Nord : les derniers fils de saint Columba abandonnent les ruines fumantes de leur monastère et se réfugient en Irlande.

Pendant longtemps, le raid sur Iona va hanter les jours et les nuits des chrétiens. Voici venu pour eux le temps de la terreur et du martyre. Un clerc écrit dans le Livre d’Armagh : « Tel le temple de Jérusalem, le monastère d’Iona a été livré au fer et au feu des impies. »

Désormais, les Vikings sont solidement installés dans les îles des approches septentrionales de la Grande-Bretagne antique. Dans les Shetland, dans les Orcades, dans les Hébrides, ils sont chez eux. Et de ces inexpugnables forteresses maritimes ils lancent raid sur raid sur les terres chrétiennes. Ils attaquent Inishmurray et Inishbofin. Ils pillent Bangor, le grand monastère fondé par saint Comgall sur la baie de Belfast.

Les moines ont fait vœu de pauvreté, mais leurs monastères regorgent de trésors. L’or et l’argent scintillent au secret de leurs reliquaires. L’Église d’Irlande est riche. Et elle est puissante. Les rois ne sont rien et les évêques sont tout. Chez les Gaëls, le pouvoir politique et le pouvoir sacerdotal sont réunis sur les mêmes têtes. Qui osera les décapiter tiendra l’Irlande, la verte Erin des légendes héroïques.

Chapitre II

Thorgis le Viking se proclame roi et même abbé d’Armagh en Irlande.