MANIFESTE POUR L'ÉGALITÉ

Publié par

A la pesée des intérêts, la vie de neuf habitants de la planète sur dix ne compte pas. Plus que jamais les intérêts commandent, souvent ceux de l'argent et des États mêlés. Pour l'association Points Cardinaux, l'inégalité du monde et l'effacement du politique ont partie liée. Tel est l'objet de ce Manifeste pour l'Egalité que de proposer une voie politique d'émancipation, notamment dans l'espace européen : construire un monde ouvert et riche de la pensée et de l'action de l'ensemble des hommes et des femmes et non pas du pouvoir et de l'argent de quelques-uns.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 84
EAN13 : 9782296286689
Nombre de pages : 156
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

MANIFESTE POUR L'EGALITE

Collection Questions Contemporaines dirigée par JP. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland

Déjà parus Henri-Géry HERS, Science, non-science etfausse science, 1998. Jean-Paul MEYER, Face au troisième millénaire, 1998. Jean-Paul GOUTEUX, Lafoi : une histoire culturelle du mal, 1998. Jean TERRIER, La dispersion de l'information, 1998. Charles DURIN, L'émergence de I 'humanisme démocratique, 1998. Lise DIDIER MOULONGUET, L'acte culturel, 1998. Jean LECERF, Chômage, croissance: Comment gagner? 1998. Pierre FROIS, Développement durable dans l'Union Européenne, 1998. Yann FORESTIER, La gauche a-t-elle gagné trop tôt ?, 1998. Bruno GUIGUE, Aux origines du conflit israelo-arabe, 1998. André TIANO, Les pratiques publiques d'exclusion depuis la Révolution française, 1999. Robert BESSON, Quelle spiritualité aujourd'hui ?, 1999. Olivier DURAND, Le vote blanc, 1999. Patrick HUNOUT (éd), Immigration et identité en France et en Allemagne, 1999. André MONJARDET, Euthanasie et pouvoir médical, 1999. Serge MAHÉ, Propriété et mondialisation, 1999. Georges KOUCK, L'entreprise à l'école du non-lucratif, 1999. Bernard BARTHALA Y, Nous, citoyens des États d'Europe, 1999. Anne Marie GAILLARD et Jacques GAILLARD, Les enjeux des migrations scientifiques internationales, 1999. ARTIFICES, Art contemporain et pluralité: nouvelles perspectives, 1999. Pierre BERGER, L'informatique libère l'humain, 1999. Laurent GUIHERY, Economie du Fédéralisme quelle constitution fédérale pour l'Europe?

Collection Questions contemporaines Association POINTS CARDINAUX

MANIFESTE POUR L'EGALITE

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-2382-9

La fortune cumulée des 200 personnes les plus riches s'est élevée à 1 100 milliards de dollars en 1999, les ressources totales des 580 millions d'habitants des pays les plus pauvres, à 146 milliards de dollars. Soit, 250 dollars par personne et par an en moyenne pour les seconds et 5 milliards de dollars pour les premiers. 1 milliard deux cents millions de personnes vivent avec moins d'un dollar par jour. Les 20 % des humains les plus riches possèdent 86 % de la richesse mondiale, les 20 % les plus pauvres, 1 %.
Rapport sur le développement humain, PNUD - programme nations unies pour le développement. des

Avant-propos
"Pourquoi si peu ont-ils tant? Pourquoi tant ont-ils si peu ?" Carlos Fuentes, Conférence à Paris, octobre 1999.

L'association Points Cardinaux s'est fixé pour objectif dès sa création en 1993 d'inscrire l'égalité au cœur du projet politique. Elle a souhaité pour ce faire articuler action et réflexion. Avec d'autres, elle a pris des initiatives politiques et sociales: création du réseau d'alerte sur les inégalités (RAI), participation au développement de Radio Droit de Cité (RDC) dans le quartier du Val Fourré à Mantes La Jolie, militantisme européen dans le cadre du forum permanent de la société civile et du collectif de la charte des droits fondamentaux. Elle a cherché à dépasser la critique des inégalités par une approche positive, celle de l'égalité. L'association a dès 1997 adopté de façon collective un texte Manifeste, expression d'une révolte contre un certain quiétisme social. Elle l'a diffusé à ses nombreux partenaires associatifs et syndicaux. Convaincue de la permanence de son actualité, elle souhaite aujourd'hui en assurer une plus large diffusion. Tel est l'objet de ce livre. Nous présentons en première partie le texte Manifeste légèrement amendé pour tenir compte d'événements récents. Nous avons souhaité ensuite inventorier, sans illusion d'exhaustivité, certaines formes d'inégalité et proposer en regard les aboutissements d'une démarche égalitaire dont l'espace politique privilégié serait européen. Le livre est présenté de façon collective par l'association. Mention est faite pour chaque texte du nom de son principal rédacteur.

Introduction
Egalité et politique, la relation est établie depuis Aristote. Cette égalité est celle de la parole, elle n'est pas à construire, elle est originelle. Ce qu'il nous appartient de faire dans chacune de nos Cités, si nous les souhaitons politiques, c'est-à-dire proprement humaines, c'est de la confirmer. Simplement confirmer l'égalité, mais toujours la confirmer. Comment? Par les moyens de l'égalité. Et ce ne sont pas les moyens de la lutte contre les inégalités. Des inégalités, de leur accroissement, on parle abondamment depuis trois ans, peut-être. Même la Banque mondiale déplore cet accroissement, entre pays du nord et pays du sud, au sein de chacun des pays. Sans doute perçoit-elle enfin - clairvoyance tardive - les risques que font courir ces inégalités à la stabilité politique. Constat intéressé dont on ne craindra pas de dire qu'il doit être de classe. La crainte que les barbares aient un jour les moyens de mettre en cause l'opulence des puissants. Tableau à peine différent de celui dressé par Jack London dans «Le talon de fer.)) Plus qu'à la Banque mondiale, on se fiera donc aux analyses conduites de longue date par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sous la forme notamment de son rapport annuel sur le développement humain dont sont extraites les données ci-dessous. L'indicateur de développement humain (IDH)2 décrit assez bien la réalité des conditions sur la planète mais on n'entend guère sa lecture dans les chroniques des journalistes au lieu et place des indicateurs boursiers! La richesse globale augmente, les inégalités, aussi. Inégalités de ressources, mais aussi inégalités aujourd'hui décrites, domaine par domaine, entre les hommes et les femmes, en matière de santé, de justice, d'éducation. ..

1 Jack London, « Le talon de fer», 1905, éditions Le temps des cerises, 1999. 2 Indicateur composite intégrant trois éléments: l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'instruction, le PIB par habitant. Il

L'écart de revenu entre les 20 % des personnes habitant respectivement dans les pays les plus riches et les plus pauvres 1,2 milliard de personnes

Est passé de 30 à 1 en 1960 ; à 60 à 1 en 1990 ; à 74 à 1 en 1997. Vivent avec moins d'un dollar par jour. L'IDH se dégrade depuis 1990.

Pour 20 pays d'Afrique subsaharienne, 29 % et 4 % sont les taux de Respectifs des hommes noirs et chômage blancs en Afrique du Sud. 23 millions de séropositifs sur 34 Sont Africains. Près de 50 % des Zambiens 9 % des Canadiens avant 60 ans. meurent avant 40 ans De 0,6 % en 1980 à 0,4 % en Telle est l'évolution de la part des pays les moins avancés (PMA) 1997 dans le commerce mondial. Les 20 % d'êtres humains vivant Assurent 85 % de la dans les pays les plus riches consommation mondiale de papier. Equivaut à huit ans de salaire Le prix d'achat d'un ordinateur moyen au Bangladesh, à moins d'un mois aux Etats-Unis. Dans les années 80, le nombre de A augmenté de 60 % en Grande Bretagne, de 40 % aux Pays Bas. familles vivant en dessous du niveau de pauvreté Plus de 30 % dans cinq pays, Les femmes représentent, parmi les parlementaires, moins de 5 % dans trente pays.

Quelque chose a changé par rapport aux années quatre-vingt ou même au début des années quatre-vingt-dix. Qui parlait alors d'inégalités, dans l'emballement marchand du "chacun pour soi" ? On chercha même, d'un double mouvement, à se priver des moyens de connaître les inégalités c'est la suppression en France du CERC, centre d'étude des revenus et des coûts, par le gouvernement d'Edouard Balladur en 1993 et à substituer le concept d'équité à celui d'égalité. Réduire le niveau d'ambition, politique, à proprement parler et ne pas donner à voir ni à comprendre les faits sociaux. Voilà un programme dont on ne peut que saluer la cohérence. .. et l'échec lors de l'élection présidentielle de 1995. Ce n'est pas un hasard si Jacques Chirac fut élu sur la question de la « fracture sociale.» Les politiques se saisirent du concept d'exclusion. Notre association ne conteste pas la complexité et la

-

12

diversité des situations qu'évoque ce terme. Nous pouvons même admettre, sans toutefois être totalement convaincus, que les exclus portent sur leurs épaules une' charge de "disqualification sociale3" différente de celle des pauvres ou des misérables. Mais on ne nous ôtera pas de l'idée que le renoncement aux mots hérités de la langue française pour qualifier les situations participe de cette disqualification globale que le même discours regrette et conforte à la fois. Cette pratique euphémique trahit son intention. Elle est celle d'''inclus'' en position d'aplomb et d'observation. L'association Points cardinaux récuse cette position. Elle conteste la création des Observatoires où elle discerne une pratique d'entomologiste - à défaut de réduire le nombre de pauvres, on s'efforcera de le connaître -. Elle prend acte des avancées réalisées par la loi sur les exclusions depuis la version initiale du gouvernement d'Alain Juppé à la version finale du gouvernement de Lionel Jospin (logement, surendettement .. .). Elle en reconnaît les mérites par rapport aux réformes censées illustrer la "troisième voie", d'Angleterre en Amérique. Mais elle voit dans l'exclusivité de l'approche sa faiblesse intrinsèque. On cherche à adoucir la condition des "exclus", sans poser la question cruciale de leurs relations aux "inclus", de la fabrication de l'exclusion par l'inclusion. Il ne s'agit pas de substituer une stigmatisation à une autre4. Il s'agit de présenter la totalité des processus dans leur complexité. Consacrer du temps politique à améliorer marginalement la condition des "disqualifiés" sans consacrer un temps au moins équivalent à s'interroger sur les conditions d'enrichissement des "surqualifiés" sociaux (spéculation immobilière ou financière, évasion fiscale, blanchiment d'argent...) comporte un risque de régression politique, au profit d'un registre proche de la charité. Il y a certes un progrès par rapport à la négation de la pauvreté, mais une grande insuffisance au regard de ce que pourrait être un projet politique de développement partagé, collectivement élaboré et dont les moyens d'action seraient alors définis: politiques économique, budgétaire, fiscale, sociale, de réforme institutionnelle. . . On peut penser que la rhétorique de la lutte contre les inégalités emporte avec elle une nouvelle amélioration dans la prise en
3 Serge Paugam, in "La pauvreté. Etat des savoirs", éditions de la Découverte. 4 Cf. le libellé de l'emprunt forcé de 1793 visant les riches, les égoïstes et les indifférents. 13

compte de la question sociale. Sans doute est-ce vrai du point de vue de la mesure. Décrire les inégalités peut aider à la prise de conscience de ceux qui ne sont pas d'emblée convaincus de l'étroitesse de la relation entre égalité et politique. On a vu en revanche que cette description même était combattue par ceux qui au contraire voient dans la mise à mal de l'égalité la garantie d'un assujettissement continué du politique au marché. Décrire les inégalités. Et alerter, au vu de leur structure et de leur évolution. C'est ce à quoi nous nous sommes employés en créant en 1995 le Réseau d'Alerte Sociale (RAS) devenu en 1997 le Réseau d'Alerte sur les Inégalités (RAI) constitué en partenariat avec des associations, des syndicats5 et des chercheurs. La mesure. de l'inégalité se noue ici à l'égalité de la parole. La composition tripartite du réseau n'est pas fortuite. Il s'agit d'allier connaissances théoriques et pratiques, militantismes syndical "classique" et associatif "innovant". Chercheurs en sciences économiques et sociales ou statisticiens apportent au groupe le bénéfice de leurs compétences techniques mais dans une relation qui n'est pas celle du savant et du profane. La relation, telle en est en tout cas la démarche "utopique", est celle de l'éclairage mutuel, par les enseignements de l'expérience, qu'elle soit académique ou militante. La position finale exprimée par le groupe est de nature politique et non scientifique. Dès 1997, le RAI a demandé au gouvernement la création d'un nouveau Centre d'étude des revenus et des coûts afin que le débat public soit nourri d'informations incontestables sur ces questions essentielles de répartition, afin que le centre puisse également être saisi, au besoin indirectement - par exemple via le Conseil économique et social - par les acteurs associatifs et syndicaux. Un nouveau CERC devait effectivement être créé par le décret du 7 avril 20006 mais sans que les associations et les syndicats puissent le saisir et sans que ses premiers travaux tiennent les promesses de la recréation. A l'inverse de la première expérience, des équipes de chercheurs n'ont pas été constituées et la structure de substitution

5 Associations Droit Au Logement, Droits Devant!!, Action contre le chômage, syndicats CGT Finances, CFDT Banque, SNUI ... 6 L'article 1er du décret lui confie pour mission de : « contribuer à la connaissance des revenus, des inégalités sociales et des liens entre l'emploi, les revenus et la cohésion sociale. » 14

mise en place en 1993 a largement perduré7. Cette approche par les inégalités a toutefois le mérite, par rapport à celle de l'exclusion, d'intégrer la fabrique économique de la disqualification sociale. Le RAI l'a illustré à plusieurs reprises, ainsi en proposant des amendements à la composante "surendettement" du projet de loi contre les exclusions ou en adoptant un Manifeste fiscal8 qui passe le système français au crible du principe de l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, principe de l'égalité devant l'impôt. Mais c'est demeurer au milieu du gué que de dénoncer les inégalités ou leur accroissement. Au nom de quoi cette dénonciation se fera-telle? Au nom d'une distribution jugée idéale ou tout au moins meilleure selon un principe de justice. Au nom d'une certaine idée de la justice sociale, telle que John Rawls9 peut en décrire les mécanismes. Contre une certaine idée de la justice sociale, celle de la "désincitation au travail" qui inspire les réformes - suppressions de l'aide sociale selon Bill Clinton ou Tony Blair, la substitution du "workfare state" au "welfare statelO." Réduire les inégalités, domaine par domaine, au nom d'une certaine idée de la justice, en acceptant, dans la démarche même, un niveau d'inégalités jugé tolérable ou au contraire salutaire au regard des vertus d'émulation attachées aux "bonnes" inégalités ou au regard des mérites des
"bons pauvres
Il

."

La démarche que nous proposons est inverse. Partir de la condition d'égalité12 du politique qui fait que personne ne vaut plus que
7

Conseil supérieur de l'emploi, des revenus et des coûts (CSERC) créé par le

décret du 25 mai 1994 et remplacé en 2000 par le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC). 8 Le Manifeste fiscal du RAI peut être consulté sur le site de l'association Points Cardinaux: http://www.globenet.org/pcx. Un résumé en est donné en annexe au livre. 9 John Rawls, "Théorie de la justice", éditions du Seuil, 1991. 10Soit le passage de l'Etat providence à l'état de contrainte par le travail. 11 Pierre Bourdieu, Contre feux 2, éditions Raisons d'agir, 2001, in l'article "La main invisible des puissants", pages 43 à 55. Les "deserving poors" ou les pauvres méritants, prévoyants, non dépensiers, dociles. 12 Dans un article du Monde Diplomatique de septembre 2000, Alain Bihr et Roland Pfefferkorn mettent en cause l'actuelle substitution de l'égalité des chances à l'égalité: "Car là où il y a égalité, par définition, il n y a pas besoin de chance; et là où il y a chance, il n y a pas d'égalité mais hasard, gros lot ou lot de consolation... Le mot chance ne renvoie-t-il pas au monde de la loterie, un monde où l'on parie? Un monde où quelques-uns uns gagnent et où la plupart perdent? " 15

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.