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Messianisme et luttes sociales chez les Guaymi du Panama

136 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 96
EAN13 : 9782296267206
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MESSIANISME ET LUTTES SOCIALES CHEZ LES GUAYMI DU PANAMA

Recherches & Documents AMERIQUES LATINES Collection dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin et Pierre Ragon
BOURDE G.,La classe ouvrière argentine (1929-1969),1987. BRENOT A.-M., Pouvoirs et profits au Pérou colonial, XVIIIe Siècle, 1989. CHONCHOLJ., MARTINlERE G. ,L'Amérique Latine et le latino-américanisme en France, 1985. DEL VALR.,Les musulmans en Amérique latine et aux Caraibes, 1991. DURANT-FOREST (de) J., tome 1 : L'histoire de la vallée de Mexico selon Chimalpahin Quauhtlehuanitzin (du XIe au XVIe Siècle), 1987; tome 2: Troisième relation de Chimalpahin Quauhtlehuanitzin, 1988. DUCLAS R., La vie quotidienne au Mexique au milieu du XIXème siècle., 1993. EZRAN M., Une colonisation douce: les missions du Paraguay, les lendemains qui ont chanté, 1989. GRUNBERG B., L'Univers des conquistadores. Les hommes et leur conquête dans le Mexique duXVIème siècle, 1993. GUERRA F.-X., Le Mexique de l'Ancien Régime à la Révolution, 2 volumes, 1985. GUICHARNAUD-TOLLlS M., L'émergence du Noir dans le roman cubain duXIXe siècle, 1991. LAFAGE F., L'Argentine des dictatures (1930-1983). pouvoir militaire et idéologie contre-révolutionnaire, 1991. LAMORE J.,JoséMarti et l'Amérique, tome I :PouruneAmérique unie et métisse, 1986; tome 2: Les expériences hispano-américaines, 1988. LA VAUD J.-P.,L'instabilité de l'Amérique latine: le cas bolivien, 1991. LEMPERIERE A., Les intellectuels. Etat et Société au Mexique, 1991. MATTHIEU G., Une ambition sud-américaine, politique culturelle de la France (1914-1940),1991. MAURO F. (dir.), Transports et commerce en Amérique latine, 1990. NOUHAUD D., Miguel Angel Asturias, 1991 NOUHAUD D., Étude sur Maladron, de Miguel Angel Asturias, 1993.

(Suite enfin d'ouvrage)
@L'Hannattan, 1994 ISBN: 2-7384-1316-1

Recherches et documents Amériques latines Collection dirigée par Denis ROLLAND

Françoise

GUIONNEAU-SINCLAIR

MESSIANISME ET LUTTES SOCIALES CHEZ LES GUAYMI DU PANAMA
Préface de Julian Pitt-Rivers

Editions L'Harmattan 5-7, rue de L:Ecole-Polytechnique 75005 Paris

A la Nifia Chi, A tous mescamaradesNgobe (guaymi)

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Introduction

Les rapports entre certaines formes de mutation sociale observables aujourd'hui dans les minorités ethniques latino-américaines et l'action intégrationniste des sociétés dominantes sont la trame du mouvement prophético-messianique analysé ici. Un peuple qui possède en effet un territoire, une langue, une culture et qui s'auto-adminis tre, se défini t comme une nation: ce terme est applicable aux sociétés amérindiennes du Panama, vivant sous l'autorité d'une structure supranationale homogénéisante: l'Etat-Nation. Dès la création de la République du Panama, l'Etat-Nation entreprend l'intégration de ces nations amérindiennes au moyen de lois exprimant le désir de la société dominante de «réduire à la civilisation les sauvages» qui vivent encore sur le territoire national. C'est dans ce contexte que se tissent les relations binaires entre d'une part l'Etat intégrationniste qui promulgue des lois et décrets relatifs à la «nécessité» de civiliser l'Indien et d'autre part les nations amérindiennes, qui, plus ou moins rapidement, organisent leurrésistance. Chez les Tule, dès 1915, un mouvement révolutionnaire émerge et débouche sur la création de la République Tule le 12 février 1925. Plus tard, les Ngobe sont impliqués dans un mouvement prophéticomessianique qui les conduit à la sécession: c'est l'avènement de la République Libre Guaymi proclamée en avril 1965. Le mouvement ngobe s'inscrit dans les nouvelles formes religieuses qui se développent dans J'Amérique Indienne, comme en témoigne l'Eglise Maya fondée récemment au Guatemala, symbole d'une certaine forme de résistance indigène. Le territoire guaymi, bien que réparti sur trois des neufs provinces de la République du Panama, forme géographiquement une région homogène située à l'ouest du pays; traversée de fleuves courts, rapides et rocailleux; ceux-ci constituent une barrière au développement des communications. Les Guaymi vivent dans la cordillère centrale du Chiriqui, les savanes ondulées de Veraguas

Il

et le long des fleuves Cricamola et Changuinola jusqu'à la lagune de Chiriqui de Bocas del Toro. Le mouvement Mama Chi prit naissance en 1962 dans la province de Chiriqui, et plus spécifiquement dans le corregimiento de Boca Balsa du district de San Lorenzo, pour se déplacer ensuite vers les districts de San Felix, Remedios et Talé. Il absorba rapidement les revendications des Guaymi des autres provinces. A la mort de la prophétesse, en 1964, le mouvement se scinda en trois groupes: celui des jeunes, en général plus instruits de la culture panaméenne; celui de Sandalio Moreno, prédicateur, désigné comme le successeur temporaire de la prophétesse Mama Chi jusqu'à la majorité de sa fille, Micaela Berroa, âgée alors de trois ans; et celui des Sukia, partisans de Miceala Berroa. Ces trois factions existent encore aujourd'hui. Il nous a été facile de travailler avec le groupe correspondant aux jeunes d'alors, actuellement membres actifs de mouvements politiques. Plus difficile a été le travail réalisé avec le cacique Sandalio Moreno; cependant, après une période d'épreuves et d'adaptation, des relations confiantes se sont établies. Quant au groupe des Sukia, il nous a fallu de longs mois de patience, d'attente et de voyages solitaires et inutiles dans la montagne pour pouvoir enfin rencontrer celle qui est aujourd'hui reconnue comme une sainte par le peuple guaymi Mama Chi. En effet, les fidèles de la Nina Chi, Micaela Berroa, vivent séparés du monde des non guaymi, les Zulia. Ils refusent de les fréquenter et de leur adresser la parole. Nul Zulia ne peut voir la Nina Chi. Toutefois, pour des raisons qui nous sont encore obscures, nous avons pu, par deux fois, dialoguer avec elle, ce qui a renforcé notre intérêt à étudier ces populations. Ce phénomène religieux, comme le peyotisme d'Amérique du Nord et les cultes - cargo mélanésiens, fait partie du processus d'adaptation des sociétés traditionnelles à la modernité. Ce mouvement syncrétique, profondément lié au problème de la terre, est une réponse à l'Etat-Nation qui, jusqu'à présent, nie aux Ngobe l'accès à une territoire équitable dont ils seraient propriétaires, puisque le projet de loi, relatifà la délimitation de la Comarca guaymi et qui devait mettre fin à la spoliation de leur terre, n'a pas été approuvé par le pouvoir législatif. Sept nations indiennes vivent sur le territoire du Panama. Dans les tableaux suivants, nous en présentons une estimation démographique, résultat de nos recherches personnelles, ainsi que leur autodénomination.
Démographie
PEUPLE Tule Embeea Wounan Bugle Ngobe Tloeio Bei-Bei Geand Tom[

amérindienne

de Panama (1987)
NOMBRE D'HABI1'ANTS 54,600 13,400 3,000 2,000 95,600 3,000 400 172,000

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DENOMINATION Kuna Choco Choco Bokoca Guaymi Teribe Bri-Bri

USUELLE

AUTODENOMINATION Tule Embera Wounan Bugle Ngobe Tlorio

La projection de population indigène à partir du recensement officiel de 1980 serait pour 1987 de 117,460 habitants, soit 32 % inférieure à la nôtre qui, pour la même année, est de 172, 000 Amérindiens. Cette différence importante symbolise le discours hégémonique de la société dominante qui, ainsi, minimise sa composante démographique amérindienne; les implications en sont claires. Lorsque nous avons parcouru pour la première fois, en avril 1975, le territoire guaymi, nous n'avions aucune référence relative au mouvement prophétique Mama Chi - petite maman en ngobère - qui éclata en septembre 1962. Ce sont nos * compagnons guaymi qui, quatre mois après notre arrivée sur le terrain, nous informèrent de l'existence d'une Eglise Mama Chi. C'est ainsi que nous prîmes contact avec les chefs religieux actuels: le cacique Sandalio Moreno, la prédicatrice Margarita Amador et l'héritière de mouvement Mama Chi, Micaela Berroa. Après maintes péripéties comparables à des rites d'initiation et de passage, ils nous admirent au sein de leur communauté religieuse. Ainsi, la prédicatrice Margari ta Amador nous adopta et nous enseigna les chan ts et prières Mama Chi. Durant de nombreuses heures de veille, elle nous conta l'histoire de cette femme merveilleuse et admirable, Mama Chi Besigo, qui, un jour, lassée de tant de misère et d'injustice, se lança à la conquête du paradis en terre guaymi pour son peuple. Des circonstances historico-socio-culturelles diachroniques et synchroniques permirent la gestation et la réalisation de ce mouvement avec l'accès d'une femme à la position prééminente de prophétesse et de messie. Les conséquences qui en découlèrent pour la société ngobe d'alors et d'aujourd'hui furent dramatiques. Les seuls travaux dignes d'intérêt commentant les événements de 1962 sont ceux de Philip Young (1971-1978) et John Bort (1976) qui travaillèrent respectivement chez les Guaymi en 1964-1965 et 1974-1975. Disposant de peu de documents, notre analyse s'appuie donc principalement sur un travail de terrain réalisé chez les Guaymi Marna Chi et non Mama Chi. Après l'étude diachronique de la société ngobe-guaymi, nous aborderons le mouvement prophético-messianique depuis sa génèse jusqu'à la mort de la prophétesse. La dernière partie sera consacrée aux conséq uences de ce mouvement qui débouche sur l'insertion des Ngobe dans la vie politique du pays.

* ngobere: langue parlée par les Ngobe-Guaymi

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