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NOIRS ET INDIENS AU PÉROU (XVIe-XVIIe siècles) Histoire d'une politique ségrégationniste

Recherches et documents AMÉRIQUE LATINE

Ouvrages parus dans la même collection: Anne-Marie BRENOT, Pouvoirs et profits au Pérou colonial au dix-huitième siècle, 529 p., 1989. Denis ROLLAND, Vichy et la France libre au Mexique - Guerre, Cultures et propagandes pendant la Deuxième Guerre mondiale, 444 p., 1990.

Jean-Pierre TARDIEU

NOIRS ET INDIENS AU PÉROU (XVIe-XVIIe siècles)

Histoire d'une politique ségrégationniste

Préface de Bernard LAvALLÉ

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École-Polytechnique 75005 Paris

L'auteur tient à remercier L'Institut Français d'Études Andines (Lima) qui lui a permis de mener à bien cette étude ainsi que le Centre de Recherches Littéraires et Historiques de l'Université de la Réunion pour les moyens qu'il a mis à sa disposition.

Illustration

de couverture:

Dessin de GUAMAN POMA DE A y ALA

Dactylographie et Composition: C. SAINT-CAST SERVICE DE LA RECHERCHE DE LA FACULTÉ DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

@ Éditions L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384-0708-0

A mes anciens élèves du Bénin

"L'homme n'a aucun droit spécial du fait qu'il appartient à une race ou à une autre: qu'on dise homme, et on dit déjà tous les droits." José Marti. "Mi raza" Patria, 16 de abri! de 1893.

PRÉFACE
Depuis le XVIIIe siècle, époque où l'économie de plantation prit l'importance et l'extension que l'on sait, le monde de l'esclavage a fortement impressionné les Européens que leurs pas avaient conduits soit aux îles à sucre, soit sur le continent américain. Il en est résulté une abondante littérature de tonalité d'ailleurs très variable selon les époques et d'un intérêt il est vrai assez inégal pour la connaissance du phénomène. Malgré l'existence d'ouvrages pionniers dont certains font encore autorité, comme ceux d'Ortiz sur l'esclavage à Cuba ou de Scelle sur les mécanismes de la traite, il a fallu attendre les années 30-50 du XXe siècle pour que des travaux sur les Amériques noires, selon l'expression désormais classique de Bastide, rectifient, complètent et enrichissent grandement nos connaissances sur l'histoire, l'économie et l'anthropologie des populations d'origine africaine transportées outre Atlantique pour les besoins de l'esclavage, puis enracinées dans ce Nouveau Monde qu'elles ont si profondément contribué à façonner, d'abord comme victimes apparemment muettes d'un sort inhumain, mais bientôt comme acteurs primordiaux des processus historiques au point, parfois, de changer de façon radicale non seulement l'identité et l'image, mais aussi et surtout le devenir des pays concernés. Surmontant l'oubli dû au mépris ou à la mauvaise conscience, tous les pays des Amériques de langue espagnole et portugaise ont ainsi retrouvé une partie d'eux-mêmes. Les travaux les plus importants ont porté, comme il était normal, sur les régions où la traite et l'esclavage avaient duré le plus longtemps et sur une plus grande échelle ou bien avaient marqué de manière durable et décisive la société, comme à Cuba et au Brésil, voire au Venezuela. Mais il en a été de même dans d'autres pays où il n'en reste pratiquement rien du 9

point de vue ethnique et culturel, nous pensons par exemple à l'Argentine ou au Chili. Pour ce qui est du Pérou, les travaux de Frederick Bowser, Denys Cuche et Nicholas Cushner, pour ne citer que les plus importants et les plus connus, ont fait évoluer considérablement la question depuis le début des années 70. Sans pour autant retomber dans les images folkloriques et les facilités d'une tradition créole essentiellement costeiia, ils ont permis, notamment, de rééquilibrer la représentation que l'on se faisait d'un Pérou colonial, étudié essentiellement dans ses composantes andines et indiennes. Les longues années que Jean-Pierre Tardieu a passées en Afrique ne sont sans doute pas étrangères à sa vocation scientifique. Ses travaux antérieurs sur le Noir dans la littérature espagnole au Siècle d'Or, ou la traite et l'esclavage aux Indes de Castille, avaient refait le point sur de grandes questions à la lumière pes dernières recherches. Plus récemment, sa thèse sur l'Eglise et les Noirs au Pérou, XVleXVIIe siècles, s'est engagée, elle, sur un terrain neuf et dans une perspective globale dépassant de loin le cadre des monographies dont on disposait jusqu'à présent. Ces ouvrages, auxquels il convient d'ajouter de nombreux articles, ont à nos yeux trois mérites: ils s'appuient tous sur un travail d'archives à la fois méticuleux et considérable, en Espagne (Archives des Indes de Séville et Archives historique nationales de Madrid), dans les dépôts romains des ordres religieux et du Vatican, au Pérou, enfin, où de longs séjours à Lima et au Cuzco, notamment, lui ont permis d'exhumer nombre de documents jusque-là inconnus, mal utilisés, ou négligés par une lecture essentiellement économiste de l'esclavage; ils étudient, outre les questions que l'on pourrait qualifier de classiques dans ce genre de recherche (par exemple, les conditions de vie et de travail des esclaves), des aspects que l'on a pu croire marginaux mais qui, en réalité, au-delà des faits en eux-mêmes, sont extrêmement révélateurs du point de vue des mentalités, des images respectives des

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divers acteurs sociaux de l'époque et, en fin de compte, de la complexité de l'échafaudage social de la colonie beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît au premier abord: ainsi les pages consacrées aux mariages mixtes, aux problèmes de l'évangélisation des Noirs, de la "sainteté noire" et des confréries; enfin, faisant fi des partis pris divers - et souvent d'ailleurs compréhensibles - qui, dans bien des cas, ont infléchi et imprègnent, pour ainsi dire, ce type de recherche, Jean-Pierre Tardieu s'est efforcé, avec succès, de lire l'histoire afro-péruvienne sans anachronismes, en essayant de retrouver, en quelque sorte de l'intérieur, sa logique et sa dynamique propres, ses hésitations aussi et surtout ses ambiguïtés, qu'elles soient d'ailleurs le fait des esclaves, des libres ou même des maîtres du système. Il en ressort une vision, souvent rénovée, du monde des esclaves péruviens des deux premiers siècles de la période coloniale. Les pages que l'on va lire en rapprochant deux statuts et deux destins d'opprimés, par certains aspects comparables mais en réalité sur bien des points concurrents, ceux des Indiens et ceux des Noirs, se situent tout à fait dans le droit fil des précédentes études de Jean-Pierre Tardieu. Elles écrivent, sous une forme synthétique et accessible à un large public, un nouveau chapitre de cette histoire dont les séquelles devaient peser longtemps, bien au-delà de l'Indépendance, sur le devenir des pays andins, comme d'ailleurs de la plupart des pays latino-américains.

Bernard Lavallé

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AVANT -PROPOS
José Marti fut le premier à parler de "notre Amérique métisse". En Amérique latine, annonça le mexicain José Vasconcelos (1925), était en train d'apparaître une nouvelle race, "faite du trésor de toutes les précédentes, la race finale, la race cosmique"!. Pour Magnus Mômer (1969) "aucune partie du monde n'a vu un croisement de races aussi gigantesque que celui qui a eu lieu en Amérique latine et dans les Caraibes depuis 1492"2. De nos jours, le slogan "Amérique latine, terre de métissage" s'est imposé3. Le métissage culturel envahit nos ondes. Après un extraordinaire retour aux sources africaines, rythmes afro-cubains et salsa se sont emparés de la rigidité
1. José Vasconcelos, La raza cosmica. Mision de la raza iberoamericana. Notas de viajes a la América del Sur, Agencia mundial de libreria, Paris p. 41. A travers cette œuvre, Vasconcelos revient avec insistance sur ce concept qui lui paraît de première importance pour l'Amérique avec des expressions comme "cinquième race universelle", "race mixte", "race synthèse" (pp. 20-22). 2. La mezcla de razas en la historia de América latina. Quelques américanistes célèbres ont étudié le problème du métissage mis à part Magnus Marner, dont on citera l'ouvrage publié en français sous le titre de Le métissage dans l'histoire de l'Amérique latine, Paris: Fayard, 1971. On consultera l'article de ce même auteur intitulé "El mestizaje en la historia de Ibero-América. Informe sobre el estudio de la investigacion", Estocolmo, 1960, in : El mestizaje en la historia de Ibero-América, Instituto Panamericano de geograffa e historia, Comision de Historia, México, D.F., 1962. On y verra des références à Angel Rosemblat, La poblacion ind{gena de América desde 1492 hasta la actualidad, 2do tomo : El mestizaje y las castas sociales (1954) ; à Salvador de Madariaga, Cuadro historico de las Indias, Buenos Aires, 1945 ; à Richard Konetzke, "El mestizaje y su importancia en el desarrollo de la poblacion hispanoamericana durante la época colonial", Revista de Indias, ano 7, mims. 23-24 pp. 714,215-237, Madrid, 1946. 3. Il y aurait beaucoup à dire sur les réalités socio-économiques qui se cachent derrière ce slogan. Ce n'est pas notre propos ici. Voir à cet égard les chapitres Vet VI de Gilbert Varet, Racisme et Philosophie. Essai sur une limite de la pensée, Paris: Denoël, 1973, p. 151.

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