Parlons arabe libanais

De
Publié par

L'arabe libanais est une variante des parlers arabes levantins. Il permet de communiquer non seulement avec des Libanais, mais aussi avec des Syriens, des Palestiniens et des Jordaniens dont les parlers sont très proches. Ce manuel est conçu en cinq volets : une présentation générale, une partie grammaire, une partie conversation, une présentation des principaux traits culturels et sociolinguistiques, et enfin, un lexique à doubles entrées, riche de 3000 mots et verbes.
Publié le : mardi 1 juin 2010
Lecture(s) : 1 166
EAN13 : 9782296259096
Nombre de pages : 287
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Avant-propos
Ce livre vous propose une initiation à la langue et à la culture libanaises en cinq parties. Le libanais est présenté dans une transcription simplifiée en caractères latins, ce qui permet aux francophones de suivre les explications et d'apprendre la langue sans passer par l'écriture. Cependant, nous avons jugé intéressant d'ajouter l'écriture arabe dans les dialogues présentés en troisième partie, afin d'aider les lecteurs qui veulent pratiquer l'écriture en parallèle. La première partie du livre présente brièvement la place de l'arabe libanais au sein des dialectes arabes, ains i que les particularités de la prononciation du libanais par rapport aux sons représentés dans le système graphique de l'arabe. Le système de transcription adopté dans ce manuel est expliqué ici. La deuxième partie est consacrée à la grammaire. Les différences grammaticales qui existent entre le dialecte libanais et l'arabe littéral sont soulignées dans des notes de bas de page, à l'attention de ceux qui apprennent l'arabe littéral par ailleurs. La troisième partie appelée "Conversation" est composée de 20 dialogues reprenant plusieurs situations de la vie courante des Libanais. Chaque dialogue est précédé d'un texte qui commente ou récapitule certains aspects sociaux ou grammaticaux qui y sont abordés. Les personnes qui parlent sont numérotées par les chiffres 1 et 2. Quand une même personne dit plusieurs phrases, toutes ses phrases sont précédées du chiffre qui lui correspond. Le chiffre change quand l’interlocuteur reprend la parole. Certains dialogues sont présentés en deux versions qui correspondent à deux registres de langue différents. Par ailleurs, pour vous permettre de mieux apprécier la structure interne de chaque énoncé, et pour vous encourager à créer vos propres phrases par la suite, toutes les formules utilisées dans cette partie sont présentées sur quatre lignes :

7

ligne 1 : phrase libanaise en caractères latins ligne 3 : phrase libanaise en caractères arabes ligne 4 : traduction française courante

ligne 2 : traduction française mot-à-mot (avec grammaire)

Notez que dans la première ligne, les mots empruntés à des langues occidentales (français, anglais, italien) sont écrits en italique. Dans la deuxième ligne de traduction mot-à-mot, quand un même mot arabe correspond à plusieurs mots français, les mots français se trouvent liés entre eux par des tirets. La ligne 3, où le libanais est écrit en caractères arabes, présente une difficulté importante car il n'y a pas de consensus sur la manière d'écrire un dialecte avec les caractères propres à l'arabe littéral, d'autant plus que ces caractères ne sont pas adaptés au système phonétique dialectal. L'écriture que vous trouverez ici représente un choix particulier qui ne ferait pas nécessairement l'unanimité. La quatrième partie, appelée "La culture et ses mots", n'a naturellement pas pour but de dresser un panorama culturel complet du Liban, mais d'évoquer simplement quelques traits culturels et sociolinguistiques qui vous permettront de mieux comprendre cette société. La cinquième partie est constituée d'un lexique à double entrée : français-libanais, et libanais-français. Vous y trouverez environ 1500 mots usuels dans chaque partie, soit au total 3000 entrées environ. Ce lexique est d'autant plus précieux que les dictionnaires d'arabe dialectal oriental sont très peu nombreux. Vous trouverez quelques titres mentionnés dans une bibliographie thématique non exhaustive qui vous est proposée en fin d'ouvrage. Enfin, je tiens à remercier Marwan Bizri et Hala Bizri, à qui la quatrième partie de ce livre doit tant. Je remercie également Sylvie Ballyot pour l’enregistrement audio du CD accompagnant le livre, ainsi que Marwan Bizri et Sirine Fattouh pour leurs voix, Kazuko Sasaki et Stéphanie Dadour pour leur aide et leurs conseils techniques.

8

Carte du Liban

Liste des abréviations

acc. ang. aux. col. comp. dl. Exp. fém. fr. IM. imp. in. inv. it. litt. mas. p.a. p.p. pl. PP PPm prog. PS PSf sg. sgt. superl.

accompli emprunt à l'anglais auxiliaire collectif comparatif duel expression féminin emprunt au français inaccompli modal impératif inaccompli invariable emprunt à l'italien littéralement masculin participe actif participe passif pluriel personne du pluriel personne du pluriel masculin progressif personne du singulier personne du singulier féminin singulier singulatif superlatif

10

I.

Présentation du Libanais

1.

Quel arabe parler pour un Français ?

Quand on décide d'apprendre l'arabe aujourd'hui, on est confronté à la question : "quel arabe ?". En effet, l'arabe est un terme générique qui couvre plusieurs parlers pratiqués par 240 millions de locuteurs, dispersés sur un grand territoire allant du Moyen-Orient, à l'Afrique du Nord, en passant par la péninsule arabique. Un Mauritanien ne parle pas le même arabe qu'un Iraquien ou un Libanais. Les dialectes arabes sont généralement classés en deux familles : la famille occidentale regroupant les parlers d'Afrique du Nord, et la famille Orientale regroupant ceux du Nil, du Levant, et du Golfe Arabique. La langue maternelle d'un Arabophone est par conséquent différente selon qu'il soit libanais, égyptien, saoudien, ou algérien, ou autre. Cette langue maternelle est un dialecte qui est pratiqué pour tous les besoins de la vie quotidienne. Ce n'est pas la langue de l'éducation. En effet, dans les écoles de tout pays arabe, c'est la s s fus}h}a que l'on apprend. La fus}h}a, c'est l'arabe littéral standardisé sous une forme modernisée commune à tous les pays arabes. Un Arabe scolarisé pratique donc forcément deux variantes d'arabe : son dialecte, et la langue écrite standard. On dit langue écrite, mais les sphères couvertes par cette langue ne se limitent absolument pas à l'usage de l'écrit. L'arabe standard ou arabe littéral est utilisé dans les médias écrits et oraux, dans les communications et discours officiels, dans la littérature, dans le système éducatif et dans les fonctions administratives. s Contrairement à l'arabe dialectal, l'arabe littéral, el fus}h}a, peut atteindre tous les arabophones. En revanche, c'est une langue grammaticalement peu économique et peu spontanée, nécessitant une plus grande habilité pour une production "sans fautes grammaticales". L'éducation scolaire prépare les arabophones à bien comprendre la langue standard en tant que locuteurs passifs, et à y produire des petits discours simples et corrects. Pour maîtriser la langue au-delà de ce niveau basique, un apprentissage plus poussé ainsi qu'une passion de la langue sont nécessaires. Le dialecte reste dans tous les cas la langue la plus spontanée et plus adaptée au quotidien.
13

Les dialectes arabes sont le résultat de la fusion entre la langue arabe introduite par les conquérants musulmans au VIIème siècle sur les territoires aujourd'hui devenus arabes, et les langues indigènes parlées dans ces régions-là à cette époque. Chaque dialecte est donc teinté de caractéristiques linguistiques relevant de la langue indigène anciennement parlée avant la conquête musulmane : dans certains cas c'est le syriaque, dans d'autres c'est le copte, etc... Aujourd'hui, quand des arabophones d'un bout à l'autre du monde arabe se retrouvent, ils ont la possibilité de parler ensemble soit en arabe littéral standard (si les locuteurs en question ont été scolarisés), soit dans un des dialectes véhiculés dans les médias par la culture populaire. En effet, certains dialectes véhiculant une culture attirante deviennent tellement familiers aux oreilles d'autres Arabes, qu'ils finissent par servir de lingua franca à travers le monde arabophone. Tel est, par exemple, le cas du dialecte égyptien, largement compris dans tous les pays arabes, grâce à sa production de films et de chansons qui le précède comme une ambassadrice. L'arabe libanais est lui aussi connu, surtout depuis le lancement de la télévision par satellite. Un Français apprend en général soit la langue du pays qui l'intéresse, soit l'arabe littéral, soit un de ces dialectes largement compris par les arabophones.

14

2. Le dialecte libanais
Le libanais, le syrien, le palestinien, et le jordanien, appartiennent à la famille des dialectes orientaux de l'arabe. Il s'agit, à quelques différences près, de la même langue, que l'on pourrait appeler l'arabe levantin. Cette famille dialectale est le résultat du contact entre l'arabe introduit au VIIème siècle par les conquérants musulmans et la langue syriaque qui se parlait dans la région à l'époque1. Plus tard, ces dialectes continueront à évoluer, notamment sur le plan du lexique, sous l'influence du persan, de l'italien, du turc, du français et de l'anglais. Le dialecte libanais présente certaines différences régionales surtout par rapport à la prononciation et au vocabulaire, un peu moins par rapport à la grammaire. D'après ces particularités locales, on peut diviser les "accents" libanais en plusieurs zones, parmi lesquelles : la région du nord, avec Bcharré, Ehden, Hasrun ; la région de Batrûn et Jbeil ; la région de Beyrouth ; le Mont-Liban ; la région du Chouf ; Saïda et ses environs ; le sud Liban hors Saïda ; la Bekaa. Cependant, ces différences n'empêchent en aucun cas la compréhension mutuelle. Dans ce manuel, nous avons pris le parti d'utiliser les formes les moins typées régionalement. À noter également qu'au Liban, on est souvent confronté à un phénomène particulier de multilinguisme. L'arabe libanais présenté dans ce manuel n'est pas toujours parlé ainsi. Les locuteurs libanais y mêlent souvent des emprunts à d'autres langues, notamment au français et à l'anglais, ainsi qu'à l'arabe littéral.

1

Aujourd'hui, les traces du syriaque marquent encore profondément l'arabe libanais, aussi bien au niveau de la prononciation que de la grammaire. Par ailleurs, la langue syriaque elle-même s'est conservée de nos jours dans quelques villages syriens et libanais au sein de la communauté religieuse chrétienne de rite syriaque, ainsi que chez les Maronites pour qui c'est une langue liturgique. 15

3. Écriture, prononciation et transcription
L'arabe s'écrit de droite à gauche. L'écriture arabe, composée de 28 consonnes et de 6 signes vocaliques (3 brefs et 3 longs) est adaptée à l'arabe littéral ou à l'arabe classique, mais peu adaptée aux dialectes, surtout au niveau vocalique. Dans le tableau ci-après, on présente les sons consonantiques et les sons vocaliques propres à l'arabe libanais en translittération simplifiée. Dans une deuxième colonne, on présente les lettres de l'arabe littéraire qui correspondent à chaque son. Parfois plusieurs sons de l'arabe littéraire sont reproduits de la même façon en libanais. Comme les voyelles n'apparaissent jamais seules, mais sont des signes diacritiques qui s'ajoutent aux consonnes, on les présentera dans le tableau des voyelles accompagnant les lettres b et d, à titre d'exemple. Pour les lecteurs qui apprennent à écrire l'arabe en parallèle à l'apprentissage proposé dans ce manuel, il faut rappeler que chaque lettre arabe peut avoir plusieurs formes selon qu'elle est à l'initiale du mot, en milieu ou à la fin. Les lettres arabes présentées dans le tableau des consonnes ci-dessous apparaissent sous la forme dite "isolée", c’est-à-dire quand elles ne sont pas intégrées à un mot. À noter également que quand une consonne est géminée (redoublée) en arabe, elle ne s'écrit pas deux fois, mais une seule fois accompagnée du signe . Ce signe s'appelle la chaddé (avec l'accent libanais, chadda en arabe littéral). La gémination se prononce très distinctement en arabe. Sa présence marque souvent des phénomènes grammaticaux comme, par exemple, la présence de l’article défini devant certaines consonnes2, ou la construction du factitif3.

Exemple : 'amar une lune, el-amar la lune, mais chames un soleil, echchames le soleil, et non *el-chames 3 Exemple : katab il a écrit, kattab il a fait écrire 16

2

a. Consonnes
Prononciation graphie arabe Description

'

c'est un arrêt glottal, comme un hiatus, il est accompagné de la voyelle qui le suit. Ce son de l'arabe littéral est généralement prononcé comme un ' ( ) en libanais, sauf pour certains mots de l'arabe littéral. Dans la région du Chouf, la prononciation de q est maintenue. comme "barque" comme "chien" comme "danser". Les mots de l'arabe littéral contenant un (que l'on transcrira ici par dh quand on cite des mots de l'arabe littéral où ce son apparaît) sont généralement reproduits en libanais avec un d. c'est un d emphatique. En général, les lettres emphatiques entraînent la postériorisation des voyelles. comme "fille"

-en début de mot : 'alb cœur -en médiane el-'alb le cœur (à ne pas prononcer *elalb) -en finale na' le fait de se plaindre 'ahwé café mais iqâmé séjour 'anâqa élégance bâba papa cha'fé morceau

'/q

b ch

d

et

daraj escalier dîb loup

d}

d}arab il a frappé tafahhom compréhension

f

17

Exemple

h

h}

j k kh

l m

n

r

g

--

gh

s

et

comme dans "hello" en anglais c'est un h plus frotté au niveau de la gorge, un h très appuyé, nous le marquons par une majuscule. comme dans "Georges", "jardin" comme dans "catalan", "quoi" comme la jota espagnole, ou le ch allemand de Bach c'est un son guttural, certains le rapprochent du r dans l'expression "ya rien à faire" comme dans "lampe" comme dans "mètre" comme dans "nord". La voyelle qui le précède n'est jamais nasalisée (comme dans *bon, *bain). Le n est toujours prononcé comme s'il était suivi d'un e muet. c'est un r roulé comme en espagnol ou en italien Aucune lettre de l'arabe littéral ne correspond à ce mot. Il apparaît uniquement dans les emprunts à des langues étrangères. C'est un r grasseyé, comme le r parisien, mais un peu plus liquide. Le s est toujours prononcé comme dans "salon", même quand il est entre deux voyelles ou 18

ahbal idiot h}mâr âne 'ah}âdîs conversations h jabal montagne kaleb chien khalas ça suffit elbé une boîte bukra abukra demain matin lamba lampe meter mètre

naylon nylon masalan par exemple

d} ramadân le mois de Ramadan garâj garage sigâra cigarette

ghâbé forêt b-y-ghîb il s'absente samak poisson

s}

t

t}

w y z

z}

en fin de mot. Les mots de l'arabe littéral contenant un (que l'on transcrira ici par th quand on cite des mots de l'arabe littéral où elle apparaît) sont, en général, reproduits en libanais avec le s. c'est un s emphatique. Sa présence entraîne la postériorisation des voyelles qui l'accompagnent dans le mot. comme "table" c'est un t emphatique. Sa présence entraîne la postériorisation des voyelles qui l'accompagnent dans le mot. comme dans "oiseau", "oie" comme dans "yoyo", "yacht" comme dans "zoo" c'est un z emphatique. Sa présence entraîne la postériorisation des voyelles qui l'accompagnent dans le mot.

salôn salon } as}far jaune s takht lit

t}âwlé table

wazîr ministre yallâ allons-y zarâfé girafe } zarâfé le fait d'être sympathique zabét} amende } t

19

b. Voyelles Les voyelles brèves sont marquées par des petits signes graphiques4 qui apparaissent autour de la consonne : h Un trait au-dessus de la consonne appelé fath}a pour le son a. Un signe au-dessus de la consonne appelé d}ammé pour le son u (prononcé comme le français ou). Un trait au-dessous de la consonne appelé kasra, pour le son i, parfois prononcé e en libanais (écrit indifféremment e ou é). Les voyelles longues (â, û, î) sont marquées dans le système d'écriture de l'arabe par trois consonnes qui se convertissent pour l'occasion en semi-consonnes (ou semi-voyelles) :
w

a

y

suivant une consonne, elle lui confère le son vocalique â. suivant une consonne, elle lui confère le son vocalique û. suivant une consonne, elle lui confère le son vocalique î.

Le libanais a d'autres voyelles brèves (o, é, ô, ê), mais le système d'écriture de l'arabe littéral ne permet pas de les marquer dans la graphie. Il est donc généralement convenu d'écrire o comme u, ô comme û. Le son é est parfois écrit i ou a, selon l'étymologie du mot. De même, ê est écrit î ou â. Comme il est dit précédemment, le dessin des consonnes de l'arabe change selon que la lettre en question apparaît en début, au milieu, ou en fin de mot. La plupart des consonnes perdent une partie de leur corps quand elles sont suivies d'un autre signe (une autre consonne ou une voyelle longue). Seulement 6 consonnes ne changent pas de forme quand elles sont suivies d'une autre lettre, et en restent séparées. Il s'agit de : dh, d, ', z, r, w. Pour "venir à retenir ces lettres, on peut penser au verbe râwada l'esprit" qui en regroupe 4 sur 6. Les deux lettres restantes, z et dha s'écrivant comme r et d mais avec un point au-dessus, sont faciles à retenir. Dans le tableau ci-dessous récapitulant les voyelles, nous donnons l'exemple de b (lettre qui change de forme
Les voyelles brèves sont rarement marquées sur les mots. En général on les devine. Elles peuvent cependant être marquées quand un mot prête à confusion, ou dans les livres pour enfants ou pour débutants. 20
4

quand elle est suivie d'un autre signe), et de d (lettre qui reste toujours séparée du signe qui la suit).
signe arabe ba da bâ dâ ba da ou bi di bî dî ou bâ dâ bi di bî bî bu du bû dû bo do bô dô

son a â é

Prononciation a bref, comme dans papa le double de la durée du a bref comme dans "école". Parfois sonne légèrement comme un "i". comme "é" dans "école", mais de plus longue durée. comme dans "Irlande". Parfois comme "é" dans "élève" c'est un i long se prononce "ou", comme dans "outre", "ours" plus long en durée que u se prononce fermé, comme dans "beau" plus long en durée que o, comme dans "oh"

Exemple jamal chameau daraj escalier jâr voisin dâr salon, maison lebes habillement dé'' que je sonne

ê

i

lêbes habillé madêris écoles 'âsé dur hêdé tranquille bêt maison ktêbik ton livre

î u û o ô

mersî merci bukra demain duwwayra cercle bûs embrasse dûr tourne 'ort}a une clique t lyôm aujourd'hui drôb frappe

21

II.

Grammaire

La racine en arabe :
Avant de commencer à décrire la grammaire de l'arabe libanais, il est important de comprendre comment fonctionnent les racines des mots arabes, pour comprendre comment ces mots sont dérivés les uns des autres. En arabe comme dans la plupart des langues sémitiques, tous les noms simples et les verbes simples sont formés à partir d'une racine, souvent triconsonantique, qui, avec une ou deux voyelles, forme le radical du mot. Par exemple, à partir de la racine *ktb, on a (avec les voyelles libanaises) : ktêb livre, et katab il a écrit, et kêtib écrivain. Les noms et verbes dérivés d'une même racine se différencient les uns des autres par divers petits changements que l'on peut effectuer dans la racine consonantique. Par exemple : le redoublement de consonnes du radical (katab il a écrit, kattab il a fait écrire) ; l'élimination, la transformation ou l'ajout d'une voyelle (katab il a écrit, kêtib écrivain) ; la préfixation, l'infixation ou la suffixation de certaines consonnes au radical (katab il a écrit, maktûb lettre, maktab bureau, écritoire.) On verra, sous le chapitre du nom, quels procédés sont utilisés pour dériver diverses formes nominales. Dans le chapitre du verbe, on étudiera le schème de formation des 9 formes verbales. Ces structures internes sont communes à tous les dialectes arabes. Là où chaque dialecte se distingue des autres, c'est dans le choix de ses voyelles, dans la réalisation de certaines consonnes, ainsi que dans sa préférence pour une structure plutôt qu'une autre.

25

1. Le nom Le genre : féminin et masculin
Le nom en arabe libanais est marqué par le genre masculin-féminin. Les noms féminins portent parfois des marques suffixées qui les différencient des noms masculins et les rendent reconnaissables. Tel est surtout le cas des noms de paires naturelles masculin-féminin morphologiquement apparentées, où la marque du féminin est un "é" (ou un "a") suivi d'un "t" qui n'apparaît à l'oral que dans le cas où le nom féminin est suivi d'un complément5. Voici quelques exemples : kalbé(-t) chienne, khâlé(-t) tante, et bsayné(-t) chatte. kalb un chien kalbé une chienne mais kalbét bént-é la chienne de ma fille khâl oncle khâlé tante khâl ziyâd l'oncle de Ziad mais khâlét ziyâd la tante de Ziad bsên chat bsayné(-t) chatte bsaynét ej-jirân la chatte des voisins. D'autre part, un grand nombre de noms féminins ne portent pas de marque spécifique. Certains sont reconnaissables à leur signification, ce sont par exemple des êtres de sexe féminin (bénét fille, sétt dame, 'émm mère), ou des noms désignant des parties du corps ('îd main, 'éjér pied, ên œil), ou autres (chamés soleil,
5

Vous trouverez, dans la partie lexique, les mots féminins suivis de (-t) entre parenthèses, pour bien rappeler que ce (-t) réapparaît quand le mot est suivi d'un complément. 26

'aréd} terre, nâr feu). Ils manifestent leur genre féminin d uniquement dans les accords qu'ils entraînent. Par ailleurs, certains noms masculins ont une apparence féminine à cause de la chute de leur consonne finale, et peuvent donc se terminer par "a" ou "é". Par exemple : hawa vent, acha dîner, ghada déjeuner, dawa médicament.

Le nombre : singulier, duel, pluriel Les noms sont fléchis sur trois nombres : le singulier, le duel et le pluriel. Les duels, catégorie obligatoire en arabe libanais dès que l'on compte par deux, sont souvent obtenus par le suffixe -ên qui peut s'ajouter à un nom masculin ou féminin. Quand il est ajouté à un nom féminin, le (-t) féminin réapparaît. Ainsi on a : kalb un chien kalb-ên deux chiens kalbé une chienne kalbt-ên deux chiennes

Parfois, l'ajout du suffixe duel -ên entraîne des ajustements vocaliques : la voyelle de la dernière syllabe du mot peut sauter. Par exemple : bénét une fille bént-ên deux filles

Quand un duel est suivi d'un complément ou d'un suffixe, la marque "-ên" se relâche en "-ayn", comme dans : ên un œil ayntên deux yeux ayntayn-a ses deux yeux (à elle)

Les membres du corps qui sont symétriques ont à la fois un duel et un pluriel : ên un œil, ayntên deux yeux, et yûn des yeux.

27

Pour former des pluriels il existe plusieurs schèmes. Certains se forment à l'aide d'un suffixe de pluriel. Parmi ces suffixes, on a : -în, -îyyé, -ât, ou -êt. Quand on apprend un nouveau mot, on doit retenir à la fois son genre et le suffixe avec lequel il forme son pluriel. En voici quelques exemples avec chacun de ces suffixes : "-în" comme él msêfér le voyageur él msêfrîn les voyageurs "-iyyé" comme } harâmé voleur harâm-iyyé des voleurs } Ce même suffixe "-iyyé" sert à former le pluriel et le féminin des nationalités : lébnêné un Libanais lébnêniyyé des Libanais/une Libanaise frensêwé un Français frénsêwiyyé des Français / une Française 'énglîzé un Anglais 'énglîziyyé des Anglais / une Anglaise ou 'énglîz des Anglais "-ât" comme sayyâra voiture sayyârât des voitures "-êt" comme bénét fille banêt des filles D'autres noms ont une forme de pluriel interne, c’est-à-dire qu'ils ne se forment pas grâce à un suffixe, mais en changeant les voyelles qui se trouvent à l'intérieur du mot :

28

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.