Parlons géorgien (Deuxième édition augmentée)

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Pays du Caucase, la Géorgie a su préserver sa personnalité contre les tentatives d'écrasement ou d'assimilation de voisins plus puissants : Perses, Arabes, Turcs ou Russes. Le lecteur découvrira une langue à l'alphabet original, l'une des rares de notre continent à ne pas être indoeuropéenne. Ce volume comporte des éléments de conversation courante et deux lexiques : français-géorgien et géorgien-français. Cette deuxième édition apporte notamment des éléments d'actualité diplomatique entre la France et la Géorgie.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296460256
Nombre de pages : 316
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Parlons géorgien


© CIA
Irina Assatiani
Michel Malherbe







Parlons géorgien








Deuxième édition augmentée






















































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54601-1
EAN : 9782296546011



Remerciements

Les auteurs remercient vivement Nicolas Tchavtchavadzé qui a eu
l’amabilité de relire attentivement l’ensemble du livre et de
suggérer de précieuses améliorations de rédaction. Merci
également à Pierre-Alexandre Crevaux qui a contribué à l’article
sur l’histoire récente de la Géorgie.


AVANT-PROPOS

La langue géorgienne se rattache au groupe des langues
ibérocaucasiennes, l’un des trois groupes linguistiques qui se partagent
le Caucase. Elle dispose d’un alphabet qui lui est propre. Le
géorgien est une langue bien vivante, à la littérature abondante. Il
est parlé par plus de cinq millions de personnes. C’est la langue
officielle de la république de Géorgie.
Ancienne République soviétique, indépendante depuis 1991, elle
souhaite s’ouvrir à l’Ouest et dispose d’atouts considérables,
miniers, agricoles et touristiques. Sa population est hautement
qualifiée dans toutes les branches de la technique. De plus, les
Géorgiens sont parmi les peuples les plus chaleureux et hospitaliers
de la terre, civilisation de la vigne oblige.
La sympathie des Géorgiens pour la France est ancestrale. S’ils
sont peu nombreux à l’étranger (à peine quelques milliers en
France), c’est qu’ils sont viscéralement attachés à leur merveilleux
pays, l’un des rares avec la Côte d’Azur et le Liban, où l’on peut,
dans la mêmejournée, faire du ski en haute montagne et prendre un
bain de soleil au bord de la mer.
Que ce soit pour le tourisme ou les affaires, les Français qui
découvrent la Géorgie en deviennent des amis fervents et fidèles. Il
y a tant à faire pour mettre en valeur l’ancien pays de la Toison
d’Or qu’une méthode pour apprendre au moins les rudiments du
géorgien nous semble venir à son heure. Le lecteur est sûr de ne
pas regretter les efforts de cette initiation.

Un peu d’histoire
La Géorgie prend ses racines dans la nuit des temps. Comme tous
les pays de haute montagne, le Caucase a servi de refuge aux
populations fuyant les grandes invasions. C’est pourquoi cette
région est parmi celles du monde dont le peuplement est le plus
complexe. C’est une mosaïque de langues et de cultures que les
spécialistes eux-mêmes n’arrivent pas à éclairer avec certitude.

7Les langues du Caucase

Le Caucase est la région d’Europe dont la situation linguistique est
la plus complexe, et de loin. On y trouve des langues
indoeuropéennes comme l’arménien et l’ossète, des langues turques
comme l’azerbaïdjanais, le koumyk ou le karatchaï-balkar, et trois
groupes de langues caucasiques. Le géorgien est la langue la plus
importante du groupe du Sud-Ouest qui comprend aussi le svane et
le laz. Au Nord-Ouest, on trouve un autre groupe dont l’abkhaze et
le tcherkesse (avec ses deux dialectes, le kabarde et l’adyghée). Au
Nord-Est enfin, le troisième groupe est extrêmement complexe et
compte une quarantaine de langues, principalement parlées au
Daghestan. Il comprend le tchétchène et l’ingouche (langues
vaïnakh) dans les deux républiques éponymes ainsi que, pour ne
citer que les plus connues, l’avar, le lezghi, le darghin, le lak, le
tabasaran etc.
Les langues de ces trois groupes sont profondément différentes
même si elles partagent quelques caractéristiques comme une
grande complexité de la grammaire et de la phonétique. Ajoutons
que les langues du Caucase emploient quatre alphabets distincts :
latin, cyrillique, arménien et géorgien.

L’origine de la Géorgie a donné lieu à d’amusantes légendes :
tantôt on dit que Dieu, quand Il créa le monde, portait dans ses bras
les plus beaux éléments de l’univers mais Il trébucha et les
meilleurs morceaux tombèrent au sol pour former la Géorgie ;
tantôt on explique qu’au moment du partage du monde entre les
nations les Géorgiens, suivant leur habitude, festoyaient et
chantaient quelque part. Ils arrivèrent en retard, et Dieu n'ayant
plus rien à distribuer leur donna généreuseument la meilleure part
qu’Il pensait se réserver.
Quoi qu’il en soit, la présence de l’homme en Transcaucasie
remonte à la plus haute antiquité. Une expédition
germanogéorgienne a découvert en 1991 sur la commune de Dmanissi, dans
le Sud du pays, les restes d’un homo erectus vieux de plus d’un
million et demi d’années ! C’est, à ce jour, le fossile humain le plus
ancien hors d’Afrique. Les recherches archéologiques ont permis
de mettre à jour la présence de l’homme depuis le paléolithique
8jusqu’à l’âge de bronze. La culture de Kura-Araks et de Trialeti est
bien représentative du développement de l’âge du bronze en
eGéorgie. Dans la période tardive, vers le II millénaire avant notre
ère, on décèle déjà des structures étatiques qui jouent un rôle actif
en Asie mineure. La puissance et le rayonnement culturel d’un de
ces Etats, la Colchide, ont trouvé leur expression dans le mythe des
Argaunautes. Selon ce mythe, les héros de la Grèce antique, sous la
direction de Jason, vinrent en Colchide pour s’emparer de la
Toison d’Or que possédait le roi de Colchide Ayet. Cette légende
de la Toison d’Or proviendrait d’un procédé antique pour recueillir
des paillettes d’or charriées par les rivières. On déposait une toison
de mouton au fond du lit de la rivière et le courant y déposait les
paillettes. La réputation merveilleuse de la Toison d’Or lui vaut
ensuite de donner son nom à une décoration prestigieuse en
Autriche et en Espagne.
Le royaume de Colchide est également mentionné dans des sources
d’Assyrie et d’Urarte. Ces informations ont été confirmées par un
nombre important de découvertes archéologiques sur tout le
territoire de la Géorgie.
e eAux IV et III siècles avant notre ère, s’est constitué en Géorgie
orientale le royaume d’Ibérie, dit de Kartli, qui est évoqué dans de
nombreux écrits grecs et latins. Selon la tradition géorgienne, le
premier roi de Kartli, Parnavaz, aurait également créé l’écriture
géorgienne.
Le royaume ibère, comme la Colchide, eut des relations culturelles
eret économiques avec tout le monde antique. A partir du I siècle,
l’Ibérie fut alliée de Rome et prit part à ses côtés aux interminables
guerres contre les Parthes et l’Iran sassanide.
eAu début du IV siècle, l’Ibérie adopta, à la suite de sa patronne
Sainte Nino, le christianisme comme religion officielle, ce que
venait de faire le royaume voisin d’Arménie. C’est à cette époque
que se fixa définitivement l’écriture géorgienne, employée
notamment dans la littérature chrétienne.
eDès la fin du V siècle, les intentions agressives de la Perse
sassanide contre la Géorgie se précisent. Pour défendre
l’indépendance de la Géorgie, le roi Vakhtang Gorgassal réussit à
unir les parties orientale et occidentale du pays, à proclamer
l’autocéphalie de l’Eglise géorgienne et à développer la
construction des villes. Sous son règne, la capitale est transférée de
9Mtskheta à Tbilissi. Vakhtang Gorgossal meurt dans un combat
inégal contre les Perses mais son souvenir reste impérissable au
cœur de tous les Géorgiens. Peu après, les Perses établissent leur
suzeraineté sur toute l’Ibérie, sans toutefois pouvoir éradiquer le
christianisme ni même éviter de consentir un minimum
d’autonomie à la Géorgie.
eA la fin du VI siècle, les Géorgiens finissent par chasser les Perses
avec l’aide des Byzantins. Mais de nouveaux adversaires
apparaissent bientôt : ce sont les Arabes qui conquièrent au milieu
edu VII siècle toute l’Asie mineure, y compris la Géorgie. Cette
edomination arabe dure jusqu’au X siècle, mais elle ne peut
s’opposer au développement de la société géorgienne et de sa
culture. Des monuments de la littérature et de l’architecture
géorgiennes, parmi les plus brillants, sont créés pendant cette
période. On voit aussi apparaître de nouveaux Etats géorgiens :
Cachétie (Kakheti), Hereti, Abkhazie (Abkhazeti), Tao-Klardjeti.
Cette dernière principauté se donne pour dirigeants la dynastie des
Bagration dont l’un des membres, Adarnase, reçoit en 888 le titre
de roi de Géorgie. Ainsi se trouve restauré le pouvoir royal qui
eavait disparu au VI siècle en Ibérie. Les Bagration ont tissé des
e eliens étroits avec Byzance. Aux X et XI siècles, les royaumes et
principautés de la région s’unissent sous l’autorité des Bagration
pour former une Grande Géorgie.
A l’époque de David IV le Bâtisseur (1089-1125), la Géorgie
couvre pratiquement tout le Caucase, englobant dans ses frontières
des peuples divers. C’est une époque florissante pour la culture et
l’économie de tout le Caucase, en particulier pour les Géorgiens
dont c’est l’Age d’Or.
L’apogée de la puissance de la Géorgie se situe sous le règne de la
reine Thamar (1184-1213), quand la Géorgie sut faire face à une
coalition et à l’attaque turco-musulmane. Après le sac de Byzance
par les croisés en 1204, la Géorgie fonde sur la rive Sud de la mer
Noire un Etat tampon qui lui est soumis, clui de Trébizonde et
place sous sa suzeraineté une grande partie des Etats musulmans
voisins.
Toutes les branches de la culture géorgienne s’épanouissent, la
littérature, la science, l’architecture et la peinture. C’est alors, en
particulier, que Chota Roustavéli (Shota Rustaveli) écrit le
10Chevalier à la peau de tigre, compté parmi les chefs d’œuvre de la
littérature universelle.
Malheureusement, le développement pacifique de la Géorgie ne
dure qu’un temps. Déjà sous le règne des successeurs de la reine
eThamar, dans les années 20 à 30 du XIII siècle, les incursions de
bandes turco-musulmanes dirigées par Khorezmshah Djalal-ed-Din
se multiplient. Ensuite, ce sont les hordes sauvages des Tartares et
des Mongols qui entraînent la chute de la Géorgie dans tous les
domaines, économique, politique et culturel. Le joug mongol
s’impose alors pour longtemps sur le pays, à l’exception de la
période où le roi George V l’Illuminateur (1318-1346) réussit à
libérer le territoire. Ce sont ensuite de nouvelles invasions
mongoles dirigées par le cruel Tamerlan qui se produisent huit fois
eentre 1346 et 1403 et laissent le pays ruiné et désorganisé. Au XV
siècle, la situation politique extérieure de la Géorgie se détériore
encore. Son allié traditionnel le plus ancien, l’empire de Byzance,
est définitivement rayé de la carte par les Turcs. Le 29 mai 1453, le
sultan Mehmed II s’empare de Constantinople, centre du monde
chrétien en Orient. Ainsi se trouve barré le chemin de la Gorgie
vers l’Occident.
Le dernier roi de la Gorgie unifiée, George VIII, tente de monter une
coalition à partir de l’Europe pour libérer Constantinople des Turcs.
En 1460-1461, des ambassadeurs géorgiens se rendent d’abord en
Italie puis en France auprès du roi Charles VII. Ce fut d’ailleurs la
dernière audience de ce roi, cloué au lit par la maladie, qui devait
mourir peu après. La délégation géorgienne assista au
couronnement de son successeur, Louis XI, auprès duquel elle
réitéra sa proposition de chasser les Turcs de Byzance. Hélas, le
nouveau roi était plus préoccupé par la réalisation de l’unité de la
France et il récusa sa participation à cette croisade lointaine et
coûteuse. La Géorgie tenta encore une fois de se rattacher à
l’Europe en faisant la même proposition à l’Espagne, mais sans
plus de succès.
C’est ainsi que la Géorgie se retrouve seule, petit royaume chrétien
entouré de puissants Etats musulmans. L’empire ottoman ne tarde à
passer à l’attaque et conquiert le royaume de Trébizonde, fondé par
la Géorgie et qui est son fidèle allié. Ainsi les Ottomans deviennent
les voisins directs , aussi bien sur sa frontière Sud qu’au Nord, sur
la mer Noire. Progressivement, l’influence des Ottomans s’étend à
11tous les peuples du Caucase du Nord qui se mobilisent à leur tour
contre la Géorgie.
eAu début du XVI siècle, se forme l’Etat perse des Kizilbash avec
la dynastie des Séfévides qui s’efforcent, eux aussi, de conquérir la
Géorgie, complétant ainsi l’encerclement du pays par des Etats
musulmans.
La situation se complique de telle sorte que l’unité géorgienne ne
peut plus être assurée. L’affaiblissement du pouvoir royal,
emanifesté déjà à la fin du XV siècle, ne permet plus de s’opposer
aux divers courants séparatistes et le pays se divise en trois
royaumes (Kartli au centre, Kakheti à l’Est et Imereti à l’Ouest),
ainsi qu’une principauté (Samtskhé, au Sud-Ouest). Cette dernière
est la première à faire face à l’agression des Ottomans qui
réussissent à la conquérir complètement et à y établir l’Islam et un
esystème féodal. Ce n’est que bien pls tard, au XIX siècle, qu’une
partie seulement de ce terriotire peut être récupérée.
Réduite à trois royaumes, la Géorgie doit combattre durant trois
siècles ses deux puisssants voisins, l’empire perse et l’empire
ottoman, pour défendre sa souveraineté, son système économique
et social, sa culture et la religion chrétienne. Dans cette lutte, la
langue et la littérature géorgienne jouent un rôle important. Sans
l’inspiration et l’exemple des œuvres du Siècle d’Or, c’est-à-dire
edu XII siècle, la Géorgie n’aurait vraisemblablement pas pu
soutenir ce combat inégal.
En fin de compte, ni les Ottomans ni l’Iran ne purent asservir
définitivement la Géorgie. Ils ne purent qu’étendre leur pouvoir et
leur influence sur telle ou telle partie de son territoire mais furent
incapables de détruire la société géorgienne ou d’en extirper le
erchristianisme. Même Shah Abbas I , le plus grand des souverains
séfévides, connut un important échec en Géorgie. Il y perdit plus
de la moitié de son armée et ne put atteindre ses objectifs, malgré
d’énormes pertes du côté géorgien, surtout en Kakheti (200.000
hommes déportés dans les provinces iraniennes de l’intérieur, plus
de 100.000 tués au combat). Après ses défaites à Martkopi et
Marabda en 1625, l’envahisseur doit renoncer à ses intentions de
conquérir toute la Géorgie et il reconnaît comme roi de Kartli et de
er eKakheti le chrétien Teimouraz I . Plus tard cependant, au XVII
siècle, les shahs d’Iran réussissent à installer sur le trône de ces
12deux royaumes des Bagration et ils étendirent leur influence sur la
Géorgie orientale.
Pendant ce temps la Géorgie occidentale (le royaume d’Imereti et
les trois principautés de Guria, de Mégrélie et d’Abkhazie) rejettent
la suzeraineté des Ottomans, quoique ceux-ci réussissent à étendre
leur influence sur les zones frontalières, en Adjarie et en Abkhazie.
Le transfert de populations du Nord du Caucase vers la Géorgie
prend de l’ampleur, donnant ainsi naissance aux actuels Abkhazes
au Nord-Ouest et implantant en Kakheti orientale des Ossètes et
des Daghestanais.
Simultanément, en Géorgie occidentale, se produisent de façon
massive des enlèvements pour alimenter les marchés d’esclaves
des Ottomans. Il est connu que des détachements entiers de
janissaires ont été ainsi constitués. Des raids de Daghestanais se
livraient aux mêmes pratiques en Géorgie orientale. Les
conséquences pour le peuple géorgien furent très lourdes.
Malgré ces circonstances tragiques, la Géorgie s’efforce de ne pas
ralentir son activité culturelle et littéraire, seul moyen de défendre
son âme et sa personnalité. Pour lutter contre l’expansion de
l’Islam, les esprits se mobilisent. En particulier, à la cour du roi de
eKartli au début du XVIII siècle, des groupes travaillent dans ce
sens sous l’impulsion du roi Vakhtang VI. : on y trouve le savant
lexicographe et diplomate Sulkhan-Saba Orbeliani, le gégraphe et
historien Vakhushti Bagrationi, le poète David Guramishvili etc.
Une imprimerie en géorgien est lancée en 1709 qui publie, entre
autres, l’ouvrage célèbre de Rustaveli, le chevalier à la peau de
tigre. Cependant, le shah d’Iran convoque le roi Vakhtang VI et le
retient prisonnier : il est contraint de se faire musulman. Orbeliani
se rend en France pour obtenir une aide politique et la libération du
roi. Il rencontre Louis XIV à Versailles en avril 1714. Selon la
légende, le roi-soleil se serait plaint de son âge en sa présence et
Orbeliani aurait dit : Votre majesté porte son âge avec tant de grâce
que chacun voudrait l’avoir. Ces marques de courtoisie et
d’éducation firent le meilleur effet auprès de la Cour. Cependant, le
diplomate se voit sollicité de faire adhérer l’Eglise géorgienne au
catholicisme et, s’il obtient la liberté de commerce pour les
produits géorgiens, il se heurte au refus de la France de couper ses
relations avec la Perse. La mission se termine donc sur un échec, à
Paris comme à Rome.
13eDans la deuxième moitié du XVIII siècle, les luttes de libération
nationale s’intensifient sous la direction des rois Teimuraz II et
Ereklé II. En fait la partie orientale du pays se libère de la tutelle
perse. Le roi Ereklé (Héraclius selon les habitudes occidentales,
c’est-à-dire Hercule) réussit même durant son règne de 1744 à
1798 à unir en un seul royaume la Kartli et la Kakheti et à prendre
une série de réformes progressistes, malgré le danger toujours
présent d’une attaque perse ou ottomane.
C’est alors qu’Héraclius II décide de mettre le pays sous la
protection de la Russie. Selon le traité de Georgievsk signé entre
les deux parties le 24 juillet 1783, la Russie s’engage à défendre la
Géorgie contre les agressions extérieures. Cependant, quand le
shah de Perse Agha Mahmad Khan attaque la Géorgie en 1795, la
Russie reste dans un rôle d’observateur. La bataille est très inégale
et les Géorgiens sont défaits près de Tbilissi. Les hordes perses
prennent la ville et la rasent.
A la mort d’Héraclius II, profitant de la situation très difficile du
pays, la Russie viole les clauses du traité et procède en 1801 à
l’annexion de la Géorgie orientale. Dans le même mouvement,
l’armée russe passe en Géorgie occidentale et s’empare par la force
de l’Imereti et des autres principautés. L’ensemble de la Géorgie
se retrouve sous le joug russe qu’il faut bien qualifier de colonial.
eAu cours du XIX siècle, la lutte contre la domination russe est
continuelle, l’objectif étant de restaurer la souveraineté du pays.
ePar exemple, dans la deuxième moitié du XIX siècle, le
mouvement de libération nationale du peuple géorgien s’organise
sous la direction du grand écrivain et homme d’Etat Ilia
Tchavtchavadzé. Celui-ci est tué traîtreusement en 1907 à
l'instigation des marxistes géorgiens
La souveraineté géorgienne ne réussit à se rétablir qu’à l’occasion
de la révolution en Russie. La révolution bolchevique de 1917 voit
se constituer une fédération de Transcaucasie où la Géorgie se
retrouve avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mais quelques mois plus
tard, en mai 1918, la fédération est dissoute. La Géorgie proclame
son indépendance le 26 mai 1918.
En 1920, l’indépendance de la Géorgie est reconnue, d’abord par
les alliés occidentaux puis par les Soviets. Ceux-ci renforcent leur
pouvoir et, dès février 1921, ils envahissent la Géorgie puis
concluent une alliance avec la Turquie pour s’assurer de leur non-
14intervention. Cette négociation coûte à la Géorgie quelques
territoires avec les villes d’Artvin et d’Ardahan.
Ayant ainsi acquis sa liberté de manœuvre, l’URSS crée en 1922 la
république soviétique de Transcaucasie. En 1924, la Géorgie se
soulève avec Tcholokashvili. La répression fait 3.000 tués et
entraîne la déportation de 130.000 personnes en Sibérie. Ce n’est
qu’en 1936 qu’est dissoute la Transcaucasie et qu’est fondée la
république sovoétique de Géorgie.
On constate que l’ascendance géorgienne de Staline, né
Djugashvili, et la présence à ses côtés d’autres Géorgiens comme
Ordjonikidzé ou Beria n’a pas permis à la Géorgie, bien au
contraire, de bénéficier d’un traitement de faveur. On estime à
400.000 morts les victimes géorgiennes du stalinisme de 1921 à
1953.
La Géorgie recouvre enfin son indépendance en 1991 après un
référendum. Le premier président élu au suffrage universel direct,
Zviad Gamsakhurdia, ancien dissident anti-communiste et
fondateur de la section géorgienne des droits de l’homme, prend le
pouvoir en mai 1991 Cependant, en quelques mois, une crise
économique sévère, l’échec du gouvernement dans ses tentatives
de libéraliser les structures de la société géorgienne, l’attitude
dictatoriale du président élu et les intérêts de la Russie en Géorgie,
poussent une grande partie de la population à se retourner contre le
président qui est chassé par un coup d’Etat le 7 janvier 1992.
Edouard Shevarnadzé, ancien ministre des Affaires Etrangères
d’URSS, lui succède peu après.
C’est aussi en 1992 que la Géorgie est admise à l’Organisation des
Nations Unies ainsi que dans les autres organisations comme
l’UNESCO. Depuis 1992, la Géorgie a été reconnue par plus de
100 gouvernements.
Shevarnadzé ne parvient toutefois pas à maintenir la paix dans le
pays, il ne peut venir à bout des partisans armés du président déchu
Gamsakhourdia tandis que les provinces séparatistes d’Abkhazie
et d’Ossétie du Sud sont ravagées par des guerres ethniques
causant des milliers de morts et le déplacement forcé de près de
260 000 Géorgiens.
La stabilité semble enfin revenir en 1995 avec l’adoption d’une
constitution et l’élection de Chevardnadze à un premier mandat
légitime en tant que président. Malheureusement la corruption
15règne jusque dans les plus hauts cercles dirigeants et ruine
l’économie géorgienne. Une nouvelle vague d’opposition au
gouvernement apparaît au début des années 2000 et les violations
flagrantes durant les élections législatives de 2003 mènent des
milliers de Géorgiens à renverser le pouvoir lors d’une révolte
populaire dite de la « Révolution des Roses » du 23 novembre
2003. Edouard Chevardnadze est remplacé à la suite d’élections
démocratiques par le chef de l’opposition Mikheil Saakachvili, né
en 1967 à Tbilissi mais formé à l’étranger, aux Etats-Unis et en
France notamment.
Saakachvili change les symboles de l’époque soviétique (drapeau,
hymne national, armoiries, etc.). Sa politique de « réconciliation
nationale » parvient à faire revenir l’Adjarie musulmane dans le
giron de Tbilissi. Il met en place un gouvernement provisoire
d’Ossètes opposés aux autorités non-reconnues, corrompues et
dictatoriales d’Ossétie du Sud, tandis que l’Abkhazie et la Géorgie
s’engagent à négocier une réunification des deux entités. A la suite
de nombreuses provocations d'Ossètes du Sud nationalistes, les
troupes géorgiennes ripostent en août 2008 ce qui provoque
l'intervention immédiate de l’armée russe qui pénètre dans le
territoire géorgien. Le pouvoir russe distribue des passeports de la
Fédération de Russie aux habitants de l'Ossétie du Sud et de
l'Abkhazie. Ces deux entités sont reconnues par Moscou comme
pays indépendants et souverains. Un tiers du territoire géorgien est
ainsi soustrait à l'autorité de Tbilissi.
La Géorgie ressort tout de même bien vivante de cette épreuve et
se reconstruit lentement. La libéralisation de l’économie amène de
nombreuses entreprises étrangères à investir en Géorgie et les
conditions de vie s’améliorent grandement pour la population. La
corruption est fortement sanctionnée alors que la Géorgie se
rapproche du monde occidental (Union européenne, OTAN). De
nos jours, le pays reste attractif pour les investisseurs étrangers qui
apprécient la haute qualification des ouvriers et ingénieurs et
l’esprit d’entreprise des Géorgiens.





16Salomé Zourabichvili
Française née à Paris en 1952 dans une famille bien connue
d’émigrés géorgiens, elle entre dans la diplomatie après Sciences
Po et visite la Géorgie pour la première fois en 1986. Nommée
ambassadeur de France à Tbilissi en 2003, elle est remarquée par le
président Saakachvili qui demande au président français Chirac de
lui faire quitter ses fonctions pour prendre celles de Ministre des
Affaires Etrangères de Géorgie. Il s’agit sûrement d’un cas unique
dans l’histoire de la diplomatie internationale. Ministre de 2004 à
2005, elle ne tarde pas à s’opposer au gouvernement géorgien et
reste en Géorgie pour diriger un mouvement politique
d’opposition.


La Géorgie aujourd’hui
Surface
269.700 km , légèrement plus que l’ensemble des trois pays du
Benelux.
Population
Totale : environ 5.300.000 habitants
2 Densité 78 habitants / km
Composition ethnique : près de 70% de Géorgiens, 9%
d’Arméniens, 7% de Russes, 5% d’Azéris, 3% d’Ossètes et 1,7%
d’Abkhazes.
Taux de croissance négatif : -0,62%
Taux de natalité : 10,87 naissances / 1000 habitants
Taux de mortalité : 14,52 décès / 1000 habitants ortalité infantile: 52,94 décès / 1000 naissances
Taux de fertilité : 1,41 enfant / femme
Espérance de vie : globale 64 ans / h. 61 ans / f. 68 ans
Villes principales
Capitale : Tbilisi, environ 1.300.000 habitants ; Koutaissi, 180.000
h. ; Batoumi, 120.000 h. ; Roustavi, 110.000 h. ; Soukhoumi,
80.000 h. ; Zougdidi, 70.000 h.
Relief et climat
Les chaînes de montagne et les plateaux occupent les 4/5 du
territoire. La structure géologique est complexe, diversifiant à
l’extrême les paysages. Le climat va du type méditerranéen au type
17alpin avec de nombreux micro-climats. Le sommet le plus élevé est
le mont Kazbek (Mta MKinvartzveri en géorgien) 5.048m.
Richesses naturelles
Le sous-sol est riche, les mines sont très variées (manganèse,
baryte, amiante, arsenic, avec quelques ressources en charbon et
pétrole). Les eaux minérales ont souvent de remarquables
propriétés curatives (Bordjomi, Tskhaltubo…).
Agriculture
Elle est riche et bien développée. Le climat permet la culture de la
vigne, du thé, du tabac et d’autres plantes industrielles. A l’époque
soviétique, la Géorgie fournissait 95% du thé et la presque totalité
des agrumes et des vins de qualité de l’URSS.
Industrie
La haute qualification de la main d’œuvre a permis un essor
industriel remarquable, surtout dans les domaines de la métallurgie,
des constructions mécaniques, des équipements énergétiques, des
appareils de mesure et de contrôle. Les industries chimiques,
textilles et alimentaires sont bien développées. La production, très
diversifiée, touche aaussi bien la fonte, les laminés, les métaux
non-ferreux, les ferro-alliages que des équipements élaborés
comme les locomotives électriques, les automobiles, les hydrofoils,
les appareils de précision et les ordinateurs. Les exportations
géorgiennes atteignent 70 pays du monde.
18









PREMIERE PARTIE



DESCRIPTION DE LA LANGUE



Histoire de l’écriture
Un très ancien alphabet géorgien, ასომთავრული (asomtavruli),
fut créé en 412 avant J.C. par des prêtres du culte de Mithra. Le
premier roi de Géorgie (ou plutôt d’Ibérie), Pharnavaz Ier, réforma
ecet alphabet en 284 avant J.C. Au XI siècle, cette écriture fut à
nouveau réformée. On l’appela მხედრული (mkhedruli), séculier
ou de guerre, par opposition à religieux. Elle est encore
sensiblement celle d’aujourd’hui. Au cours du temps, cet alphabet
a été employé pour d’autres langues voisines. Il a existé d’autres
alphabets géorgiens, assez proches des précédents comme le
eნუსხური (nuskhuri), créé au IX siècle pour noter les minuscules,
ou le ხუცური (khutsuri), employé dans les textes religieux, qui
comportait des lettres minuscules de l’alphabet ნუსხური
(nuskhuri) et des majuscules ასომთავრული (asomtavruli). De
nos jours, seul le svane, peu écrit, emploie l’écriture géorgienne
avec quelques signes complémentaires.

Alphabet géorgien
Originellement, l’alphabet géorgien comportait 38 lettres, cinq
d’entre elles sont tombées en désuétude. De même, l’ancien usage
qui donnait à chaque lettre la valeur d’un nombre (comme en
hébreu), est abandonné. Le géorgien emploie les mêmes chiffres
que les autres langues européennes. Aujourd’hui, l’alphabet
géorgien comporte 33 lettres qui ne sont pas liées entre elles dans
les textes imprimés. En revanche, l’écriture manuscrite les lie à
l’intérieur d’un même mot. Toutes les lettres se prononcent, et
toujours de la même façon. On compte cinq voyelles et 28
consonnes. Chaque lettre correspond à un son particulier et se
prononce toujours de la même façon. Le géorgien ne connaît
21aucune irrégularité d’écriture : les mots s’écrivent comme ils se
prononcent. Voici cet alphabet dans l’ordre du dictionnaire :
ა ბ გ დ ე ვ ზ თ ი კ ლ
a b g d e v z t i k l
მ ნ ო პ ჟ რ ს ტ უ ფ ქ
m n o p j r s t u p k
ღ ყ შ ჩ ც ძ წ ჭ ხ ჯ ჰ
R K sh tch ts dz tz tj kh dj h

Le géorgien moderne ne possède pas de majuscules. Il s’écrit de
gauche à droite, comme le français.

Prononciation
Les voyelles
ა (a), ი (i) et ო (o) ne posent pas de problème et se prononcent
comme en français. ე (e) se prononce toujours [ê] et უ (u) toujours
[ou]. Deux voyelles qui se suivent se prononcent comme deux
syllabes distinctes
Il n’y a pas de voyelles nasales comme on ou en en français.

Les consonnes
Elles se prononcent comme l’indique notre transcription en lettres
latines, à l’exception des remarques suivantes
ჰ (h) est aspiré, comme en allemand ou en anglais ხ (kh) est
une jota, comme le χ grec ou le ch allemand de "Bach" შ sh se
prononce comme dans "chat".
Les lettres ქ k, ფ p, თ t, ჩ tch, ც ts sont aspirées tandis que კ k', პ
p', ყ q', t', ჭ tch', წ ts' sont glottalisées
რ (r) est toujours roulé, comme en italien
ღ (R) se prononce comme le γ grec (grasseyé) assez proche du r
français (un r du fond de la gorge)
Une lettre glottalisée produit un son dur et une lettre aspirée
produit un son doux.
Le p aspiré se prononce comme le φ (ph) en grec ancien (le grec
moderne prononce [f] ; pour prononcer le p aspiré que les Romains
avaient transcrits ph : il suffit de prononcer en même temps le p et
le h aspiré.
22Les lettres ქ (k), ფ (p), თ (t) se prononcent comme le grec ancien χ
(ch), φ (ph), θ (th).
Le p glottalisé est comme un p venant de la gorge.
Le f n'existe pas : pour traduire un mot d'origine grecque, comme
philosophie, on écrit ‘pilosopia’.

Le groupe nominal
Les noms ne prennent pas d’article. Ils ne connaissent pas de
genre. En revanche, comme en latin ou en russe, selon leur
fonction grammaticale dans la phrase, ils prennent des
terminaisons de différents cas, les désinences casuelles.
Ces cas sont au nombre de sept : nominatif, narratif, datif, génitif,
instrumental, adverbial et vocatif.

Nominatif
C’est le cas du sujet des verbes. Les mots isolés, comme ceux du
dictionnaire, sont au nominatif. Si un mot ne se termine pas par une
voyelle mais par un consonne, on forme le nominatif en y ajoutant
ი (i).

Narratif
Il a pour désinence - მა (-ma). Il s’emploie aussi pour les sujets de
verbes mais quand ceux-ci sont à des temps ou des modes
particuliers, comme nous le verrons plus loin.
Exemple :
ქარმა დაუბერა (karma daubera), le vent souffla
Dans cet exemple, ქარი vent (kari) perd son ი (i) final qui est
remplacé par la désinence -მა (-ma) du narratif.

Datif
C’est le cas habituel du complément indirect mais c’est aussi celui
du complément d’objet direct car il n’existe pas d’accusatif. La
désinence du datif est ს (-s) ou ს (-sa). Pour les noms terminés par
une consonne ce ს (-s) se place directement après cette consonne,
sans le ი (i) du nominatif.


23Génitif
C’est le cas du complément de nom. Il marque l’appartenance. Un
nom au génitif se place généralement avant le nom dont il est le
complément. La désinence du génitif est ს (-s) ou ისა (-isa).
Parfois l’ajout de cette désinence modifie ou fait tomber la dernière
voyelle du radical du nom.
Exemples de génitifs :
სახლის (sakhlis), de la maison
მეგობრის (megobris), de l’ami
ხბოს (khbos), du veau
მამის (mamis), du père
ბუს (bus), du hibou

Instrumental
Il indique avec qui ou avec quoi s’accomplit l’action. Sa désinence
est ით (-it) ou ითა (-ita). Pour éviter la rencontre de deux
voyelles, la désinence de l’instrumental modifie ou fait tomber, s’il
y a lieu, la voyelle finale du radical.
Exemples de noms à l’instrumental :
დანით (danit), avec le couteau. Le ა (a) final de de დანა
(dana), couteau, tombe devant la désinence ით (-it).
ფეხით (pekhit), à pied. Le mot ფეხი (pekhi), pied, se termine
par une consonne et la désinence ი (-i) du nominatif est remplacée
par celle de l’instrumental, ით (-it)

Adverbial
Il exprime la manière d’être ou d’agir et sert tout naturellement à
former des adverbes. Sa désinence est - ად (-ad). Ainsi, avec le
mot ექიმი (ekimi), médecin, on dira ექიმად მუშაობს (ekimad
mushaobs), il travaille comme médecin, où, bien entendu,
მუშაობს (mushaobs) signifie il travaille.

Vocatif
Il s’emploie pour interpeller quelqu’un. La désinence du vocatif est
ო (-o) qui remplace le ი (-i) du nominatif des noms terminés par
24une consonne ou s’ajoute à la voyelle finale des autres noms. Par
exemple, dans une allocution, on pourra dire :
ძვირფასო მეგობრებო (dzvirpaso megobrebo), chers amis,
où l’on constate que l’adjectif ძვირფასი (dzvirpasi), cher, se met
au vocatif comme le nom.
Pour donner un autre exemple avec un nom terminé par une
voyelle, le mot მზე (mze), soleil, donnera მზეო (mzeo), ô soleil.

Le pluriel des noms
Il se forme de façon très régulière. Si la voyelle finale du mot est
un ა (a) ou un ი (i), cette voyelle est remplacée par la terminaison -
ები (-ebi). Si la voyelle finale du mot est un ე (e), un ო (o) ou un
(u), la terminaison -ები (-ebi) s’y rajoute.
Exemples :
journal გაზეთი (gazeti)
a pour pluriel გაზეთები (gazetebi)
couteau დანა (dana) დანები (danebi)
langue ენა (ena)
a pour pluriel ენები (enebi)
champignon სოკო (soko) სოკოები (sokoebi)
jour დღე (dRe)
a pour pluriel დღეები (dReebi)

Cependant, par exception, certains mots perdent au pluriel la
voyelle qui se trouve avant la dernière consonne. Ainsi :

village სოფელი (sopeli)
a pour pluriel სოფლები (soplebi)
crayon ფანქარი (pankari) ფანქრები (pankrebi)
ami მეგობარი (megobari)
a pour pluriel მეგობრები (megobrebi)
25Les noms au pluriel prennent les mêmes désinences casuelles que
les noms au singulier. Par exemple, les différents cas du nom
მეგობარი (megobari), ami, seront les suivants au pluriel :

nominatif მეგობრები (megobrebi)
narratif მეგობრებმა (megobrebma)
datif მეგობრებს (megobrebs)
génitif მეგობრების(megobrebis)
instrumental მეგობრებით (megobrebit)
adverbial მეგობრებად (megobrebad)
vocatif მეგობრებო (megobrebo)

Cependant, il subsiste dans certaines expressions et pour certains
mots une forme ancienne de déclinaison du pluriel caractérisée par
la finale ნი (-ni) au nominatif, ნო (-no) au vocatif et თა (-ta) aux
autres cas. Ainsi, le mot გლეხი (glekhi), paysan, donne გლეხნი
(glekhni) au nominatif, გლეხნო (glekhno) au vocatif etc.
Parmi les expressions courantes qui emploient ces anciennes
formes, citons :
ბავშვთა სახლი (bavshvta sakhli), maison d’enfants, où ბავშვთა
(bavshvta) est le génitif pluriel de ბავშვი (bavshvi), enfant.
საბჭოთა კავშირი (sabtjota kavshiri), Union soviétique, où
კავშირი (kavshiri) signifie union et საბჭოთა (sabtjota) est le
génitif pluriel de საბჭო (sabtjo), conseil, soviet, soit littéralement
union des conseils.
მოქალაქენო (mokalakeno), citoyens !, vocatif de მოქალაქე
(mokalake), citoyen, formé sur ქალაქი (kalaki), ville.

Les postpositions
En géorgien, il n’y a pas de prépositions mais des postpositions.
Elles sont liées au nom mais par souci de clarté, nous les
séparerons parfois du mot par un tiret de façon à les mettre en
évidence.
Les principales postpositions sont les suivantes :
ში (-shi), dans, employée qu’il y ait ou non mouvement.
26ზე (-ze) a deux sens, sur, avec ou sans mouvement et à avec
mouvement
თან (-tan), près de, avec.
Normalement, ces trois postpositions se fixent au datif du nom
mais la désinence est souvent élidée.
გან (-gan) indique la provenance, l’origine ou encore la matière
d’un objet.
Par exemple, dans une phrase comme j’attends une lettre du frère,
le mot frère ძმა (dzma) dont le génitif est ძმის (dzmis) donnera
ძმისგან (dzmisgan), du frère. Si l’on voulait traduire une lettre du
frère, c’est-à-dire une lettre appartenant au frère, le génitif
suffirait car il n’y a pas l’idée de provenance.
De la même façon, si l’on veut traduire on fait du beurre avec du
lait, on indique que le beurre provient du lait et l’on dira რძისგან
(rdzisgan), formé sur le génitif რძის (rdzis) du mot რძე (rdze),
lait.
Autre exemple, pour un objet en bois, on dira ხისგან (khisgan) sur
le génitif ხის (khis) de ხე (khe), bois.
Attention, გან (-gan) ne s’emploie avec le génitif que pour la
matière dont est fait un objet ou pour une personne qui est à
l’origine de quelque chose.
Si l’origine ne concerne pas une personne ou une matière mais, par
exemple, un lieu, on emploie la postposition დან (dan), à partir
de, qui se place après le nominatif. Pour dire, je rentre du cinéma
ou l’avion vient de Tblilissi, on dira კინოდან (kinodan) ou
თბილისიდან (tbilisidan).

Autres postpositions
კენ (-ken), vers, s’ajoute au génitif du nom : სკოლისკენ
(skolisken), vers l’école, ou თბილისისკენ (tbilisisken), vers
Tbilissi.

მდე (-mde) et მდის (-mdis) signifient toutes deux jusqu’à, aussi
bien pour le lieu que pour le temps. Ces postpositions entraînent
une transformation de la dernière voyelle du nom qui devient ა (a).
On aura ainsi ქალაქამდის (kalakamdis), jusqu’à la ville, formé
27sur ქალაქი (kalaki), ville, ou იანვრამდე (ianvramde), jusqu’en
janvier.
თვის (-tvis), pour, s’ajoute au génitif du nom.
Exemples :
სახლისთვის (sakhlistvis), pour la maison, ou ძმისთვის
(dzmistvis), pour le frère.
ვით (-vit), comme, s’ajoute au nominatif ou au datif du nom.
Exemples avec le nominatif :
წყალივით (tzkalivit), comme de l’eau, ou ბულბულივით
(bulbulivit), comme un rossignol.
Exemples avec le datif :
ტყვიასავით (tKviasavit), comme du plomb, puisque plomb se
dit ტყვია (tKvia) ou encore მთასავით (mtasavit), comme une
montagne, à partir de მთა (mta), montagne.
Outre ces postpositions que nous venons de voir, le géorgien
emploie quelques adverbes qui jouent le même rôle mais qui, tout
en étant placées après le nom, en sont séparées et n’y sont pas
collées.
Parmi ces adverbes, citons :
შორის (shoris), entre. Exemple : ჩვენს შორის (tchvens
shoris), entre nous.
ნაცვლად (natsvlad), au lieu de, à la place de. Exemple :
მეგობრის ნაცვლად (megobris natsvlad), à la place de l’ami
წინ (tzin) avant / devant. Exemple : სახლის წინ (sakhlis tzin),
devant la maison, avec le génitif.
გაღმა (gaRma) ou უპან (ukan) derrière. Exemple : კარის
უპან (karis ukan), derrière la porte, ou მდინარის გაღმა
(mdinaris gaRma), de l’autre côté de la rivière, de მდინარე
(mdinare), rivière. Ces adverbes gouvernent aussi le génitif.
შესახებ (shesakheb), au sujet de. Exemple : თქვენს შესახებ
(tkvens shesakheb), à votre sujet, littéralement au sujet de vous.
მიხედვით (mikhedvit), d’après. Exemple : ამ წიგნის (am tzignis mikhedvit), d’après ce livre.
მიუხედავად (miukhedavad), malgré.
გარდა (garda), sauf. Exemple : ამას გარდა (amas garda), en
dehors de cela.
28გარეშე (gareshe), sans. Exemple : ნებართვის გარეშე
(nebartvis gareshe), sans la permission. Notons que sans peut aussi
se rendre avec, simultanément, le préfixe უ (u-) et le suffixe ოდ
(od). Exemples : უშენოდ (u-shen-od), sans toi, ou უმარილოდ
(u-maril-od), sans sel, de მარილი (marili), sel. Les tirets
n’apparaissent pas dans l’orthographe géorgienne.
გამო (gamo), à cause de. Exemple : შენს გამო (shens gamo),
à cause de toi.

Les adjectifs
L’adjectif épithète se place très généralement (sauf effet de style)
avant le nom. Les adjectifs sont invariables sauf ceux terminés par
ი (i)
Comparatif
Le comparatif peut se former de trois façons :
- à l’aide de l’expression უფრო…ვიდრე (upro…vidre),
plus…que, qui se place, comme en français, de part et d’autre de
l’adjectif.
Exemple :
Paris est plus grand que Tbilissi
პარიზი უფრო დიდია ვიდრე თბილისი
(parizi upro didia vidre tbilisi)
On remarque que le verbe être est rendu par le suffixe ა (-a) placé
après l’adjectif დიდი (didi).
Le comparatif d’infériorité emploie ნაკლებ (nakleb), moins, au
lieu de უფრო (upro), plus.
- la deuxième façon de former le comparatif ajoute la
postposition ზე (-ze) à l’objet comparé.
Exemple : ვანოზე ლამაზი (Vanoze lamazi), plus beau que
Vano
- le troisième procédé consiste à employer simultanément ზე
(-ze) et უფრო (upro).
Exemple : გაზაფხული ზაფხულზე უფრო ლამაზია
(gazapkhuli zapkhulze upro lamazia), le printemps est plus beau
que l’été.
29Enfin, notons que, comme en français, les comparatifs de bon,
კარგი (kargi) et de mauvais, ცუდი (tsudi), sont irréguliers. On dit
უკეთესი (uketesi), meilleur, et უარესი (uaresi), pire.

Superlatif
Le superlatif relatif se forme grâce au circonfixe უ…ესი (u…esi)
qui entoure l’adjectif. Ainsi, à partir des adjectifs ლამაზი
(lamazi), beau et ძველი (dzveli), ancien, on aura :
ულამაზესი (ulamazesi), le plus beau et უძველესი
(udzvelesi), le plus ancien.
Exemple :
Tamar est la plus belle femme
თამარი ულამაზესი ქალია
(tamari ulamazesi kalia) où l’on remarque le suffixe ა (-a) après
le mot ქალი (femme) qui tient lieu de verbe être.
Le superlatif absolu se forme, comme en français avec l’adverbe
très qui peut être, par exemple, ძალიან (tzalian), მეტად (metad)
ou ფრიად (priad).

L’interrogation
Comme en français, il existe des pronoms interrogatifs, des
adjectifs interrogatifs et des adverbes interrogatifs
Les pronoms interrogatifs sont les suivants :
ვინ ? (vin) qui ?
რა ? (ra) quoi ?
Exemples :
ვინ ხარ ? (vin khar) qui es-tu ?
რა თქვა ? (ra tkva) qu’a-t-il dit ?
Les formes verbales expriment le sujet qui n’a donc pas besoin
d’être explicité par un pronom personnel.
Les pronom sinterrogatifs se déclinent comme les autres noms ou
pronoms. Le pronom რა (ra) a un pluriel რა (raebi), quelles
choses.



30Voici la déclinaison de ces pronoms :
nominatif ვინ (vin) რა (ra)
narratif ვინ რამ (ram)
datif ვის (vis) რას (ras)
génitif ვის რის (ris)
instrumental ვისით (visit) რით (rit)
adverbial ვისად (visad) რად (rad)

L’instrumental et l’adverbial de ვინ (vin) sont pratiquement
inusités et son génitif prend aussi la forme ვისი (visi)
Les adjectifs interrogatifs sont :
რომელი ? (romeli) quel ?
როგორი ? (rogori) quel ?
რომელი ? (romeli) quel ?
როდინდელი ? (rodindeli) de quel.. ? en parlant d’un
jour ou d’une époque.
Exemples :
რომელი საათია ? (romeli saatia) quelle heure est-il ?
როგორი ამინდია ? (rogori amindia) quel temps fait-il ?
როდინდელი გაზეთია ? (rodindeli gazetia)
c’est le journal de quand ?

Les adverbes interrogatifs sont :
combien ? რამდენი? ramdeni ?
comment როგორ ?rogor ?
où ? სად ? sad ?
d’où საიდან ? saidan ?
pourquoi ? რატომ ?ratom ?
quand როდის ? rodis ?

Précisons que სად ? (sad) s’emploie qu’il y ait ou non mouvement.
Cependant, si l’on veut insister sur le mouvement et dire
explicitement vers où, on peut employer საითკენ (saitken).


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